lie long enough and eventually you'll believe yourself


Partagez | 
 

 lie long enough and eventually you'll believe yourself

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage

Cherry Lofland
SANSA O'FAOLAIN

avatar

CRÉDITS : © lilousilver

INSCRIT LE : 01/06/2016
MESSAGES POSTÉS : 71


LOOK IN THE MIRROR
RELATIONS:
DISPONIBILITÉ RP: ✗✓ / ✗✗ (ange, heath, dahud)

MessageSujet: lie long enough and eventually you'll believe yourself   Lun 22 Jan 2018 - 19:40

ANGE + CHERRY

Au fond, Cherry devait s’en douter. Cela faisait des mois qu’elle n’avait plus eu de nouvelles de Connor et même s’il était déjà arrivé à son frère de sembler déserter la surface de la terre (jusqu’à plusieurs mois d’affilée, presque une année, même), il y avait the Departure et le risque, évidemment, qu’il fasse partie des disparus. Toutefois, Cherry n’y croirait que lorsqu’elle en aurait le cœur net. Après tout, Connor n’était pas un adepte des technologies et elle n’avait aucune preuve qu’il possédait encore un téléphone en juin dernier. Sa mère lui avait reproché bien des fois cette désinvolture avec laquelle elle traitait les absences répétées de Connor mais Cherry se contentait d’un haussement d’épaules : elle connaissait son frère, elle connaissait la douleur qu’il ressentait à arpenter les rues de Mount Oak, là où le nom des Lofland était terni, là où il était le garçon au père inconnu. De folles rumeurs avaient toujours couru sur l’identité du géniteur indifférent et Cherry s’était souvent dit que celui-ci ne devait tout simplement pas être au courant de l’existence de son fils. Ce pouvait être un homme de passage en ville qui avait poursuivi sa route, inconscient du ventre arrondi qu’il allait laisser dans son sillage. Comment expliquer, sinon, ce silence ? Comment le producteur du spermatozoïde magique pourrait-il volontairement se taire et ne pas vouloir connaitre Connor Lofland ? Non. Voilà qui était parfaitement insensé, Cherry en était convaincue. Il n’empêchait qu’en attendant, le garçon puis l’adolescent avait grandi dans l’ombre d’une inconnue qui l’humiliait et qui l’avait poussé, dès qu’il en avait eu la possibilité, à fuir ce quartier, ces regards, ces messes-basses. Et sa mère dépressive. Et sa sœur qui refusait de s’abaisser à partager ce mal être. Il allait et venait sans prévenir, il ne revenait généralement que lorsqu’il n’avait plus un sou en poche, juste le temps de se reconstituer un petit pécule avant de prendre la poudre d’escampette pour une destination inconnue, à nouveau. Cherry ne savait jamais où se trouvait Connor. Il ne signalait ses voyages que par le biais de cartes postales qu’il envoyait de façon aléatoire, quand l’envie lui en prenait. Il demandait rarement des nouvelles de leur mère et Cherry ne lui en donnait jamais. Il n’avait pas besoin de ce fardeau supplémentaire, avait-elle décrété, elle s’occupait après tout très bien toute seule de celle qui les avait mis au monde.
Mais elle devait savoir. Sa mère la tannait désormais tous les jours, balbutiant de sa bouche rendue pâteuse par les médicaments qu’elle ingérait comme s’il s’agissait de bonbons à la menthe. Il fallait qu’elle trouve Connor, il fallait au moins qu’il les rassure, même s’il ne voulait pas revenir, même si elle ne comprenait pas qu’il préfère errer dieu sait où plutôt qu’être auprès des siens. Cherry écoutait les divagations maternelles d’une oreille distraite, lui apportait un verre d’eau et promettait de trouver Connor le lendemain, tout en remettant chaque fois la tâche au jour suivant. Mais cela suffisait. Il fallait qu’elle sache si Connor se contrefichait d’inquiéter sa mère à la santé fragile ou si, tout simplement, il n’était plus en mesure de leur faire parvenir la moindre nouvelle, comme tant d’autres millions de gens.
