don't take my hate personal. i hate even myself.


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Nash Mendelsohn

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MessageSujet: don't take my hate personal. i hate even myself.   Mar 2 Jan 2018 - 13:40

Sarah + Nash

N’importe quel passant aurait pu croire qu’il s’agissait d’un véhicule abandonné. La voiture avait les roues avant sur le bas côté, légèrement penchée, comme si quelqu’un de saoul avait lentement dérivé vers le bord de la route pour s’immobiliser avec un petit grincement pathétique. Mais le jeune homme qui se trouvait dans la voiture n’était, pour une fois, pas ivre au moment où il avait fini dans le caniveau. Nash avait eu un taux d’alcoolémie élevé les jours qui avaient précédé, assurément, mais pas le jour même. Il n’avait même plus le moral pour ça, à ce stade. Il se détestait quand il était comme ça, victime de ses émotions exacerbées, incapable de se contrôler, passant d’une excitation extrême qui le poussait à faire la fête plusieurs jours d’affilée sans prendre le repos nécessaire, pour tomber dans un gouffre profond ensuite, dont il ne ressortait que péniblement, au bout de quelques jours – deux quand il avait de la chance, mais cela pouvait tirer jusqu’à cinq, ce qu’il vivait particulièrement mal. Généralement, il suivait convenablement son traitement, ce qui lui évitait ce genre de désagréments. Mais il arrivait, deux ou trois fois par an, qu’il perde notion de sa maladie mentale et, dans ce cas, la déchéance était inévitable. Il y avait souvent une raison à sa perte de contrôle et elle lui semblait à chaque fois lamentable. Nash n’était jamais aussi dur que lorsqu’il sentait ses forces le quitter, son euphorie prendre des airs de boue infâme, son énergie se figer en lui comme s’il était déjà mort, ou presque. La vie ne valait alors plus rien et il se retranchait dans un lieu où personne ne venait jamais le trouver, ce qui expliquait qu’aucune dépanneuse ne soit encore venue tirer son véhicule de sa position grotesque. Et qu’il ait dès lors déserté l’appartement qu’il louait avec Sarah. Et qu’il ait donc dormi dans sa voiture deux nuits de suite, les mains calées sous les aisselles, ses jambes interminables repliées, ce qui lui donnait des airs de grenouille ou d’araignée écrabouillée.
On tapota à la fenêtre mais le géant dégingandé se contenta d’une grimace, celle du bienheureux dormeur perturbé dans son sommeil, et détourna la tête en resserrant ses bras autour de lui. Il fallut que la personne insiste pour qu’il finisse par émerger de sa torpeur. Il songea d’abord qu’il devait s’agir de la police, qu’une personne inquiète (et qui ne se mêlait pas de ses affaires) avait avertie et qui allait l’emmener au poste, comme la dernière fois. La note serait salée mais au moins n’aurait-il pas à se soucier de sa voiture, qu’un garage viendrait chercher sur ordre des autorités pour la mettre à la fourrière. C’était en tout cas comme ça que cela s’était passé, la dernière fois mais quand Nash ouvrit les yeux pour dévisager les traits qui étaient penchés sur la vitre, à l’envers, le jeune homme constata qu’il s’agissait de sa petite amie et non d’un homme en uniforme. La découverte n’enchanta guère le jeune homme mais il finit tout de même par se redresser. Son dos l’élançait, d’avoir somnolé dans une position aussi inconfortable et il déverrouilla la portière du côté de Sarah pour l’ouvrir.
- Qu’est-ce que tu fous là ? marmonna-t-il en cherchant machinalement son paquet de cigarettes avant de tâtonner sous le siège et à ses pieds jusqu’à ce qu’il le repêche.
Il ne demanda pas comment elle l’avait trouvé, ce qui aurait pourtant dû être sa première interrogation. Comment diable Sarah avait-elle pu le débusquer dans un endroit aussi isolé ? Personne n’avait dû passer ces derniers jours puisqu’il était toujours là. À moins que la vue de sa voiture enlisée dans la boue ait eu davantage des allures inquiétantes qui avaient poussé d’éventuels passants à s’éloigner au plus vite au lieu d’aller vérifier s’il y avait un cadavre dans la voiture abandonnée. Mais la jeune femme qui partageait sa vie depuis plusieurs années maintenant était bel et bien là, à le regarder de ses grands yeux tristes qui l’amadouaient ou l’irritaient au plus haut point, selon la journée qu’il avait passée.
Nash alluma une cigarette et expira lentement en portant son attention sur Sarah, songeant qu’elle n’avait pas intérêt à l’observer d’un air misérable ou teinté de compassion. Il haïssait l’idée qu’il puisse attirer la pitié de quiconque et celle de Sarah plus que tout. Elle n’avait pas le droit d’éprouver un tel sentiment. Pas alors qu’elle le connaissait presque par cœur, pas alors qu’elle l’avait vu dans tous les états possibles. Même celui-ci. Si Nash se demanda si Sarah savait pour sa bipolarité, il garda la question pour lui, ne sachant pas quelle réponse il préférait. Ils n’en avaient en tout cas jamais parlé et si elle devait remarquer ses troubles de l’humeur, elle n’avait jamais semblé émettre une opinion à ce sujet. Pourtant, vu la cadence de leurs disputes, elle aurait eu tout le loisir de lui reprocher son attitude versatile.
- Ma présence chaleureuse te manque ? lâcha-t-il d’un air narquois en laissant retomber sa tête contre le siège.
Si elle s’inquiétait (s’il s’agissait bien de cela), Sarah devait bien être la seule à se soucier de sa disparation. Mais, en même temps, étant sans emploi à l’heure actuelle, qui d’autre aurait pu noter son absence ? Il n’avait plus aucun contact avec ses parents et ne voyait ceux qu’il pouvait plus ou moins considérer comme ses amis que par intermittence, les côtoyant parfois plusieurs soirs d’affilée pour ne plus les revoir ensuite pendant des semaines.
Alors Sarah était sa seule constante et le jeune homme se demanda ce que cela disait de lui, d’elle et d’eux.

