the only real battle in life is between hanging on and letting go


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Wyatt Ansley

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MessageSujet: the only real battle in life is between hanging on and letting go   Dim 10 Sep 2017 - 10:23

Lorsqu’on lui avait présenté l’uniforme, Wyatt n’avait pas pu réprimer une grimace. Le type l’avait remarqué, lui avait demandé si ça lui posait un problème et Wyatt, comme à son habitude, avait baissé les yeux et secoué imperceptiblement la tête. Cet homme se doutait-il seulement de ce que ça lui évoquait, ou s’imaginait-il qu’il était face à l’un de ces jeunes que tout travail rebute ? Avait-on mentionné le fait que le nouveau qui allait nettoyer les salles sortait de prison pour avoir attaqué une jeune femme et l’avoir violée ? Qu’importe qu’il soit innocent, en fin de compte, sa peine, il l’avait purgée et, par conséquent, cela vérifiait les accusations, non ? Un véritable innocent n’aurait pas accepté son sort si facilement, non ? Il se serait époumoné et épuisé à clamer qu’il n’y était pour rien, qu’il y avait erreur. Non ? Mais Wyatt l’avait répété. Sans cesse. Pour lui-même, pour se donner du courage. Il le soufflait dans le silence de sa solitude, alors qu’il nettoyait les toilettes ou était affecté à la plonge. Il murmurait qu’il n’avait rien fait, qu’il n’aurait jamais pu, qu’il était bien trop amoureux de Sarah pour lui faire le moindre mal. Une ou deux fois, il avait été surpris durant sa litanie désespérée et, une ou deux fois, il avait été passé à tabac. Après, il avait continué à faire ses prières mais dans sa tête, là où personne ne pouvait les surprendre. Là où on ne pourrait pas lui rire au nez et lui cracher à la figure qu’il n’était qu’un sale pervers, qu’avec sa gueule, fallait pas s’étonner que les nanas ne veuillent pas le toucher. Le type de la cellule 118, par contre, il avait repéré son visage d’ange et… Wyatt fermait alors les yeux, dans ces moments-là, comme si cela le rendait sourd également. Cet uniforme une pièce, d’un gris délavé et usé, c’était cela qu’il lui rappelait. Mais le bonhomme s’en doutait-il seulement ?
Wyatt avait enfilé l’uniforme. Ça n’avait pas été fait de gaieté de cœur mais il y était parvenu et, à présent, il se regardait dans le large miroir du vestiaire, chose qu’il n’avait jamais pu faire en prison. Il ne s’était jamais vu en entier, comme ça, et il contempla longuement ce spectacle qu’il offrait en se disant que ça n’était pas étonnant qu’il ait été pris pour cible. Plutôt grand et dégingandé, il avait l’air encore plus malingre dans cette étoffe rugueuse et trop large qui lui donnait l’air de flotter dedans. Une proie facile, un jouet désarticulé qu’on pouvait bousculer à volonté, qui ne se rebellait pas, qui ne resquillait pas. Qui encaissait. Wyatt n’avait pas tant l’impression d’encaisser que de subir son sort et cela persistait, même aujourd’hui, alors qu’il était sorti de prison. Combien de temps, encore, allait-il se laisser porter par ce courant trop fort ? Eternellement, il lui semblait, parce qu’il était déjà éreinté par la vie. Toutefois, ici, au moins, il n’y avait pas ces mecs qui faisaient trois fois sa carrure et qui le lorgnaient d’un air terrifiant. Il était seul et si, en un sens, cela ne changeait rien à sa solitude habituelle, cela avait quelque chose d’apaisant de savoir qu’il n’avait pas à regarder par-dessus son épaule, qu’il n’avait pas à craindre une attention désagréable – un regard louche, une main aventureuse, un corps trop présent, une odeur trop envahissante. Attrapant son matériel (un seau rempli d’une eau trouble et savonneuse et une serpillère), Wyatt sortit du vestiaire et poussa le seau à travers les couloirs avec l’impression d’être l’un de ces concierges qu’il croisait, adolescent, dans le labyrinthe de son lycée. Une chance qu’il n’avait pas été envoyé là-bas. Il ne savait pas s’il aurait supporté de traverser ce royaume où sa vie avait basculé, où il était devenu un paria, un sale obsédé, où il risquait de croiser des visages familiers. Ce bâtiment-ci était en réalité une petite école de danse aux vastes salles de parquet ciré, où la musique résonnait, plus ou moins lointaine, plus ou moins évocatrice. Et le jeune homme se demanda s’ils savaient vraiment qu’il sortait de prison ou si on avait soigneusement omis de le leur préciser. Autrement, aurait-on laissé un homme accusé de viol se promener au milieu de petites filles et jeunes filles, sans surveillance de surcroit ?
Il parvint devant la salle indiquée sur son emploi du temps et chercha la clé qui l’ouvrait parmi le large trousseau qui était attaché à sa ceinture et qui tintait à chacun de ses pas. Il mit une bonne minute à la trouver et se dit qu’il devrait rapidement apprendre à les distinguer, sous peine de ne pas faire le boulot assez vite et d’être renvoyé. Il ne pouvait pas imaginer revenir à la maison et avouer à sa mère qu’il avait été congédié. La porte s’ouvrit avec un léger grincement et il alluma les lumières pour découvrir un palais de miroirs et de barres. Il fut hypnotisé quelques secondes par les reflets des rayons qui traversaient les grandes fenêtres puis se ressaisit et entreprit de passer la serpillère sur le parquet en un geste mécanique.

