we were just kids when we fell in love


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Sebastian Bacigalupo

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MessageSujet: we were just kids when we fell in love   Mar 6 Fév 2018 - 15:28

WES + SEBASTIAN
sometimes you get everything you ever wanted,
only it doesn’t look like what you wanted anymore.

(01.01.2018, 5:52 am)

Sebastian sortit en même temps que Sam et le regarda verrouiller la porte du GLOW tandis que les autres serveurs s’éparpillaient dans la nuit, pressés de retrouver le confort de leurs draps après une nuit productive. La soirée avait été, comme toujours, un franc succès, si l’on se fiait au chiffre d’affaire et à l’ambiance générale. Elle l’était un peu moins pour Sebastian qui avait vu Wes filer rapidement malgré ses efforts pour le dérider. Il s’était senti mal, conscient qu’il avait sûrement quelque chose à voir avec l’humeur de son ancien coéquipier mais, enchainé à son poste, il n’avait pas pu forcer Wes à rester ou à lui parler. Quant à Arnav et sa copine, Sebastian s’était arrangé pour en rester aussi loin que possible, n’ayant aucune envie d’avoir le regard scotché au rouge à lèvres qui ornait sa joue ni au visage radieux de la demoiselle. Il n’était même pas arrivé à la détester ou à être jaloux d’elle, tant elle semblait s’amuser. Quant à Arnav… Sebastian ne savait pas s’il regrettait d’avoir composé cette playlist qui était supposée lui dire ce qu’il ressentait ou s’il avait décidé que, n’ayant pas de nouvelle du serveur, cela ne valait pas la peine d’attendre. Quelle que soit la raison de ce revers, Sebastian n’avait pas vraiment eu le temps de l’analyser, les clients assoiffés ayant réclamé son attention dès le début de son service et jusqu’à la fin, quand les derniers fêtards avaient enfin daigné quitter le GLOW pour rentrer chez eux ou trouver un autre endroit où échouer. Entre-temps, Arnav avait depuis longtemps disparu et Sebastian avait noyé son dépit dans quelques verres.
Il serait probablement directement rentré aussi si, à un moment, il n’avait pas voulu au moins réparer une de ses erreurs. Quelques recherches avaient suffi pour qu’il trouve le profil de Wes et qu’il lui envoie un message privé, faute d’avoir son numéro. Il n’aspirait qu’à excuser sa maladresse et à acter la promesse qu’il lui avait faite : être là, quoi qu’il arrive, s’il avait besoin de quelqu’un pour l’écouter. Il ne s’était pas spécialement attendu à avoir une réponse aussi vite mais Wes semblait toujours éveillé et, en moins d’une demi-heure, c’était plié, Wes lui avait fourni son adresse et son numéro de téléphone. Sebastian avait beau être fatigué et éméché, il ne se voyait pas reporter la discussion qui s’imposait visiblement et il serra la main de Sam au moment où le jeune homme lui souhaitait une dernière fois une bonne année. Puis Sebastian se dirigea vers son vélo dont il détacha la chaine et la rangea dans son sac à dos. Il était tout aussi bien qu’il n’ait pas à prendre le volant, comme il le constata en enfourchant son vélo et en se mettant péniblement en route, l’esprit embrumé d’alcool. Il zigzagua sur quelques mètres mais finit par rouler plus droit quand l’air frais du matin lui pénétra la peau, et il prit la direction du vieux Mount Oak, où vivait apparemment Wes.
Comme il s’en doutait en arrivant à proximité du quartier, son ancien camarade d’école logeait dans une maison unifamiliale semblable à celle où lui-même avait grandi. A part qu’il vivait sur Mount Way, à l’époque, à trois pâtés de maisons de là, non loin du garage de son père et du lycée, des lieux que le jeune homme n’avait plus jamais fréquentés et dont il s’était encore moins approché. Ce soir – ou ce matin – était la première fois qu’il revenait si près des rues de son enfance et un frisson lui parcourut l’échine alors qu’il remontait Autumn Avenue jusqu’au numéro quarante-trois. Il s’arrêta sur le trottoir qui longeait la maison et posa le pied à terre, guettant une lumière dans la demeure mais tout semblait plongé dans la pénombre, du moins du côté rue. Sortant son portable, Sebastian composa le numéro de Wes et porta l’appareil à son oreille en guettant un signe de vie à l’intérieur.
- C’est moi. Je suis là, dit-il d’une voix enrouée par l’alcool qu’il avait bu et le froid mordant qui lui picorait la gorge et le visage.
Il raccrocha ensuite et poussa son vélo jusqu’à un poteau où il l’accrocha. Puis il emprunta le chemin vers le porche qu’il atteignit au moment où la porte s’ouvrait sur Wes. Sebastian guetta son expression, essaya de deviner si Wes était toujours aussi remonté contre lui ou si les dernières heures lui avaient permis de se calmer un peu. Mais la pénombre compliquait l’analyse et Sebastian lâcha, d’une voix mal assurée, alors que son corps se mettait à trembler légèrement de froid :
- Sympa, la baraque. C’est chez tes parents ?
Stupide question, sûrement, puisqu’il doutait que Wes puisse se payer une demeure pareille. Puis il se rappela que le père de Wes avait disparu et que, dès lors, il vivait probablement avec sa mère et sa sœur, si celle-ci résidait toujours là. Quel âge devait-elle avoir, maintenant ? Elle n’était pas beaucoup plus jeune que Wes, il était fort probable que, comme eux, elle soit partie mener sa propre vie. Il n’osa pas interroger Wes, tant il aurait l’impression de meubler la conversation, ce qui trahirait forcément sa gêne à se trouver là, sans savoir ce qu’il pouvait faire pour soulager Wes du chagrin qui l’emprisonnait.
- Ça va ? demanda-t-il, faute de savoir comment aborder son ancien coéquipier.
Mais avait-il seulement su un jour comment se comporter avec Wes ? Leur relation n’était-elle pas la preuve même qu’ils n’avaient jamais été véritablement amis, qu’ils ne s’étaient connus qu’en surface et que, quand l’occasion leur avait été donnée de franchir cette frontière invisible, celle-ci leur avait été presque aussitôt arrachée par la faute de Sebastian et son manque de jugement ? Sebastian cherchait tellement désespérément à réparer le passé qu’il n’avait pas pris la peine de considérer l’ensemble et surtout combien Wes pouvait encore souffrir de ce qu’ils avaient vécu. Sebastian n’était pas certain que ce soir puisse changer grand-chose, vu l’état dans lequel il était, mais Wes avait besoin de se libérer du joug de ce qui le tourmentait et Sebastian était là pour tenir sa promesse.

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Wes Byrnes

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MessageSujet: Re: we were just kids when we fell in love   Mer 7 Fév 2018 - 18:56

Ses jambes pendaient dans le vide au-dessus de la fenêtre et ses pieds venaient taper le mur sombre par intermittence. Toc, toc, toc. De là où il était, Wes voyait à l’horizon les dernières lueurs de la nuit s’effacer sous les rougeurs matinales, tandis que la nature s’éveillait doucement, alors que lui ne parvenait pas à s’endormir. Il ferma les paupières en sentant la fine brise caresser son visage, et se laissa porter un instant par ses promesses silencieuses. Il avait été stupide de s’engouffrer dans la brèche, stupide d’avoir cru être suffisamment remis des évènements récents, et stupide de persister à remuer le passé. Un passé qui ne voulait clairement pas de lui. Accablé par la tension des semaines précédentes, il ne vit pas la larme s’échapper de ses yeux humides avant de percevoir son gout salé sur le bout de sa langue. Il oscilla légèrement sur le rebord, et chassa sa faiblesse d’un coup de manche hâtif. Puis, de ses doigts tremblant, il alluma une cigarette, qu’il glissa entre ses lèvres sèches. La fumée de nicotine forma un petit nuage blanc à la forme indistincte, et disparut dans la pénombre du jardin en friche, à l’abandon le plus total. Les mauvaises herbes avaient pris le dessus sur les plantations de la saison dernière, et le givre s’était empressé de finir le travail derrière. La vieille balançoire grinça sous les assauts répétés du vent dans un bruit lugubre. Il pensa à Justine et à tous ces moments à faire les imbéciles dehors. Où était-elle désormais ? Là-haut ? Il jeta un coup d’œil au ciel parsemé d’étoiles scintillantes, d’autres plus que certaines, Wanda lui avait une fois expliqué les raisons, mais il ne se rappelait plus des mots exacts. Il soupira ; sa sœur lui manquait… Parfois il entendait encore son rire dans la pièce voisine, où avait l’étrange sensation de sentir sa présence à ses côtés. Comme là toute suite, juste là, si proche. « Justine ? » Souffla-t-il tout bas, sans espoir de réponse aucune. Son téléphone étouffa un bip sonore qui le fit aussitôt sursauter. La coïncidence arracha un sourire à sa mine renfrognée, il était tard (et il avait déjà reçu les vœux de ses proches), qui donc pouvait-il le contacter à une heure pareille ? Il ne voyait qu’une personne susceptible de le faire… Il scruta l’écran, et vit un nom différent de celui qu’il avait imaginé. Sebastian… Pourquoi, songea-t-il ? Pourquoi revenait-il vers lui ? La soirée du nouvel an, à laquelle il s’était arraché par miracle une poignée d’heures plus tôt avait été une horreur du début à la fin. Wes était venu pour quelqu’un, ne l’avait pas trouvé, et était tombé sur son ancien coéquipier, avec qui il ne savait toujours pas comment se comporter. À croire qu’à chaque fois qu’ils se croisaient, il redevenait cet adolescent maladroit, éperdument épris de son camarade, incapable de gérer ses émotions. Pendant longtemps, il avait cru naïvement pouvoir se défaire de ces non-dits qui le hantaient (et si son père n’avait pas débarqué dans sa chambre ? et si il était revenu le voir ensuite ? et si ils avaient pu vivre leur amour en paix ?), passer à travers les mailles du filet de cette grande inconnue qui subsistait entre eux… et puis Wes l’avait embrassé dans un élan de ferveur lors de retrouvailles impromptues. Sans doute était-ce pour se prouver quelque chose, ou LUI prouver quelque chose mais il ne se l’expliquait pas vraiment. Il ne regrettait pas cependant, c’était la suite en revanche qui le berçait d’amertume. Un silence lourd, étouffant même, où Sebastian s’était tût, sans chercher à le contacter. Et c’était précisément ça qui blessait son âme. Qu’était-il exactement pour Bacigalupo? Avait-il seulement compté un jour ? Il hésita, les mots se bousculaient dans son esprit, et il dut s’y reprendre à plusieurs reprises pour traduire le fond de sa pensée en un ridicule texto laconique, vide de substance ; le plus important nécessitait un échange verbal. Ainsi les dés furent-ils jetés : son ami allait le rejoindre ici, dans cette maison fantomatique aux allures mortuaires depuis les départs successifs de son père et de sa cadette. À une époque différente, il en avait rêvé mais désormais les chimères s’étaient envolées ailleurs. Qui sait… Dans un univers parallèle, Wes et Sebastian étaient peut-être heureux et insouciants.

