there are times when strangers are like family and family are like strangers


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 there are times when strangers are like family and family are like strangers

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Dorian Conroy

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MessageSujet: there are times when strangers are like family and family are like strangers   Ven 2 Fév 2018 - 14:50

CLAY + DORIAN
january 2018

Dorian poussa la porte de la taverne au nom étrange (the sleepy carrot, où avaient-ils été pêcher cela ? Mais, après, il avait bien fréquenté the hairy lemon pendant toute la fin de son adolescence, avant qu’il ne s’échappe de Mount Oak pour aller se perdre dans l’immensité de New York) et un tintement annonça son entrée. Quelques têtes se relevèrent, par automatisme, mais dans l’ensemble on ne lui porta qu’une vague attention et les regards qui s’étaient portés sur lui retournèrent bientôt à leur première occupation. Tant mieux. Dorian n’avait aucune envie d’attirer l’attention ou de susciter le moindre intérêt et il alla s’asseoir dans un coin de la salle, sur une banquette usée qui lui permettait d’aviser l’entrée et d’être assez discret en même temps. Un jeune homme ne tarda pas à s’approcher de lui pour prendre sa commande et Dorian constata, qu’une fois de plus, c’était l’un de ces visages qu’il avait vus à de multiples reprises, en des endroits différents, et parfois à plusieurs d’un coup. Il ne s’y ferait décidément pas, à ces individus identiques que seule la tenue distinguait. Celui-ci portait un pantalon sombre, une chemise en tartan rouge et vert et un petit nœud papillon saugrenu. Sa mèche était coiffée légèrement différemment mais Dorian n’aurait pas pu le jurer. Il s’était si absorbé par l’étude du clone qu’il ne réalisa que celui-ci attendait une réponse de sa part que lorsqu’il haussa les sourcils d’un air dubitatif.
- Oh, je vais prendre une bière. Non, vous savez quoi ? Servez-en deux, s’il vous plait. Merci.
Le clone opina de la tête et fit demi-tour, laissant Dorian revenir à sa première préoccupation : l’attente, peut-être vaine, de Clare. L’échange de la veille l’avait laissé complètement hébété. Il se doutait évidemment qu’elle le pensait mort et ne savait pas exactement ce qu’il avait espéré comme réponse mais la véhémence des propos l’avait mortifié. Tout comme les allusions qu’il n’avait pas saisies et au sujet desquelles il n’avait pas osé insister. Tout ce que désirait Dorian, c’était retrouver sa sœur dans ce monde absurde où il était décédé depuis des années et où plus personne ne le reconnaissait. Plus personne à part Lizzie. Il avait été quelque peu soulagé de voir qu’il n’était pas le seul à n’y rien comprendre, à sembler avoir surgi du néant dans un univers qui avait continué sans lui. Mais en attendant, ça ne réglait pas son souci majeur : il n’était pas supposé fouler les rues de Mount Oak puisqu’il reposait six pieds sous terre. Il n’avait pas voulu y croire jusqu’à ce qu’il se trouve face à la tombe et, encore aujourd’hui, il peinait à se faire à l’idée qu’il ait pu mourir. Pourtant, Dorian le sentait, c’était juste un sursis. N’était-ce pas le sort qui l’attendait, maintenant qu’il avait refusé de poursuivre les traitements ? Était-ce ce qui était arrivé au jeune homme enterré ? Sa maladie avait-elle été plus fulgurante ? Ou ne l’avait-il apprise que trop tard, contrairement à lui ? Quoi qu’il en soit, les faits étaient là et Dorian ne pouvait les