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Elsie Dawson
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MessageSujet: Re: the only real battle in life is between hanging on and letting go   Mar 26 Sep 2017 - 14:39



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Elsie était impitoyable. Assise au bout d'une table artisanale qu'elle avait elle-même choisie sur un catalogue italien, elle regardait son bras droit de la comptabilité dans une présentation tout à fait ennuyante. Parfois, elle se demandait pourquoi elle prenait la peine de faire ce genre de choses : d'écouter des discours sans fond qui ne lui disait rien de ce qu'elle voulait entendre. Elle adorait son travail et le contrôle que cela lui procurait, mais elle était souvent épuisée par ses employés. Ou plutôt ses collègues, mais à ses yeux tout le monde travaillaient pour elle. L'Indienne avait grandi comme ça. Persuadée qu'elle pouvait faire plier le monde en deux, parce qu'elle le voulait. Son simple désir pouvait tout accomplir et jusqu'ici, elle n'avait jamais échoué. Elle se débrouillait parfaitement. En revanche, les choses étaient un peu plus compliquées depuis les disparitions. Autour d'elle, des visages avaient disparu, mais rien de véritablement inquiétant. Elle ne se sentait pas pour autant épargnée par cette horrible sensation qu'un jour, elle aussi, pourrait disparaître de sa belle petite vie. Par chance, les nouveautés n'annonçaient rien de tel et elle pouvait continuer de traumatiser les pauvres âmes encore présentes. Jetant un coup d'oeil à son vernis impeccable - du bronze ultra-brillant - elle hésita à mettre un terme à cette présentation Powerpoint loin de la satisfaire.

Écouter Frédérique, vous me fatiguez avec vos graphiques. Elle se lève et par automatisme, les autres aussi. Nous savons tous que nous sommes en pleine crise, inutile de nous faire ce rappel. Sauter ces trente pages sans intérêt et aller droit au but. Où est la solution ? Comment remplir ce trou budgétaire ? Elle marque une pause, se rapprochant de lui. Il vous reste quelque chose dans la tête ou elle a disparu aussi ? Un coup bas, elle le sait. Sa femme a disparu avec les autres, pourtant ça n'arrête pas Elsie qui se fiche pas mal des conséquences de ces mots. Face à son silence, elle n'a pas le choix. Vous avez jusqu'à demain. Ted, si vous pouviez aussi proposer quelque chose, ça m'arrangerait.

Sans adresser un regard de plus, elle sort de la pièce en attrapant son téléphone portable. L'objet métallique semblait avoir plus d'intérêt que n'importe qui dans cet immeuble. Une fois dans son bureau, elle en profite pour prendre un sac et repartir. Elle n'a pas de temps à perdre Elsie, ses journées sont rythmées avec une précision presque robotique. Aujourd'hui, d'ailleurs, elle doit se préparer à inaugurer une ancienne école de danse. Un endroit modeste, un peu ancien, mais actif depuis des années et après quelques mois de reconstruction, quelques mois de reprises de certains cours, l'école avait souhaité qu'Elsie participe à une soirée d'ouverture (un peu en retard, certes) puis à une après-midi danse avec les plus “doués”. L'Indienne aurait pu refuser, décliner poliment, mais en visitant les lieux elle s'était dit pourquoi pas. Qui sait, elle verrait peut-être un talent brut parmi toutes ces jeunes ? Avant cette journée un peu particulière (prévu pour la semaine suivante) Elsie avait décidé de se préparer et d'organiser un peu cette après-midi. Elle retira sa robe de couture et enfila son juste au corps avant de se diriger, un calepin en main, vers la salle indiquée.

Vous en avez pour longtemps ? Lança-t-elle à l'homme qui nettoyait le sol. Elle venait d'entrer dans la pièce, tel un éclair puissant, posant ses affaires sur un banc. Remarquant qu'une partie de l'espace était mouillée, elle grogna : Me dites pas que je vais devoir attendre ?!


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MessageSujet: Re: the only real battle in life is between hanging on and letting go   Lun 16 Oct 2017 - 20:35

Si la tâche était répétitive et ennuyeuse, elle avait au moins l’avantage de plonger Wyatt dans une sorte de transe morose qui le rendait sourd à la vie qui poursuivait son cours à proximité. Ici, des petits pas de souris, là, des rires étouffés et des bousculades enfantines. C’était bien plus apaisant que les sons caractéristiques de la prison dont le métal froid se répercutait encore sur ses os comme si un clin d’œil pouvait le ramener derrière les barreaux. Il percevait son reflet distordu sur le sol ciré et, la tête penchée, faisait aller sa serpillère de droite à gauche en observant cette forme pâle qui le suivait et le dévisageait. Il peinait à croire que ça soit lui. Pire, il peinait à croire qu’il soit enfin dehors. Lui qui n’avait jamais pensé s’habituer à l’ambiance carcérale n’arrivait désormais pas à se voir libre. En sécurité. Le mot pouvait faire sourire à quiconque n’avait pas expérimenté le danger perpétuel et le fait d’être constamment épié. Et puis, en sécurité, tout était relatif quand il savait qu’il ne faudrait pas grand-chose à certains pour sortir leur cape de superhéro et lui refaire le portrait. Le jeune homme n’émettrait pas la moindre plainte, pourtant. Ça aussi, il l’avait bien vite compris : pleurer et implorer ne faisaient qu’accentuer le sadisme de certains. Alors, à la place, Wyatt avait appris à opposer un silence indifférent, comme si plus rien ne l’effleurait, comme si on pouvait lui faire ce qu’on voulait, ça ne changerait rien. Il valait mieux subir, ça lassait bien plus vite. Évidemment, de ça, il n’avait pas parlé à ses parents, ni à ses frères, tout comme il évitait d’évoquer son incarcération en général. C’était un sujet délicat, douloureux. Presque plus pour les siens que pour lui, songeait-il parfois lorsqu’il décelait la lueur inquiète chez sa mère ou la tentative d’étreinte maladroite de Warren.
Un sujet qu’il avait tout le loisir de se remémorer lorsqu’il était seul (c’est-à-dire souvent) et surtout quand il n’avait rien pour se distraire (comme maintenant). Heureusement (et tout était relatif), cela ne dura pas longtemps. Plongé dans sa torpeur mécanique, Wyatt ne se rendit pas immédiatement compte de l’entrée en scène de l’Indienne en justaucorps. Ce ne fut que lorsque sa voix impérieuse s’éleva qu’il sursauta et leva un regard hébété, encore hypnotisé par le va-et-vient de la serpillère. Il cligna des paupières comme pour sortir d’un rêve ensorcelant et considéra l’inconnue d’un air inquiet. Les yeux clairs du garçon suivirent ceux de l’intruse et il vit ce qu’elle voyait : un parquet à peine lavé qui brillait impatiemment.
- Je suis désolé, je me dépêche de finir, balbutia-t-il en reprenant ses mouvements d’un geste plus frénétique et empressé, le regard sciemment détourné pour ne pas le poser sur le corps de la danseuse.
Ça aussi, il avait bien appris à le faire : regarder ailleurs, c’était utile pour ne pas trouver les ennuis, c’était vital depuis qu’il était sorti de prison. Après tout, regarder une fille de trop près lui avait coûté des années de liberté, il ne tenait pas à réitérer l’expérience. D’autant plus que son interlocutrice n’avait pas l’air commode et clairement pas décidée à se montrer patiente. Même si le job n’était pas ce qu’il y a de plus passionnant, c’était un job et Wyatt ne tenait pas à le perdre dès le premier jour sous prétexte qu’il était au mauvais endroit au mauvais moment.