N’ayant aucun moyen de contacter son cadet, la jeune femme décida d’enquêter avec le peu d’éléments qu’elle avait en sa possession. En commençant par aller trouver un garçon au nom aussi singulier que poétique, dont Connor avait parlé à plusieurs reprises quand il revenait leur rendre une visite impromptue. Ange Babot. Ange Babot. Elle murmurait le nom de l’inconnu comme une prière inconsciente, tandis qu’elle parcourait un quartier animé, là où, d’après son frère, le jeune homme vivotait. Elle n’avait aucune idée d’à quoi pouvait ressembler sa proie mais elle décida d’y aller à l’instinct, peut-être qu’elle saurait, rien qu’en le voyant, qu’il pouvait être un compagnon d’infortune de Connor. Connor qui avait toujours eu un peu de mal à se lier avec les autres, qui ruminait ses blessures et ne laissait personne l’approcher de trop près. Oui, assurément, la demoiselle isolerait sans mal Ange Babot, en espérant qu’il ne s’agisse pas d’une invention de Connor pour que leur mère leur fiche la paix quand il partait vagabonder en ville et ne restait pas diner. Vêtue d’une robe qu’elle avait cousue elle-même et d'un manteau qu'elle avait déniché dans une friperie, un sac fait main rebondissant sur sa hanche, elle détailla le décor qui l’entourait et finit par approcher d’un homme qui faisait clairement la manche.
- Bonjour, excusez-moi. Je cherche Ange Babot, vous savez où je peux le trouver ? demanda-t-elle, persuadée que le vieil homme aux vêtements aussi ternes que son teint blafard ne pouvait être celui qu’elle cherchait.
L’homme marmonna quelques choses entre ses dents et Cherry dut se pencher avant de réaliser qu’il déclarait que sa mémoire avait besoin d’un petit rafraichissement. La jeune Lofland fouilla dans son sac et en sortit un billet ainsi qu’un petit paquet emballé dans de l’aluminium.
- Je suis désolée, ce ne sont que des restes mais j’espère qu’ils vous plairont.
Le sans abri attrapa les offrandes et ne se priva pas d’ouvrir l’emballage pour découvrir les morceaux de poulets, les pommes de terre rissolées et les légumes qu’elle avait cultivés dans le jardin de sa maison. Il esquissa un geste vague vers une rue perpendiculaire et Cherry le remercia avant de prendre la direction indiquée. Elle tourna le coin et guetta une présence avant de deviner une silhouette à quelques mètres de là, dont elle put entrevoir des boucles folles et, à en juger par la jeunesse qui se dégageait du corps, Cherry estima qu’il devait à peu près avoir le même âge que Connor. À n’en pas douter, il devait bien s’agir d’Ange Babot, l’étrange garçon qu’avait évoqué Connor à plusieurs reprises sans pour autant dévoiler comment il l’avait rencontré et ce qu’ils fabriquaient exactement ensemble. Prenant une brève inspiration, Cherry combla les derniers mètres et se posta devant l’inconnu, un sourire poli sur les lèvres tandis qu’elle attendait qu’il daigne porter son attention sur elle. Elle finit toutefois par prendre la parole, ne sachant pas comment son attitude pourrait être interprétée :
- Est-ce que tu es bien Ange Babot ? Je m’appelle Cherry. On ne se connait pas mais j’espérais que tu pourrais peut-être m’aider. Je suis à la recherche de mon frère, Connor. Aurais-tu eu de ses nouvelles récemment ?
Elle mit sciemment de côté la piste que Connor puisse avoir disparu en juin dernier. Elle ne voulait pas que ça soit une réponse toute faite qu’il lui lâcherait pour être débarrassé d’elle. Et elle attendit donc patiemment qu’il puisse la rassurer, lui dire qu’il avait parlé à Connor la semaine ou le mois passé, qu’il était peut-être parti à Philadelphie ou à quelque festival dont elle aurait oublié le nom. Elle tâcha de ne pas trop le dévisager, pour ne pas le mettre mal à l’aise, pour que ce ne soit pas évident qu’elle était au courant de sa situation précaire, mais elle devait avouer être assez curieuse et ne pouvait s’empêcher de laisser son regard détailler la tenue et la posture du jeune homme.