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MessageSujet: Re: don't take my hate personal. i hate even myself.   Dim 14 Jan 2018 - 23:41

Le regard de Sarah trouve enfin ce qu'elle s'acharnait à rechercher, plus particulièrement ce dernier jour, et elle presse davantage le pas pour parvenir à la hauteur du véhicule abandonné. Excepté qu'il n'est pas abandonné, heureusement, alors qu'elle aperçoit le géant endormi par le biais d'une vitre complice, et c'est ainsi que sa quête trouve enfin son objet – ou plutôt sa personne. Aussitôt, elle se détourne et échappe un profond soupir qui dégage toute la tension et le sac-de-nœud d'émotions qu'elle avait accumulé dernièrement, puis retrouve la vue de son petit-ami en se demandant ce qu'elle peut bien faire désormais. Les secondes s'égrènent même, et elle semble incapable de se décider. Elle aurait pu tout aussi bien prendre son mal en patience et avoir la sottise d'attendre patiemment que l'ermite finisse par s'extirper de sa grotte, mais elle ne peut finalement réprimer le besoin de tapoter quelques coups de sa phalange contre la vitre pour que le bruit trouble Nash et que, surtout, quelques soubresauts lui redonnent vie. Aussitôt, c'est une grimace qui anime les traits de son visage qui bientôt se détourne d'elle, mais la jeune femme semble désormais déterminée à ce qu'il lui fasse face et se fait ainsi à nouveau entendre. Cette fois-ci, dormeur le géant se redresse et concède à lui laisser un droit d'entrer. L'intruse abandonne alors la vitre et se redresse à son tour, avant d'ouvrir la portière et de prendre place sur le siège sans coups d'éclats, ni un quelconque indice qui trahirait son état d'esprit. Et si elle finit par le retrouver d'un regard, tout ressentiment en elle semble avoir fondu comme neige au soleil – si bien que sa bouche s'entrouvre par deux fois avant d'enfin faire entendre sa voix, en dépit du ton narquois de son interlocuteur.
- Ça t'étonnerait vraiment que ça soit le cas ? Est-ce si inconcevable, qu'elle puisse finalement chercher à le retrouver lorsqu'elle peut si souvent lui donner du fil à retordre ? Et si elle finit par rompre à nouveau le silence, ses yeux quittent déjà sa personne : c'est qu'elle semble bien incapable de pouvoir lui avouer les pensées qui l'habitent vraiment si son attention peut la scruter, tant et si bien qu'elle se détourne et regarde droit devant elle. Qu'est-ce que tu fous là, toi ? Mais rien qu'avec ces mots-là, elle n'a pas l'aplomb suffisant de tenir son regard droit, même si c'est pour s'égarer sur ce qu'elle ne saurait voir, et celui-ci finit déjà par échouer sur les mains recroquevillées sur ces cuisses. J'étais inquiète, tu ne peux pas continuer à disparaître des jours entiers comme ça. Mais ce qu'elle voudrait vraiment être capable de lui dire, c'est qu'il ne peut pas continuer comme ça tout court, à s'enivrer de tout son saoul et à brûler son existence par les deux bouts. Et s'il t'était arrivé quelque chose ? Enfin, elle plante son regard incertain dans le sien lorsqu'elle ose cette question rhétorique, mais l'incertitude de son aveu est telle qu'elle finit une nouvelle fois par détourner les yeux. Elle échappe un soupir alors, et tente de trouver quelques ressources pour s'affirmer et se faire un peu plus entendre quand elle reprend.
- J'étais inquiète, Nash. Tu devrais... mieux prendre soin de toi. Ce... conseil (requête ? recommandation ?) elle a l'audace de le lui souffler, lorsqu'elle n'est pas réputée pour prendre le plus grand soin d'elle-même non plus. Est-elle alors la mieux placé pour lui dire ça ? Mais ce n'est pas précisément de ses errements destructeurs dont elle parle, n'est-ce-pas ? Ce n'est qu'une façon détournée et maladroite de lui dire, sans qu'il ne comprenne forcément alors, qu'il devrait mieux s'occuper de son... trouble, pour ainsi mieux s'occuper de lui. Sarah n'a pourtant jamais eu la confirmation que l'idée qu'elle a fini par se faire d'elle-même est juste, qu'il est effectivement bipolaire, et c'est bien pour ça qu'elle ne lui avoue pas ouvertement ce que cachent ces mots : elle n'est pas sûre d'elle, comme elle l'est si rarement, et puis même si elle en était certaine, elle n'oserait pas s'octroyer la permission de mettre ce sujet sur le tapis. Ce n'est pas sa place, de le confronter à ce qui est du domaine de sa vie privée, quand pourtant la jeune femme est sa petite-amie depuis... quand déjà ? Mais a-t-elle seulement un jour vraiment été sa petite-amie, est-ce qu'ils ont pu un seul jour se donner la prétention d'être un couple au sens traditionnel et bienveillant que l'on peut entendre habituellement ? En tout cas, cela reste sa nature d'être de ne pas se mêler de ce que les autres, même ceux qui lui sont le plus proche, préfèrent garder pour eux. Elle a encore ces scrupules-là, et de toute façon cela fait bien longtemps qu'elle n'a plus eu le sentiment d'avoir cette place ni ce droit auprès de qui que ce soit.
Sarah n'a jamais su trouver sa juste place en dehors de sa communauté amish, c'est bien ça le problème. L'a-t-elle seulement un jour voulu si cela signifiait refaire sa vie sans sa famille ? Peut-être qu'elle ne veut pas de ces bases saines si cela revient à accepter qu'elle ne les retrouverait jamais – quand bien même cela reste la réalité. Elle ne peut s'affranchir de la douleur de cette perte-là, parce qu'elle a le sentiment que dorénavant c'est tout ce qui peut encore la relier à sa famille perdue, et elle ne semble bien bonne qu'à rechercher d'autres souffrances pour expier celle de leur absence, la plus impitoyable et irrépressible de toutes. Est-ce là aussi ce dont elle est en quête auprès de Nash Mendelsohn lorsqu'elle ne le quitte pas et s'obstine à s'accrocher à cette relation claudiquante, parfois même destructrice ? Mais Sarah a conscience de sa part de responsabilité dans cette impasse qu'ils s'acharnent à venir percuter perpétuellement, et à cet instant, en l'occurrence, elle ne cherche pas la confrontation. Si ces jours d'absence ont fini par provoquer la sincérité d'une inquiétude en même temps que son exaspération de voir cette situation se répéter encore et encore, présentement elle a finalement perdu tout besoin ou force de croiser le fer, et si ce n'est pas encore la lassitude qui a trouvé sa place dans son cœur, elle n'a pas envie de se battre à cet instant.
Elle sait que Nash mérite mieux. Elle s'étonne à le penser, lorsqu'ils ne sont certainement pas le meilleur exemple que l'on se fait de l'idée d'un couple, mais elle le pense vraiment. Il mérite mieux que ce qu'il se réserve, et elle lui souhaite qu'il se donne cette chance. Car de ce qu'elle en sait, il n'a jamais pris aucun traitement pouvant peut-être apaiser ses maux, et si elle n'a pas la naïveté de penser que ce serait forcément là la solution à tous ses problèmes, ce serait peut-être un début non ? Que faire d'autre sinon ? La serveuse n'a en effet aucune prétention d'être celle qui pourrait lui apporter toute l'aide dont il a besoin, lorsqu'elle n'est pas même certaine de l'aider un seul instant.
Pourtant, elle se risque à insister aujourd'hui, et ajoute même avec précaution trois derniers mots.
- S'il-te-plaît.