nier. Et comme il redoutait chaque nouvelle rencontre, chaque nouveau regard interloqué, il avait enfilé une casquette et rabattu la capuche de son hoodie, lui donnait des airs d’éternel adolescent. Maintenant qu’il se trouvait dans la caverne, cependant, il ne pouvait garder sa tête couverte, sous peine de se faire davantage remarquer, et il écarta le pull et ôta sa casquette qu’il laissa tomber à côté de lui avant de se passer une main dans les cheveux. Le clone revint à ce moment-là chargé de la commande et il posa les bières devant Dorian. Se demandait-il pourquoi il avait commandé deux boissons alors qu’il était seul ? Peut-être. Peut-être pas. Il n’en montra rien, en tout cas, comme il s’éloignait déjà pour s’approcher d’une autre table. Dorian suivit les louvoiements du clone puis croisa les bras sur la table et y enfouit sa tête.
Qu’allait-il pouvoir dire à Clare ? Quelle explication donner à cette situation grotesque qu’il ne pouvait lui-même expliquer ? Avait-elle vu son frère mourir ou s’imaginerait-elle qu’il avait fabriqué sa mort ? Mais pour quoi, alors ? Dans quel but quelqu’un aurait-il pu feindre son décès ? Deux ans que sa sœur devait vivre avec cette idée et voilà qu’il allait ressurgir du néant. Le jeune homme sentit une pointe d’angoisse lui vriller le cœur et il se demanda s’il n’aurait mieux pas valu qu’il analyse davantage la situation avant de provoquer un tel bouleversement. Mais, tôt ou tard, il aurait fallu qu’il rompe la glace, qu’il passe au travers du miroir et se révèle. Alors maintenant ou plus tard, qu’est-ce que cela pouvait faire ? Il avait besoin de Clare, il ne pouvait pas affronter cette réalité absurde seul. Plus pragmatique, plus forte, Clare saurait quoi faire. Il comptait là-dessus, en tout cas, et espérait donc qu’il ne devrait pas boire le second verre lui-même.
Redressant la tête, Dorian observa la rue où les passants poursuivaient leur route, inconscients du phénomène qui avait chamboulé la vie de certains. Et, une fois de plus, le jeune homme se dit qu’il était étrange que sa ville natale soit si semblable à son souvenir et si différente simultanément. Là où certains coins étaient identiques, c’étaient les noms qui n’étaient plus pareils et qui n’évoquaient rien au jeune homme. Comme cette taverne, dont il se demanda si elle avait un équivalent, là d’où il venait. Dorian émit un rire incrédule à cette pensée. Là d’où il venait, n’y avait-il pas expression plus étrange que celle-là ?
Un garçon passa devant la devanture et s’arrêta plus ou moins à sa hauteur, le fixant d’une manière qui mit Dorian mal à l’aise. Si le visage de l’autre ne lui était pas complètement étranger, il se dit qu’il ne se souvenait ni de son nom ni de comment ils avaient pu se connaitre. Quant à savoir si celui-ci connaissait le défunt, c’était une autre question à laquelle Dorian ne pouvait pas répondre et, embarrassé, il détourna la tête en se grattant la nuque. Il feignit d’être absorbé par son téléphone et vit qu’il était passé cinq heures et que Clare n’était pas encore venue. Si elle décidait de venir. Que ferait-il si sa sœur ignorait son appel à l’aide ? Où irait-il ? Lui qui était la débrouillardise même d’habitude avait l’impression d’être un insecte englué dans une toile d’araignée, forcé de se débattre sans le moindre espoir de réchapper à son sort peu enviable. Il n’osa pas se manifester à nouveau auprès de Clare et finit par éteindre son téléphone avec un soupir, le bras posé sur la table et le front pressé dans sa paume.

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Clare Conroy
CLARENCE CONROY

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MessageSujet: Re: there are times when strangers are like family and family are like strangers   Lun 12 Fév 2018 - 22:09

Clay s'était levé avec la gueule de bois et l'envie de ne pas affronter la journée qui l'attendait. Son premier geste en s'éveillant fut d'attraper son téléphone portable – à ce point, cela devenait presque une extension de son bras – et de relire, pour la millième fois, l'échange surréaliste des jours précédents. Une personne prétendait être son frère, envoyant même une photo que Clay n'avait pas été capable de retrouver dans l'album familial (et pourtant, ce dernier avait été numérisé et archivé depuis des années). Le visage de son frère lui apparaissait en haute qualité, serein, légèrement souriant, étonnamment… grandi. Et en forme, avait-il remarqué. Les souvenirs qu'il gardait de Dorian était ceux d'un visage émacié et malade, un visage dont il ne souhaitait pas se rappeler et qu'il effaçait au profit des photos plus anciennes. Mais là encore, le choix était difficile. Sur certaines photos, il apparaissait également, alors pas encore tout à fait lui, encore coincé dans un corps inconfortable qui lui semblait étranger. Il n'avait pas envie de se replonger dans le passé alors qu'il avait travaillé si dur et sacrifié autant pour arriver là où il en était aujourd'hui. Il croyait avoir mis tout ça derrière lui, mais il s'était rendu compte que c'était un leurre. A Mount Oak, tout lui rappelait cette enfance douloureuse et cette adolescence chaotique. Et pourtant, il était revenu. Quelque part, il cherchait quelque chose, mais quoi ? La réponse résidait-elle dans ces messages cryptiques envoyés par l'inconnu(e) qui empruntait l'identité de Dorian ?
Il passa la journée dans un brouillard épais, incapable de faire autre chose que de ressasser la conversation étrange et de se replonger dans les vieilles photos (évitant soigneusement celles où il apparaissait en tant que Clare) pour tenter d'y trouver une différence, un indice qui pourrait lui indiquer où avait été prise celle qu'on lui avait envoyée, ou s'il s'agissait d'un montage particulièrement élaboré. Et quand vint l'heure de se préparer, il réalisa qu'il enfilait sans y penser sa panoplie la plus masculine – sa veste en cuir, ses chaussures, son pantalon et même son tee-shirt, comme s'il revêtait une armure. C'était dans ces vêtements, dans cette allure qu'il se sentait le mieux. L'inconnu l'avait appelé Clare – la pensée lui fila la chair de poule alors qu'il sortait et se dirigeait vers le bar dans lequel il avait rendez-vous. Qu'importe le jeu auquel jouait ce détraqué, il fallait qu'il lui fasse face. Clay n'était pas particulièrement courageux ou vindicatif, mais il ne pouvait pas laisser passer ça. Il ne pouvait laisser un petit malin violer la mémoire de son frère, cracher sur ce qu'ils avaient. Personne ne connaissait Dorian comme lui avait eu la chance de le faire. Et personne n'avait le droit de profaner son frère ainsi. Clay serra les poings. Qu'importe qui était le pilleur de tombeur virtuel. Il avait une furieuse envie de violence, soudain, il avait envie de lui faire payer – pas seulement le vol de l'identité, mais tout le reste, la mort de Dorian, à quel point il en avait bavé par la suite, les nuits sans sommeil, le vide abyssal que son frère avait laissé dans sa vie. Tant d'injustices et aucun coupable en vue. Il était temps que cela cesse et c'est avec une détermination renouvelée qu'il approcha du bar où il avait rendez-vous. Il allait entrer d'un geste énergique lorsqu'en passant devant la devanture vitrée, un visage attira le coin de son œil. Il crut avoir mal vu, mal interprété mais quelque part dans son cerveau, une connexion s'était faite et avait lancé une sonnette d'alarme impossible à ignorer. Alors il s'arrêta, tourna la tête et fronça les sourcils.
Et d'un coup, il crut s'évanouir.
C'était Dorian. C'était lui, sans l'ombre d'un doute, une évidence incontestable. Un spasme violent traversa Clay alors qu'il resta complètement bloqué, incapable d'analyser la vérité de ce qu'il voyait. Dorian, bien vivant, le regard rivé sur son portable. Clay trébucha et se rattrapa à la porte qui s'ouvrait. Comme dans un rêve, il approcha du ressuscité, bousculant sans s'excuser un ou deux clients et s'entendit prononcer le nom de son frère d'une voix d'outre-tombe, comme s'il était celui qui revenait d'entre les morts. « Dorian... » Tremblant de tous ses membres, Clay approcha d'un pas mal assuré et ses mains se tendirent vers le visage de son frère. Etait-il en train d'halluciner ? Portait-il des lunettes de réalité virtuelle ? Comment était-ce possible ? Mues de leur propre volonté, ses mains voulaient répondre à la question par elles-même et elles attrapèrent le visage. Au moment où Clay le toucha, il crut défaillir et il fut parcouru d'un autre spasme foudroyant alors que ses doigts s'enfonçaient dans le visage de son frère. C'était lui. C'était impossible, et pourtant, c'était sa peau sous ses doigts, une peau vivante, tiède et puis, c'était ses yeux. « Comment… comment c'est possible ? » souffla-t-il, la gorge serrée et les larmes aux yeux. Dorian ne pouvait pas être vivant. Clay se rappelait encore de ces derniers moments, de son visage creusé, de la souffrance qu'il avait lu dans ses yeux. Qui était derrière tout ça ? Qui pouvait prendre un tel plaisir à lui jouer ce tour pervers ? « Qui es-tu ? » demanda-t-il en relâchant le visage, reculant d'un pas malhabile et se heurtant au comptoir. Toute animosité avait disparu. Il avait tout prévu, sauf ça. Tout, sauf se retrouver face à la copie conforme de son frère. Car ça ne pouvait être que ça, n'est-ce pas ? Cette… créature n'était pas Dorian. C'était un clone, forcément un clone. « Tu… tu es un clone, c'est ça ? Tu es un clone de Dorian ? » balbutia-t-il, formulant sa pensée à haute voix. Et l'entendre plantait un poignard dans ses entrailles. Brusquement, il ne voulait plus être ici. Il voulait disparaître, oublier jusqu'à la moindre parcelle de souvenir. Mais ce n'était pas possible. Quoi qu'il fasse, le visage de Dorian – ou de son usurpateur – s'imprimait derrière sa rétine et le hantait jusqu'à l'os.  « Pourquoi tu as le visage de mon frère ? On avait interdit… Quand il est mort, on avait interdit qu'il soit reproduit... » murmura-t-il faiblement. La dépouille de Dorian avait-elle été profanée contre les dernières volontés de sa famille ? Clay avait déjà entendu de fabricants de clones de contre-bande qui utilisaient des modèles humains pour leurs créations, mais jamais il n'aurait pensé y être confronté. Il ne pouvait imaginer une autre raison à la présence de son frère – ou de quelque chose qui prétendait être son frère – en face de lui aujourd'hui.

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