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Brandon Rose

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MessageSujet: a sip, bad for me. a hit, bad for me. a kiss, bad for me.   Ven 27 Oct 2017 - 17:23

jax + bran
« no, thank you » is how it should have gone
But I’m weak and boy, oh boy, do I like it

@ajrweak

L’été n’en finissait pas de s’étirer, en longueur, en chaleur, en ennui. Le menton dans la paume, Bran fixait l’horloge en face de lui et guettait le moment où les aiguilles lui signaleraient qu’il était libre s’échapper. Son autre main tapotait discrètement, en un rythme délicat, le bois délavé du comptoir derrière lequel il était assis. Il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même, il le savait. Il avait passé le début de son été à faire l’aller-retour entre Mount Oak et New York pour finaliser ses auditions et son inscription à l’école de ballet, et le temps qu’il en ait terminé avec tout ça, il n’y avait plus aucun job d’été digne de ce nom de disponible. La mort dans l’âme, il avait donc dû se résigner à postuler là où aucun de ses camarades, même ceux situés au plus bas de l’échelle sociale lycéenne, n’aurait osé le faire : le vieux cinéma décrépi d’Old Town, là où plus personne ne mettait les pieds mis à part quelques individus – toujours les mêmes – aux allures louches. Au début, Bran s’était demandé comment un tel endroit pouvait survivre mais après avoir été témoin des allées et venues, il avait vite compris qu’il ne valait mieux poser de questions et se contentait donc de vendre les tickets pour Attaque des tomates mutantes et Panique au moulin 3. Son patron – qu’il n’avait jamais vu – le payait étonnamment bien pour effectuer ce job insignifiant et c’était bien la seule raison que Bran trouvait à rester ici. Il avait besoin de cet argent – sa bourse ne suffirait pas à tout couvrir, et ses parents, furieux de voir leur fils se destiner à une carrière d’artiste (dudit fils ne les ayant prévenus que le jour après avoir envoyé son inscription définitive et non-remboursable), avaient décrété qu’ils ne fourniraient pas un centime en vue de cette « lubie prétentieuse ». Bran ne s’en formalisait pas. Il avait tout calculé, tout prévu et si son dernier été à Mount Oak n’était pas aussi bucolique que prévu, cela ne rendrait que ses débuts à New York encore plus grandioses. Cette pensée rêveuse le fit tenir encore cinq minutes, éclipsant les murs poussiéreux, le comptoir collant et la chaleur étouffante et quand l’horloge sonna enfin vingt-et-une heures, Bran bondit hors de sa prison, ferma le cinéma – le seul qu’il ait jamais vu fermer le soir – et se retrouva dehors, dans l’air chaud et moite d’un début de soirée. Le soleil baignait la ville d’une lueur orangée qui ne tarderait pas à se transformer en pénombre et Bran se dit qu’il était bientôt temps de se rendre à la soirée qu’il avait attendue toute la journée. Avec une pointe d’envie, il songea à ses amis qui avaient passé la journée près du lac et qui devaient désormais être rassemblés autour du feu de camp, occupés à boire l’alcool des parents ou celui que les grands frères et grandes sœurs avaient acheté pour eux. Il avait beau attendre impatiemment son départ pour la grande ville, pour sa nouvelle vie, il avait comme la certitude que quelque chose d’ici lui manquerait. Il ne savait pas encore, bien sûr, que c’était précisément ces moments d’insouciance juvénile. Pour l’instant, il se contenta de tâter son sac à dos rempli à ras bord de bouteilles d’alcool qu’il avait « empruntées » au travail, enfourcha son vélo et se mit à pédaler à cadence rapide. Il avait une folle envie d’y être déjà, mais il ne devait pas donner non plus donner l’impression d’avoir trop hâte. Toute sa personne publique, tout ce qu’il voulait bien laisser entrevoir au reste du monde, n’était qu’une construction imaginaire, un subtil mélange d’arrogance, de séduction et de froideur. Personne ne le perçait à jour, personne n’entrait, tout le monde le voulait et tout ce qu’il avait à faire pour satisfaire le peuple, c’était sourire en coin. Il se demanda si ce serait la même chose à New York, s’il pourrait tromper son monde aussi facilement qu’ici. Mais n’était-ce pas pour fuir tout ça qu’il mettait la distance – à la fois physique et psychologique – entre lui et la ville de son enfance ? N’était-ce pas pour être lui-même qu’il partait vivre là-bas ? Si seulement il savait ce que ça signifiait, être lui-même. A force de jouer sa pantomime, Bran avait comme l’impression qu’il ne savait plus trop bien ce qui était vrai et ce qui relevait de son personnage. Comme si, au final, il n’était que cet être irréel et distant, un jeune dieu inaccessible et lointain, incapable de se lier à qui que ce soit.
Il donna un bon coup de pédale pour avaler les dernières centaines de mètres et finit par stopper son vélo à l’orée d’un petit bois qui donnait sur l’une des plages du lac. Il attendit quelques secondes, que l’air frais du soir rafraîchisse ses tempes humides et ses joues rosées, puis se mit à suivre le petit sentier qui menait à la rive. Bran n’avait pas fait dix pas que déjà, il entendait la musique, les rires et le crépitement du feu de camp. L’ombre d’un sourire se dessina sur ses lèvres et il émergea des fourrés aussi tranquillement que s’il était en train de défiler sur une avenue new-yorkaise. Diverses acclamations l’accueillirent mais il fut surtout assailli par Skylar Beauchamp qui venait, littéralement, de se jeter dans ses bras. « BRAN ! Enfin ! T’étais où ? » claironna-t-elle, visiblement déjà éméchée mais un sourire fendant son visage fin.  Elle se tenait tout proche de son visage et Bran pouvait déjà sentir les yeux meurtriers de Serena – avec qui il avait rompu pour de bon au début de l’été – sur eux. Doucement, Bran saisit Skylar par les épaules et la repoussa gentiment. « Tout doux, ou Serena va te noyer avant la fin de soirée. J’étais au travail. Tiens, prends les bouteilles. » répondit-il en tendant son sac à son amie, qui le reçut en piaffant d’impatience. Autour d’eux, la fête battait déjà son plein et Bran remarqua qu’il y avait bien plus de monde que prévu. Visiblement, les plus âgés d’entre eux n’avaient pas cherché une autre rive pour s’installer et toléraient les gamins fraîchement sortis du lycée, tous excités d’entrer dans cette nouvelle phase de leur vie, désireux de faire leurs preuves auprès de ceux qui étaient déjà à l’université en s’alcoolisant plus que de raison. Bran regarda autour de lui. Skylar, allongée sur le sable à côté d’une amie, discutant probablement des étoiles et de toutes les folies qui lui passaient par la tête. Serena, plus blonde, plus impériale, plus belle que jamais, occupée à séduire un garçon plus âgé qui n’y voyait que du feu. Heath et Sansa, deux élèves de son lycée, aussi discrets que des éléphants dans un magasin de porcelaine, leurs mains clairement entrelacées l’une dans l’autre.
Et puis Jax.
Bran ne l’avait pas remarqué tout de suite. Mais il était là, en face de lui, derrière le feu qui crépitait et donnait à son visage des allures d’ombre chinoise. Jax qui avait le visage mangé par un œil au beurre noir, encore frais, la peau encore déchirée ou presque. Jax qui le fixait, ou qui avait semblé le fixer, Bran ne savait pas trop bien, son ventre s’était tordu, sa tête avait tourné, légèrement, juste assez pour colorer ses joues d’un doux rose. Autour de Bran, tous les bruits s’étouffèrent et il n’y eut que le feu qui crépitait (dehors, dedans, partout) et l’éclat des yeux de Jax, clairs et insondables. Le face-à-face ne dura qu’une seconde, peut-être même qu’il fut complètement imaginaire et Bran détourna les yeux, la gorge sèche et le ventre noué. Il n’avait pas prévu ça, pas prévu de revoir Jax avant de partir pour New York, pas prévu que sa présence lui fasse cet effet-là. Bran tourna les talons et se dirigea vers Skylar, qui sortait deux bouteilles d’une glacière. Bran lui fit signe et elle décapsula la bière pour lui avant de la lui tendre. Bran la remercia d’un signe de tête et se racla la gorge avant de demander, hésitant : « Hey. Il a quoi, ton frère ? » La question ne parut pas prendre Skylar de court. Elle esquissa un sourire indéchiffrable – le sourire qu’elle réservait aux mauvais souvenirs – et haussa les épaules. « Demande-lui toi-même. » Fidèle à elle-même, elle lui planta une bise sur la joue et partit se blottir dans les bras musclés d’un joueur de l’équipe de foot. Perdu, Bran la regarda s’éloigner. Pourquoi fallait-il toujours que ce soit cette sensation qui l’étreigne quand Jax était dans les parages ? Ce maelstrom de doute et de… et de… et de rien, voilà, juste le doute vertigineux, irréversible. Lui si confiant, si sûr de lui d’habitude, le voilà qui était la proie d’une angoisse indicible et il ignora les minauderies d’un groupe de filles pour s’asseoir un peu l’écart, devant le feu, le ventre noué et l’humeur assombrie.

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Jax Beauchamp

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MessageSujet: Re: a sip, bad for me. a hit, bad for me. a kiss, bad for me.   Mar 5 Déc 2017 - 20:45

Lorsqu’ils étaient enfin arrivés à Mount Oak après un voyage qui avait ressemblé davantage à une cavale qu’autre chose, Jax s’était dit, avec un sourire narquois, qu’il devrait peut-être se faire ratatiner la gueule plus souvent, qu’au moins, après une bagarre comme celle qui les avait opposés, lui et son père, sa mère n’aspirait qu’à fuir le domicile familial pour aller se réfugier dans sa ville natale. Ils auraient dû partir une bonne semaine plus tard, au lieu de quoi, ils avaient embarqués quelques affaires et avaient pris le premier avion pour Mount Oak. Son père n’allait pas lui manquer et s’il se sentait humilié de faire partie des fuyards, Jax songea que ça n’était qu’une piqûre qui passerait rapidement comparé au calvaire que c’aurait été de rester en Louisiane, avec un géniteur irascible à la rancune particulièrement tenace. Et s’il avait feint à moitié son peu d’enthousiasme pour la destination, il y avait une moitié qui s’extasiait de retrouver la ville associée aux vacances d’été, à la liberté totale, à l’absence de patriarche. Une ville où sa mère semblait renaitre de ses cendres et où, pour quelques semaines au moins, leur cœur semblait s’alléger. Et même s’il avait conscience que tout ça n’était qu’une illusion, que tout reviendrait à la normale dès qu’ils remettraient les pieds dans le sud, Jax mettait cette évidence de côté pour préférer profiter du temps qui lui était offert.
En attendant, sa peau tirait vers un sombre arc-en-ciel et sa pommette l’élançait, irradiant son visage d’une douleur qui lui était bien trop familière. Et quand sa bande d’amis Mount Oakois s’était étonnée puis innocemment moquée de l’air patibulaire que ça lui donnait, Jax s’était contenté d’un majeur ironiquement levé. Il était hors de question, évidemment, qu’il aille divulguer l’origine de ce coquard même si, au fond, ils devaient bien s’en douter. Les rumeurs, après tout, ne tardaient jamais à fleurir et si Jax les ignorait royalement, ça ne voulait pas dire qu’il y était complètement sourd. Il n’était cependant pas arrivé, le jour où Jax évoquerait son père alcoolique et violent, sa mère faible et apeurée, sa sœur trop rêveuse et irresponsable. Qu’ils se racontent les histoires qu’ils voulaient, Jax ne les corroboraient ni ne les niaient jamais, se bornant à un regard impénétrable qui virait dangereusement quand les autres insistaient trop à son goût. À un moment ou un autre, ils finissaient toujours par comprendre le message et lâchaient l’affaire, décelant sans mal le corps raidi de leur ami se détendre quand l’ombre était passée. Depuis le temps qu’ils connaissaient Jax Beauchamp, aussi, ils avaient vite appris à identifier les signes et symptômes d’un caractère ombrageux qu’il ne valait mieux pas trop taquiner. Ils n’étaient pas nombreux, les amis de Jax, mais il savait au moins qu’il pouvait compter sur eux, leur présence comme leur discrétion, et c’était donc sans trop redouter leur réaction qu’il les avait retrouvés, quelques heures après avoir posé ses bagages chez sa grand-mère maternelle.
Les rires subjugués avaient éclatés quand ils avaient vu la masse du jeune homme apparaitre et s’étaient étiolés quand ils avaient aperçu l’ombre sombre et violacée qui donnait à Jax un air de petite frappe des bas quartiers – ce qui, finalement, n’était pas loin de ce qu’il était. Ça n’était pourtant rien comparé aux hiéroglyphes cicatriciels qui ornaient sa peau mais comment auraient-ils pu s’en douter quand, jamais, Jax ne dévoilait son corps couturé ? Les rares à en avoir eu un aperçu étaient les quelques garçons qui avaient partagé le secret de nuits sauvages et aucun de ceux-ci ne figurait dans son cercle d’amis, Jax y avait scrupuleusement veillé. Ça n’était qu’en compartimentant sa vie de cette façon qu’il avait trouvé un certain équilibre et il y attachait une importance capitale.
C’était précisément parce qu’il compartimentait tout qu’il grimaça légèrement lorsque la bande l’embarqua vers les plages qui auréolaient le lac – ce qui, en soi, ne le dérangeait pas puisqu’ils y passaient au moins un soir par semaine – et qu’il découvrit que tout un rassemblement s’y profilait. Des jeunes de tous âges s’y agitaient joyeusement et Jax eut envie de faire demi-tour sur-le-champ mais ses compagnons l’en dissuadèrent, prétextant qu’au contraire, cela lui ferait sûrement le plus grand bien. Un feu de camp d’une taille impressionnante brûlait au centre de la plage et, autour, c’était un balai d’ombres indistinctes qui semblaient danser de façon hypnotique. La musique couvrait presque le brouhaha des voix et des rires et Jax capitula d’un grognement peu amène en suivant ses amis. Son irritation se dilua quelque peu lorsqu’on lui mit une bouteille de bière dans les mains et il se posa sur un tronc, entre deux de ses potes, apaisé, bien malgré lui, par la chaleur bienfaisante qui émanait des flammes, à quelques mètres de là. Comme souvent, le jeune homme n’ouvrit pas vraiment la bouche, se contentant de suivre les discussions animées avec un intérêt relatif, son regard insondable passant d’un interlocuteur à l’autre tandis que l’argument battait son plein. Il n’émettait que très peu son avis, non pas parce qu’il n’en avait pas mais parce qu’il n’avait pas la patience, comme d’autres, de se fatiguer à se quereller, même amicalement, à propos de sujets qui n’avaient finalement que peu d’intérêt.
Il suivait un échange d’autant plus énergique qu’il était provoqué par un enchainement rapide de boissons alcoolisées lorsqu’un léger mouvement de groupe attira son attention, un peu plus loin, de l’autre côté du feu de camp. Jax identifia sans mal sa sœur – qu’il avait espéré ne pas voir là mais puisque tout Mount Oak semblait s’être donné rendez-vous sur la plage, il était évident qu’elle apparaitrait, à un moment ou un autre – et son regard dévia instinctivement vers son interlocuteur : Brandon Rose, sans surprise. L’un n’allait pas sans l’autre et s’il démontrait une indifférence excessive à l’égard des faits et gestes de sa sœur, c’était précisément pour ne pas se focaliser sur celui qui l’accompagnait les trois quarts du temps. Là, à l’abri de son cercle restreint d’ami et de la barrière enflammée, il observa la danse des deux amis, l’état d’ébriété affligeant de sa cadette et la façon dont l’autre énergumène la tenait à distance respectueuse et qui, sans qu’il l’admette, lui donna une certaine satisfaction. Happé par son observation, il zappa complètement la discussion qui continuait avec entrain et but au goulot de sa bouteille en détaillant chaque mouvement de la silhouette élancée dont la seule vue provoquait une onde irrépressible au creux de son abdomen.
Bran observait la plage avec une minutie qui donna l’impression à Jax qu’il cherchait quelqu’un et il guetta le moment où le regard de l’adolescent s’arrêterait sur quelqu’un pour découvrir l’identité de cette proie tant attendue. Il ne s’attendait pas, par contre, à sentir un éclair fulgurant lui vriller la poitrine au moment où les yeux glacés rencontrèrent les siens. Et le trouble qu’il décela fit naitre un sourire étrange sur ses lèvres, même si le doute s’insinua presque aussitôt. La chaleur des flammes qui distordait l’air pouvait-elle lui avoir fait entrevoir quelque chose qui n’existait pas ? Ce miroitement qui s’imprima sur sa rétine pouvait-il être le fruit d’une projection, d’un désir savamment réprimé ? Jax n’aurait pas misé sur le contraire, tant sa relation avec l’impudent avait toujours été déséquilibrée, travestie par le besoin du Louisianais de feindre l’indifférence totale et particulièrement ciblée quand il s’agissait du meilleur ami de sa sœur. Et pourtant, peut-être à cause de l’alcool, il laissa l’idée s’immiscer, l’imprégner. Cela ne dura qu’une seconde et Bran était reparti, retournant auprès de l’autre Beauchamp, celle avec qui il n’avait jamais eu aucun mal à tisser un lien solide et inébranlable.
- Jax ? Ici la Terre, tu nous reçois ? s’enquit la voix de l’un de ses amis, le ramenant au cercle dont il avait eu l’impression d’être effacé, pendant un temps qui avait semblé à la fois infini et éphémère.
Le jeune homme leur décocha un regard équivoque et n’émit qu’un vague ‘mmmh ?’ qui sembla leur suffire puisqu’ils rirent en chœur et retournèrent à leur conversation.
- Je vais chercher des bières, dit-il au bout d’un instant, dépliant sa large carcasse avant de récupérer quelques cadavres de bières et de s’éloigner du feu.
Il alla jeter les bouteilles près des autres, dans un trou creusé dans le sable et il s’approcha d’une caisse d’où émergeaient des boissons fraiches, baignant dans ce qui avait été, quelques heures plus tôt, des glaçons de la taille de balles de golf et qui n’étaient plus que des billes aux tailles variables. Saisissant cinq bouteilles, Jax tournait déjà les talons pour rejoindre sa bande lorsqu’il repéra la silhouette de Bran, assis un peu plus loin.
Seul.
Machinalement, Jax chercha sa sœur et la découvrit avec un autre et il sentit une vague irritation l’envahir, qu’il associa au fait qu’elle paraissait si désinvolte, comme si elle avait déjà occulté ce qu’il s’était passé en Louisiane lorsqu’il en affichait les séquelles sur sa pommette lacérée et son œil abimé.
Si sa première idée fut de retourner auprès de ses amis avec les boissons, Jax laissa pourtant ses pas le mener vers l’adolescent isolé et il laissa tomber une bouteille à côté de ce dernier, en ouvrant une deuxième à laquelle il but une longue gorgée, le regard porté sur les flammes qui dansaient, hypnotisantes.
- Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, c’est une fête. T’es pas censé bouder, finit-il par lâcher, laissant passer quelques secondes avant de baisser les yeux sur Bran.
Bouder. Il avait précisément choisi le mot parce qu’il avait une connotation infantile, ridicule.
Il ne savait pas pourquoi il ressentait toujours le besoin de jouer la carte de l’indifférence ou du mépris dès qu’il s’agissait de Brandon Rose.
Peut-être parce qu’il ne voulait pas accepter ce qui lui grignotait le corps dès qu’il l’apercevait. Peut-être parce qu’il jalousait un peu la relation de ce dernier avec sa sœur. Ou peut-être que c’était l’attitude grandiloquente, comme un prince qui règne sur son domaine, qui donnait à Jax la sensation d’être un moins que rien et que c’était le seul moyen qu’il avait trouvé pour équilibrer l’échange. En appuyant sur la jeunesse de l’adolescent, jeunesse qu’il enviait, la plupart du temps, jeunesse qu’il désirait et muselait depuis des années.

