you never know what happens behind closed doors


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Sterling

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MessageSujet: you never know what happens behind closed doors   Ven 3 Nov 2017 - 23:23

Sterling prit le temps d’étudier la liste des livraisons pour en élaborer un ordre stratégique qui lui permettrait d’effectuer l’ensemble en un temps record et ainsi satisfaire les clients comme les Flaherty. Parce qu’un client heureux était un client qui commanderait à nouveau chez le petit traiteur. Le jeune clone connaissait la ville comme sa poche, l’ayant parcourue en long et en large au fil de ses tournées, découvrant des raccourcis et des passages secrets qui lui faisaient gagner un temps considérable. Il reconnut des noms familiers et, d’autres, qui lui étaient complètement étrangers. Non pas que ça change quoi que ce soit à sa façon d’effectuer son travail mais il aimait visualiser les visages de ces gens qu’il avait appris à connaitre, au fil des livraisons, même si, la plupart du temps, ça ne se bornait qu’à des échanges polis et plutôt distants. Sterling ne savait pas si ça avait avoir avec son statut de clone ou si c’était tout simplement la façon dont les gens interagissaient, mais il se voyait mal le demander. Tout ce qu’on lui demandait, après tout, c’était de faire son travail convenablement et il s’en acquittait avec le professionnalisme du parfait petit employé.
Lorsqu’il eut décidé de son itinéraire, Sterling enfila une casquette aux couleurs du traiteur (avec le nom ‘stathakis’ soigneusement cousu sur l’avant, en lettres blanches sur fond bleu clair) et enfourcha son vélo. Ses jambes prirent rapidement le rythme fluide et énergique des coups de pédale et Sterling dévala les rues pour remonter les suivantes, tourna à un carrefour avec un dérapage contrôlé (il fallait bien qu’il s’amuse, à sa façon) et commença sa tournée, livrant plats après plats, d’une maison à un appartement, chez des personnes seules ou des groupes bruyants réunis dans des salons à regarder quelque obscur programme auquel le clone ne s’intéressait jamais. Toujours, il tendait le paquet, récoltait l’argent et repartait sans s’éterniser et quand, enfin, il parvint au dernier domicile, il s’arrêta devant l’immeuble pour le contempler un instant. S’il s’arrêtait là en dernier lieu, ça n’était pas innocent (il aurait pu livrer la commande une vingtaine de minutes plus tôt mais il avait tenu à garder cette adresse pour la fin) et il sécurisa son vélo avant d’entamer l’ascension des étages pour atteindre le palier d'un client devenu un habitué. Le garçon approcha de la porte close, se frotta le front d’un geste machinal pour effacer les traces de sa course effrénée, et frappa deux petits coups secs. Il perçut distinctement un grincement, dans la pièce voisine, et des pas lourds approcher lentement du seuil. Comme à chaque fois, Sterling décela les grognements inintelligibles du bonhomme isolé qui ne trouvait jamais ses clés. Ensuite, un tintement caractéristique indiqua qu’il avait dû mettre la main dessus et la porte s’ouvrit enfin sur un type à la taille bien remplie et vêtu d’un peignoir qui n’avait pas été lavé depuis un moment.
- Votre commande, Monsieur Carter, lui annonça joyeusement Sterling en lui tendant le paquet d’où émanait une délicieuse odeur. Cela fera treize dollars cinquante.
À nouveau, le client mit quelques minutes à trouver son portefeuille et il compta méticuleusement l’argent avant de le remettre à Sterling, avec ce même air soupçonneux qui ne le quittait jamais, quand bien même cela faisait au moins six mois qu’il le voyait sur le pas de sa porte.
-  Bonne fin de journée, lâcha Sterling au moment où la porte lui claquait au nez et il resta un instant figé devant le battant fermé.
