Then we move like tigers on vaseline ; Wes


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Manfred Fisher

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CRÉDITS : lux

INSCRIT LE : 04/06/2017
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MessageSujet: Then we move like tigers on vaseline ; Wes   Dim 11 Mar 2018 - 20:29

Manfred en était à ce fameux moment où on sait arriver au bout de ses limites. Passé ce point, il n'aurait plus la force de continuer et cette seule idée le rendait malade. Tout ce qu'il avait toujours voulu, c'était faire de ce monde quelque chose de meilleur, un endroit où personne n'aurait besoin de se cacher pour crier dans l'obscurité d'une pièce déserte qui il était réellement. Il s'était lancé plein d'illusions et de naïveté, convaincu que le parcours qui avait été le sien pourrait aider d'autres à prendre leur destin en main, comme une étincelle à leur insuffler. Il l'avait cru avec tellement de forces qu'il avait mis du temps à comprendre l'ampleur de son erreur. Assumer qui l'on est, lorsque le monde autour de vous l'accepte sans même ciller, n'a rien d'une difficulté. Ses hésitations, toutes ses hésitations, n'avaient pas eu la moindre incidence sur le regard que les autres lui portaient, comme si rien n'avait vraiment compté. Ils avaient été là pour le soutenir à la mort de Duncan, comme ils avaient été là lorsque sa grand mère était morte, mettant au même plan deux pertes qui n'avaient finalement rien en commun. Il savait avoir la chance d'être né dans un environnement suffisamment ouvert pour ne pas craindre le regard qu'ils pourraient porter sur lui, à aucun moment, et ne l'avait ainsi pas préparé à la cruauté de ce monde qu'il avait cru sur le point de s'ouvrir. Il faisait du bon travail malgré tout, personne n'en aurait dit le contraire, en en payant un prix dont personne ne semblait se douter. Tout ce que Manfred faisait, il l'avait choisi. Les heures passées au téléphone ou les rendez vous à l'autre bout de la ville. Les litres de café engloutis pour tenir la route et les sandwichs immondes qui les accompagnaient. C'était son choix, il ne le regrettait pas mais commençait à fatiguer. Chaque matin était une nouvelle épreuve. Il se levait, piochait parmi les derniers vestiges d'optimisme qui lui restait, et retournait se salir les mains dans les tréfonds de l'âme de ses semblables. Ce n'était plus seulement un travail mais aussi une mission. Une mission qui le consumait mais qu'il devait mener jusqu'au bout, aussi las qu'il puisse se sentir. D'où les pauses qu'il s'imposait, plus fréquentes qu'au début. On l'avait prévenu que ça finirait par arriver mais il ne l'avait jamais cru. Il avait pris leurs mises en garde pour une réponse à une faiblesse supposée qu'ils auraient vue en lui. Manfred aurait aimé qu'ils se trompent mais non. Ils savaient ce que c'était là où lui n'avait eu que ses bonnes intentions pour bagages, et en payait désormais le prix. Il n'était pas malheureux pour autant, il ne serait pas allé jusque là, mais commençait à voir les choses différemment. Toutes ces disparitions avaient changé beaucoup de choses à la surface du globe et, sans avoir été directement touché, faisait partie de ceux qui en observaient au quotidien les effets secondaires. En commandant son repas, il reconnut ainsi la jeune femme qui s'activait en cuisine pour avoir participé à la veillée qu'elle avait organisée pour son père et son frère aîné. Un peu plus loin, le nez plongé dans son journal, il reconnut également un époux lui aussi abandonné, dépassé, comme tant d'autres dans cette pièce que Manfred fit semblant d'ignorer. Il savait que, si l'un d'entre eux se tournait vers lui pour s'assoir à sa table, il n'aurait pas la force de le repousser. Il n'avait pas plus d'informations qu'eux sur ce qui s'était passé mais, parce qu'il avait été là pour les écouter et recueillir leur douleur au moment où ils en avaient besoin, ils semblaient s'imaginaient qu'il pourrait encore faire davantage. Il ne savait pas quoi exactement mais c'était écrit en creux dans leurs silences et dans ces regards désespérés qu'ils avaient pu lui lancer à un moment donné. Faisant profil bas, il commanda un burger et des frites, puis alla s'assoir à une table à l'écart, là où il pourrait souffler un peu. Sans vouloir paraître ingrat, c'était tout ce à quoi il aspirait pour l'instant.

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Well I don't love anyone ; oh you're not just anyone, to me.
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