________________

You call me up again just to break me like a promise, so casually cruel in the name of being honest. I'm a crumpled up piece of paper lying here 'cause I remember it all too well.

Revenir en haut Aller en bas

Ange Babot

avatar

CRÉDITS : cassini.

INSCRIT LE : 12/01/2018
MESSAGES POSTÉS : 83


MessageSujet: Re: lie long enough and eventually you'll believe yourself   Jeu 25 Jan 2018 - 12:49

we gonna be alright


La rue est une mine d'or permanente. Il ne faut pas croire : l'une des caractéristiques de cette société de consommation de merde c'est qu'à trop consommer les gens n'ont plus l'espace de continuer à le faire et alors ils font le tri, ça a même un nom, decluttering ça s'appelle, tout un concept, et foutent ce dont ils ne veulent pas sur le trottoir. Et à partir du moment où ça finit sur le trottoir, ça devient le trésor des gens du dehors. Contre toute croyance infertile mes fringues viennent toutes de là, d'à côté des poubelles, de sous les auvents abandonnés. Ce ne sont pas des habits troués, abimés, dégueulasses, ce sont juste des habits dont les gens ne veulent plus. On est maintenant dans une époque où dans la rue ce ne sont pas des fringues foutues qu'on jette. Ouais. Mal pour un bien, moi ça m'va, moi youpi de pas être obligé de m'habiller en loques, moi ça me permet de garder mon gagne pain (oui j'ai résolu d'appeler ça un gagne pain qu'est-ce que tu veux ça ressemble à de la prostitution non officielle payée en nature mon délire à un moment faut regarder la réalité en face pour pouvoir avancer le corps et l'âme un peu libres) de parvenir à avoir l'air classe et propre sans payer un kopeck. J'ai jamais eu l'âme d'un justicier social on ne va pas se mentir. Je fais partie de ceux qui savent que pour se mettre bien sur la durée ils devraient agir pour aider la société à changer mais qui tant qu'ils se mettent bien au présent ont du mal à voir le plan d'ensembles et à se bouger le cul. Pour l'instant, ça m'arrange que la sobriété soit devenue un concept lifestyle à la mode de la vie, ça en fait plus pour moi. On ne peut pas vraiment dire que j'ai des velléités écologiques non plus mais bizarrement à vivre dans la rue ça se fait un peu tout seul le respect de l'environnement. Pour moi en tout cas. J'ai pas trop le choix : si je veux que les endroits où je squatte dehors soient un peu acceptable j'ai plutôt intérêt à pas pourrir la rue.
BREF. Toute cette vieille philosophie à deux balles de mec qui prend le temps de réfléchir une fois tous les trois ans pour dire que ce matin, j'ai trouvé un perfecto presque neuf en vrai cuir dans la rue, à ma taille, posé délicatement sur un carton rempli de bouquins et de bouts d'objets dont on pourrait passer quelques heures à essayer de comprendre à quoi ils servent exactement. Quand on réussit à trouver des trucs pareils, dans un état pareil, généralement c'est que c'est lié à un mauvais souvenir, à une histoire dont on veut se débarrasser, une image qu'on veut s'arracher à la racine de la tête. Moi, ça me gêne pas de porter les mauvais souvenirs des gens, surtout quand ils ont des gueules aussi classes et qu'ils me réchauffent le corps. Tu arbores, tu avances, tu portes fier, et à force de porter fier et de les inclure dans les moments de ta vie ils cessent petit à petit d'être les mauvais souvenirs de quelqu'un d'autre. La vie en elle-même est un recyclage et c'est ce qui rend la vie belle. C'est qui le connard qui a dit "rien ne se perd rien ne se crée tout se transforme" déjà ? Un mec dans le délire physique chimie ou un truc comme ça. Ben il avait totalement raison, en parlant d'un truc de sciences, sur la vie. Tout est une recréation permanente. L'homme est le seul animal qui trébuche vingt fois sur la même pierre. Moi je trébucherai même plus, et je le ferai dans l'allégresse la plus absolue. Du moment que t'es dans la joie de l'apprentissage des détails tordus de la vie et des émotions qu'ils amènent, trébucher ne peut être que bon pour l'âme.
Mais ouais, aujourd'hui, pas de trébuchage. Aujourd'hui je me balade avec mon perfecto flambant neuf qui est encore un peu le mauvais souvenir de quelqu'un et pas tout à fait mon bon allié, mais qui a une gueule classe quand même. Je déambule comme si j'étais le roi de la jungle, et les passants pigent que dalle parce que j'ai juste l'air d'un mec lambda, peut être un type en route pour son cours à la fac ou qui va bosser dans un bar de jazz ou un truc comme ça (j'aimerais bien faire ça, bosser dans un bar de jazz, trop classe), rien d'extraordinaire à ce qu'il ai un perfecto flambant neuf, alors qu'en fait je suis qu'une saleté de clodo qu'ils traiteraient de bon à rien s'ils le savaient, qui n'a pas une thune pour s'acheter un paquet de clopes et qui a fait la trouvaille du siècle en faisant sa balade du matin. Les gens ne s'aperçoivent plus du prix des choses, ne s'émerveillent plus, ne s'interrogent plus, ne se regardent plus les uns les autres. Probablement qu'il faut du temps pour faire ce genre de choses, il faut prendre le temps de, d'être ouvert, d'être attentif, de faire une pause de deux secondes, et actuellement le temps n'existe presque plus, le temps de la pause n'existe plus, c'est un combat perdu d'avance, il faut foncer droit d'un point A à un point B et c'est tout.
J'aurais pu continuer à enfoncer des portes ouvertes, à balancer des évidences crasses et des clichés dont on a marre pendant des heures, clope au bec, mains dans les poches de ma nouvelle acquisition, dos collé au mur dans une rue quelconque où les gens passent et vivent, mais me voilà interrompu par une jolie voix accompagnée d'un joli visage de femme qui n'a pas trop l'air de faire partie du paysage. Connor. Cherry. Ah mais putain t'es la soeur de Connor trop drôle ! Putain laisse moi te dire que t'as vraiment un frère super c'est pas une évidence d'en avoir quelque chose à foutre de sa soeur comme ça à ce point. Et je parle d'expérience, je crois. L'image de Léonie passe en flottant dans ma tête et me fait à peu près autant d'effet qu'un singe mécanique battant des cymbales à l'infini dans mon cerveau (singe qui par ailleurs intervient assez fréquemment dans ma vie de manière générale). Oui alors pour te répondre euh non aucune nouvelle depuis un certain temps. Peut être qu'il s'est trouvé une petite femme ou qu'il a eu envie de voyager. Ou peut être qu'il fait partie des disparus ? C'est même pas par délicatesse que je ne balance pas l'hypothèse, c'est juste qu'elle m'effleure même pas l'esprit. Je suis un mec avec beaucoup de suite dans les idées comme vous pouvez le constater. Je peux faire de la mauvaise philosophie pendant quatre heures et demies et simultanément rigoureusement oublier ce qui se fête le vingt quatre décembre. Adoptez-moi au 07.... Il a toujours eu envie d'avoir une vraie petite femme Connor je crois. T'as qu'à taper à la porte de toutes les rousses de la ville il aime bien les rousses bah je m'inquièterais pas si j'étais toi, je peux venir avec toi le chercher même si tu veux. L'avantage de ne pas avoir d'emploi du temps précis jamais, pour aucune journée, c'est que tu peux totalement te laisser porter par le présent, filer droit dans les ouvertures que les coïncidences mettent sur ta route dans une journée. Il y a toujours de quoi se laisser porter comme une branche sur le fleuve. Si t'es ouvert à l'extérieur tu ne restera jamais sans rien faire toute une journée. Et tu découvres mille trucs que quelqu'un enfermé dans une routine ne touchera jamais même du bout du doigt.

________________

see the life I've had can make a good man turn bad
Revenir en haut Aller en bas

Cherry Lofland
SANSA O'FAOLAIN

avatar

CRÉDITS : © lilousilver

INSCRIT LE : 01/06/2016
MESSAGES POSTÉS : 71


LOOK IN THE MIRROR
RELATIONS:
DISPONIBILITÉ RP: ✗✓ / ✗✗ (ange, heath, dahud)

MessageSujet: Re: lie long enough and eventually you'll believe yourself   Dim 11 Fév 2018 - 10:51

Il lui vint brièvement à l’esprit que Connor puisse ne pas avoir la même importance aux yeux d’Ange qu’Ange pouvait en avoir pour Connor. Cherry ne connaissait aucun véritable ami à son frère et le jeune Babot avait été le seul à être mentionné à plusieurs reprises, ce qui avait laissé penser que les deux devaient être au moins amis. A moins que Connor ait éprouvé une sorte d’admiration ou été séduit d’une certaine manière par ce que dégageait le vagabond. Elle n’en aurait pas été surprise, en tout cas, tant Connor pouvait être impressionnable pour certaines choses, comme s’il voyait des choses extraordinaires chez les autres qu’il était incapable de voir en lui-même. De plus, elle-même devait avouer être assez intriguée par le garçon qui lui faisait face et elle avait nettement moins l’habitude d’accorder la moindre intention à de parfaits inconnus, contrairement à Connor. Alors peut-être qu’Ange se rappellerait à peine de son frère, surtout s’il était du genre à copiner avec tout le monde et n’importe qui. Elle n’avait aucune preuve de cela, évidemment, mais elle n’écarta pas l’hypothèse. Peut-être était-ce simplement un moyen de ne pas trop s’en tenir à ses espoirs, qui pouvaient être si facilement déçus, peut-être était-ce un moyen de pouvoir se contenter d’un sourire sans amertume si Ange se révélait incapable de lui révéler quoi que ce soit qui puisse l’aider à localiser Connor. À moins que ça soit parce qu’elle savait pertinemment que sa quête était un leurre, que Connor, s’il n’avait pas été victime de cette disparition massive, aurait au moins pris la peine de les avertir qu’il allait bien, conscient que son silence radio pouvait indiquer le pire, sans pour que cela le pousse pour autant à revenir à Mount Oak.
Cherry ne savait donc pas trop ce qu’elle espérait de cette rencontre qu’elle venait de provoquer. Souhaitait-elle avoir quelque chose à rapporter à sa mère pour lui assurer que Connor faisait bien partie des missings ? N’aurait-elle pas pu simplement prendre une voix posée et déterminée et assurer à sa mère qu’elle savait de source sûre – mais inventée – qu’il avait bien disparu, ce dimanche de juin dernier ? Quel argument aurait-elle pu opposer à sa fille si celle-ci se montrait inébranlable et confiante ? Mais Cherry n’aimait pas mentir, encore moins à sa mère, qui était en constante souffrance psychologique, et même si rien ne lui prouverait qu’elle pourrait lui amener la preuve irréfutable que Connor manquait bel et bien à l’appel, partout sur la planète, Cherry se disait qu’elle se devait d’essayer. Pour sa mère mais un peu pour elle-même aussi.
Du coup, elle en attendait peut-être un peu trop d’Ange mais, faute d’alternative, elle commencerait par lui. Et même si les deux garçons ne devaient pas partager l’amitié qu’elle s’était imaginée, Cherry serait rassurée de voir que le jeune homme existait, qu’il n’était pas un ami imaginaire ou un mensonge pour se tirer d’affaire, comme Connor pouvait en inventer quand il se sentait acculé et lâchait n’importe quoi pour qu’on le laisse en paix. Pour ce coup-là, au moins, l’histoire n’était pas sortie tout droit de son esprit piégé. Cherry l’espérait, en tout cas, que ce garçon en veste en cuir soit bien Ange Babot parce que, jusqu’à ce qu’il ouvre la bouche pour confirmer ou nier, elle n’en avait aucune assurance. Il s’agissait peut-être simplement d’un fêtard qui avait abusé de la bouteille et n’avait pas retrouvé le chemin pour rentrer chez lui. Mais il n’avait pas l’air en si mauvais état, si c’était le cas et, à l’heure qu’il était, il aurait pu appeler un taxi pour être ramené sain et sauf à son appartement. Et elle pencha donc légèrement la tête sur le côté, les sourcils haussés, attendant qu’il lui réponde. Ce qu’il ne tarda pas à faire et Cherry sentit son cœur s’élancer en une cavalcade excitée lorsque, à l’évidence, le prénom de Connor évoqua quelque chose au jeune homme – qui devait dès lors être Ange Babot, ni invention ni leurre, juste un garçon en chair et en os.