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Like the waves roll with the moon, did we rise and fall too soon? It’s been so long, I can't remember. If I could walk between the stars or be given one more chance, I know which I'd surrender just to build a bridge back to your heart.



Dernière édition par Jax Beauchamp le Ven 29 Déc 2017 - 12:46, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: a sip, bad for me. a hit, bad for me. a kiss, bad for me.   Mer 13 Déc 2017 - 17:47

Bran ne pouvait pas savoir qu'un jour, il regretterait ces moments-là. Il ne pouvait pas savoir qu'il allait réussir et partir, pas savoir la tournure qu'allait prendre sa vie, pas savoir qu'un jour, il retomberait sur d'anciennes photos prises au Polaroid et qu'il voudrait revenir sur les rivages de sa jeunesse, juste une seconde, même pas pour réparer, juste pour pouvoir revivre cet ouragan de sensations. Juste pour se rappeler ce que ça faisait d'avoir être sur le point d'avoir dix-huit ans et d'avoir la vie devant lui. Ce que ça faisait de ne pas encore avoir fait d'erreurs. Il ne pouvait pas savoir et c'est pourquoi il préférait s'isoler, moue boudeuse et regard assombri, loin des ragots et des discussions qui ne l'intéressaient pas. Seules quelques semaines le séparaient de son départ définitif de ce microcosme et il ne voyait plus de raison de faire semblant. Il maintiendrait ce qu'il fallait d'arrogance calculée mais pour le reste, il ne voulait plus faire parti de tout ça. Son esprit était déjà ailleurs, échafaudant mille et un plans pour conquérir un nouveau royaume qu'il soumettrait à une volonté bien plus ambitieuse cette fois-ci. Et tant pis pour les dommages collatéraux, tant pis pour les ponts qu'il devrait couper, les numéros qu'il devrait effacer, les visages qu'il devrait oublier.
Certains visages, cependant, demeuraient persistants.
Bran ne regardait pas Jax. Il ne se serait jamais abaissé à un aveu aussi humiliant de cette étrange obsession qui le pourchassait depuis que l'aîné des Beauchamp avait eu le malheur d'entrer dans sa vie. Il ne le regardait pas parce qu'il n'en avait pas besoin. Il connaissait le visage par coeur, les yeux clairs et imperturbables, les lèvres pleines, étirées en un rictus désagréable, l'angle de la mâchoire, si affûté qu'on pourrait pu s'y couper si jamais on avait eu l'idée – folle, jamais concrétisée – d'y laisser traîner ses doigts. L'attitude singulière des épaules, tantôt bravaches, tantôt recroquevillée sur elles-mêmes. L'allure de voyou sans en être totalement un, les tatouages que Bran ne pouvait deviner qu'au détour d'une manche retroussée à la va-vite avant d'être rapidement déroulée. Il ne l'avait jamais vu les bras nus, pour des raisons que Brax comprenait à demi-mots. Mais ce soir, les raisons s'étalaient en couleurs vives sur le visage de Jax et Bran n'avait eu qu'à lui lancer un regard pour que l'image se grave dans son esprit, faisant naître en lui une multitude de sentiments contradictoires qu'il ne parvenait pas à réprimer. Et il détestait ça, Bran, parce que réprimer c'était ce qu'il faisait de mieux, (se) mentir, dissimuler, enfouir, enterrer, il était passé expert en la matière et il n'y avait bien qu'avec Jax qu'il ne pouvait pas ou alors qu'il pouvait trop. La demi-mesure n'existait pas en ce qui concernait l'aîné des Beauchamp. C'était le feu ou la glace, l'indifférence totale ou la guerre ouverte et entre, rien, juste un fossé infranchissable, des ponts calcinés, chacun se tenant sur une falaise qui s'effritait sous eux un peu plus à chaque confrontation. Ils n'avaient jamais pu s'entendre pour des raisons qui échappaient à Bran. C'était leur différence d'âge, les rebuffades constantes de Jax dès qu'il s'approchait d'un peu trop près, Bran qui ne cachait ni son mépris ni son arrogance pour l'aîné des Beauchamp. Pendant quelques temps, il avait cru que c'était à cause de Skylar, que Jax jouait les grands frères protecteurs mais il avait vite compris que ce n'était pas le rôle dans lequel le garçon plus âgé avait décidé de se glisser. Et puis il y avait cette autre chose, bien sûr, ce courant électrique, cette sensation de se manquer invariablement, de ne jamais comprendre l'autre et de passer à côté de chaque opportunité. Opportunité qui aurait donné quoi, de toute façon ? Bran l'ignorait et n'y tenait pas, merci bien. Et ce maelstrom qui naissait dans sa poitrine ce soir, alors qu'il buvait trop vite un verre rempli d'un breuvage inconnu, allait à l'encontre de tout ça. Le visage abîmé de Jax ne voulait pas quitter son esprit malgré ses efforts pour l'effacer à grands coups de gorgée qui lui meurtrissaient le corps et réchauffait son visage déjà léché par les flammes du brasier. Bran balaya une nouvelle fois l'assemblée du regard avant de les poser sur son verre presque vide. Il n'était pas venu pour ça. Il ne savait pas pourquoi, en vérité, mais pas pour ça, pas pour cette détresse qui lui mangeait la poitrine et creusait son ventre, pas pour cette colère incompréhensible qui fourmillait dans ses jambes et dans ses doigts. Alors il faisait rouler son verre entre ses doigts, conscient qu'il ne savait pas comment ce dernier était arrivé entre ses mains ni ce qu'il y avait dedans. Il avait simplement que le gobelet était vide et qu'il avait furieusement envie de s'en resservir un autre, quand, comme tombée du ciel, une bière se matérialisa à côté de lui. Surpris, Bran contempla la bouteille lorsque la voix responsable de son apparition retentit et provoqua chez lui un mécanisme de défense primaire et instinctif, qui consistait à ne surtout pas lever les yeux et à se montrer aussi détaché que possible alors que l'exact contraire se produisait en Bran. Pourquoi Jax l'avait-il rejoint ? Skylar lui avait-elle parlé ? Il la chercha du regard et la trouva toujours blottie dans les bras d'un jeune homme, aussi aux anges qu'on pouvait l'être. Jax avait-il remarqué sa soudaine détresse ? Bran décida de ne pas chercher la réponse à cette question et saisit la bouteille de bière. Il réalisa qu'il n'avait pas de décapsuleur et se sentit stupide. « Je ne boude pas. » répondit-il machinalement, la voix tout de même acérée. De l'autre côté du feu, la plupart des fêtards s'étaient rassemblés en un cercle plus ou moins rond et faisait tourner une bouteille vide en son centre. La bouteille s'arrêta sur un jeune homme et le chanceux vit Serena s'avancer vers lui. Elle l'embrassa à pleine bouche et repoussa le jeune homme au bout d'une trop longue minute dont ils eurent l'air de ressortir tous deux essoufflés. Voulait-elle le rendre inutilement jaloux ? En tout cas, la jolie blonde chercha le regard de Bran mais ce dernier leva les yeux au ciel et déplia son corps souple comme un chat. Même de toute sa hauteur, il ne faisait que légèrement dépassé l'épaule de Jax et cette constatation fit rouler quelque chose dans le fond de son ventre. « Si c'est la transmission de MST qu'on fête, alors ce sera sans moi, merci. » déclara-t-il d'un ton péremptoire alors qu'il osait enfin poser les yeux sur Jax. Il cilla à peine mais il ne put s'empêcher de fixer un peu trop longtemps la pommette abîmée. A nouveau, il sentit le maelstrom vrombir, colère, doute, colère, doute, les deux serpents s'enroulant toujours plus autour de ses entrailles. Heureusement pour lui, la bouteille de bière pesait tout son poids dans sa main et sans réfléchir, il la tendit à Jax. « Tu me l'ouvres ? » Presque un ordre, réalisa-t-il. Donner des ordres à Jax Beauchamp ? Voilà une autre idée qui faisait rouler beaucoup de choses dans son ventre.

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MessageSujet: Re: a sip, bad for me. a hit, bad for me. a kiss, bad for me.   Ven 29 Déc 2017 - 14:12

Il tentait probablement le diable en approchant de Bran. Sa tactique qui consistait à se tenir aussi loin possible de lui avait bien fonctionné jusqu’à l’an passé alors pourquoi cédait-il tout à coup à ce désir ? Avait-il reçu un coup à la tête qui lui avait mis les idées sens dessus dessous ? Ou bien était-ce parce que, bizarrement, cela semblait être la première fois qu’il pouvait approcher l’adolescent sans que sa sœur soit à portée d’oreilles pour intervenir ? En réalité, il savait pourquoi il fuyait la présence des deux jeunes imprudents : les rares fois où il avait fait semblant de leur tenir compagnie, Skylar n’avait pas manqué de lui adresser des signaux désagréables, des haussements de sourcils équivoques, des sourires en coin qui ne disaient pas tout mais assez pour irriter son ainé. Comme si elle insinuait deviner ce qui se tramait dans le cœur ombrageux de son frère. Quant à savoir ce qu’elle en pensait réellement, Jax l’ignorait mais elle n’avait pas l’air de trouver l’idée désagréable. Ça suffisait à renvoyer le jeune homme dans son coin et, dès lors, il n’avait plus fait le moindre effort pour côtoyer Skylar et ses amis – et Bran en particulier. Il usait de son statut d’ainé dédaigneux qui ne voulait pas passer du temps avec des adolescents pour se donner une porte de sortie et, dès lors, ses échanges avec la fleur épineuse s’étaient bornés à des remarques méprisantes et des silences butés.
Quant au pourquoi du comment il en était arrivé à braver les limites qu’il s’était si longtemps imposées, Jax décida de blâmer l’alcool qu’il venait d’ingurgiter sur un estomac vide, qui lui avait dès lors monté à la tête plus que de raison et qui excuserait tout comportement singulier qu’il pourrait avoir aux yeux de l’ami de sa sœur. De toute façon, il avait toujours l’option d’abandonner le garnement là pour retourner auprès de sa bande si la conversation prenait un tour qui lui déplaisait. Quand bien même il ne savait même pas quelle tournure il espérait en réalité. Ou peut-être qu’il ne le savait au contraire que trop et qu’il avait eu besoin de ce taux d’alcoolémie et que Skylar soit occupée ailleurs, que tous les éléments soient rassemblés pour arriver à combler la distance qui le séparait de Brandon Rose, ce garçon hautain qu’il voulait tour à tour étrangler et serrer dans un coin. Combien de fois n’avait-il pas contemplé l'adolescent de dos en s’imaginant glisser une main le long de celui-ci pour venir se loger dans la nuque puis enfoncer les doigts dans ses cheveux. Combien de fois n’avait-il pas laissé couler un regard sur le visage du garçon quand celui-ci ne pouvait pas le voir, quand il était réfugié dans la cuisine et que Skylar et Bran se chamaillaient sur la terrasse, par exemple. Combien de fois n’avait-il pas écouté le murmure de leurs voix conspiratrices dans la chambre voisine, fermant les yeux pour essayer d’isoler celle de l’adolescent pour saisir les inepties qu’il pouvait bien raconter ? Combien de fois n’avait-il pu résister au besoin de laisser un sourire lui égratigner les lèvres quand Bran lâchait une plaisanterie ? Cela s’était toujours fait dans le secret et la discrétion et, à sa connaissance, le concerné ne s’était jamais douté de rien. Tant mieux. Jax, finalement, avait toujours eu peur que Bran puisse soupçonner ce qui se passait dans son esprit lorsqu’ils étaient prisonniers d’un même périmètre et de ce qu’il aurait pu faire de cette information. Il n’avait jamais eu aucun mal à imaginer le sourire triomphant et hors d’atteinte que le bougre pouvait arborer s’il le désirait et, plus que tout, Jax s’était préservé d’une blessure que son amour propre n’aurait pas supportée.
S’il décela la réaction de l’adolescent qui se raidit et chercha instinctivement Skylar des yeux, Jax n’en montra rien. Après tout, à quoi d’autre pouvait-il s’attendre quand ils passaient leur temps à se défier ? Évidemment, ça devait laisser Bran perplexe de le voir approcher comme s’ils avaient toujours été copains, comme si l’entente était au moins cordiale. Or, c’était absurde et il aurait dû le savoir avant même d’avoir la bêtise d’amorcer un mouvement dans la direction du garçon. Il était toutefois trop tard pour faire demi-tour et trop tôt pour clore l’échange. Il faudrait qu’il attende de voir ce que l’autre lui réservait avant de décider si l’effort valait le coup ou s’il était mieux de retourner auprès de ceux avec qui il était venu. Finalement, Bran esquissa un geste et s’empara de la bouteille. Un sourire narquois s’ébaucha sur les lèvres de Jax et il noya celui-ci d’une rasade de bière, attendant que la voix de Bran vienne le crucifier ou l’amadouer. Il espérait plutôt la seconde option, n’étant pas vraiment d’humeur à se quereller ce soir. Il avait eu son lot de disputes pour quelques semaines, pour le coup.
Il ne boudait pas. Ben voyons. Jax n’émit cependant aucune remarque et se contenta de porter les yeux vers le point que l’adolescent fixait, pour découvrir le jeu stupide auquel s’adonnait un groupe. Le Louisianais arqua les sourcils dans un simulacre de grimace en voyant deux adolescents s’embrasser à pleine bouche sous les hululements appréciateurs de leurs camarades. Voilà bien le genre de divertissement que Jax n’avait jamais expérimenté et assister à la débauche ne le lui fit pas regretter. À la place, il songea qu’à cet âge-là, il connaissait déjà les coins de Mount Oak où il pouvait rencontrer ceux qui assouviraient ses besoins primaires, des hommes plus vieux, pour la plupart, qui ne guettaient que des garçons comme lui pour soulager leurs secrets avant qu’ils ne retournent à leurs épouses. À cette époque-là, déjà, Jax s’était promis de ne jamais vivre dans le mensonge comme ces types le faisaient, quitte à rester à jamais seul.
Perdu dans les méandres de l’été précédent, Jax ne revint à l’instant présent que lorsque Bran se redressa et il lui jeta un coup d’œil teinté de méfiance, ne sachant jamais à quoi s’attendre avec ce gamin. Mais sa réticence fut rapidement balayée par le spectacle qu’offrait ce visage juvénile et déjà emprunt de maturité, auréolé par les derniers rayons du soleil qui s’éclipsait derrière les arbres. Il avait cette allure de petit dieu grec que Jax lui avait toujours connu mais, ce soir, il embrassa ce tableau dans toute sa splendeur plutôt que de l’ignorer comme il le faisait habituellement.
- Monsieur est trop bien pour ce genre d’événement, c’est ça ? le railla Jax qui, pourtant, partageait son manque d’enthousiasme pour la chose.
Il y avait trop de monde à son goût. Trop de bruit. Trop de gamins écervelés. Trop d’yeux indiscrets. S’il aimait sortir, Jax préférait pourtant les endroits calmes et ça n’était pas sans raison que ses amis et lui achetaient souvent un pack de bières pour aller s’isoler dans un endroit où ils ne seraient pas dérangés et pourraient siffler leurs bouteilles en toute tranquillité. Mais ça n’était clairement pas lors de ces soirées-là qu’il avait l’opportunité de croiser l’imprudent alors, pour ce soir au moins, Jax se dit qu’il s’accommoderait bien du brouhaha et des rires éméchés.
Bran lui tendit la bouteille scellée et Jax posa brièvement les yeux sur celle-ci avant de plonger un regard moqueur dans celui de l’adolescent :
- Quoi ? On t’a jamais appris les bases ? demanda-t-il.
Il laissa passer deux ou trois secondes puis obtempéra, attrapant la bouteille, ses doigts frôlant sciemment ceux de Bran, avant de la décapsuler d’un geste sûr avec le goulot de sa propre bouteille. Il rendit ensuite la bière au jeune homme. Le tout sans le quitter une seule seconde des yeux, le cœur émettant un son caverneux, un nœud coulant se formant dans le creux de son ventre. Il était si focalisé sur le visage du petit emmerdeur qu’il ne remarqua pas le coup d’œil que Skylar leur lança, entre amusement et victoire silencieuse.
- C’est pas ta copine, là-bas ? finit-il par demander en désignant d'un coup de menton désinvolte l’adolescente qui jouait à la bouteille tournante.
Un moyen comme un autre de se dépêtrer de l’hypnose dont il était victime.

