painting is the silence of thought and the music of sight


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MessageSujet: painting is the silence of thought and the music of sight   Dim 17 Sep 2017 - 10:57

EANA + REECE

Peindre était la passion de Reece Eklund. S’il avait pu vivre de sa passion, il aurait été au paradis. Malheureusement, rares étaient ceux qui pouvaient prétendre ne vivre que de leur art et Reece n’en faisait pas partie. Peut-être, plus tard, à titre posthume, pensait-il parfois avec une once d’ironie mais même de ça, il était certain, ça n’arriverait pas. Il aimait peindre mais ça ne signifiait pas qu’il était particulièrement bon ou original. Il n’avait rien d’un Van Gogh ou d’un Picasso. Ses paysages, ils étaient très représentatifs, ses portraits dégageaient quelque chose de vivant mais il aurait pu être l’un de ces artistes de rue qui croquent des portraits pour quelques dollars et qui n’émergent jamais de cet emploi relatif. Ça n’était pas par vanité que Reece refusait de se joindre à eux, c’était sa timidité naturelle. Les discussions sans but, ça n’était pas trop sa tasse de thé. Il peinait à entretenir une conversation superficielle et se voyait ainsi mal aborder des touristes pour leur proposer ses talents. D’ailleurs, de toute façon, les touristes, ils ne venaient pas à Mount Oak. Ça n’était pas le genre de ville que l’on visitait, il n’y avait aucun fait historique très notable ou intéressant. La seule chose qui puisse désormais inviter les gens à venir dans leur petite ville était la présence du vaste campus de Pairidaeza Valley mais celui-ci était soigneusement gardé et tout le monde ne pouvait pas s’y promener librement. L’endroit n’avait jamais intéressé Reece, pour sa part, même s’il lui arrivait de contempler les hautes tours qui émergeaient au loin, telles des gardes intemporels qui n’étaient pas sans lui rappeler celle qui trônait au centre de Mordor. Finalement, Eron pouvait largement faire office de Sauron, réfugié qu’il était dans la tour la plus haute, à considérer le monde de son œil avide. À la différence qu’il était bien réel, fait de chair et d’os, quand le personnage de Tolkien se résumait à un œil malveillant, bien que tout aussi dangereux pour les territoires qu’il convoitait.
Aussi, à défaut de pouvoir payer ses factures en vendant ses toiles, Reece avait trouvé un emploi dans une entreprise de peintres. Elle se targuait d’offrir les meilleurs services, aussi bien en peinture d’intérieur que d’extérieur et les employés étaient dépêchés dans tout Mount Oak pour satisfaire les demandes. Ce jour-là, Reece avait reçu la commande d’un certain monsieur âgé qui voulait repeindre sa devanture pour non seulement la rafraichir un peu mais surtout dans l’espoir d’attirer une clientèle plus jeune. Le café qu’il tenait ne payait en effet pas de mine et laissait clairement sous-entendre que seuls les habitués s’y rendaient encore. Reece avait alors eu le loisir de proposer quelques esquisses, des sortes d’armoiries pour égayer un peu les murs et attirer l’œil d’un public plus énergique. Le bonhomme avait fait son choix parmi la sélection et, dès neuf heures, Reece s’était mis au travail, repeignant d’abord les volets, la structure en bois et la porte. Cette simple première couche avait déjà eu l’art de faire revivre les lieux et le jeune homme entreprit ensuite d’esquisser le symbole qu’il avait inventé, perché sur une échelle, la salopette bariolée de taches de peintures et les manches retroussées jusqu’aux coudes. À défaut de pouvoir vivre de sa passion, il avait au moins le loisir de faire fonctionner sa créativité et n’aimait rien tant que ce genre de requête où son imagination était réquisitionnée. Car il n’y avait rien de plus rébarbatif pour l’artiste que de devoir peindre des murs interminables d’une même couleur. Mais, après tout, s’il voulait pouvoir continuer à se fournir en matériel pour s’atteler à sa passion, il était bien obligé de se soumettre à ces corvées. Et puis, pouvait-il se plaindre alors qu’il pouvait travailler en plein air et non prisonnier derrière un bureau, toute la journée ? En plus, il faisait beau, aujourd’hui, même si l’air avait sérieusement fraichi et qu’à la moindre brise, sa peau se hérissait. Reece n’était déjà pas du genre à se plaindre en temps normal mais il avait encore moins de raisons de le faire aujourd’hui, précisément. Et il était si concentré à la tâche, les yeux légèrement plissés, les sourcils froncés, les muscles tendus, qu’il ne remarqua pas la jeune femme qui approchait et s’apprêtait à l’aborder.
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