Il écrasa le mégot sur les vieilles tuiles, et agrippa ses mollets entre ses bras, le menton posé sur les genoux. Les minutes passèrent lentement, et le sommeil commença petit à petit son œuvre, en l’enveloppant d’une étreinte réconfortante. La sonnerie du portable brisa la magie éphémère, et son cœur se remit à vivre, battement après battement, seconde par seconde. « C’est moi. Je suis là. » Il raccrocha, et descendit de son perchoir, à l’intérieur de sa chambre plongée dans l’obscurité. Tout était à peu près bien rangé, à l’exception de vêtements froissés sur la chaise, et de vinyles entassés sur le parquet à côté du lit. Ses parents avaient fait le vide quand il était parti, et ses plus vieilles affaires – celles d’une ère révolue – étaient entassées dans des cartons au garage. Il enfila un pull propre sur son corps frissonnant, et secoua les boucles humides sur son front à cause de sa douche. En passant dans le couloir, il jeta un coup d’œil à la mansarde adjacente, que sa mère avait visiblement quitté. Surement pour un de ses groupes de prière… Wes dévala les marches, et ouvrit la porte à la minute précise où Sebastian se dessinait dans l’embrasure. Sa poigne se resserra par automatisme sur la clenche, il y avait un côté mystique, étrange, à tout ça. Eux deux ici, quasiment six ans après leur premier baiser. Mais plus tout à fait les mêmes qu’autrefois. « Sympa, la baraque. C’est chez tes parents ? » Sincèrement ? C’était à ça qu’il voulait jouer ? Ses sourcils se froncèrent d’agacement, pourquoi était-il en permanence traversé par des ondes négatives en sa compagnie ? Quel message essayait-on de lui faire passer ? « À ma mère ouais. » Il ne fit pas mention des deux Byrnes manquant, ce n’était pas un sujet qu’il souhaitait aborder dans l’immédiat. Il préférait l’oublier, le mettre tranquillement dans un coin, et se concentrer sur ce qui l’accaparait. « Ça va ? » Malgré lui, un rictus s’échappa de sa bouche, il pressentait déjà la colère tendre ses muscles. Non ça n’allait pas, absolument rien n’allait d’ailleurs si on s’engageait dans cette voie. Il avait envie de crier, de casser un truc mais il ne bougea pas d’un cil. Il le fit rentrer dans la bâtisse et resta immobile, mais néanmoins énervé. Les phrases filèrent toutes seules d’un ton acerbe et glacial, ses yeux encrés aux siens. « A ton avis ? Tu crois que je t’ai demandé de venir pour faire quoi ? Boire un verre et parler de mes parents, de nos vies géniales ? Mais merde à la fin !! Tu ne peux pas arrêter d’être gentil deux minutes, de faire comme si tout allait bien, comme si tout était normal. Comme si nous deux c’était normal. » Surtout ça, principalement ça. Eux, toujours eux, à l’infini. Une musique qui ne le quittait pas et trouvait écho dans ses nuits d’insomnie. « Est-ce que il n’y a que moi qui le voit ? Est-ce que je me fais des idées ??? Dis quelque chose, dis-moi ce que tu ressens. Je suis incapable de … » Il n’aurait pas dû… Revenir, remettre le nez dans toutes ces histoires inachevées. Ce n’était pas sain, il se faisait du mal inutilement. Mais une partie de lui était attachée à cette romance, et à Sebastian pour qui il éprouvait des émotions conflictuelles. De l’affection certes, de l’amour également, et de l’animosité. « J’ai l’impression d’être qu’un pauvre connard égoïste, alors que tout ce que je veux, c’est que tu me parles, que tu me dises. Je sais que j’ai merdé quand on était jeunes, j’ai été idiot, y’a pas un jour où je regrette pas, où je me demande comment ça aurait pu être toi et moi. Ca me tue rien que d’y penser. » Ce foutu peut-être avec lequel tout était permis, y compris réécrire une histoire passée. « L’autre jour quand je t’ai embrassé, j’ai cru... Tu ne m’as jamais rappelé. » Il haussa les épaules et se détourna en soupirant, gagné par la déception, et ces révélations couteuses à dire. Il n’était pas une victime, il comprenait – il pouvait comprendre – que Sebastian ne voulait pas, mais il avait besoin de l’entendre de sa part, d’en être sûr à cent pour cent afin de tourner la page sur leur idylle avortée. Sans quoi l’incertitude perdurerait, comme l’arbre creusait sous terre avec ses racines pour survivre. Mais Wes n’était pas fou, quoi qu’impliquait la réponse de son acolyte, il resterait spécial.

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- 'caught up in my dreams and forgettin' I've been actin' like armageddon 'cause you held me in your arms just a little too tight, that's what I thought; summer's meant for lovin' and leavin' I was such a fool for believin' that you could change all the ways you've been livin' but you just couldn't stop | @ lana del rey.
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Sebastian Bacigalupo

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MessageSujet: Re: we were just kids when we fell in love   Sam 24 Fév 2018 - 19:43

Une fois de plus, Sebastian ne put que constater à quel point il était étrange de se trouver face à Wes. Wes qu’il ne savait comment considérer. Ils avaient partagé tant de choses et, en même temps, rien du tout. Ils avaient été extrêmement proches, durant un très court moment mais, le reste du temps, l’avaient-ils vraiment été ? Sebastian, les années passant, avait appris à remettre en perspective ce qu’il croyait savoir ou ce qu’il croyait avoir ressenti. Longtemps, il lui avait semblé que Wes avait été le seul garçon dont il ait été véritablement proche mais les mois puis les années s’égrenant, il avait commencé à se demander où était la réalité et où était sa perception tronquée. Il ne pouvait clairement pas prétendre connaitre Wes au point d’anticiper ses réactions. La preuve : s’il avait véritablement connu Wes, n’aurait-il pas su ce qu’il se passait dans sa tête ? N’aurait-il pas compris pourquoi le jeune homme paraissait lui en vouloir autant ? Il se faisait aisément une idée de l’origine du tourment mais n’avait aucune assurance d’être dans le vrai. Le reste, il avait fini par s’en rendre compte, n’était qu’une déformation de son esprit qui n’avait aspiré qu’à être proche de son coéquipier. Il avait été amoureux de ce dernier, de ça il ne doutait pas un seul instant. Ces sentiments-là avaient été vrais, présents, ancrés en lui, mais ça ne voulait pas dire pour autant qu’il connaissait bien le garçon, qu’il ne projetait pas sur celui-ci des émotions ou sentiments que lui-même ressentait. Après l’incident, Sebastian avait eu tout le loisir d’analyser la situation, de refaire le monde, même si ça n’était que dans sa tête. Il avait comblé son cœur abimé comme il l’avait pu puis, le temps aidant, il avait peu à peu tourné la page, plus par obligation que par réel désir de ranger Wes dans une boite. Il ne l’avait jamais oublié, il avait toujours été hanté d’une certaine façon par son camarade de lycée, mais Sebastian avait appris à s’en détacher et, désormais, il ne se leurrait plus vraiment sur leur relation boitillante, conscient qu’ils n’avaient pas pris le temps de se découvrir, qu’ils n’avaient été guidés que par l’attirance qui les poussait l’un vers l’autre. Alors, ce soir, qu’espérait vraiment Sebastian ? Il se le demandait sincèrement tandis qu’il dévisageait Wes, submergé par toutes ces questions restées sans réponses et toutes celles où il avait cru en avoir trouvé une.
Mais, à la différence de leurs années adolescentes, Wes était désormais un étranger. Un étranger en colère que Sebastian observait avec une certaine réserve, de peur de faire plus de mal que de bien. Il se mordit la lèvre inférieure, le cœur légèrement oppressé et se demanda s’il était judicieux, finalement, qu’ils se voient dans ces circonstances, alors que la fatigue assommait l’un et la colère l’autre. Un orage grondait dans l’air matinal mais il n’était pas question d’un ciel nuageux et menaçant mais d’un regard blasé et réprobateur. Wes rétorqua que la maison appartenait à sa mère et Sebastian hocha faiblement la tête, devinant qu’il avait, une fois de plus, opté pour la maladresse. Mais comment savoir quelle était la meilleure attitude à adopter avec Wes ? Il ne se sentait pas de lui reprocher sa véhémence, ne pouvait pas user de remarques narquoises parce que cela ne lui ressemblait tout simplement pas. Alors Sebastian persévéra dans sa voie sans issue en demandant si ça allait quand, à l’évidence, ça n’était pas le cas et il en eut la confirmation en voyant la bouche de Wes s’arquer aigrement. Il s’écarta pourtant et Sebastian pénétra prudemment dans le hall, tous ses sens dirigés vers son ancien coéquipier et son humeur massacrante. Il mettait le pied dans un piège de son plein gré, conscient que la discussion ne serait pas sereine, pas quand Wes lui offrait ce visage fermé où le courroux grondait dangereusement. Et les éclairs ne tardèrent pas à s’abattre sur Sebastian qui les accueillit sans broncher, son regard se perdant dans celui de Wes. L’ironie qui dégoulinait des premiers mots fut engloutie par la colère des suivants et le jeune serveur resta abasourdi par les reproches. Il ouvrit bien la bouche pour essayer d’apaiser Wes, persuadé qu’il y avait sûrement moyen de discuter sans s’emporter de la sorte mais son camarade ne semblait pas de cet avis, tandis qu’il continuait, comme un train lancé à vive allure qui ne sait plus s’arrêter avant l’impact final. Sebastian attendit encore une poignée de secondes lorsque Wes se tut, juste pour s’assurer qu’il avait terminé puis, prenant une longue inspiration, Sebastian s’aventura dans une réponse mal assurée :
- Qu’est-ce que tu croyais, au juste, Wes ? demanda-t-il d’une voix rendue rauque par ce qui le hantait depuis de si longues années. Qu’il suffisait de débarquer pour que je mette ma vie sens dessus dessous pour toi ? Tu as disparu de la circulation du jour au lendemain et j’avais mes propres merdes à devoir gérer.
Il avait l’impression que ses poumons lui refusaient l’air dont il aurait eu besoin pour ne pas paraitre aussi accablé par ce qu’il disait. Il avait la voix tremblante, le corps raide, la gorge nouée.
- Je ne te reproche pas ce qu’il s’est passé. C’est à cause de moi si tout ça est arrivé. Si je n’avais pas été si pressé d’être seul avec toi pour pouvoir dire ce que je ressentais, rien de tout cela ne serait arrivé mais… Mais tu es parti et moi je suis resté et j’ai dû assumer mes actes, j’ai dû m’en sortir comme je pouvais.
Finalement, n’était-ce pas ce qui l’avait sauvé ? S’il n’avait pas été forcé à partir, aurait-il trouvé le courage d’être lui-même, d’accepter qui il était et qui il pouvait aimer ? Regrettait-il son adolescence ? A n’en pas douter, mais il ne voulait pas avoir la faiblesse de rester coincé là-bas quand il avait bataillé ferme pour en sortir. S’il en était où il était aujourd’hui, c’était précisément à cause de cette débâcle qui l’avait tant fait souffrir mais avec laquelle il avait dû apprendre à vivre.
- Quant à ton baiser… Je n’ai pas osé l’interpréter. Tu venais de me confier à quel point tu étais mal dans ta peau, je ne voulais pas y attacher un sens qui n’aurait pas été celui que tu lui donnais. Les faux espoirs, Wes, j’ai donné. Si j’ai bien appris une chose après avoir passé tant de mois à fantasmer sur toi, c’est à ne pas vouloir projeter des choses que je désire sur les autres. Même si je ne m’étais pas trompé sur ton compte à l’époque.
Un rire sarcastique et blessé lui échappa tandis qu’il écartait les bras :
- J’ai beau vivre dans une communauté gay, je n’ai aucune confiance en moi. J’ai toujours peur de m’imaginer des choses qui n’existent pas, de me bercer d’illusions, de me baser sur des espoirs qui seront forcément déçus. Je me cache, à ma façon, même si c’est en pleine lumière.
C’était étrange comme Sebastian avait l’impression de se découvrir lui-même à mesure qu’il se dévoilait à Wes. Il n’avait jamais pensé ouvertement à ces choses-là et voilà qu’elles lui venaient, douloureusement réelles et pertinentes. Il avait fallu un fantôme de son passé pour qu’il réalise que, finalement, sa vie n’était pas aussi assumée qu’il l’aurait aimé.
- Et je ne pouvais pas te rappeler puisque je n’avais pas ton numéro. Mais bon, cet argument ne tient plus la route puisque j’ai bien trouvé le moyen de te contacter ce soir, souffla Sebastian d’un air contrit. Je ne voulais pas t’oppresser, c’est tout. Je suis désolé si je t’ai blessé…
Wes allait-il à nouveau se hérisser à l’entendre s’excuser ? Mais que pouvait-il faire d’autre ? Ils n’avaient jamais été suffisamment en phase pour se comprendre et la seule fois où ça avait été le cas restait un souvenir douloureux pour chacun. À chaque fois que Sebastian avait le malheur d’y repenser, il sentait son cœur s’embraser devant tant d’injustice. Qui sait, en effet, ce qu’il serait advenu d’eux si son père n’avait pas débarqué à l’improviste ? Combien de temps auraient-il vécu encore en cachette, à s’abreuver de leur amour naissant ? Parce qu’il n’y avait pas que cela, pourtant. Si c’était la volupté et la sensualité du moment qui brûlait vivement dans son esprit, il se rappelait aussi que Wes avait craint par-dessus tout qu’on découvre leur secret. À l’époque, Sebastian avait compris ce besoin de se protéger du monde extérieur et de son regard impitoyable mais il savait désormais que s’écraser de la sorte n’était pas une solution vivable.

