darkest before the dawn


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Charlie Walker
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MessageSujet: darkest before the dawn   Mar 15 Aoû 2017 - 15:24

darkest before the dawn
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Si Thea était bien plus attentionnée qu'elle ne s'en donnait l'air, cela ne suffisait pas pour autant à dire qu'elle était quelqu'un d'altruiste. Bien au contraire, la jeune femme considérait sa petite personne comme sa plus belle priorité, et peu importait ce que pouvait en dire les autres. Sa personnalité n'était pas lié à une mauvaise expérience quelconque, aucune dont elle avait conscience en tout cas mais ses différentes amitiés lui avaient prouvé qu'elle avait raison de se faire passer d'abord ; beaucoup n'hésiteraient pas à en faire autant. Ainsi, lorsqu'elle avait appris que Lewis Chlapowski avait perdu la vue, la première pensée de la jeune femme fut d'être désolée. Il ne pourrait probablement plus lui dire à quel point il la trouvait belle... D'un autre coté, n'était-ce pas une chance pour lui que d'avoir pu connaître son corps dans les moindres recoins avant de perdre la vue ? Certes, c'était malheureux pour lui et sûrement très compliqué à vivre. Thea n'aurait probablement pas supporté une telle épreuve, mais que pouvait-elle y faire ? La jeune femme se voyait mal lui apporter des fleurs ou des gâteaux pour lui dire combien elle était désolée pour lui ; ce n'était certainement pas ça qui lui rendrait la vue. C'était étrange, pourtant, cette situation. Thea était intriguée, mais elle se dit que même pour elle, aller lui rendre visite simplement par curiosité c'était déplacé. Elle avait donc laissé quelques semaines s'écouler, sans réellement y repenser. S'il lui semblait que parfois Lewis et elle se voyaient toutes les semaines, il pouvait aussi se passer des mois sans qu'ils se voient. Elle était d'ailleurs bien incapable de se souvenir de la dernière fois qu'elle avait passé une nuit dans ses bras. Ils se croisaient naturellement, mais s'attardaient rarement l'un sur l'autre – Lewis et elle s'appréciaient assez pour revenir régulièrement l'un vers l'autre mais se connaissaient assez bien pour ne pas se donner la peine de faire semblant d'être amis quand ils se croisaient. Ce soir-là, pourtant, lorsque Thea entendit Odette lui dire qu'elle n'avait pas vu Lewis depuis plusieurs jours, la demoiselle se dit que c'était l'occasion de lui rendre visite – et de voir si les rumeurs étaient vraies. N'y avait-il vraiment aucune amélioration ? Sa curiosité n'étant cependant pas assez titillée pour que Thea abandonne sa soirée, la demoiselle continua à discuter avec ses copines de tout et de rien. Un certain sentiment de fierté s'empara d'elle ; malgré plusieurs années à se jouer d'elle, Odette n'avait toujours découvert le pot-aux-roses. Lewis et elle se retrouvaient pourtant depuis aussi longtemps qu'ils étaient avec Odette... Mais ce n'était pas plus mal. Thea ne faisait pas cela pour se venger d'Odette d'une quelconque manière que ce soit ; c'était même une nana plutôt sympa. Elle n'était pas assez importante aux yeux de Thea pour que cela l'empêche de passer du bon temps avec son petit-ami, c'était tout. « Thea, tu peux me ramener ? » demanda l'une de ses amies, comme si Thea avait l'habitude de jouer les taxis. La New-yorkaise s'apprêta à lui dire qu'elle pouvait aussi s'appeler un Uber quand elle lui lança un regard qui en disait long ; elle avait apparemment des choses à lui raconter... Elle leva alors les yeux au ciel, et accepta. Elle traîna pour payer ses consommations, se demandant bien quels potins elle avait récupéré sur le chemin du retour et embrassa ses copines avant de quitter le bar. Elle espérait au moins que cela en vaudrait la peine. Ce fut le cas, puisqu'elle aperçut son nouvel acolyte sur le parking. Thea envoya un baiser exagérément sensuel à Kayden d'un signe de la main puis entra dans sa voiture sans ne plus lui accorer une de ses pensées. Il résistait plus que la plupart des mecs mais cela ne rendait cette chasse que plus intéressante pour Thea : lui