it comes in waves.


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Clare Conroy
CLARENCE CONROY

Clare Conroy

CRÉDITS : miserunt, jackharriesdaily.

INSCRIT LE : 27/05/2016
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MessageSujet: it comes in waves.   Mer 31 Jan 2018 - 20:51

clare + ange

Ces six derniers mois étaient flous. Lorsque Clare se retournait sur ses souvenirs, tout ce qu’elle parvenait à rassembler ressemblait plutôt à une longue fuite avant qu’à une tentative de reprise de la vie. Elle avait quitté Mount Oak pour mieux y revenir, s’était perdue en chemin. Son parcours avait été pour le moins sinueux et la bouteille de whisky qu’elle trimballait en permanence avec elle n’aidait pas forcément les souvenirs à se coller à son subconscient. Mais elle allait s’améliorer. C’était une promesse, pas vrai ? Elle se l’était faite après ce verre dans un bar miteux sur la route 89. Et puis dans les toilettes d’une station-service, entre deux hoquets incontrôlables. Et puis encore, et encore, et encore, à chaque fois qu’elle achetait une bouteille de liqueur bon marché, qu’elle faisait péter le goulot d’un coup de main expert et se réveillait dans une sorte de brume alcoolisée, la bouche pâteuse et le crâne dans un étau, incapable de reconstituer ce qui s’était passé durant ces longs moments d’absence. Comment elle avait survécu jusque-là, elle l’ignorait. Et elle s’en fichait pas mal. Il n’y avait plus personne pour elle, désormais. Plus de père – il était mort quelques temps après les disparitions. Plus de mère, depuis longtemps. Et plus de frère. Non, plus de Dorian, plus du tout. Il avait disparu, comme des milliers d’autres. Pourtant, Clare l’avait cherché. Au début, elle n’avait pas voulu y croire. Elle connaissait son frère. C’était un dilettante et un crétin, mais il ne l’aurait jamais abandonné. C’était en partie pour lui qu’elle avait sauté dans son pick-up, quelques jours après la mort de leur père. Elle n’avait plus rien à perdre, de toute façon. Elle avait sillonné le nord-est du pays pendant des semaines – des mois ? – à la recherche du moindre indice concernant un jeune homme brun. Mais il y en avait des milliers. Personne ne s’intéressait à elle, à ses cris et à ses gesticulations. Tout le monde avait perdu quelqu’un. Tout le monde cherchait. Et personne ne trouvait, elle pas plus qu’un autre. Au bout de quelques temps, elle avait eu sa claque. Dorian était parti ? Bien ! Parfait ! Qu’il y reste. Qu’il continue à se cacher. Clare ne voulait plus perdre de temps.
Sauf que du temps, elle n’avait que ça.
Son retour s’était fait aussi discret que possible. Avec réticence, elle avait repris possession de la vieille maison familiale et soigneusement évité la demeure élégante qui portait le nom des Wakefield. S’il y avait bien quelqu’un qu’elle ne voulait pas croiser, c’était Ace. D’ailleurs, l’avait-il cherché ? Ou inquiété pour elle ? La pensée lui avait tiré un petit rictus amer et elle avait ingurgité une demi-bouteille avant de se réveiller en sursaut sur son canapé, dans le salon silencieux. Autour d’elle, rien n’avait changé. Une épaisse couche de poussière s’était déposée sur le mobilier et le silence l’oppressait. Le plafond était craquelé et elle fut un instant tentée de fermer les yeux à nouveau et d’oublier cet environnement sordide. Mais rester ici était tout aussi lui pesait tout