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MessageSujet: Re: don't take my hate personal. i hate even myself.   Mer 31 Jan 2018 - 22:19

Les silences n’avaient jamais gêné Nash qui, à vrai dire, n’était pas un grand bavard. Toutefois, il détestait ceux qui pouvaient s’éterniser entre Sarah et lui quand, à l’évidence, ils ne se comprenaient pas ou plus (s’ils s’étaient seulement compris un jour). Parfois, le jeune homme la contemplait d’un œil vide en essayant de se rappeler comment ils en étaient arrivés à être un couple, aussi bancal et absurde soit-il. Leur rencontre se fondait dans un brouillard épais, tout comme les premiers rendez-vous, s’il y en avait eu. Même leur emménagement semblait relever d’une fausse bonne idée dont ils avaient fini par s’accommoder, bon gré mal gré, parce qu’il le fallait bien, ou peut-être parce qu’ils n’avaient pas vraiment d’autres options. Nash n’était pas ce qu’on pouvait appeler un boyfriend material et ça n’était donc pas surprenant que sa seule et unique relation sérieuse soit celle qu’il vivait encore aujourd’hui. Etrangement, Sarah semblait être la seule à supporter son humeur ombrageuse, à ne pas le quitter à la première pluie, à lui pardonner (était-ce seulement le bon mot ?) son comportement irascible et injuste. Et Sarah, songea-t-il, quel était son problème, à elle ? Car elle devait forcément en avoir un pour se satisfaire de cette relation en dents de scie, où l’amour n’avait finalement que très peu de place. Avait-elle seulement éprouvé un tel sentiment à son égard un jour, même au début ? Et lui ? Parfois, Nash se disait qu’il était incapable de ressentir de telles émotions, sans savoir si c’était à cause de ses troubles mentaux ou juste parce qu’il était comme ça. Nash savait parfaitement qu’il ne se posait pas ce genre de questions inutiles en temps normal, que celles-ci ne lui traversaient l’esprit que lors de ces épisodes où il remettait tout en question, jusqu’au détail le plus élémentaire de son existence. Et là, il était encore en plein dedans, même si l’étau s’était desserré et si l’avenir ne lui semblait plus aussi sombre qu’un marécage hanté qui n’aspirait qu’à l’engloutir tout entier.
Il finit par poser sur Sarah un regard indéchiffrable, la toisant en quelques sortes, comme s’il cherchait à sonder son esprit, comme s’il voulait y déceler ses pensées les plus profondes, les plus cachées, les plus intimes. Que s’imaginait-elle, à cet instant précis, alors qu’elle le contemplait ? Se demandait-elle ce qu’elle fabriquait-là ? Se disait-elle qu’il ne méritait pas tant d’attention ? S’interrogeait-elle sur la raison pour laquelle elle persistait à partager son existence lorsqu’il ne lui apportait rien de très heureux ? Lorsqu’il n’était qu’un charlatan qui ne savait même pas l’apprécier à sa juste valeur ? La question de sa petite amie fit naitre un sourire cynique sur ses lèvres et il ne chercha pas à réprimer la grimace que cela lui inspira. Honnêtement ? Oui. Il donnait peut-être le sentiment d’avoir une haute estime de lui-même (ou de n’en avoir rien à foutre du reste du monde) mais Nash doutait de tout et de la sincérité des autres en premier lieu. Oui, cela l’étonnerait fortement qu’il lui manque d’une quelconque façon lorsqu’il n’était qu’un poids mort qui ne lui apportait pas une once de bonheur. Pouvait-elle seulement évoquer un moment heureux ? Une seule anecdote où il ait pu provoquer un rire spontané, une étincelle de vie dans ses yeux tristes ? Bien sûr que non. Parce qu’il était un poison ambulant et qu’il aurait mieux valu pour elle qu’elle ne l’ait jamais rencontré, qu’elle ne se retrouve pas embourbée dans une relation qui n’allait nulle part. Mais il ne répondit pas. Parce qu’il savait que ce mode de pensée particulièrement obscur était induit par sa maladie. Et parce qu’il n’avait jamais pris le pli d’évoquer quoi que ce soit avec elle, pourquoi aurait-il commencé aujourd’hui, sous prétexte qu’il était dans une phase vulnérable qui lui donnait envie de tout plaquer, Sarah la première ? Il lui aurait certainement fait une belle fleur en la chassant, en rompant ce lien ténu qui les unissait, en lui redonnant sa liberté. Au lieu de quoi il tira sur sa cigarette en l’ignorant, fixant le paysage vert et gris qui les cernait.
Les premiers signes de nervosité se firent sentir lorsqu’elle lui demanda ce qu’il foutait là. Sa jambe tressauta et il lâcha un soupir avant d’ouvrir un peu la portière pour débarrasser sa cigarette des cendres qui menaçaient de tomber. Son visage trahit une once de mépris alors qu’elle lui reprochait ses disparitions. Un rire dédaigneux lui échappa lorsqu’elle évoqua l’idée improbable qu’il ait pu lui arriver quelque chose et il secoua la tête d’un air incrédule. Que pouvait-il lui arriver de si grave ? Au moins elle aurait une bonne raison de ne plus l’avoir dans les pattes, elle pourrait passer à autre chose. C’était sûrement cela qui transparaissait dans son regard sombre qu’il venait de poser à nouveau sur elle, teinté d’une dureté injuste parce qu’il ne saisissait vraiment pas son attitude. Était-ce une forme d’expiation ? Cherchait-elle à se faire pardonner quelque chose en jouant les mères Theresa avec un cas désespéré comme le sien ? Sarah détourna bien vite les yeux et Nash en conclut qu’il avait raison : elle jouait les martyres en s’acharnant à vouloir sauver un type comme lui et elle arrivait sûrement au bout de ses ressources.
- Qu’est-ce que ça peut te foutre ? Peut-être que tu devrais commencer par t’occuper de ton cul. Tu crois que tu prends soin de toi, là ? J’ai déjà une mère, merci, j’ai pas besoin d’en avoir une seconde aux basques.
Il se haïssait d’être aussi vindicatif, d’être aussi agressif. Il n’avait aucune envie qu’elle se justifie, qu’elle cherche à lui prouver quoi que ce soit. Quant à sa propre bêtise, à avoir fait allusion à sa mère, Nash se maudit d’autant plus de s’être laissé avoir. Il n’avait aucune envie de parler d’elle. Ni de lui. Ni de rien, d’ailleurs. Sarah ne pouvait-elle donc pas comprendre cela ? Ou était-elle masochiste ? Ou s’ennuyait-elle au point qu’elle devait chercher à sauver quelqu’un pour se sentir mieux avec elle-même ? Mais Nash n’était pas une âme qui avait besoin d’être sauvée d’une quelconque façon. Et si elle se leurrait sur ce point-là, sur quoi d’autre s’aveuglait-elle ? Nash la dévisagea durement et émit un soupir agacé en ouvrant la portière en grand, prêt à bondir hors du véhicule si l’échange finissait par le dépasser, comme il le pressentait. Une onde de choc le traversa à la supplique de la jeune femme et il frappa du poing sur l’appui-tête du siège avant.
- Mais quoi, putain ? S’il te plait ? S’il te plait quoi? Tu crois pas que je suis assez grand pour savoir comment me gérer ? T’as pas autre chose à foutre que de me pister ? Et pour quoi, au juste ? Pour me dire que je devrais prendre soin de moi ? Mais et toi, bordel ? Qu’est-ce que t’attends pour essayer d’aller mieux ? Tu peux me dire ce qu’on fout ensemble ? On ne se fait clairement aucun bien. Tu perds ton temps et tu me fais perdre le mien. T’occuper du pauvre déséquilibré mental local ne va pas combler ta vie, si c’est ça que t’espères alors épargne-toi ce calvaire, tu veux ?
C’était la première fois qu’il évoquait ses troubles de vive voix et il jugea que Sarah associerait sûrement cette expression à cet éclat de colère, qu’elle n’y verrait aucune véritable allusion. Il n’était pas d’humeur à contenir son désespoir et son incapacité à comprendre quelle satisfaction elle pouvait trouver à rester avec un type comme lui. Une chose était certaine, cependant : il regrettait déjà ses paroles. Il aurait dû se cantonner au silence buté. À quoi bon laisser ses émotions parler pour lui lorsqu’il savait que d’ici quelques heures ou jours, tout serait rentré dans l’ordre et sa dépression ne serait plus qu’un vague souvenir qu’il tâcherait d’oublier jusqu’au prochain dérapage.
Le jeune homme laissa échapper un nouveau soupir las et s’efforça de calmer ses nerfs en tirant sur sa cigarette comme si c’était son seul moyen de respirer.
- Comment tu m’as retrouvé ? finit-il par souffler, la voix rauque, en lui décochant un regard maussade.

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MessageSujet: Re: don't take my hate personal. i hate even myself.   Jeu 15 Fév 2018 - 21:14

Pourquoi se donne-t-elle tant de mal Sarah ? Pourquoi ce mal semble être tout ce après quoi elle court et s'essouffle ? C'est bien son seul talent désormais, que d'entretenir le feu de son mal-être depuis quelques années maintenant, et l'expérience que lui a donné ce laps de temps ne lui a aucunement procuré l'envie de partir chercher des perspectives plus salvatrices ailleurs, plutôt que de s'enliser dans les marécages de son passif à Mount Oak. Bien au contraire, elle n'a eu de cesse d'entretenir les conflits, les provoquer même aussi, et dernièrement elle semble avoir épuisé toute son énergie dans cette bataille sans enjeux ni victoire, seulement la perte, un peu plus encore, de son identité. Qui est-elle ? Qui est-elle censée être sans le cocon de sa communauté ? Quels sont ses rêves, ses ambitions ? C'est parce qu'elle n'en a découverte aucune si ce n'est celle, impossible, de retrouver sa famille, que cette impasse l'a amené à se débattre contre elle-même, contre les autres. Elle est en colère Sarah, elle a la rage de la frustration de voir ce qu'elle peut aspirer le plus au monde être inaccessible, irréalisable. Mais l'est ou l'a-t-elle seulement encore ? Cette colère, cette rage ? Lorsqu'aujourd'hui, elle ne semble plus avoir la volonté de grand chose, même de s'autodétruire.
Elle est là pourtant, à cet instant, dans cette voiture. De sa propre initiative, elle a cherché et elle a trouvé. Elle ne saurait dire ce qu'elle a trouvé exactement, mais elle a également trouvé une place sur ce siège passager. Est-ce vraiment là sa place, aux côtés de Nash ? Elle ne saurait pourtant pas dire non plus si un jour seulement ils ont pu être bénéfique l'un pour l'autre, même si elle devine la réponse négative dès lors que leur histoire semble se résumer à une succession de coups d'éclats. Et c'est d'ailleurs un nouveau coup d'éclats qui les lie encore présentement, alors que le petit-ami débusqué hausse le ton et fait entendre la contrariété provoquée par ses dires. Il évoque sa mère, et elle se demande un instant s'il en a vraiment une, de mère, pour ne pas parler plutôt de simple génitrice, lorsque Sarah n'a pas le souvenir d'avoir vu un seul de ses parents se soucier un jour de son état. Pour autant, la serveuse tait sa pensée, non pas dans la volonté sciemment pensée de l'épargner ou de ne pas mettre de l'huile sur le feu, mais parce qu'elle semble toujours bien incapable aujourd'hui de trouver quelques ressources en elle pour se contrarier à son tour et entrer dans la danse des maux verbaux. Si bien qu'elle reste là, à ne rien faire, ne rien dire, avec seul son regard qui ne sait qui fixer indéfiniment de ses mains, l'horizon, et Nash.
L'instant d'après, une portière s'ouvre en grand, puis un appui-tête essuie le coup d'une patience à bout, et toujours elle demeure immobile. Elle ne dit rien, elle reste là, à s'être décidé à river ses yeux sur ses mains cette fois-ci. Elle laisse alors l'orage gronder, sans le craindre ou l'aimer, à seulement l'entendre sans vraiment le laisser l'atteindre. Sarah ne sait pas si elle prend soin d'elle à se trouver ici, à s'accrocher à lui, mais si le grand regret de sa vie lui a appris une chose, c'est que quitter ses proches n'apporte pas davantage de salvation. Elle a déjà commis cette erreur une fois, elle n'est pas certaine de le vouloir à nouveau, quand ce serait pourtant là la meilleure façon de définitivement s'enfoncer la tête sous l'eau. Peut-être bien qu'une part d'elle veut se maintenir à la surface tout compte fait, et elle peut en tout cas gonfler ses poumons d'oxygène avant de lui répondre – non pas sur le même ton, mais avec une mesure aux lueurs presque défaitistes qui est rarement la sienne.
- Et alors quoi, ne pas m'occuper de mon cas me rend aveugle à celui des autres ? J'ai jamais dit que je m'en sortais mieux, mais si on devait tous balayer devant notre porte avant de donner des conseils, personne ne serait bien placé pour dire quelque chose à qui que ce soit, parce que personne n'est irréprochable. Et certainement pas elle, en effet. Elle attarde encore son attention une seconde supplémentaire sur lui puis se dérobe à nouveau, et finit par avouer au détour d'un soupir. Je ne veux pas me battre, et elle aurait pu presque s'excuser de ne pas être d'humeur à croiser le fer tant c'est là leur habitude : d'hausser le ton et se contrarier, encore et encore. Ne se sont-ils pas pris la tête pour moins que ça après tout ? Et qu'est-ce qu'elle fout là effectivement, si ce n'est pas pour céder à la sirène de leurs querelles récurrentes ? Que pense-t-elle trouver là si ce n'est des mots ? Peut-être aurait-elle dû déguerpir aussitôt, après l'avoir retrouvé et été témoin de quelques signes de vie. Et pourtant, cette pensée ne la motive pas davantage à foutre le camp, puisqu'elle est encore et toujours là. Est-ce qu'il se demande ce qu'il doit bien pouvoir faire pour enfin se débarrasser d'elle ? Quand, elle, se raccroche à lui comme seule constante à son quotidien désœuvré.
Alors oui, qu'il le veuille ou non, elle était inquiète, elle voulait le retrouver. Qu'il le veuille ou non, il reste son seul point d'ancrage et elle se soucie de son sort. Y'a comme un vide, lorsqu'il disparaît comme ça. Pourquoi, lui, ça l'insupporte tellement qu'elle soit là ? Qu'elle dise ça ? Peut-être qu'il n'est pas d'humeur, lui aussi. Peut-être qu'ils ne sauront jamais, rien qu'un instant, se retrouver sur une même longueur d'ondes. Peut-être que le problème c'est elle, qu'il ne veut pas entendre ça d'elle. Doit-elle taire ce qui l'anime pour autant ? En tout cas, elle n'est pas déterminée à se répéter, dès lors qu'il l'a entendu et que ça n'a pas manqué de faire mouche, mais pas de la façon dont elle pouvait avoir l'espoir. Elle semble ainsi vouée à provoquer la confrontation même quand elle ne le cherche pas, que dire alors ? Comment avoir la détermination d'insister sur ce qu'elle pense pourtant important ? C'est sa santé après tout, et a fortiori la sienne puisque contre toute attente et apparence elle est attachée à lui, jusqu'à s'en soucier férocement ces derniers jours, ces dernières heures. Ce qu'elle demande, ce qu'elle espère, c'est d'être écoutée, et pas seulement entendue, mais elle ne peut que douter davantage qu'il soit enclin à l'écouter, elle, évoquer son soucis pour lui, et elle ne manque pas d'avoir sa part de responsabilité dans cette communication défaillante. Et pourtant, il finit par lui adresser un nouveau point d'interrogation qui cette fois-ci semble vraiment attendre une réponse de sa part, et elle finit alors par le retrouver de son regard et de sa voix, sans animosité, sans sarcasmes, presque sans conviction même.
- J'ai juste cherché, Nash. Tu n'auras qu'à trouver un coin encore plus perdu la prochaine fois, mais le problème restera que je puisse vouloir te retrouver non ? Et c'est sans quiconque qui se soucie de sa disparition qu'il pourra être introuvable, si le hasard ne s'en mêle pas, et si c'est seulement ce qu'il veut. Mais est-ce vraiment ça qui le dérange ? Qu'est-ce que tu voudrais que je fasse ? C'est quoi le problème exactement ? Que je n'en ai pas rien à foutre ? Que je ne te fiche pas la paix ? Tu veux quoi, que je parte ? C'est pas une menace, crois-le ou non, je ne suis pas là pour chercher les problèmes. Pas aujourd'hui.

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MessageSujet: Re: don't take my hate personal. i hate even myself.   Mar 6 Mar 2018 - 17:22

Qu’aurait-il fait sans Sarah ? Parfois, honnêtement, Nash se le demandait. Mais il ne s’appesantissait jamais sur la question. A quoi bon ? Cela aurait revenu à voir toutes les failles de leur couple bancal, à analyser une relation qu’il ne souhaitait pas voir pour ce qu’elle était. Etudier ce lien étrange qui les unissait, cela revenait à dénaturer le simple fait qu’ils puissent être ensemble, à remettre en question la validité de leur duo mal assorti. Ou, au contraire, n’était-ce pas justement parce qu’ils se ressemblaient par bien des aspects, qu’ils formaient un couple qui durait, malgré les vagues, malgré les confrontations ? Sarah, tout comme lui, ne savait pas être heureuse, elle errait comme une âme en peine, elle subissait sa vie plus qu’autre chose. Du moins est-ce la conclusion à laquelle il en vint alors qu’ils dialoguaient sans sembler se comprendre, n’ayant jamais pu vraiment s’apprivoiser l’un l’autre. Ils étaient un peu comme ces gens qui restent ensemble par dépit, pas par peur d’être seuls, parce que Nash ne redoutait aucunement la solitude, l’exclusion, même si, à nouveau, la question lui vrilla l’esprit : qu’aurait-il fait sans Sarah ? Sans personne pour s’inquiéter de ses allées et venues, sans personne pour venir le chercher au bord d’une route et lui demander ce qu’il foutait là ? (Accessoirement, il n’avait pas de réponse à cette  question). Personne pour se demander si son absence était normale ou s’il avait pu lui arriver quelque chose. Personne pour s’inquiéter de son bien-être. Alors il aurait peut-être dû s’estimer chanceux qu’une personne, au moins, pense à lui et tienne suffisamment à lui pour partir à sa recherche, même s’il n’y avait aucune assurance qu’il s’agisse d’un amour quelconque. Peut-être qu’elle avait besoin d’avoir quelque chose à quoi se raccrocher, pour donner un sens, même pathétique, à sa vie, et il avait fallu qu’elle jette son dévolu sur lui, qui ne méritait certainement pas une telle attention.
Il ne savait pas plus ce qu’il attendait de Sarah. Qu’elle le rejette, une bonne fois pour toutes ? Qu’elle le frappe et lui hurle dessus ? Qu’elle l’ignore et le méprise ? Qu’elle se mette à pleurer pour essayer de l’attendrir ? Mais même s’ils étaient parfois des étrangers l’un pour l’autre, il n’en restait pas moins que les années de vie commune avaient façonné une certaine connaissance de l’autre et une Sarah en larmes, gémissante, l’implorant, Nash ne se la figurait pas. Impossible. Elle avait ce visage de marbre, impassible, comme si rien ne pouvait véritablement l’atteindre. Mais elle avait aussi ce regard aussi profond qu’un lac, insondable, où il était si aisé de se noyer. Et Nash n’avait qu’à croiser quelques secondes ces billes sombres pour savoir que c’était précisément ce qui l’avait attiré chez Sarah, lorsqu’il l’avait rencontrée. Cette gravité, comme si le poids du monde s’était abattu sur ses épaules et refusait de la laisser en paix. Loin de voir en elle une semblable – elle n’était pas malade mentalement, pour ce qu’il en savait – il avait eu la sensation qu’elle ne l’accablerait pas s’il ne lui témoignait pas l’attention que la plupart des filles attendaient.
Ce à quoi elle ne l’avait pas habitué, par contre, c’était cet abattement qui appuyait sur ses mots et qui fit tourner la tête de Nash vers sa petite amie, un froncement de sourcils durcissant ses traits. Il observa son profil, se demanda s’il avait pu se passer quelque chose pour qu’elle prenne cette voix éteinte, pour qu’elle ne veuille pas se battre. Il fut bien incapable de déterminer ce qu’il ressentait. Il avait bien entendu ce que Sarah venait de lui rétorquer mais il n’était pas sûr que cela attende une quelconque réaction et il se contenta donc de retourner à la contemplation des arbres et de la brume matinale qui rendait le paysage un peu inquiétant, un peu semblable à ce que devait abriter le cœur de Nash Mendelsohn à cet instant précis. Il fuma distraitement et expira, la mâchoire contractée, sa langue passant contre ses dents, de gauche à droite et de droite à gauche jusqu’à ce qu’il ait mal et doive ouvrir la bouche pour atténuer la tension qui s’était accumulée.
Lorsque Sarah lui posa à son tour une question, il se détacha à regret du paysage fantomatique de la forêt pour darder son regard dans celui de la jeune femme. Il ne fut pas certain de comprendre le sens de sa question et préféra ne pas poursuivre le débat ni s’enfoncer dans un échange qui le dépassait. Mais Sarah ne semblait pas vouloir se contenter de son mutisme et elle l’assomma de questions auxquelles il ne voulait pas songer et qu’il fut bien contraint de laisser entrer dans son esprit embrumé. Pinçant les lèvres, il haussa les épaules, avec une mauvaise foi évidente, comme un gamin buté qui refuse d’admettre qu’il puisse avoir tort.
- Non. Je pige juste pas pourquoi tu t’acharnes, marmonna-t-il au bout d’un moment en se grattant nerveusement le genou. Même mes vieux ne se sont jamais souciés de ce que je pouvais foutre de ma vie. Je pourrais être six pieds sous terre que ça ne changerait pas leur vie.
Ce qui était faux, il le savait. S’il n’avait plus aucun contact avec ses parents, c’était de sa propre volonté. Il les considérait responsables de son mal-être en général et était persuadé d’avoir hérité de son instabilité mentale de l’un des deux – sa mère, plus sûrement. S’il s’autodétruisait aujourd’hui, c’était principalement à cause d’eux. Le reste, par contre, il ne pouvait que l’imputer à sa propre tendance à chercher les ennuis et à écarter tout le monde de son chemin, même ceux qui tentaient bien que mal de s’accrocher à lui. Pourquoi ? Il se le demanderait toujours.
- Mais au moins je sais pourquoi je suis seul, pourquoi je m’attends toujours à ce que personne ne vienne me chercher. Mais toi ? Pourquoi tu t’infliges ça ? Y a pas quelqu’un avec qui tu préférerais être plutôt que de te faire engueuler par le connard qui squatte ton existence ?
Il n’était pas certain de vouloir connaitre la vérité, pas certain d’avoir la force d’écouter ses explications, si seulement elle voulait les lui livrer.
- Si tu pars, je suis seul pour de bon. Mais ça ne veut pas dire que tu devrais rester. Je ne suis pas une œuvre caritative, t’as pas besoin de t’emmerder à me chercher partout.
Nash la dévisagea un instant, pensivement, puis il émit un rire indéfinissable et il secoua la tête :
- Parfois j’ai l’impression que tu es dans ma tête, que tu sais mieux ce que je fous de mes journées que moi. Et ça me fait flipper.
Mais ça n’était probablement que ça, une impression, puisqu’ils n’avaient jamais pris la peine de s’ouvrir à l’autre, de s’impliquer dans la vie de l’autre, de s’apprivoiser. Leur couple tenait du miracle, pas le genre de bon miracle, mais un miracle quand même. Et comme un ultime test, Nash la toisa, une lueur teintée de danger dans le regard :
- Tu le sais, n’est-ce pas ? Que je suis timbré, qu’il suffit d’un claquement de doigts pour que je parte en vrille ? Que c’est ce que j’ai fait, ces derniers jours, même si je n’en ai aucun souvenir ?
Et ça aussi, ça le faisait flipper, en un sens. Ces trous noirs associés à ces heures d’euphorie qui précédaient la descente aux enfers.

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MessageSujet: Re: don't take my hate personal. i hate even myself.   Mer 4 Avr 2018 - 19:56

Pourquoi s'acharne-t-elle, Sarah ? Elle n'a pourtant pas le sentiment de jeter sciemment sa détermination dans de tels efforts, mais que pourrait-elle faire d'autre si ce n'est se raccrocher à ce qu'il lui reste de famille ? Car malgré cette relation chaotique, qui cause peut-être plus de mal que de bien, il reste que son petit-ami demeure sa seule famille accessible (ou ce qui s'en approche le plus) alors qu'avec les années son cercle de proches n'a fait que se rétrécir pour ne se résumer quasiment plus qu'au géant Mendelsohn aujourd'hui – que celui-ci le veuille ou non. En l'occurrence, la serveuse n'a qu'elle à blâmer à ce sujet, aussi bien pour avoir quitté sa communauté, que pour ne pas s'être liée davantage d'englishers, ou pour miner de coups d'éclats son semblant de relation avec le propriétaire du véhicule dans lequel elle se trouve présentement. Comme tant d'autres alors, la jeune femme semble incapable de favoriser au mieux les facteurs d'un potentiel bonheur, pour plutôt s'enliser dans les méandres tortueux de ses regrets.
Mais Sarah ne dit rien de tout ça bien sûr, elle s'en tient malgré elle au silence qui consent dans un même temps à la version qu'il présume, et alors qu'il enchaine sur l'absence de ses parents, elle se rappelle que sa mort ne changera plus rien à la vie de ses parents et de sa famille non plus, dès l'instant où elle est d'ores et déjà considérée comme disparue à leurs yeux. Et ainsi, si dix ans ont passé, elle n'a jamais pu se résigner à forcer une tentative de retrouvailles, car elle sait que ces derniers s'en tiendraient à l'ignorer, à faire comme si elle n'était pas là, et son cœur n'a jamais pu se résoudre à une telle perspective quand bien même cela signifierait les revoir. Quel bon serait-ce de les revoir, si elle ne peut les retrouver dans un même temps, leur parler et échanger des regards ? Les serrer dans ses bras ? Non, la serveuse a définitivement écarté l'éventualité de retourner un jour à Holmes, et la voici ainsi toujours à Mount Oak, là où seul Nash la retient – ou plutôt, là où elle se rattache à Nash.
Son attention finit d'ailleurs par revenir à celui-ci quand il dit savoir pourquoi il est seul, mais l'est-il seulement puisqu'elle est là, encore et toujours ? Même si cela ne compte pas vraiment, lorsqu'il ne voudrait pas qu'elle le soit de toute évidence, là, et elle n'a pas le cœur en retour à se plier au sentiment qu'il semble lui témoigner et ainsi le laisser tranquille. Si seulement il voulait vraiment ne plus avoir affaire à elle, elle ne doute pas qu'il la quitterait et romprait leur cohabitation, non ? C'est sur cette présomption aux allures de certitude en tout cas, qu'elle fonde son absence de scrupules à ne pas se fier à des mots seuls. Après tout, il semblerait que les englishers soient doués pour laisser libre court à leurs émotions et se risquer à dire ce qu'ils ne pensent pas vraiment sur le coup d'un sentiment, alors tant que Nash ne passera pas à l'acte pour lui donner l'assurance de son besoin de la voir déguerpir de son quotidien, elle resterait là près de son supposé petit-ami – certainement parce que cela l'arrange, elle aussi. Dès lors, est-ce que le verbe infliger est seulement le plus approprié ? Mais c'est davantage le terme squatter qui l'interpelle dans sa bouche, puisqu'il part du principe qu'il est celui qui s'éternise, lorsque d'eux deux, elle aurait définitivement assumé être celle qui s'imposait. N'est-ce pas lui, une fois encore, qui la pousse à déguerpir loin de lui comme s'il était un mal voué à la ronger ? Seulement là aussi, elle ne dit rien de tout ça, pour seulement s'en tenir à l'essentiel.
- Qu'est-ce que ça change quand ce n'est pas possible ? Une interrogation qui se meurt sur ses lèvres dès l'instant où elle n'a pas le cœur à la rendre parfaitement audible. Ne le sait-il pas, qu'elle n'existe plus pour la famille qu'elle voudrait retrouver ? Et puis, après l'écouter une nouvelle fois assumer n'être qu'une épine dans son pied qu'elle tolèrerait par quelque élan bienfaiteur, elle éprouve finalement le besoin de davantage en dire, de ne pas se laisser endosser le costume de la bonne samaritaine – qui ne lui irait pas un seul instant – et elle redresse ainsi son regard pour trouver quelque aplomb de le planter dans le sien au passage. Tu demandes tout le temps ce que je peux bien faire avec toi, que je ferais tout aussi bien de partir, mais toi aussi tu pourrais foutre le camp. Pourtant, elle ne le veut pas, qu'il parte. Pourquoi t'assumes que c'est forcément ce que t'es pour moi, une bonne action quotidienne ? Peut-être que je préfère être ici, en dépit de tout. Est-ce que pour autant cela doit s'expliquer ? Est-ce que ça compte seulement, en définitif ? Est-ce que je te demande pourquoi, toi, tu t'infliges ça ? Peut-être le devrait-elle, pourtant. Mais puisqu'en ce qui la concerne elle ne tient pas à en parler, elle assume que ce n'est pas plus son cas à lui et lui épargne en conséquence cette futilité indésirable. Fait-elle bien pour autant ? Peut-être que là aussi, elle a tout faux.
La confidence (?) du jeune homme la surprend ensuite, et alors que ses yeux s'étaient à nouveau rivés sur ses mains entre temps, ils reviennent aussitôt à son visage et le sondent tant elle a à se persuader que ce qu'il dit est sérieux. Elle qui assumait n'avoir aucune incidence sur l'esprit de Nash autre que de la contrariété et de l'exaspération en sa présence, essentiellement, voilà qu'elle ne sait pas – car elle ne le veut pas certainement – de quelle façon s'accommoder de cette impression qu'il partage et qui l'implique, dès lors qu'elle ne voudrait influer de cette façon ni sur Nash, ni sur qui que ce soit.
- Ça te travaille tant que ça ? Et déjà, son regard retrouve ses mains. Je ne fais que m'inquiéter. Rectification. Et t'en faire voir de toutes les couleurs aussi, je suppose. Et puisque ses yeux semblent voués à aller et venir sans cesse entre ses mains recroquevillées sur ses cuisses, l'horizon, et le visage de son petit-ami, ils en reviennent une nouvelle fois à celui-ci seulement parce qu'ils s'interloquent de ses derniers dires, lorsque même son palpitant semble s'alarmer quelque peu de leur véritable signification.
- Qu'est-ce que tu veux dire exactement ? Non pas qu'elle ne sache pas ce à quoi il fait potentiellement allusion, mais au contraire qu'elle tient justement à être certaine qu'elle ne se méprenne pas sur sa signification avant de se risquer à mettre des mots sur ce qu'elle assume véritablement à son sujet, au cas où ce n'est pas ce qu'il veut – car peut-il vraiment vouloir aborder un tel sujet avec elle ? Le regard qu'elle lui porte semble le trahir en tout cas, qu'elle croit savoir, à défaut que ses mots le lui fassent comprendre.

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