aussi finirait par craquer. Claire discuta pendant tout le long du trajet de sa nouvelle target, ce qui ennuya profondément Thea. Comme d'ordinaire, il n'y avait rien d'exceptionnel à raconter ; elle avait rencontré quelqu'un en boite et depuis ils s'envoyaient des sms. Mais cela fait dix jours et ils n'avaient toujours pas parlé de se voir, que ce soit pour un verre ou tirer un coup. Thea se retint cependant de faire le moindre commentaire et lui souhaita bonne chance d'un sourire forcé. Claire faisait partie de ses enfants d'amis de la famille avec qui elle ne pouvait pas se fâcher... La demoiselle s'apprêtait à rentrer chez elle quand Claire rappela Lewis à son bon souvenir... « La pauvre Odette quand même... » D'un air faussement embêté, Thea acquiesça et précisa « Ouais, je vais voir comment elle va. » quand en réalité, c'était plutôt son quaterback à qui elle allait s'intéresser... En moins de cinq minutes, elle fut en bas de chez lui,et se demanda comment l'appeler. Elle n'avait pas envie de déranger ses parents mais n'était pas certaine qu'il puisse lire les sms... Thea soupira, et décida donc de passer par un moyen qu'elle n'avait plus utilisé depuis plusieurs années maintenant... Elle grimpa grâce au lierre situé sur sa maison familiale, et frappa doucement à sa fenêtre pour lui éviter un infarctus avant de l'ouvrir (elle connaissait cette fenêtre comme sa poche). Observant le jeune homme, elle se demanda s'il était endormi, ou s'il était occupé à réfléchir – les aveugles gardaient-ils toujours les yeux fermés ? Thea haussa les épaules, et s'allongea alors sur lui, et murmura contre ses lèvres : « Tu trouves toujours un moyen d'avoir toute l'attention pour toi hein, Chlapowski... Devine qui c'est. » conclut-elle, en glissant ses doigts délicats contre ses yeux... comme si cela changeait quelque chose. Elle déposa un baiser sur son nez, et s'allongea à ses cotés, avant d'expliquer sa venue : « J'me suis dit que tu aurais besoin de distraction, et qu'il n'y avait personne de mieux placer pour te changer les idées que Thea Walker. »

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MessageSujet: Re: darkest before the dawn   Dim 20 Aoû 2017 - 11:52

Il avait fini par abandonner tout espoir de raisonner ses parents et avait capitulé. Pourquoi il leur semblait tout à coup impossible de le laisser quitter la maison sans être accompagné alors qu’il l’avait fait depuis qu’il avait quinze ans, Lewis l’ignorait, mais il pouvait percevoir la détresse sincère dans la voix de sa mère et le ton autoritaire que son père prenait – et qui ne lui ressemblait pas du tout. Au début, Lewis avait froncé les sourcils, interloqué. Son père ne s’était jamais adressé à lui sur ce ton. Or, ici, il semblait avoir pris l’habitude de lui parler comme un coach le ferait avec un sportif de haut niveau, pour le pousser dans ses derniers retranchements, pour l’encourager à dépasser ses limites. Avait-ce un rapport avec l’incident qui était survenu quand il s’était retrouvé sans raison sur ce terrain de sport ? Cela y ressemblait mais Lewis ne parvenait pas à faire sens de cette information. À chaque fois qu’il se retrouvait à cours d’arguments, il soupirait et regrettait de ne pas pouvoir parler à Shiloh de cette situation. Elle, elle aurait pu lui dire ce qui clochait, si c’était une mascarade et que tout le monde s’était donné le mot pour lui faire une plaisanterie ou s’il y avait une autre explication. En tout cas, si c’était une blague, elle durait bien trop longtemps au goût du jeune homme qui se sentait désormais prisonnier de la demeure de ses parents. Les rares fois où il était sorti, c’était avec eux et surtout avec la main de sa mère agrippée à son bras comme les serres d’un aigle qui tient résolument sa proie. En parallèle, ils ne cessaient de se disputer. À propos de lui, en général, mais il avait décelé une certaine habitude dans cette façon qu’ils avaient de se parler, toujours un peu irritée, comme si l’autre était un être éprouvant dont ils s’étaient lassés depuis longtemps. Ses parents lui manquaient. Le couple aimant, le couple qui le soutenait dans tous ses efforts.
