bring me to life ○ wyatt.


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Rebecca Deckard

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MessageSujet: bring me to life ○ wyatt.   Dim 22 Oct 2017 - 21:18

wyatt & rebecca.
I've been sleeping a thousand years it seems, got to open my eyes to everything
without a thought, without a voice, without a soul
don't let me die here, there must be something more.




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Elle avait fait preuve d’une patience redoutable ce matin, à compter silencieusement chaque minute avant qu’il ne quitte les lieux. Et comme si il avait compris son petit manège, il avait fait exprès de trainer le plus longtemps possible. Une chemise dont les boutons luttaient avec le tissu, une main qui trainait un peu trop sur sa hanche, et un café qui n’en terminait pas. Combien de fois avait-elle prié pour qu’à chacun de ses gestes il ne s’étouffe ou s’écroule sur le sol dans une marre de sang ? Une fin parmi tant d’autres qu’elle avait imaginé et consigné dans un des carnets qu’il lui avait offert. Il n’y avait plus que ça là dedans, des fantasmes opiacés de cette vie qu’elle prenait, et des croquis de visages de tout ces inconnus qu’elle entendait dans l’immeuble sans pouvoir les voir. Il avait d’ailleurs faillit découvrir sa cachette un peu plus tôt dans la semaine quand, perdue dans ses pensées, elle ne l’avait pas entendu rentrer. C’était le froid qui s’était immiscé dans sa chambre succédant à son arrivée à pas de velours qui lui avait mis la puce à l’oreille. Elle avait immédiatement rangé sa traitrise dans le fond d’un tiroir et feint un sourire joyeux sur ses lèvres avant d’aller à son encontre pour éviter qu’il ne vienne fouiner dans ses effets personnels. Des affaires qui en réalité n’étaient pas vraiment les siennes comme il se plaisait à le rappeler régulièrement lorsqu’il s’énervait. Ici tout appartenait à Holland, et Rebecca ne pouvait en disposer que parce qu’il le lui autorisait; des vêtements aux meubles, il n’y avait pas un centimètre carré de cet appartement qui était à elle. Pas même son corps. Ses bleus et fractures diverses pouvaient en attester, et malgré le travail formidable des médecins ‘regarde ma chérie tu es toute neuve n’est ce pas fabuleux’, les séquelles demeuraient. Surtout celles de l’esprit plus graves et à vifs que le reste. Et suite à ces récents événements, une étincelle s’était allumée dans son âme, pour peu qu’elle en ait eu une. Ça aussi, c’était compliqué. Elle se savait différente pour tout un tas de choses, mais son cerveau refusait de mettre le terme exact dessus, comme si l’admettre fut synonyme de grossièreté ou de honte. Ne lui avait-il pas répété le visage déformé par la rage qu’elle était une erreur de la nature ? Jusqu’à quel point était-ce vrai? Lorsqu’elle s’observait dans le miroir, et qu’elle effleurait sa peau du bout des doigts pour en saisir les contours et détails, elle ne voyait pas où était le problème. En revanche, LUI, en était devenu un gros, et sa docilité naturelle s’était érodée pour faire apparaitre une entité sombre qui se nourrissait de sa rancœur. La clone étouffa un soupire satisfait en le voyant (enfin) disparaitre sur le pallier, suivi du cliquetis familier des serrures qu’il fermait une à une. Telle une statue, elle resta là, immobile à attendre qu’il fut bien parti vaquer à ses basses besognes. Au bout d’une éternité, elle daigna bouger pour aller enfiler des habits plus confortables, et retourna face à la porte qui la maintenait à l’abri du monde extérieur. Une précaution pour palier à sa santé fragile et une énième excuse à laquelle elle ne croyait plus. Elle commença ce qu’elle avait prévu des nuits auparavant : sa fuite.

Elle se jeta contre le bois de toutes ses forces, pour le faire céder grâce à son poids. La douleur irradia dans tout ses muscles, mais elle ne l’écoutait pas, concentrée sur sa tâche. Là bas quelque part, la liberté l’appelait comme les sirènes qui charmaient les marins trop téméraires. Des éclats se nichèrent dans son épaule, et déchirèrent sa chemise, mais elle persista. Encore et encore, jusqu’à s’en briser les os. Mais les gonds bougèrent à peine, et lui arrachèrent des larmes de fatigue. Elle s’arrêta plusieurs secondes pour reprendre son souffle, ce n’était pas suffisant, elle allait devoir passer au plan B. Rebecca alla dans la cuisine, et farfouilla dans les placards à la recherche de n’importe quel ustensile susceptible de l’aider. Seulement voilà depuis qu’il l’avait trouvé un couteau fermement encré dans sa paume, il avait jugé bon de supprimer tout objet assimilable à une arme. A juste titre. Elle donna un coup de pied d’agacement dans une chaise, et entreprit de se débrouiller avec une fourchette pour triturer la poignée. L’acharnement paya quand une partie se décrocha, et que, d’un coup de coude elle parvint à passer les barreaux de sa prison. Elle hésita le cœur battant à tout rompre dans sa cage thoracique, puis s’élança vers l’interdit, où elle tomba nez à nez avec un de ses voisins qui la toisait avec méfiance. « Vous saignez… » Se contenta t-il de lui faire remarquer en désignant la plaie ouverte sur le haut de son bras, comme si ce fut le plus étrange dans cette apparition théâtrale - elle au milieu de décombres, les cheveux en pagaille, transpirante -. « Merci. » Elle tira la manche pour masquer la plaie, avant de poursuivre. « J’ai besoin d’aller quelque part. » Elle perçu un chuintement inaudible qui mentionnait l’asile, et le vieil homme l’invita à faire la même requête à la gardienne qui pourrait surement lui commander un taxi. Elle réitéra donc sa requête en bas des escaliers où son interlocutrice la bombarda de questions indiscrètes - plus portée sur les commérages que par la détresse de la locataire -. 'Était-elle avec Holland Wakefield ? Était-il aussi beau qu'à la télévision ? Pouvait-elle lui obtenir un autographe ? Faites attention ma pauvre enfant vous êtes blessée, vous feriez bien d'aller chez un médecin' Des futilités en comparaison à ce qui se passait juste au dessus de sa tête quasiment tout les soirs. La voiture interrompit le flot de ses babillages intempestifs, et elle monta dedans, pas sûre de savoir comment allait se passer la suite. Pour commencer : où aller ? Elle n'était jamais sortie de sa vie seule et sans lui. Elle ne connaissait qu'un seul endroit hormis son domicile : l’hôpital. Elle donna donc cette direction au chauffeur, et s'accorda un peu de répit en s'enfonçant dans les sièges moelleux. De combien de temps disposait-elle avant qu'il n'apprenne son absence ? Pas beaucoup. Son bourreau avait redoublé de moyens pour la garder en sécurité, et son raffut allait nécessairement l’alarmer tôt ou tard. Elle avait besoin d'aide, il fallait qu'elle se cache, qu'on lui fournisse des papiers, ce genre de trucs qu'elle l'avait déjà vu faire sous ses yeux faussement éteints. Et elle ne connaissait qu'une personne vers qui se tourner.... L'unique qui avait témoigné ne serait-ce qu'un peu d'humanité; le garçon qui s'était occupé d'elle, et avait eu des paroles rassurantes à son attention. Voilà qui elle allait voir. « Voilà ma petite dame. Ça vous fera 20 dollars. » Elle lui tendit un des colliers qu'il lui avait offert pour leur anniversaire, et s'excusa gauchement en descendant du véhicule à une poignée de mètres de l'édifice à l'odeur aseptisée. Les murs blancs la firent frisonner - elle avait appris à les aimer cependant, car ils lui avaient offert un échappatoire à Holland. Toutes ces salles où il n'avait pas eu le droit de la suivre avaient été son refuge, même provisoire. « Bonjour. Excusez moi je cherche quelqu'un. Un infirmier, blond, aux yeux bleus, très jeune... Il m'a soigné plusieurs fois je ne sais pas son nom... Pouvez vous m'aider ? » La secrétaire la scruta avec circonspection, haussant un sourcil inquisiteur à sa demande peu conventionnelle. « Nous ne sommes pas dans une auberge de jeunesse Mademoiselle... Est ce que vous êtes blessée ? » Ses poings se fermèrent le long de sa cuisse, et elle se détacha de son emprise pour tâcher de le trouver par elle même. En vain. « Mademoiselle ? » Elle secoua la tête, et montra du menton sa blessure à la chair retroussée. « Oui. Là. Maintenant est ce que vous pouvez l'appeler ? » La vieille dame esquissa une moue écœurée, et pianota sur son téléphone d'un air agacé. « Allez attendre là bas, vous n'êtes pas toute seule. » Rebecca s'éloigna dans un coin comme indiqué, les yeux rivés vers la sortie à guetter l'apparition subite de Holland qui viendrait écourter sa cavale.