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MessageSujet: Re: a sip, bad for me. a hit, bad for me. a kiss, bad for me.   Sam 30 Déc 2017 - 19:14

Bran ne savait pas quoi attendre de ce rapprochement soudain, pas plus qu'il ne le comprenait. Jax et lui étaient passés maîtres dans l'art de ne jamais se rencontrer, et il ignorait pourquoi soudainement l'aîné des Beauchamp tenait tant à entrer dans ce périmètre qu'il évitait si soigneusement le reste du temps. Et pour Bran, c'était comme si une comète frôlait l'atmosphère de sa petite planète solitaire, créant dans le ciel des aurores aux signaux étranges annonçant l'arrivée prochaine d'une collision frontale. Ou bien serait-ce un atterrissage en douceur, une arrivée maîtrisée de bout en bout ? Bran réprima un rictus narquois. Ca n'était pas le genre de Jax, et de toute façon, il ne voyait pas pourquoi l'aîné chercherait à pénétrer son orbite, à part pour déstabiliser le fragile équilibre qui avait fini par s'installer entre eux. Etaient-ce les intentions de Jax pour ce dernier été à Mount Oak ? Finir en beauté en semant le chaos ? Voilà qui lui ressemblait plus et pourtant, Bran ne parvenait pas à cerner les arrière-pensées du frère de Skylar. Face à lui, Jax avait tout du prédateur : les prunelles luisant d'un éclat indéfinissable, sa masse puissante parfaitement immobile et pourtant annonçant le danger que risquerait celui qui se frotterait d'un peu trop près à lui. Bran avait-il envie d'être cet inconscient ? Voulait-il subir le courroux de Jax, si cela signifiait que la tension qui électrisait chacune de leurs rencontres trouvait enfin son exutoire ? Ou bien trouvait-il son compte dans l'électricité qui crépitait entre eux ? Jax provoquait en lui ce besoin irrépressible de devenir un petit arlequin agaçant et provocateur, juste pour voir jusqu'où il serait capable d'aller, jusqu'où Jax le tolérerait avant de faire quelque chose. Quoi, Bran l'ignorait mais ce qu'il brûlait de découvrir tout en méprisant ce besoin de jouer les clowns, lui qui avait l'habitude d'être dans l'autre camp, celui des divertis. Jax ne se laissait pas charmer comme les autres et sa résistance était un affront que Bran prenait étrangement à coeur. Mais ce soir, les choses seraient peut-être différentes. Peut-être que leur dernier été à Mount Oak verrait le dénouement de leur querelle sans racines. Ou peut-être pas, peut-être que tout resterait pareil et que Bran partirait pour New York et Jax pour des horizons inconnus et qu'il y aurait pour toujours ce vide, ce fil tendu entre eux. Ou peut-être qu'ils oublieraient, peut-être que ce qui semblait si important aujourd'hui disparaîtrait complètement, effacé par d'autres circonstances. En cet instant, pourtant, Bran avait dû mal à le concevoir. Il avait l'habitude d'être observé mais Jax le clouait sur place et il avait besoin de toute son assurance pour ne pas flancher. Et quand Jax persifla une offense, il trouva là le moyen de rebondir. «  Tout à fait. » confirma-t-il en redressant légèrement les épaules. Il ne s’embarrassait pas de jeux idiots lorsqu'il voulait faire savoir à quelqu'un qu'il était intéressé, tout simplement parce qu'il n'en avait pas besoin. Jax tendit la main pour saisir la bouteille et si Bran flancha quand leurs doigts s'effleurèrent, il le dissimula avec le talent de celui qui porte le mensonge comme une seconde peau. Jax l'avait-il fait exprès ? Pour le troubler ? Ou bien n'était-ce que son esprit assoiffé qui inventait des liens là où il n'en avait pas ? Mais il n'avait pas le temps de s'appesantir sur des hypothèses. Jax l'attendait au tournant et Bran ne pouvait pas se permettre d'être pris de court, même quand les yeux verts de l'aîné Beauchamp plongeaient sur lui comme les serres d'un oiseau de proie et qu'il avait comme une envie de se laisser attraper. « Pourquoi apprendre puisque tu t'exécutes si bien ? » ronronna-t-il, un sourire de félin fendant son visage narquois. Lui non plus n'avait pas lâché Jax du regard, en partie parce qu'il était fasciné par les ombres qui couraient sur le visage tuméfié de l'aîné des Beauchamp, parcourues par les furtifs éclats des flammes, et surtout parce qu'il ne voulait pas donné l'impression qu'il abandonnait déjà le duel. S'étaient-ils déjà regardés aussi longtemps ? Bran en doutait. Jamais en face, en tout cas, jamais en pleine lumière, toujours en coin, quand l'autre était occupé à vivre une vie parallèle qui ne venait jamais s'entrelacer avec la sienne. Jax l'avait-il observé comme lui l'avait fait ? Visiblement oui, puisqu'il désignait Serena quelques mètres plus loin. Que venait-elle faire entre eux ? Bran tourna la tête pour repérer son ex-petite amie un peu plus loin, qui se livrait à l'exercice delicat du je-t'ignore-mais-je-veux-que-tu-le-remarques. Elle paraissait absorbée par la conversation d'un garçon à côté d'elle, offrant son meilleur profil à Bran et lançant des œillades si discrètes qu'elle ne pouvait que les adresser à quelqu'un qui saurait immédiatement les interpréter. Mais Bran avait pris sa décision. Il ne reviendrait pas avec elle ; il n'était pas bon pour la jeune fille et elle pour lui. Il grimaça légèrement lorsque Serena se pencha vers le garçon – elle valait tellement mieux que ça – et cela confirma le bien-fondé de sa résolution. « De toute évidence, on n'est plus ensemble. » répondit-il à Jax avant de se détourner, reposant les yeux sur le visage abîmé. Un silence s'installa entre eux alors que leurs regards croisaient une nouvelle fois le fer et Bran se demanda, si soudainement, il ne venait pas d'ouvrir une porte. Il aurait pu lancer une remarque narquoise, du genre qu'est-ce que ça peut bien te faire, et puis, après tout, c'était vrai, qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire, à Jax, que Serena soit sa copine ou pas ? Etait-ce une question détournée, un moyen de savoir quelque chose ? Etait-ce le feu qui venait lécher son ventre ou bien les picotements qu'il ressentait étaient de l'intérieur, bouillonnants, en pleine effervescence ? Quelque chose passait entre eux mais Bran ne parvenait pas à en faire sens. Il avait comme la sensation que Jax lui envoyait des signes – venir lui parler, leurs doigts qui s'étaient effleurés, mentionner Serena – mais Bran ne comprenait pas les pièces du puzzle. Forçait-il les pièces s'imbriquer ? Extrapolait-il trop vite, trop fort ? Laissait-il ses envies secrètes guider son raisonnement ? Autour d'eux, il y avait toujours du bruit et du mouvement, mais Bran y était complètement insensible. Il ne voyait plus que le visage de Jax, ses yeux nébuleux, ses lèvres un peu humides et toutes les possibilités qui en découlaient. « Viens. On va nager. » L'ordre, abrupt, s'était échappé de ses lèvres sans qu'il ne le prémédité. C'était sorti tout seul, du fond de son corps qui avait échappé à tout contrôle pendant quelques secondes, un corps qui savait exprimer ce qu'il voulait plus que Bran ne pourrait jamais le réaliser. Il n'avait pas la moindre envie d'être là, au milieu de ses camarades bruyants et ivres, dans la ligne de mire de tant de regards. Il voulait être seul avec Jax, voilà, il l'admettait. Pour faire quoi, il n'en avait encore aucune idée – nager n'était qu'un prétexte – mais Bran, bière à la main, amorça le mouvement en prenant son sac et en s'éloignant de quelques pas. Son coeur battait à tout rompre. Bon sang, mais qu'est-ce qui lui prenait ? Cette hardiesse fulgurante faisait cogner le sang à ses tempes et plus il mettait de la distance entre lui et le reste de la petite bande, plus il la sentait grandir. Plus il avançait sur la plage dans la direction opposée à son monde si familier, plus il se sentait audacieux et le sentiment nouait son ventre. Commettait-il une erreur monumentale ? Il n'osait même pas se retourner pour voir si Jax avait suivi ou pas le mouvement, et préféra ôter ses chaussures et laisser ses pieds être effleurés par l'eau calme du lac. De minuscules vagues venaient mourir sur le sable humide et Bran joua avec l'onde humide, dessinant des formes qui disparaissaient presque aussitôt. Derrière lui, il sentait une présence et après quelques secondes de combat intérieur, il finit par se retourner pour découvrir Jax à quelques mètres de lui. Jax et le silence, Jax et tout ce qu'il y avait à dire mais qui ne parvenait qu'à être exprimé par des mots qui finissaient toujours par se retourner contre eux. Bran le dévisagea, inévitablement attiré par le tableau de couleurs marbrés qui coloraient la peau de l'aîné des Beauchamp. Ca aurait pu être beau s'il n'en avait pas deviné l'origine, s'il n'avait pas été témoin depuis des années de la propension du père Beauchamp à utiliser ses enfants comme toiles pour ses peintures brutales. A ce sujet, des centaines de questions le taraudaient et il finit par pointer sa propre joue du doigt. « Qu'est-ce qui s'est passé ? » demanda-t-il d'une voix égale. Sans mépris, sans arrogance. Autour d'eux, le calme s'était fait. Le bruit de la fête était loin. Serena avait disparu, tout comme les yeux perçants de Skylar. Il n'y avait qu'eux et la nuit encore jeune, encore prête à basculer.

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MessageSujet: Re: a sip, bad for me. a hit, bad for me. a kiss, bad for me.   Lun 1 Jan 2018 - 12:28