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Elsie Dawson
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MessageSujet: Re: the only real battle in life is between hanging on and letting go   Jeu 23 Nov 2017 - 19:06



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Elsie était impatiente. Elle ne supportait pas d'attendre, elle ne supportait pas de regarder le temps passer. Le temps filer. C’était plus fort qu’elle. Chaque fois que les choses ralentissaient, Elsie faisait ce qu’elle pouvait pour ne pas devoir rester bloquée. Pour ne pas se retrouver à regarder le néant. Elle refusait le manque d’action, le manque d’avancement. Après tout, c’était ça. Elle se devait d’agir, de sentir qu’elle ne s’était pas arrêté face à un mur qui l’empêchait d’aller plus loin. Surtout plus haut. C’était ça le problème, ne pas aller plus haut, ne pas avoir plus de responsabilités, plus de pouvoir. Elsie vivait pour ça. Pour la puissance.

Trop rapidement, trop facilement même, elle perdait son temps pour rien. Un mot, quelqu’un en retard, un imprévu… Elle ne supporte pas ce sentiment. Cette sensation que, quoi qu’elle fasse, rien ne se passe comme souhaité.

Depuis toute petite, elle est incapable de rester inactive. S’asseoir, ce n’est pas pour elle. C’est comme si le repos n'existait pas à ses yeux. Dormir, c’est presque déjà trop difficile. Elle travaille son corps depuis toujours, elle le connaît par coeur. Par conséquent elle s’autorise des défis. Elsie se maîtrise, comme elle maitrise ses employés, son équipe. Comme elle maîtrise sa vie. Comme elle maîtrisait Paul, fut un temps. D’ailleurs, elle n’aborde jamais le sujet. Elle ne s’ouvre pas sur sa mort, sur sa peine. Ce n’est pas elle, ce n’est pas qui elle est. L’Indienne a encaissé la situation avec une étrange facilité. Elle en joue même parfois pour faire, comme si ce jeu entre eux ne s’était jamais arrêté. Sa liste de conquête continuait de s'agrandir sans qu’elle n’y impose la moindre limite. Sa situation actuelle était pour le moins déconcertante, pourtant Elsie s’en fichait. Que les gens parlent, ça lui plaisait. Ils n’ont qu’à imaginer le coeur de pierre qui trône dans sa poitrine, lui il savait qu’il y avait bien de la chaire une fois la paroi brisée.

Debout devant l’homme à tout faire (un peu jeune à son goût), elle se demanda pourquoi il prenait tant de temps à trouver une réponse à sa question si simple. Peut-être avait-elle prononcé ces mots dans une différente langue ? À en juger par les yeux de l’enfant, elle se dit qu’il rêvassait d’un autre monde, d’une autre vie. Tout le monde le ferait à sa place, cela n’était en rien stupide. Par contre, cela n'empêcha pas Elsie de le trouver… pathétique. Incompétent, aussi. Rapidement, il se remet à sa tâche.

Aller, hop. On se dépêche. Elle tape dans les mains comme si elle rythmait une session de danse. Lui, ce n’était clairement pas un danseur. Elle pouvait le lire à travers les courbes de son corps. Sa posture lui indiquait tout ce qu’elle avait à savoir. J’ai un cours à préparer, moi. Souffle-t-elle, posant son carnet sur l’un des bancs qui se trouvaient là.

Évidemment, je présume que vous ne connaissez rien à l’art de la danse, que tout ce qui vous intéresse c'est ce sol bien propre. N’est-ce pas ? Quitte à devoir patienter, tout était bon à prendre. Même une conversation avec le bas peuple, bien qu’elle risquait de tout faire pour le virer si jamais ce sol n’était pas prêt à temps. Vous l'avez eu comment, ce boulot ? Je doute que c'est votre rapidité d’exécution qui a convaincu qui que ce soit.