Ce soir, il en avait eu assez de cette tension palpable, alors que le silence régnait. Il n’avait pas besoin de voir pour deviner qu’ils devaient se regarder en chiens de faïence, s’opposant un silence buté qui l’excluait invariablement. Alors il s’était excusé de table et était monté dans sa chambre. Cette solitude lui pesait mais à qui aurait-il pu dire ce qui lui retournait l’estomac ? La seule à qui il pensait lui avait ri au nez et jouait aux fantômes, sans qu’il n’ait eu la moindre explication sur ce qu’il avait pu faire pour mériter un tel traitement. Shiloh et lui ne s’étaient jamais disputés, elle n’avait jamais réagi avec une telle véhémence à son égard. Elle était au contraire d’une patience d’ange, la seule qui ait toujours été à son rythme aveugle quand elle aurait pu courir les rues sans se soucier de sa sécurité. À présent, Lewis regrettait presque de s’être cantonné à cette unique amitié qui le laissait sans défense dès qu’elle lui tournait le dos. Il n’aurait pas dû être aussi dépendant de Shiloh, il n’avait plus personne vers qui se tourner pour le sortir de ce marécage dans lequel il évoluait depuis deux mois. Quant à ceux qui cherchaient son contact, Lewis les évitait soigneusement. Tous ces prénoms lui étaient familiers mais aucun ne lui avait jamais adressé la parole de son propre gré alors pourquoi maintenant ? Il n’avait aucune envie de troquer Shiloh contre tous ces types qui avaient toujours vécu leur vie comme si Lewis Chlapowski n’était qu’une ombre insignifiante. Evidemment, le jeune homme ne pouvait rien leur reprocher, aucun de ces garçons ne lui avait fait quoi que ce soit mais il ne saisissait pas leur intérêt soudain pour lui. Même ses parents s’étonnaient du fait qu’il ne voulait pas les recevoir et Lewis avait pris le pli d’agir comme eux, d’un haussement d’épaules dépourvu d’explications. À quoi bon essayer, ils n’auraient pas compris et il ne voulait pas passer pour un fou, ils étaient capables de le faire enfermer dans un hôpital psychiatrique jusqu’à ce qu’il retrouve la raison – leur raison.
Alors il optait plutôt pour le silence relatif de sa chambre. Relatif parce qu’il avait l’ouïe fine, à défaut d’avoir la vue, et il percevait chaque mouvement dans la maison, chaque écho de musique provenant d’une voiture qui roulait avec les fenêtres ouvertes, chaque grincement de vélo quand un cycliste filait dans la rue, chaque son lié à la vie nocturne de Mount Oak, en somme. C’est pour cela qu’il perçut l’approche du l’intruse avant qu’elle n’entre dans sa chambre. Il avait entendu le bruissement du lierre contre le mur, comme si quelqu’un s’y cramponnait pour grimper jusqu’à au balcon sur lequel donnait sa chambre. Instantanément, Lewis sentit son cœur déraper et accélérer la cadence, le fol espoir qu’il puisse s’agir de Shiloh investissant chacune de ses terminaisons nerveuses. Il ne bougea pas d’un millimètre, toutefois, ne voulant pas se trahir, et il feignit de somnoler, bien que tous ses sens soient dirigés vers la fenêtre où les sons continuaient, imperceptibles pour quiconque ne devait pas se fier à son oreille pour évoluer dans ce vaste monde. Il y eut quelques coups légers contre la fenêtre mais il feignit de ne pas les entendre, même si la curiosité lui chatouillait le corps. Si c’était Shiloh, elle s’installerait sur le bord du matelas et lui prendrait la main ou lui passerait la main dans les cheveux. Si c’était Shiloh, elle soufflerait son prénom et… Mais l’intruse fit bien plus que cela : elle s’allongea de tout son poids plume sur lui et glissa sa bouche si près de lui qu’il sentit son souffle doux s’infiltrer entre ses lèvres. Son souffle à lui resta douloureusement bloqué dans sa poitrine et il ne répondit pas, essayant d’associer cette voix à quelqu’un qu’il connaissait. Parce qu’il connaissait cette voix mais il avait été tellement sûr que ce serait le timbre un peu rauque de Shiloh qui allait briser l’atmosphère qu’il ne parvenait plus à faire la part des choses. Ses paupières frémirent sous le contact des doigts aventureux et les lèvres ponctuèrent leur entrée d’un baiser furtif sur le nez de Lewis. La jeune femme libéra son prisonnier et glissa à côté de lui et Lewis ouvrit ses yeux aveugles pour les tourner vers elle. Walker, il connaissait ce nom. Mais Thea ? Ne s’appelait-elle pas Charlie ? Ou cela faisait-il partie de toutes ces distorsions qui semblaient s’amuser à le rendre plus perplexe qu’autre chose ? Déglutissant avec peine, Lewis peina à respirer mais parvint tout de même à extirper un son de sa gorge nouée :
- Charlie ?
Instinctivement, il leva une main et chercha le visage de la demoiselle pour en effleurer les traits, comme il le faisait si souvent dans cette autre vie qui semblait lui avoir été arrachée depuis deux mois. Le monde était devenu fou et il se payait sa tête uniquement parce qu’il était aveugle et incapable de faire les liens. Il n’avait pour lui que les voix dans le néant, les parfums familiers – et celui de cette Thea ne lui était en aucun cas – et ses habitudes.
- Je ne comprends plus rien à cette vie, lâcha-t-il d’un air abattu en laissant retomber sa main. Je suis prisonnier dans ma propre maison.
Est-ce que cela avait le moindre sens pour elle ? Probablement pas. Mais Lewis était las de ce quotidien morne et solitaire et puisque cette fille était là, elle pouvait l’écouter. Peut-être le ferait-elle quand le reste du monde semblait sourd à sa détresse.

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MessageSujet: Re: darkest before the dawn   Lun 21 Aoû 2017 - 17:59

Thea se demandait ce qui allait changer désormais dans sa relation avec Lewis ; elle ne parlait pas spécialement du fait qu’ils couchaient ensemble au moindre caprice d’une dénommée Odette, mais plutôt de la facilité avec laquelle ils avaient toujours interagis. D’une certaine façon, Lewis faisait partie des constantes de la vie de Thea, qui aimait s’y accrocher plus qu’elle ne l’admettrait jamais. Ils n’étaient pas amoureux, et encore moins amis, mais quand la demoiselle avait le moral en berne, elle savait qu’elle pouvait compter sur lui pour lui remonter le moral. Elle ne se confiait pourtant jamais à lui, que ce soit sur l’oreiller ou dans un café, mais pour peu qu’elle ne se sente pas très jolie, ni même désirable, Lewis parvenait toujours à lui prouver le contraire. Il avait cette façon bien à lui de la dévorer des yeux, et elle ne se serait sans doute jamais lassée de voir son regard se perdre le long de ses jambes, qu’Odette soit assise à ses côtés ou non. Désormais, elle ne serait plus rassurée par son regard, mais parviendrait-il à trouver un autre moyen de communication ? Probablement, mais la demoiselle fut tout de même désarçonnée quand il ne réagit pas plus que ça, alors qu’elle s’allongeait sur lui. Elle ne savait pas vraiment à quoi elle s’attendait, mais sa main aurait pu s’attarder sur sa hanche, ses lèvres sur son cou ou… ou, n’importe quoi, juste quelque chose, une réaction. Au lieu de ça, il avait semblé presque déranger de cette proximité, et s’était pour cette raison qu’elle avait roulé si rapidement à ses côtés dans le lit. Comment lui reproche, cependant, quand il venait de perdre la vie ? A sa place, Thea n’osait imaginer comment elle aurait réagi. Cela changeait tout ; et probablement plus qu’on ne se l’imaginait. Sur la route qui la menait à la maison de son ami, elle avait réfléchi à tout ce qui changeait. Il ne pouvait plus conduire, déjà… mais même des choses qui pouvaient paraître plus insignifiantes devenait compliquée. Comment choisissait-il la couleur de son tee-shirt le matin ? Combien était-il ralenti par la peur de se cogner ? Comment pouvait-il être certain de la personne qui se trouvait en face de lui ? Pouvait-il encore seulement profiter de sa série préférée, sans les images ? Tout ne devait être que frustration… Une chose était certaine en tout cas : Thea ne l’enviait pas le moins du monde.