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Wes Byrnes

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MessageSujet: Re: we were just kids when we fell in love   Sam 3 Mar 2018 - 21:21

Ils n’étaient pas amis, ils n’étaient pas même pas des ex, ils n’étaient rien. Ou quelque chose entre tout ça, qui ne trouvait pas de mot adéquat pour être convenablement décrit. Il y avait songé à plusieurs reprises après s’être enfui en courant ce jour-là, le cœur dans un étau, et le vent glacé sur son visage. Il n’était plus très sûr de cette partie cependant car avec le temps les souvenirs s’étaient altérés et modifiés, jusqu’à être parfois enjolivés. Peut-être bien qu’il avait fait beau en définitive. Il ne se rappelait plus avec exactitude de ce qui avait suivi l’intrusion, et visualisait uniquement ce qui l’avait précédé. Ça pour le coup – le garçon au-dessus de lui, et leurs bouches enfiévrées - était resté gravé dans sa mémoire avec précision, tandis que le reste s’était étiolé lentement mais surement. Et de cette histoire interrompue, il gardait un sentiment d’amertume profond, qui n’avait jamais su disparaitre complètement. Bien sûr, partir dans une ville inconnue, mettre de côté ses démons aurait peut-être pu fonctionner avec le temps, mais le destin s’en était mêlé, le ramenant directement à la case départ pour lui mettre sous le nez ce qu’il avait rejeté par le passé. Et en voyant Sebastian en bas des escaliers chez lui, ça faisait tout drôle dans l’estomac, et remuait des trucs enfouis qu’il avait cru naïvement éteint. Alors, oui, ce n’était pas tout à fait de l’amitié qui les unissait, ni même de l’amour à proprement parler, mais il y avait une sorte d’affection tacite entre eux, néanmoins entachée à cause de sa mauvaise humeur. Mais cette contrariété était de sa faute, pour avoir retenu aussi longtemps ses pensées au lieu de les laisser filer, et d’attendre une réponse positive comme négative. Les mots fusèrent les uns derrière les autres de cette bouche pincée qui ne s’arrêta qu’au terme d’une longue tirade dans un souffle tiède. Le poids sur ses épaules s’évanouit, et ses yeux cherchèrent les siens pour y chercher un indice, n’importe quoi susceptible de le calmer. Tout ce qu’il voulait c’était comprendre ce qui se passait entre eux depuis son retour, quant au passé… le passé pouvait rester enterré. Il y eut une minute de silence douloureuse, où il guetta un signe de la part de son camarade tel qu’il fut. Était-il allé trop loin ? Était-ce maintenant que tout allait se décider ? Si oui en avait-il seulement envie ? Il se mordit la bouche, le corps toujours tremblant à cause de ses élans de contrariété. « Qu’est-ce que tu croyais, au juste, Wes ?  Qu’il suffisait de débarquer pour que je mette ma vie sens dessus dessous pour toi ? Tu as disparu de la circulation du jour au lendemain et j’avais mes propres merdes à devoir gérer. » Il encaissa sans broncher la remarque mais sa mâchoire se contracta légèrement sous l’impact. Il n’avait pas insinué un chambardement pareil, juste que son camarade se mette à parler et dévoiler le fond de sa pensée, qu’il n’arrivait pas à saisir. Ce soir-là lorsqu’ils s’étaient retrouvés tout à fait par hasard, il s’était senti mourir à petit feu. Et pourtant il avait su ; à l’instant où sa mère l’avait rappelé pour revenir à Mount Oak, irrémédiablement l’image de Sebastian avait traversé son esprit. Sa lâcheté l’avait toutefois privé de faire le moindre geste à son encontre, avant d’être contrée par une fête inopinée où on l’avait trainé. Désormais il était obnubilé par le garçon, et tous ces songes qu’il avait superposé sur leur romance éphémère et qui refaisaient surface. « J’ai jamais eu cette prétention. J’ai été con, j’ai eu très peur ce jour-là, de ton père, du mien, de ce qui pouvait se passer si les gens l’apprenaient. Et je t’ai laissé tombé, j’ai été lâche, je suis désolé okay ? » Il revit les traits inquisiteurs du lieutenant, son haussement de sourcils et ses questions intrusives sur les marques rouges dans son cou, ses membres pantelant. Le lendemain il s’était vu promettre un transfert vers une école différente, sous un prétexte fallacieux qu’il avait mis toute une nuit à trouver. Le mois d’après il était parti à Philadelphie pour un cursus sportif poussé, là où tout son intérêt pour le lacrosse s’était évanouit. Et durant toute cette période, il avait ruminé au loin, et s’était mis à l’épreuve de ne pas aller sur les réseaux sociaux pour y chercher ce qu’il ne souhaitait pas vraiment voir. Les semaines aidant, il s’était détourné - à moitié, et était redevenu le ‘faux’ Wes Byrnes. « Je ne te reproche pas ce qu’il s’est passé. C’est à cause de moi si tout ça est arrivé. Si je n’avais pas été si pressé d’être seul avec toi pour pouvoir dire ce que je ressentais, rien de tout cela ne serait arrivé mais… Mais tu es parti et moi je suis resté et j’ai dû assumer mes actes, j’ai dû m’en sortir comme je pouvais. » Il secoua la tête et croisa les bras contre sa poitrine, en le fixant d’un drôle d’air à mi-chemin entre l’agacement et la compassion. « Je suis une erreur c’est ça que t’es en train de dire ? » Lâcha-t-il d’un ton aigre en reformulant la diatribe qu’il venait de lui servir d’une voix étranglée. « Arrête avec ça aussi, c’est pas de ta faute merde !! On était deux ce jour là, et j’aurais pu dire non, j’aurais pu partir mais j’ai décidé de rester parce que j’étais amoureux de toi et que j’en avais envie. Personne n’aurait pu prédire la suite mais c’est arrivé quand même. Mauvais timing c’est tout. » ‘Et si ça avait été à refaire hein ?’ Se retint-il d’ajouter, mais il ne désirait pas connaitre son point de vue qu’il croyait avoir deviné. De son côté, et malgré tout le bordel qui s’en était suivi… il l’aurait refait. À l’époque, il ne se souvenait que trop bien de la douleur éprouvée à chaque fois que leurs regards s’étaient croisés dans les vestiaires, ou que sa main s’était trop abruptement retirée de son épiderme lorsqu’ils se félicitaient de leurs victoires en équipe.

Il avait aimé – aimait encore ? - Sebastian, et il serait toujours attaché à lui peu importe ce qu’il adviendrait au terme de cette discussion compliquée mais au combien nécessaire. Impossible d’oublier le premier, il avait déjà essayé, sans vif succès, des bribes lointaines persistaient à s’accrocher au cœur. « Quant à ton baiser… Je n’ai pas osé l’interpréter. Tu venais de me confier à quel point tu étais mal dans ta peau, je ne voulais pas y attacher un sens qui n’aurait pas été celui que tu lui donnais. Les faux espoirs, Wes, j’ai donné. Si j’ai bien appris une chose après avoir passé tant de mois à fantasmer sur toi, c’est à ne pas vouloir projeter des choses que je désire sur les autres. Même si je ne m’étais pas trompé sur ton compte à l’époque. » Et là toute suite ? Que voyait-il sur son visage ? Pourquoi n’allait-il pas jusqu’au bout de sa phrase quand c’était là tout ce que voulait Wes ? Qu’allait-il advenir de cet entre-deux dans lequel ils pataugeaient ? L’un irait-il à droite et le seconde à gauche, en fermant les yeux sur toutes ces années à se demander : et si. « Justement c’est bien ça le problème, tu as… tu as agis comme si de rien était. Nous deux qui nous retrouvons, moi qui m’excuse et t’embrasse derrière. Et puis ce soir… Je  sais pas on aurait dit que tu t’en foutais, que rien n’était arrivé. Je t’ai pas demandé de foutre ta vie en l’air pour moi, je voudrais juste que tu me dises ce que tu attends. » Il pouvait tout supporter, le bon comme le mauvais mais ce flou artistique et le mutisme de Sebastian commençait à lui taper sur les nerfs. « J’ai beau vivre dans une communauté gay, je n’ai aucune confiance en moi. J’ai toujours peur de m’imaginer des choses qui n’existent pas, de me bercer d’illusions, de me baser sur des espoirs qui seront forcément déçus. Je me cache, à ma façon, même si c’est en pleine lumière. » Il hocha pensivement du menton, et vit par inadvertance un des petits cadres sur la commode de l’entrée, où son père l’observait du haut dans son uniforme bleu marine, avec un sourire coincé. À croire que  malgré sa disparition soudaine, il persistait à le hanter ou se montrer au pire moment qui soit. D’un coup sec il abattit la photo sur la table et s’appuya contre le mur en frissonnant, à cause de ce trou dans la porte qu’il n’avait pas eu l’occasion de réparer pour l’instant. « Et je ne pouvais pas te rappeler puisque je n’avais pas ton numéro. Mais bon, cet argument ne tient plus la route puisque j’ai bien trouvé le moyen de te contacter ce soir. Je ne voulais pas t’oppresser, c’est tout. Je suis désolé si je t’ai blessé… » Il ouvrit la bouche pour parler et la referma aussitôt. Après l’orage et la tempête vint le calme, et ce silence assourdissant qui s’enroulèrent autour de sa silhouette. « Je ne suis pas blessé, je suis… Je sais pas… Énervé peut être ? Il s’est passé beaucoup de trucs récemment, et c’était la goutte d’eau… » Tout était extrêmement confus dans son esprit, il n’était plus le maitre de ses moyens. « Toi qui parlait de désir, de choses que tu projettes sur les autres… Et bien, qu’est-ce que tu désires là toute suite ? Que ça se finisse ? » Il eut l’impression de rétrécir et de revenir à cet état de grâce où il n’était qu’un atome minuscule paumé dans l’immensité de l’univers. Son souffle se fit plus hésitant, et ses bras encerclèrent son abdomen en guise de défense tandis qu’une tâche rouge dans son cou commençait le démanger quelque part sous ses boucles blondes.

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Sebastian Bacigalupo

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MessageSujet: Re: we were just kids when we fell in love   Mar 6 Mar 2018 - 11:34

Sebastian détestait les confrontations. Il n’était pas fait pour ça. Il savait aussi peu comment accueillir la détresse évidente de Wes qu’exprimer la sienne. Il n’était pas vraiment en colère mais l’agression verbale dont il était victime le faisait légèrement trembler et il ne savait si c’était le côté injuste des reproches de Wes ou ce qu’il n’arrivait pas à dire qui faisait vibrer ses muscles de la sorte. Mais il ne battrait pas en retraite pour autant. Il était peut-être réservé et méfiant mais il était hors de question qu’il se laisse écraser, quand bien même ça n’était pas le but de Wes de lui faire ressentir une chose pareille. Après tout, cela faisait sept ans que cette discussion attendait d’être mise sur la table, elle avait pourri en eux toutes ces années et il était dès lors normal qu’elle s’éparpille dans tous les sens maintenant que les vannes étaient ouvertes. À l’évidence, Wes avait besoin de laisser sortir ces souvenirs, ce mal-être qu’il y associait, ces regrets qui moisissaient et refusaient de le laisser en paix. Et Sebastian ? N’avait-il pas, lui aussi, à sa manière, attendu ce jour fatidique où ils pourraient évoquer ouvertement ce traumatisme qui les lierait à jamais ? La dernière fois qu’ils s’étaient vus, Wes avait déjà abordé le sujet mais Sebastian n’avait pas vraiment la tête à s’y plonger et le temps leur était compté. Finalement, ils n’en seraient peut-être pas là si Sebastian n’avait pas dû retourner servir, s’il avait pu prendre le temps d’écouter Wes. Mais Wes était-il seulement prêt, à ce moment-là ? N’avait-il pas eu toutes ces semaines, depuis, pour analyser – peut-être à outrance – les circonstances de leur amitié et, plus spécifiquement, l’abysse qui les séparait désormais ? Le jeune serveur songea cependant qu’ils avaient désormais tout le temps de revenir sur ce qui s’était passé, même si, à présent, c’étaient la fatigue et la colère qui risquaient de fausser la donne.
Il était donc sur la défensive alors qu’il cherchait à calmer la colère de Wes. Il comprenait, plus que Wes ne pouvait l’imaginer, ce qu’il ressentait mais leurs parcours différents avaient fait eux des êtres qui n’étaient pas armés de la même façon pour affronter ce qui les fauchait. Sebastian avait aimé croire qu’il était au-dessus du passé, qu’il n’était plus hanté par ce dernier, mais force était de constater, alors qu’il dévisageait son ancien coéquipier, qu’il s’était leurré. Quant à Wes, il était le pantin de ses émotions, il virait comme elles, d’une fureur sourde à un désespoir évident. Il voulait comprendre et Sebastian n’était même pas certain de le faire lui-même. Pouvaient-ils seulement espérer faire sens de quelque chose qui avait eu le temps de tomber en poussières ? Comment pourraient-ils se fier à quelque chose d’impalpable, que seules leurs mémoires parvenaient à raviver, chacune à leur façon ? Pourraient-ils seulement trouver un terrain d’entente et faire la paix ? Clore un chapitre à peine ouvert ? N’était-ce pas cette frustration inaltérable qui se chargeait de les éloigner au lieu de les rapprocher ? Pourtant, Sebastian savait que Wes, autant que lui, avait conscience qu’ils ne pourraient jamais réparer les erreurs passées, jamais remodeler cette après-midi comme ils auraient souhaité qu’elle se finisse. Ils devaient en faire le deuil, définitivement. Mais cela suffirait-il à repartir sur des bases saines ? Pourraient-ils seulement passer outre ce passé avorté ? Ou espéraient-ils trop de cette illusion reléguée à un fantasme vague et lointain ? Peut-être n’étaient-ils pas faits pour se retrouver, songea tristement Sebastian en regardant Wes d’un air accablé. Peut-être qu’ils n’avaient plus lieu d’être, même s’ils n’avaient jamais eu une chance d’essayer quoi que ce soit.
- Qui n’aurait pas flippé en voyant un type surgir avec une batte de baseball ? demanda faiblement Sebastian, si faiblement que le trait d’humour qu’il avait voulu y glisser passa complètement inaperçu et seul l’arc triste de ses lèvres laissait entrevoir la tentative de plaisanterie.
Lui-même tremblait encore parfois, même si son père n’avait jamais levé la main sur lui. Il avait bien cru, ce jour-là, que son père allait leur fracasser le crâne. Au final, ils avaient eu le temps de filer mais c’avait été la fin de tout : de leur camaraderie, de leur début d’amitié et de toute perspective de passer des jours heureux ensemble, même cachés.
- Je suis une erreur, c’est ça que t’es en train de dire ?
La question de Wes laissa Sebastian abasourdi et le serveur ne parvint pas à dissimuler son incompréhension. Il eut beau se repasser les mots qu’il venait de dire, il ne voyait pas à quel moment il avait pu laisser penser que Wes ait pu avoir été une quelconque forme d’erreur. Mais son ancien compagnon d’infortune ne le laissa pas répondre et poursuivit, refusant de lui laisser endosser l’entièreté de la responsabilité de ce qui était arrivé. Et le cœur de Sebastian fit une embardée quand Wes déclara qu’il était amoureux de lui à l’époque. Quant au fait de réduire leur déconfiture à un mauvais timing, ce ne fit qu’attrister un peu plus le jeune Bacigalupo. Alors peut-être qu’il avait eu tort de reléguer le baiser à une excuse aussi fallacieuse quand, en vérité, il n’avait pas eu le courage de mettre Wes face à la signification de celui-ci. Il avait eu peur d’une nouvelle désillusion, il avait eu peur de s’y accrocher ou, plutôt, il avait eu peur d’enclencher quelque chose qui était supposé faire partie d’une page depuis longtemps tournée. Mais comment Wes pouvait-il s’imaginer qu’un simple baiser pourrait pousser Sebastian à lui courir après à nouveau ? Après toutes ces années ? Après tout ce qu’il s’était passé ? Rien n’était jamais aussi simple, rien ne l’avait jamais été, même quand ils étaient des adolescents naïfs et rêveurs, guidés par leur seul instinct et leur attirance mutuelle. Pourquoi cela aurait-il changé à présent ? Surtout qu’il avait admis son malaise, son incapacité à accepter son homosexualité. Comment aurait-il réagi si Sebastian s’était mis à vouloir le sortir d’un placard où il était resté caché tout ce temps ? Personne n’aimait être forcé à s’exposer au monde avant d’être prêt, les gays pas plus que les autres et Sebastian savait que s’il avait insisté d’une quelconque manière, Wes l’aurait mal vécu, quand bien même il prétendait avoir attendu le contraire de sa part. Le serveur le lui avait fait comprendre : c’était un chemin qu’il devrait mener seul, même s’il pouvait être soutenu et épaulé, mais l’impulsion devrait venir de lui et tant qu’il n’accepterait pas qu’il aimait les hommes, Sebastian ne pourrait malheureusement rien faire pour lui.  
- Je te rappelle quand même qu’à chaque fois qu’on s’est vus, je devais travailler, lui dit Sebastian, une bien piètre excuse, peut-être, mais une vérité qui jouait fortement dans son comportement.
Maintenant qu’il était là, cependant, il n’était plus question d’être déconcentré par ses tâches, il n’y avait plus aucun client à contenter, plus aucune ambiance à maintenir, plus de chiffre d’affaire à satisfaire. Il ne pouvait plus se cacher derrière quoi que ce soit, tout ce qu’il pouvait faire, c’était darder son regard dans celui de Wes, dans l’espoir d’apporter la réponse à son ami, celle qui lui permettrait de ne plus être rongé par les regrets, l’amertume, la colère et ce qui pouvait encore le malmener et dont Sebastian n’avait peut-être pas conscience. Quant à l’insinuation, s’il la perçut clairement, Sebastian n’y répondit pas. Ce qu’il attendait ? De quoi, au juste ? Parce qu’il s’était efforcé d’y réfléchir le moins possible. Il avait été heureux de pouvoir se cacher derrière son travail, de se jeter à cœur perdu dedans pour ne pas avoir à se pencher sur sa vie amoureuse désastreuse. Wes rabattit subitement un cadre photo et fit sursauter Sebastian qui se demanda ce que son ancien coéquipier cherchait à cacher, tout à coup. Mais l’interrogation ne subsista qu’une poignée de secondes car, déjà, Wes embrayait sur ses propres sentiments.
- Il s’est passé quoi, Wes ? demanda le jeune Bacigalupo, incertain que ça soit la question que son ami attendait.
Il ne voulait pas s’immiscer dans sa vie s’il n’avait pas envie de lui en parler mais comment étaient-ils censés reconstruire quelque chose s’ils restaient englués dans le passé et dans ce qui ne s’était pas passé, dans leur cas ? Déglutissant avec peine, Sebastian redouta un retour de flammes et se mordit la lèvre inférieure, mais quand Wes reprit la parole, ce fut pour aborder un angle auquel Sebastian ne s’était clairement pas attendu.
- Qu—quoi ?
Que quoi se finisse ? eut-il envie de demander. Ou bien son balbutiement avait-il une autre origine ? Il était déstabilisé par la question qui ne laissait pas vraiment d’échappatoire et, surtout, Sebastian ne sut pas ce que Wes attendait exactement comme réponse. Ouvrant la bouche, le serveur chercha les mots, secouant légèrement la tête avant de refermer les lèvres, indécis sur la direction à prendre. Il regretta presque d’avoir accepté de venir, les circonstances de ce face-à-face n’étant pas idéales. Il était fatigué, il avait travaillé toute la nuit, il avait beaucoup trop bu pour avoir les idées claires – ce qu’il avait cru être un atout pour accepter les reproches de Wes mais qui s’avérait une faiblesse maintenant que Wes se montrait direct et en attente d’une solution que Sebastian ne pouvait pas lui donner – et qu’il ne pourrait jamais lui donner, sans doute.
- N—non, non, bien sûr que non. Je veux que tout s’arrange. Je veux que tu ailles mieux.
Sebastian prit conscience du son caverneux qu’avait commencé à produire son cœur, dont chaque battement lui résonnait dans les tempes, dans le corps.
- Je—j’ai peur de dire des conneries, Wes. Je n’ai pas l’esprit clair, j’ai trop bu… Peut-être qu’on devrait se voir plus tard, quand j’aurai dormi suffisamment, quand on pourra parler calmement et mettre les choses à plat…
Mais n’était-ce pas un aveu suffisant ?  Wes n’allait-il pas y lire son trouble, son incapacité à se figurer lui-même ce qu’il voulait ? Et sa peur grandissante de retomber dans ses tourments adolescents, ces tourments qu’il avait passé tant de temps à vouloir enterrer.

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Wes Byrnes

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MessageSujet: Re: we were just kids when we fell in love   Jeu 8 Mar 2018 - 20:02

La conversation houleuse s’était aventurée vers un terrain glissant à cause d’une parole en l’air qui n’avait pas échappé à la vigilance de son interlocuteur. « Il s’est passé quoi, Wes ? » Il se mordit l’intérieur de la joue, et s’appuya plus fermement contre le mur pour ne pas glisser dans le trou béant de désespoir qui venait de s’ouvrir sous ses pieds. Par où commencer ? Ces derniers jours avaient été apocalyptiques à bien des niveaux, et il n’avait pas eu l’occasion - ou tout juste auprès de Wanda - de s’épancher sur le sujet. La faute à son caractère de merde, qui consistait à encaisser jusqu’à n’en plus pouvoir et craquer abruptement. « Trop de choses. Mon père a disparu, et Justine est morte il y a deux semaines. » Lâcha-t-il d’un ton hésitant sans fioritures en allant droit au but. Il frissonna, ça lui faisait étrange de le formuler de vive voix comme si jusque-là, le doute eut été envisageable sur le sort des membres de sa famille. Son paternel était certes  susceptible de ressurgir lorsqu’on s’y attendait le moins – sa grande spécialité -, mais pour sa sœur…. la situation était irrémédiable quoi qu’il advienne. Il l’avait vue ‘assoupie’ sur son couffin puis mise en terre, avec un calme effrayant. «  N—non, non, bien sûr que non. Je veux que tout s’arrange. Je veux que tu ailles mieux. » Un écho à son vocable maladroit et sa proposition de cesser ce qu’il y avait entre eux sur le champ. Que ça se termine. Il l’avait lui-même prononcé, et il ignorait quoi faire de ces mots, tout comme de l’effet qu’ils avaient sur lui. Était-il triste ? Vexé ? Énervé ? Heureux ? Un peu de tout ça mélangé ? Probablement. Mais le constat, était là : Wes était paumé. Et cette discussion qui sur le coup avait paru judicieuse, tournait lentement mais surement au cauchemar. Toute vérité n’était pas bonne à sortir, alors en se délestant de tout ça, il avait certainement précipité la chute de leur histoire. Mais pouvait-on vraiment parler d’histoire lorsqu’il ne s’était rien passé de concret hormis un baiser rapide et des sentiments fragiles ? Tellement fragiles, que le lien s’était aussitôt défait, une fois qu’on les eut séparé. Sa fuite, son silence, cet éloignement forcé, tant d’indices qui auraient dû lui mettre la puce à l’oreille… Le passé devait rester où il était, et l’avoir déterré était une idée foireuse, qui, coutait tant à Sebastian qu’à lui. Mais il n’avait pas pu s’en empêcher, ça avait été plus fort que lui. Et quand bien même, il aurait eu l’intelligence d’esquiver la soirée qui avait marqué le coup de leurs retrouvailles, nul ne doutait que tôt ou tard le destin aurait remis face à face les deux adolescents. Sauf qu’il n’était plus ce Wes là, tout comme Sebastian n’était plus celui de ses souvenirs. Ils avaient changé, pas forcément en mieux ou en moins bien, mais ils étaient devenus des étrangers, avançant sur des chemins distincts chacun de leur côté avec leurs propres démons à gérer. Et c’était peut-être tout ce qu’ils seraient désormais ; des garçons au passé trouble, qui avaient partagé quelque chose de fort et de puissant, dont ils ne pourraient jamais se relever complètement. Les évènements de ce jour-là avaient été épuisant physiquement et moralement, de quoi les bousiller pour un bon bout de temps, et assurément le genre de truc impossible à oublier même si ils désiraient repartir à zéro ensemble.

Pourtant une partie de lui était farouchement accrochée à la perspective d’être en couple avec Sebastian, toujours à cause de ce fameux « et si » avec lequel il était aisé de réécrire les anciens chapitres et ceux à venir. Mais le monde ne fonctionnait pas ainsi, et exiger de son camarade qu’il lui donna une réponse – tant négative  que positive puisque-là était le problème - était égoïste de sa part, et d’une désillusion naïve. « Je ne sais pas si les choses peuvent s’arranger. Toi et moi… J’ai toujours bêtement pensé que le jour où j’accepterais ce que je suis, on pourrait recommencer là où on s’était arrêté… Mais on a changé, tu as eu tes propres histoires et moi les miennes. Et maintenant quand je te vois, je n’arrive plus à savoir si c’est toi que j’aime ou si c’est l’idée d’être avec toi que j’aime. Peut-être qu’il faut que j’accepte qu’on a grandi, et qu’on est différent. Je suis désolé si … enfin ce que j’ai dit avant, c’était égoïste de ma part. » Il secoua la tête et souffla bruyamment pour tâcher de mettre de l’ordre dans ses pensées confuses ; en vain néanmoins. Tout se bousculait trop vite et Wes était assaillit par tout un flot d’émotions mais le mal était déjà fait. Si l’heure était aux séparations, il se devait de l’accepter, en dépit de la douleur qu’une telle fin suscitait chez lui. Malheureusement, c’était là le propre de la vie : parfois les gens se rencontraient, apprenaient à se connaitre, et puis partaient dans des directions opposées. Ce n’était pas nécessairement mal ou bien, il fallait simplement s’en contenter, et ne garder que le positif de ces rares moments partagés. Il avait aimé Sebastian, et il aimerait toujours Sebastian quoi qu’il arrive. Ne pas l’avoir auprès de lui - sentimentalement parlant -, n’entacherait en rien cette subtilité de l’âme, et il garderait une place privilégiée dans son cœur. Plus tard, il y repenserait surement avec plaisir et horreur – le traumatisme du père -, mais également avec une sincère nostalgie. Ils n’avaient pas eu beaucoup de temps pour vivre leur idylle secrète, mais peut être était-ce ainsi que les choses devaient se passer. Tout acte manqué n’était pas anodin ou sans conséquence. Grâce à lui, il avait appris à ne plus être obnubilé (il essayait) par sa sexualité, et ça, il ne l’oublierait pas, c’était un cadeau précieux.  

La colère glissa sur ses traits remplacée par un élan de réédition, le chaos infernal dans son ventre se fit plus distant. Il laissa choir ses bras le long de son corps, et attendit patiemment la suite donnée à sa tirade qu’il regrettait amèrement en apercevant l’impact de ses dires sur Sebastian. Le blesser n’était pas ce qu’il avait désiré ; au contraire, il s’était figuré que déverser sa peine soignerait les plaies béantes, qui, en dépit des années écoulées n’avaient guère cicatrisé. Une erreur manifestement, il y avait des maux impossibles à guérir. « Je—j’ai peur de dire des conneries, Wes. Je n’ai pas l’esprit clair, j’ai trop bu… Peut-être qu’on devrait se voir plus tard, quand j’aurai dormi suffisamment, quand on pourra parler calmement et mettre les choses à plat… » Il se renfrogna, et acquiesça du menton, sans le quitter du regard, s’imprégnant de chaque détail qu’il était susceptible de glaner. La courbe de sa mâchoire, les nuances mordorées de ses iris, et la peau tendue en bas de son cou. Pas tout à fait prêt à dire au revoir en fin de compte; il soupira, et se détacha du mur. Pouvait-il envisager d’être juste ami avec Sebastian ou serait-ce trop dur à gérer ? Persisterait-il à voir sur ces traits, les images de cette étreinte fugace qu’ils avaient initié autrefois, ou s’effaceraient-elles d’elles même ? Le cas échéant faudrait-il s’éviter ? Mount Oak était une si petite ville… Que veux tu Wes, que veux tu songea t-il pensivement, sans écarter la moindre possibilité. « Je ne pense pas que ce soit nécessaire de reparler de ça… Mais on verra plus tard si tu veux. » Il haussa les épaules, et s’approcha d’un pas, constatant que son camarade avait effectivement piètre allure. Lui qui avait supputé que les barmans n’étaient pas supposés consommer durant leurs services… Un adage qui ne devait pas s’appliquer au nouvel an où tout était permis visiblement. « En revanche compte pas sur moi pour que je te laisse repartir comme ça chez toi…. » Il désigna d’un geste sa silhouette bancale de mec à moitié bourré et fatigué qui menaçait de s’écrouler au premier coup de vent. Il avait déjà perdu Justine, il était hors de question que Sebastian la rejoigne à cause de ses excès. « Tu peux prendre ma chambre en haut si tu veux, je prendrais le canapé. Essaye même pas d’esquiver. » Ils n’étaient pas seuls, mais sa mère n’y verrait pas d’inconvénients, si il lui expliquait la situation, même si il pressentait qu’elle ne sortirait pas de sa chambre avant longtemps. « Viens, suis moi. » Il se faufila sur le côté et avança vers la cuisine, en l’invitant à le suivre d’un geste de la main. Wes farfouilla dans un des tiroirs pour en sortir un tube d’aspirine, et remplit un verre d’eau qu’il glissa sur la table à l’attention de son invité. « Tient. Ca va aller ? » Finalement, - et il était surpris - il avait réussi à calmer ses nerfs à vif; la tempête s’était évanouie dans l’atmosphère pesante de cette soirée on ne peut plus étrange.

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Dernière édition par Wes Byrnes le Jeu 22 Mar 2018 - 23:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: we were just kids when we fell in love   Dim 11 Mar 2018 - 15:26

Au fond, Sebastian ne savait pas à quoi il s’était attendu. Il n’avait pas réellement anticipé la suite des choses, se laissant porter par les dernières effluves d’alcool et le besoin de réparer ce qui s’était brisé entre Wes et lui, sans savoir quoi ni comment. Mais il n’avait certainement pas pensé que l’échange prendrait cette tournure écorchée, ni qu’il serait douché de reproches, certains plus valables que d’autres. Il ne s’était pas préparé mentalement à la confrontation, peut-être parce qu’il préférait ne pas trop appréhender les choses, peut-être parce que les circonstances faisaient qu’il n’avait pas vraiment les pieds sur terre, qu’il flottait encore dans l’ambiance échauffée du GLOW. Aurait-il dès lors mieux fait d’attendre avant de sauter dans le piège ? Ou, au contraire, était-il mieux qu’il laisse son cœur parler, aussi maladroit qu’il soit, mais avec sincérité, au moins ? Était-ce là l’antidote à cette amitié – et cet amour – avortée ? Y avait-il seulement une solution miracle ? C’était ce que se demandait Sebastian alors qu’il contemplait Wes d’un air abattu et désemparé. Mais quand son ami lâcha que sa sœur cadette était décédée à peine deux semaines plus tôt, cela eut l’effet d’une décharge électrique sur le jeune Bacigalupo qui ouvrit la bouche, effaré par sa maladresse et le peu de choses qu’il savait, finalement, de Wes.
- Oh mon Dieu, Wes, je suis tellement désolé, lâcha-t-il d’un air consterné, ne sachant quelle attitude adopter.
Son premier instinct aurait été de s’approcher du jeune homme pour le serrer dans ses bras mais vu l’atmosphère qui régnait dans le petit hall et le mur qui s’était érigé tout autour de Wes, Sebastian se sentit bête et gauche. Alors il resta les bras ballants, se sentant parfaitement inutile et raide. Déglutissant avec difficulté, le jeune homme secoua la tête avec l’impression que tout lui échappait, la conversation comme Wes. Il aurait donc mieux fait de ne pas venir, de ne pas remuer son ancien coéquipier, de ne pas faire ressurgir des blessures inédites. Et si l’envie de lui demander pourquoi il ne lui en avait pas parlé plus tôt lui traversa bien l’esprit, Sebastian la ravala. De quel droit aurait-il attendu que Wes vienne à lui pour parler des douleurs et drames familiaux quand il s’était évertué à lui offrir le masque du bon pote de lycée, lointain et insaisissable ? C’était sa faute si Wes n’avait pas ressenti le besoin de s’épancher, c’était également sa faute s’il était affligé de souffrances supplémentaires et cette constatation lui tordit le ventre. Valait-il dès lors mieux qu’il quitte au plus vite la maison du jeune Byrnes et fasse une nouvelle tentative une autre fois, quand il serait plus serein et plus sage ? Quand il ne foncerait pas tête baissée dans le mur au lieu d’écouter les signaux que lui renvoyait le jeune homme ?
Accablé, Sebastian le fut d’autant plus quand Wes exprima ses propres pensées, sur un ton sombre et fataliste qui creusa un trou béant dans la poitrine du jeune serveur. La naïveté de Wes lui faisait mal mais n’avait-il pas été effleuré de ces mêmes pensées, sans vouloir se l’admettre ? N’avait-il pas refait le monde un millier de fois, chaque fois avec une issue favorable pour son camarade de lacrosse et lui ? Mais il n’aurait jamais eu le cran de se l’admettre, encore moins de le dire à haute voix. Ils étaient maudits, son père les avait privés d’une chance inouïe et ils avaient dû en porter le fardeau des années durant. Un fardeau tel que, à présent, il les écrasait tous les deux et ils ne savaient qu’en faire. L’accepter était-il la première étape vers la guérison ? Autoriser l’idée à s’insinuer en eux permettrait-il de tourner définitivement la page, de laisser à la plaie l’occasion de cicatriser, enfin ? Mais il y avait quelque chose de si désespérant à cette perspective, songea Sebastian qui ne savait plus sur quel pied danser. Fuir ou rester ? (Se) mentir ou laisser la vérité lui échapper ? Ranger leur idylle passée dans une boite et ne plus y toucher ou la caresser à nouveau, juste pour voir ce que cela faisait ? N’était-ce pas cela qui l’effrayait le plus, au final ? Cette onde qui le poussait, lui aussi, à se demander ce qu’il serait advenu d’eux ? Ce qu’il adviendrait d’eux s’il osait un geste en direction de Wes ?
- Ce n’est pas grave. J’ai dit des choses blessantes, moi aussi…, souffla Sebastian d’une voix défaite en baissant les yeux vers le sol.
Le poids qui pesait sur ses épaules refusait cependant de le quitter, persistait même à s’appuyer avec un peu plus de ferveur, comme pour lui dire que cet échange ne suffisait pas, qu’il avait besoin de plus pour les laisser en paix, pour leur permettre d’évoluer vers d’autres sphères. Était-ce la culpabilité ? Ou la peur de l’idée qu’ils puissent passer à côté de quelque chose en jouant la carte de la défaite ? Mais y avait-il une quelconque raison de se battre ? Surtout quand ils se basaient sur un amour adolescent qui s’était principalement construit dans le non-dit et le non-verbal et qui leur avait explosé à la figure dès lors qu’ils avaient voulu le mettre en pratique ? Avaient-ils joué de malchance ou le destin s’était-il mis en tête de leur éviter une désagréable surprise ? Pouvait-ce cependant être plus désagréable que d’être interrompus dans leur exploration par un homme furieux qui ne mesurait pas les dégâts que ses gestes pourraient avoir sur deux garçons qui peinaient à comprendre leur sexualité ? Son père n’avait plus jamais reparlé de l’incident – il n’avait plus jamais parlé de rien – et c’avait été comme si c’était une anecdote tombée dans l’oubli quand c’était toute la vie de Sebastian – et de Wes – qui avait à jamais été bouleversée.
Quand il releva les yeux sur son ancien camarade de lycée, ce fut pour constater l’abattement qui s’était emparé de ce dernier et qui creva le cœur et l’âme du jeune serveur. Il aurait voulu chasser cette ombre qui assombrissait les traits de Wes mais il savait qu’il en était partiellement – si pas grandement – responsable et il ne savait dès lors pas quelle attitude adopter pour réparer son erreur. Le pouvait-il seulement ? Ou était-il voué à blesser, encore et encore, le premier garçon à s’être insinué dans son cœur et à avoir éveillé cet instinct caché qui ne demandait qu’à germer et éclore ? Se pinçant les lèvres, Sebastian  retint son souffle. Il aurait aimé que quelqu’un vienne lui souffler à l’oreille ce qu’il devait faire pour bien faire, pour apaiser le chagrin de Wes, pour faire disparaitre le malheur de son existence. Mais peut-être était-il le naïf des deux, dans ce cas-là. Et quand Wes déclara qu’il n’était plus nécessaire de reparler de cela, Sebastian se serait bien mis à pleurer mais il se contenta de secouer la tête d’un air hébété.
Voilà ? C’était tout ? Tout se terminait ainsi ? Aussi bêtement ? pensa-t-il amèrement en dévisageant Wes. Mais il n’eut pas le loisir de s’enfoncer dans la rancœur – qu’il ne savait d’ailleurs pas vers qui diriger – car Wes décréta qu’il ne le laisserait pas repartir comme ça chez lui. Sebastian fut tenté de demander ce qu’il entendait par comme ça mais un bref coup d’œil à son corps lui indiqua qu’il ne ressemblait à rien qu’un gars qui, assurément, se coltinerait une belle gueule de bois le lendemain. Il avait sûrement le teint blême, les yeux éclatés, les cheveux hirsutes et les traits tirés. Il ne se voyait cependant pas rester non plus, pas après ce qu’ils venaient de se dire, pas avec ce qui restait, continuant à flotter entre eux. Car il était clair que la discussion n’était pas terminée, que l’essentiel n’avait finalement pas été dit. Sebastian ouvrit la bouche pour protester mais Wes l’en empêcha et lui ordonna de le suivre. Le jeune Bacigalupo le regarda abandonner le hall et un étrange sentiment de déjà vu fit glisser des frissons le long de son échine.
Sebastian obéit cependant, sans grande conviction, le rejoignant dans la cuisine où Wes entreprit de fouiller dans un tiroir, laissant au jeune serveur le loisir d’observer pensivement son profil, les sourcils légèrement froncés, le visage fermé, les pensées hors d’atteinte. Puis les yeux chocolat glissèrent vers les boucles de blé et le cou offert. Et s’arrêtèrent sur les marques à la base du cou, des traces rougeâtres qui ne laissaient aucun doute sur leur créatrice : une bouche gourmande qui s’était attaquée à la peau et y avait laissé une signature immanquable. Le cœur de Sebastian eut un soubresaut, non pas de jalousie, mais d’envie, comme si cette vision éveillait enfin ce qu’il avait tenté de cadenasser depuis des semaines, depuis qu’il avait revu Wes, en réalité, ce soir-là, au GLOW.
- Tiens. Ça va aller ?
Distrait par les crépitements qui étaient nés dans son ventre, Sebastian vit alors que Wes avait poussé un verre d’eau et un cachet d’aspirine dans sa direction. Il reporta son attention sur son ancien coéquipier et le dévisagea, incertain de la décision à prendre, surtout que toute colère semblait s’être évaporée des veines de Wes. Le reste s’était-il envolé avec elle ? Allait-il se ramasser un râteau monumental s’il amorçait une avance maintenant ? Wes n’allait pas comprendre ce qui lui prenait. Une minute, Sebastian refusait de s’épancher, la seconde d’après, il était sur lui ? Avait-il fallu qu’il voie la défaite dans les yeux de son ami pour que Sebastian réalise que reporter à une autre fois n’apporterait rien et enlèverait peut-être même quelque chose qui ne pouvait s’ouvrir que ce soir ?
Le jeune homme déglutit avec peine et repoussa lentement le verre :
- J’ai dit que j’avais trop bu. Mais je ne me sens pas mal, dit-il doucement, refusant la charité de Wes.
Et sans plus de réflexion, il laissa l’impulsion guider ses gestes. Après tout, calculer ses réactions n’avaient rien amené de bien jusqu’ici alors peut-être devait-il laisser son cœur parler, pour une fois. Et il le fit sous la forme d’un baiser volé, fugace, alors que les lèvres de Sebastian venaient effleurer celles de Wes et que ses doigts glissaient sur sa peau et venaient couvrir les ecchymoses laissées par un autre. Un autre que Sebastian décida de juger insignifiant, sinon pourquoi Wes aurait-il livré ce qui le hantait comme il l’avait fait ce soir ? Son autre main glissa en miroir sur la gorge de Wes et Sebastian caressa la pomme d’Adam de Wes du bout du pouce, la gorge serrée d’appréhension.
- J’ai peut-être trop bu mais je sais très bien ce que je fais.
Il crut bon de le préciser, pour que Wes n’aille pas s’imaginer qu’il agissait sous le coup de l’alcool et que demain tout serait oublié. S’écartant légèrement, Sebastian guetta une réponse dans le regard de Wes. Une approbation. Ou un signe qu’ils étaient seuls, qu’ils ne risquaient pas de réitérer une erreur passée. Ou une lueur furieuse. Après tout, il était une fois de plus d’une maladresse confondante et peut-être que son amorce serait mal accueillie.

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I can understand how when the edges are rough and they cut you like the tiny slivers of glass and you feel too much and you don't know how long you're gonna last.