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MessageSujet: Re: the only real battle in life is between hanging on and letting go   Mer 27 Déc 2017 - 17:44

Le pire était bien qu’il ne se sentait même plus humilié par cette tendance qu’il avait à baisser la tête, peu importe la carrure de son interlocuteur. Il était celui qui courbait l’échine, s’aplatissait et s’il avait été un chien, peut-être qu’il se serait même roulé sur le dos pour offrir son ventre sans défense, pour bien signifier qu’il ne représentait aucun danger. Aucun. Mais qui pouvait désormais croire cela quand il avait été incarcéré pour avoir agressé une fille ? Même en présentant un regard qui luisait d’innocence, jamais il ne serait perçu pour ce qu’il était. On verrait toujours en lui un prédateur, un manipulateur qui usait de ses yeux tristes pour amadouer et mieux déchirer la gorge de son adversaire. Ou le corps d’une jeune femme sans défense, en l’occurrence, dans son cas.
Alors les femmes, Wyatt ne pouvait même plus les regarder. Elles étaient un fruit défendu, un trésor dont il devait invariablement ignorer les contours, juste pour préserver son état mental, lui qui n’avait touché qu’à une fille de sa vie. Il s’était juré, à sa sortie, qu’il ne poserait plus jamais la main sur une femme, puisque sa seule expérience avait viré au cauchemar. Il préférait l’abstinence, la solitude, la torture physique plutôt que de poser quoi que ce soit – les yeux ou les doigts – sur une jeune femme. Ce qui s’avérait assez complexe lorsque la moitié de la population était dès lors à fuir comme la peste.
Mais ici, il ne pouvait pas fuir. Il était piégé dans cette salle : il ne pouvait pas quitter la pièce ou elle irait déclarer qu’il ne faisait pas son job correctement ; il ne pouvait pas la regarder ou lui répondre parce qu’il était évident qu’elle avait l’autorité. Et il allait passer pour un demeuré, en plus, il en était certain, à s’agiter comme un pantin désarticulé pour vider les lieux et satisfaire les exigences de son interlocutrice.
Wyatt sursauta à la nouvelle injonction et sentit son cœur avoir quelques ratés. C’était stupide, pourtant. Il ne s’agissait que d’une femme pressée, aucun danger ne le cernait. Au pire, il récolterait une remarque désobligeante. Au pire, elle irait se plaindre auprès de son supérieur et le ferait virer. Ça n’était pas la mort et, en même temps, c’était ce qui tétanisait le plus le jeune homme à cet instant. Il ferma les yeux au claquement des paumes, réprima une envie folle de lâcher son balai et d’abandonner la salle, quitte à ce qu’elle se fiche de lui ou soit encore plus en colère. Elle ne saisissait pas la violence du geste, ce qu’il inspirait à Wyatt, l’état de bête apeurée dans lequel cela le mettait. D’ailleurs, ses mains se mirent à trembler et ses gestes frénétiques se firent plus maladroits tandis qu’il continuait à se presser.
- Je fais au plus vite, je suis désolé, dit-il d’un air si essoufflé et angoissé par le rythme imposé par la jeune femme qu’il ne fut pas certain d’être parvenu à lâcher la moindre syllabe.
D’instinct, il se maintenait à une distance respectable, lui tournant résolument le dos. Il avait beau ne jeter aucun regard dans sa direction, il la repérait aux sons impérieux qu’elle faisait et s’efforçait de rester loin d’elle, comme s’il craignait qu’elle le mange tout cru si sa tactique faiblissait. Mais lorsqu’elle lui posa une question plutôt que de lui donner des ordres, il se figea quelques secondes, un voile de panique gagnant ses traits blêmes.
- Qu—quoi ? lâcha-t-il en lui jetant un bref coup d’œil avant de se rappeler sa règle d’or. Je ne suis là que pour nettoyer, je fais au plus vite. Il n’était pas indiqué sur l’horaire que la salle devait être occupée.
Il regretta son ton d’excuse qui pouvait passer pour un reproche, comme si c’était elle qui était en tort (ou la personne qui n’avait pas correctement rempli la fiche à propos des cours donnés et de leur localisation).
- Je vous en supp—je vous en prie, n’allez pas vous plaindre auprès du chef. C’est mon premier jour, je ne connais pas encore bien les lieux.
Était-ce une explication valable ? Est-ce qu’une excuse satisferait seulement cette femme autoritaire ou était-il voué à n’être qu’un moins que rien à ses yeux pour l’éternité ?

