there are songs that still feel like your teeth on my neck


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Jax Beauchamp

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MessageSujet: there are songs that still feel like your teeth on my neck   Jeu 17 Aoû 2017 - 20:36

BRAN + JAX
You're the fire and the flood
And I'll always feel you in my blood

Sans grande surprise, il ne fallut pas plus de deux minutes et demie à Jax pour sentir la présence de l’énergumène. Il ne l’avait pourtant pas vu en entrant, à moins que Bran ne se soit immiscé dans la salle enfumée après lui. Mais à peine avait-il jeté un coup d’œil en direction du brouhaha qui émanait d’une table assez reculée qu’il repéra la silhouette familière. Loin de plaire au Louisianais, l’idée d’avoir son ancien complice dans le même périmètre agaça le garde du corps. Pire, il fut tenté de faire demi-tour alors que c’était son seul soir de libre, le seul où il puisse se détendre un peu et, accessoirement, espérer trouver quelqu’un qui soit prêt à lui offrir le bon temps auquel il aspirait depuis trop longtemps – et qui, étrangement, équivalait à peu près à la fois où il avait croisé Brandon Rose dans les bureaux désertés de l’une de tours de Pairidaeza. Lui qui avait secrètement rêvé à ces retrouvailles depuis plus de trois ans regrettait à présent le retour de l’impudent. Depuis que ce dernier était reparu, en effet, Jax Beauchamp avait l’impression d’être encore plus irrité qu’en temps normal – ce qui n’était déjà pas banal – mais, en plus, de danser sur des charbons ardents. Le traitre occupait son esprit bien trop souvent et bien trop longtemps et Jax avait précisément compté sur cette sortie tardive pour chasser l’intrus de ses pensées. Un échec total. Les traits de Jax se durcirent lorsqu’il évalua la situation et il se détourna en maugréant, louvoyant entre les tables pour rejoindre le comptoir auquel il s’accouda, la mine sombre, la mâchoire serrée. Il fit un signe au barman et il n’y eut même pas besoin d’avoir un échange entre eux, Jax était devenu un habitué et les employés savaient comment il fonctionnait : moins on lui parlait, mieux il se portait. Le dos volontairement tourné à la salle, Jax fixa le fond de son verre en faisant tournoyer le liquide ambré comme s’il était hypnotisé par les reflets qui s’y dessinaient. Pourtant, tous ses autres sens étaient dirigés vers le seul point auquel il ne voulait pas songer. Le bar était un repaire à filous, Jax aurait dû se douter qu’il y croiserait son ex-amant, à un moment ou un autre. Alors était-il si surpris de l’y trouver ou avait-il secrètement compté dessus ? Était-ce la raison de son impatience à franchir les portes en bois de cette cave enfumée et trop bruyante ? Comme à son habitude, Jax refoula toute analyse de son comportement et vida son verre d’un trait avant de faire un nouveau signe à celui qui tenait son avenir immédiat entre les mains. Le Louisianais observa le liquide qui s’échappait du goulot pour s’enrouler comme un serpent dans le petit verre et il hocha la tête en guise de reconnaissance. Pas un mot, pour ne pas changer.
Dans son dos, le tohu-bohu persistait mais c’était comme si son ouïe décortiquait la multitude de sons pour chercher le timbre familier de Bran. Et il était si absorbé par la tâche qu’il ne remarqua pas immédiatement le jeune homme qui vint s’installer près de lui, un peu trop proche pour que cela soit innocent, son bras se pressant légèrement contre celui de Jax. Le garde du corps mal luné jeta un coup d’œil à son voisin et reconnut un garçon qu’il avait embarqué quelques semaines plus tôt – quelques jours à peine avant la réapparition du fantôme d’un amour écorché, d’ailleurs, songea le Louisianais en retournant à son verre. L’autre ne lui adressa pas la parole mais Jax savait très bien ce qu’il attendait : un signe, même le battement de cils le plus furtif, pour signifier qu’ils repartaient à deux pour s’enfoncer dans la nuit noire, où l’anonymat de leur étreinte ne les empêcherait pas de savourer le corps à corps. Et, bon sang, comme Jax aurait souhaité que cela soit si simple. Il aurait voulu vider son verre et sortir sans un regard de plus pour son acolyte d’un soir, faire mine de rentrer chez lui quand il s’éloignait juste de l’entrée du bar et trouvait un coin isolé. Il aurait voulu que ce grand échalas aux boucles auburn le rejoigne et n’y aille pas par quatre chemins. C’était ça que Jax espérait de ces rencontres clandestines : des actes, une conversation dénuée de paroles où seules leurs mains agissaient, jamais les bouches. Jamais celle de Jax, en tout cas, qui ne refusait pas l’offrande de lèvres gourmandes mais excluait de rendre la pareille. Par chance, il avait toujours trouvé des partenaires sur la même longueur d’onde, qui ne cherchaient rien d’autre qu’une main habile et de quoi les envoyer dans un autre monde. Jax aurait même été prêt à trahir sa règle principale qui consistait à ne jamais réitérer l’exploit avec le même homme et qui l’aurait conduit, en d’autres circonstances, à envoyer balader le freluquet ce soir. La présence de Bran dans les parages le poussait presque à souhaiter retrouver le corps de cet inconnu qui tremblait légèrement sous lui, qui haletait comme un petit chien et serrait ses hanches comme s’il craignait de tomber. Mais il se sentait incapable de faire le chemin inverse, de quitter le bar, pas alors que l’imprudent était là, à faire dieu sait quoi – une connerie, assurément. Alors Jax secoua la tête d’un air revêche, pour bien faire saisir à l’autre qu’il était inutile d’espérer quoi que ce soit de lui ce soir. Le garçon ne chercha même pas à cacher son sourire déçu tandis qu’il soupirait :
- C’était pas bien, l’autre fois, c’est ça ?
Jax le maudit de ne pas lâcher l’affaire pour aller se chercher un autre prédateur. Il y avait sûrement, quelque part dans l’assistance, quelqu’un qui le mettrait à genoux et le ferait jouir en un tournemain (quelque chose lui disait en effet qu’il n’aurait pas besoin de grand-chose pour exploser). Jax non plus, d’ailleurs, mais ça ne serait pas le même genre d’explosion et ça ne serait pas pour les mêmes raisons.
- Je suis pas d’humeur, va voir ailleurs, répliqua Jax, ce qui était plus de mots qu’il ne voulait concéder au départ.
L’autre acquiesça sans grande conviction.
- Une autre fois, peut-être, alors ?
Jax ne prit pas la peine de réagir et l’inconnu s’éclipsa sans un mot, se fondant dans la masse et laissant au Louisianais tout le loisir de revenir à sa besogne initiale.
Entre-temps, le ton semblait avoir monté à la table de Bran et Jax jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Deux types s’étaient redressés, un autre restait assis et, là au milieu, cette saleté de Brandon Rose qui souriait de toutes ses dents, de cet air effronté qui faisait autant chavirer le cœur de Jax qu’il lui donnait envie de lui faire passer ce sourire épineux. Que foutait-il cette fois-ci, ce demi-dieu particulièrement doué pour se fourrer dans des emmerdes jusqu’au cou ? Mais il était passé, le temps où Jax se souciait du sort de son coéquipier. Qu’il aille au diable. Si on lui faisait la tête au carré, ça ne serait qu’une bonne leçon supplémentaire qu’il ne retiendrait assurément pas. Cette promesse que se fit Jax, elle ramena cependant une image douloureuse : celle du corps de l’impudent, le sang qui maculait ses vêtements, la plaie qu’il avait fallu désinfecter et la peau écartelée qu’il avait voulu refermer d’un baiser illusoire à l’époque. L’image de la chambre miteuse lui sauta au visage et Jax la refoula du mieux qu’il put. Ça n’était pas le moment de flancher, il avait bien vu, l’autre soir, que Bran se fichait toujours autant de sa propre sécurité. Il était même étonnant qu’il soit encore vivant, à l’heure qu’il était. Avait-il trouvé un autre imbécile pour veiller sur sa tronche angélique ou était-ce un heureux hasard qu’il ne soit pas enterré six pieds sous terre ?
Le Louisianais n’eut cependant pas le loisir de pousser la réflexion plus loin : un raclement de chaises fit tourner la plupart des têtes, dont la sienne et il assista à la scène sans broncher, comme s’il était enchainé à ce comptoir alors qu’un poing s’abattait une fois, puis deux, sur le visage du fauteur de trouble. C’était bien fait pour sa gueule d’ange, s’efforça-t-il de se dire, même s’il sentait la vague qui arrivait à vive allure dans sa direction. Il eut encore la force de voir un coup partir puis il fut sur eux avant même d’avoir réalisé ce qu’il se passait. Tel la foudre qui s’abat au milieu d’un champ, Jax fondit sur le groupe, attrapa celui qui frappait toujours par les épaules et l’envoya valser contre un mur aussi aisément que s’il avait été question d’un oreiller lors d’une bataille de polochon. Une main lui agrippa le bras et il ne prit même pas la peine de se tourner, assénant un coup de coude bien senti sur le nez de l’assaillant. Une lueur dangereuse brillait dans les yeux du garde du corps lorsqu’il posa le regard sur le dernier de la troupe mais ce dernier, bien plus malin que les autres, se contenta de lever les mains pour annoncer son forfait. Le type qui avait accusé son coup de coude était vautré par terre et se tenait le visage, du sang glissant en rigole entre ses doigts. Le troisième peinait à se relever, probablement sonné par le vol plané, mais s’ils se remettaient à trois sur eux, Jax n’était pas certain de pouvoir leur faire regretter d’être nés. Aussi se tourna-t-il vers Bran et d’un ton qui n’admettait aucune réplique, il gronda :
- Lève-toi, crétin. La fête est finie.
Et comme pour dissuader le jeune homme de lui désobéir, Jax l’attrapa par le col de sa veste et le poussa dehors comme un père le ferait avec son sale garnement de fils. À la différence que le tissu sous ses doigts lui rappelait surtout le nombre de chemises qu’il avait ruinées, au grand dam de son acolyte. Ce soir ne dérogerait certainement pas à la règle.

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“ Oh but you tell yourself a different lullaby at night, because our real story wouldn’t let you sleep right. ”

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Brandon Rose

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MessageSujet: Re: there are songs that still feel like your teeth on my neck   Sam 19 Aoû 2017 - 23:29

Bran avait toujours été trop doué pour les ennuis et trop attiré par eux pour vivre vieux. Et c'était tant mieux. Il aurait détesté voir sa belle gueule prendre une ride. Il racontait à qui voulait l'entendre (c'est-à-dire le premier venu) qu'au premier cheveu blanc qu'il découvrait, il envisageait le suicide assisté. Dans cette perspective, il vivait au jour le jour. Pas d'épargne, pas de plan-retraite, pas de petite maison sur le bord de mer. Il claquait du fric qu'il n'avait pas, était constamment sur la brèche, équilibriste présomptueux trop doué pour avoir le bon goût de s'écraser. Il semblait vivre pour prendre un malin plaisir à provoquer le destin. A chaque fois, il trouvait la faille et s'échappait d'une pirouette agile. Il ne voyait vraiment pas pourquoi ce soir échapperait à la règle. Et ce quand bien même les trois sbires albanais qu'il venait de plumer au poker avaient énoncé, en des termes aux mélodies exotiques, qu'il ne sortirait pas vivant de cet établissement distingué. Tout sourire, l'oeil malicieux, Bran faisait jouer entre ses mains l'objet du crime, une carte qu'il avait peut-être, ou peut-être pas, sorti de sa manche au moment le plus critique de la partie. Un as de coeur écorné, qui appartenait à son jeu personnel. L'ironie de la chose ne lui échappait pas, d'autant plus qu'il savait parfaitement qu'il ne se serait jamais fait prendre si son attention n'avait pas été distraite par la présence de Jax Beauchamp, à quelques mètres de là. L'as de coeur. Le sourire de Bran s'agrandit, creusant des fossettes qui n'avaient pas l'air de gagner les coeurs des crétins qu'il avait tenté de duper. La probabilité qu'il ne croise Jax Beauchamp dans ce troquet sordide n'avait été qu'une question de temps, et comme s'il avait pu lire dans les pensées de son ex-acolyte, il savait que la pensée avait traversé l'esprit de l'ancien malfrat. Etait-ce pour cette raison que Jax l'avait royalement ignoré, lui offrant une vue imprenable sur son dos tourné ? Bran s'était mordu la lèvre et avalé d'un trait son fond de whisky. Le dos tourné, c'était la grande spécialité de Jax Beauchamp. Généralement, il ajoutait un twist spécial, du genre abandon dans une chambre miteuse après avoir rejeté toute chance de bonheur. Un cocktail explosif. Bran ne l'avait bu qu'une fois et il n'avait pas encore dessoûlé, comme le prouvait le bourdonnement qui vrillait ses tempes.
A moins que ce ne soit le poing qu'il venait de se prendre en plein visage ? Il avait bien vu et entendu les deux Albanais se lever et lui signifier qu'ils allaient le mettre en pièces, mais ils n'étaient apparus que comme des silhouettes floues derrière laquelle se découpait, de façon très nette, Jax visiblement en bonne compagnie. A partir de là, l'esprit de Bran n'avait plus enregistré ce que les trois assassins lui disaient. Peut-être aurait-il dû, car il ne tarda pas à recevoir une seconde salve qui fit craquer sa mâchoire et brouilla sa vue d'un blanc lumineux. A côté de lui, le troisième malfaiteur lui saisit le poignet et il entendit, très distinctement, le cliquetis cristallin d'un couteau-papillon qui s'apprêtait à lui détacher méthodiquement chaque doigt. Contrarié par cette fâcheuse situation, Bran rouvrit les yeux et glissa sa main vers l'intérieur de son blouson, là où se trouvait son revolver, juste à temps pour découvrir qu'il ne se battrait pas seul. La silhouette massive de Jax lui apparut dans toute sa létalité, et il suivit avec grand intérêt le combat sans espoir mené par les trois imbéciles. Il devait le concéder à Jax : malgré la vie rangée qu'il avait décidé de mener, il avait de bons restes de leur existence de l'ombre. Bran, lui, n'avait absolument rien appris, comme le prouvait sa joue en feu et sa lèvre éraflée. Quelque part, une voix narquoise lui souffla qu'il l'avait fait exprès, qu'il avait frôlé la mort juste pour voir si Jax Beauchamp volerait à sa rescousse. Pourquoi, autrement, n'avait-il pas été capable de détacher son attention de son ex-amant, celui qu'il s'appliquait si bien à mépriser ? Pourquoi ce nœud vicieux dans les entrailles quand il avait vu le grand type bouclé s'approcher, pourquoi ce plaisir vicieux quand il avait vu Jax l'éconduire ? Autant d'indices menant à l'évidence, mais que Bran se plaisait à ignorer sereinement. A côté de lui, l'Albanais lui lâcha la main et il lui adressa un sourire éclatant, aussi large que le permettait la douleur lancinante qui enflammait sa mâchoire. Mais c'était sans compter Jax et sa poigne de fer qui le souleva quasiment au-dessus du sol. Leurs regards se croisèrent comme deux épées finement aiguisées, mais Bran y lut une détermination qui pouvait rapidement dégénérer et il se contenta d'endosser le rôle du petit emmerdeur, puisque Jax avait décidé qu'il ne pourrait jamais être autre chose que le gamin qu'il avait connu. « Quoi, déjà ? » protesta-t-il, faussement déçu, l'ironie suppurant par chacun de ses mots. Fini de jouer. Résister aurait été inutile ; mieux que quiconque, il connaissait la force de Jax et il savait parfaitement que le garde du corps n'aurait pas hésiter à le traîner par terre sur vingt mètres de verre pilé si c'était ce qu'il avait fallu pour le faire bouger. Pour s'éviter un sort aussi funeste, Bran consentit à se mettre sur ses deux jambes (plutôt flageolantes) mais ça ne signifiait pas qu'il agréait avec ce qui se passait et il se fit une note mentale : c'était là, sans doute, 237ème chemise de marque que Jax fripait sans aucun respect. Sans pouvoir résister, il trébucha plusieurs fois, mais une fois qu'il sentit l'air frais de la nuit lui picoter les joues, il se débattit comme une anguille et finit par échapper à la poigne de son amant. Il s'écarta de quelques pas, juste assez pour avoir une vue d'ensemble du bar au cas où il prenait aux trois Albanais des envies d'un second round et surtout, surtout, pour voir la silhouette de Jax Beauchamp se découper sous la lumière blafarde des lampadaires. La lueur crue rappela à Bran celle qui pénétrait dans la petite chambre qui avait scellé leur destin, et il réalisa qu'elle se trouvait non loin de là, à quelques rues. Jax en avait-il conscience ou avait-il effacé de sa mémoire tout souvenir de ce qui s'était passé ? C'était, après tout, l'une des ses autres spécialités, la mémoire sélective. Un grand professionnel, à n'en pas douter. Bran le jaugea quelques secondes, puis tira un paquet de cigarettes de son blouson et s'alluma une clope. « Pour une fois que ce n'est pas moi qui me donne en spectacle... » Il tira une taffe, contempla son ex-amant qui avait l'indécence d'être toujours aussi attirant, même balayé par la lumière sale de l'éclairage municipal. Bran se maudit d'avoir ce genre de réflexion et poussa un soupir, doublé d'un sourire en coin. « Je t'offre un verre ? J'ai gagné au poker. » A quoi jouait-il ? Il n'en avait aucune idée. Toute lucidité lui était ôtée lorsque Jax était dans les parages. Déjà, dans les bureaux Wakefield, il avait bien failli compromettre sa mission pour le seul plaisir de faire enrager son ex. Quand à savoir ce qu'il attendait de lui ce soir… Bran pencha la tête sur le côté, et fourra ses mains dans ses poches. Entre ses doigts, l'as de coeur dansait presque malgré lui. « Mais je ne voudrais pas être impoli, j'ai peut-être interrompu quelque chose. Loin de moi l'idée de te casser ton coup. » ajouta-t-il d'un ton narquois. Et seigneur, comme il aurait voulu que ça soit vrai. Comme il aurait voulu pouvoir se foutre de Jax Beauchamp et du reste.