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Wyatt Ansley

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MessageSujet: Re: bring me to life ○ wyatt.   Sam 25 Nov 2017 - 14:43

La vie de Wyatt, elle tournait comme une roue bien huilée sur une route sans aspérités. Elle filait sans heurts, mécanique. Ennuyeuse. Ses rituels se succédaient tout au long de la journée, de la semaine, du mois, de l’année. À quand remontait donc le dernier instant d’inattendu (à défaut de folie) ? À pas si longtemps, en réalité, mais ça n’avait été qu’une petite bosse, une interférence qui ne se répéterait pas. Qui n’avait pas lieu de se répéter, en tout cas, raison pour laquelle Wyatt avait rangé la rencontre avec le clone dans un coin de sa mémoire, avec la ferme intention de ne plus y revenir. À quoi bon essayer d’analyser la situation ? À quoi bon se poser des questions ? Elle était un clone, elle était la propriété de quelqu’un et il n’y avait rien qu’il puisse faire à ce sujet et ce quand bien même elle lui avait explicitement demandé de l’aide, le suppliant du regard. Cette petite bosse, en attendant, elle avait perturbé le jeune chercheur tout le restant de la journée, et même celles qui avaient suivi. Il n’avait pu ôter de son esprit l’image de cette détresse qui continuait à le hanter s’il se laissait submerger par la culpabilité. Alors, en réponse, le jeune homme s’était abruti de travail, pour ne plus avoir à penser à rien et surtout pas à quoi que ce soit qui ne touche pas à sa thèse et ses recherches, passant toujours plus de temps à l’hôpital et devant son écran, à paraitre le plus concentré possible, histoire de dissuader quiconque de venir l’importuner. Il était hors de question qu’il aille à nouveau fourrer son nez dans des affaires qui ne le regardaient pas.
Il était donc arrivé tôt ce matin-là, de son pas hâtif mais distrait, après s’être contenté d’un petit-déjeuner frugal. Il avait croisé les infirmières de nuit qui s’apprêtaient à être relevées par celles du matin et les avait brièvement saluées d’un petit coup de menton, conscient de leurs regards un peu moqueur. Elles devaient sûrement le considérer comme un geek puissance 1000, dépourvu de vie sociale, évidemment, et elles n’avaient probablement pas tort sur ce point. Il avait pourtant une famille : des parents aimants, des frères un peu bruyants qui ne comprenaient pas son intérêt exacerbé pour la science et son avancée. Les quelques fois où il avait essayé de leur expliquer ce qu’il ‘fabriquait’ (leur mot, pas le sien) exactement, ils s’étaient mis à bailler exagérément et il avait fini par se taire, leur opposant un silence boudeur quand ils prétendaient plaisanter, qu’ils l’écoutaient vraiment, cette fois. Jamais Wyatt ne reprenait la parole. À côté de cela, il n’avait pas de petite amie, certes, mais la dernière en date remontait à plusieurs années, quand il était à l’université et, elle aussi, malgré son attachement, avait fini par abandonner tout espoir qu’il lui trouve plus d’intérêt qu’à ses études. Wyatt n’avait pas cherché à la retenir. Pour le reste, il ne sortait pas, n’avait jamais eu beaucoup d’amis et n’avait pas arrangé son cas avec le temps. Désormais, le garçon ne vivait que pour son travail et en oubliait que la vie poursuivait son cours, sans lui, d’une certaine façon. Cela ne l’empêcha pas de reprendre son rituel quotidien : accrocher sa veste au portemanteau, allumer son ordinateur, relire ses notes de la veille pendant que celui-ci se mettait en route, élaborer un plan de recherches pour le jour même, raturer certains passages, surligner d’autres, attraper un biscuit puis porter un regard vitreux sur l’écran pour analyser en détail les produits de ses recherches de la veille. Quant à savoir pourquoi la génétique n’intéressait visiblement que les propriétaires de Pairidaeza, Wyatt l’ignorait mais c’était précisément la raison pour laquelle il avait toujours axé ses efforts dans l’unique but de rejoindre ces spécialistes qu’il admirait depuis son adolescence et parmi lesquels il évoluait désormais, même s’il ne se sentait pas leur égal pour autant. Loin de là, même.
Imperméable au brouhaha familier de l’hôpital (les conversations étouffées, les roues mal huilées des chariots, les sons émis par les machines, les mouvements de précipitation inévitables), Wyatt resta cloitré dans son bureau pendant plusieurs heures sans qu’on ne vienne l’interrompre (à l’exception d’une fois, quand une infirmière était venue lui apporter un café qu’il n’avait pas demandé mais qu’il avait accepté poliment, d’un sourire embarrassé). D’ici la fin du mois, il faudrait qu’il présente à son supérieur le fruit de ses recherches jusqu’à présent. Il faudrait qu’il passe plusieurs jours à affiner les explications, à référencer les éléments qui en étaient ressortis, à ébaucher la suite et exprimer ce qu’il entrevoyait comme résultat final. Il était toujours angoissé à l’approche de ces entretiens mais c’était inévitable pour espérer continuer à progresser et, jusqu’à présent, cela lui avait plutôt réussi. Alors si ne pas avoir de vie en dehors du boulot était le prix à payer pour faire ce qu’il aimait, Wyatt ne s’en plaignait pas. Il n’avait d’yeux que pour son écran et ne perçut donc pas l’agitation dans le couloir. Ou plutôt, il n’y prêta pas la moindre attention, puisque cela arrivait souvent. On était dans un hôpital, après tout, même s’il était singulier, il avait lui aussi son lot de stress, ses pics d’angoisse. Il persista à ignorer les pas rapides jusqu’à ce que la porte s’ouvre et qu’une infirmière déclare :
- Wyatt ? Je pense que quelqu’un te cherche.
- Qui ça ? demanda-t-il distraitement.
Il ne voyait pas trop qui pouvait le demander. Son promoteur était en réunion dans l’une des tours – peut-être même avec monsieur Delenikas – il l’avait averti le jour avant.
- Une jeune femme te réclame.
Le jeune chercheur se figea, fronça les sourcils en quête d’une femme qui pourrait le réclamer mais il doutait que son ex petite amie cherche à le joindre. Depuis le temps qu’ils avaient rompu, elle aurait eu tout le temps de le faire. Et il ne voyait personne d’autres, sa mère n’étant pas ce qu’on pouvait qualifier de ‘jeune’.
- Elle me réclame, moi ? Tu en es sûre ? osa-t-il ajouter, sans cacher son scepticisme et en se tournant sur sa chaise, parce que ça ne se faisait pas de tourner le dos à un interlocuteur.
- Un infirmier blond, aux yeux bleus, très jeune, répliqua-t-elle comme si elle récitait une liste de courses. Je pense connaitre tout le personnel de cet hôpital, depuis que j’y travaille, et tu es à peu près le seul qui réponde à cette description.
Wyatt faillit rétorquer qu’il n’était pas infirmier mais la réalisation de l’identité de celle qui pouvait demander après lui le coupa dans son élan et il resta muet.
- Wyatt ? insista l’infirmière, trahissant une certaine impatience.
Le jeune homme déglutit avec peine, réfléchit quelques secondes supplémentaires, puis opta pour la lâcheté, s’armant toutefois d’un ton ferme pour faire partir sa collègue :
- Il doit y avoir erreur. Je ne connais aucune jeune femme et je ne vois pas pourquoi on me réclamerait.
Et il se tourna vers son écran, pour bien montrer qu’il n’avait aucune intention de se lever de sa chaise. Il perçut clairement la réponse de l’infirmière (‘je sais pas pourquoi, ça m’étonne pas, tiens’) mais feignit de n’avoir rien entendu. Il avait de toute façon l’esprit trop encombré par les images qui lui explosaient à la figure et son cœur qui battait comme un fou trahissait son émoi. Il espérait qu’elle accepterait le message, ou qu’on la conduirait ailleurs. Il ne pouvait rien faire pour elle. Il n’était ni infirmier, ni médecin. Il ne voyait pas ce qu’elle attendait de lui. Et il se trouva une bonne centaine d’excuses pour justifier sa conduite mais aucune qui n’abatte le souvenir du regard implorant du clone. Wyatt ferma les yeux et, se maudissant d’avance, se leva précipitamment. Il courut dans le couloir, cherchant l’infirmière du regard et finit par tomber sur elle au moment où elle annonçait à la patiente qu’on ne l’avait pas trouvé.
Le regard de Wyatt accrocha la silhouette de la jeune femme et il constata avec horreur qu’elle était dans un état épouvantable. Qu’avait-il pu arriver, cette fois ?
- C’est—c’est bon, je m’en occupe, dit-il en regrettant son balbutiement qui démontrait qu’il n’en menait pas large. Le professeur m’a parlé de son dossier, ajouta-t-il, sans savoir d’où venait ce mensonge.
Il fit signe à l’inconnue de le suivre, s’efforça d’ignorer le regard étrange de l’infirmière, et tourna les talons, son cerveau fonctionnant à tout allure pour trouver un moyen de se dépêtrer de cette situation.
- Par ici, dit-il en désignant une porte qui donnait sur une petite salle d’auscultation.
Et dès qu’elle fut entrée, il se glissa à sa suite et ferma la porte pour s’y adosser avec un soupir. Il n’était pas sûr que ses jambes le soutiennent bien longtemps et il tira donc un tabouret vers lui et s’y assit avec le sentiment terrible d’avoir fait une erreur. Mais peut-être qu’elle l’avait juste trouvé gentil, qu’elle cherchait un visage rassurant, rien qui ne mette en péril son équilibre bien rôdé.
Alors pourquoi avait-il le pressentiment qu’il venait de prendre une décision, bien malgré lui, qui allait changer le cours de son existence ?

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Rebecca Deckard

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MessageSujet: Re: bring me to life ○ wyatt.   Sam 6 Jan 2018 - 13:34

Ses yeux pales sans vie fixaient le sol blanc avec un intérêt démesuré, tandis que le temps s’écoulait lentement. Immanquablement, ses pensées étaient toutes pour Holland… Qu’allait-il faire en voyant qu’elle s’était enfuie ? Était-il déjà au courant ? Elle l’imagina derrière son bureau, un téléphone à la main en train de hurler sur son personnel pour qu’ils s’empressent de la retrouver. À moins que pour cette occasion particulière, il décida de prendre les choses en main tout seul. Rebecca ignorait ce qui était pire ; elle frissonna… L’hôpital n’était pas réellement la destination idéale pour se cacher. Mais elle ne connaissait que ça hormis l’appartement… Et puis elle était blessée, il fallait au moins qu’on la soigne pour qu’elle puisse reprendre sa route. Ses mains se nouèrent sur ses genoux tremblants, et elle scruta les alentours avec paranoïa, la crainte au ventre de le voir débarquer à n’importe quelle seconde. Sa vie serait-elle comme ça désormais, à osciller entre la peur et la survie ? Peut-être ; peut-être pas. Mais c’était sans doute mieux que ce qu’elle avait eu là-bas, prisonnière de quatre murs, sans utilité aucune hormis contenter cet homme qu’elle aimait – avait aimé – avant de le détester. D’ailleurs, qu’allait-elle faire maintenant qu’elle était libre ? Ca paraissait tellement irréel et pourtant de nombreux rêves lui parurent soudainement accessibles… La mer… Voilà où elle irait pour commencer. Ensuite… Ensuite elle chercherait un emploi, car n’était-ce pas comme ça qu’il fallait s’occuper ? Mettre au service de la société ses maigres facultés pour espérer recevoir une rémunération (sommaire) en échange ? Toutefois, en quoi était-elle douée ? Le dessin ? La cuisine ? Comment le savoir ? Trop de questions, beaucoup trop de questions. Et pas l’ombre d’une réponse. Il lui semblait qu’il fallait d’abord qu’elle découvre son origine afin de parvenir au reste. Étape par étape avait-elle lu une fois dans un ouvrage, alors elle ferait comme ça, en demandant de l’aide à ce garçon au visage sincère, croisé par inadvertance des mois plus tôt. Le pas léger de la secrétaire – au combien différent de son geôlier – la fit cependant sursauter quand elle arriva à sa hauteur. Ses traits se plissèrent de dégout quant à la blessure hideuse qui ornait son bras, et qu’elle n’arrivait pas à quitter du regard. Le propre de l’humain : être fasciné par le morbide. De son côté, Rebecca, elle, ne sentait rien, insensible à cette douleur-là, et davantage blessée à l’âme qu’à la chair. « Je suis désolée mais la personne que vous cherchez n’est pas là. Peut-être que je peux vous trouver quelqu’un qui – » Elle n’eut pas le loisir de poursuivre, puisque la raison de sa venue ici arrivait sur ses talons, l’air complètement à l’ouest, et probablement pas prêt à un tel spectacle. « C’est—c’est bon, je m’en occupe » Malgré elle, ses épaules se relâchèrent doucement ; l’idée de quitter ce hall trop fréquenté n’était pas pour lui déplaire. Dans le dédale de couloirs et de salles, elle serait plus difficile à dénicher… en théorie. Holland avait tellement de moyens que rien n’était impossible. Jamais. Elle l’avait vu à l’œuvre à maintes reprises par le passé : plier à sa guise son entourage et ses interlocuteurs était un exercice dans lequel il excellait. Or, elle le voyait assez facilement prendre le dessus sur celui qu’elle considérait actuellement comme un potentiel sauveur, une sorte de brindille élancée que le vent aurait plié en deux. « Le professeur m’a parlé de son dossier. » La voix était plus claire, moins hésitante, ça la rassura légèrement. La clone se leva pour le suivre, sans prononcer un traitre mot, ses prunelles grises fixées sur le dos de l’infirmier, dont les omoplates bougeaient sous la tunique blanche.  Presque comme les ailes d’un ange songea-t-elle, un sentiment renforcé par ces cheveux blonds qui lui rappelaient les peintures italiennes de la renaissance. « Par ici » Ils pénétrèrent dans une pièce microscopique, qu’elle scruta un instant par réflexe en cherchant les issues, ainsi que n’importe quel objet susceptible de devenir arme en cas de besoin… Étrange… C’était nouveau comme sensation, vouloir se défendre contre une présence, voire tuer cette dernière… Des concepts vagues autrefois qui prenaient un sens différent aujourd’hui. Ses doigts effleurèrent la surface froide et glacée d’une planche métallique qui trainaient sur le rebord d’un meuble, et elle se retourna pour lui faire face. Il avait peur… D’elle ? De Holland ? D’autre chose ? Impassible, elle l’observa s’asseoir sur le tabouret, en capturant chacun des détails qui le constituaient. Une tâche sur le bout de ses phalanges, un grain de beauté sur la joue, le revers d’une manche froissée, et des traces de fatigue sous ses paupières. Elle s’avança prudemment vers lui, à la manière d’un félin, mais s’arrêta à quelques mètres devant une barrière invisible. « J’ai besoin d’aide. » Finit-elle par prononcer d’un ton aguerri, plus sur que lors de leur dernier tête à tête. « Pour ça.. » Elle montra sa plaie tâchée de sang écarlate tout juste sec et poursuivit. « … Et pour le reste. Je me suis enfuie de chez l’homme que vous avez rencontré l’autre fois. C’est lui qui m’a fait ça – me faisait ça – il me frappait. Il m’a dit que j’étais spéciale, il appelait ça de l’amour... mais... J’étais je crois, sa prisonnière. Je voudrais savoir qui j’étais avant ça. Où j’étais... Ma famille ? » Ses paroles restèrent en suspend un instant, et ses sourcils se froncèrent par automatisme, comme si une pièce du puzzle lui échappait. Ses souvenirs lui faisaient défauts, lointains et inaccessibles : il y avait Holland, et avant ça, le néant. « Est-ce que vous pouvez faire quelque chose ? » L’ombre fugace de l’enfant qu’elle aurait pu être dans une vie parallèle glissa sur elle telle une cape invisible floutant son  âge véritable. Elle se sentit subitement gauche maladroite et certainement pas à sa place. Mais en avait-elle une justement, de place ? Y avait-il un seul endroit sur cette planète où elle pourrait se fondre sans faire tâche ? La réflexion fit naitre des ridules sur son front si lisse, où une rare cicatrice subsistait en forme de y à l’envers. « Rebecca. Je m’appelle Rebecca. » Un murmure qui lui brula la gorge et les poumons. Elle n’avait jamais apprécié ce prénom, qu’elle trouvait banal, insipide, y compris dangereux lorsqu'IL le prononçait. Mais guidée par un élan primitif, il lui avait paru normal de se présenter auprès du garçon, c’était parait-il d’usage, et un moyen de briser cette relation d’inconnu à inconnu.

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Wyatt Ansley

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MessageSujet: Re: bring me to life ○ wyatt.   Sam 13 Jan 2018 - 16:51

Wyatt n’avait jamais menti de son existence. Jamais. Peut-être était-ce la raison pour laquelle il avait l’impression que son cœur allait exploser, comme si, en énonçant un fait qui n’était pas une vérité, il avait maudit son muscle cardiaque qui en était réduit à devenir une bombe à retardement qui allait s’autodétruire d’une minute à l’autre. Ce qui était parfaitement ridicule, il le savait. Au pire, il faudrait qu’il use de son imagination (qui était loin d’être débridée) pour trouver une parade et expliquer son geste improbable. Pourquoi, en effet, avait-il prétendu connaitre le dossier du clone ? Qu’espérait-il accomplir, au juste ? Même lui l’ignorait à cet instant précis. Il avait simplement été mû par un instinct (visiblement pas de conservation, sinon il serait resté bien sagement dans son bureau) et avait lâché le premier truc qui lui traversait l’esprit. Il savait, pourtant, qu’il ne pouvait pas aider le clone : de par sa condition, elle était vouée à obéir, à être la propriété d’Holland Wakefield, et ce peu importe les sentiments de Wyatt à ce propos. Sentiments qu’il s’était bien gardé d’analyser ces derniers jours, d’ailleurs. À la place, il avait repoussé les images de la jeune femme à chaque fois qu’elles essayaient de s’insinuer dans son esprit. Cette histoire ne mènerait à rien, il devrait tôt ou tard la ramener à  Wakefield ou à une quelconque autorité. Mais dans ce cas, qu’adviendrait-il d’elle ? Serait-elle désactivée ? Serait-elle formatée pour oublier sa détresse ? Wyatt, s’il avait pu, se serait bien effacé de la mémoire du clone, juste pour qu’elle n’ait plus le réflexe de le chercher dans la foule, comme s’il était son seul espoir. Il n’y avait pas d’espoir pour elle, ne s’en rendait-elle pas compte ? Si Wyatt prit conscience de la tristesse de cette constatation, il ne lui laissa toutefois pas l’opportunité de s’insinuer dans ses veines. Il était bien trop perturbé par le mensonge qu’il avait énoncé pour songer aux répercussions éventuelles de celui-ci.
Pourquoi avait-il fallu que cela lui tombe dessus ? Il ne demandait rien d’autre qu’un peu de tranquillité pour travailler à sa thèse, il n’avait jamais demandé à s’approcher des clones qui traversaient l’hôpital. Pour l’instant, ils restaient des sujets assez théoriques, sur lesquels il travaillait, certes, mais il n’avait jamais été confronté à un tête-à-tête avec l’un d’eux et il s’en était très bien contenté jusqu’à présent. Et voilà qu’il avait sur le dos une clone errant qui semblait avoir enregistré son visage – et pas encore son nom, fort heureusement.
Il dut toutefois bien se résoudre à se tourner vers la jeune femme  - Rebecca, le prénom lui revint en mémoire – pour se concentrer sur elle. Il ne pouvait clairement pas la laisser sans surveillance, ni dans cet état, comme il le réalisa lorsque son regard glissa sur les plaies ouvertes. La voix du clone le tira de sa contemplation horrifiée et il leva vers elle un regard perdu. L’aider ? Comment pourrait-il l’aider ? Il n’était pas en mesure de la soigner, il n’avait que quelques vagues notions de secourisme et encore, il ne les avait jamais vraiment pratiquées. Elle serait entre de meilleures mains si elle laissait une infirmière s’occuper d’elle. Mais, instinctivement, Wyatt se douta qu’elle n’en avait pas après ses blessures – qu’elle semblait à peine remarquer, d’ailleurs, comme si ça n’était qu’un détail ou un léger inconvénient. Elle en avait après la liberté, ce qui démontrait un défaut, puisque les clones n’étaient pas supposés quémander de l’aide, à moins que ça soit programmé dans leur système et, dans ce cas-là, cela avait été fait sur requête spécifique. Il doutait que ça soit le cas de Rebecca. Pourquoi Holland Wakefield aurait-il demandé à ce que son clone puisse chercher de l’aide ? A moins qu’il ne s’agisse d’une sorte de perversion, une traque qui se répétait sans cesse, le clone qui cherchait la compassion et Holland qui surgissait de nulle part pour réclamer son bien. Ça n’aurait pas été surprenant, songea Wyatt, il avait déjà entendu ce genre d’histoire et les gens au pouvoir avaient toujours un besoin viscéral de tout contrôler, d’asseoir leur puissance sur le reste du monde. Était-ce un jeu malsain ? se demanda le jeune chercheur en contemplant Rebecca.
Celle-ci lui mit son bras en avant et Wyatt posa son regard sur la plaie avant de remonter vers le visage du clone. Bien sûr qu’elle n’était pas là juste pour son corps abimé. Il l’avait senti, d’une certaine façon, la première fois qu’elle avait tenté de l’appeler au secours et où il était resté stupidement à regarder les choses se passer devant lui. Mais il ne pouvait pas intervenir. Ça n’était pas son rôle mais, surtout, il n’en avait pas le droit. Elle était la propriété du fils d’un homme influent, elle était encore plus désespérée que n’importe quel clone lambda. Aussi Wyatt la regarda avec impuissance. Il absorba sa détresse, les mots qu’elle lâchait en toute innocence, dénonçant les sévices qu’elle avait subis et qu’elle était destinée à subir encore et encore, tant que son maitre le déciderait. Il aurait voulu fermer les yeux et se boucher les oreilles, compter jusqu’à trois et rouvrit les paupières pour voir que tout ça n’avait été que le fruit de son imagination et qu’il était en réalité toujours dans son bureau, devant son écran d’ordinateur. Mais il se contenta de baisser la tête et se massa les yeux du pouce et de l’index en réfléchissant.
- Ecoutez, Rebecca, finit-il par soupirer d’un ton las et désolé en reportant son regard sur elle. Savez-vous où vous êtes ? Ce qu’est cet endroit ?
Il eut un geste ample du bras pour désigner non seulement la pièce où ils s’étaient isolés mais également le bâtiment. Il se croyait momentanément à l’abri mais les infirmières avaient peut-être déjà appelé Wakefield pour l’avertir de la présence de son clone à la New Horizons Medical Clinic. Peut-être était-il déjà en route pour récupérer son bien. Et lui, que pouvait-il faire en attendant ? Il se trouvait démuni face à tant de détresse, sachant l’issue défavorable à Rebecca, quoi qu’il arrive.
- C’est une clinique spécialisée dans la réparation des clones, dit-il sans lui laisser le temps de répondre, pour évaluer son degré de lucidité par rapport à son statut.
Savait-elle seulement qu’elle était un clone ? C’était plutôt rare, mais il existait des clones qui n’avaient aucune idée de ce qu’ils étaient réellement. Il ne voulait pas être celui qui abattait ses illusions à coups de hache mais il se sentait acculé, il n’était pas formé à la psychologie des clones.
- Les… les clones n’ont pas de famille, souffla-t-il, la voix étranglée. Ils n’ont pas d’identité propre.
Les yeux clairs du jeune homme passèrent de Rebecca à la porte, comme s’il s’attendait à ce qu’elle s’ouvre d’une seconde à l’autre.
- Je ne peux pas vous aider, vous comprenez ? Je travaille pour ces gens. Vous n’auriez pas dû venir ici, c’est le dernier endroit où vous devriez être.
Était-ce une mise en garde ? Que lui prenait-il d’intervenir de la sorte ? Mais il ne pouvait pas s’en empêcher. Il prenait un risque, surtout si la salle était sous surveillance. Comme à chaque fois, il peinait à croire que tout ceci soit réel. Rebecca était si humaine, si réelle. Il n’arrivait pas à la considérer comme un clone et c’était sûrement là son premier tort.
Mais assurément pas le dernier.

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Rebecca Deckard

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MessageSujet: Re: bring me to life ○ wyatt.   Lun 19 Fév 2018 - 19:57

Chaque minute la reprochait un peu plus des griffes d’Holland. À cette heure-ci, il n’y avait pas de doute possible, sa fuite avait probablement été découverte, et des personnes envoyées à sa poursuite. Le temps était compté, Rebecca disposait d’une maigre avance, qu’elle utilisait probablement à mauvais escient en trainant dans cet hôpital hermétique et synonyme de dangers. Pourquoi diable son instinct l’avait-il poussé à gagner cet endroit qui ravivait des souvenirs douloureux ? Des flashs indistincts gagnèrent son esprit : les coups, les chutes, les sourires discrets, et ces mains capables du pire comme du meilleur. Elle frissonna malgré elle à cause de la pièce glaciale et de ses plaies à vif. D’un battement de cil, elle cessa de fixer le vide, pour observer Wyatt, en qui elle plaçait tous ses espoirs. Il y avait un problème ; Wyatt ne réagissait pas comme prévu. S’était-elle trompée quant à ses intentions de la fois précédente ? Était-ce une erreur de lui faire confiance ? Le garçon était visiblement dérangé de la voir ici à ses côtés car tout son être refluait une gêne apparente, et son attention était devenue fuyante. Devait-elle partir ? Oui, peut-être. Mais ses muscles ne bougèrent pas, et le battement de son cœur se fit plus insistant, à tel point qu’elle crut l’entendre se dérocher pour s’envoler. « Écoutez, Rebecca. Savez-vous où vous êtes ? Ce qu’est cet endroit ? » Elle croisa enfin ses yeux clairs (jusque-là il s’était évertué à l’esquiver), ceux-là même qu’elle avait trouvé bienveillant lors leur échange lacunaire il y a des mois. Pour ce qui concernait sa question… Oui, en quelque sorte, elle savait. C’était un établissement de soins réputés (des propos de Wakefield), destiné à soigner les personnes abimées, et dont la clientèle était à priori assez aisée. Quant aux patients, elle n’avait jamais songé à les observer, pas par désintérêt en réalité, mais elle était sans cesse dans l’ombre de Holland, à passer d’infirmière en infirmière jusqu’à ce que son corps ne présenta plus de stigmates. Son interrogation était par conséquent singulière, hélas elle n’eut pas l’opportunité de répondre, que, déjà, il poursuivait en soupirant (sa faute à elle ?). « C’est une clinique spécialisée dans la réparation des clones. » Le mot incongru buta sur sa langue lorsqu’elle le répéta en silence, comme ces aliments au gout amer que son palet se refusait à apprécier. Clone ? Avait-elle jamais entendu ce terme auparavant ? Ses paupières papillonnèrent furieusement, et ses membres se mirent à trembler, tandis que l’information était peu à peu assimilée. Un clone. ‘Tu es spéciale’ avait-il souvent murmuré dans le creux de son oreille. ‘Jusqu’à quel point ?’ s’était-elle risquée à demander en vain. Elle qui avait toujours imaginé que sa différence était relative à un trait physique, à une faiblesse mentale, ou un monde trop dangereux pour qu’elle puisse luter… mais tout sauf ça. Pourquoi Holland le lui avait-il caché ? Si des cliniques existaient pour traiter les siens, c’était que leur … comment dire – usage – était normal à priori. Que justifiaient de telles précautions ? « Les… les clones n’ont pas de famille. Ils n’ont pas d’identité propre. » Qu’était-elle ? Que faire de toutes ces émotions qui la faisaient vaciller ? De toutes ces images accumulées au fil des années ? Était-ce réel ou une simple illusion ? Une douleur aigue la traversa de part en part, son crâne lui faisait atrocement mal, pour autant elle l’ignora ; l’urgence était ailleurs. Était-il envisageable cependant qu’il lui mente ? Mais si oui dans quel but ? Elle écarta cette piste, et observa ses bras, ses jambe, puis le sang séché : tout paraissait si vrai… Comment pouvait-elle être une machine ? Sa réflexion s’arrêta net au son de sa voix, où elle percevait une angoisse latente : il la redoutait. « Je ne peux pas vous aider, vous comprenez ? Je travaille pour ces gens. Vous n’auriez pas dû venir ici, c’est le dernier endroit où vous devriez être. » Elle agita ses doigts pour les dégourdir, captivée par la façon dont roulait ses os sur la chair, à croire qu’un truc se débloquait doucement à l’intérieur d’elle. Elle se redressa finalement, et quitta son siège provisoire pour s’avancer vers Wyatt. « En suis-je un, de clone ? » Déclara-t-elle avec un calme surprenant afin qu’il le confirma explicitement, à défaut de lui lancer des révélations en l’air. « Ce corps…. Ce n’est pas humain ? » Elle ne comprenait pas…Tout se mélangeait et se défaisait à une vitesse prodigieuse, elle peinait à encaisser cette accumulation subite de données. « Mais… pourtant j’existe, je suis quelqu’un. Je pense, je sens, j’ai des sentiments je… » Elle avait testé l’amour, la souffrance, la haine, la colère, tout ce qui était normalement le propre de l’Homme… Devait-elle tout mettre sur le compte de sa programmation ? Ses choix et ses moindres faits et gestes étaient-ils tous guidés par avance ? Sa destinée était-elle de pourvoir aux abus d’un riche violent ? Non… il ne pouvait pas y avoir que ça ; elle refusait. Elle attrapa le bras Wyatt avec légèreté, et déposa sa main sur sa poitrine. « N’est ce pas un cœur qui bat juste là ? » Elle inclina sa tête pour étudier son visage et ses traits, à la recherche d’un indice sur l’étrangeté de cette situation. À son tour il sembla dérouté, mais elle ne le lâcha pas, et compta ses pulsations cardiaques qui accéléraient sous sa peau tiédie. Des deux, il donnait l’impression d’être le plus apeuré, là où elle continuait d’afficher une mine sereine, quoi que soucieuse. « Vous ne pouvez pas, ou ne vous ne voulez pas m’aider? » Ce qui en soit était incohérent eu égard à ses démarches d’engager la conversation par le passé, car c’était lui qui avait brisé le lien de ‘patient à malade’ en l’abordant. Rebecca abandonna ce rapprochement fugace, et jeta un coup d’œil à la porte derrière eux, à cause d’une ombre qui venait de passer ; pas la sienne, fausse alerte. « Vous savez très bien ce qu’il va me faire si il me trouve… Quel est le sort qu’on réserve aux clones… qui désobéissent ? » Même si ce n’était pas comme ça qu’elle voyait les choses, elle avait certes bravé ses ordres, mais elle gageait qu’il se serait débarrassé d’elle dans un futur proche, ses actions n’étaient donc que le résultat d’un instinct de survie exacerbé…De toute façon pouvait-on réellement tuer un clone ? Elle avait bien sa petite idée du comment, mais rechignait à l’admettre. « Non… Je ne devrais pas vous demander ça… Pouvez vous juste soigner mes plaies, et je .. partirais. » Se reprit-elle, confuse, Holland avait trop usé de chantage sur son dos, et elle ne désirait pas en faire de même. Elle avait cru naïvement que Wyatt l’aiderait de son propre chef, mais si ce n’était pas le cas, elle ne le forcerait pas. Désormais consciente de sa condition, elle trouverait bien un moyen de s’en sortir seule non ?

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MessageSujet: Re: bring me to life ○ wyatt.   Mar 27 Mar 2018 - 20:58

Wyatt ne pensait pas avoir été un jour aussi nerveux. Et pourtant, de nature angoissée, il l’était, raison pour laquelle il préservait sa solitude du mieux qu’il le pouvait. Sa seule entorse avait été de prendre un colocataire, histoire d’avoir au moins une personne à qui parler au cours de la journée et encore, les rares fois où ils se croisaient, ils échangeaient rarement plus de trois mots. Parfois, Wyatt se demandait s’il n’avait pas perdu toute faculté de s’adresser normalement à un autre être humain. S’il avait été mieux préparé aux interactions imprévues, se serait-il comporté ainsi ? Si dangereusement ? En prenant le risque de mettre en péril sa situation pour un être conçu de toutes pièces ? Il voulait s’efforcer de réfléchir en ce sens, de supprimer toute compassion, toute émotion vis-à-vis de Rebecca mais n’était-ce pas ce qui faisait de lui un humain, avec ses défauts et ses faiblesses ? Et, alors, en tant qu’être humain, n’avait-il pas un devoir moral d’aider le clone ? Après tout, il était parfaitement injuste qu’elle soit traitée de la sorte sous prétexte qu’elle était la propriété de quelqu’un. Même les animaux avaient droit à une meilleure protection que les clones (encore que cela dépende, il y avait toujours des gens pour maltraiter leurs animaux aussi). Mais là n’était pas la question, se morigéna Wyatt. Pourquoi fallait-il qu’il se perde dans des élucubrations qui ne servaient aucunement sa situation actuelle ? C’était une fâcheuse tendance qu’il avait dès que la panique l’envahissait : il ne savait plus où donner de la tête et devenait complètement écervelé, lui, le premier de classe de toujours, l’indétrônable intello. Au contraire, il aurait dû être l’assurance même, faire fonctionner son esprit cartésien et offrir une solution idéale à la problématique à laquelle il était confronté. Mais Wyatt savait pourquoi il ne pouvait apporter la réponse sur un plateau : parce qu’elle aurait signifié aller à l’encontre de la politique de la clinique, à l’encontre de la vision de la société et de son utilisation des clones, à l’encontre de toute logique de créateur à propos de sa créature. Il était cependant incapable de considérer Rebecca comme une créature, sa détresse était bien trop palpable pour être feinte ou fabriquée. Les émotions du clone étaient bien plus humaines que les siennes ne le seraient jamais, songea Wyatt avec effroi.
Et d’effroi, il en était tétanisé alors qu’il libérait cette vérité crue et cruelle, tandis que les lèvres de Rebecca répétaient le mot qui prenait une consonance blasphématoire, insultante. Wyatt regretta son aveu, l’aisance avec laquelle il avait amené la vérité sur le tapis, sans prendre en considération ce que pourrait ressentir la jeune femme. Le jeune chercheur déglutit avec peine en la voyant trembler et il se demanda si elle n’allait pas subitement exploser parce qu’elle avait pris conscience de ce qu’elle était et non de qui elle était. Et comme si ça n’était pas assez, il fallait que la réalité dans toute son horreur sorte au plus vite et dans sa globalité, comme si Wyatt espérait découvrir ce qu’il était supposé faire selon la réaction de Rebecca à la découverte de son statut de propriété, si proche des humains et loin d’en être un elle-même. Si ça, ça n’était pas une nouvelle digne de déglinguer un esprit ! Wyatt sentit son cœur se recroqueviller dans sa cage thoracique en voyant Rebecca s’inspecter, comme si elle croyait découvrir un bouton ou un mode d’emploi pour parer ce genre de chamboulement qui menaçait ses circuits. Puis le jeune homme constata qu’elle analysait en réalité chacun de ses mouvements, comme si elle devinait une force surhumaine sous la couche d’épiderme et il se demanda si elle n’allait pas se venger sur lui. Ce qui, en soi, serait peut-être mérité. Après tout, il aidait ces gens à faire avancer leurs recherches, il participait activement à l’évolution, il était responsable de certaines choses, même si, techniquement, il n’avait aucun lien avec Rebecca ni son propriétaire.
Aussi, quand elle se leva et s’approcha de lui, Wyatt sursauta, redoutant déjà un coup qu’il ne pourrait – ni chercherait à – parer. Son visage se voila d’inquiétude mais il s’efforça de ne pas la fuir du regard pour préférer appréhender la suite de la conversation et quand la jeune femme lui demanda si elle était un clone, Wyatt sentit une pointe de culpabilité lui vriller la poitrine. Tout ce qu’il parvint à faire, c’est acquiescer nerveusement, d’un air profondément (et sincèrement) désolé. Tout comme il secoua la tête sans savoir si ses mouvements avaient encore un sens. Oui. Non. Peut-être. Je crois. L’incertitude le baignait de sueur et il détestait cette variable inconnue qui consistait à ne pas savoir ce qu’il était supposé faire. Mais pour le bien de qui devait-il œuvrer ? Lui-même ? Les Wakefield ? La réputation de la clinique ? Ou Rebecca ? Wyatt contempla la prodigieuse créature avec désarroi, ne sachant ce qu’il valait mieux encore lui révéler ou ce qu’il était préférable de lui dissimuler. N’en avait-il après tout pas déjà trop dit en lui révélant son origine douteuse et son absence d’attache à quiconque ? Il sursauta à nouveau quand Rebecca lui saisit le bras cette fois et il se sentit pâlir, si c’était encore possible. Parce qu’il avait l’impression d’être un être dépourvu d’âme et de corps, un esprit qui flottait et créait un tourment à un pauvre être qui n’avait pas demandé à exister, encore moins dans état-là, de complète servitude et d’ignorance. Il reprit cependant des couleurs – un rouge carmin qui envahit ses  joues – instantanément lorsque Rebecca pressa sa paume contre sa poitrine, juste au niveau du cœur.
- Je—je ne peux pas, balbutia-t-il, mais peut-être ne le voulait-il pas non plus.
Pourquoi aurait-il mis en péril des années de recherches pour elle ? Pourquoi aurait-il pris un risque inconsidéré alors qu’elle était vouée à devoir retourner d’où elle venait ? Si seulement il était assuré qu’elle puisse fuir à tout jamais, quitter Mount Oak et ne plus jamais revenir… Mais ce fut sa propre lâcheté qu’il découvrit au détour de cette pensée et il se maudit d’être aussi peureux.
- Il n’est pas souhaitable, répondit Wyatt dans un gargouillis pathétique.
Mais était-ce vraiment moins souhaitable que la vie qu’elle menait sous le joug de Wakefield ? Ne pouvait-il pas essayer de porter plainte anonymement pour elle ? Certes, les clones n’étaient pas considérés comme des êtres doués d’une conscience mais méritaient-ils d’être traités de la sorte pour autant ? Mais Wyatt, avant même d’oser formuler cette idée à voix haute la réduisit à néant. Ça ne servirait à rien, si ce n’est peut-être aggraver la situation de Rebecca. Le revirement dans l’attitude de la jeune femme le bouscula plus que ce qu’il pouvait cependant imaginer et quand elle demanda à ce qu’il lui soigne ses plaies avant qu’elle parte, Wyatt sentit son cœur venir cogner contre ses lèvres. Que devait-il faire ? Il se trouvait à un croisement décisif, il ne fallait pas être Einstein pour le savoir. Alors il prit une profonde inspiration et laissa échapper les mots qu’il aurait certainement mieux fait de taire :
- Rebecca. Il faut que—que je vous dise. Vous êtes plus humaine que ce que l’on veut vous faire croire. Je—je veux dire… Vous avez été manipulée génétiquement. On a sûrement pris certaines caractéristiques, associées à d’autres, par choix esthétique ou personnel, pour vous… façonner telle que vous êtes. Mais votre peau, votre cœur, vos organes… il n’y a pas plus humain que cela. La… la grosse différence… elle réside là…
Il désigna sa tempe pour signifier le cerveau et réalisa que sa main tremblait. Il trahissait là un secret plus ou moins bien gardé, à n’en pas douter. Il n’était pas souhaitable, en effet, que les clones se découvrent proches cousins de leurs créateurs, raison pour laquelle seuls ceux qui étaient en contacts directs avec les usines le savaient vraiment.
- Vous n’êtes pas censée dévier du scénario que l’on vous a implanté. S’ils découvrent que vous êtes… disons plus libre, cela risque de vous attirer de gros ennuis.
Wyatt se leva brusquement, peu habitué à être traversé de telles pulsions d’adrénaline et il se mit à fouiller les tiroirs des armoires, ne sachant pas trop ce qu’il cherchait.
- Je ne suis pas médecin, je ne peux malheureusement pas vous soigner convenablement, juste désinfecter et appliquer un bandage.
Il sortit ce qu’il put trouver de plus adéquat et lui fit signe de s’asseoir avant de se pencher sur la peau lésée, le visage couvert d’une pellicule de sueur due à la peur.
- Je—je sais juste qu’il existe des communautés de clones en liberté. Ils vivent dans la clandestinité mais ils pourront sûrement vous aider. Et… et si vous avez un tatouage quelque part… je vous conseillerais de le dissimuler et de trouver un moyen de le faire disparaitre, cela vous facilitera déjà les choses…
Le jeune chercheur divulgua tout cela sans oser véritablement regarder sa patiente. Il tamponna sa peau avec un coton pour désinfecter la blessure puis y appliqua systématiquement, mais d’un geste tremblant, un bandage.
- Ils vont sûrement vous chercher rapidement… vous devriez partir au plus vite. Vous n’avez qu’à prendre ma blouse. Et un stéthoscope. Et… euh, si vous trouvez n’importe quoi pour vous faire ressembler à un médecin ou une infirmière, prenez-le en route. D’accord ? Il faut que vous quittiez cet endroit et que vous n’y mettiez plus jamais les pieds. Vous m’entendez ? Je ne peux rien faire de plus. Je suis désolé.
Et comme pour prouver sa bonne foi, Wyatt se délesta de sa blouse immaculée, qui ne servait qu’à lui donner un air plus professionnel quand, sans celle-ci, il avait l’air d’un éternel étudiant, et il la tendit à Rebecca, une lueur suppliante dans le regard. Ecoutez-moi, suivez mon conseil. Voilà ce qu’il lui enjoignait désespérément de faire.

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