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MessageSujet: Re: the only real battle in life is between hanging on and letting go   Sam 20 Jan 2018 - 11:56



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Quelque part, il y a des chances que ce côté anxieux, elle le doit à son père. Toujours à l'affût des détails les plus petits qui pourraient nuire ses objectifs. Elle observait tout de son regard tranchant, persuadé qu’un rien pourrait briser son univers. Aujourd’hui, ce rien, c’était lui. Le jeune garçon qui passait la serpillière. Qui avait un job à faire et qui, à ses yeux, le faisait mal. Elle serait bien capable de venir lui prendre son outil pour lui expliquer comment faire les choses bien et rapidement. Elle voyait en Wyatt un ralentissement. Un obstacle. Cela lui arrangerait bien de le faire virer, de l’exclure de son monde simplement parce qu’il n’est pas à la hauteur. Simplement parce qu’il vient d’ailleurs. D’un espace plus pauvre, plus petit, moins glamour et propre. Elle juge Elsie. Dès le premier regard. Elle impose des étiquettes sur les visages de ce monde sans se soucier de ses erreurs.

Cet enfant, elle voudrait bien lui expliquer la vie. Lui expliquait comment fonctionne ce monde et pourquoi il n’était pas à sa place ici. Elle se demande si ce job, ce n’est pas un petit boulot à mi-temps, en dehors de l’école peut-être. Allez savoir, elle n’était pas le genre à imaginer une vie à des inconnus. Elle était beaucoup trop concentrée sur sa propre existence pour perdre son temps à visualiser celle des autres. À essayer de les comprendre. C’était contre-productif, à ses yeux. Surtout, lorsqu’elle devait passer l’après-midi à préparer un cours de danse pour des potentiels enfants… Pourquoi avait-elle dit oui déjà ? Elle-même ne s’en souvient plus vraiment. Peut-être qu’au fond, ça lui manque. Elle a atteint les sommets et à tourner le dos à cet univers comme si c’était simple. L’était-ce vraiment ? Pas du tout. Et devoir atteindre un sol parfait pour se remettre dans ses chaussons et refaire quelques pas, voilà qui l’embêtait. Elle préférait s’y mettre tout de suite, réfléchir aux différents enchaînements qu’elle pourrait montrer aux demoiselles. Elle préférait vérifier qu’elle était toujours capable d’être supérieure à tous ceux qui mettraient les pieds dans cette pauvre école oubliée.

Alors qu’elle lui balançait des trucs à la figure, des mots sans aucun mal apparent, elle ne pouvait se retenir face à ce qu’elle observait. Ce jeune homme était en train de s’effondrer sur la pression qu’elle posait sur ses épaules. Et Elsie adorait ça. Il avait peur. Peur d’elle ? Sans doute un peu.

Oh, ce n'était pas indiqué ? Alors vous avez décidé de prendre votre temps. Comme c'est pratique pour une excuse. À mesure qu'elle parlait, elle évalué le sol, observant une partie encore humide et sur le point de sécher. Elle se rapprochait de lui, sans pour autant risquer de toucher le voile humide qui les séparait.

Évidemment que c'est votre premier jour ! J'aurais dû m'en douter ! Son ton sarcastique ne faisait qu'ajouter à son exigence. J'en ai rien à foutre que ça soit votre premier jour, petit. Elle tape de nouveau des mains, comme pour indiquer qu'il devait accélérer. Pourtant, elle le voyait bien en train de faire son maximum. Elle observa son reflet dans le miroir qui ornementait l'un des murs dans sa totalité.

D'ailleurs, vous êtes conscient que si ce sol n'est pas parfait et que l'une des danseuses glisse et se brise quelque chose, la faute vous reviendra ? Vous n'avez pas envie que quelque chose de ce genre arrive, n'est-ce pas ? Surtout pour votre premier jour... Elle glissa son regard vers son reflet à lui en espérant attraper son regard.



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MessageSujet: Re: the only real battle in life is between hanging on and letting go   Lun 5 Fév 2018 - 14:14

Il savait comment réagiraient ses frères s’il le voyait là, occupé à s’aplatir comme une crêpe, à ne pas savoir quel ton employer, quelle attitude adopter pour que cette femme cesse de le houspiller et d’augmenter son angoisse. Ils auraient un élan de frustration semblable qu’ils essaieraient de dissimuler sous un voile d’encouragement, pour l’inciter à ne pas courber l’échine comme ça, pour qu’il tienne un peu tête à cette dame, pour qu’il impose un certain respect. Parce que n’y avait-il pas une forme de tyrannie dans la façon dont elle s’adressait à lui ? Etre impatiente excusait-il son comportement ? N’aurait-elle pas pu aller faire un tour en attendant qu’il termine ? Pensait-elle vraiment qu’en le traitant de la sorte, il allait travailler plus vite et mieux ? Peut-être. Peut-être qu’elle avait l’habitude d’exiger autant des gens qui travaillaient pour elle mais, jusqu’à preuve du contraire, Wyatt n’était pas son employé. Il travaillait pour la petite école de danse et, dès lors, était-il supposé subir ce genre de remontrances ? Il n’avait cependant aucune idée de l’importance qu’avait la jeune femme dans le petit établissement. Était-elle une simple prof de danse qui aimait jouer les bosses et humilier son entourage ? Ou avait-elle une quelconque influence sur la façon dont tournait l’école ? Il n’en avait aucune idée et ne voyait de toute façon pas ce qu’il aurait pu faire. Jamais il n’aurait l’audace de lui répondre sur le même ton ou sur n’importe quel ton, d’ailleurs, persuadé que rien de ce qu’il pourrait faire n’apaiserait l’humeur tyrannique de la jeune femme.  
S’il avait su qu’elle se figurait qu’il était pratiquement un adolescent et non un jeune homme de vingt-neuf ans, qu’aurait-il dit ? Associait-elle son malaise et sa maladresse à ceux qui pourraient étreindre un jeune garçon impressionnable ? Et si elle avait su qu’il venait de passer près de dix ans derrière les barreaux, que tout ce qu’il avait connu depuis la fin de sa jeunesse, c’était l’ambiance carcérale, l’aurait-elle regardé d’un autre œil ? Aurait-elle été plus attentive à ce qu’elle disait ? Mais Wyatt n’allait certainement pas lui balancer qu’il venait d’être libéré, qu’il était un criminel que l’on surveillait encore avec vigilance, un jeune homme qui tentait comme il pouvait de se réinsérer dans la société après en avoir été banni pour faire de lui un paria. Et peut-être même qu’elle l’aurait traité de façon encore plus atroce si elle avait su ce qu’on lui reprochait, questionnant l’idée qu’on ait pu juger judicieux d’embaucher un garçon accusé d’agression et de viol sur une adolescente dans une école où les petites filles couraient en tutu. Le drame étant que jamais Wyatt ne les aurait regardées de façon inappropriée, encore moins pu leur faire du mal.
La remarque assassine et cynique de la danseuse laissa Wyatt pantois et il se figea, pétrifié par son manque de répondant, pas son incapacité à faire face à une jeune femme impatiente alors qu’il avait survécu à pire quand il côtoyait des hommes accusés de meurtres et de vols à mains armées qui avaient mal tournés. Pathétique, voilà ce qu’il était. Et le nouveau sursaut qu’elle provoqua en claquant impitoyablement des mains lui donna la nausée. Tétanisé, il leva les yeux et croisa le regard de sa tortionnaire dans le miroir. Tortionnaire qui semblait prendre un malin plaisir à l’amoindrir et ce fut plus qu’il ne pouvait en supporter.
- Je reviendrai plus tard, déclara-t-il d’une voix étranglée. Quand la salle sera complètement libre.
Il n’adressa pas l’hypothèse qu’une gamine puisse se casser quoi que ce soit. La seule qui aurait pu se blesser, à cet instant précis, c’était la danseuse, ce que Wyatt aurait pu intérieurement souhaiter s’il avait eu ne serait-ce qu’une once de méchanceté en lui. Au lieu de quoi il fourra sa serpillère dans le saut à roulette, saisit le manche de celui-ci et abandonna les lieux en songeant que s’il devait être viré dès son premier jour, ce ne serait jamais pire que le mal-être que la jeune femme lui faisait ressentir.

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MessageSujet: Re: the only real battle in life is between hanging on and letting go   Lun 5 Mar 2018 - 15:40



The only real battle in life
is between hanging on and letting go

Des garçons comme lui, elle en voyait tous les jours. Comme si ce monde était peuplé de petit faible dans son genre. D’âmes fragiles qui n’osent regarder le soleil dans les yeux. Elle pourrait bien manger ce genre de personnage tous les matins, au petit déjeuner. De quoi lui donner de l’énergie qu’elle dépenserait sans compter. Quelque part, ce genre d’enfant, ça la fascine. Elle se demande ce qui peut bien manquer dans leurs vies pour que leurs dos soient si courbés. Elle se demande ce dont ils auraient besoin pour réaliser qu’ils sont en droit d’ouvrir la bouche et de lui dire qu’elle exagère. Elsie connaît les limites, elle s’en amuse. Tout comme elle aime deviner les limites des autres. C’est, excitant, dans un sens. S’attaquer aux autres, à leurs mentales fébriles, à leurs regards effacés. Paul comprenait bien ça, lui aussi. Il adorait jouer avec le feu, il adorait utiliser sa langue bien pendue. C’était une chose qu’ils avaient partagée et chérie et peut-être bien qu’à chaque fois qu’elle se jette sur quelqu’un, elle pense à lui en particulier. À toutes ses heures à se foutre du monde pour mieux le dévorer le lendemain. Paul aurait adoré ce moment inattendu – un peu énervant pour Elsie qui avait quand même des choses à faire – mais néanmoins amusant. Wyatt était une victime idéale. Le genre de petit stagiaire qu’elle traumatise. Elle ne put s’empêcher à cet acteur qu’elle avait aidé une fois. Un délice.

Il en est hors de question. Sa voix était puissante, résonnant dans la pièce. Il avait commencé le travail, il devait le finir. Elle qui voulait une salle propre et libre rapidement, se retrouvait à préférer son passe-temps habituel. Ce jeune garçon allait devoir prendre sur lui, jusqu’à ce que son job soit accompli. Il était payé pour ça, d’ailleurs. Pour nettoyer, cirer, retirer la poussière qui se déposait si facilement. C’était trop facile de partir. Trop lâche de s’en aller, sans répondre, sans rien dire.

Ils ne vous ont rien appris à l’école de nettoyage ? Terminer ce que vous avez commencé. Elle croise les bras. Une partie du sol avait séché et elle avait largement de l’espace pour pratiquer une routine qu’elle enseignerait plus tard à des filles aux yeux émerveillés. Elle avait quelques idées, mais pour l’instant, il était sa cible. Le pauvre gamin qui frotte le sol pour quelques centimes de plus. Sans doute pour de l’argent de poche, alors il ne se fatigue pas trop. Il prend son temps. Est-ce que c’est le fils de l’une des propriétaires ? C’est bien triste. Elle retourne vers son carnet, observe quelques écrits vagues qu’elle a déposés durant le trajet, puis se rapproche de miroir.

Décidément. J’ai l’impression que c’est la première fois de votre vie que vous travaillez. Mon garçon, si j’ai un conseil à vous donner c’est de ne jamais quitter votre lieu de travail avant d’avoir achevé votre tâche et ce, quelle que soit la situation. Elle vérifie que son chignon tient bien, avec ses longs cheveux, c’est souvent difficile à mettre en place. Et redressez-moi ce dos, rien qu’à vous voir ça me donnent des douleurs. Personne ne vous prendra jamais aux sérieux si vous restez ainsi. Cela la démangeait presque. Presque. Elsie était bien capable de foncer sur lui pour lui apprendre à se te tenir droit. Autant éviter, à ses yeux, ce jeune l’était peut-être un peu trop – et quand la différence d’âge est trop grande, cela la dérange un peu trop. Mais l’Indienne était loin d’être le genre de femme à se préoccuper des autres. En réalité, c’est bien le dernier de ses soucis. Elle, sa propre personne, passe en premier. Avant les gamins de l’univers, avant les pauvres des autres continents. Rien à foutre. Elle se battait pour son bonheur, pour son plaisir, pour sa vie.


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