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MessageSujet: Re: there are songs that still feel like your teeth on my neck   Mer 23 Aoû 2017 - 21:58

Il la sentit bien, cette onde familière qui le traversa alors qu’il embarquait Bran d’une poigne de fer. Elle était provoquée par ce public dont il se serait bien passé, évidemment, puisqu’il détestait se donner en spectacle, contrairement à l’imprudent, mais aussi parce qu’il avait aperçu le danger que représentaient les trois types que son ancien acolyte avait réussi à se mettre à dos et cette constatation ne fit qu’accentuer son agacement. Il ne savait pas trop à quoi il s’était attendu. Peut-être à ce que la rencontre nocturne de l’autre soir ne soit qu’une incartade, peut-être avait-il naïvement espéré que ça ne signifiait pas pour autant que l’autre énergumène avait continué à patauger dans des plans foireux. Mais qui essayait-il de berner, au juste ? Comme s’il ne connaissait pas les penchants suicidaires de Brandon Rose, comme s’il ne savait pas jusqu’où cet irresponsable pouvait aller par goût du jeu. Il n’aurait pas dû s’en mêler, il aurait dû le laisser se tirer de là d’une pirouette habile, après tout, s’il avait survécu ces trois dernières années sans son aide, c’était qu’il n’avait pas besoin de lui, n'est-ce pas ? Cette réalisation laissait un goût amer sur la langue du garde du corps mais il était trop en colère pour y prêter attention. Au lieu de cela, il fulminait contre sa propre bêtise, à toujours sauter à pieds joints dans les conneries initiées par son ancien binôme. Il aurait voulu y être insensible, regarder le jeune homme se faire refaire le portrait et ne pas lever le petit doigt, même lorsqu’il aurait la lèvre ouverte et le visage à moitié tuméfié. À quoi bon se torturer pour quelqu’un qui n’apprenait jamais ses leçons ? Mais il savait, au fond, que chaque poing qui abimerait le visage de ce crétin serait un coup qu’il aurait l’impression de recevoir. Il n’avait pas passé ces trois dernières années – et particulièrement ces dernières semaines – à se faire un sang d’encre pour regarder Bran se faire démolir par trois imbéciles qui ne se rendaient même pas compte de la fouine avec laquelle ils jouaient.
Il n’empêchait qu’il était aussi furieux contre le jeune homme que contre ces types qui l’avaient menacé. Surtout lorsqu’il pérorait comme si ça n’était qu’un jeu innocent et inoffensif. Comme si une lame bien ajustée ne risquait pas de percer sa peau douce pour en faire couler l’or rouge qui dansait dans ses veines. Avait-il oublié qu’il suffisait d’un coup bien placé pour que tout soit perdu ? Jax n’avait même pas besoin d’y penser plus deux secondes et demie pour voir les images trembler devant ses yeux. La blessure béante, la sueur qui perlait sous l’effet de la douleur, les délires qui s’esquivaient des lèvres de l’inconscient pour venir ruiner leur belle entente, leur parfaite synchronisation. Il était loin, ce souvenir, et si vif en même temps qu’il effrayait le garde du corps, particulièrement parce qu’il avait l’impression de voir rouge, comme un taureau provoqué qui sent qu’il ne ressortira pas de l’arène vivant et qui court en dépit du bon sens. Jax Beauchamp était ce taureau borné qui fonçait tête baissée, bêtement, dès qu’il savait son amant en danger et on voyait où cela avait mené. Pourtant, Jax ne prit même pas la peine de lui ordonner de la fermer, quand bien même les mots lui étaient venus naturellement en pensée. Au contraire, il offrit un silence buté, rageur, tandis qu’il trainait plus qu’il n’escortait Bran vers la sortie. Ce ne fut qu’une fois dehors que Jax relâcha sa prise, laissant l’impudent lui échapper, mais il se fichait déjà pas mal de ce que ce danger public ferait maintenant qu’ils avaient échappé à la tension du bar. Rien n’indiquait pourtant qu’ils étaient tiré d’affaires, les types avec qui Bran avait joué étant du genre à avoir la rancune tenace et s’il leur prenait l’envie de se venger, ce n’était pas juste ce soir dont ils devaient se méfier mais des semaines voire des mois à venir. Pourquoi avait-il fallu qu’il vienne s’enterrer dans ce trou ? Pourquoi avait-il fallu qu’il se mêle une fois de plus des affaires de Brandon Rose ? L’air hargneux, Jax considéra Bran d’un regard noir et se demanda pourquoi il hésitait encore à le laisser seul quand il aurait pu tourner les talons et le planter là. Si ce crétin voulait retourner danser sur le fil du rasoir et risquer de se faire écorcher vif, n’était-ce pas son problème ? N’était-il pas assez grand pour choisir ce qu’il fabriquait de sa misérable existence ? Quelque chose de vicieux le retenait, l’empêchait de s’esquiver, il avait l’impression d’avoir les pieds vissés au sol, le contraignant à observer cet être qui l’irritait autant qu’il le torturait. Il aurait voulu lui donner lui-même une bonne leçon pour lui faire passer l’envie d’aller chercher les emmerdes ailleurs. Mais il le savait parfaitement : il serait incapable de lever la main sur Bran, même lorsque celui-ci arborait ce sourire narquois qui lui hérissait tous les poils du corps et qu’il lui aurait bien fait ravaler à des dizaines de reprises. Au lieu de quoi, il se retrouva à contempler le jeune homme, la rancœur clairement affichée sur ses traits, tandis qu’il ignorait sciemment la remarque ironique.
- Va te faire foutre, gronda-t-il quand Bran proposa de lui offrir un verre.
Il n’avait aucune envie de plaisanter, il ne savait même pas pourquoi il était encore là lorsqu’il aurait déjà dû être à sa voiture pour aller ailleurs ou, à défaut d’avoir la tête à ça, retourner à Pairidaeza. Il rentrerait certes frustré mais n’était-ce pas là son lot depuis toujours ? Il avait espéré se détendre un peu, ce soir, au lieu de quoi il se retrouvait avec Brandon Rose dans les pattes. Mais qui leurrait-il en pensant ça ? Même pas lui-même. La remarque de Brandon eut au moins l’avantage de lui extorquer un sourire aigre, comme s’il se contrefoutait du pauvre garçon qu’il avait éconduit moins d’un quart d’heure plus tôt. Oh, comme il aurait aimé retourner en arrière, accepter l’offre et disparaitre dans la nuit pour laisser Bran à ses dérives. Il aurait eu ce qu’il voulait, au moins, et il aurait pu croire, même illusoirement, que sa phase épineuse était reléguée dans le passé et qu’il n’y toucherait plus. Mais voilà, c’était plutôt l’inverse et, comme un diable qui sort de sa boite, Bran avait l’art d’apparaitre quand il était le moins désiré. Un nouveau mensonge que Jax se conta sans la moindre culpabilité. Il se serait dit n’importe quoi pour ne pas admettre qu’il avait le cœur écrasé par la fureur et le désir de faire taire l’énergumène.
- T’as raison, je vais aller voir où il est allé se fourrer. Il m’emmerdera moins que toi, en tout cas, grogna Jax en parvenant enfin à faire ce qu’il mourait d’envie de faire depuis qu’il avait entrevu son bourreau sentimental : lui tourner le dos et s’enfoncer dans l’obscurité.
Qu’il comprenne enfin que le garde du corps n’en avait plus rien à foutre de ses péripéties, même si c’était un lamentable mensonge. Qu’il aille s’imaginer ce qu’il voulait, Jax était convaincu qu’il avait l’imagination fertile, surtout pour ce genre de conneries. Qu’il relâche son emprise sur lui, une bonne fois pour toutes. À quoi bon continuer à se torturer mutuellement de la sorte quand il était évident que ça ne menait nulle part ? Jax aurait aimé que cela soit si simple mais à peine avait-il fait quelque pas qu’il regrettait déjà de ne plus avoir l’œil scotché à l’imprudent. Et s’il faisait demi-tour, lui aussi ? Et s’il retournait dans ce bar sordide se faire trouer la peau à cause de sa fierté ridicule ? Mais Jax avait sa fierté à lui et elle était peut-être aussi mal placée que celle de Bran mais elle le poussa quand même à poursuivre sa route, sans réfléchir, pour se diriger vers le parc mal famé qui était situé à une centaine de mètres de là quand sa voiture se trouvait dans la direction opposée.

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MessageSujet: Re: there are songs that still feel like your teeth on my neck   Jeu 24 Aoû 2017 - 15:48

Alors qu'il encourageait l'amour de sa vie à se détourner de lui et à rejoindre un autre, tout ce que Bran pouvait faire pour ne pas perdre la face, c'était le supplier mentalement de ne pas le faire. Jax pouvait-il encore lire en lui ? Pouvait-il encore remarquer la crispation de la sa mâchoire, celle qui n'avait rien à voir avec les coups de poing encaissés quelques minutes plus tôt ? Celle qui se formait à chaque fois qu'ils se retrouvaient après une longue séparation, et qu'il se torturait en pensant aux éventuels amants, ceux qu'il avait eu le malheur de ne pas être ? Avant Jax, il n'avait jamais su ni compris la jalousie. Un corps était un corps, une entité entièrement différente du coeur – organe dont il n'avait rien eu à faire, jusqu'à ce que l'homme de main n'entre en collision avec son existence. C'était là qu'il était devenu, bien malgré lui, l'esclave du démon insidieux. Il voulait être le seul à pouvoir le toucher, coeur et corps réunis. En trois ans, n'avait-il pas eu le temps de se faire à l'idée qu'il n'avait plus le droit d'avoir ce genre de prérogatives ? Si, bien entendu. Mais imaginer quelque chose et être confronté à la réalité crue étaient deux choses très différentes et Bran encaissait le choc moins bien qu'il ne l'aurait voulu. Et par-dessus tout, il détestait la vitesse à laquelle Jax reprenait le contrôle sur ses émotions. Il était arrivé à Mount Oak bien décidé à lui rendre la vie impossible, mais voilà qu'encore une fois, le garde du corps lui sauvait la mise et restait complètement impassible – ou presque. La froideur de Jax le prit de court et Bran se rabroua mentalement : lointaine était l'époque où Jax allait lui répondre d'un sourire esquissé presque malgré lui. Lointaine, pour ne pas dire disparue. Crispé, Bran ne répondit rien et regarda Jax lui tourner le dos – une fois de plus. Mais qu'espérait-il donc ? Combien de fois fallait-il que Jax ne l'abandonne pour qu'il comprenne ? C'était le genre de questions qui lui traversaient l'esprit alors qu'il ne pouvait que contempler, impuissant, les bras ballants. Pourquoi ne parvenait-il jamais à le retenir ? Qu'est-ce qui lui manquait ? « Amuse-toi bien. » siffla-t-il, frustré, entre ses dents et Bran se tourna à nouveau vers le bar. Pourquoi ne pas y retourner ? Il connaissait trois individus qui se feraient un plaisir der lui faire sa fête. Se faire tabasser en bonne et due forme lui paraissait presque plus agréable que de faire face à Jax, mais il devait être encore plus buté et borné qu'il ne le croyait car presque malgré lui, Bran prit également la direction du parc. C'était plus fort que lui, tout simplement. Il n'y avait pas de raison, pas d'explication, à part : parce que c'était lui, parce que c'était moi. Il se souvenait vaguement de cette phrase, l'un de ses rares souvenirs de l'internat de garçons. Rien n'aurait pu mieux expliquer ce qu'il éprouvait à cet instant, alors qu'il se jeta dans la gueule du loup. Rapidement, il rattrapa Jax et se mit à marcher à l'envers, les mains dans les poches, pour pouvoir   le regarder – et anticiper l'un de ses coups de poings, au cas où. Autour d'eux, Orchard Park s'agitait, avec son lot de laissés pour comptes et de malfrats de bas étage. Mais Bran n'en avait pas grand-chose à faire. Il avait vu pire, bien pire. « Toujours aussi loquace. » claironna-t-il, un sourire aux lèvre, ignorant la douleur qu'il provoquait. Mais elle était risible comparée à ce qui se passait à l'intérieur. « Tu fais toujours la gueule à cause de Wakefield ? » Risqué, mais Bran vivait pour le danger. Il savait que cette pique pouvait prendre plusieurs significations : certes, il avait volé l'employeur de Jax mais il avait surtout batifolé avec l'héritier de l'entreprise et s'en était joyeusement vanté devant son ex-amant. En ne prenant pas la peine de préciser sa pensée, il laissait planer le doute et c'était peut-être la mauvaise décision. Le garde du corps aurait dû savoir qu'il ne s'en tirerait pas aussi facilement, pas quand l’orgueil de Bran avait été égratigné et quand la blessure avait eu le temps d'enfler pendant trois ans. Il allait ajouter une idiotie bien sentie quand soudain, son regard, au loin, accrocha trois silhouettes découpées par les lampadaires. Il ne fallait pas être un génie pour faire l'addition et Bran sut qu'il fallait agir vite. Les vieux réflexes s'activèrent automatiquement, comme une vieille rengaine. « Ne te retourne pas, mais je crois que nos amis nous cherchent. » murmura-t-il, un sourire toujours accroché aux lèvres. Mais ses yeux étaient froids et sans prévenir, il empoigna le bras de Jax avec une force insoupçonnée pour le tirer vers un coin d'ombre peu engageant.  La prostituée – une clone, à en juger par son apparence un peu trop parfaite pour être tout à fait honnête – qui occupait le bout de ciment et d'herbe décrépie sous l'arbre bardé de graffitis les considéra d'un œil noir. « Hey, c'est mon coin ici. » cracha-t-elle, hargneuse. Bran lui jeta un regard glacial. « Et moi, j'ai un client pressé, alors tu vas me faire le plaisir de décamper ou je te fais sauter les circuits. Et je crois pas qu'on ait encore inventé le moyen de vous faire repousser la tête. Ca va être dur de tapiner sans. » Prudente, la clone battit en retraite avec un grognement – même libérée de ses maîtres, elle n'avait d'autre choix que d'obéir à un être humain et Bran la regarda s'éloigner avec pitié. Il était peut-être un abruti, mais un abruti humain et il pouvait encore répliquer, si jamais on l'emmerdait. Un nouveau regard de l'autre côté lui apprit que les trois crétins s'étaient embarqués dans un autre côté du parc et cherchaient désormais les embrouilles avec une bande de clochards. Pas son problème. Non, son seul ennui résidait au bout de son bras. La main toujours enserrée autour du poignet de Jax, Bran releva les yeux et relâcha son ex-amant. La faible lueur des rares éclairages encore fonctionnels les balayait tous deux d'une lueur blafarde.  C'était à ce moment-là qu'il l'aurait embrassé. Il se serait mordu la lèvre en souriant, incapable de se composer un visage sérieux quand il lisait l'impatience résignée, presque indulgente, dans le regard de Jax. C'était ces yeux qu'il cherchait constamment lorsqu'ils étaient ensemble, leur sévérité tendre, leur air de dire « c'est bien parce que c'est toi, Bran », leur douce capitulation. Était-ce égoïste de sa part ? Il savait que Jax détestait être provoqué pour des broutilles, mais il ne pouvait pas s'empêcher, juste pour avoir le plaisir de le voir rendre les armes. Peut-être parce qu'il avait tellement l'habitude de le voir se battre contre tout et n'importe quoi qu'il craignait parfois que ce masque reste à jamais posé sur le visage de Jax, qu'il reste ainsi prisonnier de cette existence qui retenait dans l'ombre. Oui, il l'aurait embrassé là, juste pour sentir Jax résister pendant une seconde, pour sentir sa lutte contre son corps avant d'accueillir son abdication entre ses bras. Et souvent, avec Jax, l'abdication était suivie d'un coup d'état presque immédiat, comme si sa défaite n'était qu'une ruse pour mieux reprendre le pouvoir. Et Bran se laissait faire, il se laissait envahir sans même penser à élever des barrières pour se défendre contre une attaque prochaine. Il laissait Jax l'enserrer, l'immobiliser, le plaquer contre n'importe quelle surface du moment qu'elle ne lui esquintait pas le dos. Dans sa reddition, ni soumission ni crainte. Jax était un despote éclairé : la tyrannie qu'il exerçait sur le corps et le coeur de Bran était voulue, dans ses défauts comme dans ses plus belles réalisations. Ces batailles constantes avaient été leur constante dynamique, des années de guerre et de trêve sans pause ni traité. Et ça fonctionnait si bien. Alors pourquoi diable Bran avait-il voulu la paix ? Pourquoi avait-il cru qu'il pourrait y avoir autre chose entre eux que cet état d'urgence ? Pourquoi s'était-il mis en tête des idées pacifistes, quand il avait vu qu'il n'y avait que dans le chaos qu'ils s'épanouissaient, comme des fleurs plantées au milieu d'un champ de mines ? Ils étaient de la mauvaise herbe, et Bran avait eu la prétention d'avoir la main verte alors que la seule couleur que ses doigts arboraient était un rouge sanglant. Il n'y avait pas de paix possible. Alors Bran ne fit rien. Il n'obéit pas à ce vieux réflexe qui lui criait de se pencher légèrement en avant et de glisser sa main dans le cou de Jax, d'effleurer ses lèvres, de l'attirer contre lui et de se sentir entier à nouveau. Il devait faire le deuil de cette sensation et apprendre à vivre avec un demi-coeur, il le savait maintenant. Il pencha légèrement la tête sur le côté et eut une moue ironique. « Eh bien, c'était moins une. Ne me remercie pas surtout, Beauchamp. C'est de bon coeur. » dit-il à la place de tout ce qu'il aurait voulu exprimer.

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MessageSujet: Re: there are songs that still feel like your teeth on my neck   Mar 29 Aoû 2017 - 19:47

En trois années, Jax aurait dû avoir eu tout le loisir de se défaire de cette relation, de se soigner de cet amour qui lui brûlait les entrailles et ne rimait qu’avec emmerdes et ennuis. En trois années, il aurait dû clore le chapitre et ne plus sourciller à chaque fois qu’il entrapercevait Brandon Rose. Mais trois ans, dix ans ou rien, c’était du pareil au même, il s’en rendait compte. Il avait eu tout le temps de décortiquer leur passé, lui qui n’aimait pas se pencher sur les choses trop évidentes, surtout si elles le tourmentaient. Il en était arrivé à la conclusion que c’était mieux ainsi, qu’ils ne savaient pas prendre soin l’un de l’autre, seulement se fourrer dans des problèmes inutiles et se déchirer inlassablement. Comme si c’était un jeu. Mais Jax ne considérait pas la vie comme un jeu, il la voyait telle qu’elle était, avec ses défauts et ses dangers – jamais ses perspectives et ses joies, toutefois. En contemplant le corps à l’agonie de son acolyte, il y a trois ans, Jax avait vu toutes les limites de leur existence et n’avait plus rien su imaginer qu’un trou noir qui les engloutirait. De ce que Bran lui avait proposé – ce quotidien illusoire, n’importe où, juste à eux deux – Jax n’en avait retenu que la naïveté et s’était largement laissé bercer par ces peurs qui tétanisaient le gamin qu’il avait été autrefois et dont il ne s’était finalement jamais débarrassé. Il l’avait juste enterré à l’étouffer dans un coin de son cerveau. Toute douceur, toute innocence, tout espoir étaient soigneusement enfermés avec lui. Dès lors, c’aurait dû être d’une simplicité enfantine de le planter là sans se retourner, ça n’aurait même pas dû faire contracter son cœur plus durement. Mais plus les pas l’éloignaient de Bran, plus Jax les sentait faiblir tandis que son esprit se chargeait de bouillonner pour lui offrir tous les faux plans les plus foireux qui puissent émerger de cette situation – et ils étaient nombreux, il le savait, Bran ayant toujours eu le chic pour se fourrer dans des situations impossibles.
Sa mâchoire se crispa lorsque le jeune homme lui souhaita de bien s’amuser et il serra les poings dans les poches de sa veste sombre, s’efforçant de garder la même allure, comme si la voix de Bran lui était passée par-dessus la tête sans qu’il s’en soucie. À quoi bon se retourner, lui décocher une œillade meurtrière ? Ils n’en étaient plus à ces jeux stupides. Et puis, s’il jetait un œil en arrière pour constater que l’impudent retournait plonger dans la gueule béante du loup, qu’allait-il faire ? Il ne pouvait pas éternellement suivre les mouvements du jeune malfaiteur, il ne pouvait pas éternellement s’inquiéter de la sécurité de ce dernier, surtout quand le concerné semblait se contreficher de ce qu’il lui arrivait. Le silence qui s’ensuivit le força à conclure que, une fois de plus, leur entrevue tournait court – en grande partie parce qu’il était le premier à partir, comme toujours. Une fuite insensée à laquelle il ne pouvait pas échapper et qui prouvait bien que derrière ses airs d’homme de main imperturbable, il était le plus lâche. N’était-ce pas ce qui lui avait coûté Bran ces trois dernières années ? Ce qu’il aurait dû savoir, pourtant, connaissant l’énergumène qu’il avait en face de lui, c’était que les choses ne se termineraient jamais aussi facilement (et que, probablement, elles ne se seraient pas terminées de la sorte la dernière fois, si le fauteur de trouble n’avait pas été cloué au lit par cette satanée plaie qu’il fallait recoudre).
Il n’en montra rien mais Jax sentit un vague soulagement lui souffler sur le cœur lorsqu’il perçut la présence de l’imprudent qui l’avait rejoint et marchait maintenant à reculons, son air victorieux toujours plaqué sur son visage, son regard vif et ses lèvres arquées comme un sale petit diable. Ils pénétrèrent dans le parc à la réputation sordide sans qu’il ne sache pourquoi ils empruntaient ce chemin. Dans l’ombre, il savait que se tapissaient toutes sortes de personnes, aucune avec laquelle il n’avait à frayer maintenant qu’il menait une vie (plus ou moins) respectable. Il avait un emploi stable, il ne vivait plus de boulots tordus et dangereux. Sa vie d’avant, elle ressemblait à ce parc abandonné aux paumés et aux parias. Plus maintenant. Il ne savait pas trop combien de temps il aurait continué à opposer ce silence morose et boudeur au jeune homme si celui-ci n’avait pas mentionné le nom des Wakefield, dans une remarque qui, à n’en pas douter, était volontairement vague. La réaction de Jax fut immédiate : il s’immobilisa brutalement, foudroyant Bran de ses yeux clairs. Qu’importe le sens réel de la question, l’association avec ce patronyme bien trop célèbre faisait bondir Jax. Pour la première fois, il avait laissé le privé empiéter sur le professionnel. Il n’aurait jamais dû laisser l’impudent s’en tirer à si bon compte mais il avait été incapable d’agir comme l’aurait voulu l’éthique. Quant à ce que le petit salopard avait fait avec le fils de son patron, ça n’était certainement pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Pire, ça s’était gravé dans l’esprit du garde du corps, le faisant bouillir intérieurement, quand bien même il n’avait aucun droit d’éprouver la moindre jalousie lorsque Bran et lui n’étaient plus rien l’un pour l’autre que des étrangers qui se défiaient du regard. Jax s’apprêtait à dire quelque chose – quoi, il ne le savait même pas encore – mais le comportement de Bran changea sensiblement et il comprit avant même que celui-ci n’expose l’évidence : les trois sbires n’avaient pas abandonné l’idée de leur faire passer l’envie de s’en prendre à eux.
- Ben voyons, grogna Jax, d’un ton qui trahissait plus sa mauvaise humeur qu’autre chose.
Mais avant qu’il ait pu s’assurer qu’il était bien équipé, Bran prit les commandes et l’attira sous le couvert d’un bosquet déjà occupé, comme il put en juger par l’exclamation furieuse qui émana de la pénombre. Il avait beau travailler pour un homme important dans l’industrie des clones et habiter sur une propriété où ils étaient plus nombreux que leurs créateurs, Jax n’en restait pas moins à l’écart de ces créatures et il fut donc surpris par la facilité avec laquelle Bran échangea avec elle, usant d’un ton autoritaire pour lui signifier qu’elle n’avait pas trop intérêt à le contredire. Si surpris, d’ailleurs, qu’il ne nota même pas l’allusion ironique au client pressé. La prostituée se dissipa dans l’obscurité mais Jax l’avait déjà pratiquement oubliée, trop occupé qu’il était à observer son ancien acolyte et l’assurance avec laquelle il continuait à évoluer dans ce monde obscur. Il ne fallait pas grand-chose pour qu’il happe l’attention du garde du corps mais les circonstances (leur premier tête-à-tête depuis ce qui lui semblait une éternité, la montée d’adrénaline liée à leur rencontre désagréable, le côté secret et caché de ce parc usé et fatigué) n’aidaient pas ce dernier à dissimuler son trouble. Il ne réalisa d’ailleurs que Bran l’avait tenu tout ce temps que parce que celui-ci le relâcha subitement, comme s’il prenait conscience au même moment de ce contact involontaire.
Pendant ce qui lui parut un temps interminable, Jax resta ainsi, le regard flou, perdu entre un lointain souvenir et le tableau qui s’offrait à lui, à la lumière faiblarde des lampadaires. Puis la voix du jeune homme le tira de sa torpeur et son œil se focalisa sur le visage de l’imprudent, comme s’il sortait d’un état de veille, tel un robot épuisé.
- Te remercier ? On n’en serait pas là sans tes conneries, répliqua-t-il, le ton dénué de l’animosité que l’on aurait pu attendre de mots pareils.
Instinctivement, et parce qu’il ne put réprimer le geste, Jax tendit la main et saisit le menton de Bran pour lui tourner légèrement la tête et exposer son visage abimé à la lueur relative de leur environnement. Ses yeux clairs évaluèrent les dégâts, experts en la matière, et Jax en conclut qu’il s’en tirerait avec un hématome étendu mais qui aurait l’avantage de se dissoudre rapidement, non sans éclairer le visage de l’imposteur de variations colorées qui, assurément, lui siéraient, comme tout ce qu’il avait le malheur de porter. Sa lèvre peinerait sûrement à se remettre, surtout s’il persistait à ouvrir sa bouche pour provoquer le monde entier. Mais tout cela disparaitrait au bout de quelques temps et on n’y verrait plus rien. Jusqu’à la prochaine fois.
Jax soupira douloureusement, contempla un silence torturé puis céda à une pulsion aussi vive que trop longtemps réprimée. Tant pis pour la lèvre écorchée, tant pis pour les regrets qui allaient forcément en découler. Tant pis pour le reste du monde. Il ne relâcha la mâchoire de Bran que pour combler l’espace entre eux et presser ses lèvres contre celles du jeune homme avec une ardeur qui n’avait d’égal que le manque qui s’était creusé dans le cœur du Louisianais au cours de ces trois années. Cela ne dura qu’une poignée de secondes, peut-être même qu'une seconde en réalité, mais cela suffit à couper le souffle au garde du corps qui s’écarta aussi brusquement qu’il avait plongé dans l’abime. La main pressée contre le torse de Bran, il le repoussa et s’écarta, le cœur en vrille, l’âme en charpie.
- Pourquoi es-tu revenu ? gronda-t-il en secouant lentement la tête, comme quelqu’un qui essaie de reprendre ses esprits.
Et il ne lui effleura même pas l’esprit d’espérer que ça puisse être pour lui. Entre les lignes, il fallait plutôt lire : pourquoi es-tu revenu me torturer et me hanter ? Comme s’il avait cessé un instant de le faire au cours de ses trois dernières années, malgré son absence. Surtout à cause de son absence.
Il aurait aussi bien pu demander: où étais-tu, tout ce temps?

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MessageSujet: Re: there are songs that still feel like your teeth on my neck   Dim 3 Sep 2017 - 0:23

Dans les yeux de Jax, Bran lisait la résignation mais ce n'était pas celle qu'il attendait. Il voulait l'indulgence et la tendresse qu'il avait appris à lire en filigrane dans ces yeux clairs, celle que Jax croyait bien cacher mais que Bran remarquait – ou bien l'avait-il inventé, comme un assoiffé qui s'inventait des oasis en plein désert ? Le trou qu'il avait dans la poitrine, en revanche, n'avait rien d'un mirage et Bran contemplait avec douleur son amour perdu. Jax aurait pu être tant de choses mais le champ de possibles avait été moissonné depuis longtemps et il semblait à Bran que plus rien ne poussait dans ce champs de mines qu'était son coeur. Il avait marché au mauvais endroit, sans regarder où il mettait les pieds, inconscient qu'il s'avançait en terrain ennemi et depuis, il était contraint de rester immobile. Sous son pied reposait une grenade prête à exploser à tout moment. Et Jax semblait s'amuser à vouloir le faire tituber. Sinon, pourquoi l'aurait-il touché ? Pourquoi aurait-il mimé cette interaction qu'ils avaient eue dix, cent, mille fois ? Bran ne put se dérober et quand les doigts de Jax glissèrent contre sa mâchoire, il crut que ses jambes allaient le lâcher. Ses mains, oh, ses mains, même juste une seconde, même juste en rêve. Mais c'était la réalité, n'est-ce pas ? Jax le touchait, et Bran embrassait sa faiblesse, l'accueillait avec une férocité désespérée. Il se fichait de l'hématome, de sa lèvre écorchée. Il se concentrait sur les doigts de Jax qui épousaient les contours anguleux de son menton, sur ce contact familier qui avait, il y a longtemps, été leur je t'aime.  Oh, ils se l'étaient souvent dit, pas dans les mots mais dans les gestes, dans les regards, dans les actes. Je t'aime, c'était quand Bran prenait le temps d'explorer chaque cicatrice, chaque irrégularité sur la peau de son amant. C'était laisser Jax dormir sur son épaule et ne pas bouger pendant des heures, terré dans une voiture. C'était les yeux inquiets de Jax quand Bran se prenait ne serait-ce qu'un coup de coude. C'était ce genre d'inspections autoritaires, quand le Louisianais ne lui laissait pas le choix et finissait par le lâcher à contre-coeur, le dernier contact ressemblant toujours à s'y méprendre à une caresse. C'était ça et un millier d'autres choses, et chacune d'entre elles manquait à Bran, la moindre dispute à demi-mots, le moindre baiser maladroit, le moindre effleurement, le moindre silence. Alors, Jax qui le touchait soudainement, c'était presque trop pour lui, c'était presque violent et la tête lui tournait. Peut-être était-ce pour ça qu'il ne vit pas la seconde claque arriver, dévastatrice mais qui l'envoya voir les étoiles pendant les espaces d'une seconde. Jax s'écarta et comme à son habitude, c'était pour mieux revenir, pour mieux achever Bran qui se faisait victime consentante. Ses mains, et maintenant ses lèvres ? De ce contact trop bref, il prenait tout, la douleur, la douceur, la frustration, le bonheur incidible. Peau contre peau, c'était la langue qu'ils parlaient le mieux et l'espace d'une seconde, ils se comprirent à nouveau, ils se sauvaient l'un l'autre. Bran aurait voulu se persuader qu'il rêvait, pour ne pas avoir à faire face à la réalité du baiser qui prenait déjà fin. Tout son corps poussa un cri qui se traduisit par un « non » à peine énoncé, désespéré, et il releva des yeux affamés vers son ancien acolyte. A quoi bon le cacher ? A quoi bon jouer les gamins effrontés, quand à cet instant, ce qu'il était, c'était un homme désespéré ? C'était son fardeau depuis que Jax l'avait quitté il y a trois ans. Elle était là, la réalité pathétique sur laquelle il mettait des masques. Ce soir sonnait-il la fin de cette errance carnavalesque ? Bran l'ignorait et restait à la merci de Jax, qui semblait prendre plaisir, comme d'habitude, à le(s) faire tourner en rond. « A ton avis, idiot ? Pour toi. Pour ça. Quoi d'autre ? » Il y avait comme de la colère dans sa voix, une incrédulité douloureuse alors qu'il fixait son amant. Pourquoi fallait-il toujours que le Louisianais ne remette en doute ses sentiments ? Pourquoi le repoussait-il constamment ? Etait-il assez obtus pour croire que c'était vraiment Mount Oak qui le rappelait ici ? Il n'y avait rien dans cette ville pour Bran, juste les constantes évocations de ses erreurs et de ses échecs, de son adolescence chaotique et de ses choix troublés. L'argent ? C'était un faux prétexte, et si Jax le connaissait rien qu'un peu, il le saurait. Non, encore une fois, Beauchamp posait des questions auxquelles il connaissait déjà la réponse. C'était ce qu'il avait toujours fait, pas vrai ? Rester en terrain connu. Ne jamais prendre de risques. Mais si c'était ce qu'il voulait, alors pourquoi ? Pourquoi ce baiser abrupt ? Croyait-il donc vraiment que Bran allait en rester là ? Hors de question. « C'est si difficile à croire que ça ? » souffla-t-il alors qu'il enserrait le poignet de Jax pour le baisser et ainsi rapprocher leurs deux corps, leurs deux coeurs. Celui de Bran battait à tout rompre en tout cas, ravivait toute la souffrance délicieuse qui accompagnait invariablement son amour pour Jax Beauchamp. Il colla son front à celui de son amant et ferma les yeux, respira son parfum, celui qui vivait sous l'odeur du bar. Tu me manques tu me manques tu me manques, c'était son coeur qui murmurait ces mots ou peut-être que c'était lui, comment savoir quand il était incapable de faire sens du monde qui l'entourait ? Quand la nature de la réalité lui échappait, et qu'il s'en fichait, car tout ce dont il avait besoin reposait entre ses mains ? Aussi brutalement que Jax l'avait embrassé, Bran saisit le visage de son ancien partenaire entre ses mains et sa bouche vint s'écraser, météore suicidaire, contre la sienne. Il ne le laisserait pas s'échapper, pas cette fois. Il ne laisserait pas Jax lui tourner le dos. Le baiser s'approfondit, et les mains de Bran resserrèrent leur prise folle, l'une glissant dans les cheveux de Jax, les tirant presque. Dans leur amour, il y avait toujours eu une part de douleur et Bran l'acceptait, la prenait, la faisait sienne comme pour mieux la dompter. La chaleur moite des lèvres de Jax l'envoyait au paradis et son corps prenait déjà les devants, recherchant le contact intégral, sans compromis. Car c'était ce que voulait Bran, une histoire sans peut-être, sans conciliation. Il voulait un absolu, un tout. Il le voulait dans la lumière et dans l'ombre, dans la guerre comme dans la paix. Et s'il fallait combattre Jax au corps à corps pour ça, il se portait joyeusement volontaire. A bout de souffle, il lâcha la bouche coupable de tous ses maux mais garda le visage fautif entre ses mains, et croisa leurs regards comme on croisait le fer. « C'est pour ta sale trogne que je suis revenu, Beauchamp, crois-le ou non. Je me fous complètement du reste, des clones, de tes patrons pleins aux as. » haleta-t-il, la poitrine en feu. Il planta un nouveau baiser sur les lèvres pécheresses et se mordit la sienne, malgré la couleur. « Je te veux. Je nous veux. » souffla-t-il, la voix rauque et écorchée. Jamais il n'avait abandonné l'idée. Comment aurait-il pu ? Jax était l'homme de la situation. Il l'avait toujours été. Bran le contempla, se rassasia de cette vue, de ce visage façonné par un dieu qui avait sans douté décidé de le faire souffrir jusqu'au bout. Il eut un sourire qui vint creuser la fossette du désespoir. « On peut partir. On peut partir demain, ce soir même. Viens, je t'emmène. Où tu veux, c'est toi qui choisis. » Ses mots s'entrechoquaient les uns contre les autres, fusaient comme des balles, prenaient le rythme d'une supplique maudite. Mais Bran ne voulait plus attendre. C'était un luxe qu'ils s'étaient offerts pendant trop longtemps. Et comme pour conclure son argumentation qui n'en était pas une, Bran embrassa Jax à nouveau, un baiser profond, presque une danse, une dernière valse avant la fin du monde.

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MessageSujet: Re: there are songs that still feel like your teeth on my neck   Dim 3 Sep 2017 - 12:07

À quel moment aurait-il dû se douter que tout cela était une terrible erreur ? Quand il s’était mêlé des affaires de Bran en intervenant dans la bagarre avant qu’elle n’aggrave le cas de ce dernier ? Quand il avait aperçu le jeune homme en mauvaise compagnie, pressentant le danger qui pouvait en découler ? Quand il avait pris le volant pour se rendre dans ce bar miteux, avec le secret (et inavouable) espoir d’y croiser l’énergumène ? Quand il avait revu son ancien acolyte pour la première fois après trois années de silence radio ? Ou quand il avait quitté cette chambre minable en sachant qu’il foutait le feu à sa seule chance de se sortir de cette vie de l’ombre et de le faire avec bonheur ? Or, l’avenir lui avait prouvé qu’il pouvait effectivement s’extraire de ce mode de vie nocturne, l’avenir lui avait démontré qu’une autre vie était possible. Malheureusement, cette vie-là s’était construite sans Bran et Jax n’avait jamais pu s’y faire, en un sens. Il aurait dû se douter que tout ça ne mènerait à rien, qu’il aurait mieux fait de se trouver un autre endroit pour passer la nuit, d’ignorer ce lieu maudit. Il aurait dû y songer avant de se retrouver dans un parc mal famé, dissimulé sous le couvert des arbres, avec cette proximité qui le torturait et par laquelle il était pourtant irrémédiablement attiré. Il savait, dès le départ, que tout cela ne ferait que rouvrir des plaies qui avaient déjà si péniblement cicatrisé – et qui n’étaient pas tout à fait suturées, pour certaines. Mais comme le taureau borné qu’il était, Jax avait foncé dans le piège et, stupidement, il regardait à présent les mâchoires de ce dernier se refermer invariablement sur lui. Il les voyait, et tout ce qu’elles impliquaient, combler l’espace autour d’eux, prêtes à pénétrer leur chair et à les détruire une bonne fois pour toutes. Que n’aurait-il pas donné pour mourir, là, tout de suite, dans les bras de l’impudent, oublier son passé, son présent, son futur obscur. Ignorer naïvement qu’ils étaient maudits dès le départ et que c’était uniquement sa faute, car c’était lui qui avait renié, repoussé Bran quand ce dernier lui ouvrait grand les bras, ne demandant rien d’autre qu’un abandon final. Jax n’avait pas pu lui donner ça, il n’avait pas pu se donner à lui-même cette opportunité. Et pourquoi ? Parce qu’il avait peur ?
Il avait beau savoir que céder à ce désir impulsif, animal, désespéré, était une erreur monumentale qu’il regretterait. Une de plus, une de moins, qu’est-ce ce que cela pouvait faire ? aurait-on pu lui demander mais Jax savait, il savait qu’elle ferait toute la différence parce qu’ils ne pouvaient pas reprendre là où ils s’étaient arrêtés, même si le Louisianais ne souhaitait rien d’autres. Trois années s’étaient écoulées, trois années de silence, d’absence, où son cœur meurtri avait survécu, bancal, comme amputé d’une part de lui-même, incapable de fonctionner comme avant. Trois années qu’ils ne pouvaient pas effacer d’un baiser, trois années que lui, en tout cas, ne pouvait pas brûler, même s’il se consumait pour ce bougre d’imbécile qui ne lui résistait pas. Pourtant, trois ans, qu’est-ce que c’était dans une vie ? Ils avaient passé bien plus de temps ensemble, dans des planques miteuses, dans des voitures glaciales, dans les bras l’un de l’autre. Alors, ces trois ans, il aurait dû les chasser d’un rire soulagé, se dire que ça aurait pu être bien plus longtemps. Si seulement ça avait été si simple.
Un désespoir sans nom troubla le regard du garde du corps lorsque la réponse vint le percuter. Des mots qu’il n’avait même pas voulu espérer et qu’il regrettait désormais avoir entendus. Il aurait préféré que Bran l’invective, lui rappelle que ça ne se passait pas comme ça, qu’il ne pouvait pas l’engueuler, lui tourner le dos puis se mettre à l’embrasser. Qu’il n’en avait pas le droit. Il aurait presque préféré que Bran se paie sa tête, écarte cette maladresse d’un rire moqueur et lui demande quelle mouche l’avait piqué. Il aurait préféré l’humiliation à cette déclaration qui sonnait tellement comme Bran : écorchée, vivante, d’une franchise déroutante, d’une vérité accablante.
Abasourdi, Jax le regarda d’un regard flou, secouant la tête comme s’il voulait échapper aux paroles du jeune homme, comme s’il refusait qu’elles lui pénètrent le crâne et fassent de lui le prisonnier qu’il n’avait jamais cessé d’être.
- C’est si difficile à croire que ça ?
Jax fixa Bran sans broncher. Comme à son habitude, il manquait de mots lorsque l’autre jonglait avec. Pourquoi leur duo était-il si déséquilibré ? Pourquoi ne pouvait-il pas ouvrir cette porte lourdement scellée où toutes ses pensées, toute sa douleur, étaient enfermées. Elles étouffaient, dans cet endroit clos, elles agonisaient et, malgré cela, Jax Beauchamp n’arrivait pas à trouver la clé pour leur donner la liberté. À la place, il contemplait son ancien acolyte d’un œil teinté de désespoir, comme s’il suppliait Bran de voir plus loin, de voir combien il lui avait manqué, de voir qu’il ne pouvait pas vivre sans lui. Il aurait voulu ne pas avoir à dire quoi que ce soit, comme autrefois, sauf qu’il y serait forcé, cette fois. Parce que Bran avait beau pouvoir lire en lui comme dans un livre ouvert, parce qu’il était seul à lire le braille de sa peau, parce qu’il était le seul à ne pas se noyer dans ce silence qu’il lui opposait trop souvent, il ne pouvait pas deviner cet élément perturbateur, différent, cette fois, qui menaçait leur réunion et qui, Jax le savait, ruinait d’avance toute possibilité qu’ils avaient de se retrouver complètement. Ce ne serait jamais comme avant et Jax ne pouvait pas faire le deuil du passé, pas de ce passé-là, du moins.
Tétanisé, Jax ne chercha pas à repousser Bran. Il ferma douloureusement les yeux lorsque le front de son ancien acolyte vint se presser contre le sien, comme dans un duel pour savoir qui aurait la tête la plus dure. Ne savait-il donc pas que, quoi qu’il arrive, Jax partait gagnant dans ce domaine ? N’avait-il pas compris, depuis le temps, que la confrontation pouvait être aussi houleuse qu’il le voulait, que rien ne pouvait s’enfoncer dans le crâne borné et stupide du Louisianais ? Il ne se déroba cependant pas aux lèvres impérieuses, il en aurait de toute manière était incapable. À la place, il répondit avec l’ardeur de celui qui sait qu’il a tout à perdre et rien à gagner, qui ne peut que profiter de ce qui lui est offert à l’instant présent, sachant qu’après, ça sera terminé. Alors son bras serra la taille de Bran, son corps réagit instinctivement à la pression qui s’exerçait contre lui. Il dévorait les lèvres de l’imprudent avec la fougue d’un assoiffé qui a trouvé une oasis et qui sait qu’il faudra ensuite retourner errer dans le désert. Et quand la bouche lui échappa, c’est sa respiration altérée, essoufflée, qui envahit l’air, son cœur battant comme mille tambours dans sa large cage thoracique. Il se força à rouvrir les yeux pour les plonger dans les billes acérées de Bran et il aurait voulu s’y noyer, ne jamais en revenir, mourir là, comme ça. Une mort douce comparée à celle de son âme, tout au long de son absence. Son regard glissa vers les lèvres impétueuses, y lut les mots, les promesses, et sentit que tout lui échappait, le bon sens comme la réalité. Il aurait voulu abandonner la partie, hocher la tête et aller où bon leur semblait, de préférence loin de Mount Oak. Il ne pouvait croire que cette apparition salvatrice, ce retour aux sources, était l’envers d’une chute mortelle, qu’il suffirait qu’il pousse Bran d’un coup sec pour le voir tomber dans l’abime, disparaitre dans l’obscurité et le laisser seul à jamais. Y survivrait-il cette fois ? Si sa trahison poussait Bran à des extrémités, s’il partait pour toujours, cette fois ?
Tout se bousculait dans la tête de Jax, les mots du jeune homme se répercutaient en un écho maudit, les images de ce qu’ils avaient été, de ce qu’ils auraient pu être. Il était si hébété, aveuglé par les vagues de remords et de regrets qu’il n’eut pas le réflexe d’empêcher le dernier baiser, qu’il avait l’impression d’accepter comme un voleur, en lâche et menteur qu’il était. Et ce fut donc en rassemblant toute la volonté qu’il pensait être incapable d’avoir que Jax rompit leur étreinte. Le souffle court, il repoussa à nouveau Bran, une lueur affolée dans les yeux. C’était parce qu’il l’aimait qu’il était forcé de lui faire du mal, aussi insensé cela puisse paraitre. C’était parce qu’il refusait de cacher un détail essentiel qu’il devait regarder le jeune homme en ne sachant pas quelle réaction il allait obtenir. Mais, quelle qu’elle soit, elle lui vrillerait le cœur, elle lui écorcherait l’âme, il le savait.
- Arrête, lâcha-t-il dans ce qui ressemblait plus à un glapissement impuissant qu'un ordre.
La respiration folle, il recula, refusant d’être à nouveau happé par le contact de ce corps qu’il avait désiré si longtemps et qui était voué à lui échapper. Son regard trahissait-il ce qui allait suivre ou cela allait-il tomber comme une enclume sur la tête de Bran ? Déglutissant avec peine, Jax fixa son ancien amant, l’air trouble, tétanisé.
- Trois ans, putain, gronda-t-il, envahi d’une colère initiée par l’injustice de la situation. Trois ans sans un mot, tu aurais pu être mort pour ce que j’en savais. Alors je vais répéter ma question : pourquoi es-tu revenu ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi après tout ce temps ? Qu’est-ce qui t’a tout à coup donné l’idée qu’il fallait revenir à Mount Oak pour moi ?
Sa question était sincère. Que s’était-il passé pour qu’il décide de réapparaitre, comme un magicien, sans crier gare ? Jax considérait légitime d’en avoir conclu que c’était l’argent qui l’y avait poussé. Il ne pouvait – ou ne voulait – pas croire que son existence ait quoi que ce soit à voir avec ce retour inopiné. Mais ce n’est pas ça qu’il laissa tomber, en fin de compte, d’une voix brisée et rauque :
- Même si j’avais envie de reprendre comme si de rien n’était, même si j’avais envie de te suivre, cette fois, il est trop tard.
Il se tut, incapable de formuler la déclaration qui lui serait fatale. Son torse se soulevait irrégulièrement, la bouche entrouverte, il contemplait un avenir qu’il ne voulait pas voir et auquel il ne pouvait pourtant pas échapper :
- Je peux pas tout balancer pour tes beaux yeux. J’ai des responsabilités, j’ai une vie, ici.
Encore un silence, bref, comme l’instant qu’il faudrait à la guillotine pour tomber et décapiter ce qu’il restait d’eux.
- Et je suis marié.
Une vague glaciale l’envahit, à cet instant, tandis qu’il regardait Bran plus directement qu’il ne l’avait jamais fait, sans pouvoir détourner les yeux. Comme le ferait un conducteur qui voit l’accident arriver et sait qu’il ne pourra rien faire pour l’éviter. C’était cette même fatalité qui figeait Jax Beauchamp et il aurait tout donné pour effacer tout ça. Rembobiner. Retourner dans la chambre et s’asseoir sur le bord du matelas en attendant qu’on vienne recoudre la plaie. Patienter jusqu’à ce qu’ils trouvent le créneau pour disparaitre dans la nuit et renaitre où ils voulaient, comme ils voulaient. Que leur restait-il, maintenant ?

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Brandon Rose

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MessageSujet: Re: there are songs that still feel like your teeth on my neck   Dim 3 Sep 2017 - 21:20