Il attendit d’entendre les ressorts grincer sous le poids du propriétaire des lieux avant de tourner les talons pour retourner à son vélo. Il pressa quelques boutons sur sa montre digitale et sourit en constatant qu’il avait battu un nouveau record de rapidité et songea qu’il ne devrait pas oublier de le noter dans son carnet, quand bien même l’exploit ne lui rapportait rien sinon la satisfaction de s’être dépassé.  Perdu dans ses pensées, il faillit passer devant la porte close sans s’arrêter. Ce n’est qu’en levant la tête qu’il revint sur terre et oublia l’absurdité de ses occupations.
Parce que cette porte était différente, bien qu’en apparence, rien ne la distingue d’une autre. Elle était peinte de la même couleur que les autres – une obligation, certainement, d’uniformiser les lieux, n’avait rien d’extraordinaire ni d’extravagant si ce n’est les verrous qui l’ornaient et qui semblèrent s’être dédoublés, comme le constata Sterling en se figeant. D’un regard interloqué, le jeune homme analysa les différents loquets et il effleura ceux-ci du bout des doigts. Ça n’était pas la première fois qu’il faisait une escale sur ce palier. En réalité, il avait pris le pli de s’y arrêter quelques minutes depuis qu’il avait aperçu, un jour, une ombre glisser sous la porte, silencieuse comme un fantôme. Aussi baissa-t-il les yeux vers le sol et le fin rai de lumière qui filtrait, guettant un mouvement, n’importe quoi qui trahisse qu’il y avait un être vivant qui se trouvait de l’autre côté de la surface de bois peint.
Mais rien ne bougea et une lueur de déception voila les traits du garçon qui soupira, sans même savoir pourquoi il ressentait une telle émotion. Il fit un pas en arrière, puis deux et s’apprêtait à abandonner la partie lorsqu’un déplacement, si furtif qu’il crut l’avoir imaginé, attira son attention. Retenant son souffle, Sterling revint à son poste et approcha son oreille, comme pour guetter une respiration ou un murmure.
- Est-ce que tout va bien ?
Les mots lui avaient échappé avant même qu’il ne s’en rende compte et il fut saisi d’effroi. Et s’il venait de franchir une limite indésirable ? Jusqu’alors, il s’était contenté de glisser un feuillet publicitaire sous la porte, piètre excuse pour briser la bulle invisible qui auréolait de mystère cet appartement plein de solitude. Parfois, il avait été jusqu’à oser inclure un dessin de son cru, mais jamais il n’avait risqué de parler. Pourtant quelque chose clochait, il le sentait, sans pouvoir déterminer l’origine du malaise. S’écartant d’un pas, il jeta un coup d’œil de chaque côté du couloir, se demanda si quelqu’un l’épiait et n’hésiterait pas à rapporter qu’un clone importunait les voisins mais il ne pouvait résister au besoin de percer le silence.
- J’ai une commande pour vous, ajouta-t-il, libérant le mensonge sans réfléchir, en cherchant un nom qui identifierait les propriétaires des lieux, sans succès. Un essai gratuit du plat qui vous fait envie. Pour la maison.
Sterling grimaça. Mais à quoi jouait-il, bon sang ? Comment irait-il expliquer aux Flaherty qu’il avait promis un plat préparé à une porte close ? Faute d’inspiration, il extirpa un calepin de sa poche, en arracha une feuille et dessina rapidement une silhouette qui avait une très nette ressemblance avec lui, accroupi devant la porte, dans une position qui n’inspirait pas la méfiance, comme un gamin curieux, laissant le pendant intérieur vide. Il glissa ensuite la feuille sous la porte et se redressa. Était-ce une femme ? Un homme ? Un enfant ? Qui se cachait donc derrière la porte ? Et pourquoi avait-il la désagréable impression qu’il ou elle n’y restait pas de son plein gré ? Mais les voisins auraient dû le remarquer si quelque chose se tramait, non ? Ou étaient-ils tous aussi absorbés par leur téléviseur que Monsieur Carter ?

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Rebecca Deckard

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MessageSujet: Re: you never know what happens behind closed doors   Mar 2 Jan 2018 - 20:04

Une semaine qu’elle n’avait pas de ses nouvelles et qu’elle était coincée ici à errer d’une pièce à la suivante, sans schéma particulier. Parfois, elle n’avait même pas la force de se lever, et restait au lit toute la journée à contempler le plafond d’un blanc éclatant. Comme celui des grains de sable réchauffés par les rayons du soleil. Il lui suffisait alors de fermer les paupières pour s’imaginer ailleurs, très loin. A l’autre bout du monde de préférence, au bord de la mer. Si elle se concentrait suffisamment, elle était capable de ressentir le clapotis léger de la mer venant lécher ses orteils, et s’écraser sur ses mollets. Le vent également jouait dans ses cheveux longs, et soulevait la serviette qui claquait contre ses omoplates. Et puis le rêve s’estompait aussi vite qu’il était arrivé, laissant derrière lui pour unique souvenir, des sillons humides sur ses joues qu’elle effaçait d’un geste brusque de la main. Aujourd’hui pourtant, Rebecca avait quitté la chambre pour gagner le salon, où elle était restée longtemps à contempler les meubles, indécise. Une vraie statue digne des œuvres de ces grands maitres florentins qu’il lui avait montré à travers des ouvrages rapportés de ses voyages. Elle avait toujours aimé la peinture, et particulièrement la technique italienne qui la touchait en plein cœur. Les regards tristes des femmes représentées par quelques coups de pinceaux savamment maitrisés, étaient on ne peut plus familiers; dans leur détresse, elle voyait son reflet. Au terme d’un décompte invisible, elle farfouilla dans les tiroirs à la recherche de ses carnets, cachés dans un recoin inaccessible à l’abri de l’emprise de Holland. Des pages glissèrent sur le sol, et elle se pencha pour les ramasser, tout en s’installant sur le canapé. Ce n’était pas une de ses réalisations mais celles d’un inconnu. Une esquisse griffonnée à la hâte sur un prospectus publicitaire glissé sous la porte d’entrée. Il y en avait eu plusieurs comme ça, qu’elle avait soigneusement gardé pour les ranger dans ses effets personnels. Elle frôla de son index les traits grossiers su stylo bille, une pointe de curiosité sur ses traits tirés par la fatigue. Était-ce un résident de l’immeuble ? Un canular ? Un piège de Holland ? Impossible de le savoir, mais elle appréciait cet échange mystérieux qui n’avait pour l’instant trouvé aucune réponse de sa part. Que dire ? Quoi faire ? Rebecca craignait un retour de bâton si elle tentait quoi que ce soit. Elle ignorait comme son assaillant s’y prenait, mais il était capable de deviner le déroulement de ses journées, et la punir si besoin. Elle frissonna, et rangea les brouillons dans les plis de la couverture en cuir, aux côtés de trésors volés lors de ses rares sorties. Une carte de l’hôpital à l’écriture quasiment effacée, une feuille morte d’un orange chatoyant, et un petit ruban de soie égaré d’un hôtel. Ils avaient fêté son anniversaire là bas, dans une salle privatisée pour l’occasion. Une surprise, qui, restait gravée dans sa mémoire, et qu’elle n’était pas prête d’oublier de sitôt. Par la suite, le comportement taciturne de Holland ne l’avait plus autorisé à quitter les lieux, y compris pour des célébrations particulières. Son ventre étouffa un léger grognement et elle disparut vers la cuisine pour prendre une pomme, avant de regagner les coussins duveteux.

A nouveau elle contempla le vide, perdue dans ses pensées qui partaient dans directions multiples. Si elle était soulagée d’être en solitaire pour la semaine, le mutisme de son geôlier l’inquiétait. Ce n’était pas habituel de sa part, et elle redoutait le pire quant à son retour. Quand il était d’une humeur exécrable, il devenait compliquer à gérer, violent et acerbe, c’était elle qui écopait de sa rage contenue à la vue de tout ses proches. De ce qu’elle avait pu glaner au fil de leur lien étroit - qui existait depuis … depuis … impossible de mettre une date exact - la plupart de ses soucis avaient attrait à son travail et sa femme. Cette épouse insipide d’après lui, qu’il n’aimait pas, mais qu’on lui avait collé entre les jambes de force par soucis de réputation et d’argent. Rebeca ne l’avait jamais vue, mais avait compris qu’elle n’avait pas l’affection de son mari, contrairement à elle. Toutefois, si l’amour ressemblait à ça, elle n’en voulait pas. On était loin de ses romans de Jane Austen. « Est-ce que tout va bien ? » Elle sursauta, les sens en alerte, coupée en pleine réflexion par une voix étrangère si proche qu’elle n’osa bouger. Quelqu’un avait-il réussi à rentrer dans l’appartement ? Ou était-ce simplement un voisin dont les mots portaient plus forts que de coutume ? Néanmoins habituée aux octaves graves du vieux d’en bas, aux trémolos de la femme d’a côté, et divers sons qui ponctuaient son quotidien, celui ci lui échappait. Et pour cause : il était inédit, puisqu’il donnait la sensation de s’adresser directement à elle. « J’ai une commande pour vous. Un essai gratuit du plat qui vous fait envie. Pour la maison. » Son palpitant reprit la course folle dans sa poitrine, et elle hésita. Ce n’était pas anodin, un garçon (homme ?) devait attendre sur le palier et espérer qu’on vienne lui ouvrir. Chose qu’elle ne pouvait faire sans clef. La clone ne croyait pas une seconde à cette histoire de plat - elle n’avait pas faim - mais cet accroc dans sa routine bien huilée, attisait sa curiosité d’enfant. Elle se redressa, et avança dans le couloir sur la pointe des pieds afin de ne pas faire couiner le plancher en bois. Un rai de lumière jaune s’étendait sur les planches usées, ainsi qu’une ombre indistincte. Celle du môme intrépide. De longues minutes s’écoulèrent dans le silence de sa prison, ponctué des tambours de son muscle cardiaque qui repartait de plus belle. Un froissement de papier troubla le calme apparent, et un dessin apparu à ses pieds. Le même auteur que les précédents probablement. Rebecca l’attrapa pour en voir le contenu, et un sourire vint se nicher sur son visage. Il y avait là une silhouette masculine - jeune ? - accroupi devant ce qu’elle devinait être la barrière qui les séparait. Elle dénicha un crayon dans sa veste, et s’appuya sur le mur pour lui répondre. La peur qui la tiraillait précédemment quant à cet engouement soudain s’était effacée pour laisser libre court à son envie subite. Le crayon esquissa une fille - elle - debout une main sur le battant, les sourcils froncés d’interrogation. Puis elle le glissa délicatement dans l’interstice, et se redressa. Désormais plus proche, elle posa son oreille contre la porte, à la recherche d’un bruit ou d’un indice. « Qui êtes vous ? » Murmura t-elle tout bas à l’adresse de cet interlocuteur invisible, dont elle entendait la respiration s’accélérer. « Vous ne pouvez pas rester là. C’est dangereux… Si il revient et qu’il vous trouve… » Mieux valait ne pas imaginer la suite, si il retenait à moitié ses coups sur elle, elle ne donnait pas cher d’un invité trop indiscret, venant fouiner auprès de son plus beau trésor. « Merci pour vos dessins mais il faut partir. Je ne peux pas vous ouvrir, je suis désolée. » Il n’y avait même pas de serrures à l’intérieur, Holland avait tout prévu le jour où elle avait preuve d’un excès de rébellion vite étouffé par ses soins.

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Sterling

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MessageSujet: Re: you never know what happens behind closed doors   Ven 5 Jan 2018 - 23:12

Sterling ne pouvait même pas décrire ce qui le poussait à chaque fois à s’arrêter devant la porte close. Il n’avait pourtant jamais rien vu de suspect – si on faisait désormais abstraction des verrous inquiétants qui ornaient la porte et qui n’étaient définitivement pas là auparavant – mais c’était comme une boule qui se lovait, épineuse ou empoisonnée, dans le creux de son ventre. Il ne savait pas s’il pouvait parler d’instinct ou de programmation dans sa conception mais il y avait quelque chose, en tout cas, qui lui dictait de se méfier de ce lieu, comme s’il était maudit. Ou comme s’il fallait aider la personne qui en était prisonnière. Prisonnière. Voilà le mot qui sautait à l’esprit de Sterling chaque fois qu’il passait dans ce couloir, que ça soit en courant ou furtivement. Il lui explosait aux tympans comme si un cri silencieux perçait les murs et l’atteignait en plein cœur. Et pourtant, il n’avait rien qui puisse corroborer son pressentiment, rien qui prouve qu’il ne se trompait pas sur toute la ligne. Rien que le silence et cette ombre fugitive qui glissait sur le sol comme un fantôme.
Alors pourquoi ressentait-il le besoin aujourd’hui de franchir une limite qu’il s’était toujours imposée ? Pourquoi laissait-il une sensation singulière, à peine perceptible, guider ses gestes et sa voix ? C’était insensé. Il n’y avait rien qui le prédestinait à sortir du sentier battu qu’il parcourait depuis des années, mais il se sentait incapable de faire le sourd ou de prétendre être aveugle à la détresse qui suintait sous la porte. Non. Peut-être pas détresse, songea le jeune clone en attendant une réaction, mais plutôt une solitude écrasante qui lui broyait le cœur et qui, néanmoins, lui semblait commune. Sauf qu’il courait les rues de Mount Oak sans surveillance quand l’individu de cet appartement symbolisait les barreaux d’une prison – mentale et physique. L’individu dont il était à peu près certain qu’il s’agissait d’un clone, sans savoir ce qui lui indiquait cela.
Séquestrait-on les clones ? Pourquoi le faire lorsque ceux-ci devaient obéir comme de parfaits petits soldats – ou esclaves – aux moindres injonctions des êtres humains ? Pouvait-il alors s’agir d’une victime de kidnapping ? Et, dans ce cas, quel était le rôle, le devoir de Sterling ? Devait-il en informer les autorités ou se taire ? Ne se méfierait-on pas de lui s’il prenait une initiative incongrue ? Ou serait-il auréolé de gratitude ? Oui mais… et s’il se trompait sur toute la ligne ? Et s’il se méprenait et attirait des ennuis à quelqu’un sans raison ? Le punirait-on ? Le renverrait-on à Pairidaeza Valley pour être reformaté ? Était-il prêt à risquer sa place auprès des Flaherty alors que ceux-ci s’étaient montrés si gentils et si accueillants, si proches de ce qu’il pensait pouvoir être une famille ? Mais c’était plus fort que lui. Peut-être était-ce de la curiosité. Peut-être qu’il avait une imagination trop fertile. Toujours est-il qu’il était trop tard, il avait brisé la frontière taboue du silence et avait dévoilé sa présence. Il n’avait plus qu’à attendre de voir s’il y avait une réaction et, s’il n’y en avait aucune, Sterling se jura de ne plus jamais interférer, de ne plus jamais élever la voix, de ne plus jamais glisser de dessins sous la porte close.
En attendant, il resta posté devant la porte, le souffle le court, les yeux balayant le couloir, tout à son écoute. Il cherchait le plus petit élément : un pas sur une planche qui grince, une respiration angoissée, le son d’une caresse du bout des doigts sur le mur ou la porte. Mais il ne savait pas ce qu’il espérait. Que tout cela ait été le fruit de son imagination débridée et que la personne qui se dissimulait dans le mutisme n’était pas en danger mais ne souhaitait pas être importunée ? Ou qu’il ait vu juste afin de ne pas remettre en cause son instinct qu’il savait fragile ? La première option, sans hésitation. Il fallait donc que l’inconnu(e) réponde à son appât, même agressivement. Peu importe, du moment qu’il ne se trouvait pas face à un mur silencieux aussi épais que le vrai qui le séparait du mystère qui hantait ces lieux. Le jeune clone déglutit et sentit ses muscles se détendre peu à peu. Quoique. Il ne s’agissait en aucun cas de détente mais plutôt d’une légère déception face à l’approche ignorée, un abandon avant même d’avoir commencé, une défaite muette qui ne calmerait en rien la méfiance qui le gagnait à chaque fois qu’il grimpait les escaliers de l’immeuble et qui atteignait son paroxysme lorsqu’il passait devant l’appartement anonyme. Peut-être devrait-il se renseigner autrement à propos de l’identité du propriétaire des lieux, pensa-t-il en commençant déjà à échafauder des plans alternatifs à son plan A on ne peut plus basique et irréfléchi. Quel idiot il avait été de penser qu’une simple question, qu’un piège aussi grotesque que celui qu’il avait tendu dans l’improvisation, pouvait élucider l’énigme. Sterling s’écarta légèrement de la porte en se morigénant. En plus, il avait perdu plusieurs minutes et même s’il savait parfaitement qu’on ne lui demanderait pas de rendre des comptes, il aurait toujours cette incartade sur la conscience et, se sachant incapable de mentir (à part avec cette histoire de menu offert), surtout aux Flaherty, il finirait tôt ou tard par évoquer ce qu’il avait fabriqué dans ce couloir et, dans ce cas, comment ferait-il pour ne pas parler de ce qu’il ressentait, du frisson qui lui parcourait les bras à chacun de ses passages ? Mais il savait déjà que le couple ne pourrait qu’écouter, ne pourrait pas agir et, en même temps, Sterling ne le leur aurait jamais demandé. Pourquoi ? Sur quelles bases ? Juste parce qu’il avait une boule qui lui torturait les boyaux ?
Sterling s’apprêtait à faire demi-tour, dépité, quand un son à peine perceptible (celui du papier qui lui revenait et qui n’était pas intact), provoquant un concert de tambourinements de cœur chez le jeune clone. Il se pencha et ramassa la feuille pour en découvrir le nouveau contenu : une silhouette féminine à l’expression suspicieuse, peut-être un peu méfiante. Un sourire irrépressible s’invita sur les lèvres de Sterling qui sentit l’espoir renaitre. Lorsque la voix de la jeune femme lui parvint, Sterling revint précipitamment près de la porte et appuya l’oreille contre le bois impersonnel. Il s’efforça de calmer son excitation, ne voulant pas qu’elle transparaisse dans sa voix lorsqu’il reprendrait la parole et parla tout bas, pour ne pas alerter les voisins de palier.
- Bon—bonjour, je m’appelle Sterling, balbutia-t-il, ne sachant comment se présenter.  
Il s’apprêtait à déclarer qu’il était livreur pour le traiteur Stathakis, ce qui n’était pas un mensonge mais n’était pas tout à fait vrai non plus, mais la voix se fit pressante et la perplexité s’inscrivit dans le regard du jeune clone.
- Que—que voulez-vous dire ? Qui ça ? demanda Sterling en sentant sa gorge se nouer.
La mise en garde était pourtant assez éloquente mais il n’avait jamais vraiment eu à se méfier de quiconque et il ne savait dès lors pas comment appréhender les mots de l’inconnue. Elle le remercia pour les dessins et l’enjoignit de partir, prétextant qu’elle ne pouvait pas lui ouvrir et qu’elle était désolée mais tout ce que Sterling retint, ce fut le mot pouvoir. N’y était-elle pas autorisée ou n’en avait-elle pas la capacité ? Se déportant d’un pas en arrière, Sterling réalisa que les verrous étaient extérieurs : cela voulait-il dire que la porte se fermait du couloir et non de l’intérieur de l’appartement, comme cela aurait été plus logique ? Revenant à sa position initiale, Sterling refusa d’obéir. Était-ce parce qu’inconsciemment il estimait qu’il devait s’agir d’un clone ? Ou était-ce l’étrangeté de la situation qui le poussait à défier l’avertissement ?
- Je—je ne demande pas à ce que vous m’ouvriez, Madame mais… pouvez-vous m’assurer que tout va bien ? Ou avez-vous besoin d’aide ? Voulez-vous que j’appelle quelqu’un ?
C’était un risque qu’il prenait en se mêlant de choses qui ne le regardaient pas mais il savait qu’il n’aurait pas la conscience tranquille tant qu’il n’aurait pas éclairci ce mystère. Plus que jamais, la boule irradiait dans son ventre, provoquant un malaise indéniable chez le clone. Tout à coup, il se demanda si c’était l’inquiétude face à cette situation étrange qui le taraudait ainsi ou s’il fallait l’imputer à la transgression évidente alors qu’il outrepassait ses droits en tant que clone.

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