autant. Non, il fallait qu’elle sorte, qu’elle aille s’aérer un peu, se vider la tête. Et malgré son esprit embrumé, elle avait bien une idée, ancrée dans cette volonté inaltérable qui restait sienne. Clare se releva maladroitement et poussa un soupir. Une douche ne lui ferait pas de mal, de même qu’une coupe de cheveux et quelque chose de solide à se fourrer dans le ventre. Ce qui achèverait de la guérir, en revanche, ne se trouvait pas dans la maison. Pendant quelques secondes, elle pesa le pour et le contre et se redressa d’un bond, ayant pris sa décision. Exit la douche, les ciseaux et le petit-déjeuner. Là où elle allait, son apparence physique ne regardait personne et le casse-croûte, elle le prendrait en chemin. Une nouvelle fois, le siège défoncé de son pick-up l’accueilla et le véhicule bringuebalant vrombit de façon inquiétante, mais obéit pendant encore plusieurs kilomètres, l’amenant vers le petit port de Mount Oak. Clare se gara de façon inexacte, laissant son pick-up au milieu d’un parking de toutes façons presque désert – en ce milieu de journée froide et grise, il n’y aurait personne – et son cœur battait la chamade alors qu’elle se rapprochait de sa destination. Une bicoque flottante, un chalutier qui avait très clairement connu de meilleurs jours, qui clapotait tranquillement au bout de la jetée. Sur sa peinture écaillée et rouillée s’étalaient en lettres presque effacées un nom qui lui rappelait l’embrun et l’enfance : la Belle de Mer avait été son terrain de jeu le plus prisé. Le visage de Dorian surgit brutalement et elle la chassa violemment en sautant d’un geste qui démontrait l’habitude sur le pont du bateau, bateau qui bougea à peine sous son poids. Elle inspecta le chalutier avec l’œil de l’experte, se concéda à elle-même qu’elle n’aurait pas dû le laisser seul aussi longtemps et décida de faire un tour par la cabine, là où elle se sentait bien plus chez elle que n’importe où sur la terre ferme. Ses pas la guidèrent jusqu’à une petite forme et au moment où elle allait sortit la clé, elle réalisa qu’il lui fallut juste pousser la porte pour qu’elle s’ouvre. Aussitôt méfiante, Clare se servit de ses clés comme de griffes entre ses phalanges comme si elle s’attendait à être attaquée d’une seconde à l’autre et descendit prudemment le minuscule escalier où il était facile de se rompre le cou. Arrivée dans la cabine, elle plissa les yeux… et distingua une forme allongée sur le lit de fortune. Plus que la peur, c’est une colère noire qui envahit Clare et elle s’approcha de l’intrus avec l’intention de lui refaire le portrait. Mais un regard lui apprit que malheureusement pour elle, elle connaissait un peu trop bien le petit malin qui s’était infiltré chez elle. « Putain ! Ange ! » s’égosilla-t-elle en reconnaissant le clochard – au sens propre comme au figure – qui était étendu de tout son long sur la couchette du bateau. Cet imbécile lui avait fichu une peur bleue (bien qu’elle ne veuille pas l’admettre) ! De rage (et bizarrement, de soulagement), Clare saisit un bouquin qui traînait par là – le manuel des nœuds marins, plus exactement – pour le balancer sur le malotru qui se permettait (trop) régulièrement de prendre possession de la Belle de Mer. « Bouge-toi, crétin ! » rugit Clare avec une hargne renouvelée, constatant qu’Ange ne se remuait pas assez vite à son goût. En voilà un qui ne lui avait pas manqué…

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Ange Babot

Ange Babot

CRÉDITS : cassini.

INSCRIT LE : 12/01/2018
MESSAGES POSTÉS : 92


MessageSujet: Re: it comes in waves.   Mer 7 Fév 2018 - 12:19


Il fait froid, il fait moche, et c'est un de ces très rares soirs où Ange n'a pas envie. Il n'a pas envie d'aller sourire et raconter des conneries aux joli(e)s mômes dans les bars pour être sûr d'avoir chaud cette nuit. Bien sûr, c'est contradictoire, de ne pas vouloir aller s'assurer un logis parce qu'on a trop froid pour trouver la motivation de le faire. Ca fait partie des contradictions de la vie au dehors. Il erre et finit par se retrouver à tourner en rond, le gamin, au dehors et en dedans de lui-même. Il a perdu pour la énième fois un des portables qu'une femme d'âge mûr (une sugar mommy, on peut le dire) ne cesse de lui offrir. Il pourrait aller frapper à la porte d'une de ses conquêtes de passage, même cette femme d'ailleurs, il serait accueilli il le sait. Ange ne laisse pas toujours de mauvaises impression, il ne fuit pas systématiquement ceux dont il partage la couche. Mais ce soir, non, pas ce soir. Ce soir il y a une forme de fierté qui s'est logée dans son ventre, une forme de blocage. Pourtant il ne fait pas l'orgueilleux, assis contre un mur, tête sur les genoux, mains dans les poches rapprochant les pans de son manteau contre sa poitrine. Ses sourcils sont froncés, sa bouche se serre jusqu'à devenir une ligne fine. Ange Babot a un conflit interne contre lui-même, et comme tous ceux à qui ça arrive rarement, c'est une expérience particulièrement violente. Les solutions filent à une vitesse non négligeable dans son esprit, elles existent toutes, elles sont toutes valables, il les refuse toutes. C'est frustrant pour qui vit en permanence la vie simple de se retrouver en difficulté. Il grogne, le gamin, il attrape les petits bouts de tissus qui se détachent dans sa poche, frotte du bout de l'index l'extrémité de son briquet où s'est logé un petit mouton de poussière. Il pense à tous et à toutes. Il se dit, est-ce qu'un jour j'ai vraiment fait l'amour, c'est à dire prendre vraiment le temps de toucher la peau que j'étais en train de toucher et en devenir fou, ou est-ce que je couche systématiquement avec les gens indifférent à leurs différentes odeurs, couleurs, chaleurs ? Il n'a plus de clopes, même pas un mégot qui traine. Il a entendu dire qu'en France c'est une mine d'or de cigarettes fumées à demi par terre, qu'il suffit de tendre le bras pour en trouver une à terre, et il maudit un peu l'infâme propreté des Etats Unis. Les visages passent dans son esprit à la vitesse d'un mec peu scrupuleux d'un type qui swipe sur Tinder sans vraiment faire gaffe à ce qu'il fait (bien sûr j'évoque Tinder mais ce n'est une arme qu'Ange n'a jamais possédée, cette application, n'ayant jamais vraiment eu de smartphone. et ce serait une forme de massacre et une grosse résolution de problèmes s'il y avait accès). Il ne veut exploiter personne, ne profiter de personne, ne pas être le pique assiette perpétuel. Il pense à sa mère qui pauvre hère a toujours fait en sorte dans sa misère d'être respectueuse de tout, et à ce qu'elle se dirait d'un fils devenu sans foi ni loi. Ce n'est pas qu'il a des scrupules, non pas vraiment, jamais il ne remettra en question le fait que tout est bon à prendre quand il s'agit de survie; et néanmoins, ce soir ce n'est pas ce dont il a envie. Je ne suis pas en train de vous faire une révélation révolutionnaire de type Bonjour chers auditeurs, voilà la suite de notre feuilleton radiophonique : Ce soir là, Ange Babot avait envie de tomber amoureux, non, rien de ce genre-là. En fait, Ange avait envie d'avoir l'opportunité d'être seul mais d'avoir chaud quand même. La solitude dans la rue ne peut pas être dégustée, ça ne peut pas être un plaisir de se retrouver seul avec soi-même, non, pas quand il fait froid. Quand on vit dans la rue la solitude est un luxe. Et il comprend tout juste cela quand le visage de Clare surgit dans son esprit. L'image de Clare et de son bateau. Et voilà la solution qui se profile : c'est sûr, Clare n'est pas à la Belle de mer ce soir. Et elle lui a toujours dit que s'il voulait, il pouvait aller y squatter. Ce n'est pas une chose qu'il a demandée, travaillée, c'est elle qui lui a proposé spontanément et à plusieurs reprises, en état de conscience. Cette seule pensée lui lève le cul. Il se dirige vers la marina soulagé d'un poids tellement immense que la température lui semble presque douce. Il attrape la clé cachée dans un savant tas de cordages - elle ne lui avait pas menti - et découvre son El Dorado de la nuit. Il est trop crevé par le doute pour réfléchir plus avant et s'endort sur une couchette presque immédiatement, sans enlever son manteau.
Pour être réveillé quelques heures plus tard par des éclats de voix. On le pousse, on le remue, et lui ne sait même plus où il est et ce qui se passe tellement il a furieusement bien dormi. Dormir seul dans un lit ne lui est pas arrivé depuis, oh, depuis au moins des années. Alors il finit par ouvrir un oeil ce qui lui permet de découvrir le visage de Clare, en vrai cette fois. Et même la vision de ce petit visage tordu de rage ne permet pas d'effacer le bien être absolu qui a envahi son corps. Clare ! Ca me fait plaisir de te voir. Il tend les bras, il est dans cet état de demie sortie de sommeil qui donne envie de câlins à n'importe qui. Sa bouche est encore à moitié fonctionnelle, encore perdue dans les songes, on dirait vraiment un enfant qui sort d'une sieste et qu'on réveille avec un bébé chien en cadeau surprise. Comment tu vas ? Il faut que j'y aille ? Tu m'as dit que je pouvais ? dit-il, boudeur et charmant, bras toujours tendus. Il ne renoncera pas au câlin. Il est encore un peu trop brûlant de sommeil pour s'apercevoir vraiment que ce qu'il sent émaner de la jeune femme, ce sont des vapeurs d'alcool, et qu'une personne normale devrait s'inquiéter ou juger immédiatement.

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see the life I've had can make a good man turn bad
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