Comme à son habitude, Bran rêvait trop fort. Déjà, il voyait Jax lui dire oui, et il imaginait alors leur échappée belle vers une vie plus douce. C'était son idéal depuis le début, emmener Jax loin d'ici, loin de leurs existences qui valaient aussi bien que des prisons, loin de la peur, de l'attente, du sang et des balles. Qu'importe ce que son partenaire pouvait bien penser ; la volonté de Bran n'avait jamais été de se complaire dans cette vie de danger. S'il s'y était jeté à corps perdu, avec une volonté proche de l'inconscience, c'était uniquement parce que c'était là sa seule chance d'acheter sa liberté – et celle de Jax. Comme un esclave des temps modernes, Bran savait qu'il n'avait pas d'autre choix : l'affranchissement ne lui serait permis que si seulement il pourrait rembourser ceux qui le tenaient en laisse. Une fois sa dette payée, il serait libre d'aller là où il le désirait, sans comptes à rendre, sans devoir constamment regarder par-dessus son épaule. Pendant trois ans, il avait courbé l'échine et s'était sali les mains, chaque regret contrebalancé par la certitude d'avancer vers quelque chose de nouveau, quelque chose d'autre. Et il l'avait fait pour Jax, pour ce moment précis où ils se retrouveraient, pour ce moment inévitable où son ancien acolyte lui demanderait pourquoi. Bran s'imaginait déjà lui dire que tout était réglé, qu'ils n'avaient pas à se retourner et que seul les attendait l'avenir plein d'incertitudes et de possibilités, le futur nu et terrifiant et parfait à la fois, que pour la première fois ils pourraient respirer et ne pas se réveiller au son strident de l'horloge qui les rappelait à leurs sales besognes. Et si Jax ne savait pas où partir, Bran voyait déjà où l'emmener. Il imaginait un endroit plein de soleil, où la nuit n'était plus synonyme de danger mais d'une clémence infinie, protectrice de leurs secrets et de leurs confessions silencieuses. Un endroit où la mer se confondrait avec le ciel, au sud, tout au sud, où le vent prendrait des accents rieurs et ne leur soufflerait plus la sombre mélopée de Mount Oak : éclats de voix, coups de feu, cavalcades au terme incertain. Et ce dernier baiser confortait Bran dans la certitude qu'il devait emmener Jax avec lui, loin de toute cette folie, loin de cette ville qui aspirait tout ce qu'il y avait de bon en eux. Quitte à se rendre fous, quitte à se faire du mal, quitte à apprendre à se faire du bien, autant le faire au soleil et plus que jamais, Bran était décidé à ne pas abandonner la partie. Aurait-il agi différemment s'il avait été conscient de la toile qui se tissait dans son dos, sans qu'il n'ait aucune idée du poison qui allait lui être infligé ? Aurait-il foncé tête baissée malgré tout, avec l'amour pour seule justification ? Comme d'habitude, il rêvait trop fort, Bran. Il pensait que Jax comprendrait sans les mots, que juste les retrouvailles de leurs deux corps seraient suffisantes pour lui rappeler qu'ils étaient faits l'un pour l'autre, dans tous leurs défauts, leurs incohérences et leurs discordances. Certains s'assemblaient parce qu'ils se ressemblaient ; eux s'attiraient parce qu'ils n'avaient rien en commun, si ce n'est cette force qui les poussait à évoluer en orbite l'un de l'autre, comme deux météores forcés de croiser leurs parcours, échappant à chaque fois de peu à la collision dévastatrice. Et parfois, leurs routes s'écartaient et comme des comètes filant à toute allure, ils se manquaient et étaient condamnés à attendre des années avant de pouvoir se retrouver. Était-ce encore l'un de ces moments où ils allaient se manquer de peu, rendant l'échec encore plus frustrant ? Le baiser se rompit avec violence et Bran ouvrit brutalement les yeux, incapable de comprendre l'injonction de Jax. Pourquoi arrêter alors qu'ils avaient si bien commencé ? Il connaissait Jax, son corps, ses réactions ; si la situation n'avait pas été si dramatique, Bran aurait probablement penché la tête sur le côté, se serait fendu d'un sourire entendu et aurait répliqué à Jax qu'il n'avait pas la moindre envie de s'arrêter en si bon chemin, et lui non plus, à en juger par les retours favorables. Et en croisant le regard de son ancien partenaire, Bran sut. Quelque chose n'allait pas. Quelque chose, un grain de sable, allait se glisser dans les rouages de son plan sans accroc et lui enlever Jax, encore une fois. Mais il n'allait pas le laisser faire, pas vrai ? Quoi que ce soit, il allait trouver une solution. Il n'abandonnerait pas, pas après trois ans de travail acharné. La voix chargée de fureur lui fila pourtant un frisson dans le dos, et Bran déglutit péniblement. Pourquoi fallait-il toujours que Jax trouve toujours les failles dans ses plans bien rodés ? « Tu voulais quoi, que j'envoie une carte ? » répliqua-t-il faiblement, pathétique tentative d'humour pour apaiser l'émotion rageuse qu'il lisait sur le visage de son ancien partenaire. Mais qu'aurait-il dû faire ? Envoyer des mots, de temps en temps, comme pour garder contact avec un copain de colonies de vacances ? Bran ne fonctionnait pas ainsi. Il était incapable de mentir à Jax, incapable d'afficher un visage et une attitude détachées quand tout ce qu'il désirait, c'était de lui sauter dessus. Le silence valait mieux qu'un mensonge, même bien entretenu. Son ex-acolyte ne semblait pas l'entendre de cette oreille, soit. Mais était-ce vraiment le problème ? Non, ce qui faisait peur à Bran, ce qui creusait un trou dans sa poitrine déjà martyrisée, c'était la suite, c'était l'argument que Jax lui avait toujours opposé et qui semblait avoir gagné en puissance et en légitimité depuis la dernière fois. Même si. Bran ne laissa rien entrevoir mais à l'intérieur, deux nouveaux trous venaient de perforer son myocarde passé au crible. Comment ça, même si ? Non, il connaissait Jax, il savait qu'il mentait, encore une fois, et ça le rendait fou. Il ne supportait plus ces barrières que l'homme de main mettait en lui et toutes les possibilités que le monde lui offrait. Bran avait bien senti son baiser tout à l'heure, il avait bien senti que tout était possible. Que ces trois années de silence pouvaient être pulvérisées, si jamais ils s'en donnaient la chance. Trop tard. « Il est pas trop tard, pas pour nous, jamais pour nous. » rétorqua le voleur avec une force dont la provenance lui était inconnue, peut-être venue de ce feu qui brûlait en lui et que Jax était bien le seul à pouvoir allumer. Mais le garde du corps sembla balayer sa jolie formule d'un revers de la main et parla à nouveau de responsabilités. De sa vie. Bran avait envie de lui rire au nez. Quelle vie ? Celle où il faisait le chien de garde ? Que se passait-il, dans cette vie ? Pas grand-chose, à en juger par les endroits où il était contraint de se rendre pour trouver un peu de réconfort physique. Blessé, il croisa les bras et s'apprêtait à répliquer quand Jax lui asséna le coup de grâce. La bombe. Le poison mortel, celui qui attendait son heure. Celui qui avait été préparé dans l'ombre, sans qu'il ne le voie. Sans qu'il ne comprenne.
Bran crut avoir mal entendu au début. Il l'espérait, en fait, parce que ça signifiait que Jax ne venait pas de lui planter un couteau en plein coeur. Ça signifiait qu'il n'avait pas œuvré pendant trois ans dans l'ombre pour rien. Ça signifiait qu'il avait encore une raison de vivre. Peut-être que s'il la combattait de toutes ses forces, cette réalité dystopique ne se cimenterait pas dans le temps. Peut-être qu'il pouvait la modifier, remonter au moment où Jax prenait sa décision et le convaincre de rester avec lui. « Quoi ? » Il avait la voix blanche, le regard vide. C'était une blague. Un ultime mensonge qu'il devrait s'échiner à défaire pour enfin arriver à percer les barrières de Jax. Pourquoi est-ce l'homme de main ne démentait pas ? Pourquoi n'ajoutait-il rien ? Il aurait dû lui annoncer la fin de la partie. A moins qu'il n'ait gagné ? « Tu es quoi, Jax ? » Cette fois, sa voix avait le timbre du désespoir cinglant. Bran ne cachait plus rien. Il n'en avait plus la force. Mû par une force automatique, il avança vers Jax et saisit son col à deux mains, le secouant comme pour le remettre en marche. « Dis-moi que tu mens. Je te jure, Jax, je... » Je quoi ? Qu'est-ce qu'il allait faire, hein ? Bran sentit la tête lui tourner. Etait-ce les coups qu'il s'était reçu ou bien les premiers symptômes d'un coeur authentiquement broyé ? Il voyait trouble. Le visage de Jax se brouillait derrière des larmes brûlantes et il les ravala avec fureur. Il lâcha le col de Jax et le poussa violemment. Après le déni, c'était la rage qui le gagnait et il la laissait prendre le contrôle de tous ses actes. « Donc t'engager avec moi, partir de ce trou, c'était trop dangereux, trop risqué, mais te marier ici, dans cette putain de ville, ça te va ? » cracha-t-il. Il ne pouvait pas le croire. Tout ce temps, il avait cru que c'était leurs choix de vie qui les empêchait d'être ensemble quand depuis tout ce temps… Jax ne voulait pas être avec lui. Il était le problème, lui, Brandon Rose, même pas assez bien pour susciter l'envie de s'extirper d'une vie aussi pathétique que dangereuse. Il ne serait jamais bien pour Jax, il le voyait maintenant. Il ne serait jamais assez fiable, jamais assez rassurant, jamais assez… Jamais assez. Il trouverait toujours quelque chose à redire, quoiqu'il fasse. Qu'importe les sacrifices. Qu'importe son coeur qui saignait à chaque battement qu'il réservait à l'homme de main. « Et comment ça se passe, la vie de couple, Jax ? Tu lui as raconté ta vie, tous les sales boulots que t'as dû faire pour en arriver là, dans ton joli bureau ? Le dimanche, vous allez promener le chien et le lundi, tu tabasses des types comme moi ? Est-ce qu'elle sait tout ça ? » Rien que la pensée lui paraissait ridicule. Jax Beauchamp, dans une vie d'homme marié rangé ? Est-ce qu'il l'aimait ? Est-ce que celle (ou celui, mais il ne voulait même pas penser à cette possibilité) qui partageait sa vie le connaissait comme lui, il le connaissait ? Est-ce que le conjoint mystérieux prenait le temps de caresser chaque cicatrice ? Est-ce qu'il prenait la peine d'écouter les silences ? Jax lui souriait-il avec cette même indulgence, avec cette même tendresse ? Brandon avait l'impression d'étouffer et il se passa les mains dans les cheveux, reculant d'un pas. Il fallait qu'il s'écarte, sinon il allait frapper Jax et il allait le regretter. « Tout ce que j'ai fait pendant trois ans, c'était pour toi. C'était pour nous. Tu croyais quoi, que j'allais abandonner comme ça ? » murmura-t-il sans regarder son ancien amant, profitant d'une brève accalmie dans la colère. Il le murmurait pour lui-même, pour prendre la mesure du ridicule de son entreprise. Pendant trois ans, il avait tenté de réparer son erreur et pendant ce temps-là, Jax avait tiré un trait sur lui, sur  leur histoire. Bran releva les yeux et croisa ceux de Jax. La tempête reprit et il serra les poings. « Est-ce qu'il y a quoi que ce soit de vrai dans ce qu'on a eu ? Est-ce qu'on a seulement eu quelque chose ? » Ecorchée, éraillée, sa voix d'habitude  si chantante. Brisé, son coeur. « Réponds-moi ! Pour une fois de ta putain de vie, regarde-moi et réponds-moi ! » rugit-il. Un dernier éclat. Eclatés, ses rêves. Bousillés, ses souvenirs.

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MessageSujet: Re: there are songs that still feel like your teeth on my neck   Sam 9 Sep 2017 - 12:45

Son cœur émettait un son caverneux, comme si ses battements se répercutaient sur chaque limite du corps de Jax, en un écho furieux et désespéré dont les ondes venaient l’assommer. Il était vidé de tout. D’espoir, de courage, de force. Il aurait voulu s’enfoncer dans la terre, mourir étouffé sous celle-ci, ne pas avoir à contempler le désastre dont il avait été finalement le seul chef d’orchestre. Tout remontait à lui et son entêtement aveuglé, son incapacité à sauter dans l’inconnu et accepter ce qu’il rencontrait. Pourtant il savait. Il savait qu’avec Bran à ses côtés, il aurait pu tout affronter, tout surmonter. Il aurait dû répondre par l’affirmative, peu importe ce que proposait l’impudent, peu importe que ce soit insensé ou idéaliste. Ensemble, ils avaient frôlé le danger si souvent qu’ils auraient dû être surpris d’être toujours en vie ou rire de leur veine incroyable. Mais le Louisianais n’était pas doté de cette insouciance qu’il aimait et détestait tant chez son acolyte. Il était incapable de hausser les épaules comme si rien n’avait d’importance parce qu’elles étaient trop accablées par un poids ancien, familial, qui pesait si lourdement que sa vaste carcasse se recroquevillait lentement. Ce soir, Jax en était certain, elle s’enroulait encore un peu sur elle-même, victime du poids de la culpabilité. Comment pourrait-il ressortir vivant de cette confrontation quand c’est tout ce à quoi il tenait qui s’effritait sous ses yeux ? Il aurait voulu continuer à fermer les yeux, ignorer le carnage, ne pas voir la douleur prendre possession du corps de Bran. Mais il en était incapable. Hypnotisé, il fixait le jeune homme, absorbant chaque revirement dans son expression, décelant chaque changement de teinte dans son regard tandis que celui-ci abandonnait sa naïveté exaltée pour sombrer dans une hébétude pleine de souffrance avant de bouillir d'une colère incontrôlable.
Jax se maudissait d’avoir été si défaitiste, d’avoir abandonné la partie quand, au fond, il savait qu’il avait passé ses journées à attendre ce moment, celui où il pourrait à nouveau contempler Bran dans toute sa splendeur d’inconscient complexe et décomplexé. Bran qui n’avait pas froid aux yeux – que ce soit pour risquer sa vie ou son ego. Il se donnait entier, dans les actes comme dans les paroles et si seulement il avait pu lui prêter un peu de cette verve qu’il avait en excès, peut-être se seraient-ils mieux compris. Peut-être que le Louisianais n’aurait pas été si lâche et si prompt à supposer que le départ du jeune homme était définitif. Il aurait dû savoir que Brandon Rose n’abandonnait pas la partie si facilement, qu’il avait toujours une idée derrière la tête, qu’il se fichait pas mal des chances ou risques que comportait une mission. Il marchait sur un fil tendu vers le néant comme un funambule de l’extrême, qu’un souffle suffirait à faire chuter et qui, pourtant, miraculeusement, s’en sort toujours. Jax aurait dû s’en douter mais il avait volontairement mis des œillères, probablement parce qu’il était plus simple de se dire que c’était fini pour de bon, qu’il avait mérité ce qui lui arrivait et, en fin de compte, qu’il n’avait pas droit à cet amour absolu dont il s’était si longtemps nourri. Pire, Jax s’était convaincu qu’il avait eu raison dès le départ : que tout ce qui s’était passé ne faisait que le conforter dans l’idée qu’il n’était pas fait pour vivre une vie longue et heureuse avec un acrobate insolent. C’était plus facile que d’attendre et espérer, que de se dire qu’il y avait une chance pour qu’il lui revienne et lui pardonne une fois de plus sa faiblesse d’esprit et de cœur. C’était plus facile pour affronter les jours comme un automate qui n’attend rien du lendemain.
Du moins était-ce le cas jusqu’à ce qu’il rencontre Maika et qu’il comprenne qu’il avait beau être un ogre taciturne, il avait besoin d’une présence rassurante, une constante délicate qui frôle son existence sans complètement la pénétrer. C’était pour ne pas mourir de solitude dans ce monde envahi de clones et de corruption que Jax s’était laissé bercé par la douce présence de la jeune femme et qu’il en était là aujourd’hui. Elle avait su, en un sens, appliquer un baume réconfortant sur ses plaies ouvertes et même si elle n’avait jamais pu les guérir, elle avait adouci la vie de Jax Beauchamp. Elle n’était pourtant pas une pauvre âme fragile, au contraire, comme Bran, elle était dotée d’une force indépendante, d’une détermination farouche, d’une assurance inébranlable. Son ancien amant et sa femme n’avaient rien en commun et, pourtant, ils avaient été, chacun à leur manière, une béquille sur laquelle le Louisianais s’appuyait, épuisé par l’inconstance de son courage, par ce passé qui l’avait façonné et rendu fragile et incapable de croire qu’on pouvait vouloir vivre avec lui.
Jax ne s’en rendit pas compte immédiatement, mais il tremblait. Il tremblait d’une colère mal contenue, d’un flot de sentiments contradictoires et trop longtemps réprimés. Il tremblait et menaçait de s’effondrer. C’étaient trois années qui le bousculaient en une fois, c’était trois ans d’attente, de désespoir, de quête illusoire, de tentatives de se persuader que c’était pour le mieux. Trois années à essayer de se convaincre que, cette fois, c’était bel et bien fini et que ça n’était que la fin logique de leur histoire. Trois années soufflées par une brusque tempête qui le laissait chancelant devant la vérité, terrible et nue, que ça ne serait jamais fini. Qu’il ne pourrait jamais oublier Bran, qu’il ne pourrait jamais en faire le deuil, qu’il ne pourrait jamais laisser entrer quelqu’un d’autre. Mais pouvait-on vraiment dire qu’il avait laissé entrer Bran quand c’était plutôt l’autre qui avait eu le mérite (ou l’inconscience) de se faufiler entre les failles pour atteindre ce cœur profondément enfoui, de louvoyer entre  les écueils, de venir poser ses mains salvatrices sur un corps abimé trop tôt ?
Alors oui, eut-il envie de répliquer. Oui, il aurait dû envoyer une carte,  il aurait dû savoir que, contrairement à lui, Jax ne pouvait pas survivre, qu’il ne pouvait pas se nourrir de cette assurance irréfléchie. Finalement, c’était bien du Bran tout craché, ça, songea Jax avec amertume. De s’imaginer qu’une vie n’attendait que lui pour continuer, que le temps s’arrêtait pour son irrésistible sourire, que le monde cessait de tourner dès qu’il disparaissait pour mener son existence comme il l’entendait. Alors Jax se pinça les lèvres d’un air buté, puisque si Bran était connu pour son insolence et son insouciance, lui l’était pour son côté borné et ténébreux. Les mots de Bran auraient dû le soulager, le réjouir, effacer ces années d’inquiétudes et de solitude, d’attente et de désespoir. Au lieu de quoi, ils écorchaient vif le Louisianais qui voyait les conséquences de ses choix. Il voyait le champ libre qui leur aurait été offert, où il n’aurait eu qu’à acquiescer pour oublier le mal qui l’avait rongé, s’il n’avait pas abandonné l’espoir, s’il ne s’était pas persuadé lui-même que tout était terminé. S’il ne s’était pas marié. Pourtant, en un sens, il ne regrettait pas son mariage. Il ne regrettait pas sa vie actuelle, le bonheur qu’il ressentait à retrouver son épouse et à l’écouter parler tout en admirant sa sérénité, sa beauté irréelle, sa vision bien à elle de la vie. Il en regrettait juste les limites et ce qu’elle imposait maintenant à ces retrouvailles qu’il avait tant rêvées. Mais il ne pouvait pas mentir plus longtemps. Il ne pouvait pas cacher cet élément significatif. Il ne pouvait pas prétendre que Maika n’existait pas. Et peut-être, aussi, que, d’un côté, dans sa lâcheté naturelle, Jax espérait que cela règlerait son problème, que cela simplifierait le choix qui s’imposait à lui, à eux. Il était marié, il n’y avait rien à dire de plus. Il n’avait aucune intention de divorcer, de lâcher la jeune femme sous prétexte que l’homme qu’il aimait lui était revenu, avec son impudence habituelle, s’imaginant qu’il suffisait d’apparaitre comme un magicien pour obtenir ce qu’il voulait. Il avait lâché ces mots sans savoir exactement ce qu’il en attendait comme résultat, il savait juste qu’ils ne pouvaient pas rester éternellement dans le néant et que, tôt ou tard, Bran l’apprendrait.
L’incrédulité du jeune homme lui broya cependant le cœur plus qu’il ne l’imaginait. Convaincu que l’autre retombait toujours sur ses pattes et était l’as de la mascarade, Jax ne s’était pas attendu à une réaction aussi évidente et désarmante. Une pierre lui coula dans le ventre – probablement son cœur qui n’avait plus aucune raison de battre – et il eut envie de fuir ces lieux maudits mais son corps ne lui obéissait plus, il était tétanisé, devenu une statue de pierre, torturé à nouveau, obligé de voir les dégâts qu’il causait par sa bêtise, par son manque de confiance en lui, en Bran, en eux. Jax ne répéta pas, la question était rhétorique, Bran l’avait parfaitement entendu. À la place, il serra les mâchoires et une lueur de rancœur féroce s’imprima dans ses yeux clairs. Une lueur rapidement voilée par une impuissance sans nom. Voir Bran dans cet état lui faisait un mal de chien et il ne pouvait rien faire pour revenir sur ses pas, pour effacer ces dernières minutes (et ces trois années), pour dévier cette balle qu’il venait de leur tirer en plein cœur. Au lieu de quoi il dut assister à leur histoire qui se décomposait au rythme des larmes refoulées de son ancien acolyte et amant. Il aurait dû se dire que cela prouvait bien l’authenticité de Bran, que sur ce point-là, au moins, il ne fanfaronnait pas, mais cela ne le réconfortait en rien. Au contraire. Cela le broyait lentement et impitoyablement, le laissant incapable de répondre ou de réagir sous les assauts furieux du jeune homme. La vérité claire et insensée que Bran énonça lui donna des vertiges mais, encore une fois, il resta muet. Qu’avait-il à dire pour sa défense, de toute manière ? Il ne pouvait certainement pas lui rétorquer qu’il ne comprenait pas, que ça n’était pas un mariage comme ça mais il n’était pas sûr que cela arrange leur affaire. Cela pourrait même aggraver la douleur de l’impudent. Tout à coup, ça n’était plus le garçon inconscient qui se moquait ouvertement de son sort que Jax avait sous les yeux. À la place, c’était l’amour de sa vie dans toute sa vulnérabilité, ployant sous une douleur dont il était l’origine, l’impitoyable tortionnaire. Bran ne voyait-il donc pas ? Il perdait son temps avec le cas Beauchamp, il était sûrement bien mieux où il était resté toutes ces années, où que ça soit – et ça, Jax l’ignorait toujours. C’était un trou noir, un mystère qu’il ne valait peut-être mieux pas percer. Peut-être était-ce là la suite logique de leur histoire maudite.
Il savait qu’il aurait dû réagir, répondre, se défendre, au lieu de laisser Bran l’accabler de reproches et de remarques acides. Mais il en était incapable. Au lieu d’essayer d’expliquer son choix de vie incompréhensible, il sondait le regard de Bran, laissait les mots le percuter et pénétrer sa peau. Ça ne laisserait pas de cicatrice évidente, évidemment, pas comme toutes les autres plaies qui avaient marqué sa peau et son corps, mais ça ne les rendait pas moins douloureuses. C’était même pire. Ces blessures là ne cicatriseraient pas pour ne laisser qu’une vague boursoufflure en souvenir. Cela le marquerait à jamais, cette détresse trouble, cette colère sourde, qui secouait Bran et qui l’émiettait sous les yeux du garde du corps. Il fallut que le jeune homme remette en question l’essence même de sa vie pour que Jax sorte de sa torpeur, une gifle si violente qu’il fallut qu’il batte des paupières pour reprendre ses esprits et pour laisser couler la rancune, à son tour, bilieuse, injuste, désespérée.
- Qu’est-ce que j’étais censé faire ? gronda-t-il, la voix rauque. Attendre éternellement un signe qui ne venait pas ? J’ai cru que tu me haïssais, que tu ne reviendrais pas, cette fois.
Et aurait-il pu le lui reprocher, quand leur dernier échange avait eu un arrière goût de rupture, lorsqu’il avait évincé toute suggestion de quitter ce monde obscur pour vivre à deux. Jax se souvenait précisément pourquoi il l’avait fait : par peur de ne jamais être assez, d’un jour lasser l’impudent. Il aurait dû savoir que quand ce dernier avait quelque chose en tête, il ne l’avait pas ailleurs. Alors pourquoi s’était-il obstiné à se dire que leur histoire était close, au point de s’en convaincre un peu trop facilement ?
Un sourire blessé parvint difficilement à s’esquisser sur ses lèvres. Un sourire qui, il le savait, face à la douleur de Bran, devait sembler bien malvenu, mais qu’il ne put retenir :
- Il n’y en a jamais eu que pour toi, crétin, lâcha-t-il comme s’il abandonnait une partie qui n’avait que trop duré. Mais tu es parti et je n’avais plus personne. J’aurais pu me faire sauter la cervelle et toute ta belle entreprise, elle aurait servi à quoi, hein ?
Parce que ça n’avait tenu qu’à ça, finalement, non ? Il ne pouvait pas dire que ça ne lui avait pas effleuré l’esprit, en tout cas. À quoi bon continuer quand la seule personne qui comptait lui avait échappé et qu’il n’avait aucun moyen de le contacter ? Peut-être qu’il n’avait pas assez essayé, Jax le savait, il n’empêchait que trois années, c’était trop long. Pour n’importe qui.
- Je ne sais pas ce que je suis venu chercher ce soir. Je savais que ça ne pouvait que se terminer mal mais te savoir à Mount Oak et rester chez moi…
Jax ne chercha même pas à finir sa phrase. Sa gorge était bien trop nouée, son cœur bien trop lourd, son âme bien trop exposée.  
- Tu l’aurais appris tôt ou tard, de toute façon, si tu comptais vraiment rester.
Alors autant qu’il l’ait appris de sa bouche, non ? Ou était-ce là un mensonge supplémentaire ? Jax Beauchamp était-il devenu l’as des mensonges lorsqu’il était question de se voiler la face ?

