can we go back to the start ?


Partagez | 
 

 can we go back to the start ?

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage

Moira Reed

avatar

CRÉDITS : riddle

INSCRIT LE : 29/05/2016
MESSAGES POSTÉS : 587


LOOK IN THE MIRROR
RELATIONS:
DISPONIBILITÉ RP: nash, adriel

MessageSujet: can we go back to the start ?   Dim 3 Déc 2017 - 19:54

C'est un profond malaise aux extrémités tranchantes qui l'a assiégé, son visage en est même devenu livide, au moment où elle a réalisé qu'elle avait du retard et que cela pouvait signifier qu'elle était enceinte. Cette réaction est un incroyable volte-face lorsque celle qu'elle aurait eu cinq ans plus tôt en soupçonnant une grossesse aurait été un espoir et un ravissement indescriptible – mais malheureusement beaucoup de choses se sont passées depuis ce jour. Si à l'époque, son mari et elle partageaient le projet d'avoir un enfant ensemble et faisaient tout pour à cette fin, aujourd'hui elle est censée avoir prévenu tout risque de grossesse en reprenant la pilule à l'insu de Conrad. Elle a bien conscience qu'aucun moyen de contraception n'est sûr à 100%, mais elle n'aurait pas pu penser à un plus mauvais timing. Quelle triste évolution, lorsqu'elle n'a plus les mêmes aspirations que son mari et qu'ils se sont éloignés par la faute de ces non-dits. Ana se souvient d'un temps où elle n'aurait rien voulu cacher à son mari, et où il ne lui serait jamais venu à l'esprit que l'un ne puisse pas comprendre ce que l'autre avait sur le cœur. Seulement l'effet dévastateur de ces quatre fausses-couches les ont impacté différemment, et le désir frustré d'avoir un enfant est devenu si sensible depuis qu'elle n'a pas osé se confronter à ces blessures à vif.
Quand Ana a appris sa seconde grossesse, une pointe d'appréhension lui a peut-être vrillé le cœur, mais elle était surtout soulagée face à la perspective de pouvoir enfin mettre l'épreuve qu'a été cette première fausse-couche derrière eux, et elle a fini par sourire à l'idée qu'ils puissent enfin fonder cette famille dont ils rêvaient tant. Lorsqu'elle a eu connaissance de sa troisième grossesse, elle n'était alors plus que pétrie d'angoisses quand pourtant elle voulait toujours tomber enceinte même si cela signifiait prendre le risque de perdre le fœtus une nouvelle fois, et ces angoisses furent encore plus difficiles à vivre lors de la quatrième grossesse, si bien qu'après cette nouvelle fausse-couche elle n'était plus habitée que par la peur terrible d'en vivre une cinquième, et le pouvoir implacable de cette perspective en est venu à surpasser son désir d'avoir un enfant. Pourtant, c'est une aspiration qu'elle a toujours eu, et qui s'est accrue à mesure que sa relation avec Conrad s'est renforcée. Comment n'aurait-elle pas pu vouloir un enfant de l'homme qu'elle a toujours chéri aussi loin qu'elle s'en souvienne ? Si elle a toujours eu la crainte de transmettre nombre de ses angoisses et de ses névroses à ses progénitures, elle n'en restait pas moins certaine que son mari pallierait à ses défauts, et la conviction qu'il ferait un merveilleux père l'a encouragé à mettre de côté ses doutes.
Ils voulaient tellement cet enfant, des enfants même, alors pourquoi ont-ils piteusement échoué à chaque fois ? Pourquoi se voient-ils refuser ce que tant d'autres peuvent avoir alors que beaucoup d'entre eux ne l'ont même pas voulu ? Ana en est souvent venue à se demander si Conrad et elle étaient vraiment fait pour fonder une famille, si ces fausses-couches systématiques n'étaient pas finalement un signe qu'ils faisaient fausse-route. Elle a toujours été incapable d'envisager que ça puisse être son mari qui n'était pas fait pour devenir père, mais par contre elle n'a pu que douter de sa capacité à être mère. Bien sûr, elle n'a jamais rien avoué à son mari de ses doutes croissants, et bientôt c'est son désir d'enfant éprouvé qu'elle a égaré en chemin. Ne pas vouloir tomber enceinte une cinquième fois n'est pas un choix sciemment pensé, mais un besoin qui s'est viscéralement imposé à elle au point où il lui a permis de passer outre ses scrupules de tromper ainsi son mari en reprenant la pilule lorsqu'ils sont toujours censés essayer de la faire tomber enceinte. Si ce moyen de contraception a été un moyen de soulager momentanément son appréhension terrible de risquer une nouvelle grossesse, elle n'était pas moins assaillie de culpabilité à l'égard de l'homme aimé qu'elle abandonnait chaque jour à l'ignorance. Combien de temps se seraient-ils confrontés à cette impasse ? Ils ne le sauront jamais.
Ana a fauté, elle a eu la faiblesse de céder à la tentation charnelle avec un autre, et sa seule solution a été de prétendre l'amnésie de son adultère suite à son récent accident de voiture pour espérer que son mariage ne s'effondre pas sur des fondations déjà fragilisées. Mais elle ne peut pas s'en tirer aussi facilement, elle le sait, et elle a déjà la terrible conviction que ce test de grossesse va lui donner une réponse positive. Elle s'est réfugiée dans leur salle de bains en l'absence de son mari, et c'est seule qu'elle a voulu se confronter à cette éventualité. Toutes les autres fois, Conrad a attendu avec elle le résultat du test de grossesse, que la réponse soit positive ou négative, mais comment pourrait-elle le mettre au courant de cette redoutable perspective aujourd'hui ? Pour ce qu'elle en sait, il espère toujours la voir tomber enceinte, elle est celle qui ne veut plus d'une grossesse, mais c'est surtout la possibilité que l'enfant soit de son amant qui l'assaille et qui l'empêche de vouloir partager la terrible conséquence de sa faute à son mari.
Bientôt, les trois minutes fatidiques se sont écoulées, et Ana jette un œil à ce test de grossesse qui lui confirme ce qu'elle craignait tant : elle est enceinte. Elle n'ose penser à un faux positif, elle ne mérite pas un tel soulagement, et face au désarroi qui ne l'a jamais quitté depuis qu'elle a compris qu'elle était peut-être enceinte et qui s'accroît à présent face à la certitude de l'être, elle se soustrait à la confirmation visuelle qui rendrait heureux tant d'autres, et elle abandonne le test de grossesse sur le lavabo avant de se réfugier au fond de la pièce. Elle pose les deux paumes de ses mains contre le mur, et tente de reprendre ses esprits pour réfléchir à ce qu'elle pourrait bien faire de cette réalité alors qu'elle abandonne sa tête au vide entre ses deux bras tendus.

________________

I may or may not be secretly in love with you
Revenir en haut Aller en bas

Jonas Stevenson
CONRAD STEVENSON

avatar

CRÉDITS : lux

INSCRIT LE : 12/11/2017
MESSAGES POSTÉS : 74


LOOK IN THE MIRROR
RELATIONS:
DISPONIBILITÉ RP: dispo (Elsie / Leopold, TC)

MessageSujet: Re: can we go back to the start ?   Dim 17 Déc 2017 - 22:13

- Ne me laisse pas... Je t'en supplie, ne me laisse pas...
L'ombre de tous les amants endeuillés que Conrad croisait à la morgue s'était posée à ses côtés alors qu'il attendait son éveil. Comme eux, il refusait de croire. Comme eux, il alternait les moments de silence et ceux où il lui avouait tous les maux qui n'avaient cessé de le hanter au cours des dernières heures. Ana était là, inerte, mais il avait besoin de lui parler de lui répéter à quel point il tenait à elle. Qu'importe si elle l'avait trompé, la vie avait plus de valeur avec elle que sans et il lui avait pardonné dès l'instant où il avait compris pourquoi l'hôpital appelait. La perspective de la perdre, qui plus est par sa seule faute, lui était insupportable. De son trajet, Conrad n'avait d'ailleurs gardé aucun souvenir. Il se revoyait chez eux, puis assis à côté d'elle, ses mains enserrant la sienne en attendant qu'elle ne se réveille. Dans ce laps de temps, il n'avait cessé de répéter à quel point il était désolé. Qu'il l'aimait. Qu'il regrettait son emportement. Et, plus que tout, qu'il voulait qu'elle lui revienne. Il pourrait s'accommoder de son adultère, il l'avait déjà fait, mais pas de sa perte ; de celle-ci, il savait qu'il ne s'en remettrait jamais.
La voir ouvrir les yeux avait été le premier de tous les soulagements qui avaient suivis. Il n'y avait rien d'autre à faire dans cette chambre que d'attendre et c'était ce que Conrad avait fait, attendre qu'elle ne se réveille et terrasse toutes les angoisses qui l'avaient assailli. A la voir ouvrir les yeux, la plupart avaient disparu et il s'était brièvement senti soulagé en découvrant qu'elle avait tout oublié des derniers événements. Il savait que ça ne pourrait qu'être temporaire mais avait été soulagé de ne pas avoir à s'y reconfronter aussi vite et pouvoir à son tour oublier la fêlure qui s'était insinuée dans leur couple. Comme tous ces amants maudits qu'il croisait à la morgue, il voulait croire que tout n'était pas perdu. Comme eux, il avait la folie de croire qu'il pouvait encore rester un espoir, et s'y était rattaché.
Depuis son éveil, Conrad n'avait cessé de la couver, que ce soit du regard ou de ses bras, comme pour mieux s'assurer qu'elle allait bien et qu'eux aussi. C'était un besoin contre lequel il n'arrivait pas à lutter, de ceux qui le réveillaient la nuit et l'amenaient à prendre ses services à l'hôpital avec un retard auquel Arthur n'avait pas été habitué. Après avoir manqué la perdre, il lui fallait s'assurer qu'il n'en était rien ; quitte à avoir l'impression par moment d'y perdre la raison.
Une routine nouvelle s'était installée et Conrad en nota la rupture dès l'instant où elle se produisit. Il y avait toutes sortes d'explications qui pouvaient justifier qu'Ana ne soit pas là, pas seulement pour l'accueillir mais dans un sens plus global.
- Ana ?
Il sentit un relent d'angoisse revenir jusqu'à lui, celui-là même qui l'avait envahi lorsqu'elle lui avait demandé de s'assoir quelques semaines plus tôt en annonçant qu'elle avait quelque chose à lui dire. Il avait alors suffit de ces quelques mots pour qu'il comprenne que quelque chose n'allait pas et cette impression de chaos imminent était de nouveau en train de le gagner. La porte fermée de la salle de bain, plus que tout le reste, lui rappela ces quelques heures de tourment et il l'ouvrit en redoutant ce qu'il s'apprêtait à découvrir derrière elle. La silhouette d'Ana apparut enfin et il se dirigea vers elle jusqu'à sentir son regard être attiré par autre chose, un objet trop familier pour qu'il puisse l'ignorer et dont il se saisit avec une réticence qu'il ne s'expliqua pas sur l'instant. Positif ; évidemment qu'il était positif, comment aurait-il pu en être autrement ? Il remarqua alors qu'Ana s'était tournée vers lui et acheva de la rejoindre de deux pas dont il n'aurait su feindre l'urgence. Il s'arrêta à son niveau puis l'attira contre lui dans un silence bien éloigné de ce qu'ils avaient connu les fois précédentes, lorsque la seule possibilité qu'elle puisse être enceinte suffisait à lancer des flots de paroles que seule l'annonce du résultat sur un minuscule objet de plastique avait su calmer.
- Tu ne m'as pas attendu...
Ce n'était pas un reproche, juste le constat d'une infime trahison que Conrad espérait ne pas être annonciatrice d'une autre. Il chassa cette idée du mieux qu'il le pouvait pour détacher son étreinte et l'embrasser ; chassa les doutes qui commençaient à germer et qui n'avaient pas de place dans l'immédiat.
- Cette fois sera la bonne, je te le promets. Tout se passera bien.
C'était ce qu'il lui avait déjà dit par le passé, et pas seulement la dernière fois, mais qu'importe. Cette fois, comme toutes les autres, il le croyait. Il le croyait suffisamment fort pour arriver à rejeter cette idée que l'enfant puisse ne pas être de lui ; du moins, pour l'instant.

________________

Here I am not quite dying ; My body left to rot in a hollow tree ; Its branches throwing shadows on the gallows for me ; And the next day and the next and another day   (The Next Day ◇ Bowie)
Revenir en haut Aller en bas

Moira Reed

avatar

CRÉDITS : riddle

INSCRIT LE : 29/05/2016
MESSAGES POSTÉS : 587


LOOK IN THE MIRROR
RELATIONS:
DISPONIBILITÉ RP: nash, adriel

MessageSujet: Re: can we go back to the start ?   Lun 25 Déc 2017 - 15:10

Ses lèvres tremblent, et seul l'appui de ce mur empêche ses mains de trembler aussi. Ana a beau toujours essayer de prétendre le contraire aux yeux de la plupart, elle n'a jamais été si bien dans sa peau, et c'est à cet instant précis qu'elle n'a même jamais été aussi mal dans celle-ci. Elle voudrait pouvoir se soustraire à cette enveloppe corporelle qui n'est soudain plus qu'un fardeau tant il traduit son profond désarroi, mais à la place de ça ses épaules s'affaissent toujours plus sous le poids de son effroi : plus que tout, elle a voulu un enfant de Conrad, mais aujourd'hui elle n'est plus capable de trouver en elle le courage de se réjouir, de s'enthousiasmer face à la confirmation de cette nouvelle grossesse – qui a alors davantage des allures de véritable condamnation.
Elle ne veut pas de cet enfant, elle ne veut plus tomber enceinte. Comment un tel volte-face est-il possible ? C'est son corps, le sien, celui dont elle fait ce qu'elle veut, même si c'est pour commettre une terrible faute et se presser contre le corps d'un autre que celui de son mari. C'est son corps, sauf que ce n'est plus vraiment seulement le sien à présent, et elle n'a dès lors plus aucun contrôle sur celui-ci. Il y a cet embryon en elle, qui deviendrait bientôt un fœtus, et peut-être même enfin un nouveau-né, un être à part entière qui est déjà une part d'elle. Mais de qui tient l'autre part ? De son mari, ou de son amant ? Cette incertitude ne fait que rendre son malaise plus palpable encore, alors que si elle n'était déjà même plus capable de vouloir un enfant tout court, elle n'en veut très certainement pas un d'un autre homme que Conrad, et elle ne blâme qu'elle pour cette situation inextricable dans laquelle elle s'est piégée.
Elle tente pourtant de reprendre ses esprits pour réfléchir à comment s'en sortir malgré tout, mais les minutes s'égrènent et l'évidence lui crie qu'elle n'est pas capable de ça non plus, si bien qu'elle aurait certainement perdu tous ses moyens si la présence de Conrad ne l'alarme pas aussitôt et la pousse à se recomposer une expression faciale pour ne rien laisser paraître de ces doutes qui l'accablent. Son palpitant se résout ainsi définitivement à l'éréthisme lorsqu'elle ne s'est pas attendue à lui faire face à cet instant, et elle se maudit intérieurement par la même occasion de s'être montrée si négligente : l'attention de son mari ne tarde guère à se poser sur le test de grossesse, et il sait à son tour. Déjà, elle se retrouve dans ses bras réconfortants, et elle met ainsi plus aisément de côté son mal-être pour revenir à l'essentiel.
- Je suis désolée. Il y a tant de choses, pour lesquelles elle est désolée. D'ailleurs s'excuse-t-elle d'avoir fait ce test de grossesse sans l'attendre, ou plutôt de tous les faux pas qui ont été les siens ces derniers mois ? J'ai réalisé mon retard d'un seul coup, et j'avais besoin de savoir. Un besoin irrépressible de savoir sur lequel elle ne ment pas, mais qui n'est qu'une vérité partielle lorsqu'elle omet le sentiment majeur qui l'a poussé à faire ce test de grossesse sans plus attendre : l'angoisse accablante d'être à nouveau tombée enceinte. Et cette appréhension s'est dorénavant muée en effroi, qu'elle tente alors de refouler aux tréfonds de son être pour vivre malgré tout l'instant présent avec Conrad qui relâche son étreinte pour l'embrasser.

Cette fois sera la bonne. Ça la tue, qu'il dise ça. Cette fois sera peut-être enfin la bonne, parce qu'il y a eu ces quatre fois qui n'ont pas été les bonnes. Comment peut-il savoir vraiment que cette fois-ci ce sera différent ? Que ça sera la bonne ? Si seulement leur volonté et leur espoir suffisaient à cette fin, la première fausse couche ne serait jamais arrivée en premier lieu. Alors comment peut-il lui promettre que tout se passera bien ? Où puise-t-il le courage de s'accrocher et de toujours vouloir fonder cette famille quand Ana s'est contrainte à l'abandon des mois plus tôt ? Où trouve-t-il toute cette force en lui ? Ou n'est-ce que des bonnes intentions qui guident ses mots, et non une conviction profonde ?
Elle regarde son mari, cet homme bienveillant et dévoué, qui s'efforce de la rassurer du mieux qu'il peut, et il la touche une énième fois en plein cœur. C'est la spécialité de Conrad, de l'atteindre constamment en plein cœur, et ce dès les premières complicités de leur amitié adolescente. Il est le seul à jamais à l'avoir touché de cette façon-là, l'unique qui fait naître ce déferlement d'amour en elle dont le tsunami menace à chaque fois de s'échapper de ces yeux débordants d'adoration. Elle l'aime, cet homme, elle l'aime autant qu'elle en est humainement capable, et les racines de cette dévotion s'enfoncent et ne font toujours plus qu'un avec son être.
C'est en un instant, que l'implacable vérité la frappe. Une vérité qu'elle a toujours su, que sa conscience a très vite réalisé, mais ce n'est qu'à cet instant précis, dans cette salle de bains, qu'elle est capable de mesurer l'ampleur de sa signification : c'est parce qu'elle a manqué de le perdre, et que cette perspective effroyable n'est toujours pas révolue, qu'elle est en mesure de comprendre à quel point tous les aléas que la vie sauraient leur infliger n'ont pas d'importance tant qu'elle ne le perd pas lui. Ils ont subi nombre de pertes ces dernières années, de son propre être elle a tant perdu, et ils n'ont cessé de voir des bouts d'eux leur échapper, à chaque fausse couche, mais ce n'est qu'au bord de l'abysse que serait la perte de Conrad qu'elle sait profondément que lui seul compte : tout le reste n'est que secondaire.
Alors un sourire à la fois doux et triste naît sur ses lèvres, et sa poitrine laisse échapper un soupir de ravissement.
- Même si ce n'est toujours pas la bonne, ça ira. Son front trouve bientôt refuge contre le sien, tandis que les phalanges de sa main viennent caresser sa joue et que son regard s'égare sur l'épiderme de son visage. Tant que tu es là. Tant que je ne te perds pas toi. Et elle s'attarde un instant de plus dans le confort de sa proximité, avant de se séparer de celle-ci pour saisir à nouveau ce test de grossesse et persister à se raccrocher à la raison que son mari fait naître en elle. J'appellerais Estelle pour prévoir une prise de sang, pour confirmer ça. Son regard s'éternise une seconde de plus sur l'objet au résultat positif, puis elle finit par l'abandonner au contenu de la poubelle. Elle se retourne ensuite sous l'impulsion de ces yeux qui ne demandent qu'à retrouver son mari, et finalement elle ne peut pas empêcher son corps de déjà le retrouver aussi alors qu'elle vient se hisser sur la pointe de ses pieds pour enrouler ses bras autour de son cou et perdre le bout de son nez dans les effluves de son cou. Un soupir de soulagement, puis une énième évidence, viennent tour à tour échapper à ses lèvres.
- Je t'aime.


Spoiler:
 

________________

I may or may not be secretly in love with you
Revenir en haut Aller en bas

Jonas Stevenson
CONRAD STEVENSON

avatar

CRÉDITS : lux

INSCRIT LE : 12/11/2017
MESSAGES POSTÉS : 74


LOOK IN THE MIRROR
RELATIONS:
DISPONIBILITÉ RP: dispo (Elsie / Leopold, TC)

MessageSujet: Re: can we go back to the start ?   Sam 20 Jan 2018 - 23:32

C'était un vide que Conrad avait en lui, mais dont il ne prenait conscience que dans ces rares instants où il s'apprêtait enfin à être comblé. Il le sentait s'accroître jusqu'à paraître sur le point de tout emporter sur son passage, l'espoir qu'ils allaient mettre dans cette nouvelle grossesse comme le soulagement ou le bonheur qui auraient dû primer, puis se résorber. La chose ne durait que quelques instants, à peine suffisants pour que Conrad puisse l'identifier et réaliser à quel point ce manque d'enfant pouvait lui peser. Il veillait à ne pas en montrer l'ampleur à Ana, comme il prenait soin de se le cacher, mais il n'était toujours pas parvenu à faire son deuil de toutes les tentatives passées. Il lui arrivait encore, des années après, de se réveiller en sursaut en croyant avoir entendu India pleurer de l'autre côté du mur, ne se reprenant qu'après s'être rappelé qu'India n'avait jamais franchi le pas de cette chambre, comme il ne l'avait jamais entendue pleurer ou émettre le moindre son ; à la différence d'Ana, il ne l'avait d'ailleurs jamais vue. Il se l'imaginait, tout comme il s'imaginait ce qu'aurait pu être leur vie si elle en avait fait partie, mais d'une présence qui n'avait cessé de le hanter. A aucun moment, pourtant, Conrad n'avait cherché à la remplacer. Chaque nouvelle grossesse était pour lui comme une remise à zéro de leurs chances, la concrétisation d'un espoir qu'il n'avait jamais perdu malgré tout ce qui avait pu leur arriver par le passé. Il y croyait, à chaque fois. Il sentait ce vide le submerger puis disparaître ; ce même vide qui revenait lorsqu'il leur fallait refaire leur deuil. De tout le processus, c'étaient ces quelques heures passées aux côtés d'Ana, sur un lit d'hôpital vaguement familier, qui lui étaient les plus douloureuses. Elles comprenaient tout le sursaut de désespoir qui n'attendait qu'à les envahir, réduisant à néant tout ce qui, auparavant, avait pu faire leur joie. Il se revoyait, la seconde fois, en train de nettoyer la coupure qui barrait le front de son épouse tandis qu'ils attendaient qu'on apporte le chariot de l'écographe, toute son attention focalisée sur des gestes qu'il n'avait pas l'habit de pratiquer sur un être encore vivant ; une tâche rendue plus complexe encore de par le statut de sa patiente. Ils n'avaient pas eu besoin de parler pour sentir qu'ils connaissaient tous les deux l'issue qui leur seraient révélée, et Conrad s'était contenté de soigner les plaies les plus apparentes en attendant qu'ils puissent s'occuper de toutes celles qui ne manqueraient pas d'en découler. Ce n'était pas de chance que ce soit juste Ana qui se soit trouvée face à ce patient, comme ce n'avait pas été de chance qu'il la frappe précisément là où elle en était devenue le plus fragile. Jusqu'alors, Conrad avait toujours accepté l'idée selon laquelle tout se passe pour une raison particulière mais, tout en sortant les compresses de leur emballage stérile, avait réalisé à quel point ce raisonnement pouvait être vain. Il refusait de croire que deux de leurs enfants allaient périr pour une raison qui leur échappait, pour une faute que l'un ou l'autre aurait commise ou pour les soumette à une épreuve dont ils devraient ressortir victorieux. Toutes les paraboles qui l'avaient fasciné enfant lui semblaient désormais vaines et sa foi vascilla sans autre signal que celui de l'injustice de leur situation. Et si, aujourd'hui, ce vide venait à être comblé une nouvelle fois, plein d'un espoir dont Conrad n'avait jamais pu complètement se défaire, c'était sans aucun égard vis à vis de ce qu'ils avaient traversé ; tout ce qui comptait, et qui avait toujours compté, c'était Ana.
- Tu as bien fait, pas besoin d'être désolée.
Conrad aurait pu lui en vouloir, du moins dans un autre contexte, mais le soulagement l'emportait sur tout le reste. Il savait ce que c'était que d'attendre qu'un symbole daigne apparaître, positif comme négatif, pour l'avoir vécu suffisamment de fois avec elle et balaya tous les scrupules qu'elle aurait pu avoir d'un baiser. Il avait aimé attendre avec elle les fois précédentes, sentir sa paume contre la sienne tandis qu'ils ne pouvaient s'empêcher de deviner la signification à venir du moindre frémissement de couleur, mais il pouvait s'en passer. Et puis, s'il avait été là comme il l'aurait souhaité, le problème ne se serait pas posé, et Conrad le savait tout aussi bien qu'elle. Il pencha la tête jusqu'à ce que leurs peaux entre de nouveau en contact, front contre front dans un mouvement à la chorégraphie bien huilée. Chaque parcelle de son corps semblait répondre différemment en présence d'Ana, comme attiré par la force étrange qui émanait d'elle. Il avait besoin d'elle, envie d'elle, plus que tout le reste, et saisit la main qui lui caressait la joue avant qu'elle ne s'éloigne ou s'abaisse.
- Je serai toujours là.
Il le lui avait promis lorsqu'il l'avait épousée et entendait bien ne pas faillir, quoi qu'il arrive ; et surtout quoi qu'il lui en coûte. Conrad se montrait moins catégorique avec ce si ce n'est toujours pas la bonne dont il rejeta la possibilité d'un léger hochement de tête. De tout ce qui pourrait arriver, il ne voulait pas croire que le sort puisse s'acharner à ce point sur eux en leur retirant une fois de plus leur enfant. Tant d'autres y arrivaient chaque jour, pour la plupart sans même avoir besoin de forcer, et c'étaient eux qui étaient privés de cette chose qu'ils désiraient tant. C'était injuste et, même si ça irait, Conrad ne voulait pas se contenter d'avoir à recoller les morceaux après un nouvel échec. Ça irait pour eux, oui, mais plus complètement, et c'était peut être encore pire.
Il n'y a pas d'urgence, si ? On pourrait garder ça pour nous encore un petit peu, rien que pour nous...?
A force, ils avaient appris à être prudents. Ne plus se réjouir d'annoncer la nouvelle à leurs proches mais attendre d'être sûrs, confiants, quitte à ne pas toujours pouvoir arriver jusque là. Lorsqu'ils avaient perdu India, Conrad avait eu l'impression de devoir recommencer son deuil à chaque fois qu'il leur fallait expliquer ce qui leur était arrivé. Même sans penser à mal, on leur posait à chaque fois tout un tas de questions sur la succession des événements, chaque détail entraînant son lot de déchirures. Tant qu'ils étaient les seuls au courant, ils étaient plus ou moins protégés, et Conrad n'avait rien d'autre en tête que ce besoin de se préserver tous les deux ; tous les trois. Il regarda Ana jeter ce test dont ils n'auraient plus besoin et poursuivit l'impulsion qu'elle donna à leurs corps en la soulevant jusqu'à lui. Le vide avait disparu, remplacé par elle, rien qu'elle, dont les pieds avaient quitté le sol pour mieux la tenir serrée contre lui ; il ne l'aurait lâchée pour rien au monde, jamais, et encore moins en cet instant.
- Je t'aime aussi. Tellement.
Conrad n'avait jamais été très doué pour mettre en mots ce qu'il avait sur le coeur ou ailleurs, mais il était bien placé pour savoir qu'Ana savait en déchiffrer tous les non-dits.

________________

Here I am not quite dying ; My body left to rot in a hollow tree ; Its branches throwing shadows on the gallows for me ; And the next day and the next and another day   (The Next Day ◇ Bowie)
Revenir en haut Aller en bas

Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: can we go back to the start ?   

Revenir en haut Aller en bas
 
can we go back to the start ?
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
BROKEN MIRROR :: Habitations-
Sauter vers: