i've heard it takes some time to get it right.


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Theodore Strasmore
THEODORE HEMMICK

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MessageSujet: i've heard it takes some time to get it right.   Dim 24 Sep 2017 - 21:00

ot3.
maybe I'm wasting my young years
I don't know what you want, don’t leave me hanging on.




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Si il avait bien retenu quelque chose de ses années au foyer, c’était que si il existait des règles, elles étaient faites pour être violées. Jusque là son tempérament, et sa nature docile l’en avaient empêché, mais dernièrement il se sentait différent. Changé pour être plus exact, comme si un truc au fond de sa poitrine s’était subitement débloqué. Peut être était-ce l’air de la campagne, ou cette nouvelle vie dans ce monde aux contours incertains. Mais Theo avait troqué sa soumission pour une attitude rebelle, accentuée par la perte de ses boucles brunes de gamin tombant sur son front. Et lorsqu’il croisait son reflet dans le miroir, il se surprenait à noter des détails autrefois inexistants. A commencer par l’apparition de ce fin duvet sur sa lèvre supérieure, et l’étrange dureté de ses prunelles sombres. Le petit garçon était devenu un adulte, et avec ça, il embarquait pas mal de désagréments. Cette nuit, le sommeil s’était fait attendre et il avait du rattraper ses heures de répit plus tard dans l’après midi avachi en boule sur le coin du canapé. Il ne savait pas où était parti Finley, et il s’en fichait. Ca lui faisait un pincement au coeur de se dire ça, mais il préférait l’occulter histoire de penser un peu à lui. De toute façon à chaque fois qu’il avait posé la question, ce dernier s’était contenté de hausser les épaules, avant de le serrer contre lui pour le faire taire. Un mur. Il n’avait pas le souvenir qu’ils aient eu autant de secrets par le passé, et l’affaire commençait à tirailler dangereusement son estomac. Toujours cette même peur de l’abandon qui s’accrochait à ses basques tel un boulet de bagnard. « Rhiannon ? » Le léger bruit de ses pas sur le parquet vieillissant confirma sa présence, avant qu’il n’aperçoive sa frimousse dans l’encadrement du mur. « Est ce que… Je sors, tu veux venir ? » Elle le toisa avec malice, de ses fossettes rieuses, avant de froncer les sourcils, comme pour lui rappeler implicitement qu’il n’avait pas le droit. Son hésitation fut de courte durée, car elle s’éclipsa aussi vite qu’elle était arrivée. Il l’entendit s’affairer à l’étage, et en profita pour mettre des chaussures, le corps gonflé par l’adrénaline de braver l’interdit. Celui qu’il lui avait imposé pour sa propre sécurité, et sa santé. Mais il allait bien, il se sentait même mieux que jamais. Il avait repris des couleurs, une poignée de kilos, et il respirait à nouveau normalement. Que pouvait-il lui arriver de grave ? Il n’avait aucune famille qui le recherchait, ni des proches ou des amis. Quant à la police il doutait qu’après toutes ces années, la fugue de deux adolescents les intéressa; ils avaient surement d’autres chats à fouetter. Il n’avait donc rien à craindre et puis il ne serait pas seul (non pas qu’il fut incapable de se débrouiller de son côté). « C’est bon je suis prête. » Il l’observa dans la clarté de la lumière, sa crinière incandescente glissant sur ses épaules, et détourna les yeux aveuglé. « Okay. » Lâcha t-il pour conclure ce pacte qu’ils venaient de conclure malgré eux, en piétinant ouvertement les recommandations de sa moitié. Il la suivit et après un dernier coup d’œil derrière lui, il referma la porte. Le vent frais vint jouer sur son visage, l’obligeant à fermer les paupières un instant. Ça faisait tellement de bien d’être là, dehors, à respirer. A être vivant tout simplement. Un sentiment qui lui paraissait si lointain, maintenant que sa liberté était enchainée à cette demeure en pierre qui ne lui appartenait pas. Il poussa un soupire, et fourra ses mains dans ses poches. Il ignorait où elle l’emmenait et se contentait de se calquer sur son allure pour ne pas être trop distancé, tout en scrutant le paysage environnant. Il y avait des maisons éparpillées ici ou là, similaires à celle de leur hôte, mais pas beaucoup de riverains ou de touriste sur leur route. Tout semblait dépeuplé ou laissé à l’abandon, c’était étrange. Une sorte de quartier fantôme où le temps s’était arrêté au beau milieu de l’automne. Et devant eux la forêt aux reflets oranges et jaunes qui ondulaient sur le bitume abimé. Il repensa à celle en bordure de l’institut où il avait grandit, véritable piège pour les faibles tel que lui. Un minus qu’ils disaient. Ils l’avaient pris à parti là bas, alors qu’il voulait juste échapper au brouhaha ambiant, un livre à la main. Il avait fini dans la boue, des pages arrachés éparpillées autour de lui. Theo frissonna, et observa sa camarade, ils étaient restés silencieux. Sa faute à lui il n’était pas bavard. Ils se toisèrent longuement, avant qu’elle ne recule de plusieurs pas, une lueur de défi dans son sourire en coin. « Essaye de m’attraper. » Il n’eut pas le loisir de répliquer, que déjà elle s’enfonçait entre les arbres en soulevant des feuilles colorées dans son sillage. Il se surprit à rire, et se lança à sa poursuite en courant. L’air s’engouffrait dans ses poumons, et tendait ses muscles faiblards à chacune de ses foulées, tandis qu’il suivait cette tâche de feu à l’horizon. Mais il n’était pas Rhiannon. Il n’avait pas sa force, ni sa forme physique, il fut contraint de s’arrêter plus vite qu’il ne l’imaginait, la gorge en feu. Sa cage thoracique au bord de l'implosion. « RHIANNON ATTENDS MOI ! » Son rythme cardiaque s'emballa, et il s'appuya sur ses genoux pour reprendre son souffle, les sens en alerte.

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Rhiannon Earnshaw

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MessageSujet: Re: i've heard it takes some time to get it right.   Dim 8 Oct 2017 - 14:24

Allongée sur son lit, Rhiannon lisait (pour la huitième fois au moins) un roman au sujet d’un petit bonhomme de neige devenue petite fille, dans les confins enneigés de l’Alaska. Elle ne savait pas ce qu’elle aimait le plus dans cette histoire : était-ce ce vieux couple triste et isolé qui s’émerveille et reprend vie avec l’apparition de la fillette, la magie qui se dégageait du conte ou l’hypnose que lui évoquait un paysage immaculé où ne perçaient que des arbres rabougris ? Quoi qu’il en soit, Rhiannon ne se lassait pas de replonger au milieu des pages et l’aspect du livre le trahissait. Comme la plupart de ses effets personnels – et elle-même – Rhiannon n’en prenait pas soin. Les pages étaient écornées, certains passages surlignés, quelques paragraphes annotés. La couverture avait été mordillée par son chat et les dernières feuilles – vierges, heureusement – s’échappaient si on n’y prenait pas garde. Arrivée au bout d’un chapitre, elle ferma l’ouvrage d’un coup sec et le laissa tomber sur l’espace libre à côté d’elle avec un soupir. Non. Elle s’ennuyait définitivement, aujourd’hui, et même Mabel et Jack ne parvenaient pas à la divertir. Elle décida donc d’abandonner les draps froissés et partit en quête des garçons.
Depuis qu’ils étaient apparus dans sa vie, de façon aussi soudaine que saugrenue (ils s’étaient comme matérialisés sur son canapé, sans crier gare), son quotidien monotone avait été quelque peu chamboulé. Elle ne les avait pas chassés. Après tout, il y avait largement la place de les accueillir et ils ne paraissaient pas avoir une autre alternative. Elle avait presque pu sentir la fugue sur eux, le parfum délicat de l’interdit, de la peur, de la fuite. Ça n’était pas tant pour braver une règle de base – ne pas laisser des inconnus pénétrer chez elle – que parce que Rhiannon s’était immédiatement prise d’affection pour ces deux adolescents déboussolés et soudés. Elle aimait observer leur complicité, leurs gestes vis-à-vis de l’autre et les secrets qui émanaient de leurs échanges à voix basse. Rhiannon ne cherchait pas à s’immiscer entre eux mais devait avouer apprécier évoluer dans le périmètre de leur relation discrète et timide.
Le silence régnait dans la maison et, pendant un instant, elle se demanda s’ils n’étaient pas partis, sans la prévenir (après tout, ils n’avaient aucun compte à lui rendre), mais l’appel de Theo lui apprit le contraire et un sourire singulier glissa sur les lèvres de la demoiselle. De ses pas légers, presque félins, elle glissa dans le couloir et vint se poster sur le seuil du salon. Le garçon s’y trouvait, installé dans le canapé, et un rapide coup d’œil apprit à la jeune femme que Finley n’était nulle part en vue. Était-ce la raison qui avait poussé Theo à l’interpeler, lui qui peinait à lui adresser la parole en temps normal ? Elle s’amusait de la gêne qu’elle provoquait clairement chez le plus jeune du duo et ne cherchait nullement à l’apaiser, préférant au contraire darder sur lui un regard espiègle destiné à le faire rougir jusqu’à la pointe des cheveux. Elle n’ouvrit donc pas la bouche et se contenta d’un haussement de sourcils inquisiteurs. Lorsqu’il lui proposa de sortir avec lui, Rhiannon ne put dissimuler une pointe de surprise. C’était bien la première fois qu’il faisait une telle suggestion et elle imputa l’audace à l’absence de son ami. Feignant d’hésiter à accepter l’offre alors qu’elle s’ennuyait ferme une poignée de minutes plus tôt, la demoiselle finit par faire demi-tour pour aller chercher des chaussures. Inutile de troquer sa robe fleurie contre une tenue propre, Rhiannon se contenta d’enfiler une paire de Converse puis revint chercher Theo.
- C’est bon, je suis prête.
Elle avait une veste en jean sur le bras et arborait un sourire narquois. Dès que le jeune homme se leva, elle prit la direction de l’entrée, fourra les clés de la maison dans sa poche et passa les bras dans les manches de sa veste et souleva sa volumineuse crinière pour la délivrer de sa prison momentanée. Theo n’avait pas précisé s’il y avait un but précis à sa sortie et ne montra pas le moindre signe d’avoir une destination en tête. Aussi Rhiannon prit-elle la direction des bois sans lui demander ce qu’il avait en tête. Elle ne l’interrogea pas sur la raison soudaine de son envie de sortir, lui qui ne le faisait jamais sans Finley. Elle ne chercha pas à ouvrir le dialogue, non plus, se gorgeant du silence qui régnait entre eux, illustration parfaite de la relation maladroite qui se construisait lentement entre eux. Peut-être était-il d’humeur un peu boudeuse, ou bien n’arrivait-il pas à trouver un sujet pour lancer la discussion. Quelle que soit l’origine du mutisme de Theo, Rhiannon ne s’en formalisa pas mais, arrivée à l’orée du bois, la rouquine fit volte-face et dévisagea Theo, un sourire énigmatique aux lèvres. Elle attendit quelques secondes qu’il ouvre la bouche pour s’exprimer mais comme il ne semblait toujours pas prêt à le faire, elle laissa une lueur aventurière, légèrement provocatrice, envahir ses prunelles tandis qu’elle reculait, laissant présager la course folle qui allait suivre.
- Essaie de m’attraper !
Puisque Theo n’était pas enclin à discuter, peut-être le serait-il davantage à courir ? Elle ne lui laissa pas le temps de protester, toutefois, et elle détala avec la vivacité d’une sauvageonne. Ses longues jambes, entrainées pour l’exercice et les acrobaties, la portèrent aisément dans une course effrénée qui la fit louvoyer entre les troncs, sauter par-dessus les branches mortes et les flaques d’eau, insensible aux écorchures que ses mollets et ses cuisses récoltèrent dans la foulée. Elle avait habitué son corps à ces extravagances et les plaies, superficielles, parsemaient sa peau diaphane comme des petites blessures de guerre. Elle s’assura d’un coup d’œil par-dessus son épaule que Theo la suivait, qu’elle ne l’avait pas laissé, hébété, à ne pas savoir quoi faire. Un sourire victorieux illumina ses lèvres roses et elle reporta son attention devant elle, enivrée par la sensation de liberté qui s’infiltrait en elle, via ses poumons douloureux et ses muscles endoloris. Et elle aurait poursuivi ainsi pour un temps indéterminé – jusqu’à ce que ses jambes ne puissent plus la porter, probablement – si Theo n’avait pas demandé qu’elle attende. La jeune femme freina ses enjambées et se dissimula derrière un tronc, le souffle court, les joues rougies par l’effort et les mèches de cheveux éparpillée autour d’elle comme une crinière folle et indisciplinée. Elle attendit quelques secondes avant de jeter un coup d’œil hors de sa cachette pour voir Theo, penché sur ses genoux, visiblement mal en point. Un vague sentiment de culpabilité lui fit se mordre la lèvre inférieure mais au lieu de se montrer, Rhiannon leva le nez et constata qu’il serait aisé de grimper à l’arbre qui la dissimulait. Il avait de grosses branches qui facilitaient l’ascension et c’est donc sans plus de réflexions qu’elle s’éleva, passant d’une branche à l’autre avant d’atteindre celle qu’elle convoitait, épaisse et droite, parfaite pour servir de perchoir à deux adolescents esseulés. Parvenue jusque-là, elle s’y installa comme sur une balançoire puis détacha des bouts d’écorce qu’elle jeta en direction de Theo jusqu’à ce qu’il lève le nez et l’aperçoive.
- Qu’est-ce que tu attends ? Tu viens ?
Elle lui lança un regard éloquent. Un regard qui signifiait n’ose pas me dire que ça te fait peur et lui sourit.
- Il y a une jolie vue, d’ici.
Comme si cela suffisait pour expliquer qu’elle se soit perchée là-haut.

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Theodore Strasmore
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MessageSujet: Re: i've heard it takes some time to get it right.   Lun 9 Oct 2017 - 17:55

Il n’avait pas couru depuis longtemps. Lorsque Finley avait compris que les jambes de son comparse n’étaient pas capables de supporter un tel effort, il avait arrêté de lui demander de s’enfuir sans se retourner, et l’avait ménagé pour leurs futurs déplacements. Mais c’était un truc plus profond qu’il trainait sur ses épaules de gosse mal nourri et ravagé par le manque. Quand il était arrivé au foyer avec juste la peau sur les os, il avait dû se plier à tout un tas de tests médicaux. Lui n’avait pas saisi grand-chose à tout ça, et s’était contenté de faire ce qu’on lui demandait, en écoutant le médecin discuter de son cas auprès du personnel. Des mots compliqués, des mots qui ne lui disaient rien, mais des mots qui avaient scellé son sort pour la suite. Pour finir, l’infirmière – dont il se rappelait le pendentif en forme de papillon au creux du cou, semblable à celui de sa mère sur les photos – lui avait annoncé qu’il serait exempt de toute activité sportive eu égard à sa condition. Il ne doutait pas qu’ils avaient cru lui faire une faveur en annotant ce pauvre bout de papier d’une croix rouge, alors qu’en réalité ils venaient juste de signer son arrêt de mort, car ce jour-là, Minus était né, et Minus serait la proie facile de ses camarades avant qu’on ne vienne le délivrer de son sort. Désormais, si Theodore avait quitté cet enfer, son corps lui, était resté le même, au moins à l’intérieur. Il s’était métamorphosé physiquement, toutefois les traumas persistaient en dépit de ses bonnes attentions. Un peu comme aujourd’hui où il était incapable de suivre le tourbillon incandescent déjà parti trop loin pour lui. Il se redressa difficilement, le souffle erratique formant de petits nuages dans l’air, et la chercha du regard, étourdi. Autour de lui, le silence pour seul écho accompagné des ombres lugubres des cimes décharnées qui s’étiraient sur le sol boueux, insufflait un vent de panique dans son esprit. Pouvait-il seulement la rattraper ? Ou simplement retomber sur son chemin initial ? Il ignorait où il était, et dans quelle direction aller pour rejoindre la bâtisse – prison – d’où il s’était échappé, juste pour … Pour provoquer Finley certainement. Et si jamais il se perdait, retrouverait-on sa dépouille sous ce tas de feuilles mortes ? Il pensa à son épitaphe : ci git le garçon (amoureux) qui n’en faisait qu’à sa tête et voulait braver les interdits. Un sourire se nicha dans ses joues creuses, de toute façon si il ne mourrait pas dans l’instant même, son double s’en chargerait surement en découvrant son odieuse trahison. Il frissonna, et secoua la tête pour chasser ces pensées funestes. IL n’était pas là, et IL ne saurait pas, si rien de dangereux n’arrivait. Theo se frotta les mains pour se donner du courage et avança entre les troncs d’un pas modéré pour ne pas heurter ses poumons. Il avait toujours apprécié le calme des forêts, cette sensation de petitesse et l’odeur caractéristique de la mousse mêlée à celle de la terre. Marcher sur le sol humide où ses chaussures trouées s’enfonçaient était reposant, comme les bruits caractéristiques de la campagne auxquels il n’était pas tout à fait habitué. Il y avait pourtant dormi plusieurs nuits en compagnie de Finley dans le coin d’un fossé, ou au pied d’une souche, partagé entre la crainte et la chaleur qui se dégageait de leur étreinte. Venir ici sans lui et ne pas l’avoir dans ses traces était bizarre, comme si une partie de lui manquait à l’appel. Sa vie serait-elle comme ça maintenant ? Incomplète et vide tant qu’il ne lui tenait pas la main ? A l’exception de cette ancre, le reste semblait superflu, inexistant, inodore, inutile. Du bout de ses doigts abimés il effleura les arbres, se frottant à leur contact rugueux, tout en guettant un signe de vie quelque part à l’horizon. Un léger bruissement sur sa droite le fit tiquer, suivi par un bout d’écorce qui lui tomba sur le visage. Il leva les yeux pour apercevoir Rhiannon perchée à une branche aussi immense que lui était petit. « Qu’est-ce que tu attends ? Tu viens ? » Il se frotta le bout du nez pour retirer les grains de poussière, et toisa le conifère avec circonspection. C’était haut…. Trop haut pour lui. Mais il ne pouvait pas dire qu’il avait peur, ce n’était pas ça qui l’habitait, c’était différent. À part, comme de l’excitation. « Il y a une jolie vue, d’ici. » Il hésita une poignée de secondes, et s’accrocha à ses prunelles malicieuses et encourageantes. « Okay j’arrive. » Puis il entreprit de grimper à son tour pour la rejoindre non sans difficultés – il était maladroit. Au détour d’un nœud, il s’égratigna le poignet et étouffa un juron avant de s’asseoir à ses côtés à une distance raisonnable. Ses pieds pendaient dans le vide impressionnant mais la vue était belle, la rouquine avait raison. Il jaugea sa blessure où du sang avait coulé, et l’essuya sur sa cuisse. Un silence confortable s’installa, ça ne le dérangeait pas, il appréciait l’accalmie, causer n’était pas dans sa nature et lui arracher des mots relevait parfois du miracle. Et puis, Rhiannon l’impressionnait, ça ne jouait pas en sa faveur. « Tu… Tu fais souvent ça ? Venir ici, monter comme ça ? »  Sans crainte, se retint-il d’ajouter. Est-ce que toutes les filles étaient comme elle ? Intrépides, sauvages et belles ? Il se mit à rougir malgré lui et détourna son regard pour se perdre dans  la contemplation du paysage qui s’étendait sous eux. C’était comme contempler une carte postale, il y avait un nombre infini de détails et de couleurs qui se superposaient. « Merci d’être venu avec moi. » A l’exception de Finley il n’avait pas beaucoup de compagnie, voir aucune. Il se contentait d’être là, de le suivre, d’échanger des bribes de phrases avec des étrangers, et c’était tout. Son ainé, lui était moins en retrait, ce n’était pas réellement un secret mais il le soupçonnait de ne pas partager son lit qu’avec lui. Ça le chiffonnait évidemment toutefois il se taisait, enfin, jusque-là il s’était tu. Demain … Et bien demain il aviserait. Il se tourna à nouveau vers elle, en se mordillant les lèvres tout en balançant ses mollets, avec le bout de ses semelles qui s’entrechoquaient. A défaut de s’exprimer de vive voix, il adorait l’observer, c’était un spectacle dont il ne lassait pas. Surtout ses longs cheveux roux qui glissaient dans son dos sur sa peau blanche qu’il imaginait constellée de tâches infimes. « Ça fait longtemps que tu vis seule là-bas ? » Il avait trouvé ça singulier qu’elle habita une si grosse bâtisse à elle seule, mais il s’était bien gardé de poser des questions. Qui était-il pour juger de la normalité ? Lui qui n’avait pas de domicile, ou de famille, et menait une existence pittoresque, en marge de la société. Leur hôte était aussi mystérieuse qu’indisciplinée avec tous ces bleus et griffures qui barraient ses membres nus qu’il avait aperçu quand elle les exhibait tout sourire devant lui. D’ailleurs ces hématomes ne l’avaient rendue que plus intéressante pour Theo, qui, autrefois s’adonnait à ce même genre de bêtises, en venant charrier le destin pour voir si il réagissait.

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Dernière édition par Theodore Strasmore le Dim 5 Nov 2017 - 20:38, édité 1 fois
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Rhiannon Earnshaw

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MessageSujet: Re: i've heard it takes some time to get it right.   Sam 4 Nov 2017 - 20:50

Si l’été était une saison agréable, c’était pourtant l’automne qui avait la préférence de la jeune Earnshaw. Elle se disait parfois que c’était la raison pour laquelle elle avait hérité de cette somptueuse chevelure rousse quand le reste de la famille avait écopé des mêmes cheveux fins qui tiraient du châtain foncé (son père) vers le blond cendré (son frère) et d’autres variantes intermédiaires (chez sa mère et sa sœur). Aucun d’eux n’avait eu la même teinte qu’un autre et l’adolescente avait toujours trouvé cela agréable à observer, surtout sur les photographies où ils posaient tous les cinq. À présent, cependant, elle ne s’arrêtait plus pour contempler ces vestiges d’un temps lointain où les Earnshaw formaient un tout, une bande photogénique et bien apprêtée que de nombreux clichés avaient immortalisés. Tout un temps, Rhiannon était passée devant les cadres poussiéreux sans leur jeter le moindre regard puis elle avait fini par les collecter et les avait rangés dans une valise qui reposait désormais au grenier, hermétiquement fermée. Il ne subsistait qu’un ou deux portraits de ses parents et ceux-ci n’avaient émis aucune protestation lorsqu’ils avaient découvert qu’elle avait effacé Tabitha et Jared comme s’ils n’avaient jamais existés. De toute façon, ils passaient le plus clair de leur temps ailleurs, loin de Mount Oak, s’imaginant probablement qu’elle suivait toujours assidument ses cours de danse et de gymnastique quand elle les avait désertés, eux aussi, depuis belle lurette.
De son perchoir, elle décelait les prémices de l’automne, avec les feuilles qui commençaient à perdre en vitalité et l’air qui se faisait plus frais. Peut-être qu’elle les inventait, ces détails, que l’automne n’était pas si proche qu’elle voulait bien le croire mais ça n’était pas grave. Elle attendait avec impatience les nuits piquantes, le ciel d’un bleu lumineux dont le soleil bas l’aveuglait, les feuilles qu’elle pourrait faire valser d’un coup de pied ou danser dans un froufrou crissant, la brume qui peinait à se lever le matin et l’odeur de la nature qui œuvre. C’était aussi le signal de l’approche des fêtes, quand bien même celles-ci ne revêtaient plus la même saveur qu’avant. Qui sait, peut-être qu’à Thanksgiving ou Noël, Theo et Finley seraient toujours dans les parages et elle pourrait joyeusement les imposer à ses parents. Avaient-ils seulement déjà eu droit à un vrai repas, digne des légendes et des films ? Elle était prête à parier que non. C’était en tout cas difficile à concevoir, surtout quand on observait un être aussi chétif et mal à l’aise que Theo Strasmore.
Comme ce garçon était étrange, songea la demoiselle, avant de se reprendre. Pouvait-elle vraiment décréter que quelqu’un était étrange quand elle avait toujours été celle que l’on considérait comme telle ? Pourtant, elle ne pouvait s’empêcher d’être fascinée par le visage méfiant et inquiet de l’adolescent, comme si elle pouvait à peine entrevoir la profondeur de ce qui se cachait derrière ce teint blême et ces yeux fuyants. Elle aimait la sensation qui émanait de leur relation : entre prudence et apprivoisement. N’était-ce pas précisément l’essence de leurs échanges, jusqu’ici ? Elle qui jouait avec lui comme un chat le ferait avec une souris tout en espérant, paradoxalement, apprivoiser la proie terrifiée et tremblante ? Que ferait-elle s’il refusait de grimper à sa suite et de la rejoindre ? Le laisserait-elle là, en se disant que c’était tant pis pour lui, ou redescendrait-elle docilement ? Pourtant, elle aurait trouvé dommage qu’il rate la vue qu’ils avaient de son perchoir et un sourire ravi lui étira les lèvres quand Theo, bon gré mal gré, céda et obéit. Rhiannon se poussa encore un peu, s’écartant du tronc, sans sembler le moins du monde déstabilisée par le vide qui se trouvait sous ses pieds. Mieux, elle aimait cette sensation de pesanteur, comme si quelques mains invisibles cherchaient à la tirer vers le bas, à la faire tomber de son banc de fortune, pour lui faire retrouver ce sol spongieux qui sentait bon l’humus et le bois en décomposition.
Tout le long de l’ascension de Theo, Rhiannon observa ses gestes et émit un léger gloussement lorsqu’il s’installa enfin sur la branche, ne manquant pas de remarquer la distance respectueuse qu’il instaurait entre eux. Elle ne sut pas si c’était d’elle qu’il avait peur ou si c’était de s’éloigner du tronc pour s’aventurer plus loin sur la branche. Elle nota le sang qui perlait sur la peau du jeune homme et la façon dont il l’essuya sur son pantalon, puis laissa son regard remonter vers le visage de Theo.
- Tout dépend de ce que tu entends par souvent, dit-elle simplement, ponctuant sa réponse d’un haussement d’épaules.
Elle continua à l’observer, la tête légèrement penchée, le regard à la fois scrutateur et caressant et quand il la remercia d’être venue, elle ne prit pas la peine de répondre. Elle se contenta d’un demi-sourire énigmatique, s’amusant de l’attention qu’il lui portait, timide et piquée de curiosité.
- Ça fait longtemps que tu vis seule là-bas ?
S’il y eut un changement sur le visage de la rouquine, il fut infime et furtif. Elle aurait pu lui répondre, lui dire qu’elle ne vivait pas réellement seule, qu’un jour ou l’autre, ses parents pourraient apparaitre comme par magie. Qu’ils évitaient un maximum Mount Oak parce que la ville évoquait des chagrins qui ne guériraient jamais et qu’ils préféraient vivre ailleurs, dans leur résidence secondaire, plutôt que de côtoyer des fantômes. Mais à la place, Rhiannon passa souplement une jambe par-dessus la branche, pour se retrouver à cheval sur celle-ci, et approcha de son compagnon avec la souplesse d’un félin.
- Tu t’es fait mal.
Ça n’était pas une question, juste une constatation et elle attrapa la main de Theo pour lui tourner le poignet, de sorte que l’égratignure était exposée à la lumière de cette belle journée. Du bout des doigts, elle caressa la plaie qui saignait à peine mais laissait apparaitre des sillons vermillon.
- Pauvre Theo, souffla-t-elle, un brin moqueuse, avant d’appliquer ses lèvres sur la peau lésée. Voilà. Rien de tel qu’un bisou magique.
Elle relâcha sa prise et lui décocha un sourire mutin, s’amusant déjà du malaise que son geste pourrait avoir créé. Et puisqu’il en était à poser des questions auxquelles elle n’avait aucune envie de répondre, elle ne se priva pas d’en faire de même, consciente que cela pourrait passer pour un dialogue de sourd.
- Qu’est-ce qu’il y a entre Finley et toi ? Est-ce que tu es amoureux de lui ?
Rhiannon arqua un sourcil d’un air équivoque et se pencha en avant, comme pour s’adresser à lui sur un ton conspirateur :
- Est-ce que vous vous êtes déjà embrassés ?
Elle ne savait même pas pourquoi elle torturait le pauvre garçon. Elle aurait dû encourager son attitude, lui montrer qu’elle appréciait sa compagnie, malgré le peu de mots qu’ils avaient échangés jusqu’ici. Peut-être que c’était précisément la raison pour laquelle on l’avait cataloguée comme ‘bizarre’. C’était à croire que Rhiannon Earnshaw ne savait pas se comporter normalement avec ceux qui l’entouraient. Si Theo décidait de la fuir, à l’avenir, elle n’aurait qu’à s’en prendre à elle-même. En attendant, elle ne voyait pas si loin, se contentant de darder sur Theo un regard pénétrant et attentif. Elle aurait peut-être dû lui demander la raison de leur fugue mais, finalement, ça ne l’intéressait pas. Ce qu’elle voulait connaitre, c’étaient les deux garçons, pas leur parcours avant de l’avoir rencontrée.

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