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Wes Byrnes

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MessageSujet: Re: we were just kids when we fell in love   Jeu 22 Mar 2018 - 18:02

Finalement les mots étaient sortis avec une facilité déconcertante, plus aisément en tout cas que dans ses rêves où il avait tâtonné pour trouver comment exprimer de façon claire ce qu’il ressentait. Parler n’était pas ce qu’il préférait, lui, ce grand adepte des silences prolongés, et des mines renfrognées. Pourtant il ne comptait plus toutes ces fois où il s’était retrouvé pris à parti dans des discussions le concernant de près ou de loin. De vrais échecs surtout lorsqu’elles avaient effleuré inconsciemment sa vie sentimentale ou personnelle. Pourquoi tu ne ramènes jamais personne à la maison ? Wes, non il n’a personne, trop compliqué. Et plus tard, qu’est-ce que tu  veux faire ? Toutes ces questions s’étaient enchainées sans répit durant des années, et n’avaient trouvé aucune réponse satisfaisante, tout simplement par ce qu’il n’y en avait pas. Un peu comme cette situation dans laquelle il se trouvait avec Sebastian : d’un côté comme de l’autre - renoncer ou foncer -, il craignait que peu importe l’alternative choisie, elle ne serait pas satisfaisante pour tout un tas de raisons. Néanmoins puisqu’il fallait bien prendre une décision, il s’était lancé. Et maintenant ? Qu’est ce qui avait changé ? À première vue il était toujours debout, les poings serrés contre ses cuisses, le regard lourd de culpabilité mêlé à une colère qui s’éteignait progressivement. Quant à son comparse, il semblait tout autant paumé. Comment les blâmer cependant ? Il n’y avait pas de mode d’emploi pour ce genre de choses. Ils étaient leurs propres maitres, mais Wes voyait ce gouffre immense entre eux se creuser davantage à chaque minute supplémentaire. Les traumas des derniers jours - disparition et mort - furent évoqués, accentuant cette barrière invisible, et il se perdit dans la contemplation solitaire de ses pieds. Fallait-il regretter cette imprudence soudaine de sa part ? Aurait-il dû apprendre faire le deuil de cette relation mort née, en occultant totalement Sebastian ? À quoi bon se morfondre…. Il était trop tard désormais et il ne pouvait qu’accepter la sentence qui en découlerait. Bonne ou mauvaise - un concept fluctuant- il s’y plierait docilement. Il ne releva pas les excuses, elles n’étaient pas nécessaires, même si elles venaient alléger les maux d’un cœur couvert d’hématomes. Wes se contenta de hocher faiblement la tête, gardant en son for intérieur toutes les pensées qui le submergeaient, sur lui, sur eux, sur tout et rien. Il avait l’impression d’être arrivé au bout d’une course à laquelle il participait depuis trop longtemps. Pas de vainqueur, pas de perdant, juste un sentiment d’inachevé et une crampe insurmontable à l’estomac. En définitive - et en dépit de ses illusions d’adolescence - ils n’étaient surement pas faits pour être ensemble, et à trop vouloir forcer le cou au destin, il craignait que la retombée fut cuisante. Voire irrémédiable. Or il n’était pas résolu à tirer définitivement un trait sur son ancien coéquipier. A minima, il souhaitait le garder en tant qu’ami à défaut du reste qui ne paraissait plus leur appartenir. Comme si tout eut été emporté à l’instant où Wes avait dévalé les escaliers en courant pour échapper à la colère d’un père, et au malaise de son fils. Malheureusement tout ne pouvait pas être réparé, et c’était un tort d’avoir cru qu’il serait assez fort pour récoler les morceaux éparpillés à tout vent. « C’est rien. » Répondit-il d’une voix monocorde, gagné par un défaitisme collant et poisseux, tandis qu’il s’éclipsait vers la cuisine suivi de près par le serveur au teint blafard. Avait-il bu à cause de lui ? Bien sûr que non songea-t-il, il n’était pas si important que ça. Il se défit de son regard indéchiffrable qui persistait à provoquer des soubresauts dans sa poitrine, et dénicha de l’aspirine dans le fond d’un tiroir. Surement un vestige du paternel, qui, à plusieurs reprises était rentré ivre du travail, le crane dans un étau. La déchéance avait été si rapide, que ses actions passées avaient été englouties dans les déboires récents, et très vite les heures de gloires de cet officier de police prometteur avaient été mises au rebu. Wes donna une tape sur le meuble, et glissa le verre d’eau accompagné du remède vers Sebastian.

À nouveau il se fit la réflexion que le voir ici était déroutant, sans être toutefois désagréable. Il y avait une sorte de déjà vu étrange et mystique qui flottait dans l’atmosphère. Celui d’un drôle de rêve qui se confondait avec une réalité auréolée d’une chaleur bienveillante qui s’enroulait à présent autour de ses épaules dans une étreinte protectrice. Il soupira, et s’appuya contre le frigo pour mieux l’observer peut-être, ou appréhender ce qui était à venir. Si dans le couloir il s’était mis à nu dans un monologue brutal, désormais Wes était contemplatif et mutique. Une éternité s’écoula avant qu’un mouvement ne soit esquissé d’un des deux garçons qui avaient jusque-là préféré se dévisager dans un calme religieux, à peine heurté par le battement sourd de leurs palpitants. L’offrande fut repoussée lentement dans un bruit démesurément fort qui résonna dans la pièce exiguë, et Wes se redressa légèrement. « J’ai dit que j’avais trop bu. Mais je ne me sens pas mal. » Était-ce seulement vrai ? Et dans le cas contraire, était-ce si important que ça ? Il décida que non. Il avait trop réfléchit précédemment, et n’aspirait pas à réitérer ce combat mental fastidieux qui perdurait à la hanter. De toute façon il n’eut pas le loisir de s’attacher plus que nécessaire à ces questions, puisque Sebastian venait de briser la distance d’un pas décidé pour le rejoindre. En une seconde, les lèvres se touchèrent chastement dans un effleurement qui lui arracha un feulement rauque et profond. Les doigts se mirent à courir sur sa peau, dans le creux de sa gorge, et il ferma les paupières pour s’abandonner au contact tiède de la caresse. Mais là-haut, tout là-haut, il était déchiré. Ce revirement impromptu de son camarade le déstabilisait ; du rejet (sa perception de ce qui s’était déroulé au Glow), il passait à cette action incompréhensible. Non pas qu’il fut réfractaire – bien qu’il doutait de tout les concernant -, néanmoins il ne comprenait pas ou plus. Quelles étaient les intentions de Sebastian ? Était-ce de la pitié, l’alcool ou un élan sincère qui le conduisait à agir de la sorte ? Comment comprendre ses motivations quand il n’avait pas dévoilé le fond de sa pensée ? Quant à lui, pourquoi tant d’élucubration quand il tenait là tout ce qu’il avait jamais espéré depuis leurs retrouvailles ? Mais les conditions qui avaient initié ce rapprochement étaient-elles adéquates ? Le voulait-il tel quel, secoué par des paroles trop vives de sa part ? Il secoua la tête et rouvrit brutalement les yeux pour chercher les siens, qui le fixaient avec anxiété. Ils étaient semblables à ses souvenirs : bruns avec une légère pointe de doré. Si doux, si beaux… « J’ai peut-être trop bu mais je sais très bien ce que je fais. » Voilà qui venait clarifier ses interrogations, sans être particulièrement efficace. « Sebastian…. » Le prénom murmuré se perdit dans la quiétude de cette parenthèse éphémère,  et ses mains vinrent se poser sur le torse de son invité. Sous le tissu, il perçut le rythme cardiaque de celui-ci s’accélérer, et ne put retenir un sourire timide. « Je ne sais pas si c’est… les bonnes raisons qui te…  » Il n’eut pas le courage d’aller plus loin dans ses dires, et fit remonter ses paumes sur le visage du garçon, pour finir par mêler ses doigts aux boucles brunes. Il appuya son front sur le sien, et resta dans cette position, à respirer son odeur, et s’imprégner de chaque détail pour quand viendrait la chute, où ils redeviendraient de simples connaissances, avec des anecdotes communes. Car c’était ça qui se profilait, non ? Céder une fois pour taire définitivement de potentiels regrets, et se dire que s’ils s’étaient aimés dans une autre vie, ici tout avait changé. Son pouce roula affectueusement sur la joue rouge de Sebastian, et il réalisa subitement la chance qu’il avait : de l’avoir connu, d’avoir pu partager un bref moment de son existence, et de savoir que plus tard, en dépit de tout ça, il resterait éternellement une trace de cet amour dans son âme.

Il l’embrassa. Et le monde s’effaça autour d’eux au profit de leurs bouches qui se réunissaient  après des années de séparation, à imaginer ce qu’il aurait pu advenir si ils n’avaient pas été interrompu cet été-là. Sa langue se faufila un chemin à travers l’émail, et vint narguer sa complice dans une étreinte passionnée. C’était comme revenir à la maison suite à une absence prolongée, on retrouvait les pièces tant affectionnées avec un sentiment tout particulier ; il frissonna et l’attira plus proche de lui, le corps traversé de décharges électriques nommées désir. Les gestes étaient plus sûrs et maitrisés qu’à l’époque, et dans un souffle haché, il se détacha pour l’aider à enlever son tee-shirt. Puis, il revint fébrilement à l’assaut, pour réclamer ses lèvres qu’il frôla avec amusement, avant de dévier sur le côté, pour descendre le long de la mâchoire dans des baisers humides, et vers ce cou offert qu’il mordilla en douceur. En se redressant, il s’arrêta pour le scruter, attentif à ses émotions et prit sa main dans la sienne, qu’il étreignit très fort comme pour se prouver que tout ça était réel. « Viens, montons. » Il se surprit à rougir – fâcheuse habitude - tel un gamin pris au dépourvu face à une bêtise -, et le guida calmement à l’étage vers sa chambre. Au passage il prit le soin de fermer la porte de la pièce où devait dormir sa mère, et les enferma tous deux dans l’intimité de la mansarde. Ça lui rappela une scène lointaine, où les rôles étaient inversés : lui chez Sebastian, à découvrir son univers, une expérience brève et chaotique. Il l’agrippa par les hanches en enfonçant ses doigts dans la chair moelleuse pour l’amener contre son torse. Pour ne faire qu’un. Délicatement il effleura ses traits du bout des doigts – il adorait faire ça. « Je me souviens… Quand on était plus jeunes, je pensais… Que tu étais la plus belle personne que j’ai jamais rencontrée. Je sais que c’était stupide on se parlait si peu mais… J’avais l’impression, je me disais… Avec lui tu pourrais être juste toi, et je l’ai été au moins cette fois-là. » Il se fendit d’un sourire sincère, et l’embrassa  en douceur, se laissant guider par la sensualité de leurs corps qui se rejoignaient enfin, après des mois et des mois d’absence et d’expectative. Sans le quitter, il ôta ses vêtements, et l’entraina vers le lit défait en s’emparant de sa ceinture. La silhouette de Sebastian bougea au-dessus de lui, tandis qu’il s’enfonçait sur le matelas dans un rire étouffé. « Es-tu sur ? » Un murmure noyé dans le vacarme de ces respirations équivoques qui s’entremêlaient dans l’espace vide. Mais il avait besoin de l’entendre et de le savoir une dernière fois.