C’était peut-être se trahir que de démontrer qu’il savait que l’adolescente et Bran étaient liés d’une quelconque manière. Lui qui s’évertuait à faire comme s’il peinait à retenir le nom de l’imprudent savait tout coup qui était la jeune fille que Bran regardait comme ça ? Il aurait pu dire que c’était ce qu’il en déduisait, vu le regard qu’il avait lancé au groupe. Quant à qualifier ce regard, justement, Jax ne s’y essaierait pas. Il n’avait pas envie d’y lire la jalousie qui pourtant serait logique, il ne voulait pas y lire une mélancolie qui trahirait une certaine détresse, il ne voulait pas y voir une colère sourde qui sous-entendrait que l’adolescent n’aspirait qu’à la rejoindre. Il pourrait aussi prétexter que Skylar l’avait mentionné et qu’il ne savait pas pourquoi il avait retenu cette information futile. Ce qui serait un mensonge puisque Skylar, comme si elle cherchait à le frustrer ou à le pousser à poser les questions qui lui chatouillaient la langue, se gardait bien d’évoquer ses activités avec Bran et, si par malheur elle le faisait, ce n’était que succinctement, avec un petit silence qui concluait la perche offerte, attendant qu’il la saisisse pour assouvir sa curiosité. Ce qu’il ne faisait jamais. Jax se contentait de fixer sa cadette d’un air impassible puis il tournait les talons, des questions plein la tête. Mais Jax en savait toujours plus qu’il ne voulait bien le montrer. Tant pis s’il se trahissait ce soir. Encore une fois, il n’aurait qu’à blâmer l’alcool.
Et d’ailleurs, il se maudit d’avoir usé de cette diversion. Il appréhendait légèrement la réponse, même si le fait qu’elle soit là-bas et lui ici laissait bien entendre qu’il y avait de l’eau dans le gaz. Toutefois, Jax savait par expérience – ou plutôt parce qu’il en avait été souvent témoin – qu’il n’y avait rien de plus versatile qu’un amour adolescent. Bran et sa copine pouvaient se détester maintenant et s’embrasser à pleine bouche avant que le soleil ne soit couché. Il avait suffisamment observé les membres de sa bande s’adonner à ces querelles amoureuses pour mieux se réconcilier à la douceur des draps. Quant à lui, n’ayant jamais été en couple avec qui que ce soit, il avait heureusement échappé à ces tourments-là. Mais peut-être aurait-il mieux valu pour lui qu’il passe par ces phases plutôt que de nourrir une attirance unilatérale pour un sale gamin qu’il allait compenser dans les bras d’inconnus. C’était cependant sa vie secrète, celle qu’il cachait même à Skylar qui avait bien essayé de lui extorquer des aveux, toujours en vain. Il considéra donc Bran avec une pointe d’appréhension, attendant les mots qui ruineraient ses efforts – espoirs ? – ou l’inciteraient à poursuivre, parfaitement conscient du risque qu’il prenait en empruntant cette voie.
Car Jax allait au devant d’un enfer sur Terre, il le savait, si son approche ne récoltait qu’un rire moqueur et méprisant de la part du jeune ami de Skylar. Il ne savait d’ailleurs pas pourquoi il s’aventurait en terrain si épineux quand il avait passé des années à réprimer ses sentiments. Était-ce la bagarre avec son paternel ? Était-ce l’idée qu’il s’agisse peut-être du dernier été qu’il passerait à Mount Oak ? Était-ce l’alcool qui irradiait ses veines ? Ou était-ce le tableau hypnotisant que représentait Brandon Rose à cet instant précis ? Irrésistiblement beau, au point que même un être aussi buté et solitaire que Jax Beauchamp ne parvenait pas à rester à distance ?
Un sourire narquois vint arquer les lèvres de Jax lorsque l’impudent répondit avec la verve qu’il lui connaissait, comme si ce monde avait été créé pour ce petit être arrogant et qu’il s’en amusait ouvertement, conscient du pouvoir qu’il avait sur son royaume.
- Comment tu survis, le reste de l’année ? rétorqua Jax, son sourire prenant une teinte aigre à l’évocation de ces dix mois et demi qui séparaient chacun de ses retours à Mount Oak.
Généralement, il se refusait à penser à Mount Oak et à ce qu’elle contenait. Il faisait une croix dessus dès que la ville disparaissait dans leur sillage et qu’elle ne formait plus qu’un petit ilot de paradis qui paraissait dès lors un mirage à l’ainé des Beauchamp. Il refusait d’y songer parce que le manque s’inscrivait dans sa peau aussi durement que dans son esprit. Il ne voulait plus y penser parce que rêver que sa mère, sa sœur et lui s’y installent était une chimère inutile qui ne faisait que crever son cœur un peu plus chaque jour. Jax préférait s’ancrer dans la réalité, fermant son esprit jusqu’à l’été suivant. Et puis, là non plus, il ne voulait pas entendre la réponse de Bran : à n’en pas douter, il trouvait d’autres couillons pour exécuter les moindres de ses envies et ils le faisaient sûrement avec moins de réticence que lui.
Jax observa le profil mi-ange mi-démon du garçon qui tournait son attention vers la jeune fille que Jax avait eu le malheur d’évoquer et le Louisianais regretta sa manœuvre irréfléchie, lâchée dans la panique d’être passé sous le crible des yeux glacés de l’adolescent. Mais maintenant que ces mêmes yeux étaient tournés vers une autre personne, Jax n’aspirait qu’à les retrouver, à être à nouveau leur point de mire, quitte à ce qu’il ait l’impression de fondre comme neige au soleil.
- Ah.
Ce fut tout ce que Jax trouva à répliquer quand Bran déclara qu’ils n’étaient plus ensemble. Il aurait bien voulu répondre qu’il était désolé pour le garçon mais il doutait faire preuve d’assez de sincérité pour être cru. Ou Bran s’imaginerait qu’il se fichait de lui, ce qu’il ne faisait pourtant pas, pour la première fois de son existence. Il ne lâcha pas non plus le ‘tant mieux pour moi’ éloquent qui traversa son esprit. C’était trop tôt, trop évident. Quel regard Bran porterait-il sur lui s’il sortait une telle ineptie, si contraire à son attitude habituelle ? Il ne dit donc rien de plus mais son visage marbré d’une ecchymose se livra sans gêne aux yeux scrutateurs de son jeune adversaire. Jax dévisagea Bran d’un air indescriptible et attendit. Était-ce vraiment là ce qu’il pouvait faire de mieux avec l’adolescent ? Un échange de trois phrases qui tomberaient dans le néant, les forçant à prendre des directions différentes pour noyer le malaise ? Et pourtant Jax se sentait pris au piège, incapable de trouver quelque chose d’intéressant à dire qui puisse réenclencher leur conversation et il se dit que si celle-ci devait mourir aussi stupidement, parce qu’ils ne savaient pas se parler, c’était peut-être qu’il y avait une bonne raison à cela et que forcer les choses ne mènerait à rien. Qu’ils n’avaient rien en commun. Et que son attirance muselée serait vouée à mourir dans l’œuf.
On ne pouvait pourtant pas dire qu’il était un as de la discussion avec les hommes qu’il côtoyait la nuit. Mais c’était parce que c’était inutile, parce qu’ils venaient tous pour la même chose et n’attendaient pas de suites à ces rencontres furtives. Or, si Jax voulait bien quelque chose, c’était une suite, quelque chose, n’importe quoi, avec Brandon Rose. Mais peut-être était-il naïf ou stupide. Peut-être qu’il avait trop nourri ce désir, toutes ces années, pour s’en défaire aisément. Peut-être n’en serait-il pas là s’il avait osé dès qu’il en avait eu envie. Au moins saurait-il où il en était aujourd’hui, quitte à ce que cela signifie qu’il fuyait la présence de l’ami de sa sœur qui ne pouvait s’empêcher de se moquer de lui et de son attirance à sens unique. Jax sentait la panique le gagner, l’échec cuisant venir brûler son âme, quand Bran les sauva d’une situation qu’il pensait déjà inextricable.
-Viens. On va nager.
L’ordre fut si surprenant qu’il laissa Jax muet. Haussant les sourcils, le Louisianais considéra son jeune fantasme ambulant d’un air perplexe et si son réflexe initial aurait été de dire qu’il ne nageait pas – parce que cela impliquait se dénuder, même partiellement, et qu’il n’offrait pas son corps couturé à n’importe quelle vue – il tut cet instinct primaire qui consistait à se préserver des regards curieux, des questions inappropriées, des marques de commisération qu’il n’avait pas demandées. À la place, il regarda l’impudent saisir ses affaires et s’éloigner sans se retourner. Jax resta figé quelques secondes, observant la silhouette élancée le distancer. Était-ce l’un de ces tournants d’une vie qu’il ne fallait pas manquer ? Était-ce un appel auquel il devait répondre ? Bran avait-il pu déceler la nature de son intérêt et affirmer par cette réaction qu’il ne s’y dérobait pas ? Ou ne se rendait-il compte de rien ? Jax se mordit la lèvre inférieure d’un air pensif. Puis il jeta un œil circulaire, arrêtant son attention sur ses amis qui ne semblaient pas se demander pourquoi il ne revenait pas et il prit cela pour un signe. Le signe qu’il était libre de faire ce qu’il voulait, libre de saisir l’occasion d’être seul avec Bran, libre de lui emboiter le pas. Ce qu’il fit sans réfléchir, les bouteilles à la main et le regard accroché à la nuque de l’adolescent.
Le brouhaha ambiant diminua à mesure qu’ils s’éloignaient de la plage surpeuplée et ils ne tardèrent pas à se trouver seuls, comme si le monde s’était effacé avec la fête, comme si tout ça n’avait été qu’un mirage. Jax s’immobilisa à quelques mètres de Bran quand ce dernier se retourna et son regard impénétrable essaya de lire ce que Bran avait derrière la tête. À nouveau, l’ainé des Beauchamp se sentit incapable de briser le silence et il se demanda comment Skylar faisait pour parler autant, pour ne pas se taire une seconde, même, quand elle était en présence de son ami quand lui-même se trouvait subjugué, hypnotisé, incapable d’aligner trois mots sensés. Et il fallut donc une fois de plus que Bran prenne la parole le premier. Il désigna sa joue lisse et demanda ce qu’il s’était passé, une question qui aurait invariablement irrité Jax si c’avait été n’importe qui d’autre.
Un sourire aigre se dessina lentement sur ses lèvres :
- Je me suis pris une porte, lâcha-t-il cyniquement, la voix rauque, avant de se reprendre : Pourquoi tu poses la question quand tu connais parfaitement la réponse ?
Parce que c’était inévitable, n’est-ce pas ? Que Bran sache le lourd fardeau que les Beauchamp portaient sur leurs épaules lorsqu’ils débarquaient à Mount Oak, chaque été ? Jax n’avait jamais surpris Skylar en parler avec son meilleur ami mais il ne pouvait croire une seule seconde qu’elle ait pu lui cacher cela. Et puis, même si elle refusait d’admettre quoi que ce soit, Jax savait que Bran était assez malin pour additionner les éléments. Leur histoire n’était pas extraordinaire, après tout. Combien de famille vivaient sous le joug d’un homme abusif et alcoolique ?
- Tu voulais pas nager ? demanda-t-il pour changer de sujet, avant de vider d’une traite sa bière.
Il laissa tomber le cadavre de la bouteille à ses pieds et posa les autres, encore pleines, à côté. Il se redressa, délesté de ce qui l’encombrait, et attrapa les pans de son t-shirt qu’il ôta lentement, dévoilant un corps en bonne forme, certes, mais marqué à vie, les tatouages ne servant finalement qu’à masquer les cicatrices qui ornaient sa peau. Ou à les rendre moins visibles, en tout cas, comme il était impossible de toutes les cacher. Parmi les arabesques d'encre, il y avait des cercles parfaits, des brûlures savamment dispersées sur ses bras et son torse. Il y avait une coupure profonde en niveau de l’abdomen, quand son père avait usé d’une bouteille brisée pour montrer son mécontentement en gestes furieux. Il y avait les lacérations, dans son dos, que Bran ne pouvait pas voir, d’où il était et c’était peut-être mieux ainsi. Jax défia du regard l’adolescent en laissant tomber son t-shirt près des bouteilles. Puis il se débarrassa de ses chaussures et déboutonna son pantalon.
- Qu’est-ce que t’attends ? demanda-t-il, le cœur cognant comme un dératé dans sa cage thoracique.
Jamais il ne s’était dévoilé de la sorte. Et s’il y avait quelque chose de terrifiant à offrir sa peau lésée aux rayons du soleil couchant, il y avait également quelque chose de libérateur. Comme si Brandon Rose était le seul qui puisse recevoir ce cadeau empoisonné.

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MessageSujet: Re: a sip, bad for me. a hit, bad for me. a kiss, bad for me.   Lun 1 Jan 2018 - 19:43

Prenait-il un risque en s’aventurant sur ce terrain qu’il savait miné ? Même avec Skylar, il n’abordait jamais le sujet frontalement. Il la laissait venir à lui, quand ils étaient seuls dans la chambre de l’un ou de l’autre et que le silence entre eux cachait autre chose qu’un ennui paresseux d’après-midi d’été. Il m’a tordue le bras si fort que j’ai cru qu’il allait me le casser. Ma mère a des bleus partout. Il crie tout le temps. Et parfois elle lui montrait, les bleus sous ses manches, les cicatrices sous ses tee-shirts de gamine. Sensation de vertige, estomac plombé, sensation d’impuissante alors qu’elle relevait les yeux vers lui pour mieux lui sourire et lui assurer que ce n’était rien, que de toute façon, elle se considérait chanceuse dans l’histoire. Chanceuse ?, lui avait répondu un jour Bran, la voix étranglée, incapable d’en accepter plus. Skylar lui avait souri et caressé la tempe du bout des doigts, le regard lointain, comme si elle songeait à quelqu’un d’autre. Tu devrais voir Jax, c’est bien pire. La discussion s’était arrêtée là – c’était elle qui décidait quand ce genre de confessions commençait et terminait – mais l’aveu avait longtemps résonné en Bran, creusant un trou inexplicable dans sa poitrine à chaque fois que le souvenir surgissait, souvent sans prévenir, souvent sans autre raison que lorsque l’esprit de Bran se perdait, il trouvait son chemin vers Jax et ce qu’il faisait, ce qu’il devenait pendant ces mois où il habitait en Louisiane. Etait-ce pour cette raison que l’aîné des Beauchamp était si inaccessible ? Si distant ? Si caustique ? La réponse laconique de Jax le fit vaciller légèrement et il releva vers l’aîné des Beauchamp un regard assombri. Il avait juste voulu être… Qu’avait-il voulu faire, au juste ? Montrer qu’il s’intéressait à lui, qu’il n’y en avait pas que pour Skylar, qu’il était à ses yeux un être à part entière ? Bran se mordit la lèvre pour ne pas répondre quelque chose d’idiot qui aurait mis fin à leur tête-à-tête et haussa légèrement les épaules. « Je voulais juste savoir. » murmura-t-il, incapable d’élaborer un mensonge trop sophistiqué. Il ne pouvait pas lui dire qu’il voulait partager le poids du secret, que l’idée que son père lève encore la main sur lui le rendait malade. Il ne pouvait pas lui dire ce qu’il avait maintes fois répété à Skylar : enfuis-toi, viens vivre ici avec moi, je t’emmènerai, je te mettrai à l’abri. Jax lui rirait au nez, lui demandait de quoi il se mêlait, lui, le gamin qui était né avec une cuillère d’argent dans la bouche et qui avait la prétention de devenir un artiste. Bran n’avait pas rencontré la moindre difficulté dans sa vie. Tout lui était donné sans même qu’il ne le demande sur un plateau d’argent. Sauf Jax Beauchamp, et l’ironie de la chose ne lui échappait pas. Tu ne voulais pas nager ? Une bouteille de bière tomba sur le sable et Bran suivit l’impulsion des mains qui agrippaient le tee-shirt, amorçant un mouvement qui lui coupa le souffle et creusa un trou dans ses entrailles. De là où il était, il pouvait déjà voir quelques centimètres de peau dévoilées. Sur ses lèvres passa un frisson et il se demanda si la peau de Jax était parcourue elle aussi de ces picotements, si par chance les deux étaient connectées et devaient entrer en contact. « Si. » répondit-il d’une voix vague, le cœur au bord des lèvres, ses yeux cherchant désespérément un point d’ancrage mais revenant toujours à Jax, comme si son corps savait pour lui quelles manœuvres calmeraient le feu dévorant qui naissait à la limite de son ventre, et brûlait, brûlait, brûlait. Sans même esquisser un geste vers lui, Jax l’avait pris à la gorge et le clouait sur place. Le temps ralentissait, juste assez pour que chaque détail s’imprime en Bran, douloureusement, avec une précision chirurgicale. Le tee-shirt qui remontait lentement sur une peau labyrinthique, le dévoilement des épaules puissantes et des bras vigoureux et puis ce torse, objet de tous les fantasmes et de toutes les interrogations, enfin révélé, comme un autel gardé secret pendant des années par un prêtre jaloux. A la vue de ce corps, Bran ressentit une brusque envie de s’agenouiller. Il ne demandait qu’à adorer, qu’à révérer, qu’à toucher. Tout. Les tatouages, la peau nue, les cicatrices, ça n’avait aucune importance pour lui, tant que Jax lui accordait le droit de respirer sa peau avec la sienne. Car c’était une sensation proche de ses poumons se remplissant d’air après en avoir été privé pendant trop longtemps qu’il éprouvait alors qu’il posait des yeux aussi désinvoltes que possible sur la silhouette de l’aîné des Beauchamp. Jax était magnétique, un entrelacs parfait d’interdit et de mystère, et Bran s’assujettissait malgré lui, lui qui ne s’inclinait devant rien ni personne. Cette réalisation remplissait son ventre de plomb et son esprit de coton, et il fallut la voix de Jax pour le tirer de sa contemplation. Jax, qui ne portait rien d’autre que le nécessaire et Bran sentit tout son être quitter le sol pendant l’espace de quelques secondes. Ce corps dévoilé, caressé par les derniers rayons du soleil, allait le faire agoniser s’il ne parvenait pas à en obtenir plus. Il releva brusquement les yeux, armé d’une détermination nouvelle. « Rien. » lâcha-t-il et sans même réfléchir, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, Bran combla d’un pas tranquille les quelques mètres qui les séparaient pour se retrouver face à face, pour observer de plus près le corps de Jax, tout en failles, en crevasses et en déchirures. Son regard de glace passa au crible chaque marque, chaque cicatrice, les enregistrant silencieusement, retenant l’envie de passer la main dessus comme s’il avait eu le pouvoir de les effacer. C’était comme un rêve, être aussi proche de Jax alors qu’il y a encore une heure, ils se seraient sans doute entretués pour un regard de travers. Qu’est-ce qui avait bien pu changer ? Tout. Tout avait changé en l’espace de quelques minutes et Bran n’avait aucune idée d’où cela les emmènerait, si jamais cela les emmenait quelque part. En attendant, il jaugeait les tatouages du regard et finit par s’arrêter sur l’un d’entre eux, une petite forme sous la clavicule, dessinée par-dessus une cicatrice. Sa lèvre inférieure picota à nouveau et dans un geste inconscient, il se la mordit brièvement avant de céder à l’impulsion qui avait guidé ses pas et l’avait encouragé à combler la distance. Doucement, il approcha sa main et frotta légèrement la peau encrée et abîmée avec ses doigts, abasourdi de son audace, absorbant la texture de Jax du bout des doigts. Rugueuse, abîmée, mais pas dénuée d’une certaine douceur, et il se demanda comment quiconque pourrait vouloir égratigner ce papier de soie. Le contact ne dura que quelques secondes mais pour Bran, c’était l’éternité sur un bout de peau, quelque chose qu’il n’oublierait jamais, même s’il essayait. « J’aime bien celui-là. » fit-il en relevant les yeux, comme si cela expliquait quoique ce soit. Un sourire de panthère traversa son visage autrement impassible et il tourna le dos à Jax, encore ivre de la folie qu’il venait de commettre. Son cœur cognait dans sa poitrine, ses doigts le brûlaient et jamais ses poumons n’avaient fait autant de difficultés pour fonctionner. Il enleva son tee-shirt et son pantalon, les abandonnant sur la plage déserte. Ses pieds rencontrèrent l’eau et il avança dans le lac, embrassant la tiédeur de l’eau qui avait reposé au soleil toute la journée. La moitié de son corps disparut sous l’eau et il se retourna enfin pour interpeller Jax. « Qu’est-ce que t’attends ? » lança-t-il, un sourire sibyllin aux lèvres. Avant de plonger définitivement, disparaissant pendant quelques secondes pour mieux rejaillir un peu plus loin, ses cheveux collant à ses tempes brûlantes.