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MessageSujet: Re: there are songs that still feel like your teeth on my neck   Sam 23 Sep 2017 - 20:25

Seul Jax Beauchamp pouvait, d'un mot, d'un geste, faire ravaler à Bran son sourire facétieux, celui qui creusait de douces fossettes sur ses joues d'éternel adolescent béni des dieux. D'habitude, Bran offrait au monde ce visage nimbé d'une glorieuse auréole, conforté dans l'idée que rien nie personne ne pouvait l'empêcher de faire quoi que ce soit. S'il n'avait pas été témoin de sa propre mortalité, l'indécent voleur se serait bien proclamé immortel avec toute la modestie dont il était capable (c'est-à-dire aucune). Bran, il vivait sans se retourner, sans regretter : il donnait tout ce qu'il avait. Ou plutôt, il avait donné. Tout, à Jax Beauchamp, tout son être, sans conditions ni clauses secrètes, toutes les failles, les vices de forme, les rouages mal enclenchés, tout ce qui ne fonctionnait pas et qui avait besoin des mains rugueuses du malfrat pour être remis en place. Ce qu'il projetait au monde n'était que le négatif de ce qu'il était réellement, un être imparfait et désordonné, compliqué, plein de défauts, d'incertitudes, d'angles sur lesquels on venait s'écorchait. Il était comme le reste des autres, comme toutes ces centaines de milliers d'âmes qui existaient sur le fil du rasoir, à la différence que lui, il l'acceptait. Il ne voulait pas réparer ses erreurs, il ne voulait pas s'améliorer, il ne voulait pas faire semblant. Il était un bandit, ni bon ni méchant, gris dans l'âme et flamboyant pour tout le reste. Il acceptait d'être l'être arrogant, contradictoire et imparfait qu'il était. Et il voulait être aimé pour ce qu'il était. C'était tout ce qu'il demandait, tout ce qu'il était, un idiot demandant à un autre idiot de l'aimer. Rien de plus, rien de moins. Il avait essayé d'autres choses et rien n'avait fonctionné. Les simulacres de relations qu'il avait entretenues après sa séparation d'avec Jax n'avaient été que de risibles tentatives de divertissement qui avaient toutes échoué. Ces distrations s'étaient même retournées contre lui, lui rappelant systématiquement son échec. Avec amertume, il repensa à Ace, à son corps parfait, sa belle gueule ; l'héritier, malgré sa beauté, n'était pas parvenu à lui faire oublier le goût de Jax Beauchamp, la texture si particulière de sa peau, sa bouche avide qui ne s'excusait pas de l'être. Leurs ébats comme leurs confrontations les avaient souvent laissés couverts de bleus – à l'âme comme au corps -, presque autant que les véritables affrontements auxquels ils étaient invariablement mêlés. L'amour absolu, entêté, obstiné, sous couvert d'une mésentente qui ne dupait que les concernés. Bran était incapable de l'expliquer : il était tombé amoureux comme on tombe dans un piège, qui se refermait cruellement sur lui aujourd'hui. Sous les choc, les mains tremblantes et la nuque glacée, Bran fixait Jax d'un œil trouble, comme s'il tentait d'apercevoir derrière lui une ombre, un fantôme, quelque chose qui lui prouverait que ce qui était en train de se passer n'appartenait pas au domaine de la réalité. Mais tout était vrai. Tout était douloureusement réel, atrocement familier, des lampadaires à la lumière nue jusqu'à cet environnement stérile et mort qui avait toujours été, au final, leur terrain de jeu favori. Comment est-ce que quoi que ce soit de viable pouvait naître ici ? Comment avait-il pu se leurrer à ce point ? Le regard vide, Bran écoutait les arguments de Jax. Il n'y avait plus que ça à faire, de toute façon, puisque tout le reste était mort. Il voyait ses erreurs, à présent. Il voyait qu'il n'aurait pas dû partir, pas aussi longtemps en tout cas, il voyait que Jax n'avait jamais eu assez confiance en lui pour attendre aussi longtemps. Sa colère se retournait lentement contre lui, plus destructrice, plus létale que jamais. Le doute, les et si s'insinuèrent dans sa tête, remontèrent comme des serpents le long de sa colonne vertébrale, lui soufflant sans cesse des scénarios qui implosaient aussitôt. Et s'il était resté ? Et s'il avait ravalé sa fierté, son coeur brisé, son ego piétiné, Jax l'aurait-il repris ? S'ils avaient pu en parler dans d'autres circonstances, son amant aurait-il acquiescé à sa proposition folle et pleine d'espoir insensé ? Les mots terribles de Jax le heurtèrent de plein fouet et il releva les yeux vers lui, le poids de cette possibilité lui pesant désormais sur les épaules. « Ne dis pas des trucs pareils. » souffla-t-il, d'une voix presque inaudible, paralysé par la perspective, horrifié par sa possibilité si proche. Comment aurait-il réagi, s'il était revenu à Mount Oak pour découvrir une tombe – même pas, juste une ligne sur un registre – au lieu de son amant ? L'aurait-il rejoint de l'autre côté ? Toutes ces années, qu'il haïsse Jax ou qu'il l'aime, il avait au moins la certitude qu'il était en vie. Il avait quelqu'un contre qui diriger sa rage ou ses doutes. Mais aujourd'hui, il réalisait que ça ne changeait rien. Ils en restaient au statu quo, se heurtant, comme toujours, à cette fracture, ce fossé qui grandissait un peu plus chaque jour.  Ils dansaient toujours le même pas de deux, un pas en avant, deux pas en arrière, un fuis-moi je te suis qui les emmenait dans les recoins les plus sombres et les virages les plus serrés et se terminait invariablement par une impasse contre laquelle ils venaient crasher avec violence. Une impasse nommée Mount Oak, un lieu maudit où toutes leurs mauvaises décisions prenaient des proportions gargantuesques, où leurs actions avaient des conséquences impossibles à prévoir ou à empêcher. Si seulement tu étais venu, songea Bran en fixant son ancien amant. Si seulement il avait pu le convaincre de sauter avec lui en chute libre, si seulement ils s'étaient sauvés quand ils le pouvaient encore... Ils n'en seraient pas là, à se détruire à nouveau. Etait-ce là tout ce qu'ils étaient condamnés à partager ? Condamnés à voir mourir leurs comètes ensemble, avant d'être séparés aussitôt ? Les tentatives pathétiques de Jax pour s'expliquer lui tirèrent un rire méprisant et il fixa son bourreau avec des yeux incrédules, encore brillants. Se fichait-il de lui ? « Et je devrais te remercier de m'avoir apporté la bonne nouvelle, Jax, c'est ça ? Tu aurais dû m'envoyer un faire-part, ça m'aurait épargné le trajet. Bon sang, mais... » La jalousie suintait par chaque modulation de sa voix esquintée, qui avait perdu tout son miel. A la place, c'était du poison qui s'en échappait, lent et douloureux. Y avait-il un mariage, une fête, un vin d'honneur ? Jax avait-il goûté à ce semblant de normalité que Bran méprisait, mais qu'il aurait désiré plus que tout si son ancien acolyte avait décidé de le suivre ? Le voleur releva les yeux, qu'il avait détournés vers un point où le néant semblait l'aspirer et darda un regard reptilien sur l'objet de toutes ses souffrances. Un rictus balafrait son visage blême. « Je vais te dire, moi, ce que t'es venu chercher. Un truc que ta petite femme ne peut pas te donner, un truc que tu aurais bien pris si tu n'avais pas décidé de jouer les maris parfaits tout à coup. » Il jouait volontairement sur les mots, appuyait là où ça faisait mal. Avoir goûté brièvement le bonheur des lèvres de Jax contre les siennes pour le se voir retirer aussitôt ne faisait qu'accentuer sa douleur, comme si on lui mettait du sel dans une plaie. En retour, il voulait tout détruire, tout salir. « Ce qu'on avait, toi et moi, c'était ce qui nous rendait libres. Vraiment libres. On avait quelque chose que personne ne pouvait nous prendre. C'était notre porte de sortie. » Les mots s'échappaient de ses lèvres écorchées, et à nouveau, sa vue se brouilla. Et parce que contrairement à Jax, il n'était pas mortellement effrayé par la moindre de ses émotions, il laissa couler deux larmes avant de les essuyer d'un coup de manche rageur. « Alors, écoute-moi bien. Maintenant, tu peux aller baiser n'importe qui n'importe où, rentrer le soir, te convaincre que c'est ta vie, que t'as réussi à te sortir de là, je vais te dire la vérité. Tu seras toujours prisonnier. De ce foutu patelin, de ta peur panique du bonheur et de tes putains d'opportunités manquées. » Il était injuste, il s'oubliait dans l'équation, mais c'était l'amant rejeté deux fois qui s'exprimait, c'était le coeur brisé, le désespoir, l'amour qui refusait de s'éteindre malgré tout. C'était la réalisation terrible de comprendre que malgré tout, il l'aimait toujours, qu'il ne cesserait jamais d'attendre, qu'il ne pourrait pas avancer et qu'il ne savait pas quoi faire de sa carcasse en attendant. « Pourquoi est-ce qu'il a fallu que tu m'embrasses, espèce d'imbécile ? » Demande absurde, cri du coeur. Incapable de faire face à Jax plus longtemps, Bran se détourna et lui tourna le dos. Il aurait eu moins mal si les trois sbires du bar avaient décidé d'en finir avec lui. Jax Beauchamp serait toujours celui qui aurait sa peau, quoi qu'il arrive.

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MessageSujet: Re: there are songs that still feel like your teeth on my neck   Dim 8 Oct 2017 - 12:39

Aurait-il mieux fait de rester chez lui, ce soir ? Ne pas sortir, ne pas venir au devant de douleurs inéluctables ? Jax savait que non. Il serait resté là, dans son lit, à fixer le plafond, l’esprit tourmenté, incapable de songer à autre chose. Comme toutes ces nuits, ou presque, depuis qu’il avait intercepté son ancien acolyte dans les bureaux de ses patrons. Brandon Rose le hantait. Jour et nuit. Il l’empêchait de sombrer dans un sommeil sans rêve et obscurcissait son esprit lorsqu’il était supposé se concentrer à ses tâches quotidiennes. Jax n’avait pas cessé d’imaginer les activités de son ex amant, essayant de se figurer où il était, ce qu’il faisait. Et pour qui. C’était cette analyse systématique qui l’avait tenu à l’écart des endroits où il se rendait lors de ses soirées libres, quand Maika et lui sortaient chacun de leurs côtés. Et puis il en était venu à la conclusion que, peut-être, c’étaient là précisément les lieux où il avait une chance de croiser la route de l’imprudent. Oui, Jax ne pouvait se leurrer sur ce point : il savait le risque qu’il prenait, l’enjeu de sa venue, lorsqu’il avait poussé la porte du bar. Il se jetait dans la gueule du loup, pleinement conscient de peut-être signer là la fin de ses espoirs les plus ténus, les plus enfouis. Car quelle autre issue pouvait-il envisager ? Comme si Bran allait accepter son statut marital et s’y faire. Le Louisianais n’avait pas été jusqu’à entrevoir la trahison qui se profilait à l’horizon, considérant que cela aurait été présomptueux de sa part de penser qu’après tout ce temps, Bran puisse éprouver de la jalousie à son égard. Comme tout le reste, Jax s’était convaincu que Bran avait tiré un trait sur lui et avait poursuivi sa vie dissolue sans se soucier de son ancien bras droit. C’était un don, chez Jax, de se convaincre d’une telle chose. Il ne voyait pas pourquoi l’impudent se serait retourné, blessé dans son égo comme il l’avait été. Mais voilà, au fond, Jax savait aussi qu’il se mentait lamentablement. Il connaissait Bran, même s’il feignait le contraire. Il devait se douter, dans un coin reculé de son esprit, que les choses ne se passeraient pas bien et ce, même si Bran avait fait le guignol en prétendant s’en contrefoutre royalement. Cela aurait peut-être été plus si simple si le jeune homme avait préféré préserver sa dignité mais, visiblement, le coup porté était trop brutal pour que le prince des magouilles parvienne à jouer la comédie.
Pour la première fois de son existence, Jax regretta de ne pouvoir remonter le temps. Il était de ces êtres qui, trop terre-à-terre, ne songent jamais à une ineptie pareille. Ancré dans la réalité, il acceptait son destin et les méandres du chemin parcouru. Il était le fils d’un éternel alcoolique. Il avait le corps bardé de cicatrices, de témoignages de ses (mauvaises) décisions. Il était doté du pessimisme de celui qui s’imagine qu’il ne sera jamais vraiment heureux et que l’impression qu’il l’a été, à un moment ou un autre de sa vie, n’était qu’un mensonge, un voile qui lui obscurcissait la vision. Il était sombre et taciturne. Il ne riait jamais de bon cœur, il ne se berçait jamais d’illusions, il ne laissait pas aux rêves le temps d’éclore, préférant les abandonner avant qu’ils se creusent un nid dans son imagination trop peu fertile. Mais pour la première fois, Jax regretta de ne pouvoir revenir en arrière, effacer ses erreurs et ainsi modifier l’avenir dont il connaissait quelques bribes. Tout plutôt que de regarder cette débâcle droit dans les yeux, tout plutôt que d’accepter qu’il ait provoqué ce délire, cette douleur.  Mais il ne pouvait détourner les yeux, comme si on le forçait à contempler le désastre, comme si son cou s’était figé pour l’empêcher de regarder ailleurs. Il aurait pu fermer les yeux mais même ça relevait de l’impossible. Que pouvait-il désormais faire pour rattraper ses erreurs ? Que pouvait-il dire pour réparer le mal qu’il avait fait ? Lui, incapable qu’il était de formuler correctement le fil de ses pensées, lui qui s’était toujours contenté d’être lu par son acolyte, qui n’avait jamais eu à exprimer quoi que ce soit ? Bran, plus que quiconque, le seul même, qui puisse comprendre son langage bancal, Bran qui savait lire entre les lignes, Bran qui décodait sa peau comme du braille. Bran devant qui il se retrouvait muet. Si seulement il avait pu être sourd, aussi. Et aveugle. Sourd à la détresse de son ancien amant, aveugle à sa douleur. Si seulement il n’était pas venu chatouiller le destin en cherchant la collision avec le jeune homme. Si seulement il n’était pas taraudé par ce chagrin qui le rongeait de ses petites dents pointues et insatiables.
Le rire de Bran, bien qu’éloquent, chargé d’une stupéfaction douloureuse, fit ciller Jax qui baissa les yeux pour la première depuis qu’il avait rompu leur baiser pour assassiner leurs retrouvailles. L’ironie dégoulinante de la remarque n’appelait pas une réponse et, de toute manière, Jax ne savait pas ce qu’il aurait pu rétorquer à cela. Il se mit à douter, se demanda s’il n’aurait pas été préférable que Bran découvre son mariage autrement mais il sut, presque aussitôt, que si la situation avait été inversée, il aurait détesté apprendre une telle chose d’une autre bouche. Plus précisément, il savait qu’il n’aurait jamais pu garder une quelconque contenance si quelqu’un le lui avait annoncé. Alors, face à la hargne du jeune homme, Jax se borna au silence et serra les poings. Il ne reporta les yeux sur Bran que lorsque celui-ci s’étala en sous-entendus abjects et lui lança un regard accusateur. C’était faux, il le savait parfaitement. Quand bien même chaque once de son corps se languissait de celui de l’imprudent, cela ne se résumait pas à ça. Quand bien même Bran lui avait cruellement manqué, quand bien même le trou creusé dans sa poitrine était béant, il n’admettait pas que le jeune homme résume la situation à un besoin irrépressible de tirer son coup. Il n’avait pas attendu chastement son ancien acolyte, ces trois dernières années, il ne pouvait le nier, mais ça n’avait jamais été pareil, ça n’avait jamais revêtu la même importance. À quoi bon le dire à Bran, de toute façon ? C’était un argument pathétique qui ne ferait qu’augmenter le mépris évident qu’éprouvait l’impudent. Quelles que soient les défenses avancées, Jax le savait, elles seraient écartées d’un rire ou d’une réplique assassine. Des réactions qu’il méritait amplement, il le savait, mais ne parvenait pas à encaisser avec son entêtement habituel. Le découragement et le désespoir étaient bien trop lourds pour qu’il puisse arborer son masque d’ours contrarié. Il l’écouta donc, impuissant, quand il aurait voulu combler cet espace – ce gouffre – qui les séparait et cueillir les larmes qu’il n’avait jamais voulu faire naitre, quand il aurait voulu serrer le corps chaud du jeune homme contre lui et ne plus le lâcher. Mais il le savait : la moindre tentative se solderait par un échec. Il ne pourrait que déceler les muscles tendus, réticents, qui refusaient de s’abandonner à lui comme autrefois. Il avait tout ruiné et ne pouvait qu’assister à l’incendie irrémédiable, qui réduisait en cendres une relation bancale, déséquilibrée, mais à laquelle Jax Beauchamp avait tenu de tout son cœur.
Son désir malmené s’effrita cependant lorsque Bran enchaina avec une vérité lancinante que le Louisianais n’avait aucun besoin d’entendre. Il ne pouvait même pas en vouloir à Bran parce qu’il savait qu’il avait raison, sur toute la ligne, et c’était peut-être ce qu’il y avait de plus pénible à devoir écouter cette déclaration. Car, une fois de plus, que pouvait répondre Jax face à l’évidence de l’assertion de Bran ? À sa question, même s’il n’était pas certain qu’elle demande une réponse, Jax ne put toutefois garder le silence :
- Parce que c’est ce que j’aurais dû faire au lieu de me casser. Parce que ça fait trois ans que ton absence creuse un putain de vide dans ma vie. Parce que je suis incapable de faire autrement quand tu es dans les parages.
Ce troisième point lui extorqua un sourire aigre. Parce que c’était bien ça, la vérité, non ? Il pouvait les sentir pulser dans chacune de ses veines, ce désir ardent, cette soif de baisers, cette douleur aigüe qui se propageait dans son système nerveux. Il était affamé. Aucun corps, aucune âme n’avait pu combler ce terrible fossé au fond duquel il gisait, forcé de vivre les jours qui se succédaient sans y trouver le moindre attrait.
- Je ne sais pas ce qu’il aurait mieux valu, lâcha-t-il d’un air absent, alors qu’il laissait pour la première fois les pensées franchir ses lèvres dès qu’elles se formaient dans son esprit. Que tu ne reviennes pas, que je sois parti faire ma vie ailleurs ou que l’on ne se soit jamais rencontrés…
La dernière option lui paraissait insoutenable. Qu’aurait été sa vie sans Brandon Rose ? Mais n’avaient-ils pas passé leur existence à s’entredéchirer et, dès lors, n’aurait-il en effet pas mieux valu que leurs routes ne se croisent jamais ?

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MessageSujet: Re: there are songs that still feel like your teeth on my neck   Lun 9 Oct 2017 - 21:30

Bran s'était détourné pour ne pas avoir à poser les yeux sur ses regrets. Il préférait se concentrer sur son coeur troué sur lequel on avait découpé, au cutter, un sourire sanglant et laissait son regard brouillé se promener sur le parc qui s'agitait dans l'ombre. Et de l'ombre, il aurait voulu faire partie à cet instant. Se laisser aspirer par les ténèbres, ça aurait été si doux, si réconfortant. Contrairement à ce que beaucoup pensaient, les ténèbres n'étaient pas froides. Non, elles étaient brûlantes, comme les braises qui mourraient dans le creux de son ventre. Elles étaient étrangement aveuglantes, comme la lumière des projecteurs stroboscopiques, étourdissantes comme la musique si forte qu'elle en étouffait les battements d'un coeur fou. Elles avaient le goût de la liqueur et l'odeur de la cigarette froide. Elles étaient vides comme le lit délaissé par un amant trop vite échappé. Elles étaient immobiles et silencieuses comme un aéroport à trois heures du matin, à l'heure où il n'y avait de place que pour les souvenirs. Les ténèbres, Bran les connaissait bien. Il avait eu le temps de les traverser, en trois ans. Il avait même poussé le vice jusqu'à les apprécier. Et c'était ça, son problème, depuis toujours. Pour une raison qui lui échappait, il avait toujours fallu qu'il se tire dans le pied, qu'il s'attache lui-même un boulet et puis qu'il plonge dans les eaux plus tumultueuses. Il y avait dans sa propre destruction quelque chose qui plaisait Bran, quelque chose qui atténuait sa souffrance et lui permettait d'oublier qu'il n'était qu'un clown triste. Mais ce soir, même les ténèbres le rejetaient, comme craintives de l'ouragan qu'il emportait avec lui. Ce soir, il était seul et il n'y avait que le vide pour l'emporter. Le coeur battant, résonnant dans tout son corps, Bran fixait un point invisible au loin et se demandait ce qu'il attendait pour décamper. Plus rien ne le retenait dans cet endroit maudit. Il avait perdu la seule chose auquel son coeur oiseau-mouche, en mouvement perpétuel, avait jamais vraiment tenu. La seule constante de son existence chaotique avait volé en éclats et il se trouvait désormais au bord du ravin – pour ne pas dire le gouffre – avec un seul choix à faire : sauter, définitivement, dans l'abîme ou tourner les talons. Il hésitait, tenté de disparaître, quand la voix de Jax s'éleva derrière lui, rauque et profonde et trop familière, trop douée pour faire défaillir son coeur déjà en déroute. Bran ferma les yeux et laissa le timbre éraillé infiltrer sa peau, rouler contre sa nuque, paralyser ses pensées. Pourquoi fallait-il que ce soit toujours ainsi ? Deux pas en arrière, un pas avant ? Pourquoi Jax lui tendait-il une corde, si c'était pour la garder quelques centimètres trop haut à chaque fois ? Et surtout, pourquoi, pourquoi tombait-il à chaque fois dans le piège ? Pourquoi était-il incapable de résister, pourquoi perdait-il toute raison dès que Jax Beauchamp avait le malheur de lui faire apercevoir une minuscule lueur, un trois fois rien d'espoir, un mirage de luciole ? La suite fit tressauter son myocarde déjà supplicié et il se mordit la lèvre, ignorant la douleur qui traversa sa mâchoire. Il détestait ce que Jax évoquait. Il détestait l'idée d'une vie où leurs destins n'entraient pas en collision dans un virage trop serré, celui qui surplombait le gouffre de leur relation naufragée. Même si ce n'était qu'une fois. Même si toutes leurs vies, ils devaient vivre avec la certitude que jamais ils ne retrouveraient leur alchimie si douce, si folle. Non, ce qu'il proposait, encore une fois, c'était la solution de facilité, la porte de sortie qui débouchait sur une route bien balisée, trop sûre, trop lisse. Bran poussa un soupir. Assez de routes, assez de précipices, assez de directions. Il ne sauta pas dans le ravin, il ne tourna pas les talons. Au lieu de ça, il faisait ce que Brandon Rose faisait toujours : l'inattendu. Il revint sur ses pas – aussi littéralement que figurativement -  et se retourna. « Je ne veux pas penser à ces choses-là. » Sur son visage de voyou au coeur tendre, l'ombre d'un sourire creusa d'éphémères fossettes au coin de ses joues. Un fantôme, qui n'existait que pour Jax, que pour ce qu'il était capable de faire naître chez le bandit hypnotisé. « Et soyons clairs : sans moi, tu n'aurais pas fait long feu. » La réciproque était vraie, bien plus vraie. Sans Jax à ses côtés, il n'était pas certain que Bran aurait duré très longtemps dans le business. Tous deux avaient été happés par cette vie quand ils n'étaient encore que des gamins, mais il avait rencontré Jax alors que ce dernier avait déjà bien plus d'expérience – et de force – que lui. L'avoir avec lui avait été un avantage indéniable, jusqu'à ce que, bien sûr, il ne tombe amoureux et que le voir risquer sa vie ne devienne une torture qu'il avait précisément voulu éviter. C'était là que les choses avaient changé, qu'il avait commencé à réfléchir à une vie où ils n'auraient pas à prétendre que rien n'existait pour s'éviter la  cruauté d'une séparation mortelle. Une vie où il n'aurait pas à se réveiller en sursaut et chercher désespérément le corps de Jax à côté du sien. Une vie où il n'aurait pas à murmurer des prières en silence quand son acolyte disparaissait pendant plus longtemps que prévu. Plus que tout, Bran avait voulu cette existence dénuée du poids de l'angoisse. A la vision de Jax, il opposait celle d'une vie où ils pouvaient être à deux, contre le reste du monde. Ils n'avaient besoin de personne, juste eux deux, juste leurs personnalités diamétralement opposées, leurs incompatibilités bancales, leurs incohérences incompréhensibles, leurs conflits éternels. Juste eux deux, leur manière de se toucher sans esquisser un geste, leur symbiose parfaite, leurs sourires réprimés, leurs non-dits qui parlaient pour des milliers de mots. Ils avaient eu leur chance, ils l'avaient raté, mais ça n'empêchait pas le coeur de Bran de tressauter dès qu'il posait les yeux sur celui qui avait été, un jour, son rêve le plus fou. Celui qui le serait toujours, celui qui continuait de le hanter. Doucement, Bran effaça la distance entre eux et bientôt, ils ne furent plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. La tension était retombée comme elle était montée, brutalement. A la place, il n'y avait plus que cette certitude mélancolique qui empoignait le coeur de Bran comme dans un bras-de-fer : c'était peut-être la dernière fois qu'ils se voyaient. Il n'y avait plus de raison. Jax avait pris sa décision et Bran, par fierté, par amour, un peu des deux sans doute, n'allait pas lui demander de choisir. Il avait déjà vu comment son amant réagissait aux ultimatums et il avait compris que ce n'était pas la bonne solution. Quand à savoir ce qu'elle était… Jax ne lui avait jamais donné la clé et il comprenait aujourd'hui que c'était peut-être mieux comme ça. Bran laissa ses yeux se promener et s'abreuva de ce visage, les grands yeux clairs, les angles rugueux, le pli soucieux entre les sourcils. Il n'avait pas changé, pas du tout. Toujours le même air ombrageux – et c'était bien ça le problème. « Je le savais. Je le savais, dès que je t'ai vu pour ce premier job ensemble, que tu me foutrais en l'air et que j'allais aimer ça. » souffla le voleur, presque pour lui-même. Puis il releva les yeux et sans prévenir, il attrapa Jax par le blouson et l'embrassa violemment. Deux pas en arrière, un en avant, et puis finalement, une valse désordonnée et folle qui n'avait aucune logique, parce que l'amour, aussi bancal que le leur, se passait de ce genre de formalités. Bran rompit finalement le contact et ancra son regard dans celui de son ex-amant. Son coeur battait à tout rompre et tout ce qu'il avait envie de faire, c'était recommencer. Malgré la trahison, malgré la jalousie, malgré la colère. « Je peux pas faire autrement non plus, Jax. Et je veux pas. » souffla-t-il, les mains crispés autour du col de blouson de son amant, faisant volontairement écho à ses paroles. Seigneur, son corps, sa chaleur, le goût de ses lèvres, Bran en avait la tête qui tournait. Il laissa son front glisser contre celui de son amant et ferma les yeux, inspira son odeur. En un instant, il fut ramené des années en arrière et il profita tant qu'il put du souvenir, deux corps alanguis et parfaitement heureux de l'être. « Alors dis-moi de partir. Dis-moi que tu ne veux plus me voir, que c'est terminé, qu'il n'y aucun espoir. Dis-moi que c'est foutu. Je disparaîtrai, je te le promets. Dis-moi tout ça. » Oui, que Jax lui parle, pour une fois, que les rôles s'inversent. Qu'il parle, qu'il le lui dise clairement, qu'il ne voulait plus le voir et que c'était mieux comme ça. Qu'il lui dise, que c'était leur dernière fois, leur acte final, la consécration pathétique de leur tragédie amoureuse. « Mais dis-moi aussi que ça peut attendre demain. » lâcha-t-il, la voix rauque, en guise de conclusion désespérée. Comme si se dire adieu pourrait colmater la brèche dans sa poitrine.

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MessageSujet: Re: there are songs that still feel like your teeth on my neck   Sam 4 Nov 2017 - 22:40

Comment aurait-il pu se douter que, quelle que soit la direction prise par sa vie, dans ce monde comme dans un autre, sa route était destinée à croiser celle de Brandon Rose ? Que, quels que soient leurs choix, leurs parcours, ils reviendraient toujours l’un vers l’autre, comme des aimants, quelle que soit la distance ? Mais dans cette vie-ci, Jax peinait à voir la moindre lueur d’espoir à l’horizon. Il ne voyait que la douleur, les erreurs. Il était rongé de remords et de craintes. Il ne contrôlait plus rien, lui qui avait un besoin viscéral de savoir où il mettait les pieds, de connaitre la suite des choses. Il avait toujours construit sa vie sur ce modèle et le seul élément perturbateur qui venait torpiller ses efforts s’avérait un imprudent à la langue trop pendue qu’il souhaitait faire taire, la plupart du temps, mais ce soir, tout particulièrement. Pouvaient-ils revenir à leurs disputes idiotes, aux taquineries puériles de Bran auxquelles il opposait des grognements agacés ? Pouvaient-ils revenir aux mises en garde qui tombaient dans l’oreille d’un sourd ? Pouvaient-ils oublier les dernières paroles échangées, qui empoisonnaient l’air nocturne de ce parc mal famé ? Il y avait peu de chance pour que son souhait soit exaucé mais avait-il jamais eu droit à une telle faveur, tout au long de son existence ?
Quand il était gamin, il avait encore la naïveté de croire qu’à force d’espérer, il avait peut-être une chance de voir quelque chose se concrétiser. Quand il avait prié pour que sa mère guérisse, par exemple. Ou quand il avait fermé les yeux de toutes ses forces en creusant son imagination peu fertile pour se voir ailleurs, loin de la demeure où les cris résonnaient, un endroit où l’ombre de son père n’obscurcirait pas tout. Avec le temps, Jax avait appris à accepter la réalité, quelle qu’elle soit, et à s’en accommoder comme il pouvait. C’était ce qui lui avait permis de rester auprès de Bran toutes ces années, alors même qu’il aurait pu envoyer tout valser si ça ne fonctionnait pas comme il le prévoyait. Mais ne se mentait-il pas tout simplement ? Ne devait-il pas associer son incapacité à se trouver un autre compagnon de l’ombre à ces sentiments qu’il n’arrivait pas à démêler ? Bran avait eu beau lui taper sur le système à longueur de temps, il n’aurait pas eu la patience de subir ça avec un autre. Voilà, sa triste vérité. Et il avait beau agir comme s’il ne l’avait toujours pas compris, il savait qu’il se voilait la face. Il avait peut-être cru se prémunir contre toute rechute en épousant Maika. Il avait peut-être cru qu’une fois lié à une autre personne, il ne se sentirait plus envahi par ces émotions contradictoires, il pourrait tenir le fauteur de trouble à distance respectueuse de son cœur, pour préserver ce pauvre muscle en déroute. Il avait eu la bêtise de croire qu’en inventant un obstacle supplémentaire, comme s’ils n’en avaient pas déjà suffisamment rencontrés, il serait sain et sauf, une bonne fois pour toutes.
Mais n’était-ce pas la preuve, en un sens, qu’une part de lui, même infime, avait encore cru à ce retour miraculeux ? Qu’il avait encore espéré, aveuglément, revoir son amant ? Et voilà qu’il prétendait le contraire. Et voilà qu’il émettait même l’idée effrayante qu’ils aient pu ne jamais se rencontrer.
Les yeux d’un vert clair mais nébuleux se relevèrent lorsque Bran réagit et Jax contempla cet homme qui le torturait, nuit et jour, chaque minute, chaque seconde. Qu’est-ce qui avait bien pu clocher pour que le destin les lie, eux qui étaient si différent, si opposés ? Jax ne savait pas ce qui était censé être le plus vrai : que les contraires s’attiraient ou que ceux qui se ressemblaient s’assemblaient ? En tout cas, il n’y avait aucune logique à leur relation. Il était grognon, taciturne, distant, en retrait quand Bran était flamboyant, toujours à voler l’attention de tous ceux qu’ils croisaient, illuminant la scène. Et pourtant Jax n’avait jamais éprouvé la moindre jalousie. Ni à l’égard de Bran et de cette facilité déconcertante avec laquelle il évoluait dans la vie comme si le monde lui appartenait, ni à l’égard de ceux qui se gorgeaient de la vue de l’impudent, souhaitant probablement pouvoir être remarqué par cet être étincelant et hypnotisant. Il n’y avait pourtant pas moins confiant que lui, il aurait dû craindre que quelqu’un vienne happer l’intérêt de Bran et l’éloigne de lui, lui fasse oublier jusqu’à l’existence de Jax Beauchamp, cet ogre impatient et incapable de dévoiler ses sentiments. Paralysé par cette relation, Jax réalisait qu’il avait pourtant mis toute sa vie, toute sa confiance en celle-ci. Il n’avait juste pas réussi à surmonter sa terreur interne quand il avait été temps de faire le grand saut.
- Et soyons clairs : sans moi, tu n’aurais pas fait long feu.
En d’autres circonstances, Jax aurait peut-être souri à cette plaisanterie. Ou il aurait levé les yeux au ciel. Il aurait eu une réaction, en tout cas, plutôt que de contempler Bran d’un air éteint comme il le faisait à cet instant. C’était le désespoir qui coulait dans ses veines, à présent. Il n’avait plus l’énergie à rien, il ne savait pas comment s’extirper de cette situation chaotique, songeant qu’il aurait peut-être mieux valu qu’il reste chez lui, ce soir. Pour eux deux. Parce que ça ne rimait à rien, parce qu’il n’y avait plus d’issue, n’est-ce pas ? N’était-il pas arrivé au bout de ses peines avec cet acte final ? Il aura fallu la présence d’un petit bout de femme pour sceller leur avenir. Si seulement il avait su que sa bêtise n’avait pas de limites, tout comme son aveuglement.
Il suivit l’approche de Bran, la mine vaincue, incapable de bouger, de se soustraire à cette conversation qui le vidait de toute sa substance.
- Arrête de mentir, souffla Jax, sans grande conviction.
Il ne pouvait pas croire que Bran ait pu saisir l’essence même de leur identité alors qu’il avait mis si longtemps à réaliser à quel point il s’était attaché à cet énergumène, et combien de temps, il avait mis encore, avant de réaliser que son attraction n’était pas innocente – si tant est qu’on puisse qualifier son attrait pour les hommes comme quelque chose d’innocent. Mais là où il ne s’embarquait jamais dans quoi que ce soit de sérieux, prenant juste son plaisir à l’instant T pour ne plus y repenser jusqu’à la fois suivante, il en était venu à cultiver ce désir d’abord latent puis exposé. Il en était venu à savourer la proximité de Bran et il n’avait qu’à fermer les yeux pour revoir les sensations qui tâtonnaient, qu’il muselait, par esprit de contradiction ou par lâcheté, jusqu’à ce qu’il n’y tienne plus. Ensuite, c’était devenu un bonus sur lequel il savait pouvoir compter quand il retrouvait son acolyte pour une nouvelle mission. Il acceptait plus volontiers des requêtes dangereuses, à la seule condition qu’on lui assigne Brandon Rose comme coéquipier. Et puis ça avait sombré, petit à petit, quand l’inquiétude était venue se mêler au reste, étreignant le cœur du monstre louisianais à chaque fois que le danger frôlait son compagnon d’un peu trop près.
Jax se raidit légèrement lorsque Bran combla à nouveau la distance, initiant un baiser à son tour et, incapable de se remettre les idées en place, le garde du corps ne chercha même pas à résister, rendant au contraire le baiser avec un désespoir presque violent. Leurs étreintes avaient rarement été douces et sans heurts mais aucune n’avait été aussi agressive que ce soir. À un moment, il avait dû y avoir une morsure parce qu’il décela clairement le goût du sang sur sa langue, sans savoir si c’était le sien ou celui du jeune homme. Mais il en apprécia la texture douloureuse, l’effluve de regrets qui en émanait. Il ferma les yeux, pressa son front contre celui de son ancien amant et secoua imperceptiblement la tête lorsque celui-ci se mit à lui demander des choses impossibles. La main de Jax vint se loger dans la nuque de Bran, comme pour l’empêcher de s’écarter, si l’envie lui en prenait soudainement et son esprit avait beau carburer, cherchant les mots adéquats, ils refusèrent de se montrer. Alors Jax fit la seule chose qu’il se sentait capable de faire, à ce moment précis : répondre par les actes, plutôt que les paroles et il poussa Bran jusqu’à l’adosser à l’arbre le plus proche, à le coincer entre le tronc et son vaste corps à l’agonie. Il se pressa contre lui et chercha à nouveau ses lèvres, les dévora avec l’énergie du désespoir et ne s’arrêta que lorsque le souffle lui manqua, les yeux toujours clos, le visage à quelques millimètres de celui du jeune homme.
- Je veux que tu cesses tes conneries. Je veux que tu arrêtes de travailler pour ces types qui n’en ont rien à foutre si tu y restes. T’entends ?
Ses doigts pressaient la nuque et l’épaule de Bran, comme s’il cherchait à y faire entrer un quelconque bon sens.
- Et je ne veux pas te voir disparaitre à nouveau, lâcha-t-il en s’écartant pour visser son regard dans celui de Bran. Je ne veux pas retourner à ce brouillard, à ne pas savoir où tu es et si tu vas bien.
Les mots suivants, ils se figèrent sur sa langue mais la lueur dans ses yeux dut les trahir, au moins un peu. Oh, comme il aimait ce crétin, songea-t-il en réalisant à quel point cette intimité lui avait manqué. Tant pis s’ils s’entredéchiraient, il préférait les plaies ouvertes au silence, il préférait que Brandon Rose l’assomme de remarques idiotes plutôt que de devoir retourner à la morosité d’une vie sans lui.

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“ Oh but you tell yourself a different lullaby at night, because our real story wouldn’t let you sleep right. ”

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MessageSujet: Re: there are songs that still feel like your teeth on my neck   Dim 26 Nov 2017 - 20:48

A cette heure-ci, ils auraient pu être déjà loin. Si Jax avait répondu oui, s'il avait accepté de suivre Bran, ils auraient peut-être déjà quitté la ville et seraient lancés à toute allure sur une route sans destination, avalant les kilomètres pour mettre le plus de distance possible entre eux et cette ville de malheur. Ils auraient volé une voiture ou peut-être pris celle de Jax, sans même prendre la peine de repasser par cet endroit qu'il appelait chez lui, cet endroit qui faisait désormais partie de ses responsabilités. Ils auraient foncé dans la nuit, leur incertain et éternel royaume, et seraient restés silencieux, mais leurs coeurs auraient battu à l'unisson et se seraient dit la même chose : enfin. Enfin, après tout ce temps, toute cette souffrance, toute cette attente. Enfin, ils pouvaient se retrouver, battements parfaitement synchrones en dépit de tous leurs dysfonctionnements. Et après leurs coeurs, leurs peaux, l'une contre l'autre, dévorée, dévoreuse, l'union parfaitement asymétrique de leurs corps si différents l'un de l'autre consacrant leurs retrouvailles aussi houleuses qu'attendues. Bran en avait rêvé, consciemment et inconsciemment. Souvent, il se réveillait, ankylosé, la poitrine brûlante, et tout lui murmurait le manque, le besoin, le désir. Sur le bout de sa langue, il avait le goût de Jax, salé et métallique et homme, et le reste de son corps était en feu, un feu que seul un océan aurait pu éteindre. Un océan aussi profond que le regard de Jax, nébuleux et impénétrable et terrifiant, un territoire inconnu. Combien de fois s'était-il réveillé en souhaitant pouvoir se perdre à nouveau contre ce corps immense et robuste, se laisser engloutir, submerger, posséder entièrement ? Si Jax était un océan alors Bran consentait à la noyade. Et en embrassant Jax, il avait presque retrouvé ces sensations de submersion. Même la morsure ne parvint à ramener dans l'air dans ses poumons ; au contraire, il laissa le sang se mêler à leur étreinte, lui rappelant qu'avec eux, la souffrance se faisait la part du lion. Quoiqu'il arrive, quoiqu'ils essayent, ils étaient condamnés à y laisser un bout de leur peau et Bran avait renoncé depuis longtemps à ce qu'ils s'en sortent totalement indemnes. Mais jamais, non, jamais il n'avait renoncé à ce qu'ils puissent être ensemble. Et ce soir venait de faire voler cette résolution en éclats. Les révélations de Jax, ses résistances, avaient eu raison de cette détermination qui n'avait jusque-là jamais failli. Alors à quoi bon se battre ? A quoi bon continuer, quand celui qu'il aimait avait décidé de prendre une autre voie, loin de la sienne – esquintée, escarpée, peut-être, mais aux panoramas pourtant bien plus grandioses que la ligne droite que Jax s'était choisi ? C'était la raison de son dernier éclat. Puisque Jax mettait fin à leur histoire, qu'il le lui dise clairement, plutôt que de se cacher derrière son éternel silence. C'était tout ce que Bran demandait de lui, des mots, peut-être plus pour sceller la véritable fin, mais rien d'autre. Il ne lui demanderait plus de partir avec lui. Il ne l'attendrait plus (mensonge, il l'attendrait toujours, chaque jour, mais ça il ne voulait pas l'entendre, pas le croire, pas quand son coeur était en cendres). Il voulait juste une fin, un point final, quelque chose pour clore leur blessure. Même pas leur relation, puisqu'elle n'en avait jamais été, non, juste leur blessure commune, celle qu'ils avaient rouverts tant de fois pour la fermer maladroitement, à la va-vite, en espérant qu'elle cicatrise vite et bien. Mais comme toujours, il fallait que le plan vrille, n'est-ce pas ? Il fallait que Jax le prenne de court, le coupe dans ses élans dramatiques. Incapable de résister à la force de son ancien amant, les jambes menaçant de flancher, il se laissa presque porter jusqu'à l'arbre que son dos rencontra violemment. A nouveau, leurs bouches entrèrent en collision et Bran sentit ses gestes plus qu'il ne les initia : sa main vint se perdre dans les cheveux de Jax tandis que l'autre glissait dans son dos et il se sentit faiblir, l'espace d'une seconde, une seconde parallèle, alternative où Jax ne s'arrêtait pas pour lui demander de cesser ses folies mais où il continuait plutôt à reprendre possession de sa peau, où il faisait glisser ses lèvres dans son cou offert, où ses mains glissaient habilement pour le faire sien – sien, ce qu'il n'avait jamais cessé d'être. Une seconde qui n'existait pas et que Bran abandonna pour mieux se laisser dominer par la hauteur de Jax. Qu'est-ce que ça peut te faire, que j'y reste ou pas ? Bran fixait son amant d'un œil vide et désabusé, le venin mourant sur le bout de sa langue. Il en avait bien envie, soudain, d'y rester. Lui qui jouait avec le danger et la mort se demandait soudain ce qu'une rencontre avec la Faucheuse pouvait avoir de si dramatique. Était-ce vraiment si terrible ? Était-ce vraiment si différent de ce qu'il éprouvait à cet instant, ce vide froid et gris, ce rien qui dévorait sa poitrine pour mieux le dévorer de l'intérieur ? Bran n'eut pas d'autre choix que de visser son regard dans celui de Jax et à nouveau, l'homme de main lui déchira le coeur de ses pattes malhabiles. Un rire incrédule lui échappa alors qu'il détournait brièvement les yeux sur leurs alentours, mais il les ramena assez vite pour percevoir l'éclair furtif qui passa dans les prunelles sombres. Le coeur de Bran flancha, se rattrapa comme il put aux branches mortes qui étaient encore là. « Et je suis censé faire quoi ? Rester ici et m'assagir pendant que tu continues d'être marié, de rentrer chez toi tous les soirs ? » répliqua-t-il faiblement, la tête légèrement basculée en arrière, appuyée contre le tronc dans une faible tentative de détachement qui ne trompait personne. Il n'avait même plus la force d'enrager et de jouer les trouble-fêtes. Leur confrontation l'avait dévasté, comme s'ils avaient mené leur guerre privée dans le périmètre ridicule de ce parc miteux. « Sans ce job, j'ai rien. » lâcha-t-il comme pour faire un écho involontaire à ce que Jax lui avait dit, il y a trois ans de ça. Ca n'était pas vrai, pas tout à fait, mais Bran ne voyait pas pourquoi il devait rester sous le radar de Jax s'il arrêtait de se vendre au plus offrant. Il ne voyait pas pourquoi il ne devait pas disparaître, complètement, purement et simplement, comme lui l'avait fait il y a trois ans ? Pourquoi devait-il rester ici ou en tout cas donner des nouvelles alors qu'il savait pertinemment que Jax vivait sa vie d'homme marié et rangé, loin de lui ? « Pourquoi tu ne me dis jamais ce que je veux entendre, Beauchamp ? » murmura-t-il, résigné. Lentement, sa main se dégagea de la prison des bras de Jax et il vint tracer, presque sans y penser, le contour de ce visage qui le mettait au supplice. Il caressa l'angle rugueux de la mâchoire pour venir se perdre sur les lèvres coupables, celles qui restaient toujours désespérément closes lorsqu'il s'agissait de dire la vérité. Bad boy, good lips, l'expression n'avait jamais été aussi vraie et Bran ne put s'empêcher de sourire à travers son désespoir. Doucement, il se redressa et contempla ce corps qui lui manquait tellement. En d'autres circonstances, Bran n'aurait pas hésité une seconde : il se serait glissé contre Jax, le sourire aux lèvres, pour lui faire perdre ses moyens, le convaincre de le consumer, ici et maintenant. Mais cette fois, c'était différent. Il ne voulait pas être traité comme les autres, pas comme ces types sans visage et sans nom que Jax consommait sans y penser. Cette fois, il se contenta de faire glisser ses mains sous le t-shirt de Jax et de les faire remonter dans son dos tandis qu'il se collait contre lui, son visage trouvant le creux du cou, et il le serra, il le serra fort, parce que c'était peut-être tout ce qu'il leur resterait. Bran ferma les yeux et inspira longuement, laissant ses poumons se remplir de la chaleur et de l'odeur de Jax. Se laisser intoxiquer de ce poison si doux rendait la séparation encore plus douloureuse, mais Bran ne parvenait pas à faire autrement. « Je devrais partir, maintenant. » croassa-t-il en n'esquissant pas un seul geste. Au contraire, il resserra sa prise dans le dos de Jax et ferma les yeux. Merde, ce qu'il pouvait l'aimer. Ce que Jax pouvait lui manquer, chaque jour, chaque minute, chaque seconde. « Si demain je promets de me tenir tranquille... » Il se tut, avala sa salive, se préparant pour un refus. Mais il devait essayer, il devait. Il se détacha doucement, quittant à regret le cocon de chaleur mais laissa une main sur le torse de Jax et releva les yeux vers lui. « Est-ce que… Est-ce que ce soir, tu peux rester avec moi ? Juste… Juste rester avec moi. » Il ne voulait rien d'autre, n'espérait rien. Juste la présence de Jax, contre lui, même si c'était dans les draps froids d'un hôtel, même si ce n'était qu'une heure suspendue dans la tourmente de leurs vies-ouragans.

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