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- 'caught up in my dreams and forgettin' I've been actin' like armageddon 'cause you held me in your arms just a little too tight, that's what I thought; summer's meant for lovin' and leavin' I was such a fool for believin' that you could change all the ways you've been livin' but you just couldn't stop | @ lana del rey.
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Sebastian Bacigalupo

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MessageSujet: Re: we were just kids when we fell in love   Mar 24 Avr 2018 - 21:46

Bon, il devait en convenir, l’alcool avait peut-être son rôle dans son approche. S’il n’avait pas encore été ivre de ce Nouvel An mouvementé, aurait-il osé venir à une heure pareille chez Wes ? Aurait-il osé venir au devant d’explications qui arrivaient peut-être trop tard ? Aurait-il osé cette avance un brin audacieuse ? Allait-il se ramasser un coup ? Il en doutait. Mais ça ne signifiait pas que Wes allait se montrer clément. Après tout, tout ce qu’il avait dit était vrai et Sebastian comprenait sa confusion et sa colère. Mais qu’en faire ? Quand il était si évident que leur temps était malheureusement passé ? Qu’on leur avait volé leur amour naissant et qu’ils ne pourraient jamais le retrouver ? Trop de choses s’étaient passées et amassées pour que le jeune serveur puisse avoir la naïveté de croire qu’il suffisait qu’ils y mettent du leur pour tout recoudre, des points de sutures n’étaient plus utiles sur une plaie qui avait été faite des années auparavant. Alors que faire ? Y avait-il une solution à leur problème ? Pourraient-ils jamais être amis ? Sebastian se le demandait sincèrement alors qu’il contemplait son ancien coéquipier d’un air patient, ses doigts caressant distraitement la peau tendre de son cou, attendant un signe – qu’il pouvait continuer, qu’il devait arrêter, peu importe – bien décidé à considérer la réaction de Wes comme le point final à leurs tourments. Soit ils acceptaient leur sort malheureux et réfléchissaient à comment l’intégrer à leur existence, soit ils le niaient et risquaient de foncer droit dans le mur des (dés)illusions.
Sebastian ne sut s’il devait être rassuré. Wes ne l’avait pas repoussé, mais cela voulait-il pour autant dire qu’il n’était pas mal à l’aise ? Le jeune homme avait bien conscience d’avoir joué le chaud et le froid toute la soirée et que son baiser devait donc être assez absurde mais il décida que pour ce soir – ou ce matin – il laisserait son instinct le guider. La dernière fois qu’il l’avait fait, cela ne lui avait pas véritablement réussi – Arnav n’avait-il pas filé comme s’il avait un détraqué à ses trousses ? – mais la fois d’avant, son élan de courage lui avait permis de franchir un pas qui lui avait semblé jusque-là hors d’atteinte, une chimère dont, adolescent, il s’était nourri trop abondement. Jusqu’à en perdre la raison et toute prudence, jusqu’à précipiter leurs vies dans un chaos sans nom. Cette fois, Sebastian le savait, ce n’était pas le chaos qui les attendait, juste une conclusion plus ou moins amère, mais une conclusion quand même, ce qu’il n’avait plus jamais osé espérer.
Puis Wes réagit brusquement et Sebastian déglutit nerveusement, le suppliant presque de ne pas lui reprocher cet élan maladroit mais sincère. Tout ce qu’il voulait, c’était qu’ils guérissent comme ils pouvaient et si, certes, rien ne prédisait que ce baiser pourrait soigner quoi que ce soit, Sebastian voulait croire que l’amour, même idolâtré, même à moitié enterré, restait un miracle qui veillait sur eux. Sebastian… Le cœur du garçon fit un bond dans sa poitrine et il retint son souffle, son pouce glissant instinctivement sur le coin de la bouche de Wes, comme s’il pensait pouvoir toucher ou attraper les mots avant qu’ils ne s’en échappent. Un sourire doux et désolé glissa sur les lèvres du serveur alors que son ancien camarade de lacrosse émettait des réserves. Peut-être. Peut-être pas. Quelle importance ? Y avait-il des bonnes raisons, d’ailleurs ? Ou des mauvaises, à l’inverse ? Ses intentions, en tout cas, étaient pures et en aucun cas il ne voulait créer de malaise chez Wes. C’était pour cela qu’il s’apprêtait à relâcher le visage de Wes, laisser retomber les bras le long de son corps et s’excuser avant de filer mais au moment où la pensée s’immisçait dans son esprit, Sebastian décela le mouvement des mains de Wes et un soupir soulagé lui gonfla la poitrine alors que les doigts du jeune homme glissaient dans ses cheveux. Y avait-il une sensation plus délicieuse que celle-là ? Le jeune Bacigalupo en doutait alors qu’il fermait les yeux et que ses mains venaient se poser sur les hanches de Wes et que son front se pressait contre le sien. Son corps amorça un lent mouvement de balancement, sans qu’il sache si c’était dû à son ivresse ou au bien-être du moment.
Puis Wes combla l’espace entre leurs lèvres et Sebastian réagit au quart de tour, ses bras enlaçant plus fermement Wes pour le serrer contre lui. Une chaleur envoûtante le submergea et il constata que c’était comme un retour aux sources. Pourtant il croyait avoir oublié. Comment pourrait-il se remémorer les sensations provoquées par les baisers d’un garçon qu’il n’avait embrassé qu’une fois, bien des années plus tôt ? Sebastian s’était en tout cas convaincu que c’était impossible, et voilà que Wes lui prouvait le contraire. Il y avait pourtant plus de force dans l’étreinte de son ami, moins de maladresse qu’auparavant. Moins de timidité, aussi, puisqu’ils avaient eu le temps de se faire à l’idée, de mieux connaitre leur sexualité. Était-ce cela qui embrasa un feu ardent au creux du ventre de Sebastian ? Le jeune homme n’aurait su le dire et, à vrai dire, s’en fichait un peu. Il se contentait de l’instant présent, de cette langue joueuse et délicieusement chaude qui venait à la rencontre de la sienne, de ses mains qui pressaient le bas du dos de Wes pour rapprocher leurs bassins autant que possible, de ce nœud qui se défaisait lentement et dont Sebastian n’aurait jamais cru se débarrasser un jour. Un doux grondement émana du serveur au moment où Wes lui échappait mais il sourit quand il comprit que c’était pour faciliter l’effeuillage. Sans se faire prier, Sebastian leva les bras et ne se soucia pas une seule seconde de l’endroit où atterrissait son t-shirt. Son sourire s’élargit quand Wes revint vers lui et Sebastian saisit les joues de son ami pour emprisonner son visage et dévorer ses lèvres. Il fut bien conscient des sons indescriptibles qu’il laissait échapper mais décida de ne pas en avoir honte. Ils attendaient depuis si longtemps de s’extraire de son corps qu’il les laissa faire sans broncher, préférant répondre aux gestes de Wes et quand ce dernier lui saisit la main pour l’inviter à monter, le serveur acquiesça, la gorge trop nouée pour émettre le moindre son.
La main logée dans celle de son compagnon, Sebastian se laissa guider par l’habitant de la demeure, non sans jeter des coups d’œil teintés de curiosité à l’ensemble du foyer des Byrnes. Allait-il regretter de ne pas avoir pris le temps de savourer l’instant, de trembler d’excitation et d’anticipation, comme lorsqu’ils étaient adolescents ? Mais pour ce que cela leur avait apporté… Sebastian préférait l’élan du moment, dénué d’urgence et hanté par le passé en même temps. Sauf que cette fois, ils le savaient tous les deux : il n’y aurait aucun père pour venir les terroriser. Celui de Sebastian se contrefichait de ce qu’il fabriquait de sa vie et l’autre avait déserté le tableau. Tant mieux pour eux, songea Sebastian alors qu’il levait les yeux pour observer le dos de Wes qui le précédait dans l’escalier puis jusqu’à une chambre. Il ne demanda pas pourquoi il fermait une autre porte, conscient que la moindre interrogation déplacée ou maladroite pourrait faire éclater la bulle dans laquelle ils s’étaient réfugiés. À la place, il attendit que Wes revienne, reprenne les devants et Sebastian passa les bras autour de la nuque de Wes en pressant son ventre nu contre celui, encore vêtu, de son ami.
Je me souviens… quand on était plus jeunes… Un air mélancolique vint voiler les traits de Sebastian, durant quelques secondes, et il acquiesça, car c’était là la parfaite illustration de ce qu’il avait ressenti lui-même. Il avait trouvé beaucoup de garçons de son âge très beaux mais aucun qui soit aussi irrésistible que Wes et le mystère qui l’auréolait. Sebastian avait autant voulu le toucher qu’il avait eu peur de le faire. Quelle bêtise, pensa-t-il, avec le recul, mais comment aurait-il pu deviner, à l’époque, qu’ils puissent partager ce sentiment ? Il ne connaissait alors aucun autre garçon gay, il se sentait démuni et seul au monde.
- Moi aussi, Wes… C’était la première fois que je pouvais respirer…, avoua Sebastian, la voix rauque et triste.
Mais il n’eut pas à s’attarder sur ce souvenir douloureux car Wes apaisa le mal d’un baiser doux, le ramenant à la beauté de l’instant, à l’envoûtement du moment. Sebastian se laissa hypnotiser par cette danse enivrante qu’était Wes en train de se déshabiller tandis qu’il se dirigeait vers le lit. Le jeune homme le suivit sans se faire prier et posa les doigts sur ceux de Wes alors que ce dernier lui demandait s’il était sûr.
- A cent pour cent, lui promit Sebastian en défaisant la boucle de son pantalon pour le faire glisser à ses pieds, embarquant son boxer dans le même mouvement. Même si j’ai encore du mal à réaliser…
Il gloussa et grimpa à quatre pattes sur le lit avant de s’allonger contre Wes, emmêlant son corps au sien, jambes et bras confondus, retrouvant les lèvres qui lui filaient une nostalgie folle à chaque fois qu’il les voyait. Ses mains se lancèrent dans un ballet de caresses et son souffle se perdit au milieu des gémissements étouffés tandis que son corps se tendait et accueillait le désir si longtemps oublié et réprimé. Et quand sa peau devint si moite qu’elle colla à celle de Wes, Sebastian s’écarta, les joues en feu.
- J’ai le cœur qui va exploser, confessa-t-il, quand ce qu’il aurait voulu dire était qu’il allait exploser tout entier. T’as ce qu’il faut ?
Le jeune homme pria pour qu’il l’ait, en effet, et qu’il soit à portée de main, pour qu’il n’ait pas à se défaire de leur étreinte pour partir en quête de son portefeuille. Il n’osa pas demander ce qu’il préférait, par contre, partant du principe qu’il le découvrirait bien assez tôt et il se contenta donc d’un plongeon sans fin dans le regard de son ancien coéquipier.

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I can understand how when the edges are rough and they cut you like the tiny slivers of glass and you feel too much and you don't know how long you're gonna last.

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