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MessageSujet: Re: a sip, bad for me. a hit, bad for me. a kiss, bad for me.   Mar 2 Jan 2018 - 17:53

Un frisson lui caressa la peau alors que c’était un soir d’été idéal : doux mais pas frais, la température idéale pour supporter une soirée autour d’un feu, à siroter des bières. C’était peut-être le regard glacé qui passait et laissait une brise légère dans son sillage. C’était en tout cas la sensation que ça donnait à Jax, à se tenir à demi-nu devant Brandon Rose, presque offert, bien qu’une certaine défiance transparaisse dans sa posture. Jax refusait de courber l’échine, de sembler humilié par les sévices. Il n’avait rien d’un enfant de chœur, on n’avait pas à le plaindre. Il ne voulait en tout cas pas qu’on puisse observer son corps et secouer la tête avec un regard empli de pitié. Jax refusait d’inspirer la pitié à qui que ce soit, encore moins au jeune ami de Skylar. Mais, étrangement, il doutait que ça soit ce que ressentait l’adolescent. Jax ne savait même pas pourquoi il avait cette vision si paradoxale de Bran, comme s’il pouvait être simultanément l’enfer et le paradis sur terre, un gamin ridicule une seconde et un jeune homme digne de confiance la suivante, un danger et la sécurité. Il redoutait de laisser entrouverte la moindre faille, voilà ce qu’il y avait. Il craignait qu’en laissant au jeune homme la possibilité de s’infiltrer en lui, il devrait vivre à jamais avec les conséquences. Mais était-ce pire que de devoir vivre avec une attirance qui le consumait, sans parvenir à faire sens du reste de sa vie ? Il ne connaissait même pas Bran, si l’on y réfléchissait. Il n’en avait jamais pris le temps, il n’en avait jamais pris le risque, préférant se camper derrière son air renfrogné pour le tenir à distance. Et en même temps, songea Jax en dévisageant l’adolescent, il avait l’impression qu’il était le seul à l’avoir vu. La constatation le fit déglutir avec difficulté tandis que les secondes s’égrenaient et qu’il voyait le destin foncer vers lui comme un train fou.
- Je voulais juste savoir.
Un sourire s’esquissa à peine sur les lèvres de Jax. Il doutait qu’il veuille vraiment savoir et, de toute manière, Jax ne savait même pas s’il était capable d’évoquer son père, sa mère, sa sœur, l’ambiance en Louisiane. Avec qui que ce soit. Il n’y arrivait déjà pas avec Skylar qui savait alors comment aurait-il pu trouver les mots avec Bran ? Même en pensée, les explications ne lui venaient pas. Il voyait son père, il voyait la colère naitre dans ses yeux verts dont avait hérité son fils, il voyait la haine de soi et des autres faire des ravages. Comment évoquer le besoin incessant qu’il avait de s’interposer, même quand sa sœur provoquait le conflit ? Comment avouer qu’il préférait récolter les coups et les brûlures plutôt que d’entendre sa mère ou sa sœur hurler et pleurer de frayeur ? Jax ne savait pas pourquoi sa mère restait avec son père. Il n’arrivait pas plus à comprendre que sa sœur puisse avoir l’air si désinvolte, si insouciante, dès qu’elle mettait les pieds à Mount Oak, comme si la Louisiane n’était plus qu’un cauchemar lointain qu’elle avait dissolu avec un baiser réconfortant de sa mère. Mais Jax n’avait pas vraiment l’esprit – ni le cœur – à replonger dans le souvenir encore trop vif de ce qui avait provoqué leur venue anticipée. C’était peut-être le seul point positif mais cela avait mené à ce tête-à-tête après tout, non ? S’il n’y avait eu cette bagarre, ce poing abattu sur son visage au point de le sonner, si sa mère n’avait pas paniqué en ne le voyant pas se relever immédiatement, ils n’auraient pas mis les voiles, Skylar et lui ne seraient pas présents pour cette soirée autour du feu de camp et il n’aurait pas eu l’occasion d’approcher l’ange-démon qui lui retournait le cœur et aspirait tout l’air de ses poumons.
À présent, il sentait l’attention du jeune homme concentrée sur lui et il laissa les yeux bleus le détailler, associant l’intérêt de l’imprudent à de la curiosité un peu morbide, typique des garçons de son âge. Il ne voulut pas y lire quoi que ce soit d’autres, de peur de se faire des idées, de lire une attirance réciproque qui n’existait pas, qui n’était qu’un mirage provoqué par la lumière qui s’amenuisait, cédant la place peu à peu à la nuit. Mais dans la semi obscurité qui les auréolait, Jax pouvait encore discerner la trajectoire des yeux de l’adolescent et même si ça devait se résumer à ça, Jax se dit qu’il s’en contenterait et revisiterait inlassablement le souvenir d’avoir été détaillé par le regard acéré de Brandon Rose. Bran qui ne détournait pas la tête d’un air dégoûté ou embarrassé. Bran dont le sérieux creusait un tunnel dans le cœur du Louisianais et le tétanisait. Comme si, au moindre mouvement, une épée risquait de s’enfoncer jusqu’à la garde dans son muscle cardiaque, ne lui laissant aucune chance de survie. Au moins mourrait-il heureux. Heureux d’avoir eu Bran pour lui seul, même si ça n’était qu’une poignée de minutes.
-Rien.
Jax garda un masque impénétrable, même si son cœur semblait avoir coulé au fond de son estomac. Il observa l’avancée de l’adolescent et jugea, une fois de plus, qu’il était indécent d’avoir donné tant de pouvoir à une seule et même personne. À côté de la démarche féline de Bran, Jax avait la sensation d’être un ours sans grâce, dont chaque mouvement demandait une concentration monumentale, dont chaque geste était maladroit et saccadé. Raison pour laquelle il ne bougea pas d’un millimètre lorsque l’imprudent se posta devant lui et entreprit d’observer chaque détail, chaque tatouage (et ce qu’il masquait). La chose aurait pu être humiliante ou vexante si c’avait été quelqu’un d’autre mais Jax ne dévia pas son attention du visage concentré qui fixait sa peau lésée comme s’il y lisait une histoire en braille. Ce qui n’était pas très éloigné de la vérité, en réalité. Car Jax Beauchamp portait son existence entière sur son corps, sur ses épaules, et personne n’avait jamais pris la peine d’y lire quoi que ce soit jusqu’à ce soir d’été. Le souffle de Jax se coupa lorsque les doigts aventureux approchèrent mais il ne se déroba pas, ni ne chercha à localiser l’endroit qui intéressait tant l’adolescent. Selon l’endroit que le jeune homme frôlerait du bout des doigts, Jax pourrait convoquer un souvenir précis – et sûrement sanglant. Mais il le ferait avec moins de réticence que d’habitude. Parce qu’il associerait cette douleur perçante avec l’idée qu’un jour, des années plus tard, elle provoquerait le doux frisson de la peau de Brandon Rose sur la sienne. Jax aurait presque pu pardonner son père, à cet instant précis.
Le torse de Jax se gonfla sous les doigts de jeune homme, comme s’il insufflait l’air pour la première fois, mais il resta silencieux – muet, même, puisqu’il doutait pouvoir extraire le moindre son de sa gorge nouée – et laissa sa peau à l’examen minutieux du garçon. Il adressa à peine un coup d’œil à la parcelle de peau que Bran appréciait, ne se dit qu’une chose : au moins aime-t-il un centimètre carré, si ça n’était que ça, c’était déjà bien. Il n’attarda pas son attention sur sa peau lésée, toutefois, préférant se perdre à nouveau dans le regard indéchiffrable de l’adolescent. Comme il aurait souhaité pouvoir deviner ce qui se tramait derrière ces yeux d’un bleu glacé, derrière ce visage fermé, à des années lumières de la moue dédaigneuse qu’il pouvait arborer en temps normal. Jax ne sourit pas. Pas des lèvres, en tout cas, même si son regard se teinta d’un certain amusement. Il pencha légèrement la tête lorsque le gamin fit volte-face et s’éloigna. Il laissa ses yeux courir sur le dos lisse et parfait, glisser sur les jambes fines mais musclées qui imposaient une distance intolérable après la proximité avec laquelle il avait gratifié Jax. Le Louisianais sentit le feu reprendre, embraser son ventre et le reste de son corps, redonner vie à son cœur calcifié et diffuser une chaleur délicieuse dans tout son corps. Tout à coup, il n’était plus questions de cicatrices et tatouages mais de palpitations et d’un désir brûlant, prêt à l’emporter avec le vent.
Qu’est-ce qu’il attendait, en effet ? Ou s’était-il changé en statue, frappé par la malédiction qui le punissait d’avoir posé trop longtemps les yeux sur l’impudent ? Il ne méritait pas d’avoir ce genre de pensées, ce genre d’attentes mais maintenant que le lutin l’invitait à se noyer dans le lac avec lui, que pouvait-il répondre ? Prenant une profonde inspiration, Jax parvint à ordonner à ses jambes d’amorcer un pas en direction de l’eau. Bran avait disparu sous la surface et le temps que Jax s’immerge à son tour, l’adolescent était déjà quelques mètres plus loin. Aussi beau qu’une publicité pour un parfum. Jax se laissa couler quelques secondes, le temps d’être mouillé de la tête aux pieds puis il reparut, secouant la tête comme un chien qui s’ébrouerait. Étrangement, l’eau avait un effet apaisant sur son visage tuméfié et il offrit celui-ci aux derniers rayons avant de reporter son attention sur Bran.
- Je pensais qu’elle serait plus chaude que ça, déclara-t-il, se maudissant déjà de la bêtise de son commentaire.
En quelques brassées, il s’approcha du jeune homme et se laissa flotter, ses bras et ses jambes remuant paisiblement pour le tenir à la surface. Il se sentait gauche et en même temps irrépressiblement attiré par le garnement. Il aurait voulu pouvoir noyer le silence avec des traits d’esprit ou une plaisanterie mais c’était comme si on lui avait ôté la faculté d’articuler quoi que ce soit. Jusqu’à un certain stade, du moins. Jusqu’à ce qu’il ait soutenu assez longtemps le regard de Bran pour décider que c’était quitte ou double et que, faute de savoir à quoi jouait l’adolescent, il allait lui montrer ce à quoi lui pensait. Ce à quoi lui voulait jouer. Déglutissant avec peine, conscient de la décision qu’il prenait, Jax finit par céder à l’impulsion :
- Et puis merde, marmonna-t-il en glissant un bras sous la surface pour attirer le corps étranger plus près de lui.
Assez, en tout cas, pour sentir les jambes de Bran heurter les siennes. Et pour qu’il n’ait plus qu’à avancer les lèvres pour les sceller à celles de l’impertinent.

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Like the waves roll with the moon, did we rise and fall too soon? It’s been so long, I can't remember. If I could walk between the stars or be given one more chance, I know which I'd surrender just to build a bridge back to your heart.

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MessageSujet: Re: a sip, bad for me. a hit, bad for me. a kiss, bad for me.   Dim 7 Jan 2018 - 12:49

L'eau était parfaite. Elle avait chauffé au soleil toute la journée et alors que la nuit tombait avec langueur, elle conservait une tiédeur presque aussi douce que la soie, tiédeur qui glissait sur la peau de Bran, l'enveloppait comme un cocon et lui donnait l'impression, lorsqu'il se laissait flotter à la surface, le regard tourné vers le ciel qui se parsemait d'étoiles, de voler, de pouvoir atteindre les cieux rien qu'en tendant le bras. Autour de lui – d'eux, car chacun de ses sens était tourné vers Jax et sa présence qu'il sentait approcher, louvoyante et puissante – les bruits étaient étouffés et il ne subsistait rien d'autre que la mélodie discrète du soir et ces battements de coeur si profonds que Bran avait peur qu'ils fassent bouger l'onde paisible de l'eau et aillent caresser la peau de Jax, portés par de minuscules vagues. Il tentait bien de les maîtriser, mais plus Jax approchait, plus il se remémorait son acte quelques minutes plus tôt, moins il pouvait contrôler son corps qui semblait ne désirer qu'une seule chose : le contact. Le contact direct et sans artifices, peau contre peau, doigts entrelacés, bouche contre bouche, quand bien même Bran osait à peine se le formuler. Le contact, enfin, après tant de temps à l'éviter. Bran ferma les yeux et prit une grande inspiration, laissant l'eau recouvrir son torse et il resta autant que ses poumons gonflés d'air pouvaient le supporter. Lorsqu'il rouvrirait les yeux, combien d'étoiles auraient apparu dans le ciel ? Lorsqu'il rouvrirait les yeux, à combien de mètres Jax serait-il ? Il le sentait approcher et attendait le moment inexorable où il s'arrêterait, où ils devraient à nouveau s'affronter. Pour se dire quoi ? Bran relâcha ses poumons à l'agonie et rouvrit les yeux. S'affronter, vraiment ? De nouvelles étoiles scintillaient au loin (ou alors si près, si près qu'il pouvait les toucher en tendant la main) et il quitta la position de la planche pour se remettre à flotter à la verticale et se tourner vers Jax. Au-dessus d'eux, une lune pleine et claire commençait à remplacer le soleil mourant et jetait une lumière moirée et brillante sur leurs visages. Bran essaya de se l'interdire, mais il remarquait chaque goutte d'eau qui serpentait sur le visage de l'aîné des Beauchamp. L'une d'elles débuta sa chute sur son front, glissa sur les cils pour aller s'écraser sur la peau déchirée avant de mourir, engloutie, entre les lèvres pleines et colorées. Dans le ventre de Bran, une jalousie vorace naquit à l'égard de cette larme qui s'aventurait des territoires qu'il voulait désespérément explorer. Au lieu de ça, ils restaient chacun sur leurs gardes, comme deux soldats ennemis et se défiaient du regard, œil pour œil, silence pour silence. Jax avait bien fait une remarque tout à l'heure, mais Bran aurait été incapable de la restituer tant il était focalisé sur le visage de son aîné. Pouvait-il la sentir, lui aussi ? Cette électricité qui courait sur le fil d'eau, menaçant de mettre feu au lac ? Ressentait-il le même supplice, le même tourment au fond du ventre ? Il fallait qu'il sache et pourtant, il n'osait pas, ne voulait pas. Il n'était pas courageux comme Jax qui se mangeait des coups et prenait ce qu'il voulait. Bran n'eut pas le temps de réagir. Il ne le vit pas venir, ce bras qui se tendit sous l'eau pour l'attraper, ces doigts qui se refermèrent autour de son poignet et le brûlaient malgré l'eau qui les submergeait. Incapable de résister physiquement, il se laissa entraîner, sans pour autant s'abandonner, les sourcils froncés, courroucé par l'audace qu'il n'avait pas eu le courage d'avoir. Il osa même élever la voix, piètre tentative de résistance. « Qu'est-ce que tu- » Ses protestations moururent sur ses lèvres lorsqu'il réalisait à quel point ils étaient proches, à quel point il pouvait sentir ses jambes contre celles de l'autre, à quel point il pouvait frissonner rien qu'en sentant la respiration de Jax venir caresser ses lèvres entrouvertes et incrédules. Encore quelques secondes de silence, de défi, puis Bran abdiqua et rompit le silence qui n'avait que trop durer. « Tu n'as pas besoin d'être brutal, tu sais. » murmura-t-il en dégageant son bras. Pas avec moi, sous-entendait-il, mais il laissa à Jax le soin de le comprendre par lui-même. Il ne s'écarta pas. Au contraire, il s'approcha encore, si c'était possible et sa main émergea des profondeurs pour se frayer un chemin timide jusqu'au visage de Jax. Les doigts s'aventurèrent sur la joue tuméfiée, appuyant à peine pour ne pas faire mal à Jax, et glissèrent jusqu'à la bouche. Presque mécaniquement, Bran en traça le contour, aussi délicatement que possible alors qu'il ne rêvait que d'appuyer sur la chair bombée et douce. Il était électrifié. Il ne pensait plus à rien. Lui qui osait à peine s'approcher il y a encore quelques minutes, comment pouvait-il se montrer aussi audacieux, aussi explicite ? Les yeux rivés sur la bouche offerte, il la dévorait en pensée et un sourire espiègle naquit sur son visage, creusant des fossettes qui n'apparaissaient que rarement. « Bad boy goods lips. J'ai lu ça quelque part. » murmura-t-il en relevant les yeux vers Jax. Les prunelles vert clair l'attrapèrent à la gorge et son sourire disparut. Était-ce à ce moment qu'il sut enfin ? A cette seconde précise où il savait que tout pouvait basculer qu'il sut enfin qu'il voulait Jax de tout son être, de toutes ses cellules qui agonisaient d'être si proches et d'être tenues à l'écart ? Il voulait Jax, il le voulait tellement qu'il en avait mal, il le voulait tellement, corps et âme, peau tuméfiée ou pas, facile ou pas, qu'il était incapable de se retenir plus longtemps. Doucement, sa main vint se glisser sur la joue abîmée et son pouce vint caresser délicatement la blessure, tandis que son front venait se poser sur celui de Jax, faisant s'effleurer leurs nez. « Embrasse-moi. » Un ordre autant qu'une supplique.

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MessageSujet: Re: a sip, bad for me. a hit, bad for me. a kiss, bad for me.   Sam 13 Jan 2018 - 20:31

Il était étonné que l’eau ne tremble pas à chaque battement de son cœur. Celui-ci émettait un son caverneux qui semblait se répercuter partout dans son corps. Mais les ondes ne traversaient apparemment pas le contrefort de ses muscles et de sa peau, se bornant à un écho interne pendant qu’à l’extérieur, seul le chant d’un oiseau nocturne célébrant la venue de l’obscurité perçait l’air. Jax, il aurait aussi souhaité la bienvenue à la nuit, à la pénombre qui glissait sur eux, afin que Bran ne voit pas trop clairement son trouble. Il avait le visage de marbre, plus sérieux encore qu’à son habitude. Le moment était décisif, Jax avait l’impression de danser sur le fil du rasoir et que le moindre mouvement provoquerait une coupure douloureuse. Son sang se répandrait-il comme une masse sombre qu’on différenciait à peine du fond obscur du lac ? Jax ne voulait plus penser à la moindre goutte de sang s’échappant de son corps mais il ne pouvait ôter l’image de sa tête, pantin de ses craintes les plus intimes, victime d’une violence qu’il avait connue trop tôt. Alors il se concentra sur les traits du garçon qui lui faisait face, les doigts serrés autour de son poignet, un nœud coulant dans le ventre, qui étreignait toujours plus ses entrailles. Il aurait dû être habitué à la sensation, il le savait. Il l’avait pratiquement toujours connue : quand il voyait son père se métamorphoser en sorcier monstrueux, d’abord puis, plus tard, quand il avait été frappé par les premiers élans d’un désir inassouvi et, pire encore, réprimé. Il avait appris à différencier les deux, évidemment, mais il y avait une base commune indéniable et, alors qu’il sentait son corps s’apprêter au pire, il s’ancra dans un silence buté. Les mots n’avaient jamais été son fort, de toute manière, et si c’était pour sortir des inepties comme celle qui lui avait échappé quelques secondes plus tôt, il préférait se murer dans un mutisme obstiné.
Que faire d’autre quand tout son être était tendu comme un arc, n’attendant que l’ultime impulsion pour céder à ce qui le dévorait depuis bien trop longtemps ? Jax peinait même à croire qu’il ait pu rester toutes ces années à l’écart, éloigné de cet être qui agissait comme un aimant, l’attirant inéluctablement. Jusqu’à ce qu’il se brûle les doigts ? Était-ce donc ce qu’il avait redouté, tout ce temps ? L’idée ridicule traversa pourtant l’esprit de Jax qui maintenait sa prise, presque surpris qu’aucune douleur aiguë ne le force à lâcher l’étreinte. Surpris, aussi, que Bran ne cherche pas à se dégager avec force en lui demandant ce qui lui prenait. Ça aussi, c’était l’une de ses craintes inavouées, la violence d’un geste qu’il ne pourrait pas reprocher, pas avec l’attitude qu’il avait opposée à l’adolescent toutes ces années. Une réaction à laquelle il n’aurait su comment réagir lui-même. La fuite dans la nuit ? Une force redoublée pour le faire taire ? Un silence mortel en attendant que l’autre se dérobe ? Jax ne le savait pas, il n’avait jamais pris la peine d’oser se figurer les issues possibles. Tout cela était trop improbable et il était beaucoup plus simple de noyer le désir que de s’y frotter quand il était aussi effrayant. Parce qu’il avait beau le cacher derrière son regard de loup, Jax se savait tétanisé. Tétanisé à l’idée qu’il se soit fourvoyé, que Bran s’esclaffe ouvertement. La peur du rejet, celle-là même à laquelle Jax se croyait imperméable, invulnérable, un mensonge pitoyable dans lequel il s’était enfoncé, se dissimulant lâchement derrière de faux prétextes, des airs de brute épaisse et des moues méprisantes. Un mensonge qu’il ne se voyait plus maquiller plus longtemps et auquel il s’offrait en quelques sortes, se fichant de son sort. C’était probablement son dernier été à Mount Oak, après tout. Il ne reviendrait sûrement pas l’année d’après, préférant chercher sa voie ailleurs. S’il ne tuait pas son père avant…
- Tu n’as pas besoin d’être brutal, tu sais.
Et s’il en avait terriblement besoin, justement ? Parce qu’il ne savait pas s’exprimer autrement, parce que c’était ça ou être consumé par une frousse monstre qui l’empêchait d’approcher l’imprudent. Il tenait plus de son paternel qu’il ne voulait le croire, peut-être. Sûrement. Et cette constatation étira ses lèvres en un sourire amer, blessé. Mais Jax ne lâcha pas pour autant le poignet de Bran, il persista dans sa chute, à se perdre dans les yeux glacés qu’il fuyait d’habitude, qui avaient le pouvoir de le désintégrer, s’ils le voulaient. Ses doigts finirent par libérer sa proie quand Bran voulut dégager son bras. Était-ce là la limite de son audace et de son courage ? Attirer le garçon un peu plus près et ne pas mettre un point final à ce qui le hantait depuis si longtemps ? Et Bran qui ne se dérobait pas tout à fait, qui n’imposait pas une distance de sécurité. Peut-être n’avait-il pas compris ce que Jax avait eu l’intention de faire. Le geste avait après tout eu quelque chose de trouble, qui n’indiquait pas ostensiblement que le Louisianais n’avait manqué que d’une once de courage pour plaquer ses lèvres contre la bouche du sale gamin. Une once qui changeait tout, pourtant. Le jeune homme offrit un regard impénétrable à Bran, le dévisagea avec une certaine férocité dont l’adolescent aurait dû se méfier, au lieu de quoi il se rapprocha encore un peu. Aimait-il donc tant jouer avec le feu ? Ou avait-il finalement mieux perçu l’intention de Jax que celui-ci le pensait ? Quelle que soit l’origine de l’approche de Bran, en tout cas, Jax ne chercha pas à l’investiguer. Il se contenta d’un visage fermé qui tressaillit à peine quand les doigts du garçon frôlèrent la peau tuméfiée. Était-il à ce point hypnotisé par la douleur des autres ? se demanda Jax en détournant à peine la tête pour échapper à l’exploration qui picorait son visage de piqûres à l’intensité variable.
Une torture. Voilà ce que c’était. Cette proximité qui semblait d’une distance affolante au Louisianais. Les doigts de l’adolescent qui redessinaient son visage. Leurs jambes qui se frôlaient mais n’entraient jamais vraiment en contact. La citation distraite de Bran qui laissa Jax perplexe. La main qui s’invitait à nouveau sur sa peau lésée, comme s’il pensait être doté d’un pouvoir magique qui ferait disparaitre les traces de coups, et que Jax laissa cette fois se poser délicatement, les yeux toujours dardés sur le jeune aventurier qui ne savait pas quel risque il prenait à le laisser s’accoutumer à ce contact, à venir presser son front contre le sien, créant une intimité à laquelle Jax était étranger. Et peut-être qu’avec quelques secondes supplémentaires, l’adolescent n’aurait même pas eu à le demander. Peut-être que, encouragé par la sérénité qu’il éprouvait à avoir le visage de Bran si près du sien, Jax aurait comblé la distance de lui-même. Mais la voix ronronnante du garçon électrisa Jax avec ces deux mots simples et lourds à la fois et Bran avait à peine eu le temps de les laisser filer dans l’air que les lèvres de Jax étaient déjà sur les siennes, les dévorant avec l’avidité d’années de restrictions, de soumissions, de répressions. Les bras du jeune homme emprisonnèrent l’impudent avec force, pressant leurs torses et leurs ventres l’un contre l’autre, faisant céder quelque chose dans l’âme tourmentée de Jax Beauchamp.
Il n’y aurait pas de retour en arrière. Après avoir dégringolé de la sorte, comment s’en remettre ? Mais Jax ne se souciait plus de l’après. Pour la première fois de sa vie, il était dans l’instant présent, se gavant du bien être que lui procurait l’étreinte, s’abandonnant au baiser. Un baiser affamé, enfiévré. Noyé. Car Jax avait enroulé les jambes autour de celles de Bran et ils coulèrent à pic, corps emmêlés, compressés, lèvres scellées. Jax aurait voulu disparaitre tout au fond du lac, ne jamais remonter à la surface, se terrer dans cette félicité entre les algues, ne jamais devoir revenir à la réalité et ce qu’elle lui réservait. Mais l’air commençait à manquer et il craignait d’étouffer Bran sous ses assauts désespérés. Aussi lâcha-t-il complètement l’adolescent, le libérant de son joug enflammé pour remonter à la surface en quelques brassées. Il émergea du lac dans une explosion de gouttes et s’ébroua à nouveau avant de se passer la main sur le visage et de guetter la réaction de Bran, le cœur au bord des lèvres, les muscles tétanisés mais un sourire irrépressible aux lèvres. Un sourire presque canaille, soulagé, qui rappelait que Jax restait un jeune homme, malgré ce que la vie lui faisait porter sur les épaules.
- Tu devrais faire attention à ce que tu dis. Tu ne sais pas les risques que tu prends.
Tu ne sais pas depuis quand je rêvais de faire ça, réprima-t-il en dernière minute. Ça n’avait rien d’un jeu pour Jax mais peut-être que l’autre en était encore au stade où il testait son pouvoir de séduction et le Louisianais ne tenait pas à tomber dans ses filets comme un bleu. L’enjeu était bien trop grand à ses yeux pour qu’il prenne les choses à la légère.

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Brandon Rose

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MessageSujet: Re: a sip, bad for me. a hit, bad for me. a kiss, bad for me.   Ven 19 Jan 2018 - 22:49

Et si Jax se dégageait ? Et s’il s’écartait d’une brassée moqueuse, lui révélant que ce n’était qu’un jeu et qu’il avait été roulé, que ce n’était qu’un pari et qu’il s’était fait prendre comme un idiot ? Bran ne l’envisageait même pas. D’abord parce qu’il était Brandon Rose, et puis, surtout, parce que son cœur battait trop vite, qu’il espérait trop fort, que le souffle de Jax était trop doux contre ses lèvres pour qu’il puisse imaginer quoi que ce soit d’autre. Devait-il lui dire, lui avouer qu’il attendait cette rencontre isolée des autres depuis l’âge de quinze ans, que cet été-là, quelque chose avait changé dans la façon dont il regardait Jax ? Il l’avait longtemps refusé, furieux d’être la proie d’une telle folie, niant en bloc toute attirance pour un personnage aussi rustre et escarpé, quand en vérité, ses pensées s’échappaient vers lui au galop. Devait-il avouer tous les regards en coin, les brusques accélérations de son cœur quand il sentait les yeux de Jax sur lui, la folle rancœur qu’il avait entretenue à son égard à chaque fois qu’ils avaient croisé le fer de leurs mots tranchants ? Il ne voulait pas être ce gamin naïf, il ne voulait pas faire aveu de faiblesse devant Jax. A moins que ce ne soit déjà fait, avec cette approche timide, cette caresse qui ne disait pas son nom. Quoiqu’il en soit, Bran ne pouvait plus reculer. Et il ne chercha pas à le faire quand il sentit, plus qu’il ne la vit, l’approche furieuse de Jax. Non, il ne se déroba, au contraire, il s’offrit, sa bouche s’épanouissant comme une rose arrivée à sa plus belle éclosion. Jax l’embrassait, il embrassait Jax, enfin c’était la collision de leurs deux corps, la trêve tant attendue de leur guerre sans merci, la victoire absolue. Bran se laissa entraîner sans aucune résistante, il accepta la bouche de Jax, son poids autour de son corps, leur noyade commune, tout, il acceptait tout tant qu’il continuait à le toucher ainsi, tant que ses bras puissants l’entouraient et que ses jambes le maintenaient prisonnier (consentant) de cette prison dont il ne souhaitait jamais s’évader. Embrasse-moi, touche-moi, prends-moi, garde-moi, je suis à toi, c’était tout ce qu’il mettait dans ce baiser, tout ce qu’il espérait que Jax puisse sentir au travers de sa peau. Ils remontèrent trop vite au goût de Bran, qui accueillit l’air dans ses poumons brûlants avec une amertume décontenancée. Il n’avait pas fini, il en voulait encore, et alors que Jax lui faisait face dans toute sa gloire humide, Bran réalisa que leur premier baiser venait de prendre fin. Y en aurait-il d’autres ? Il en mourrait d’envie, se décomposait, se désintégrait dans cette eau tiède qui gonflait la moindre de ses sensations. Le sourire taquin de Jax vint décupler cette impression de noyade et Bran le contempla, hypnotisé par cet arc qui venait si rarement effleurer le visage de l’aîné des Beauchamp. Sa remarque lui fit cependant hausser un sourcil surpris et Bran se permit une petite pique, conscient qu’il y avait autre chose derrière cette mise en garde amusée. Un sourire espiègle vint brièvement éclairer son visage de marbre. « C’est ta faute. Je suis bien obligé de parler, puisque tu ne dis jamais rien. » ronronna-t-il d’une voix suave. C’était peut-être le plus de mots que Jax lui ait jamais débité à la suite, et pourtant, ils n’avaient échangé que quelques phrases, à peine une conversation. Mais Bran sentait que ce qui se passait entre eux se passait de mots. Ils n’avaient pas besoin de communiquer comme les autres. Tout passait par la façon dont ils se dévoraient du regard, par leurs gestes, leurs respirations. Les mots étaient superflus et pour ça, il éprouvait une gratitude qu’il ne pourrait jamais assez exprimer. Le silence retomba entre eux et Bran se laissa couler légèrement. De son visage, il ne restait que le nez et les yeux clairs, le reste ayant disparu sous la surface tranquille de l’eau, et de cette forteresse il fixait Jax. Il le dévorait des yeux, libre enfin d’arpenter le visage aux traits taillés à la serpe. Curieux, il se demandait qui avait eu l’idée de placer cette bouche si ronde et si tendre au milieu d’un tel roc, quel dieu facétieux avait jugé bon de planter cette fleur carmine et ouverte, presque aussi rouge que la chair d’une cerise mûre sur ce visage qui n’avait pourtant rien de printanier. Et sous la lueur humide de la lune, cette bouche légèrement entrouverte était un véritable appel au baiser. Lentement, comme un alligator, Bran approcha, toujours à moitié caché par l’onde sereine. Il ne dit rien, puisque c’était le désir de Jax, et ne révéla son visage entier que lorsque son nez vint effleurer celui du plus âgé. Ses yeux lâchèrent ceux de Jax pour revenir l’objet de toutes ses convoitises et il se passa une langue nerveuse et impatiente sur les lèvres, avant de venir titiller celles de Jax. Du bout de cette langue soudain plus hardie, explorant encore timidement, presque gauchement, puis de sa bouche une fois qu’il comprit qu’il était le bienvenu et qu’il n’avait pas besoin de forcer le passage de cette antre tiède, qu’il pouvait tout entier se fondre, y disparaître, s’y abandonner complètement. Par réflexe, sa main vint glisser sur la joue meurtrie de Jax alors qu’il s’abandonnait à l’étreinte, mordant dans la bouche de son tourmenteur comme dans un fruit, goûtant sa saveur, se rendant ivre à la liqueur qu’il croyait boire sur ses lèvres. Jax avait le goût de la bière qu’ils avaient bu quelques instants plus tôt, mais pas que, non, il avait le goût de l’été, du feu de camp, le goût de la liberté et de l’ivresse, et puis une saveur plus subtile, que Bran ne savait pas décrire et qui lui restait sur le bout de la langue, comme un mot dont il perdait le sens alors qu’il était si simple, si évident. Embrasser Jax était boire à la lie de cette eau-de-vie délicieuse et Bran ne voulait jamais arrêter. Il voulait continuer à explorer cette bouche du bout de sa langue et puis, ensuite, la laisser glisser sur chaque centimètre de peau, chaque cicatrice, chaque arabesque d’encre pour goûter le reste de ce corps, le marquer de ses baisers avides, le faire sien, même s’il ne s’agissait que d’une marque invisible. Il voulait que Jax puisse le sentir, partout, qu’il n’y ait pas une parcelle de son corps qui n’a pas été couverte, protégée, vénérée. Il voulait que Jax s’endorme le soir en sentant encore sa bouche contre sa peau, et il voulait que l’aîné des Beauchamp soit partout sur lui aussi. Bran voulait que cette trace soit impossible à effacer de Jax, qu’elle soit plus forte que tout, qu’elle s’incruste en lui comme un tatouage et qu’elle remplace les coups et la douleur. Il voulait être son bouclier, son armure contre les poings féroces qui s’abattaient sur lui. Délicatement, Bran rompit le baiser, l’esprit embrumé, le corps gorgé de désirs contradictoires. « Je veux bien prendre des risques pour toi. » murmura-t-il tout bas, en un souffle saccadé alors qu’il s’écartait, le cœur battant, le corps quasiment liquide. Il ignorait pourquoi ces deux mots étaient venues se greffer à son aveu, ils étaient sortis d’un coup, aussi naturellement que le reste.

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MessageSujet: Re: a sip, bad for me. a hit, bad for me. a kiss, bad for me.   Ven 2 Fév 2018 - 10:56

S’il pensait que son cœur faisait un boucan monstre quelques secondes plus tôt, ce fut vite oublié. À la place, il fut tout à l’écoute du reste de son corps et de l’écho qui se propageait en lui, comme un cri de frustration lâché par le désir qui lui brûlait les membres. Céder ainsi à la tentation pour tout abandonner aussitôt, quelle folie ! Il aurait dû s’y raccrocher tant qu’il le pouvait, il aurait dû savourer l’instant, en se disant que c’était peut-être – probablement – la seule fois où il aurait l’opportunité de goûter à ces lèvres narquoises. Au lieu de quoi il y avait été sur un coup de tête, il n’avait pas pris le temps de réfléchir à la meilleure option qui s’offrait à lui, à l’attitude la plus adéquate dans ce genre de situation, pour s’assurer qu’elle dure, qu’elle ne s’évapore pas au bout de quelques secondes. Mais l’ensemble de l’instant lui paraissait tellement irréel qu’il n’avait pas songé à attendre une seconde de plus, pas alors que l’objet de ses fantasmes se trouvait si proche qu’il sentait son souffle sur sa bouche, pas alors que leurs peaux se frôlaient et se pressaient l’une contre l’autre, pas alors que la voix impudente lui intimait de l’embrasser. Jax avait cédé, pour le plus grand bonheur de ses sens, mais maintenant que le moment était passé, que son corps n’était plus en contact avec celui de Bran, il se dit qu’un instant de bonheur était si vite passé et qu’il devrait apprendre à en apprécier chaque microseconde, plutôt que de tout envoyer valser parce qu’il ne savait pas contenir ses émotions. Tout était si simple quand il tenait l’adolescent à distance, quand il lui opposait un dédain farouche, quand il instaurait un gouffre de sécurité. Quand le gamin venait le narguer sous son nez, par contre…
Et tout avait été trop vite pour que le Louisianais puisse analyser la réponse de Bran à ses lèvres enfiévrées. Il avait bien senti qu’il l’embrassait en retour mais il ne savait comment l’interpréter. Était-ce une réaction naturelle à un baiser ? Il aurait pu tout aussi bien pincer les lèvres et détourner la tête, Jax le savait. À moins que sous l’impulsion, Bran n’ait pas réfléchi non plus, qu’il ait été emporté par la frénésie de Jax, sans pour autant partager le même engouement, le même besoin irrépressible. À moins qu’il ait été ravi d’en faire l’expérience, juste parce que la curiosité adolescente lui démangeait le corps mais qu’au final, ça n’avait pas la même signification que pour son ainé. Il y avait tant de possibilités et Jax n’avait ni l’imagination ni la patience de toutes les envisager. Tout ce qu’il pouvait faire, désormais, c’était observer Bran pour essayer, en vain, de décrypter ses réelles intentions, tout en considérant acquis le fait qu’ils n’étaient certainement pas sur la même longueur d’onde. D’où la mise en garde qui se voulait désinvolte, le résultat d’un jeu sans conséquence, quand c’était en réalité tout le contraire qui hantait Jax. Si l’adolescent cherchait des sensations fortes, il valait mieux qu’il aille les chercher ailleurs, voilà ce que signifiaient les mots de Jax tandis qu’il essayait de réinstaurer une ligne de démarcation pour le préserver de l’hypnose dont il avait toujours été victime avec Brandon Rose. Une ligne invisible mais bien réelle pour lui, seul moyen qu’il avait pu trouver pour se protéger d’une désillusion, pour éviter à son cœur d’être écorché plus qu’il ne l’était déjà. Son sourire devint davantage narquois quand Bran répliqua.
Que pouvait-il rétorquer à cela ? Qu’il se sentait gauche et idiot à côté de lui ? Qu’il craignait qu’en ouvrant la bouche, il récolte une remarque assassine et moqueuse dont seul Bran avait le secret ? Qu’il considérait qu’il n’avait rien à dire de bien intéressant ? Et quand avaient-ils seulement eu l’occasion de se parler vraiment ? Jax ne s’était jamais senti de le faire en présence de Skylar et comme les deux adolescents étaient comme les doigts d’une main, jamais l’un sans l’autre, il avait pris le pli de fuir, de s’écarter, de disparaitre dès que le jeune homme venait chercher son amie. Car, plus que tout, Jax ne supportait pas les regards que Skylar lui lançait s’il restait trop longtemps avec eux, des coups d’œil teintés de connivence, comme si elle savait, bien plus qu’il ne voulait l’admettre, bien avant même, qu’il ne comprenne son attirance pour l’imprudent. Alors le jeune homme se contenta d’un haussement d’épaules qui sous-entendait et alors ? Il n’avait rien à répondre à cette évidence et il laissa donc le silence les envelopper. De toute façon, il n’avait jamais aimé les grandes conversations, les débats interminables, les élans du cœur. Il ne se lasserait par contre jamais de détailler le visage parfait de Brandon Rose, de se perdre dans une contemplation rêveuse, comme il le fit une fois de plus alors que le garnement s’immergeait presque entièrement, ne laissant que le haut de sa tête percer la surface sombre du lac. La différence avec les fois précédentes, cependant, c’était que Bran lui rendait son regard et que cela le troublait au plus profond de son être. Méfiant mais incapable de se soustraire à cette situation, Jax observa l’approche du garçon et sentit son cœur s’affoler à chaque centimètre englouti. Une lave en fusion se répandit dans son ventre mais il n’amorça aucun mouvement pour s’écarter de la trajectoire du provocateur. Au contraire, il le laissait glisser vers lui, une impatience sourde l’enveloppant invariablement.
Visiblement, Bran n’avait pas compris la mise en garde. Ou il s’en contrefichait. Ou il s’amusait à la braver, juste par esprit de contradiction. Va savoir, songea Jax en pinçant légèrement les lèvres, ce qui se trame chez ce petit prétentieux. Bran était trop conscient du pouvoir qu’il détenait, que ce soit avec ses yeux d’un bleu glacial ou les taches de rousseur à peine perceptibles qui parsemaient son nez et ses joues, valorisées par le temps qu’il avait dû passer au soleil et qui disparaitraient peu à peu avec l’âge. Sans parler du sourire en coin pour lequel Jax se serait volontairement damné. Mais Jax ne réitéra pas sa remarque et attendit plutôt de voir ce que le gamin avait derrière la tête. Une chaleur que le Louisianais ne connaissait que trop bien se diffusa dans tout son corps, émergeant du creux de son ventre pour se répandre dans ses jambes et ses bras, de remonter vers le cœur et les poumons et de se loger de façon stratégique dans son bas ventre. Le souffle presque coupé, il laissa Bran le provoquer, les sens électrisés, et ne chercha pas à lui interdire l’accès, ouvrant au contraire la bouche pour accueillir ses avances irréelles et laisser le bonheur l’irradier. Incapable de résister, alors qu’il n’en avait pas envie en premier lieu, Jax laissa sa langue répondre à celle de Bran, tourner et danser avec la sienne, y savourer un plaisir trop longtemps réprimé et qu’il avait cru destiné à mourir là où il était né. Un grondement sourd émana de la large cage thoracique quand la bouche impétueuse s’aventura sur sa peau lésée et marquée à jamais. Instinctivement, les mains de Jax répondirent aux baisers en effleurant les hanches et le dos de Bran, comme si elles n’osaient pas s’y raccrocher vraiment, comme si elles avaient peur d’abimer un objet sublime et irremplaçable. Il ne se rendit compte qu’il avait fermé les paupières que lorsque les lèvres cessèrent leur balai incandescent et que la voix de Bran perça l’air à nouveau, déclarant qu’il voulait bien prendre des risques pour lui. Jax rouvrit les yeux et posa sur l’adolescent un regard trouble qui trahissait son émoi. Son ventre formait un nœud inextricable et il fixa Bran comme s’il essayait de décoder la phrase aux interprétations multiples. Parce que Jax n’avait aucune idée de ce qu’impliquaient ces mots, de leur véritable portée, de leur vrai sens pour Bran. L’adolescent restait une énigme et Jax ne pouvait s’empêcher de faire preuve d’un entêtement démesuré, persuadé que l’autre était trop immature pour réaliser la signification profonde que pouvaient avoir ses paroles.
- Ce n’est pas un jeu, finit par répondre Jax d’une voix rauque. Je suis pas un défi ou une expérience à faire une fois dans sa vie.
Il ne prétendait même pas que c’était ce que Bran recherchait, un grand frisson pour cocher une case sur une liste factice. Pas plus qu’il ne voulait s’imaginer qu’il pouvait avoir cette importance-là. Mais il ne voulait pas s’engager dans une danse endiablée qui aurait une valeur trop grande pour lui et ne serait peut-être qu’une distraction pour l’autre. Puis il répéta, plus faiblement mais très distinctement :
- Ce n’est pas un jeu pour moi.
Et tant pis si Bran comprenait l’ampleur de l’aveu, tant pis s’il lui donnait le bâton pour le battre. Il savait qu’il aurait pu tout simplement profiter de l’opportunité pour assouvir ses fantasmes et faire l’amour à ce lutin espiègle mais il n’avait pas envie de s’engager dans un leurre. Pas quand, pour la première fois, l’idée même d’un corps à corps lui fichait une frousse bleue.

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MessageSujet: Re: a sip, bad for me. a hit, bad for me. a kiss, bad for me.   Lun 5 Fév 2018 - 19:32

Bran avait l’impression de ne faire plus qu’un avec le lac. Il n’était plus qu’une goutte d’eau en suspension, et au milieu de son être liquide, quelque chose pulsait et tirait et suppliait. Il suppliait Jax, sa peau, sa bouche, ses mains. A chaque fois que ces dernières effleuraient ses hanches, roulant sur sa peau fine, Bran se sentait mourir. Et quand leurs ventres se touchaient – comme c’était le cas quelques secondes plus tôt – révélant ainsi l’état de transe dans lequel ils se trouvaient tous les deux, il réalisait à quel point il ne voulait pas mourir, à quel point il ne voulait pas se noyer, à quel point il voulait être en vie et sentir la vie de Jax en lui et lui offrir la sienne. Il le sentait dans son sang qui bouillonnait, qui s’écoulait goutte par goutte dans son ventre. Son esprit cessait progressivement de fonctionner, laissant place à un instinct délicieusement bridé. Il en tremblait presque, de devoir se contenir alors que tout ce qu’il désirait, c’était de se jeter dans la gueule de loup.
Et se laisser dévorer.
Engloutir.
Prendre.
Et le regard de Jax n’arrangeait rien, trouble et laiteux sous le clair de lune, aussi sombre et attirant qu’un ravin sur lequel on se pencherait sans pouvoir s’y empêcher. Etait-ce cela, ce fameux appel du vide, cette brusque envie de se perdre et tout envoyer valser ? Jax lui donnait le vertige et le rattrapait en même temps. Il était le bourreau et le sauveur, il était la peine et le plaisir, la souffrance et l’extase, et tout cela tenait dans la ligne parfaite de ses lèvres, l’irrégularité virile de ses traits, la puissance de ses épaules qui ressortait légèrement de l’eau. Bran aurait voulu y passer les doigts, laisser s’égarer ses mains sur ce dos encré et marqué, le voir se plier sous ses caresses. Il voulait voir s’il pouvait faire ployer Jax, le faire frémir, l’amener au bord du monde et voir ses yeux se fermer sous ses doigts. Quel goût aurait son prénom s’il venait le boire sur les lèvres de son tourmenteur ? Serait-il sucré comme le miel ou bien d’une amertume sanguine ? Rien que d’imaginer Jax prononcer son prénom, dans cette position lui noua le ventre et il ne bougea pas d’un centimètre, prêt à s’abandonner à la seconde où Jax le désirerait. Mais l’offrande resta sans réponse. A la place, le silence, pendant longtemps, trop longtemps, puis la voix rauque et écorchée de Jax. Jax qui n’avait rien compris, qui ne comprenait jamais rien, Jax qu’il aurait bien secoué comme un prunier s’il n’avait pas menacé de le noyer. Incrédule devant la tournure des événements, Bran haussa des sourcils ébahis et s’écarta légèrement. Puis la surprise passée, c’est la colère, si facile à attiser chez lui, qui prit feu et cracha une fumée sombre sur ses yeux de glace. « Ah, vraiment ? Pas un jeu ? » Sa voix s’était faite caustique et sa jolie bouche s’ourlait d’un rictus ironique. Un jeu. Jax en avait de bonnes ! Qu’est-ce qu’il s’imaginait, au juste ? Son personnage lui collait-il donc si bien à la peau ? N’avait-il pas été assez explicite, assez audacieux dans ses avances pour que Jax comprenne qu’il ne s’agissait en rien d’un divertissement ? Et d’ailleurs, il pouvait parler, songea Bran avec une férocité qui s’alluma dans ses prunelles d’un bleu désormais ardent. Jax avait toujours été celui qui l’avait mis à l’écart, le premier à bien lui signifier qu’il était indifférent à son charme et à ses allures d’Achille des temps modernes. C’était lui encore qui se détournait constamment, lui qui lui tournait le dos, lui encore qui ne retenait pas ses flèches incisives, trempées dans le poison d’une indifférence mortelle. Combien de fois Bran avait-il voulu accrocher le regard de Jax, rien que quelques secondes, pour le voir s’échapper immédiatement ? « Donc tout ce temps où tu te fichais complètement de moi, ça faisait partie d’un plan organisé, c’est ça ? Quel maestro tu fais, Jax. Quelle subtilité, vraiment. Je tombe des nues. » lâcha-t-il d’un ton suintant de rage cynique. Comme un enfant furieux, Bran frappa l’eau d’un coup sec pour asperger Jax dans une tentative puérile de bagarre et s’écarta d’un puissant coup de jambes. « Tu es vraiment un imbécile. » siffla-t-il entre ses dents, dardant un œil enflammé sur l’aîné des Beauchamp. Un imbécile de première catégorie. Qu’est-ce qu’il croyait ? Que Bran s’amusait de lui, qu’il considérait ses bleus avec dérision, qu’il n’était qu’un petit crétin suffisant qui voyait en Jax un trophée à ajouter à son tableau de chasse insignifiant ? Quel idiot. S’il avait passé un peu plus de temps à le regarder et un peu moins à aller faire on ne savait quoi avec on ne savait qui – oh, Bran les connaissait toutes, les rumeurs des frasques, et il n’en avait oublié aucune – Jax aurait peut-être pu constater l’évidence. Mais il n’était qu’un gamin prétentieux, n’est-ce pas ? songea Bran avec amertume. Il était prisonnier de son rôle, prisonnier de la forteresse qu’il avait construite pour se prétendre invulnérable. Il avait trop bien trompé son monde, trop bien prétendu que rien ne l’atteignait et qu’il flottait au-dessus de ce petit monde aux préoccupations triviales. Il avait trop joué les anges intouchables et Jax était tombé dans le piège. Il n’était pas un ange. Il n’était qu’un garçon qui en voulait un autre. La frustration lui bloquait la gorge et il se détourna vivement pour que l’aîné des Beauchamp n’en profite pas pour pointer du doigt sa jeunesse immature. A la place, il s’échappa en quelques brassées et monta sur le ponton flottant qui reposait au milieu du lac. En quelques gestes souples, Bran monta sur le gros bloc de bois et s’assit à son bord, tournant résolument le dos à celui qui hantait pourtant chacun des centimètres de sa peau depuis des années. Son reflet lui apparut sur l’eau clapotante et il se mordit légèrement la lèvre. Pouvait-il vraiment blâmer Jax ? Il n’avait pas cherché à le détromper, pas avant ce soir. Il avait joué, lui aussi, jusqu’au bout, trop craintif pour assumer la vérité qui grondait dans son ventre ce soir. « Je ne sais pas comment t’expliquer. » murmura-t-il. Ses yeux perdus dans le vague fixaient l’eau miroitante. Comment lui dire, en effet ? Comment condenser toutes ces années d’adoration secrète et intolérable ? Tous ces sentiments contre lesquels il avait tant lutté et qu’il acceptait aujourd’hui, il ne parvenait pas à les nommer et encore moins à en faire du sens. Ce qu’il éprouvait – ce qu’il n’osait pas définir – pour Jax ne se quantifiait pas, ne se soumettait à aucune preuve. C’était là, juste comme ça, et c’était comme si son cœur avait pris lentement racine dans son corps, comme si son myocarde s’était fait fleur, une rose sans épines, aux pétales désespérant d’être touchés par l’élu. « C’est comme… » Il inspira longuement, laissant l’air du soir s’infiltrer dans ses poumons, la brise au parfum de soleil et de fleurs chaudes réchauffant sa peau rafraîchie. « C’est comme si te regarder me faisait un nœud dans le ventre. Et que tu étais le seul à pouvoir le défaire. » finit-il par dire au lac plutôt qu’à Jax. Il se redressa légèrement – après tout, il était Brandon Rose et ne se laissait jamais le temps d’être vulnérable, pas quand sa fierté menaçait d’être encore plus égratignée. Cependant, il ne se risqua pas à chercher les yeux de Jax, au cas où ce dernier avait choisi de s’éloigner. Il ne voulait pas affronter cette humiliation et il préféra fermer les yeux, offrant son visage de séraphin à la lueur de la lune, tandis que son cœur battait à tout rompre – et que le nœud de son ventre était plus serré que jamais.

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MessageSujet: Re: a sip, bad for me. a hit, bad for me. a kiss, bad for me.   Sam 24 Fév 2018 - 14:42

Jax savait que c’était faire aveu de faiblesse mais il ne savait pas ce qui était le plus faible : de céder à ce désir qu’il ne connaissait que trop bien et qu’il avait savamment appris à museler ou de l’avouer, d’en faire offrande à un adolescent qui pourrait en faire ce qu’il voulait, y compris le retourner contre lui. Mais Jax savait aussi que, selon l’usage qu’en ferait Bran, il pourrait lui aussi adapter sa réaction. Et d’ailleurs, qu’est-ce que ça pouvait lui faire si, au final, l’autre se payait sa tête auprès de ses amis, se vantait d’être le fantasme sur pattes de cette brute de Beauchamp ? Jax ne fréquentait pas le cercle de Bran – en dehors de Skylar mais jamais Skylar ne se moquerait de lui ou n’utiliserait cette connaissance, qu’elle avait déjà après tout, contre lui. Il pouvait aussi nier, personne n’était là, jusqu’à preuve du contraire, pour être témoin des mots qu’ils échangeaient. Et puis ils étaient de toute façon trop loin de la berge pour qu’une oreille indiscrète ne capte leur conversation. Mais pourquoi penser à se prémunir d’une déconvenue quand il ignorait ce que voulait Bran exactement ? Pourquoi partir du principe qu’il y aurait un échec ou une défaite en bout de course ? Parce que Jax était un pessimiste de première, voilà pourquoi. Parce que rien dans sa vie ne l’avait prédisposé à croire qu’il puisse y avoir quelque chose de positif qui l’attendait quelque part ou en quelqu’un. Il subissait son existence plus qu’autre chose et, ce soir, c’était peut-être la première fois qu’il prenait un véritable risque en se débarrassant de son armure trop lourde, en délaissant sa moue dédaigneuse, en cessant de regarder ailleurs quand Brandon Rose investissait son champ de vision. Au contraire, son attention était concentrée sur l’énergumène, guettant et appréhendant en même temps sa réaction. Espérait-il qu’il le conforte dans l’idée qu’il l’avait cerné de bout en bout, en le traitant ainsi comme un adolescent impertinent qui ne valait pas son temps ? Ou qu’au contraire il lui dévoile la part cachée, identique à celle qu’il camouflait depuis des années ?
L’impulsion de Bran, elle fut de s’écarter de lui, comme s’il avait peur d’être électrocuté, une stupéfaction bien nette sur le visage. Comme si Jax l’avait insulté ou giflé, ou les deux à la fois. Puis l’émotion céda la place à la colère et Jax eut l’impression de retrouver l’impétueux garnement, versatile, susceptible comme un petit coq hargneux. La réaction n’effraya pourtant pas Jax qui laissa même un sourire désabusé venir orner ses lèvres tandis qu’il dévisageait son adversaire. A nouveau, la réplique du jeune homme resta bien trop nébuleuse pour le Louisianais qui resta résolument muet, attendant que l’orage éclate et passe.
- Donc tout ce temps où tu te fichais complètement de moi, ça faisait partie d’un plan organisé, c’est ça ? Quel maestro tu fais, Jax. Quelle subtilité, vraiment. Je tombe des nues.
La véhémence du ton fit à peine ciller le jeune homme qui offrit un visage impassible à l’adolescent. Il pouvait difficilement justifier ses actes et, en même temps, qu’aurait-il pu faire d’autre ? Une quelconque approche n’aurait-elle pas été perçue comme maladroite ? Aurait-il dû s’imposer comme une troisième roue du carrosse auprès de sa sœur et son meilleur ami ? Jax vivait le malaise comme s’il avait pris cette sotte initiative : ça n’aurait jamais fonctionné. Et après ? Il n’avait jamais vraiment eu l’occasion de se retrouver en tête-à-tête avec Bran. Les rares fois où ils s’étaient trouvés en présence l’un de l’autre, c’était chez les Beauchamp, quand l’adolescent attendait que Skylar soit prête et, dans ces cas-là, Jax le jaugeait quelques secondes puis prenait la poudre d’escampette, ne trouvant ni l’endroit ni le moment approprié pour faire une tentative d’approche. Alors, ce soir était-il vraiment la première fois où cette opportunité lui avait été donnée ? Peut-être. Peut-être pas. Qu’est-ce qui l’avait poussé à transgresser une règle qu’il s’était imposée depuis des lustres (ne jamais laisser à Brandon Rose le moindre soupçon de l’intérêt qu’il lui portait), juste parce qu’il avait vu le gamin assis en solitaire ? Skylar n’était pourtant pas loin, elle aurait pu combler la distance et venir ruiner l’instant en quelques secondes à peine. Étaient-ce donc les étoiles qui s’étaient galamment alignées pour lui donner le courage (ou la force ?) de franchir ce gouffre et d’adresser la parole au garçon ? Jax ne le savait pas. Il savait juste que Brandon Rose avait parfaitement raison et qu’il n’avait rien à rétorquer à son attaque. Il ne put que détourner la tête lorsque des gouttelettes vinrent arroser son visage après que Bran eut frappé dans l’eau d’un geste furieux. Et il ne reporta le regard sur l’impudent que lorsque celui-ci le traita d’imbécile et s’éloigna, laissant Jax à sa perplexité. Était-ce là la fin d’un moment tant attendu et trop vite parti ? Avait-il gâché son unique chance en vexant l’adolescent ? Jax se le demanda sincèrement alors qu’il se passait la langue sur les lèvres, à la recherche du goût de celles de Bran. Mais, comme l’instant de volupté, toute trace s’était échappée ou diluée dans l’eau du lac, le laissant seul avec sa bêtise.
Non. Jax ne pouvait pas laisser l’idée que tout s’évapore aussi facilement l’imprégner. À la place, il étudia la trajectoire prise par Bran et il le vit se diriger vers le ponton flottant qui errait sur le lac à longueur d’année et qui, en journée, était souvent squatté par les gamins du coin. Mais ce soir, l’embarcation de fortune était abandonnée, ils avaient tous préféré rejoindre le sable doux des berges pour s’enivrer près des flammes du feu de camp. Et Bran, qui aurait pu rester là-bas, pérorer et se trouver une nénette, était là, à quelques mètres, seul avec lui. Ce fut cette constatation qui poussa Jax à nager lentement à sa suite. Il vit le corps élancé et délicieusement bronzé émerger de l’eau, les étoiles se reflétant timidement sur sa peau humide et lui donnant des airs de jeune dieu irréel. Jax se mordit la lèvre inférieure et l’intérieur de la joue en contemplant ce spectacle envoûtant, parfaitement conscient des ondes qui le traversaient de part en part. Et il se serait perdu dans ce silence hypnotisant si la voix de Bran, à peine un murmure, ne vint percer l’air. Jax contourna le ponton tandis que Bran avouait ne pas savoir comment lui expliquer et la lave qui se répandait dans le ventre de Jax entra en ébullition.
- C’est comme si te regarder me faisait un nœud dans le ventre. Et que tu étais le seul à pouvoir le défaire.
L’illustration, Jax ne pouvait que la comprendre, elle s’apparentait invariablement à celle qui le hantait chaque fois qu’il était en présence de l’imprudent. Sauf qu’il n’aurait jamais trouvé les mots pour exprimer ce trouble qui lui saisissait les tripes dès qu’il apercevait l’adolescent ou qu’il savait qu’il allait passer chez eux chercher Skylar. Le pire étant quand il tombait par inadvertance sur le gamin, impréparé à la collision. Alors, dans ces cas-là, son cœur explosait dans sa poitrine et il lui fallait fuir au plus vite, au risque de laisser entrevoir ce qui le taraudait, ce qu’il était censé maitriser de son poing féroce. Car une bête comme Jax Beauchamp n’avait pas le droit de se mettre à fondre comme neige au soleil devant un petit Apollon exilé sur terre. Pourquoi ? Même Jax l’ignorait. Question de survie, probablement. Ou de terreur interne à l’idée de se dévoiler tout entier. Ce que Bran n’avait pas longtemps hésité à faire, pourtant.
Quand Jax parvint à entrevoir le profil du garçon, ce fut pour découvrir qu’il avait fermé les yeux. Était-ce cela qui le poussa à combler la distance en quelques brassées fluides ? Ou les mots que l’adolescent venait de prononcer ? Qu’importe. Jax vint glisser à quelques centimètres des pieds immergés de Bran. Il ne signala pas sa présence, conscient que ses mouvements avaient trahi son approche. À la place, il posa les mains à plat sur le ponton de chaque côté de Bran et usa de tous ses muscles pour se hisser hors de l’eau, tel un monstre marin appelé vers la lumière, et venir cueillir les lèvres effrontées. Emporté par son élan, Jax bascula en avant et il dut caler un genou sur l’embarcation en bois pour ne pas écraser le corps de Bran sous le sien. Il s’écorcha le genou dans la foulée mais ignora la douleur, si insignifiante quand tous ses sens étaient centrés sur le garçon qu’il avait fait prisonnier de son large corps. Et quand il s’écarta, essoufflé par l’effort, ce fut pour offrir un sourire indéchiffrable à sa proie.
- Tu m’fous les jetons, petit con. Voilà pourquoi je t’ignorais, pourquoi je me barrais chaque fois que tu te pointais. C’était ça ou te regarder bêtement comme le dernier des imbéciles.
Désormais à quatre pattes, surplombant Bran, le corps raide, Jax réalisait la stupidité de ses actes, tout comme le temps qu’il avait perdu à jouer au chat et à la souris mais, presque aussitôt, il se félicita d’avoir été si borné, si fermé. Que serait-il advenu de lui, sinon, s’il avait cédé à son attirance, s’il avait eu cette réponse et s’il avait dû retourner à sa vie morne et grise en Louisiane ? C’aurait été une torture, mentale comme physique, voilà ce que ça aurait été et Jax était certain qu’il ne l’aurait pas supporté. Ce soir, cependant, il ne voulait pas se laisser abrutir par cette réalité, il voulait laisser couler son cœur, il voulait céder au caprice, se perdre dans le moment, ne pas penser à l’après. Et, le regard luisant d’une fièvre mal contenue qui trahissait à quel point il était envoûté par le lutin, Jax glissa une main sur la gorge nue de Bran, s’y posa brièvement, avant de frôler le torse de l’adolescent, revenir à sa mâchoire, ses épaules.
- Parfois j’ai du mal à croire que tu puisses exister…, laissa-t-il échapper d’une voix rauque, conscient de la chaleur qui se propageait sur sa peau et qui devait sûrement se trahir sous une forme plus ou moins avancée de rougissement. Ou que je vais me brûler si j’ai le malheur de te toucher.
Mais le toucher, ce soir, il le faisait indubitablement. Et si sa peau le démangeait effectivement, ça n’avait rien à voir avec la sensation de brûlure à laquelle il se croyait condamné. Et tout son corps était bel et bien sur des charbons ardents mais il n’aspirait qu’à être consumé tout entier, quitte à ne jamais voir le jour se lever.

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Like the waves roll with the moon, did we rise and fall too soon? It’s been so long, I can't remember. If I could walk between the stars or be given one more chance, I know which I'd surrender just to build a bridge back to your heart.

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MessageSujet: Re: a sip, bad for me. a hit, bad for me. a kiss, bad for me.   Lun 12 Mar 2018 - 22:05

Il fermait les yeux pour ne pas être témoin de son échec au cas où Jax décidait qu’il en avait assez de jouer avec le sale gamin qu’il était. Mais ça avait l’effet contraire, car cette cécité temporaire le rendait plus que jamais conscient de son environnement, douloureusement lucide. Il entendait tout, les bruits de la nature autour d’eux, le clapotis de l’eau, l’onde qui bruissait doucement alors qu’un corps fendait le lac. Pour se rapprocher ? Le cœur de Bran chavira en même temps que le ponton qui ploya sous le poids de Jax. Leurs bouches entèrent en collision et Bran ouvrit les bras sans même réfléchir, enlaçant le corps de Jax pour le rapprocher contre lui. C’était comme si la nuit trouait son ciel sombre pour faire entrer à nouveau la lumière, comme si les étoiles descendaient pour les effleurer. Tout le corps de Bran crépita et il ne rouvrit les yeux que lorsque la bouche de Jax s’arracha à la sienne. Non, reste, avait-il envie de lui dire. Reste, pour toujours, reste là, près de moi, c’est là que tu devrais être, c’est là que tu aurais toujours dû être. Mais pouvait-il le dire à Jax ? Allait-il prendre peur et filer à l’anglaise, sans même prendre le temps de cueillir ce que Bran était tout entier prêt – et fou d’envie – à lui donner ? Il avait soudain l’impression de reposer sur un lit de braises alors que Jax le surplombait de toute sa hauteur, et Bran ne put s’empêcher de laisser couler un regard gonflé de tentation sur les cicatrices et les tatouages. Mais les mots de Jax le ramenèrent à la réalité qui les séparait, une réalité que Bran voulait balayer. A l’aveu de son aîné, il ne put s’empêcher d’ouvrir des yeux surpris. C’était lui qui avait peur ? Mais peur de quoi ? « Je t’attends depuis toujours. » croassa-t-il, la voix bloquée par une émotion inconnue et qui montait en lui comme une vague dévastatrice. Il avait beau savoir qu’ils n’auraient pas pu se trouver avant, le formuler à voix haute faisait prendre conscience à Bran que le temps filait à une vitesse folle et que si ce n’était pas maintenant, ce serait jamais. Car c’était leur destin, leur condamnation de mener des vies parallèles – jusqu’à ce soir. Ce soir, tout pouvait basculer, tout pouvait changer et Bran était au bord de l’implosion, comme si les cellules de son corps bougeaient trop vite pour lui. Le nœud se défaisait lentement, laissant place au sentiment délicieux qu’il avait tenu trop longtemps prisonnier. Et la main timide de Jax qui courait sur son corps réveillait des choses immémoriales et intenables. Hypnotisé, Bran se perdit dans la contemplation de ce visage qui exprimait tellement sans rien dire, dans l’eau trouble de ces yeux dans laquelle il ne demandait qu’à se noyer. Ses mains vinrent en caresser les contours escarpés, effleurer la bouche aussi rouge qu’un fruit parfaitement mûr et quelque chose semblable à une supernova naquit en Bran. Un son indescriptible s’échappa de ses lèvres, couvert par un nouvel aveu de Jax et l’adolescent le fixa quelques instants. Non, non, c’était exactement ce qu’il ne voulait pas entendre. C’était exactement ce qui les gardait loin de l’autre, et Bran voulait bien revenir parmi les mortels si cela signifiait que Jax consentait enfin à s’approcher de lui. « J’existe. Je suis réel. » répliqua-t-il d’une voix basse mais parfaitement claire. Il était réel, désespérément humain, désespéré d’être touché, d’être vu, d’être aimé par Jax Beauchamp, d’obtenir de lui autre chose que l’indifférence et le mépris. C’était ainsi depuis toujours, depuis qu’il avait croisé l’aîné des Beauchamp pour la première fois et le sentiment s’était enraciné en lui comme une fleur qui n’aurait éclos qu’aujourd’hui, que ce soir, même, comme seul un véritable baiser avait pu se faire développer la tige et les pétales qui florissaient désormais à l’intérieur de la poitrine de Bran. « Et ça aussi, c’est réel. » fit-il en prenant la main de Jax pour l’amener doucement sur son cœur, qui battait tout entier pour lui et qui, pour la première fois, avait le droit de le faire, sans mensonge, sans barrières. Il mourrait d’envie de faire descendre lentement la main de Jax sur son ventre, entre ses jambes, pour qu’il mesure toute l’étendue du feu de forêt qui crépitait en lui, pour qu’il comprenne à quel point Bran était taraudé par son désir pour lui. Un désir qui explosait d’avoir été trop longtemps nié et réprimé, un désir qui semblait gagner en puissance de minute en minute plutôt que de s’éteindre. Mais dans le même temps, il était mû par l’envie sourde de faire durer ce moment le plus possible, de les maintenir dans cet état de grâce et de fébrilité qui forçaient les mots hors de leur bouche. Luttant contre son envie primaire qui rugissait pourtant de plus en plus fort – ce qu’il n’aurait pas donné pour que Jax ne le brûle, là, comme il le disait bien, ce qu’il n’aurait pas donné pour sentir cette bouche partout sur sa peau humide – Bran se redressa doucement, posant une main sur l’épaule de Jax, son regard réduit à une nappe d’essence miroitante n’attendant que d’être la victime d’une allumette. Fais-moi confiance, dit-il sans prononcer un seul mot et sa main accentua la pression pour que Jax obéisse à son ordre aussi tendre qu’impétueux et ne se retrouve sur le dos. Bran resta allongé sur le côté, appuyé sur le coude, dominant désormais l’aîné Beauchamp d’un sourire de velours. Leurs corps se touchaient, et Bran n’était que trop conscient qu’il démontrait dans cette étreinte tout l’effet – électrique, paralysant, douloureux – que Jax lui faisait. Et cette souffrance exquise ne fit que s’accentuer alors que ses lèvres vinrent chercher la jonction si douce de l’oreille et du cou. « Et ça aussi. » souffla-t-il avant de laisser sa bouche tandis que sa main libre traînait paresseusement sur le torse de Jax, descendant lentement sur son ventre pour y dessiner des arabesques insupportables de lenteur et d’hésitation. Son cœur allait éclater. Jamais un baiser n’avait été aussi tendre, aussi innocent et pourtant, aussi porteur d’un tel désir. Et Bran avait envie de défier son propre corps, ses propres limites alors que sa bouche glissait doucement dans le cou de Jax et qu’il venait y imprimer sa marque, du bout de sa langue et de ses dents facétieuses. « Et ça aussi. » murmura-t-il, un sourire dans la voix, alors que sur le cou de l’aîné Beauchamp s’étalait une légère marque bien plus douce que celle qui colorait la peau de son visage. Presque malgré lui, Bran emmêla sa jambe à celle de Jax, incapable de maîtriser les sursauts délicieux de son corps au supplice. Mais ça n’avait jamais été qu’une bête histoire de corps. Il y a plus qu’un simple désir dans ses gestes, il y avait tout ce qu’il n’avait jamais osé dire tout haut, tous ces sentiments qui lui broyaient les entrailles à chaque fois qu’il voyait Jax, cette rage qui le consumait lorsqu’il voyait les bleus et les coups s’éparpiller sur sa peau, cette fébrilité délicieuse qui le parcourait dès qu’il le voyait, cette envie, ce besoin d’être avec lui. Sa main remonta lentement et vint épouser la mâchoire de Jax. « Tout est réel. Tout est à toi, Jax. » Sa voix était rauque et écorchée ; chaque mot était autant une libération qu’une sentence, un pavé dans la mare. Ses lèvres vinrent combler celles de Jax et lorsqu’il s’écarta, leurs fronts se rencontrèrent. « Je ne veux pas que ce soit un rêve. Je veux que ce soit réel. » confessa-t-il finalement, tandis que sa main s’aventurait à nouveau vers le ventre de Jax. Il aurait pu rester toute la nuit ainsi, sur le fil du rasoir, prêt à tomber dans le ravin. Si c’était que Jax voulait lui donner, c’était suffisant. Tant qu’ils restaient éveillés pour s’assurer que rien de tout ça n’était qu’un songe.

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