L’enthousiasme avec lequel Ange parla de Connor embauma le cœur de Cherry qui pinça les lèvres pour ne pas sourire trop ostensiblement. Ce qui l’étonna davantage, c’est l’allusion à l’attachement que Connor pouvait avoir à son égard. Pourquoi, si c’était le cas, se bornait-il à quelques échanges trimestriels ? Cherry ne doutait pas un seul instant que Connor l’aimait – comme elle l’aimait, avec la constance et l’intensité d’un amour fraternel – mais de là à ce qu’il soit allé parler d’elle à ses amis… Ange était-il un baratineur de première qui dirait n’importe quoi pour lui faire plaisir ? L’idée lui traversa l’esprit mais elle ne la laissa pas se creuser un nid, préférant attendre de voir ce que le jeune homme allait lui répondre ensuite. À la place, elle découvrit sans grande surprise mais avec un léger désappointement qu’Ange non plus n’avait plus eu de nouvelles de Connor depuis un certain temps. Et par un certain temps, elle pariait que ça remontait à plus de sept mois maintenant ? De quand datait le dernier contact qu’elle avait eu avec Connor ? Ce devait être en mai, ou en avril, autour de l’anniversaire de leur mère, date à laquelle il ne manquait jamais d’appeler à la maison pour parler à Christy. Un effort pour lequel elle éprouvait une gratitude profonde, tant elle savait que ça en coûtait à Connor de devoir écouter les sempiternelles plaintes de leur génitrice. Cherry ne put réprimer une grimace peu convaincue à l’évocation d’une femme. Non pas que l’idée soit complètement hors propos mais Connor n’avait jamais paru s’intéresser à quelqu’un en particulier, n’avait jamais parlé d’aucune fille mais peut-être était-ce parce qu’il n’avait aucune envie de partager ce pan de sa vie avec sa sœur et sa mère. Cherry ne pouvait donc pas émettre la moindre opinion sur le sujet. À n’en pas douter, si quelqu’un devait en savoir davantage sur la vie amoureuse de Connor, ce devait être un ami de ce dernier.
Un sourire désabusé vint alors arquer les lèvres de Cherry en apprenant que Connor aimait les rousses. Même si ce devait être là la seule chose qu’Ange lui apprenait à propos de Connor, c’était une information intéressante, quand bien même elle n’aidait en rien à trouver son frère. Elle doutait que Connor soit à Mount Oak – plus il mettait de distance entre sa ville natale et lui, plus il semblait apaisé - mais la proposition d’Ange amusa Cherry qui haussa les épaules :
- Pourquoi pas ? Ce sera l’occasion de faire connaissance. Connor m’a souvent parlé de toi.
La jeune femme recula d’un pas, invitant ainsi Ange à la suivre et retourna vers la rue principale.
- Alors ? Puis-je savoir comment vous vous êtes rencontrés, tous les deux ?
Cherry n’avait aucune envie de faire marcher son imagination en essayant de deviner ce qui avait pu rapprocher ces deux garçons – l’un paraissant si décontracté, si sûr de lui et l’autre continuellement en quête de lui-même, un peu méfiant, manquant cruellement de confiance en lui mais surtout en les autres. Elle ne douta toutefois pas une seule seconde qu’Ange soit le genre de personne à pouvoir se lier avec n’importe qui, laissant son bagou amadouer ses interlocuteurs. N’était-elle pas elle-même intriguée par cet énergumène ?
- J’ignorais que Connor aimait les rousses. Est-ce que tu lui connais une petite amie ou une ancienne relation qui pourrait encore avoir des contacts avec lui ? s’enquit Cherry en laissant à nouveau son regard détailler le jeune homme.
Peut-être qu’il était la première ramification d’une large toile d’araignée et que s’il lui donnait un prénom ou deux, elle pourrait aller interroger ces personnes-là qui, elles-mêmes, lui indiqueraient d’autres gens susceptibles de l’aiguiller jusqu’à ce que, enfin, elle retrouve Connor ou qu’on lui confirme ce qui était sûrement déjà une évidence : Connor ne foulait plus aucune rue depuis sept mois et son destin était dès lors aussi nébuleux que celui des millions qui s’étaient volatilisés sans laisser la moindre trace.

________________

You call me up again just to break me like a promise, so casually cruel in the name of being honest. I'm a crumpled up piece of paper lying here 'cause I remember it all too well.

Revenir en haut Aller en bas

Ange Babot

avatar

CRÉDITS : cassini.

INSCRIT LE : 12/01/2018
MESSAGES POSTÉS : 83


MessageSujet: Re: lie long enough and eventually you'll believe yourself   Mar 13 Fév 2018 - 1:23

we gonna be alright

La vérité, c'est que Connor a évoqué sa soeur vite fait en passant une ou deux fois, et que je n'y ai sur le coup pas accordé tant d'importance que ça - étant donné l'intérêt que je porte déjà à ma propre soeur, rien d'étonnant. S'il avait mentionné qu'elle était aussi jolie, je me serais peut être attardé plus de cinq minutes sur la question. Mais de mes souvenirs (oui pas si lointains que ça je sais mais il se passe beaucoup de trucs dans ma vie c'est difficile de suivre), Connor était plutôt un type assez paumé dans la vie, en quête d'un truc qu'il était incapable de trouver, et donc très bavard, du genre à évoquer mille sujets à la minute comme s'il fallait absolument que j'aie une image d'ensemble de lui. Comme si, en m'offrant tout ça, il me donnait la possibilité de l'analyser et de lui donner une solution à la vie. Le soucis c'est que je fais beaucoup d'esbroufe, je réfléchis beaucoup, oui, d'accord, mais je n'ai aucune solution dans le fond de ma poche. Je ne crois pas qu'il y ai de "solution" à la vie ou au bonheur - la seule chose qu'il faut faire c'est la vivre, le plus au présent possible, et si les choses se goupillent bien, on a l'impression d'être heureux, et c'est tout. Ce qui rend malheureux et perdu c'est d'être constamment en train d'envisager le futur, ou de se perdre dans le passé. L'instant qui est là, que tu es en train de vivre, il n'a aucune raison de te rendre triste, tu n'as pas le temps d'être triste puisque tu es occupé à le vivre sans l'analyser. Mais voilà, Connor avait besoin d'analyse, et je crois que je lui ai donné ce que j'ai pu en essayant de surtout ne lui offrir aucun conseil, en m'arrangeant plutôt pour être toujours au maximum de mon instant présent en sa présence, pour qu'il sente, un peu. Qu'il sente cette énergie, qu'il se laisse emporter, contaminer par elle. C'est pas facile de se laisser faire par ce genre de flux, il faut être sacrément ouvert pour ça. Et quand on est occupé à être paumé et à se demander quoi faire, on n'est certainement pas ouvert. En cas de détresse, au lieu de se plonger dans ses pensées, s'arranger pour faire le maximum d'effort pour être en train d'écouter ce que les gens en face vous disent, ou pour être en train de regarder le plus possible ce qui se passe au-delà du bout de son nez. Et si on parvient à faire cet effort (qui au bout d'un moment cesse d'être un effort pour devenir un mode de vie), alors au bout d'un moment tout se dénoue. Il y avait chez Connor un truc qui n'avait pas envie de se dénouer.
Bref, j'arrête ma philosophie à deux balles, je me suis encore perdu dans mes travers, pardon, pardon, mea culpa, c'est tellement agréable.
Là par contre elle me raconte que Connor lui a souvent parlé de moi et ça c'est l'hallu totale. Est-ce qu'elle me dit ça par politesse ? J'ai déjà vu des gens faire ça, dire "oh il m'a beaucoup parlé de vous !" alors qu'en fait pas du tout, juste pour mettre l'autre à l'aise, obtenir un truc de lui ou tout simplement le mettre à l'aise. Je veux bien croire que Connor voyait en moi un lâcher prise quelconque qui lui faisait envie, mais de là à parler de lui à sa soeur (à laquelle il semblait tenir beaucoup mais ne donnait néanmoins pas vraiment de nouvelle si mes souvenirs sont bons - un jour je me souviens il a explosé son portable par terre plus ou moins exprès et a ensuite ri en disant "oh merde c'était l'anniv de Cherry j'aurais du lui envoyer un message avant de faire ça") ça fait quand même beaucoup. Bras dessus bras dessous c'est plus sympa, non ? J'enfile mon poing dans le creux du coude de Cherry. Ce n'est même pas une tentative de drague, c'est juste en effet plus sympa, non ? Le monde semble avoir de plus en plus peur de se toucher, ça me rend dingue. Ecoute on s'est rencontrés dans une boîte, je cherchais quelqu'un chez qui passer la nuit, on a commencé à discuter et le feeling est vraiment bien passé je me suis dit c'est bon c'est réglé j'ai mon ticket et après on s'est aperçu qu'on était tous les deux en train de faire la même chose, genre d'essayer de draguer l'autre parce qu'on n'avait nulle part où crécher, et ça nous a fait bien rigoler du coup on est allés se trouver un abri dans la rue tous les deux et on est devenus super copains. Je dis "bien rigoler" mais en fait je n'ai pas de mot pour décrire le fou rire qu'on s'est tapé en réalisant le pot aux roses. Alors oui, ça ne me vient pas à l'esprit que peut être sa soeur n'était pas au courant que parfois Connor draguait pour avoir un toit autre que le leur, mais bon, je ne vois pas pourquoi c'est choquant enfin personnellement moi je fais ça tous les jours (aucun filtre le type, mais alors mais AUCUN).
Puis tout d'un coup je m'arrête, parce que je suis frappé d'une bribe de souvenir (que j'ai pas l'habitude et que ça justifie totalement que je m'arrête brusquement). Y'avait...Y'avait...Oui cette nana avec qui je l'ai croisé plusieurs fois, une rousse justement, plutôt notre âge, c'était quoi son prénom, c'était quoi son prénom... C'était quoi son prénom...?! Ah excuse euh je veux dire ton frère oui je l'ai vu avec la même fille pas mal de fois mais je me souviens plus enfin je sais plus son prénom du tout hahaha trop nul le mec. Ouais trop nul, super utile l'information. Et en plus vu comment ma mémoire marche, à tout incinérer au fur et à mesure, si le prénom m'est pas revenu sur le coup il y a peu de chances pour qu'il me revienne plus tard. Attends...Par contre... Par contre je me souviens dans quels coins elle trainait je crois. Je peux t'y amener. Je presse le pas vers la gauche, bras toujours dans son bras.
Et comme ça, pauvre Cherry à chaque arrêt chez une nouvelle personne va se retrouver à devoir aller encore voir une autre personne, se trimballant la tribu des gens qu'elle a croisés avant et qui lui ont dit d'aller voir ceux d'après derrière elle. Charmant.

________________

see the life I've had can make a good man turn bad
Revenir en haut Aller en bas

Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: lie long enough and eventually you'll believe yourself   

Revenir en haut Aller en bas
 
lie long enough and eventually you'll believe yourself
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
BROKEN MIRROR :: REALITY #1 (ORIGIN) :: NEW TOWN-
Sauter vers: