gentle souls know each other in silence.


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Cassius Whelan

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MessageSujet: gentle souls know each other in silence.   Mer 6 Déc 2017 - 16:37

Cassius avait ouvert les yeux comme un automate, et la première chose qu’il avait vu ce matin-là, c’était les flocons de neige qui s’amoncelaient dans un coin de sa fenêtre. Il vivait dans un minuscule studio sous les toits d’un immeuble et son seul carré de lumière était presque aplati, incrusté dans un mur penché. Un arrangement peu ergonomique, surtout pour le grand dégingandé qu’il était, mais qui permettait de temps à autres des petits miracles, comme cette neige silencieuse qui grignotait millimètre par millimètre le verre de la fenêtre. Il resta longtemps ainsi, la couverture remontée jusqu’à son nez, à observer les délicats flocons se déposer avec grâce et silence sur sa fenêtre, un peu émerveillé malgré lui que dans un monde tel que celui-ci, dans lequel il se sentait complètement étranger, quelque chose d’aussi simple puisse encore exister. Un peu émerveillé, et puis un peu craintif aussi, comme si la douceur suspendue de l’instant n’était qu’une illusion, un mirage et que d’une seconde à l’autre, l’image s’effacerait pour laisser place aux murs gris et nus de sa cellule.
Mais une heure passa, puis deux, et sa petite chambre resta la même. Les murs n’étaient pas bien plus couverts que ceux de sa prison, mais ils étaient d’un blanc lumineux, la couleur d’une page vierge sur laquelle pouvait s’écrire une autre histoire que celle qui serpentait dans sa peau et dans sa mémoire. Un seul regard suffisait à balayer l’appartement – la pièce, plutôt – qui accueillait sa grande carcasse et les souvenirs qui allaient avec. Une minuscule cuisine, une table et deux chaises (la raison pour laquelle il avait acheté deux chaises alors qu’il savait pertinemment qu’il n’accueillerait personne échappait encore à Cassius), et puis dans l’autre coin, un lit et une étagère remplie de livres élimés qui portaient la trace de nombreuses lectures. Des romans d’aventure, surtout, et puis un recueil de poésie qui rappelait qu’il y avait eu un jour un monde sans écrans, un monde sans clones, un monde plus simple. Un monde que Cassius n’avait jamais connu et qu’il apprenait à découvrir entre les vers désorganisés d’un illustre inconnu, dénichés au fond de la bibliothèque de la prison, bouquin chipé lors de son dernier jour, crime de bien peu de conséquences qu’il avait commis le cœur léger.
Mais pas aussi léger que maintenant, alors qu’il était sorti depuis plusieurs heures déjà et que la neige continuait de tomber doucement sur Mount Oak, silencieuse, ouatée, presque douce. Engoncé dans son blouson, une écharpe grattant son cou, Cassius s’essayait au concept de la balade sans but et laissait ses pas hésitants le guider dans les rues de la ville. Il s’était éloigné de son secteur bouillonnant pour se retrouver dans un quartier bien plus coquet. Des petites maisons s’alignaient les unes à côté des autres, certaines brillant déjà de mille feux. Les enfants étaient de sortie dans les jardins, jetant leurs premières boules de neige et Cassius les observait du coin de l’œil, conscient que sa grande silhouette ne collait pas dans ce décor. Mais il ne pouvait s’empêcher d’absorber l’atmosphère, chaque particule scintillante, chaque cri enjoué, chaque sourire, et il sentait son âme se réchauffer tout doucement. En prison, la période des fêtes de fin d’année était toujours d’une tristesse insupportable. Lui avait l’avantage de ne plus avoir de famille, mais il observait ses compagnons de cellule revenir du parloir encore plus bousillés qu’ils ne l’étaient déjà, comme si à cette période de l’année, ils prenaient conscience de façon encore plus aigüe de leur situation misérable. Cassius, lui, n’avait eu personne à décevoir. Il ne manquait à personne. Sa solitude l’avait protégée, mais aujourd’hui, alors qu’il vivait de l’autre côté du mur, force était de constater qu’elle n’était plus le rempart imprenable d’autrefois. Alors qu’il s’approchait d’une petite place décorée d’un sapin chatoyant autour duquel se déployaient une petite patinoire et quelques stands, il ne pouvait être que le témoin de son isolement alors qu’autour de lui, familles, amis et couples se réunissaient dans une allégresse qui lui échappait totalement. Les mains dans les poches, le regard un peu absent, il fixait la patinoire sans la voir, l’esprit envahi d’images de son frère, et ne fit pas un pas pour éviter la boule de neige qui vint s’écraser contre sa joue. Pris par surprise, il sursauta, le cœur battant la chamade et il tourna la tête tout en époussetant les minuscules flocons, histoire de repérer le ou la fautive… et de lui rendre la monnaie de sa pièce.

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Sterling

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MessageSujet: Re: gentle souls know each other in silence.   Jeu 28 Déc 2017 - 23:35

C’était chaque année la même chose : dès que les premiers flocons faisaient leur apparition, les petits Stathakis ne se tenaient plus. Sterling avait réussi à les garder plus ou moins calmes, à grand renfort de menaces et promesses ridicules mais il savait son entreprise vouée à l’échec et quand Dominic décréta qu’il avait envie d’aller jouer dans le jardin, le jeune clone sut qu’il était peine perdue d’essayer de résister. Après leur avoir fait promettre de bien s’emmitoufler, il émit un soupir vaincu et une volée de cris perça l’atmosphère. Les ainés filèrent chercher leurs manteaux et l’attirail contre le froid tandis que Sterling apprêtait les deux cadets – chose qui n’était pas facilitée par le fait que Ian refusait de quitter sa robe bleue à paillettes. Le garçon dut chercher la paire de bas la plus épaisse et aider Ian à les enfiler avant de pouvoir se concentrer sur Morgan qui, heureusement, se laissait gracieusement faire. Quand il souleva l’enfant emmailloté dans un vêtement digne d’un petit Inuit, Sterling émit un grognement amusé :
- Tu commences à peser, toi aussi, hein ? dit-il au bébé qui souriait béatement avant de se diriger vers le couloir où la petite troupe trépignait d’impatience.
Le clone les passa en revue, ordonna à Ian de resserrer son écharpe et à Dominic d’ajuster son bonnet sur ses oreilles, l’avertissant du risque que celles-ci tombent à cause du froid polaire qu’il devait faire dehors et adressa un clin d’œil à Kathy avant de hocher la tête pour donner le signal de départ. Dominic ouvrit la porte d’entrée à la volée et sortit en courant pour sauter à pieds joints dans le matelas cotonneux qui couvrait la pelouse du jardinet devant la maison. Aussitôt, Kathy et Ian entreprirent de construire un bonhomme de neige et firent rouler la neige sous leurs moufles, courbés en deux, pendant que Dominic, véritable terreur, les bombardait de projectiles glacés.
- Aïe ! Dominic, arrête ! s’écria Kathy de sa voix fluette et indignée. Sterling ! Dis-lui de ne plus me jeter de boules de neige !
Sterling s’exécuta sans attendre et Dominic grimaça en l’imitant avant de s’éloigner pour aller attaquer l’arbre qui faisait l’angle du jardin et qui, lui, ne crierait pas à chaque fois qu’il atteignait sa cible. Gardant le garnement à l’œil, Sterling entreprit d’aider les deux autres à la conception du bonhomme de neige, secondé par un Morgan qui terminait plus souvent les fesses dans la neige qu’autre chose. Les rires cristallins ponctuaient chaque chute et Morgan semblait ravi d’amuser la galerie. Sterling releva le benjamin pour la douzième fois et frotta le tissu constellé de neige et s’apprêtait à aider Ian à soulever la boule destinée à former la tête du bonhomme quand un projectile l’atteignit à l’épaule.
- Dominic ! Cette fois, tu l’as cherché ! Kathy, donne-la main à Morgan, le temps que je fasse son affaire à ton frère !
La fillette ne se fit pas prier et aida Morgan à garder son équilibre, toujours prête à voir Dominic se faire laminer et elle encouragea d’ailleurs Sterling qui préparait ses munitions, formant des petits boulets bien durs dans ses paumes nues. Dominic avait eu le temps de se réfugier derrière le tronc mais il jouait les provocateurs en se dandinant pour sauter à l’abri dès que Sterling faisait mine de lancer une boule dans sa direction.
- Tu ne perds rien pour attendre, sale garnement, le menaça Sterling en s’arcboutant comme les joueurs de baseball le faisaient à la télévision avant d’envoyer son projectile de toutes ses forces.
Sans surprise, la neige s’éparpilla comme un feu d’artifice en s’écrasant contre le tronc et Dominic éclata d’un rire moqueur et victorieux, tirant la langue et faisant les gros yeux et huant le clone. Sterling plissa les paupières d’un air faussement menaçant et se tourna vers les trois autres enfants pour réclamer des applaudissements d’encouragement quand Kathy pointa du doigt un point derrière Sterling :
- Attention, Sterling !
Connaissant le trouble fête qui n’avait que faire des convenances, Sterling se pencha pour éviter la boule de neige vicieusement projetée alors qu’il avait le dos tourné. La boule le dépassa et Sterling se redressa, prêt à user de la danse de la victoire à son tour pour se payer la tête de Dominic, mais le regard alarmé de Kathy lui fit oublier ses plans et il tourna la tête pour découvrir que l’envoi, s’il n’avait pas atteint sa cible initiale, avait tout de même touché quelqu’un.
- Oh ! Pardon, monsieur. Ce n’était pas vous qu’il visait, lança Sterling d’un air embêté en faisant des gestes maladroits qui ne voulaient pas dire grand-chose.
Il était évidemment hors de question qu’il désigne le fautif, même si le rire du garnement perçait l’air et ne laissait aucun doute sur l’origine de son amusement, et Sterling offrit un sourire contrit à la haute silhouette qui avait eu le malheur de se trouver dans la trajectoire de Dominic.
- Cessez de rigoler, vous, ajouta-t-il à l’intention de Kathy et Ian qui s’esclaffaient, malicieusement retranchés derrière leur bonhomme de neige à moitié construit.
Morgan était à nouveau vautré dans la neige et Sterling se précipita pour le ramasser, se sentant tout à coup ridicule et gauche, lui qui gérait pourtant le quatuor depuis tant d’années.

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Cassius Whelan

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MessageSujet: Re: gentle souls know each other in silence.   Dim 28 Jan 2018 - 18:37

Cassius sourit. Comment aurait-il pu faire autrement, alors que la douceur venait de faire irruption dans un quotidien bien morne ? Si ça avait été une bande d'ados moqueurs, il aurait peut-être réagi autrement – après, son mètre quatre-vingt-dix n'était pas sans utilité – mais là, face à ces gamins joueurs et à celui qu'il présumait être leur grand frère dépassé par les événements, il pouvait sentir son coeur fracturé reprendre un peu vie, comme si un horloger aux doigts de fée avait réactivé des rouages rouillés. Au fond de lui, il savait que c'était ce à quoi il avait toujours aspiré. Déjà enfant, il faisait de son bout de chambre – qu'il partageait avec Scott – un havre de paix qu'il protégeait jalousement de toute intrusion extérieure. Il rangeait religieusement ses livres sur sa petite étagère (une habitude qu'il avait gardé en prison et encore aujourd'hui, alors qu'il tentait d'apprivoisement sa liberté), collectionnait des petites choses sans importance (une plume d'oiseau, un bout de verre poli qui avait pris des allures de cristal) qu'il plaçait sur le rebord de la fenêtre comme des talismans protecteurs et peu à peu, ces quelques mètres carrés étaient devenus le refuge à un quotidien brutal. Quotidien brutal qui avait fini par le rattraper, mais aujourd'hui, alors qu'il était libre et qu'un reste de neige lui mordillait gentiment la joue, lui rappelant qu'il avait de la chance d'être à l'air libre, il parvenait à ne pas se laisser happer par les souvenirs. Au contraire, il vivait l'instant présent et laissait la lumière se glisser entre ses interstices fissurés. Le rire des enfants brûlaient comme de petites étincelles et il s'approcha, comme pour se réchauffer à leur feu léger. Tout en gardant prudemment ses distances, car Cassius avait bien conscience qu'il n'offrait pas le spectacle le plus rassurant avec son visage un peu creusé et sa silhouette grise. Lui qui n'aurait pas fait de mal à qui que ce soit, il avait l'impression de porter son histoire sur son physique dégingandé et il esquissa un frêle sourire pour essayer de conjurer le mauvais sort à l'intention du plus âgé, qu'il n'avait pas encore vraiment pris le temps de regarder. « C'est rien. Après tout, je suis une cible idéale. Difficile de me rater. » assura-t-il d'une voix douce et un peu éraillée, comme s'il n'avait pas parlé depuis longtemps à un autre être humain. Si le gamin jetait une boule de neige en sa direction, il était à peu près certain qu'elle finirait par l'atteindre tant il était grand. Qu'importe que le gamin ait choisi volontairement de le toucher, il ne s'en formalisait pas autant que le babysitter attitré qui semblait un peu submergé par la tâche de gérer quatre gamins ravis de se batifoler dans la neige. Babysitter dont le visage ne lui était d'ailleurs pas totalement inconnu, réalisa soudainement Cassius. Où avait-il croisé ce visage ? Plongé dans une interrogation profonde, il ne sortit de ses pensées que lorsqu'il sentit un poids s'écraser non loin de ses pieds. Cassius baissa les yeux pour découvrir un bambin emmailloté chaudement qui s'était étalé de tout son long dans la neige fraîche et semblait beaucoup apprécier la situation, tout en le fixant de ses grands yeux clairs. Cette fois-ci, l'ex-détenu ne put empêcher un rire franc de lui échapper et il plia sa longue carcasse pour remettre le petit bout debout sur ses guiboles. Avec précaution, sans y penser, Cassius glissa ses mains sous le dos du bébé et le redressa. « Eh là, bonhomme. C'est mieux quand tu es debout sur tes deux pattes, tu ne trouves pas ? » fit-il, maniant le bambin avec une délicatesse infinie et époussetant la neige qui restait accrochée sur sa capuche. L'enfant ne se départit pas de son sourire béat et Cassius le poussa légèrement vers son grand frère qui s'était rapproché. Un instant, il regretta son geste. S'était-il montré trop prévenant, trop familier ? L'inconnu allait-il le trouver suspect de se montrer si attentionné envers un enfant qu'il ne connaissait pas ? Soudain, l'angoisse le reprit, prenant son estomac entre deux tenailles et il releva les yeux vers le jeune homme, traquant la moindre trace suspicieuse sur ce visage qu'il ne parvenait toujours pas à replacer. Il devait forcément l'avoir croisé ici à Mount Oak, car tout ce qui restait de sa vie à Détroit tenait en quelques lettres et une photo. Le reste avait complètement disparu – mère, frère, amis, tout était parti, perdu, évanoui. Ce garçon n'appartenait pas à ce passé gris et sans âme. Non, il était d'ici, où un avenir se traçait timidement. « Désolé. Je voulais juste… aider. De ce que je vois… tu ne te plaindrais pas d'avoir deux bras en plus. » murmura timidement Cassius, comme si son geste cachait quelque chose. Et il se maudissait de penser ainsi, il se maudissait de croire qu'il avait quelque chose à cacher alors qu'il n'y avait pas plus inoffensif que lui. Il ne voulait de mal à personne. Il voulait juste faire la conversation, échanger quelques mots innocents et sans conséquences. Il voulait juste avoir un bout de vie normale, il voulait juste quelque chose de simple.

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Sterling

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MessageSujet: Re: gentle souls know each other in silence.   Dim 11 Fév 2018 - 20:46

Ça n’était pourtant pas la première fois que Dominic le mettait dans l’embarras (le garnement semblait même éprouver un amusement certain à voir le clone gêné par ses péripéties) mais Sterling ne s’habituerait jamais à cette angoisse qui naissait dans son ventre quand l’attention des gens se concentrait sur leur petite troupe. Dominic, quant à lui, ne semblait jamais le moins du monde ébranlé par les regards désapprobateurs qui pouvaient être coulés dans sa direction. Le chenapan aimait par-dessus tout se faire remarquer et, encore mieux, choquer s’il en avait la possibilité. Et personne ne fonçait mieux dans le panneau que Sterling, comme si le clone n’était pas conscient du piège tendu. Pourtant Sterling voyait la chose arriver gros comme une maison mais, d’une façon ou d’une autre, la situation finissait toujours par lui échapper, qu’il le veuille ou non. Dans ce cas précis, c’était un projectile qui n’avait pas atteint sa cible et Sterling regretta que la boule de neige n’ait pas éclaté contre l’arrière de son crâne, comme ça l’était initialement prévu. Au moins ne se serait-il pas retrouvé, mortifié, à essayer d’excuser le comportement d’un gamin qui ne paraissait pas démontrer le moindre signe de remords. Et à guetter la réaction de l’inconnu qui avait eu le malheur d’être au mauvais endroit au mauvais moment et Sterling songea qu’il n’aurait vraiment pas fallu grand-chose – un intervalle de trente secondes, peut-être – pour que le drame soit évité. Enfin, de drame, pour l’instant, il n’y en avait pas, car l’inconnu esquissait un sourire plutôt rassurant qui se miroita sur les lèvres du jeune clone. Ouf ! ils n’avaient pas eu droit à l’un de ces voisins grognon qui n’aurait pas manqué de maudire la planète entière et la jeunesse qu’elle laissait présager.
Oubliant presque le garnement à l’origine de la rencontre, Sterling se frotta les mains l’une contre l’autre et laissa glisser son regard sur la haute silhouette qui s’approchait. Il y avait quelque chose d’étrange qui se dégageait de l’inconnu – comme une aura un peu triste, comme si de légers flocons persistaient à tourner autour de son visage et de ses épaules, ce qui était parfaitement absurde mais c’était le genre d’image qui traversait l’esprit de Sterling lorsqu’il contemplait les êtres humains : il leur associait toujours une sensation ou une illustration, sauf quand il les dessinait, où il s’arrangeait pour faire éclater cette vérité sous son trait de crayon, sans avoir besoin de chercher à le calquer avec une métaphore. Il sut d’ailleurs qu’il n’aurait aucun mal à croquer les traits de l’étranger sur une feuille de son cahier à portraits car lorsqu’il croisa le regard voilé de ce dernier, ce fut comme si quelque chose s’imprimait en lui, impalpable mais indélébile.
- Vous êtes grand, en effet, mais pas bien épais, laissa échapper Sterling avant de regretter sa spontanéité.
De quel droit s’adressait-il aussi franchement à un parfait inconnu ? Déglutissant avec peine, le garçon sentit son visage s’empourprer et balbutia :
- Enfin, je veux dire, c’est ma faute s’il vous a touché, je n’aurais pas dû bouger.
Il parlait typiquement comme un clone et en avait parfaitement conscience, voué à s’excuser auprès de tous d’exister. Mais il espéra, sans trop savoir pourquoi, que ça n’était pas aussi évident, non pas qu’il cherche à mentir sur sa condition mais Sterling craignait que l’attitude du jeune homme change s’il découvrait qu’il avait affaire à quatre gamins et un clone incapable de les gérer – ce qui était pourtant l’une de ses fonctions principales.
Un nouveau projectile atterrit contre le genou de Sterling qui jeta un regard d’avertissement au fauteur de trouble. Il voulait bien être patient et s’excuser à la place de Dominic mais celui-ci avait plutôt intérêt à se tenir à carreaux, sous peine de risquer d’être privé de télévision dès que le promeneur serait reparti à sa balade. Quand il reporta son attention sur l’inconnu, ce fut pour constater qu’un enfant gisait aux pieds de ce dernier et, instinctivement, alors qu’il connaissait évidemment l’identité du bambin, Sterling jeta un coup d’œil en direction du bonhomme de neige derrière lequel Kathy et Ian l’observaient toujours, leurs yeux trahissant leur panique. Visiblement, il n’avait pas besoin de leur dire quoi que ce soit, ils avaient bien compris qu’ils auraient dû mieux surveiller Morgan.
Soucieux de ne pas avoir l’air d’un incapable total, Sterling approcha de quelques pas et observa la façon qu’avait l’inconnu de redresser Morgan, avec une douceur maladroite, comme s’il craignait de briser le gamin emmailloté. Un sourire édenté et ravi éclaira le visage du benjamin Stathakis qui lâcha un babillement baveux complètement incompréhensible, même pour Sterling.
- Merci. D’habitude, je gère assez bien mais dès qu’ils voient de la neige, ils se transforment en véritables diablotins. Surtout celui-là, déclara Sterling en désignant Dominic qui avait commencé à grimper aux grosses branches de l’arbre pour aller s’installer dans le creux de l’une d’elles, qui formait un gros Y tordu.
L’ainé de la troupe leur tira la langue en guise de réponse et Sterling secoua la tête avant de se pencher pour attraper Morgan.
- Le torpilleur, c’est Dominic. Le petit esquimau ici, c’est Morgan et là-bas, ce sont Kathy et Ian, les présenta Sterling en les désignant un à un.
Il fut bien conscient que le gamin en robe bleue risquait d’attirer un drôle de regard mais il s’efforça de dire les choses de la façon la plus neutre possible. Il n’y avait bien que les humains pour s’attacher à des détails pareils, des éléments sur lesquels Sterling n’avait en tout cas jamais eu à réfléchir. Il supposa qu’en démontrant la chose avec naturel, le déguisement d’Ian passerait presque inaperçu. Et comme pour détourner complètement l’attention de l’inconnu de cette idée, Sterling tendit la main à celui-ci et compléta :
- Et moi, c’est Sterling.
Aurait-il dû préciser qu’il était le clone familial ? Peut-être. Mais l’information ne franchit pas ses lèvres et quand Sterling décocha un regard à Dominic, il devina que le garçonnet pensait exactement la même chose, même si lui non plus, ne trahit pas ce secret de polichinelle.
- Vous êtes nouveau, dans le quartier ? s’enquit Sterling, plus pour faire la conversation que pour signifier qu’il ne lui semblait pas avoir appris qu’un nouvel habitant était venu s’installer à Elysium District.
Mais la maison de la vieille Eugenia n’était-elle pas à vendre ? Peut-être la famille avait-elle trouvé un nouvel acquéreur et, dans ce cas, Sterling se devait de souhaiter la bienvenue à leur nouveau voisin.
- Bienvenue à Elysium District ! Attention, toutefois, l’endroit n’est pas sûr : il y a toujours des risques d’être attaqué par une boule de neige !
Il avait volontairement pris un air inquiétant quand il avait lancé la mise en garde mais Sterling ne tarda pas à glisser un petit rire avec la chute de sa plaisanterie.

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