☑ they say it comes in threes: love, hope and misery


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Wyatt Ansley

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MessageSujet: ☑ they say it comes in threes: love, hope and misery   Lun 2 Jan 2017 - 13:23




And the first two have gone and tell me if I’m wrong
I hope that I am and you don’t hate me

Wyatt hocha la tête. C’était tout ce qu’il pouvait faire à chaque fois qu’on lui répondait. Il hochait la tête pour signaler qu’il comprenait, que c’était normal, c’était la crise pour tout le monde, on n’embauchait pas pour l’instant mais on penserait à lui si quelque chose se libérait. Il hochait la tête en essayant de camoufler sa déception, déglutissant avec peine, refoulant la boule qui lui obstruait la gorge. Il ne pouvait pas s’en empêcher, il y avait forcément une part de lui qui se demandait si ces refus, ces non-réponses étaient liées à son passé ou s’ils disaient simplement la vérité. Peut-être qu’ils n’avaient vraiment pas la possibilité de le prendre, même à courte durée, même à temps partiel. Peut-être que leur comptabilité les étouffait autant que le sentiment d’être coincé l’étranglait lui. Le saurait-il seulement jamais ? Il n’allait en tout cas pas le leur demander, c’est sûr, ils nieraient en bloc, ils lui assureraient qu’il se trompait. Et s’ils ignoraient tout de son identité, de l’endroit où il avait vécu ces dernières années, c’était certain qu’il allait éveiller leur curiosité malsaine. Alors il en était réduit à hocher la tête et à accepter les échecs qui se succédaient.
- Merci, monsieur Hastings, marmonna-t-il en acquiesçant pour l’inciter à arrêter de déblatérer ses excuses. Je comprends.
Il esquissa un maigre sourire en guise d’au revoir puis sortit du petit magasin, ses cv sous le bras. Wyatt s’était dit qu’en affrontant leur regard, il aurait plus de chance de décrocher un boulot, même si c’était pour être relégué au fond d’un bureau ou dans une cuisine bruyante. Mais la chance n’était visiblement pas de son côté et il retint son soupir jusqu’à être dehors et la porte fermée avant de fermer les yeux et de laisser le souffle lui échapper, las et tendu. Il se pinça les lèvres en s’efforçant de chasser le malaise qui grandissait en lui et attendit que la vague de rancune soit passée avant de reprendre sa route en direction du prochain point de vente qui ne cherchait ni n’embauchait personne.
Serrant les feuilles volantes contre lui, il regarda droit devant, cherchant sa prochaine cible et, surtout, pour ne pas se rappeler à quel point les pages lui paraissaient vides. Comment expliquer ce trou de sept ans entre la fin de son adolescence et maintenant ? Il avait donc comblé le trou avec les références de ses jobs étudiants mais tout cela lui semblait bancal et ne tenir qu’à un fil avant que la question fatidique ne lui ébranle le cœur : et qu’avez-vous fait, après l’école ? Il ne fallait pas qu’il laisse ces doutes s’insinuer en lui, sous peine de ne pas résister au besoin de retrouver la sécurité illusoire de sa maison, de se cacher sous la couette avec le désir ardent de ne plus jamais en sortir.
Il était déjà occupé à se figurer sa chambre – elle n’avait pas changé d’un pouce, comme s’il était revenu chez lui sans passer par la case prison – quand un éclat de voix le tira de ses pensées. Il ne pensa pas immédiatement qu’on l’interpellait lui mais c’est la brusquerie du son qui lui fit tourner la tête dans la direction de sa provenance.
Il y avait deux hommes dans son sillage et ça aurait forcément pu être une coïncidence puisque la rue était à tout le monde, non ? Mais quelque chose dans le sourire de l’un et la lueur dangereuse dans le regard de l’autre lui fit prendre conscience que leur présence n’était pas anodine. Et lorsque l’un des deux réitéra son cri, Wyatt comprit que ce qu’il avait dit, un instant plus tôt, c’était ‘Hé, Ansley !
L’angoisse explosa en Wyatt alors qu’il considérait les étrangers d’un regard méfiant, cherchant à les situer. Était-il seulement censé les connaitre ? Les sourcils légèrement froncés, il les dévisagea, les laissant approcher, la fuite ayant été compromise dès l’instant où il s’était arrêté.
- On se connait ? demanda-t-il, le timbre rauque, un léger tremblement dans la gorge.
Celui qui avait parlé le singea en prenant une voix d’enfant terrifié et un geste brusque de sa part fit voler le tas de feuilles. Il avait porté un coup simple mais efficace qui avait déstabilisé le jeune chercheur d’emploi. Ses cv s’éparpillèrent autour d’eux et Wyatt n’effectua pas le moindre geste pour les rattraper. Il avait réalisé, à la façon dont l’homme muet le fixait, que ses craintes s’étaient matérialisées. Il avait pourtant été prévenu, elle avait bravé sa peur pour l’avertir, pour le supplier d’être prudent. Mais qu’aurait-il pu vraiment faire pour se préserver de la haine qui crépitait dans les yeux de l’inconnu. Nash.
Ils ne se connaissaient pas mais ça n’empêchait pas qu’ils étaient liés. Leur seul point commun, à l’évidence, c’était Sarah.
- Je ne cherche pas les ennuis, tâcha-t-il de dire d’un ton neutre, comme s’il avait la moindre chance que ça puisse le sauver de cette situation délicate.
- Nous non plus, ironisa le jeune homme mais un geste impérieux de Nash le fit taire.
On voyait qui commandait, dans l’affaire. Wyatt ne savait plus s’il devait affronter son regard ou s’il devait au contraire baisser le sien mais quelque chose lui soufflait que peu importe l’option, ça ne finirait pas bien.
- Je—je ne l’ai pas approchée, souffla-t-il avec difficulté.  Elle n’a rien à craindre, je n’aurai plus jamais de contact avec elle.
Mais Nash était là pour s’en assurer, non ? Ne venait-il pas jouer les superhéros pour la protéger ? Si seulement il savait qu’il n’y avait pas à la protéger de lui…
Il ouvrit la bouche pour se défendre encore mais le coup survint si brutalement qu’il ne saisit pas immédiatement qu’il venait d’être frappé. Il fallut que le goût du sang lui envahisse la bouche pour qu’il comprenne que la raclée avait commencé. Il avait vacillé sur ses jambes, reculé d’un pas mais, heureusement, il ne s’était pas vautré dans ses feuilles salies. Pas encore, du moins, mais quelque chose lui disait que ça n’allait pas tarder. Et si les paroles de l’ami de Nash avaient le don de faire battre son cœur un peu plus vite, c’était la froideur et le mutisme de Nash qui lui hérissaient tous les poils du corps.
- Je ne vais rien—je le jure, s’efforça-t-il d’insister, un bras levé en guise de bouclier illusoire.
Mais deux mains lui attrapèrent les bras et le poussèrent plus loin, dans un endroit moins exposé. Bousculé, tenant à peine en équilibre, Wyatt se retrouva immobilisé par la prise de l’un, les bras en arrière, le torse tordu sous la douleur infligée, son champ de vision envahi par une haute silhouette déterminée à le réduire en poussières.

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Sarah Gingerich
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MessageSujet: Re: ☑ they say it comes in threes: love, hope and misery   Lun 2 Jan 2017 - 14:21

Quand elle y pense, Sarah a toujours été assiégée avec violence d’impuissance face aux conséquences de ses choix. Elle y pouvait pourtant encore quelque chose au moment de prendre ces décisions, mais elle semble avoir une tendance regrettable à toujours faire les mauvais. Si elle n’avait pas choisi de quitter sa famille pour retrouver son frère, elle ne se laisserait pas depuis séduire par ce cercle autodestructeur. Mais le pire reste encore lorsque ses choix ont des conséquences sur d’autres et non plus sur elle seule. Si elle n’était pas naïvement tombée dans les bras du premier garçon qui lui a porté un quelconque intérêt en arrivant à Mount Oak, elle n’aurait pas nourri la conviction idiote de Nash de la défendre ou de la venger du méfait d’un détracteur passé. Ce n’était rien de moins que sa faute cette fois-ci, sa responsabilité. Elle a déjà obtenu justice quand bien même elle est étrangère à cette conception des crimes et des peines, son frère y a veillé. Alors il faudrait qu’une seconde sentence arbitraire s’impose à son agresseur ? Parce qu’elle a choisi de fréquenter Nash plutôt qu’un autre il y a longtemps déjà ? Non. Non, elle ne veut pas de cette responsabilité-là. Elle ne voulait déjà pas être responsable de la privation de liberté de quiconque, il faudrait maintenant qu’elle tolère la responsabilité de ce passage à tabac ? Non, elle dit non. Trop souvent on peut considérer qu’elle n’est qu’une chose fragile au bras de son petit-ami, seulement quand il lui donne un coup, elle le lui rend, et elle refuse que sa volonté soit broyée par la sienne. Alors non, elle ne peut accepter que la violence engendre la violence en son nom. Et puis qui y’a-t-il d’un tant soit peu noble à se battre à plusieurs contre un seul ? Parce qu'elle n’en doute pas, qu’il n'agira pas d'égal à égal face au jeune homme qui lui paraît pourtant frêle, d’autant plus depuis sa sortie de prison. Alors Nash ne lave pas son honneur, non, il pense consolider la sienne. Il ne fait pas ça pour elle, mais pour lui. Car oui, l’hypothétique semble être devenu réalité. Là, sous ses yeux, à l’autre bout de ce trottoir, elle voit ce qu’elle craignait se réaliser. Elle veut aussitôt traverser cette route qui les sépare, mais une voiture l’en empêche. Alors elle recule d’un pas, elle essaye de garder son œil sur la confrontation, mais une camionnette filant le train à la voiture l’en empêche un instant. Puis, ses yeux les retrouvent, et enfin elle traverse et se précipite.

Depuis que Nash l’a informé de ses intentions, et depuis qu’elle a prévenu Wyatt de celles-ci, elle s’est efforcée de suivre de très près son petit-ami lorsqu’elle a constaté qu’elle était incapable de lui faire retrouver raison. Alors à défaut de l’en dissuader, elle voudrait l’en empêcher. Et cela lui est apparu plus aisé de suivre Nash, plutôt que de suivre son agresseur et de darder jour après jour son regard sur celui-ci. Nash, elle le porte peut-être moins dans son cœur en ce moment (et encore, il semble s’accaparer sa tendresse pour une raison qui lui est inconnue), mais il ne lui a jamais fait de mal. Du moins, pas comme cette nuit-là. Enfin, surtout, elle semble accepter – là aussi pour une raison qui lui est inconnue – la violence qui émane de Nash. Mais seulement à son égard, pas à l’encontre des autres, pas lorsqu’elle est un prétexte à cette fin. Alors elle l’a suivi toutes les heures où il n’était pas avec elle et où elle n’était pas à son travail. Et elle regrette aujourd’hui de constater qu’elle avait de bonnes raisons de craindre qu’il passe à l’action. Le destin, le hasard, ou toute autre force supérieure n’aurait pas pu être de son côté sur ce coup-là ? Elle réalise à présent que c’était complètement idiot de s’en remettre aux forces du hasard et de se contenter de l’espoir naïf qu’il ne lui mette jamais la main dessus.

Là voilà à présent sur le même trottoir que ce désastre, et elle se précipite toujours pour se jeter sur Nash. Le poids plume qu'elle est n’est pas de taille, alors elle joue les petites-amies suppliantes à son cou.
- S’il-te-plaît ne fais pas ça, viens on s’en va je t’en prie, on peut encore s’en aller, viens toi et moi on s’en va, on peut en rester là, je ne veux rien de tout ça s’il-te-plaît, non non non s’il-te-plaît je t’en prie… La vaine litanie se poursuit avant qu’il ne la repousse sans même perdre sa salive pour lui répondre. Alors, toujours aussi sotte, Sarah tente de faire appel au bon sens de l’autre idiot qui immobilise Wyatt, mais cela revient à tenter d’insinuer un semblant de raison à l’oreille d’un mort cérébral. Cependant cette évidence ne l’aurait pas arrêté, et à cette fin il faut bien son petit-ami pour la repousser une nouvelle fois, jusqu’au mur cette fois-ci. Elle a tout juste le temps de se retourner pour le voir asséner un coup dans le ventre d’un Wyatt démuni. Alors elle s’interpose et se décide à user du seul argument de poids dont elle dispose pour le faire arrêter – certainement qu’elle aurait dû commencer par ça. Il fallait que ça marche, car c’était là tout le pouvoir qu’elle pouvait s’octroyer sur le cours des présents évènements.
- J’ai appelé la police, Nash ! Ils vont débarquer d’une minute à l’autre, il faut partir d’ici ! Nash, écoute-moi ! On peut encore partir d'ici avant qu'ils n'arrivent !

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Nash Mendelsohn

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MessageSujet: Re: ☑ they say it comes in threes: love, hope and misery   Mar 3 Jan 2017 - 13:08

Honnêtement, il avait été un peu déçu en voyant l’énergumène. Il s’était attendu à un type avec une sale gueule qui, pour coucher avec une nana, n’avait trouvé d’autre moyen que celui de la violer. Un gars qui lui aurait déplu du premier coup d’œil et pour lequel il n’aurait ressenti aucun remords à lui casser le nez et la mâchoire. Le garçon – parce qu’il n’arrivait pas à voir un homme dans cette frêle silhouette qui trahissait la peur de tout – qu’on lui avait désigné n’avait rien de l’image qu’il s’était figuré et Nash avait froncé les sourcils en l’observant. Il avait même demandé au mec d’être certain et l’autre lui avait assuré. Wyatt Ansley, tout fraichement sorti de prison, c’était le jeune homme aux épaules voûtées et au regard fuyant qui se trouvait là-bas, à entrer et sortir des commerces, visiblement en quête d’un job. Nash peinait à y croire mais peut-être que c’était ce que la prison faisait aux idiots qui se faisaient attraper. Qu’est-ce qu’il en savait, en fin de compte ?
Mais sa surprise ne s’était pas évaporée quand il avait interpelé sa victime et qu’il l’avait vue se retourner. Soit Ansley cachait bien son jeu, soit c’était vraiment un pauvre paumé qu’un rien risquait de faire tomber.
Sauf que Nash n’était pas venu pour ‘un rien’, il était venu pour s’assurer que l’assaillant n’irait pas réitérer son geste. Il n’était nullement question d’un honneur à sauver (le sien n’avait rien à voir avec cette histoire et ce n’était pas vraiment le genre de Sarah) mais Nash ne pouvait imaginer laisser le violeur évoluer librement sans l’avoir mis en garde. Alors il était là, à dévisager ce garçon tremblant qui le regardait sans comprendre, qui s’étonnait. On se connait ? L’innocence de la question tira un rictus à Nash. Il aurait aimé savourer cet échange mais Ryan, le type qui l’accompagnait, désirait visiblement s’amuser aussi et il se moqua ouvertement de leur proie avant de faire valser le tas de feuilles qu’Ansley tenait. Les pages semblèrent prendre leur élan avant de retomber doucement autour de leur propriétaire, rapidement souillées. La confusion du jeune homme était palpable mais Nash put déceler le moment exact où la compréhension fit son chemin dans son esprit. Il vit clairement la lueur inquiète s’allumer dans le regard du poltron. N’était-ce pas la preuve de sa culpabilité ?
Ansley essaya toutefois de décourager la suite des événements en assurant qu’il ne cherchait pas les ennuis, qu’il ne ferait rien, qu’il n’approcherait pas Sarah. La voix plaintive du garçon eut tôt fait d’agacer Nash.
Tout à coup, la raison principale de cette rencontre était là, minuscule, à essayer d’attirer son attention et, heureusement pour elle, Nash n’avait pas bu. Ultra sobre, il l’ignora sciemment, les yeux toujours braqués sur Ansley, attendant de voir la réaction de celui-ci. Sarah suppliait et Ansley, lui, le fixait lui, l’œil hagard, pâle comme un linge. Nash aurait bien voulu se trouver dans la tête du microbe pour deviner le cours de ses pensées. Bien qu’impuissante, Sarah représenta une nuisance sonore que Nash repoussa sans un mot. Qu’espérait-elle, au juste ? Qu’il laisse ce taré courir les rues sans lui donner une bonne leçon ? Il réfléchirait à deux fois avant de s’en prendre à une autre nana. Il faisait une fleur à la prochaine victime potentielle, pourquoi Sarah voulait-elle l’arrêter, alors ?
Nash combla la distance qui le séparait d’Ansley et frappa celui-ci. La victime parut désarçonnée mais ne se vautra pas dans ses feuilles comme il s’y attendait et Ryan anticipa la réaction de Nash en attrapant Ansley par les bras pour le tenir tranquille et lui ôter toute possibilité de fuite. Le poing se leva à nouveau, prêt à fondre sur le visage du violeur mais Sarah se glissa entre eux, paralysant le geste. Elle savait pourtant qu’il cognait, non ? Nash dévia enfin son attention sur sa petite amie et la foudroya du regard.
- Qu’est-ce que tu fous, bordel ? gronda-t-il. Tu ne veux pas que je lui refasse le portrait à cet obsédé ? Tu le défends, maintenant ? C’est quoi, ton problème ?
Furieux qu’elle soit intervenue au lieu d’assister sagement au passage à tabac, Nash attrapa Sarah par le col de son haut et la força à s’éloigner de son bourreau.
- T’as aimé ce qu’il t’a fait ? Tu as apprécié sentir ses petites mains dégueulasses sur ton corps ? Comment c’était, de le sentir en toi ?
Il conclut sa phrase en reportant son attention sur le jeune homme qui semblait désormais sur le point de défaillir. Aurait-il tenu debout si Ryan ne l’avait pas soutenu ? Rien n’était moins sûr.
- Tu veux que je le laisse recommencer ? D’où t’appelles les flics contre moi quand le vrai danger public, c’est ce dégénéré ? Tu veux que je me casse ? C’est ça que tu cherches ? Tu as un mot à dire et il est tout à toi mais il ne faudra pas venir pleurer après.
Incapable de contenir la colère froide qui le tenaillait, Nash la secoua comme pour lui remettre les idées en place puis il la repoussa.
- Va te faire foutre, Sarah. Va te faire foutre.
Nash adressa un signe du menton à Ryan pour lui ordonner de lâcher le taulard et tourna les talons sans un regard supplémentaire pour celle qui partageait sa vie depuis des années. Si elle tenait tant à protéger son agresseur, c’est qu’il lui manquait de sérieuses cases !
Ryan le rejoignit en trottant et en geignant que c’était injuste, qu’ils n’avaient même pas pu s’amuser un peu. Nash lui jeta un regard méprisant puis prit la direction de son bar favori. Il en avait ras-le-cul de cette journée et de ce monde de tarés.

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Sarah Gingerich
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MessageSujet: Re: ☑ they say it comes in threes: love, hope and misery   Jeu 22 Juin 2017 - 11:47

Que fait-elle là, Sarah ? N'a-t-elle pas mieux à faire que de défendre son violeur ? Car il n'y a pas d'autre mot pour le qualifier, pas après cet acte ignoble. Le temps de l'innocente amitié est révolu, il n'en reste que des souvenirs aujourd'hui. Et les souvenirs se font plus vagues encore quant à cette nuit fatidique, mais ne pouvait-elle pas espérer mieux que d'oublier ? Même lorsque c'est sur la base de ces mêmes souvenirs que la justice l'a condamné ? Elle ne sait plus, Sarah,  et elle n'a pas attendu sa sortie pour autant y penser. Est-ce pour cette raison qu'elle tient tant à le défendre ? Non. Non, même si elle n'avait pas ces semblants de doutes qui molestaient son esprit depuis le tout début, elle voudrait qu'il demeure sauf. Ou plus précisément, que plus jamais elle n'ait d'influence sur le cours de son existence et que lui non plus n'ait plus aucun pouvoir sur son quotidien. Est-ce trop demandé ? En tout cas cela semble trop demandé à Nash de le comprendre, lorsqu'elle doit s'essouffler en supplications pour tenter de l'arrêter et que lui ne fait que l'ignorer. Elle n'existe pas, Sarah, elle a beau se fait entendre, elle n'existe plus à ses yeux. Tout ce qu'elle gagne, c'est à se faire éjecter comme serait chassé un moustique indésirable. Car elle n'a pas plus d'influence que cet être minuscule, jusqu'à ce qu'elle ouvre à nouveau sa bouche pour mieux agiter la carte de la police. Jusqu'à ce qu'elle se retrouve entre l'immobilisé et ce poing. Elle n'a pas peur de ses coups, Sarah. Ne l'a-t-il pas appris depuis longtemps déjà ?

Ça y est, elle a retenu son attention : la foudre traverse alors son regard pour mieux atteindre sa personne. Et bientôt, c'est le tonnerre qui gronde et là voilà foudroyée sur place, cette place qu'elle a tenu à occuper entre lui et Wyatt. C'est bien un déluge de mots acerbes qui vient s'abattre entre elle et lui, cet espace devenu toxique. Cet espace toxique qui se réduit drastiquement lorsqu'il la saisit par son col comme pour imprimer de plus près encore ses mots sur son esprit. Et elle ne lui pardonne pas l'ampleur de ses invectives. Bien au contraire, elle sent l'animosité s'octroyer une part d'elle toujours plus conséquente. Comment c'était, de le sentir en toi ? Sarah le hait. Ne le voit-il pas à son regard dégoulinant de cet encre noir ? Elle ne l'a jamais autant haït qu'à cet instant. Du moins, elle aimerait pouvoir dire que c'est la vérité, mais il n'en est rien. Elle l'a haït tant de fois, Nash, et si longtemps, avec tant de puissance. Quand l'a-t-elle aimé avec autant de puissance ? Jamais. Elle l'a aimé oui, elle s'en est entichée avec naïveté, elle a même encore une tendresse d'origine inconnue qui surgit parfois en elle. Mais ce qu'elle a appris à aimer surtout, avec lui, c'est la violence d'une relation chaotique. C'est le déchainement d'un quotidien, qu'il soit sobre ou non. Ils semblent bien s'être trouvés, ces deux êtres faits de fureur. Pourtant, il ne lui semble pas qu'elle l'a toujours eu, cette fureur. Elle se rappelle d'un passé qui lui semble aujourd'hui lointain où elle connaissait encore l'innocence d'un quotidien entouré de sa famille. Ce temps-là aussi, est révolue. Aujourd'hui, Sarah n'est plus qu'une vulgaire poupée qui se laisse faire, et qui se retrouve secouée par les flots de la colère. Pleurer, elle ? Mais elle en serait bien incapable. Et, une nouvelle fois repoussée par sa poigne, elle le regarde enfin tourner les talons mais ne peut réprimer plus longtemps son ressentiment quand, de toute façon, elle est certaine que cela ne le ferait pas revenir sur ses pas.
- Tu n'es qu'un enfoiré, Nash ! Tu m'entends ? Un putain d'enfoiré ! Elle tremble, Sarah. Elle tremble de rage, et non de peur. Pourtant, la voilà seule avec l'homme reconnu coupable. Elle a gagné, Nash est parti. Mais s'agit-il seulement d'une victoire ? N'aurait-il pas mieux valu que son petit-ami reste à ses côtés même si cela impliquait un passage à tabac qu'elle n'osait tolérer ? Non, elle tente de se ressaisir. Non, elle ne pouvait cautionner cette violence faite en son nom, quand bien même elle a ce goût certain pour la violence. Mais la violence, elle doit la contrôler, elle doit la vouloir. Et en l'occurrence, elle ne l'a jamais voulu entre Wyatt et elle. Et si elle l'a subi des années plus tôt, aujourd'hui elle comptait bien faire imposer sa volonté même si cela signifiait sauver l'intégrité physique de l'ancien prisonnier. D'ailleurs, elle finit par se retourner face à lui, quand bien même elle met un temps horriblement long à se libérer partiellement de la tension qu'a su insinuer son petit-ami en elle. Mais elle le fait, pour mieux découvrir un spectacle désolant qui calme bien vite son aigreur.
- Ça... ça va ? Bien sûr que non, ça ne va pas. Quelle idiote, rien dans ce présent ne peut aller. Mais existe-t-il seulement un manuel pour savoir comment réagir face à son violeur meurtri par sa faute ? Elle voit le sang couler de sa bouche et elle a l'instinct de se rapprocher d'un pas avant de se raviser. Que doit-elle faire maintenant ? Son seul but était d'empêcher la violence de se déchainer (quel paradoxe la concernant), non pas de se retrouver seule avec lui. Alors que peut-elle faire si ce n'est s'enfoncer dans sa sottise ? Je... je vais appeler les secours. Pour... toi, pour te faire soigner. Car Sarah, en vérité elle n'a jamais appelé la police, ni contre Nash, ni contre personne. Elle n'a jamais appelé la police, c'est son frère qui l'a fait pour elle cette nuit-là. Qui sait où ils en seraient aujourd'hui, si ce coup de fil incriminant le jeune homme qui lui fait face n'avait jamais été passé ?

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Wyatt Ansley

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MessageSujet: Re: ☑ they say it comes in threes: love, hope and misery   Jeu 29 Juin 2017 - 22:09

C’était son pire cauchemar qui reprenait vie : être pris à parti, même s’il n’avait rien fait, être le maillon faible, celui qu’on manipule à volonté et dont on se fout éperdument. Qu’importe sa douleur lorsqu’il était enfin délaissé, qu’importe qu’il en vienne à avoir une trouille folle de rejoindre le réfectoire où, assurément, les hématomes ne manqueraient pas de signaler qu’il avait une fois de plus été la victime et non le bourreau. C’était son pire cauchemar parce que des années de prison n’avaient pas appris à Wyatt à se défendre. Au contraire, elle l’avait brisé, aplati comme une crêpe au point qu’au bout d’un moment, il ne levait même plus jamais le nez, de crainte de croiser un regard bougon qui choisirait cette maladresse pour faire de lui le bouc-émissaire. Cette manie, elle s’était ancrée en Wyatt et il peinait aujourd’hui à redresser le menton, même et surtout lorsqu’il parlait à quelqu’un. Il s’était forcé, pour la forme, lorsqu’il avait distribué ses cv mais le regard ne restait pas bien longtemps accroché à celui de ses interlocuteurs et le jeune homme finissait toujours par dévier les yeux, déglutissant avec difficulté, cherchant un autre point d’attache, un cadre ou une babiole posée sur un comptoir. Parfois, il avait juste l’impression que sa tête était trop lourde pour son cou et pour ses épaules. Parfois, il avait l’impression que c’était le sol et la gravité qui exerçaient la plus grande pression sur lui, pour qu’il ne quitte pas les dalles de béton du regard, pour qu’il arque la nuque sans plus pouvoir apprécier le monde qui l’entourait. Mais se retrouver pris entre deux feux était définitivement sa hantise et, il n’y avait pas moyen d’en douter, les deux hommes qui le cernaient étaient bien là pour lui, il n’y avait pas d’erreur là-dessus. Et rien de ce qu’il pourrait dire ne pourrait apaiser leur envie de lui refaire le portrait. Une lueur effrayée et résignée passa dans les yeux de Wyatt qui, cette fois, ne put détourner son attention du sort qui l’attendait. Il fixait le grand type comme un pantin condamné et puis, songea le jeune homme, plus vite il cesserait de se débattre, plus vite ils en auraient fini avec lui et il pourrait poursuivre sa journée lamentable.  Aussi, quand le premier coup le cueillit à l’estomac, Wyatt était déjà vaincu et il sembla à peine vaciller, peut-être aidé par la poigne de celui qui s’assurait qu’il ne pouvait s’échapper.
Mais c’était sans compter sur un élément perturbateur qui apparut dans l’équation. Sarah. La source innocente de cette confrontation, la cause de sa descente aux enfers et qui, pourtant, n’arriverait jamais à entacher la vision de Wyatt. Abasourdi, le jeune Ansley darda sur elle toute son attention avant de réaliser qu’il ne pouvait pas, qu’il n’avait pas le droit de la regarder. Alors il ferma les paupières comme si l’obscurité allait la faire disparaitre. Seulement, sa voix perfora l’air tandis qu’elle suppliait son bourreau d’arrêter et de s’en aller avec elle. Wyatt persista à ne pas les regarder, elle, son ange déchu et lui, ce chevalier indéchiffrable, mais ne comprit pas : n’aurait-elle pas dû l’encourager ? N’aurait-elle pas dû être contente que quelqu’un la venge ? N’éprouvait-elle pas un soulagement certain à savoir que son agresseur présumé soit si tétanisé qu’il n’oserait plus sortir de chez lui et qu’elle n’aurait plus à craindre de croiser sa route ? Au lieu de quoi, elle semblait se débattre inutilement avec son protecteur autoproclamé et si Wyatt n’assista pas une seule seconde à leur affrontement, il devina les mouvements tandis que les bras puissants de son autre assaillant maintenait fermement sa prise. Puis vint l’ultime menace et Sarah annonça que la police allait intervenir et Wyatt faillit s’écrier que non, surtout pas, il ne fallait pas que la police vienne ! Avec son casier judiciaire et sa réputation ternie, il n’aurait aucune chance. On l’étoufferait à nouveau dans cette case minuscule jusqu’à l’agonie. Il était déjà mort une fois, la première fois, quand on l’avait arrêté, quand il avait entendu les chefs d’accusation absurdes et que son cœur avait été réduit en cendres à l’idée que Sarah puisse le croire capable d’une telle abomination. Non. Il ne voulait plus jamais se voir menotté ni derrière des barreaux mais les sons ne percèrent jamais l’atmosphère, même si son regard paniqué glissa du dénommé Nash à Sarah. Par pitié, non ! disaient-ils. Tout mais plus jamais ça.
Puis ce fut aux paroles de Nash de le broyer tout à fait. Le sens des mots fut comme une douche froide et Wyatt crut qu’il allait se mettre à vomir, là, devant eux, sans savoir si c’était le coup ou les répliques assassines qui en étaient la véritable origine. Tout ce qu’il sut, c’est que l’association le rendait malade. Ça n’était même pas qu’on parle de lui qui l’accablait le plus mais bien qu’on puisse associer ces phrases à Sarah et, presque pour la première fois, Wyatt put imaginer l’horreur qu’elle avait traversée. Pendant longtemps, il s’était refusé à se figurer les événements, pour se préserver et parce qu’il ne pouvait croire qu’on ose dire qu’il puisse agir ainsi, mais aussi parce qu’il n’avait jamais pu faire sens de ce qu’il s’était passé ce soir-là et qui avait fait basculer sa vie du rêve à l’enfer en un claquement de doigts. Tout à coup, c’était comme s’il se retrouvait incapable de fixer son attention sur quoi que ce soit. Les couleurs disparurent, les contours des objets et personnes se voilèrent et Wyatt eut l’impression d’être aspiré dans un tourbillon infernal. Et quand son assaillant le lâcha subitement, Wyatt ne tint pas sur ses jambes et s’affaissa jusqu’à tomber à genoux. Devenu sourd aux échanges, il se recroquevilla jusqu’à se retrouver en position fœtale, à même le bitume, les mains sur le visage et le corps parcouru de frissons irrépressibles. Il ne pleurait même pas, il y avait longtemps qu’il n’avait plus de larmes à verser, mais tout son être semblait se ratatiner, son cœur le premier. Cela passerait-il un jour ou était-il voué à subir indéfiniment un sort qu’il ne méritait pas ? Combien de temps, encore, le verrait-on comme le violeur quand il n’avait pu offrir que des caresses intimidées et des baisers maladroits ? Quand il n’avait eu de cesse de vouloir noyer Sarah sous les attentions les plus délicates ? Peut-être qu’on ne le considérerait plus jamais comme Wyatt Ansley mais comme l’obsédé, le ‘dégénéré’, comme avait dit l’autre. Prostré, Wyatt le serait probablement resté jusqu’à ce que la nuit l’engloutisse et lui permette de rentrer chez lui, plus écrasé que jamais par un passé qui l’avait foudroyé et continuait à le hanter. Mais la voix de Sarah parvint à se frayer un chemin dans sa conscience paralysée et il réagit soudainement, libérant une voix enrouée et hachée :
- Non ! Pas de secours, ni la police ! Je—je vais me débrouiller, balbutia-t-il en se redressant, sans oser pourtant la regarder.
Péniblement, il se releva, ignorant les auréoles qui cerclaient ses genoux. Son regard atterré analysa la scène qu’ils laissaient et fut plus touché par les feuilles qu’il avait essayé de distribuer ces dernières heures que par son propre état. D’un pas mal assuré, il se pencha pour en ramasser une mais elle s’était imbibée d’eau et les lettres d’encre s’étaient étalées en larmes colorées sur la page gondolée. Dépité, Wyatt fixa l’illustration parfaite de sa nouvelle existence et il laissa retomber la feuille. À quoi bon ramasser ce qu’il restait ? A part dissimuler son misérable cv aux yeux curieux, ça n’avait plus grand intérêt et il sentit sa gorge se nouer devant tant d’injustice.
Au bout d’un instant, Wyatt jeta un coup d’œil en direction de Sarah, plus par instinct qu’autre chose, parce qu’il aurait préféré que tout ça n’ait été qu’un cauchemar éveillé, qu’elle n’ait pas assisté à ce spectacle et que, surtout, elle n’ait pas eu à intercéder en sa faveur. Déglutissant péniblement, il retrouva son support préféré quand son regard clair et vide se posa sur les dalles grises du trottoir.
- Je suis désolé, souffla-t-il lorsqu’il aurait voulu la remercier.
Désolé qu’elle ait vécu un tel enfer, désolé d’être, encore et toujours, un rappel de ce qu’elle avait traversé.
Désolé de ne pas avoir été là quand on lui faisait du mal, surtout.
Désolé de n’avoir jamais été à la hauteur.

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MessageSujet: Re: ☑ they say it comes in threes: love, hope and misery   Jeu 26 Oct 2017 - 20:21

A quoi cela a-t-il servi, d'avoir tenté de le prévenir quelques jours plus tôt ? Qu'importe les précautions et les consciences alertées, Nash l'a cherché et l'a trouvé. N'est-ce donc jamais possible d'éviter le pire ? Elle peine à s'accommoder de cette impuissance, qui plus est pour des actes de violence qui sont la conséquence de ses choix. Elle oublie, Sarah, que Nash et l'autre brute sont partis, que Wyatt ne court plus le risque de voir des poings s'écraser contre son nez ou sa poitrine. Que c'est fini, le pire a presque été évité. Ils sont partis, oui, mais non sans que quelques coups ne soient donnés, et elle regarde celui qui fut la victime aujourd'hui. Elle le regarde, et n'en ressent qu'un profond regret. Pourquoi voudrait-elle se venger ? Cela ne changerait pas l'acte dont elle a souffert, cela fait désormais partie à jamais de leur histoire. Wyatt n'est plus son ami, mais son agresseur. Et qu'importe le mal causé cette nuit-là, jamais elle ne pourrait se satisfaire de le savoir terrifié ou blessé à cause d'elle. Il ne s'agit pas de lui, ou de ce qu'il lui a fait, mais d'elle, et de ce qu'elle ne veut pas être. Ce qu'il s'est passé a déjà tant eu d'influence sur les dernières années de sa vie, qu'elle ne veut pas lui donner davantage de pouvoir sur son existence. Elle ne veut pas céder à cette facilité-là, à défaut d'avoir pu résister à toutes les autres qui rendent son quotidien parfois si irrespirable.
Tout serait différent, si elle n'était pas partie, si elle n'avait pas abandonné sa communauté. Elle n'ose songer à la quiétude qu'elle ressentirait présentement, auprès des siens. Et puis, elle s'attarde à penser que Wyatt aussi aurait une existence toute autre que la sienne si elle n'avait pas quitté Holmes pour mettre un pied à Mount Oak. Et d'une manière aussi détournée qu'incompréhensible, elle s'en sent quelque part responsable. Si elle n'était pas tombée dans ses bras pour mieux le rejeter sèchement, ou si elle n'avait pas été à cette fête ce soir-là, le crime n'aurait jamais eu lieu. S'ils ne s'étaient pas rencontrés, jamais il n'aurait été privé de sa liberté, piégé entre quatre murs, toutes ces années durant. Ce n'est pas humain, de réduire n'importe qui à une cage. Alors comment pourrait-elle accepter cette inhumanité faite au nom de l'acte inhumain dont elle a été victime ? Victime. Elle n'a jamais pu envisager et accepter qu'elle n'était qu'une victime, comme le concluait pourtant le jugement qui a été rendu. Il doit y avoir plus que ça, ce nom féminin ne peut à lui seul résumer ce qui lui est arrivé. Elle aussi est liée à ce crime, qu'elle l'ait voulu ou non. Malgré les années, Sarah n'a jamais pu vraiment écarter le sentiment qu'elle avait dû faire quelque chose pour le chercher, et dès lors elle n'a jamais cessé de remettre en question ses agissements ce soir-là. Autrement, qu'est-ce qui aurait pu pousser son ami à ce mal-là ? Aussi étrange que cela puisse paraître, alors qu'elle l'a pourtant désigné comme étant son violeur, elle a toujours des difficultés à l'en penser capable. Elle sait que ce ne peut qu'être lui, mais comment lui, qui lui a toujours semblé si doux et maladroit, aurait pu faire ça ? Comment concilier ces deux images de Wyatt si opposées l'une à l'autre ? Toujours, elle s'est retrouvée dépassée par ces évènements qui se sont imposés à elle, et pourtant elle tente encore du bout de ses doigts d'accrocher l'explication, la réponse, à la hauteur de sa compréhension. Mais encore aujourd'hui, elle ne comprend pas. Y'a-t-il seulement encore du sens à retirer du sac-de-nœud chaotique que sont devenues leurs existences ? Peut-être ne comprendront-ils jamais. Peut-être qu'ils n'ont pas à comprendre, et seulement à lâcher prise, à ne plus questionner le sens des actes qui s'imposent à eux et à accepter l'inexplicable. Mais quel vie serait-ce que d'abandonner ?

Elle s'enquiert de son état, Sarah. Elle se demande, ce qu'il pense, ce qu'il ressent. Elle ne cherche plus seulement à comprendre cette nuit-là, mais à le comprendre. Elle le voit recroquevillé à terre, elle l'observe. Peut-être devrait-elle s'abstenir. Elle voudrait pouvoir détacher son regard de cet être abimé, replié sur lui-même, mais elle n'en est guère capable. Elle ne sait que faire. Peut-elle seulement être navrée pour son agresseur ? Pourtant, elle l'est, navrée. Pour lui. Pour eux. Elle voudrait que rien de ceci ne soit jamais arrivé, il aurait été préférable qu'ils ne se soient jamais liés d'amitié. Comment quelque chose d'aussi innocent a-t-il pu les amener à se briser mutuellement ? Elle dit qu'elle va appeler la police, mais cette fois-ci ce n'est pas pour le dénoncer. Et si elle n'a pu anticiper la réaction de Wyatt et les conséquences qu'aurait pour lui un appel aux forces de l'ordre, elle le comprend maintenant. Qu'a-t-elle dans la tête, Sarah ? Comment peut-elle espérer saisir les nuances, si elle ne voit pas les évidences ?
- D'accord, qu'elle peine à faire entendre. Elle n'a pas appelé la police comme elle a pu le dire à Nash, et elle ne le ferait pas davantage à cet instant. Il est même peu probable qu'elle fasse un jour à nouveau appel à la police, qu'importe ce qui s'imposerait à elle. Tout ce dont elle a conscience, c'est qu'elle ne sait comment accepter que quiconque ait pu se retrouver en prison parce qu'elle a été poussée à faire appel à l'ordre judiciaire. Sa communauté, ou celle qui le fut, ne fait jamais appel à une quelconque autorité, qu'importe les torts dont elle est affligée. Les amish ne réclament pas justice comme les englisher, elle a été élevée comme ça. Et si son frère ne l'avait pas poussé à appeler la police cette nuit-là, l'espace de Wyatt n'aurait jamais été réduit à 9 mètres carrés des années durant.

Elle n'a pas peur, Sarah, de se retrouver seule avec l'homme reconnu coupable. Elle le regarde se dresser difficilement sur ses jambes, et elle constate qu'elle n'a pas peur de le voir lui faire face. Pourquoi n'a-t-elle pas peur ? Elle n'est pas certaine, de se soucier encore de ce qu'il peut lui arriver. Cherche-t-elle le diable, à rester près de lui, à ne pas avoir suivi Nash ? Pourquoi a-t-elle cet inexplicable sentiment que Wyatt est incapable du mal qu'il a déjà commis ? Pense-t-elle que ces années d'isolement lui ont appris quelque chose, qu'il a changé ? Sarah ne sait plus ce qu'elle pense, elle ne s'en tient plus qu'à suivre ce que son cœur lui dicte, et elle n'aspire pas à laisser Wyatt dans cet état alors que si elle n'avait pas été la petite-amie de Nash, rien de tout cela ne serait arrivé. Tant de choses ne seraient pas arrivées, avec la force des si.
- J'imagine... j'imagine que c'est fini maintenant. C'est là ce qu'elle lui assure, ou ce qu'elle lui demande ? Est-ce vraiment fini ? Le veut-elle seulement ? Tient-elle à voir les réponses lui échapper définitivement ? Et une nouvelle interrogation l'assaille, lorsque Wyatt se dit être désolé. Elle se redresse, et elle le regarde, non plus avec retenu, mais animée d'un intérêt nouveau à son égard.
- Pour quoi ? Sarah ne cherche pas à l'acculer contre le mur de l'accusation et de la culpabilité, en le forçant à énoncer pour quelle raison il s'excuse. Elle veut seulement, foncièrement, savoir pour quoi. Pour le désastre présent, ou pour le crime passé ? Ou peut-être que, malgré elle, cela a une toute autre signification. Peut-être n'est-ce pas pour quoi, mais pourquoi. Peut-être lui demande-t-elle pourquoi il l'a agressé, cette nuit-là ? Elle réalise qu'elle-même, n'est pas certaine du sens réel de sa question. Et si c'était tout ces pourquoi et pour quoi à la fois ?
Et puis, une part d'elle voudrait lui dire qu'elle est désolée aussi, mais pour quelle raison au juste ? Parce que Nash et son acolyte ont manqué de lui refaire le portrait pour un crime qu'il a déjà payé de ces années en prison ? Parce que justice a été faite et que, pourtant, il semble toujours pourchassé par ce qu'il a fait ? Sarah se demande, si sa conscience le poursuit aussi. S'il regrette. Peut-elle, ne serait-ce qu'un instant, entrer dans ce mystère qu'est son esprit pour espérer répondre à l'incompréhension qui l'assaille ? Mais elle se demande aussi, si cela changerait vraiment quelque chose, qu'il regrette. Aucun d'eux ne peut revenir en arrière, car autrement ils n'en seraient pas là aujourd'hui, à se faire face avec incertitude au beau milieu de ces feuilles à l'encre effacée et aux mots qui ne veulent plus rien dire.

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MessageSujet: Re: ☑ they say it comes in threes: love, hope and misery   Sam 2 Déc 2017 - 16:23

Il en venait presque à se demander s'il n'aurait pas préféré être en prison plutôt qu'ici, statue tétanisée offerte aux yeux de sa prétendue victime. Les détenus, au moins, se contrefichaient à peu près de qui il était et se bornaient à un amusement qui trahissait l'ennui et le désœuvrement. Quand ils n'avaient pas Wyatt sous le coude, ils cherchaient un autre bouc émissaire et puis voilà. Sarah, par contre, n'avait qu'un agresseur (et c'était déjà un de trop) et n'avait donc pas d'alternative que de le considérer comme le bourreau, celui qui était à l'origine de tous ses maux. A sa place, Wyatt aurait sûrement laissé les deux garçons se décharger de leur colère inutile et de leur haine stérile. A sa place, Wyatt aurait tourné les talons et aurait fui au plus vite pour ne pas avoir à poser les yeux sur son tortionnaire. Puisque c'était cela qu'elle croyait dur comme fer, peu importe que ça soit la vérité ou non.
Parfois, le jeune homme, au fond de sa cellule, s'était demandé comment elle pouvait en être aussi certaine, comment elle avait pu s'imaginer une chose pareille. Il fallait que toutes sortes d'éléments soient venus s'aligner pour qu'elle réagisse comme ça: qu'il ait fait noir, pour qu'elle ne puisse pas voir le visage de son agresseur; que cet homme ignoble ait porté le même parfum, pour la tromper de cette façon; qu'elle l'ait très mal connu, pour ne serait-ce que songer à une telle issue. Et puis, parfois, dans un état de panique totale, Wyatt s'était demandé s'il ne pouvait pas y avoir une sorte de vérité, derrière ce drame. Se pouvait-il qu'il soit malade? Se pouvait-il que sa santé mentale soit défaillante et lui ait fait oublier tout acte incohérent? Avait-il eu un trou noir en réalisant ce qu'il avait fait et à qui il l'avait fait? Mais ne l'aurait-on pas remarqué plus tôt ? Quelqu'un, dans sa famille, n'aurait-il pas dû s'inquiéter si Wyatt avait eu des penchants violents, soudainement, sans prévenir? N'aurait-il pas dû y avoir des symptômes? Ou était-ce une folie passagère qui ne se manifestait qu'à l'âge adulte? Des heures, il avait passé, en tout cas. Des heures à essayer de décortiquer la soirée, à tenter de faire le lien entre les choses, à comprendre comment ils avaient pu en arriver là. En vain. C'était un trou noir qui avait tout absorbé: les bons comme les mauvais moments, jusqu'à rendre le souvenir de la peau douce de Sarah comme une brûlure, une chose que le jeune Ansley n'aurait jamais cru possible, tant son adoration pour la jeune femme était pure et sans limites. Maintenant, ça n'était qu'une lointaine sensation que le temps avait salie, au point de lui donner la nausée s'il avait le malheur d'y repenser.
Jamais il ne repensait aux derniers mots échangés - ceux de ce soir-là. Jamais il ne songeait avec aigreur au fait qu'il avait touché le rêve du bout des doigts et qu'il avait éclaté comme une bulle de savon, sans qu'il n'en comprenne la raison. Depuis, il avait eu tout le temps d'imaginer toutes les fautes qu'il avait pu commettre pour que Sarah change d'avis, ne désire pas prolonger la découverte des corps, ne veuille plus de ses lèvres avides sur elle. Il avait été un peu blessé, évidemment, comme toute personne normalement constituée peut l'être quand elle se fait rejeter, mais il ne lui en avait en aucun cas voulu. Il avait obéi, timidement, maladroitement, comme il l'avait toujours fait. Il l'avait laissée et peut-être que ça avait été là la plus grosse erreur de son existence, de leur existence. S'il n'avait pas cédé, s'il avait décrété rester jusqu'à la savoir chez elle, rien de tout cela ne serait arrivé. Mais comment aurait été perçu son refus d'obtempérer, s'il avait agi différemment? N'était-ce pas l'une de ces situations inextricables où, quelle que soit l'issue envisagée, rien ne serait favorable à l'opinion générale?
Au fil des ans, Wyatt avait fini par chasser ces questions nébuleuses, ne leur laissant pas le loisir de s'infiltrer dans sa conscience meurtrie et torturée. Un moyen de se préserver des haut-le-cœur qui l'assaillaient dès qu'il imaginait qu'on puisse faire du mal à Sarah. Un moyen de ne pas se remettre à pleurer, aussi, et ainsi éviter qu'un œil goguenard le surprenne et le traite une nouvelle fois de petite pédale larmoyante. Un moyen de ne pas sombrer dans une mélancolie morbide, enfin, car chaque fois qu'il se laissait aller à faiblir, il voyait le monde qui lui avait été arraché et celui dans lequel on l'avait projeté et il n'avait plus qu'une envie: mourir.
C'était aussi très précisément ce qu'il aurait aimé faire à cet instant. Cela ou s'enfoncer dans l'asphalte, disparaitre sous terre, être oublié à jamais. Ou être foudroyé sur place, ne laisser qu'une trace qui s'effacerait avec le temps, un léger trait de fumée trahissant sa présence sur le moment. Ou être doté d'un appareil qui lui permettrait de remonter dans le temps, de ne jamais emprunter cette rue, de ne jamais croiser Nash. Mais, dans ce cas, pourquoi ne pas remonter jusqu'au soir où tout avait basculé? Ou encore, remonter plus loin, au jour de leur rencontre, afin que jamais ils ne se croisent, jamais ils ne deviennent amis. Mais est-ce que cela préserverait seulement Sarah du sort terrible qui l'attendait? Est-ce que, ne jamais le connaitre la protégerait de cet assaillant sans visage qui avait ruiné sa jeunesse? Comment aurait-il pu le savoir ?
- J'imagine... j'imagine que c'est fini, maintenant.
Wyatt avait l'impression que c'était la première fois qu'ils se parlaient depuis une éternité. Et pourtant ça n'était qu'un leurre, une situation embarrassante dont il était évident qu'ils ne savaient comment s'extraire, lui prostré dans sa culpabilité, elle dans son malaise. Il ne comprenait pas qu'elle ait pris sa défense, déjà, mais qu'elle ne se soit pas déjà éloignée à toutes jambes, ravie de pouvoir mettre autant de distance que possible entre elle et son bourreau. Wyatt ne comprenait pas ce qu'ils faisaient là et s'il présenta ses excuses, ce ne fut même pas avec l'idée que ce serait peut-être sa seule et dernière chance de pouvoir faire preuve de contrition pour un acte dont il n'était pas responsable. Mais, justement, en s'excusant, ne donnait-il pas raison à tous ces regards scrutateurs et méprisants qui l'avaient poignardé ces dernières années?
- Pour quoi?
La question, légitime, fit sursauter Wyatt qui sentit un frisson glacé lui courir le long de l'échine. Attendait-elle seulement une réponse? A l'évidence. Mais qu'espérait-elle, au juste? Wyatt ne sut le prédire et il déglutit avec peine, focalisé sur les pulsions de son cœur qui reprenaient de plus belle, vibrant dans sa poitrine, se répercutant dans sa tête jusqu'à lui faire frôler l'étourdissement, une autre conséquence de ses années d'emprisonnement qui l'avaient rendu non plus imperméable à l'angoisse mais, au contraire, plus sensible à celle-ci. Si, auparavant, Wyatt avait cru ne pas pouvoir être plus anxieux qui ne l'était, le temps et l'expérience lui avaient, depuis, prouvé qu'il avait tort.
- Comment ça, pour quoi? finit-il par demander, d'une voix tremblante et un peu croassante. Pour tout ce qui est arrivé. Pour tout ce qui t'est arrivé.
Il n'avait jamais voulu lui faire de mal, ne lui avait jamais souhaité le moindre mal mais il ne pouvait pas crier, une fois de plus, qu'il n'avait plus posé la main sur elle depuis qu'elle lui avait demandé de partir. Malgré son innocence, il avait l'impression que ça aurait été faire preuve d'indécence et, sans la moindre preuve, comment pouvait-il prétendre qu'il n'avait rien fait sans insinuer qu'elle s'était trompée, qu'elle l'avait accusé injustement? Wyatt avait le sentiment que ce serait un dialogue de sourd et, de toute manière, il n'avait plus aucune énergie à offrir à ce combat stérile qu'il avait difficilement mené et où il avait lamentablement échoué.
Le jeune homme chercha sa respiration et secoua la tête, les yeux toujours happés par le spectacle de ces feuilles abandonnées mais l'esprit ailleurs, loin d'ici, loin en arrière.
- Mer-merci d'être intervenue, dit-il doucement, les épaules voûtées comme sous la crainte d'un coup qui viendrait de nulle part, ses doigts s'agitant sans qu'il s'en rende compte, s'entremêlant et se démêlant distraitement. Je sais que tu n'avais aucune raison de le faire et--et c'est d'autant plus louable de ta part... Mai-mais je n'ai pas le droit de t'approcher. Cela fait partie des conditions de m--ma pro--probation.
Comme il détestait ce mot et tout ce qu'il impliquait. Il était lourd de sens, il l'écrasait invariablement. Il n'avait jamais pensé l'utiliser pour parler de lui. Pour la première fois, il réalisa qu'il le trainerait toujours, partout, comme un boulet à sa cheville et que son seul espoir, bien maigre, de pouvoir un jour oublier ce fardeau était sûrement d'aller vivre ailleurs, loin de Mount Oak, loin de quiconque pourrait se rappeler qu'il avait été en prison, accusé et jugé coupable d'avoir agressé et violé l'une de ses amies. Mais ses pieds semblaient irrémédiablement ancrés à Mount Oak, qu'il n'avait quittée que pour son séjour en prison. Comment aurait-il pu envisager d'aller vivre ailleurs? Dans un endroit où il n'avait pas grandi, où il n'avait pas tous ses repères? Mais en agissant ainsi, ça n'était pas seulement à lui qu'il donnait peut-être une chance d'oublier, mais aussi à Sarah, qui ne devrait plus craindre de croiser son bourreau à chaque coin de rue.
- Au--au revoir, Sarah. J'es--j'espère que tu n'auras plus à m--me croiser.
Cela non plus, huit ans plus tôt, il n'aurait jamais pensé le prononcer. Et pourtant, voilà ce à quoi il était réduit: à souhaiter que la fille dont il avait été éperdument amoureux n'ait plus à voir son visage, n'ait plus à repenser à ce qui avait brisé le cours de leur existence.

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MessageSujet: Re: ☑ they say it comes in threes: love, hope and misery   Jeu 14 Déc 2017 - 21:48

Sarah espère tant de la prochaine réponse de Wyatt, comme si soudain tout ferait sens à son entente, si bien que forcément son espoir était voué à être déçu : elle a demandé l'impossible et elle sait la question qu'il lui retourne légitime alors qu'elle ne s'est pas montrée assez compréhensible.
- Oublie... qu'elle murmure indistinctement pour toute réponse, tout en égarant au passage son regard au sol. Elle n'aurait pas dû lui poser une telle question à vrai dire, elle doute que quoi que ce soit de bon puisse en ressortir, alors elle n'a pas la détermination de se montrer plus précise pour un sens qu'elle pense lui échapper à elle aussi.
Avec Nash qui a abandonné l'idée de lui refaire le portrait, ne devrait-elle pas plutôt partir elle aussi pour laisser Wyatt et tout ce qui a pu les lier derrière elle ? Seulement comment laisser une part d'elle derrière elle ? Car, qu'elle le veuille ou non, il fera toujours partie de son histoire désormais, quand bien même tous les chapitres de celle-ci seront désormais passés. Alors ce sont certainement les derniers instants qu'ils vivent, les derniers mots de leur histoire qui s'écrivent présentement. Nash et ses poings ont été la seule raison qui l'a poussé à approcher non loin de Wyatt par deux fois, et le retrouver une troisième fois n'est pas une perspective qu'elle envisage.
Tout devrait donc prendre fin maintenant, une bonne fois pour toute.
Pourtant, à mesure que son regard se redresse pour retrouver Wyatt, elle peut presque apercevoir le fil de son incompréhension le rattacher encore à ce dernier. Elle devrait lâcher prise, ne plus chercher à comprendre et accepter ce qui lui est arrivé, pour mieux aller de l'avant. Mais qui pense-t-elle fourvoyer un seul instant en s'en pensant capable ? Depuis qu'elle a perdu sa famille et qu'elle sait qu'elle ne les retrouvera jamais, elle n'a eu de cesse de se raccrocher à ce qui est néfaste pour elle, comme pour expier la douleur de ce manque qui la ronge. L'exemple le plus démonstratif de ses mauvaises décisions restant sa relation avec Nash qui n'a jamais pris fin malgré les nombreux coups d'éclats. Néanmoins, ce n'est pas de ça dont il s'agit avec Wyatt, ce n'est pas le cercle vicieux de l'autodestruction qui la fait rester à cet instant, mais plutôt l'éventualité d'enfin mettre cette sombre histoire derrière elle, ce qui serait enfin un répit qu'elle s'accorderait. Mais pour ça, elle doit faire taire ces questionnements en leur donnant des réponses.

Cependant, c'est finalement Wyatt qui rompt le silence de ces quelques secondes d'incertitude, pour lui préciser qu'il est désolé pour tout ce qui (lui) est arrivé. Il lui confirme qu'il est désolé, et cela achève dans l'œuf sa tentative de ne pas le questionner à nouveau à ce sujet.
Elle aussi, elle est désolée de ce qui leur est arrivé, elle qui n'est jamais parvenue à associer le Wyatt chétif qui était son ami au Wyatt qui l'a agressé cette nuit-là, si bien que lorsqu'elle porte un regard sur ce qu'ils étaient dix ans plus tôt elles les voient comme deux êtres distincts de ce qu'ils sont devenus aujourd'hui et elle ne peut qu'être désolée de ce qui ne va pas tarder à briser leur innocence. Alors de ce point de vue là, elle comprend que Wyatt son feu ami soit désolé lui aussi, mais puisque c'est aussi la bouche de son agresseur qui se dit être désolé, elle se questionne forcément sur une potentielle autre portée de ses mots.
Cela signifie-t-il qu'il admet enfin son rôle dans ce qui est arrivé ? Est-ce un aveu à demi mot ? Est-ce qu'il admet des regrets pour son acte cette nuit-là ? Pour son crime ? Mais ce n'est pourtant pas après ça qu'elle court : qu'est-ce que ça pourrait changer au passé qui les a tailladé tous les deux et qui leur a laissé des plaies béantes qui n'ont jamais cicatrisé ?
Par contre, elle ressent le besoin de faire taire l'incompréhension qui la tiraille depuis cette nuit-là, et ce qu'il vient de préciser n'est pas suffisant à cette fin, bien au contraire. Sarah ne veut pourtant pas avoir à lui demander davantage, mais elle ne peut que constater cette nécessité qui l'assaille. Elle a peut-être pu penser qu'empêcher Nash de l'agresser mettrait un terme définitif à ce pan de son histoire, mais il n'en est rien : à présent que son petit-ami a quitté les lieux et que la menace d'un passage à tabac a foutu le camp, il n'en reste pas moins qu'aucun sentiment de finalité ne la soulage. Bien au contraire, voir Wyatt là, à quelques mètres d'elle, ne fait que réveiller toutes ces interrogations auxquelles elle ne pensait jamais trouver réponse, celles qui l'ont hanté toutes ces années durant et qu'elle s'est efforcée d'enterrer, et voilà qu'il se trouve là, en face d'elle, à portée de voix, qu'elle n'a que trois pas à faire pour se retrouver dans la rue passante si le tête-à-tête devient menaçant, et qu'elle peut lui poser ses questions (ou plutôt une question qui résume toutes ces interrogations) et qu'il peut lui répondre. Elle l'espère.
Mais pourquoi ne lui a-t-il pas répondu dès qu'elle lui a adressé ce pour quoi ? N'a-t-il pas forcément compris l'entièreté de son sens ? Pourtant elle non plus n'en était pas certaine sur le moment, de la signification qu'avait son pour quoi, et ce n'est qu'à rebours qu'elle mesure le véritable sens qu'elle a besoin de donner à sa question. Alors elle ne peut lui en vouloir – si seulement elle en est capable – de ne pas vraiment répondre à celle-ci, car comment peut-il savoir après tout ce qu'elle a en tête si elle-même peinait déjà à le déterminer en plus de ça ? Elle en a conscience, d'autant que c'est pour savoir ce que lui a eu en tête cette nuit-là qu'elle veut réitérer sa question.
Mais elle n'a pas encore rassemblé assez de courage pour le lui demander à nouveau, elle sait qu'elle ne pourra faire autrement, mais d'ici à ce qu'elle en ait le cran, c'est Wyatt qui reprend la parole et qui la prend toujours plus au dépourvu en la remerciant. Pense-t-il vraiment autant de bien d'elle ? Pour croire qu'elle n'a aucun intérêt personnel à avoir voulu empêcher ce passage-à-tabac ? Sarah ne peut tolérer que du mal soit fait en son nom, elle ne peut accepter cette responsabilité-là sur une autre vie que la sienne, et elle ne peut pas non plus le laisser penser un seul instant qu'elle peut être cette personne-là, quelqu'un de désintéressé, quelqu'un de bien.
- Il n'y a rien de louable, je l'ai fait pour moi. Elle l'avoue sans artifices, elle prononce la seule vérité et il n'y a aucune trace de dédain dans son ton à l'idée qu'il ait pu penser qu'elle aurait fait quelque chose de louable pour son agresseur. Tu penses vraiment que je te voudrais ce mal-là ? C'est une question qui n'attend pas de réponse, elle exprime seulement son étonnement à l'idée qu'il puisse songer probable qu'elle pourrait lui vouloir ce mal-là, à lui ou à qui que ce soit – qu'importe le mal qui lui a été fait en premier lieu. Alors il n'a pas à la remercier, d'autant plus qu'un malaise s'empare d'elle à l'idée que son agresseur puisse lui être reconnaissant, et un frisson fait trembler un instant son échine. L'a-t-il aperçu ?
Elle le regarde, et se demande pourquoi elle est attristée de le voir comme ça. D'où lui vient cette peine lorsqu'elle constate ce qu'il est devenu ? C'est qu'elle a toujours de l'empathie pour son ami, celui qui l'était avant cette nuit-, et elle n'a jamais été capable de l'associer avec le Wyatt de celle-ci, son agresseur, si bien qu'ils sont deux êtres distincts pour elle, et elle regrette que le jeune homme maladroit qu'elle a connu ait disparu pour laisser place à cet être brisé qui trahit ses cassures rien qu'à sa posture.
Et contre toute attente, que l'agresseur adresse à sa victime un au-revoir, qu'il affirme espérer qu'ils ne seront plus jamais amenés à se confronter, ne lui apporte aucun soulagement, pas lorsqu'elle attend autre chose de lui. Et c'est lorsqu'elle pense qu'il s'apprête à lui tourner le dos pour quitter la ruelle qu'elle se sait définitivement incapable de le laisser lentement disparaître sous ses yeux pour toute réponse.
Alors pour l'interpeller, elle amorce un mouvement. Elle s'approche d'un pas, d'un seul, comme si c'est la distance qui les sépare qui l'a empêché de comprendre clairement le sens de sa question, et qu'il avait été alors trop loin pour entendre et percevoir l'entière signification de son interrogation. Elle ne cherche pas à se montrer plus pressante de ce pas en avant et de cette distance réduite, comment pourrait-elle après tout, avec sa frêle allure, presser qui que ce soit à quoi que ce soit ? Même devant Nash, elle peut bien se prétendre solide et persuasive, mais elle ne reste qu'une brindille qui plie bien vite sous les bourrasques de son ivresse.
Mais cette fois-ci elle ne plie pas, elle ose, sans animosité, sans reproche, son pour quoi se précise soudain et se mue en pourquoi.
- Pourquoi Wyatt ? C'est étrange, de prononcer son prénom, de dépoussiérer cette familiarité avec lui, mais elle fait appel à lui, à celui qui fut un jour son ami, pour l'aider à comprendre. A- avant de partir et de mettre tout ça derrière nous, dis-moi juste pourquoi s'il te plaît. Au procès il avait un intérêt certain à clamer son innocence et elle le comprenait, mais désormais plus rien de ce qu'il ne lui dira à ce sujet n'aura de conséquence sur sa liberté, ne le voit-il pas ? La seule conséquence serait celle de la laisser volontairement dans l'ignorance. Je- regrette de t'avoir traité comme ça cette nuit-là, je n'aurais jamais dû te chasser ainsi, mais... cela valait-il vraiment qu'il s'en soit pris à elle de cette façon en guise de représailles ? Ce sont des mots qu'elle est incapable de prononcer à voix haute, qu'elle ne peut que penser, mais peut-être les entendrait-il au détour de l'implicite ?
Elle pense alors vraiment s'être faite comprendre cette fois-ci et elle se raccroche d'ores et déjà à la prochaine réponse qu'il lui donnerait – mais s'il n'y a pas de réponse, elle sait qu'elle n'aura pas l'aplomb de le retenir une nouvelle fois.

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MessageSujet: Re: ☑ they say it comes in threes: love, hope and misery   Ven 29 Déc 2017 - 15:55

Il sentit la panique le gagner. Invariablement. Elle se creusa un terrier dans son ventre et diffusa ses tentacules dans chacune de ses veines. Elles s’enroulèrent autour de son cœur, de ses poumons, de son estomac. C’était une douleur vive dont il savait qu’elle était inventée. Psychosomatique. C’était le terme utilisé par son psychiatre. Il devait se focaliser sur ce mot, s’efforcer de se rappeler qu’il pouvait contrôler sa terreur. Il fallait pour cela qu’il calme ses nerfs, qu’il prenne de profondes inspirations, qu’il chasse les pensées négatives qui la provoquaient. Mais comment y parvenir quand le facteur principal n’était qu’à quelques mètres de lui, bourreau et victime à la fois ? Wyatt se sentait dépassé et un frisson d’horreur lui parcourut l’échine à l’idée qu’il était piégé, qu’il ne pouvait rien faire pour échapper à cette situation, qu’il était tétanisé par la panique, par le passé, par les émotions qui le submergeaient. Pour pouvoir inspirer profondément, il aurait déjà fallu qu’il parvienne à respirer tout court, ce qui lui paraissait impossible, à cet instant. Et ça ne ferait que s’aggraver avec les minutes, l’emportant comme une vague furieuse qui ne le laisserait que bien des heures plus tard, complètement exténué et exposé. Il se figurait sans mal l’image qu’il associait à la sortie d’une crise de panique : l’impression d’être un corps nu échoué sur la plage d’une île déserte, d’avoir été balloté par les vagues effrayantes du littoral, la gorge asséchée par le sel quand il avait bu la tasse pendant ce qui lui avait paru une éternité. Il ne trouva la force que de fermer les yeux. Pour au moins ne plus voir Sarah et tout ce qu’elle faisait remonter.
- Oublie…
Wyatt aurait bien aimé. Pouvoir oublier. Mettre le feu à ces huit dernières années comme on le ferait d’archives honteuses. Effacer d’un coup de gomme ce qui avait ruiné son existence. Mais c’était impossible, autant que ça l’était pour elle. Comment oublier la peur quand on était venu l’arrêter, chez lui, sous les yeux horrifiés de ses parents et de ses frères ? Comment oublier qu’il était devenu la face du mal, que son nom était associé à un acte ignoble dont il était tout bonnement incapable ? Comment oublier l’humiliation publique, non seulement lors du procès, quand il pleurait toutes les larmes de son corps en clamant son innocence et qu’on l’avait quand même condamné ? Comment oublier qu’il avait trainé cette réputation jusque derrière les barreaux et que certains ne s’étaient pas fait prier pour le punir une seconde fois ? Comment oublier la solitude, le dégoût de lui-même, qui l’avaient habité durant toute la période de son incarcération ? Comment oublier qu’il vivait chaque jour avec ce drame, où qu’il aille, quoi qu’il fasse ? Mais il ne pouvait pas lui dire tout ça. Pourquoi se serait-elle souciée du malaise qui avait été le sien ? Pourquoi se serait-elle émue du désir de mettre fin à ses jours qui l’avait hanté pendant des mois et qu’il n’avait pas pu mettre à exécution que parce qu’il était trop lâche pour approcher un nœud coulant de sa gorge ou une lame de ses veines ?
Si elle avait su, pour les lettres, peut-être qu’il en aurait été autrement. Ces centaines de lettres qu’il n’avait jamais envoyées, par décence, parce qu’un agresseur ne peut pas communiquer avec sa victime et parce qu’il savait l’entreprise inutile. Ces lettres sur lesquelles il avait épanché son cœur, où il lui demandait pardon, où il clamait son innocence, où il répétait inlassablement qu’il n’aurait jamais pu lui faire le moindre mal parce qu’il l’aimait. Ces lettres qu’il avait déchirées dès qu’il y avait mis un point final et sur lesquelles il finissait en pleurs. Avec le temps, son besoin de le lui dire s’était estompé et, au final, ça n’avait plus été qu’un lointain souvenir qu’il associait à sa naïveté. Vomir son cœur sur ce papier à lettres qui portait le logo de la prison et qui n’aurait jamais passé la censure, ce courrier qu’elle n’aurait même pas ouvert si elle avait vu d’où il provenait, n’aurait jamais soulagé son âme. Ça n’avait été qu’un moyen comme un autre d’exprimer quelque chose que personne ne voulait entendre, que personne ne voulait écouter. Alors il était tombé dans l’extrême inverse, optant pour un silence dépressif qui n’était perturbé qu’occasionnellement par l’un ou l’autre détenu trop bavard pour constater qu’il ne servait à rien de parler à Wyatt Ansley.
Lorsque Sarah déclara qu’elle n’avait agi que pour elle-même, Wyatt posa sur elle un regard hagard, teinté d’incompréhension. Il ne voyait sincèrement pas en quoi son geste avait été égoïste, en quoi elle l’avait fait pour elle et non pour lui. Jamais il ne serait intervenu dans une situation où il estimait qu’on lui rendait justice. Il se serait probablement senti un peu coupable de ne savoir se défendre seul mais ça n’aurait pas été beaucoup plus loin. Il papillonna cependant des paupières et détourna les yeux dès qu’il réalisa qu’il la fixait. Malgré le temps, malgré les événements, elle gardait ce pouvoir qui aimantait l’attention du jeune Ansley sur elle et qui compliquait d’autant plus le réflexe qu’il avait de la regarder quand il avait pour mot d’ordre de ne plus jamais la souiller de son regard. Il avait perdu ce droit le soir où il l’avait laissée sans défense, offerte au loup qui avait surgi de la nuit noire pour se servir d’elle, sans se soucier de ses émotions. Il se sentit dès lors incapable de répondre quoi que ce soit lorsqu’elle lui demanda s’il pensait vraiment qu’elle lui voulait ce mal-là. C’était absurde, un non sens. Pourquoi ne le voudrait-elle pas, si elle était si persuadée qu’il l’avait violée ? N’avait-elle pas à cœur de le faire souffrir comme elle avait souffert ? Une peine de prison, peu importe sa durée, pouvait-elle réparer un mal qui avait été fait au corps et à l’âme ? Wyatt en doutait.
Il fallait donc qu’il s’éloigne au plus vite, qu’il préserve le peu de santé mentale qu’il lui restait. Il fallait qu’il échappe à cette confrontation, surtout que la panique menaçait de l’embraser tout entier, de l’immoler sous le regard horrifié de Sarah. C’était déjà suffisamment une torture que d’être en sa présence sans, qu’en plus, il lui donne le spectacle de sa faiblesse mentale. En lui signifiant les termes de sa probation, Wyatt espérait en un sens la rassurer, lui montrer que, même remis en liberté, il était soumis à des règles strictes, que personne n’oubliait le drame, que rien n’était effacé. En lui souhaitant de ne jamais le revoir, c’était un adieu maladroit qu’il lui offrait, un adieu qu’il n’avait jamais été en mesure d’exprimer, étant passé du garçon rejeté au garçon enfermé, sans grande transition entre les deux. En aucun cas ça n’était destiné à relancer le débat d’autrefois – un débat qui n’en était finalement pas un puisqu’il avait été condamné, et vu et au su de tous. Quand il se détourna dans l’espoir de disparaitre comme son instinct lui dictait de le faire, ça n’était certainement pas pour inciter Sarah à approfondir sa réflexion, encore moins pour qu’elle rouvre les plaies suintantes d’un coup de poignard innocent.
Wyatt eut la sensation que son sang se glaçait. À moins que ça ne soit la panique qui ait fini de geler chaque cellule de son corps. Heureusement pour lui, le mouvement de Sarah, l’amorce d’un pas dans sa direction, lui échappa tandis que tout son corps se raidissait, semblable à une statue de grès. Le teint de Wyatt, en tout cas, en avait la couleur, comme si le sang avait quitté son visage – et l’avait même quitté en entier, en fait.
- Pourquoi, Wyatt ?
Il aurait voulu que plus jamais elle ne prononce son prénom, qui sonnait comme une malédiction dans sa bouche, quand bien même ça n’était pas son but. Il sentit son corps se mettre à trembler de façon incontrôlable, ses poumons se fermer à l’air qui aurait pu le préserver du malaise qui se profilait.
- Avant de partir et de mettre tout ça derrière nous, dis-moi juste pourquoi s’il te plait. Je regrette de t’avoir traité comme ça cette nuit-là, je n’aurais jamais dû te chasser ainsi, mais…
Le cœur du jeune homme coula au fond de sa poitrine, privé de vie, privé d’espoir. La joie l’avait depuis si longtemps quitté que Wyatt ne comptait même plus dessus. Mais il était économe du reste, il avançait à petits pas, espérant que sa réinsertion se ferait sans heurts et, qu’un jour, il pourrait à nouveau vivre normalement. Il n’avait pas compté sur le fait que Sarah viendrait encore le hanter avec ces questions auxquelles il ne pouvait plus répondre sans éclater comme une bulle de savon. Inconsciemment, il avait serré les poings et il dut rassembler toutes ses forces pour avoir le courage de se tourner enfin vers celle qui avait été son amie, vers celle qu’il avait espéré être plus que son amie. Le regard fixe, les larmes prêtes à déborder, il se tourna complètement, parfaitement conscient qu’il pouvait paraitre effrayant, au bord de la crise, instable mentalement.
- Je ne sais pas ce que tu attends de moi, Sarah, finit-il par lâcher, la voix rauque. Je viens de passer huit ans à me poser la même question. Pourquoi ? Pourquoi m’as-tu traité comme ça cette nuit-là ? Est-ce que je te paraissais trop désespéré dans mes gestes ? Est-ce que tu t’es rendue compte subitement que tu ne voulais peut-être pas ce genre de relation avec moi ?
Il savait qu’il donnait une fausse impression de ce qu’il voulait réellement dire mais il n’avait jamais su comment s’y prendre avec elle, aujourd’hui pas plus qu’auparavant. Wyatt renifla et son visage se crispa douloureusement, entre colère et détresse, entre supplication et abandon.
- Mais ça n’est pas ce qui m’importait. Tu avais le droit de changer d’avis. Tu aurais pu le faire autrement, sans doute, mais tu en avais parfaitement le droit et je ne t’en ai ja—jamais voulu de m’avoir chassé. Mais pourquoi, Sarah ? Pourquoi étais-tu si persuadée que j’aie pu m’en prendre à toi ? Le doute ne t’a-t-il pas effleuré un instant ? Je crois que c’est ça qui fait le plus mal. Que tu aies pu penser ça de moi.
La voix de Wyatt dérailla et se brisa. Les larmes explosèrent sur son visage et il les dissimula en portant les mains à son visage pour le couvrir, étouffant sa bouche tordue qui peinait à contenir les sanglots.

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MessageSujet: Re: ☑ they say it comes in threes: love, hope and misery   Sam 13 Jan 2018 - 23:16

Sarah a enfin la présence d'esprit d'un pas de recul, lorsque Wyatt se tourne face à elle et que son corps entier semble trahir et contenir avec difficulté une tension dangereuse. Tension qu'elle doit imputer à l'audace de sa question ? Cette question, elle a l'étrange et l'inexplicable sentiment que c'est à celui qui fut autrefois son ami qu'elle l'a adressé, car peut-être que lui seul aurait la clémence de lui répondre, au nom de ce qu'il a un jour été. Seulement à présent, la jeune femme ne sait plus ce que ses yeux ont peur de regarder exactement, alors que son palpitant se débat lui aussi de cette nouvelle appréhension, et que son corps témoigne malgré elle de ses doutes. Un instant, elle semble jeter un œil en direction de la rue fréquentée sur laquelle cette ruelle débouche, et se demande si elle ne devrait pas se réfugier dans la sécurité qu'elle pense trouver dans ce lieu public. Mais finalement son attention revient au jeune homme qui brise le silence et fait entendre sa voix, alors qu'elle lui a posé une question et qu'elle semble incapable de déguerpir tant qu'elle ne saurait pas s'il peut lui apporter une quelconque réponse.

La vérité. C'est tout ce qu'elle ose attendre de lui désormais, la vérité sur cette nuit-là, et sur son acte. Sarah, elle se risque à ce dont elle aurait très certainement dû s'abstenir, et ce qu'elle regrettera certainement, autant pour lui que pour elle. La serveuse n'a jamais pu lâcher prise de ses maux, n'est-ce pas là tout ce qui n'a pu que renforcer son inaptitude à s'extirper de cette impasse du passé ? Pourtant, elle n'accrocherait pas éternellement la personne de Wyatt par ses mots – elle se surprend même d'avoir eu cette audace-là en premier lieu. Mais elle a ce besoin de savoir, de comprendre, qui ne l'a jamais quitté depuis cette nuit-là, et elle sait que toutes ces années d'ignorance ne lui ont pas donné pour autant l'aplomb suffisant pour le retenir jusqu'à ce que la compréhension soit à portée de son esprit. Alors s'il préfère en rester là malgré tout, elle ne le retiendrait pas une nouvelle fois, elle le sait déjà. C'est qu'elle n'est pas sûre d'elle, elle ne l'a jamais vraiment été, mais dans le cas présent elle est incapable de dire si elle est destinée à comprendre ce qui a pu se passer – si cela est même du domaine du compréhensible. Elle a très tôt eu conscience que ses interrogations étaient aussi prévisibles qu'insensées : elle ne pouvait que se demander pourquoi son ami l'a agressé, mais que peut-elle véritablement espérer en lui destinant enfin ce point d'interrogation qui hante cette histoire, leur histoire ? Y'a-t-il un quelconque sens à retirer de ce qui s'est passé cette nuit-là ? Comment pourrait-elle seulement se fourvoyer un seul instant à penser que les motivations de son violeur peuvent s'expliquer ? Que les mots pourront donner sens à tout si seulement elle ose le demander ?
Mais Sarah, elle est ignare de la plupart de ces considérations. Elle a grandi loin de ces faits divers sordides, d'agressions sexuelles et autres crimes, que les journalistes d'un autre monde que le sien, et qui pourtant habitent le même territoire qu'elle, n'ont eu de cesse de relater à chaque nouvelle édition. Jour après jour, elle était dans la bulle paisible de sa communauté, à l'écart de l'effervescence de millions d'américains, et elle n'a jamais été confrontée à ne serait-ce que l'idée d'un viol avant cette nuit-là. Elle n'a alors pas appris bien malgré elle, en tant que femme, à redouter une quelconque agression, elle n'a jamais ressenti la contrainte d'éviter toute situation qui pourrait avoir des allures de provocation sous d'autres attentions que la sienne qui seraient alors tentées de régresser à leurs plus bas instincts. La nuit, elle n'a jamais pressé le pas pour rentrer vite sous la sécurité de son toit et ne pas s'attarder plus que nécessaire auprès des menaces que peuvent cacher des ruelles désertes et sombres. Sarah n'a pas grandi avec cette peur-là, elle ne l'avait même jamais frôlé lorsque ses craintes n'ont pas été nourries par la connaissance de tels abus. Pourtant, à l'âge fatidique de 18 ans, elle a commis le faux pas de se propulser dans ce monde qu'elle connaissait si peu, si ce n'est pas du tout.
En sait-elle aujourd'hui davantage sur ce qui l'entoure ? A-t-elle tiré profit de cette décennie passée dans la société des englisher pour espérer mieux en comprendre ses évidences ? Il y a en tout cas des évidences qu'elle semble incapable de saisir jusqu'au bout au sujet de Wyatt. Ce qu'elle attend de lui c'est de comprendre, oui, mais s'en donne-t-elle seulement les moyens ? Ou son esprit n'est-il pas plutôt rendu trop étroit par ce qu'il a cru savoir toutes ces années durant ? Et si Sarah a conscience qu'elle ne sait pas tout, elle ne soupçonne pas jusqu'à quel point elle peut se méprendre et être ignorante. Ce sont les toutes premières conclusions qui faussent sa compréhension depuis tout ce temps, les fondations même de ce qu'elle pense savoir de cette nuit-là ne tiennent pas debout. Si seulement elle pouvait voir qu'elles ne sont pas solides, qu'elles s'écrouleraient si un jour elle peut les regarder en face. Alors elle pourrait effectivement avoir l'espoir de comprendre, si seulement sa conviction erronée n'obstruait pas sa raison depuis le tout début.
Sarah fait fausse route, et se destine malgré elle à heurter inlassablement le mur de l'incompréhension tant qu'elle n'aura pas su voir l'évidence qui se trouve sous ses yeux. Est-ce donc guère surprenant que sa réponse ne la rend que plus confuse encore ? Sous son impulsion, Wyatt parle d'un autre temps, d'une autre nuit, et elle n'ose pas un seul instant trouver cela injuste qu'il réponde à sa question par davantage de questions, ou qu'il remette aussitôt en cause ses agissements à elle aussi. Elle n'a jamais douté de sa part de responsabilité, car elle sait qu'elle est la mieux placé pour se précipiter dans de nouveaux maux. Tout ce qu'elle a demandé dès lors, c'est de comprendre envers et contre tout, qu'importe si les conclusions à en tirer ne la pousseraient qu'à se blâmer davantage – à juste titre ou non – tant qu'elle sait. La jeune femme pense en effet soupçonner les risques que peuvent comporter l'abolition de l'ignorance, mais elle reste persuadée que ce sort est préférable, bien qu'inconnu, à l'incompréhension dont elle semble incapable de s'affranchir pour continuer son chemin.
Seulement que penser à présent des interrogations qui tour à tour s'échappent de ses lèvres ? Lui a-t-il seulement un jour adressé autant de mots, du temps où ils étaient... amis ? Sa réaction accapare et obstrue son attention de milles-et-unes pensées, autant par ses mots que par ses expressions, dont elle ne pourrait faire le détail tant l'instant est oppressant.
Tant bien que mal, elle s'efforce alors de ne pas s'abandonner au fil chaotique de son esprit ébranlé, lorsqu'il y a tant à prendre en compte en si peu de temps. Et quand les sanglots éclatent sous ses yeux impuissants, elle ne sait que penser durant un laps de temps qui lui paraît infiniment long, face à ce buste une nouvelle fois recroquevillé sur sa détresse. Sont-ils alors voués à rester ainsi prostrés dans ces postures qui traduisent l'impasse de ce chaos tortueux et malaisant qui les sépare et les lie encore en même temps ?
Le silence semble déterminé à se faire entendre, le silence des mots, alors que le chagrin de Wyatt est perceptible à l'oreille, mais il est surtout visible alors qu'elle ne peine que trop à détourner les yeux. Sarah hésite à laisser l'orage de l'affliction passer, à défaut qu'il puisse un jour véritablement s'apaiser, mais elle sait qu'elle doit commencer par le début de la fin, qu'importe combien cela lui coûte à son tour. Et ce n'est que lorsqu'elle trouve les ressources nécessaires pour ouvrir à nouveau la bouche, qu'elle se voit contrainte à égarer son regard sur ce qu'elle ne saurait voir, plutôt que d'égarer définitivement le fil délité de ses pensées.
- Non..., qu'elle souffle et tût à la fois. Un souffle, qu'elle doit reprendre et une voix qu'elle doit éclaircir si seulement elle espère se faire entendre. ... non, je- j'en voulais, de ce genre de relation avec toi, peut-être un peu trop même. Et toujours, c'est un souffle qui peine à s'affirmer quand pourtant elle a encore le souvenir exact des sentiments, tout d'abord nouveaux et exaltants, qui l'ont traversé cette nuit-là. Elle tente alors de donner un peu plus de courage à sa voix, pour qu'il comprenne. Quand tu étais si proche, que tu n'étais plus seulement mon ami, quand tu... me touchais, c'était comme si tout avait fait un peu plus sens, comme- comme si j'avais une place tout près de toi. C'était déroutant, mais doux. Je crois que je n'aurais voulu être avec personne d'autre que toi à cet instant, je- je n'avais pas soupçonné à quel point ça pourrait être une évidence, p- pour moi, que je le ressentirais comme une évidence. Elle se tait alors, et ce sont ses yeux, craintifs et mortifiées par l'intimité de l'état d'esprit (révolu) qu'elle évoque, qui finissent tout d'abord par retrouver la personne de Wyatt : elle s'efforce de contraindre cette vue à s'affranchir de sa lâcheté pour affronter celui à qui elle doit aussi une réponse. C'est venu de nulle part, je- je n'y comprenais plus rien. J'étais trop aveuglée par ma famille pour accepter que ça puisse être aussi facile avec toi, et surtout sans eux, et je t'ai repoussé, je- je t'ai chassé, qu'elle conclut, les lèvres tremblantes, à propos de cette première fois, leur première fois, alors que c'est un malaise qui achève un corps et un esprit dérangés de faire de tels aveux à son agresseur. Que sur le coup, elle a pu apprécier se rapprocher de lui, qu'elle a pris plaisir à ce que ces mains la touchent, autant qu'elle s'est débattue lorsque ces mêmes mains ont recouvert sa bouche pour la faire taire plus tard cette même nuit. Et c'est à cette pensée, que l'expression de son visage n'est plus seulement contrite et incertaine, mais aussi froncée par la violence d'autres souvenirs sur lesquels elle n'aurait jamais voulu s'attarder une seule fois. Ce n'est alors plus l'innocence de cette première fois qu'elle a en tête – dont le souvenir la rend pourtant dorénavant tout aussi malade, quand elle sait depuis que cet homme doux et maladroit fut aussi celui qui étouffa ensuite son consentement pour mieux faire son corps sien – et une grimace tord bientôt son visage et fait briller à son tour des yeux prisonniers d'un acte qu'elle n'a jamais compris (et qu'elle ne comprendrait certainement jamais, il est temps qu'elle se rende à l'évidence).
- Et puis... et puis tu es revenu et tu... tu... Que dire quand les mots ne viennent plus, qu'ils s'engouffrent et se perdent dans le maelstrom abyssal de ses pensées qui tournent à vive allure sur elles-mêmes jusqu'à ce que le fil de sa raison se délite définitivement sous la pression du souvenir horrifique ? Elle voudrait déglutir, reprendre son souffle, mais elle n'est pas capable de quoi que ce soit si ce n'est de rester proprement figée, aussi bien dans sa posture physique, que dans ses mots et ses pensées. Elle ne sait plus ce qu'elle regarde exactement, ce qu'elle doit ou ne doit pas voir. Elle ne comprend pas, elle ne semble pas en mesure de saisir où est-ce qu'il peut vouloir en venir, lorsque dès les premiers instants, et depuis tant d'années, elle a la conviction que ces mains et ce corps ont été ceux de Wyatt. Elle s'égare même et se demande un instant, s'il lui reproche d'avoir su que c'était lui, et surtout d'avoir ouvert la bouche, d'avoir dénoncé ce qui aurait pu rester le secret terrible d'une chambre à coucher dans lequel aucun d'eux ne remettraient jamais les pieds. Car elle le lui reconnaitrait aisément, qu'appeler la police a été la plus mauvaise décision à prendre, son corps et son esprit sont même criants de la volonté de ne plus jamais demander la justice à une quelconque juridiction, dont elle reste étrangère de bout en bout. Tu... tu as dit être désolé, je- je ne comprends- pas. Il a aussi avoué l'espoir qu'elle n'ait plus à le revoir, il lui a prêté une absence de raison à intervenir en sa faveur, et elle ne comprend pas davantage ce que ces interventions, en apparence contradictoires à ses derniers propos, peuvent signifier au bout du compte. Elle a alors soudainement l'envie irrépressible de presser sa tête si fort entre ses mains et de compresser ces incompréhensions qui l'assaillent de toute part, mais elle n'esquisse pas un quelconque geste de la sorte, et s'enfonce plutôt dans l'inertie accablante de son ignorance, les bras ballants et le silence éloquent.

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MessageSujet: Re: ☑ they say it comes in threes: love, hope and misery   Dim 28 Jan 2018 - 21:41

Il se maudit. Il se maudit d’avoir cédé à ce désespoir, il se maudit d’offrir ce spectacle pathétique. Il se maudit surtout d’être toujours la proie de ce tourment qui ne le quittait jamais. Pas une seule seconde. Il n’avait aucun répit, c’était comme une ombre qui le suivait partout, lugubre sans être menaçante, un rappel constant de ce qu’était devenue sa vie ou de ce qu’elle ne serait plus jamais, peut-être. Elle ne serait plus jamais légère, plus jamais spontanée, plus jamais libre. Il y aurait toujours quelque chose pour le ramener au fond et si ça ne venait pas d’un élément extérieur, comme un regard méfiant ou un mot maladroit, ça viendrait de lui, il le savait. Il n’aurait besoin d’aucune aide pour se laisser submerger par l’horreur, pour se noyer sous l’effet de son impuissance et de l’indifférence générale. Il n’aspirait qu’à échapper à cet état de panique qui l’emportait et menaçait de le rendre fou. Il ne demandait même plus à être heureux, juste à ce qu’on le laisse tranquille, juste à pouvoir oublier ce qu’il s’était passé. Mais le pourrait-il seulement un jour ? Surtout s’il restait à Mount Oak, où tout se liguait contre lui pour le ramener à ce soir-là ? A commencer par Sarah qui voulait savoir, qui voulait comprendre, comme s’il y avait quoi que ce soit à comprendre, quoi que ce soit à analyser, comme si ce geste pouvait être excusé d’une quelconque manière. Non, peut-être pas excusé mais expliqué. Sauf que Wyatt n’avait pas les réponses que Sarah attendait, il ne les avait jamais eues et s’il en avait eu ne serait-ce qu’une bribe, et que celle-ci avait pu apaiser son ancienne amie, il la lui aurait volontiers livrée. Il aurait fait n’importe quoi pour Sarah, aujourd’hui comme hier. Mais il n’était pas en mesure de guérir les plaies quand les siennes étaient toujours à vif, purulentes, elles le faisaient trembler comme une souris devant les crocs du chat rieur. Elles faisaient de lui une proie, une ombre, un fantôme. Il aurait voulu qu’elle voie de ses propres yeux que toute cette situation était absurde, qu’il n’était pas le bourreau qu’elle avait cru, toutes ces années. Il aurait voulu qu’elle les détourne, qu’elle ne contemple pas le chaos qu’il était, qu’elle ne le regarde plus jamais parce que, quoi qu’il arrive, il y aurait toujours le risque qu’un dégoût profond vienne hanter son regard, un dégoût que Wyatt ne pouvait pas ou plus supporter.
Alors il aurait bien voulu savoir, vraiment, ce qu’elle attendait de lui ? Qu’il lui rétorque quoi ? Qu’elle aurait dû réfléchir avant de le laisser l’embrasser avec l’avidité et la maladresse d’un élan incontrôlé ? Qu’elle n’aurait pas dû le repousser, qu’elle aurait dû aller au bout de ce qui avait été initié ? Que ça ne se faisait pas de changer d’avis en plein milieu, qu’on ne faisait certainement pas ça à un garçon Qu’en plus du reste, ce garçon avait nourri pour elle des sentiments naïfs mais sincères, des semaines ou des mois durant, sans jamais vraiment oser se déclarer ? Qu’il avait fallu qu’il boive un verre ou deux pour oser braver sa timidité maladive, pour qu’il ose dire à son amie qu’il trouvait qu’elle était la plus belle fille du monde, qu’il était amoureux d’elle depuis presque toujours et que son cœur se mettait à battre comme un dératé dès qu’elle entrait dans son champ de vision ? Il ne pouvait plus évoquer ce garçon-là, il ne pouvait plus invoquer les sentiments innocents qui l’avaient guidés, pendant si longtemps, car ceux-ci l’écorchaient vif, il avait envie de vomir à chaque fois qu’il pensait au mal que ces sentiments avaient engendré, où ils l’avaient mené. Tout ça parce qu’il n’était pas fait du même bois que la plupart de ses congénères, tout ça parce qu’il était trop lâche, trop craintif, tout ça parce qu’il ne savait pas comment assumer qu’il aimait Sarah et ne pouvait pas concevoir qu’elle ait pu ressentir une once de ce qu’il éprouvait pour elle, persuadé qu’il était qu’il était ce fameux garçon lorsqu’on disait nice guys finish last, il était l’archétype du bon copain, celui qui ne représentait aucun danger, celui qu’on aimait bien avoir près de soi mais qui ne provoquait aucun élan de désir. Mais visiblement, aux yeux de la jeune femme, il n’était pas sans danger, il avait perdu cette aura inoffensive, il n’était plus qu’un violeur sans scrupules, un violeur qui avait l’audace, en plus, de prétendre que les accusations portées contre lui étaient fausses, le fruit d’un délire ou que savait-il encore. Wyatt n’avait jamais compris comment Sarah avait pu être si convaincue qu’il était son agresseur. Elle ne le connaissait finalement pas si bien que ça, avait conclu douloureusement le garçon en essayant de fermer les yeux pour ne plus voir le visage de la jeune femme danser devant ses yeux. Mais c’était peut-être la faute à sa stupidité timidité, son incapacité à se livrer à autrui. Il avait fallu que l’alcool irrigue ses veines pour qu’il trouve le courage de se déclarer mais peut-être que s’il s’en était abstenu, s’il avait tu(é) ses sentiments, encore et encore, ils n’en seraient pas là, à s’affronter, chacun de ses tranchées de douleur et d’incompréhension.
Wyatt n’avait aucune envie de revivre cette soirée où tout avait basculé, où sa vie avait pris un tournant involontaire. Il l’avait ressassée assez, durant toutes ces années, à essayer de se figurer ce qu’il aurait pu faire pour éviter le drame, pour ne pas que leurs vies glissent dans cette spirale infernale. Mais il avait fini par y renoncer, parce que jamais son esprit n’aurait le pouvoir de corriger les erreurs et aspirer à réparer n’aidait en rien à guérir ou calmer la souffrance qu’était l’injustice et l’impuissance. Il ne voulait plus y songer parce qu’il n’avait que des bribes sur lesquelles travailler. Il y avait eu le prologue, quand il avait croisé Sarah à la soirée, quand il avait accepté un gobelet contenant un liquide à la couleur infâme et au goût tout aussi étrange, quand il avait senti les effets embrumer son esprit, quand il avait regardé Sarah et n’y avait plus tenu, se penchant à son oreille dans un élan de courage insensé, pour lui déclarer d’une voix forte, pour couvrir le brouhaha des rires et de la musique, qu’il trouvait qu’elle était la plus belle fille du monde. Il se souvenait précisément la sensation de chaleur qui avait envahi ses joues quand il avait réalisé l’audace de ses paroles. Il y avait eu le moment où ils avaient trouvé une chambre déserte, où ils s’étaient isolés, où les sons avaient été étouffés quand la porte s’était refermée sur eux et que, le cœur au bord des lèvres, les mains fébriles, Wyatt s’était emparé du visage de Sarah pour presser maladroitement ses lèvres sur les siennes. Il se souvenait vaguement avoir eu l’idiotie de lui confesser qu’il n’avait jamais embrassé quiconque, qu’il était désolé s’il s’y prenait mal. La suite, il le savait, son esprit l’avait plus ou moins rejeté, pour se préserver, avait dit le psychiatre, tout en essayant, paradoxalement, de revisiter ce passé trouble pour forcer le jeune homme à se souvenir. Et il avait fini par se souvenir, oui, du moment où Sarah n’avait plus voulu, où elle l’avait repoussé et où, tétanisé, mortifié, il n’avait pas su quoi faire à part la regarder d’un air hébété, atterré. Elle l’avait chassé et il n’avait pas osé désobéir. Il avait reboutonné son pantalon d’un geste tremblant, avait rampé jusqu’au bord du lit et avait pris la fuite, humilié mais surtout désolé d’avoir provoqué une telle réaction chez la jeune femme. Le reste échappait complètement à son contrôle et il n’aurait dès lors pas pu offrir la moindre consolation – si tant est que c’était ce que Sarah recherchait en le confrontant ainsi. Il ne voulait pas revivre ces heures où il était passé par toutes les émotions possibles, où son cœur avait bondi, où son cœur avait voulu mourir de honte et ne plus jamais battre de son existence.
Une sensation devenue bien familière à son goût et qui reprenait vie là, sous les yeux effarés de Sarah. Wyatt ne pouvait plus la regarder, pas alors qu’il n’avait plus aucun contrôle sur son corps et que son visage devait avoir pris une affreuse teinte, rouge par endroit, blême à d’autres, des sillons humides balafrant ses joues, ses paupières gonflés par les larmes qu’il n’avait pu retenir. Un frisson glacé lui parcourut la colonne vertébrale lorsque la voix de la jeune femme perça l’air à nouveau et Wyatt redouta plus encore la suite de l’échange. Car qu’est-ce qui pouvait donc ressortir de bénéfique après de tels mots ? Quand il vomissait la souffrance qu’avait été l’accusation erronée ? Quand il ne pourrait jamais admettre qu’elle ait pu croire qu’il soit capable d’une chose pareille. Wyatt ne comprit pas d’emblée à quoi s’opposait ce non. Les mains toujours plaquées contre ses joues et ses yeux, il ne parvint qu’à réprimer les sanglots pour laisser les réponses de Sarah lui parvenir. Ce ne fut que lorsqu’il comprit qu’elle prenait le temps de répondre à ses interrogations, lui qui n’avait pas réellement attendu qu’elle le fasse, qu’il laissa lentement retomber ses mains pour poser sur elle un regard effaré, atterré. Ce qu’elle disait n’avait aucun sens et cela devait se voir sur son visage, alors qu’il ne parvenait pas à dissimuler son hébétude. Il vit avec certitude le moment où les souvenirs de Sarah migrèrent vers cet autre moment de la soirée et il ne se rendit même pas compte qu’il s’était mis à secouer la tête quand, à nouveau, elle l’accusa d’être revenu et d’avoir pris de force quelque chose qu’elle n’avait pas voulu donner avant. Puis il devina la confusion, quand elle déclara ne pas comprendre pourquoi il s’était excusé. S’il n’était pas l’agresseur, voilà ce que cela sous-entendait et il persista à secouer la tête, tel un pantin dont la mécanique se serait enrayée, un Pinocchio incrédule qui assistait à sa propre déroute sans pouvoir y opposer la moindre résistance. Il finit cependant par se passer l’avant-bras sur le visage pour essuyer la pellicule salée qui s’était accrochée au duvet de ses joues quand il comprit qu’elle attendait, une nouvelle fois, une réponse destinée à la sortir du brouillard d’incompréhension dans lequel elle errait depuis tout ce temps.
- Je suis désolé d’être parti, abdiqua-t-il au bout de longues secondes, refusant d’assumer les actes d’un autre.
Il n’avait pas les épaules assez solides pour prétendre porter le viol de son amie, même si ça aurait été plus simple pour elle, sûrement, de pouvoir mettre un visage à son agresseur, de pouvoir blâmer quelqu’un en particulier, pour ne pas avoir à se dire qu’en réalité, le fautif courait toujours, s’en prenant peut-être encore à des jeunes femmes laissées sans défense.
- Si j’étais resté, peut-être que rien de tout cela ne serait arrivé, dit-il la voix rauque, le regard vide, comme s’il titubait à nouveau dans ce couloir sombre et encombré, les mains pressées sur les murs tandis qu’il enjambait les fêtards à moitié vautrés dans la cage d’escalier. Je suis désolé d’avoir bu ce soir-là. Je n’aurais jamais osé t’avouer quoi que ce soit, sinon. Nous serions peut-être toujours amis et je continuerais sûrement à t’aimer en silence, comme je l’avais fait jusqu’à ce moment-là.
Wyatt ne s’apitoyait même plus sur son sort, il n’en avait plus l’énergie. Il énonçait juste une série de faits qui ne résoudraient en rien leurs problèmes, qui ne feraient pas cicatriser leurs plaies, qui n’effaceraient jamais ce drame. Son regard se posa furtivement sur Sarah et battit en retraite.
- Je suis désolé de ne pas avoir les réponses que tu attends, conclut-il enfin, la gorge douloureusement nouée. Je suis désolé mais je ne peux pas endosser la responsabilité d’un autre. Je veux juste pouvoir reprendre ma vie.
Ou essayer, en tout cas, faillit-il ajouter avant de ravaler ces derniers mots.
- Alors laisse-moi partir, souffla-t-il en fermant les yeux, presque une supplique.
Il était épuisé mentalement. Parviendrait-il un jour à se reconstruire ? Ou lui faudrait-il fuir Mount Oak pour ne pas avoir à être confronté à ces interrogations qui le paralysaient ? Ranger Sarah et son visage douloureusement beau dans une caisse destinée à prendre la poussière dans un coin de sa mémoire qu’il ne voudrait plus jamais visiter. Ne pas avoir la sensation d’être jugé pour un acte qu’il n’avait pas commis. Espérer pouvoir sourire à nouveau. Se cantonner à des petites choses sans prétention, comme avant qu’il ouvre son cœur, comme avant que tout bascule.

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MessageSujet: Re: ☑ they say it comes in threes: love, hope and misery   Mer 28 Fév 2018 - 20:21

Que reste-t-il de ce qu'ils étaient, Wyatt et Sarah ? Bafouée leur innocence, brisée leur amitié. Quand est-ce que tout a basculé exactement ? Quel est l'instant fatidique qui a précipité leur chute ? Quand deux amis ont franchi ensemble la frontière d'une relation sans ambiguïté ? Quand la confusion de l'une a chassé l'autre ? Quand un corps avide et désireux a nié un consentement ? Ou quand la victime s'est finalement méprise sur son agresseur ?
Car si elle ne l'avait pas accusé à tort, cette injustice n'aurait jamais détruit l'homme qu'il aurait pu être. S'il n'y avait pas eu d'agression, il n'y aurait rien eu à dénoncer. Si elle ne s'était pas laissée être marionnette de son trouble, il serait resté à ses côtés. S'ils n'avaient pas eu envie l'un de l'autre ce soir-là, jamais ils ne se seraient retrouvés dans cette chambre en premier lieu.
Que serait-il advenu d'eux aujourd'hui, s'ils n'avaient pas partagé la tentation d'un baiser ? Seraient-ils toujours amis à ce jour, quitte à terrer encore leurs sentiments respectifs ? Ou est-ce que cette inclinaison aurait fini par disparaître à force de temps ? Ou, à l'inverse, seraient-ils parvenus à se trouver l'un et l'autre sans qu'un enchainement de circonstances ne fasse tout voler en éclats cette fois-ci ? Aurait-elle un jour fini par avoir le recul nécessaire pour accepter sans retenue la quiétude trouvée auprès d'un ami ? Et si elle avait su le trouver dès ce soir fatidique, aurait-ce alors été le début d'une nouvelle histoire à deux ? Seraient-ils heureux, ou seulement plus apaisés, dans cet univers parallèle où des sentiments innocents n'auraient pas provoqué intentionnellement une tournure démesurée de conséquences ?
Et si son agresseur, cette nuit-là, avait trahi son identité par quelque maladresse, se seraient-ils retrouvés, Wyatt et elle ? Que serait-il devenu, lui, sans avoir connu l'injustice d'une condamnation à tort et nombre d'années privé de sa liberté ?
Tant d'éventualités, mais rien qui n'a pu ou ne peut plus arriver désormais. Et cette force des si qui peut briser les promesses d'un avenir, si un esprit ne peut s'affranchir de ses regrets et d'un passif immuable. Est-ce là ce qui l'attend dès lors, à l'instant où elle comprendra l'ampleur de sa méprise ? Tant de regrets et de questionnements ?
Elle n'est pourtant pas en reste d'interrogations sans réponse qui l'assaillent, mais qui, justement, n'auraient pas lieu d'être si seulement sa conviction originelle n'était pas erronée : la responsabilité d'un acte ne peut s'expliquer des lèvres de Wyatt, si elle se trompe et que celle-ci n'est pas la sienne.
Serait-ce alors moins insensé à son sentiment, que cette agression ne soit pas le crime d'un ami cher ? Le nœud de son incompréhension tient-il davantage à la relation privilégiée qui la liait à celui qu'elle pense être son agresseur, plutôt qu'à l'acte lui-même ? Serait-il moins ardu de faire la paix avec ce qu'il lui est arrivé dès l'instant où ce n'est pas de Wyatt qu'elle a à l'accepter ?
Seulement est-ce que ce ne serait pas alors de se retrouver sans une quelconque idée de l'identité de son violeur, qu'elle pourrait croiser sans même qu'elle ne le soupçonne, qui la torturerait davantage ? Bien que dans ce cas de figure, au moins, elle n'aurait pas entraîné son ami dans sa chute, et la culpabilité ne sera dès lors que plus violente lorsqu'elle réalisera ce qu'elle a fait.

Sarah en est certaine, tout a commencé à l'instant même où elle a choisi de retrouver ce frère affranchi de ses origines, quitte à renoncer à son tour à sa communauté. Ce qu'elle fut sotte, de tourner ainsi le dos à sa famille, même pour un autre membre de cette même famille. Si seulement elle pouvait s'adresser à celle qu'elle fut à cette époque pour lui remettre les idées en place, pour qu'elle comprenne toutes les conséquences de sa décision irréversible... Car aujourd'hui elle en est convaincue, elle n'aurait jamais dû les quitter quand tout ce qu'elle peut tant vouloir depuis c'est de les retrouver. Elle y pense du matin au soir, du soir au matin, à eux, à ce qu'ils ont pu devenir depuis toutes ces années. Ses parents, ses sœurs. Ces neveux et nièces qu'elle ne connaitra jamais. Ces enfants, qu'elle n'aura pas eu non plus.
Et eux, que penseraient-ils de ce qu'elle est devenu aujourd'hui ? A quoi songerait sa mère si elle la voyait ainsi ? Est-ce que sa petite sœur la reconnaitrait seulement ? Sauterait-elle dans ses bras au détour d'un soulagement spontané de la retrouver, ou laisserait-elle la pudeur de ces années de distance les séparer ?
Et ce frère qui a déserté Mount Oak des années plus tôt déjà, est-ce qu'elle finirait par le retrouver un jour, à défaut de pouvoir revoir tous les autres ? C'est pour le retrouver qu'elle a renoncé au reste de sa famille, et elle a payé cette insouciance au prix fort. Elle a choisi un membre de celle-ci au-dessus des autres, et elle s'est jointe à une volonté qui n'était pas la sienne : celle de se faire une place parmi les englisher.
Et la voilà dix ans plus tard, sans s'y être trouvé une quelconque place – ou plutôt à s'y refuser jusqu'au bout tant elle ne saurait accepter la décision qu'elle a prise avec naïveté à l'aube de ses dix-huit ans.
Et voici donc tout ce à quoi ils se retrouvent confrontés aujourd'hui : une impasse. Une impasse, que leur compréhension respective semble vouée à percuter inlassablement. Car que comprendre de ce qu'elle n'est pas en mesure d'appréhender ? Comment songer à l'impensable et intolérable méprise ? De quelle façon s'affranchir de toutes ces années à l'avoir identifié comme étant son agresseur ? Comment omettre une conviction pour enfin voir la vérité ?
La vérité de l'innocence d'un ami, et d'une injustice qui l'a brisé. La vérité qu'il n'a jamais voulu, ni ne lui a fait, ce mal-là. La vérité que malgré les années et tout ce qui s'est passé, il a encore l'empathie d'être désolé pour ce qu'il lui est arrivé.
Mais toujours, Sarah le regarde sans vraiment être capable de le voir. Sa vue, voilée par ce qu'elle croit savoir, la rend aveugle à cette vérité et ne fait ainsi qu'accroitre le chaos qui rend son esprit toujours plus inapte à dégager quelques idées claires.
Il a dit être désolé, oui, et de quoi serait-il désolé si ce n'est de ce qu'il s'est passé cette nuit-là ? Pourquoi d'autre admettre des regrets ? Ce n'est pourtant pas là ce qu'elle osait lui demander, de se repentir : elle n'attend pas un tel acte de contrition de sa part, et doute sans détour que cela lui apporterait un quelconque soulagement en plus de ça. Ce qui est fait est fait, elle a seulement désespérément besoin de comprendre pourquoi, de saisir ne serait-ce qu'une piste de ce qui a pu animer son acte de violence cette nuit-là. Elle a fini par le rejeter, certes, mais est-ce donc là tout ce dont il s'agissait ? Des représailles pour un orgueil égratigné ? Wyatt était son ami, et pourtant elle n'aurait jamais pensé qu'il pouvait être traversé de ce genre de ressentiments-là. Elle ne saurait plus quoi dire du tout aujourd'hui, sur celui qui lui a un jour inspiré la plus paisible des confiances. Mais comment savoir à quoi s'attendre vraiment de ceux qui l'entourent ? Quelle face cachée est la sienne, quand ils semblent tous en avoir une ? Sarah était cernée de nouveautés, de données inconnues, projetée dans un monde qu'elle peinait encore à appréhender et duquel elle ne savait pas quoi attendre, et si elle pense ainsi s'être méprise sur la véritable nature d'être de son ami de l'époque, elle ignore que sa véritable méprise tient à ce dont elle le pense capable depuis cette nuit-là.

Inlassablement, les mouvements de la tête de Wyatt (et de son esprit donc ?) n'ont de cesse de s'égarer en négations, et elle ne saurait dire ce à quoi il se refuse... Sa version des faits ? Qu'elle le dise à voix haute ? Ou est-ce de l'incrédulité face aux sentiments exprimés de ce qui la conduit à le repousser ce soir-là ? Tout ceci pour ça oui, un rejet seulement motivé par un mal-être, déracinée loin de sa famille qui n'était pas prête à s'offrir un peu de bonheur, pour plutôt s'auto-flageller de sa décision prise des années plus tôt – sans se rendre compte qu'elle se résignait au passage à un nouveau choix qui serait lourd de conséquences.
Et puis enfin, c'est à son tour de s'embarrasser à nouveau de verbal dans un face-à-face qui ne fait de bien à aucun d'eux. Car elle ne comprend toujours pas Sarah, il lui manque cette clé de compréhension, lorsqu'il lui faudrait s'affranchir de ce qu'elle croit savoir. Il est désolé d'être parti, quand ? Après s'être imposé à elle ? Aurait-il souhaité aussitôt s'amender d'un instant de violence impulsif ? Car pour elle, il n'est jamais vraiment parti après qu'elle l'ait repoussé, puisqu'il fut là pour l'agresser ensuite.
Alors s'il était resté... si elle ne l'avait pas chassé ? De toute évidence cela aurait tout changé oui, si seulement ses états d'âme n'avaient pas trop aisément influencé son comportement envers lui.
Mais la suite ne fait pas davantage sens. Il dit être désolé d'avoir bu, est-ce cela qui a contribué à le pousser à s'affranchir de tout consentement ? A restreindre son esprit à l'effervescence d'une pulsion, d'une colère, d'une rancœur désireuse ?
Peu à peu, son cœur se décourage, à l'instant même où elle se résigne à accepter ce qu'il lui confirme : rien ne sert de demander, elle ne saurait trouver de réponses au détour de ce qui serait peut-être leur dernier face-à-face. Peut-être alors n'est-elle pas destinée à comprendre et qu'elle doit l'accepter : peut-être que c'est là la tâche la plus ardue, plus ardue encore que celle de confronter son violeur.
Elle comprend, au moins, qu'il regrette ce qui s'est passé, bien au-delà de l'agression, et elle ne peut pas le lui reprocher tant elle porte peu d'égards à ses propres agissements cette nuit-là.
Alors le laisser partir... c'est une perspective qu'elle ne peut refuser quand bien même elle a pu le retenir de son point d'interrogation, et c'est finalement l'issue qui les attendait depuis le tout début. Ils n'étaient certainement pas destinés à se retrouver aujourd'hui, et ils ne le seraient pas davantage à l'avenir.
Si pas même la compréhension peut être apportée, que fait-elle encore là si ce n'est à s'embourber davantage dans les marécages d'un esprit confus par ce qui ne saurait faire sens ? Pourquoi imposer la douleur d'un échange vain à chacun d'eux ? Le mal est fait, et elle ne se raccroche pas avec envie à l'éventualité que davantage en soit causé, à lui aussi bien qu'à elle.
Tant et si bien que, lentement, douloureusement, elle acquiesce et lui répond d'un simple hochement de tête lorsqu'elle n'a plus même l'aplomb des mots. Mais puisqu'il ne peut être témoin de son accord silencieux avec ses paupières closes, elle le regarde une dernière fois puis disparaît dans le flux passant de la rue adjacente avant qu'il ne rouvre les yeux sur les lieux désertés de cette impasse.


Spoiler:
 


sujet terminé.

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