Observant le jeune homme avec attention, elle nota qu’il semblait ne pas se sentir très bien. En tout cas, sa voix était différente, plus…grave. Elle posa une main compatissante sur la sienne, mais eut bien envie de la retirer lorsqu’il prononça le nom d’une autre fille. Elle n’avait strictement aucune idée de qui cette Charlie pouvait bien être, mais ce n’était pas forcément agréable d’être comparée à une autre nana. Et même si Thea ne s’était pas imaginée être la seule avec qui Lewis faisait des infidélités à Odette, ils avaient passé assez de temps ensemble pour qu’il puisse la reconnaitre au son de sa voix… Toutefois, Thea ne s’énerva pas tout de suite et se contenta de se redresser légèrement pour pouvoir observer à sa guise le visage de Lewis. Etait-ce un jeu ? Parvenait-il à garder son humour malgré la situation ? Un léger sourire se dessina sur le visage de Thea quand il sembla chercher son visage de sa main. Elle le guida doucement vers celui-ci, et ferma les yeux. C’était assez étrange de sentir la main de quelqu’un sur son visage de la sorte, on ne se sentait pas vraiment en sécurité, d’une certaine façon. Les sourcils froncés, Thea s’apprêtait à décliner une nouvelle fois son idetnité et préciser qu’elle n’avait aucune idée de qui était cette Charlie quand il lui fit un aveu auquel même elle ne put rester insensible. Elle soupira, démunie dans sa détresse. La jeune femme n’avait jamais vu Lewis dans une telle position de faiblesse, et n’aurait jamais imaginé un jour arriver où il se confierait à elle. Mais maintenant qu’elle était là… « Je ne sais pas quoi te dire, Lewis… » Elle fut bien tentée d’ajouter que personne n’y comprenait rien, que sa cécité soudaine était un mystère, mais il le savait sûrement mieux qu’elle. Sans compter que les médecins avaient dû lui répéter des centaines de fois. « Peut-être que… » Elle s’arrêta. Elle aurait voulu lui dire que cette maladie, quelle qu’elle soit, était peut-être réversible, mais lui donner espoir, alors qu’il n’y en avait peut-être aucun, c’était bien trop cruel. Elle se redressa légèrement, et s’assit en tailleur à ses côtés. « Tu veux sortir ? » proposa-t-elle. S’il fallait agir plutôt que de parler, ça s’était dans ses cordes. Elle ignorait s’il se sentait prisonnier parce qu’il ne pouvait plus sortir qu’accompagné, ou parce qu’il se sentait en danger dans ce monde où tout devait être si noir, mais s’il avait besoin de prendre l’air, elle pourrait l’accompagner, et essaierait de se montrer trop étouffante. Un sourire taquin se dessina sur son visage, et elle précisa : « Enfin, tu ne peux pas sortir habiller comme ça, mais si tu te changes, je veux bien t’accompagner. », le ton de sa voix trahissant sa raillerie. Cela ne résoudrait certainement pas tous ses problèmes, bien au contraire, mais cela serait simplement un répit, un moyen de penser à quelques choses ne serait-ce que quelques heures. Curieuse, Thea hésita à poser la question qui lui brûlait les lèvres, mais décida qu’elle n’avait aucune raison de changer d’attitude : il était aveugle, pas cassé. Et ce n’était pas en le traitant comme un objet de porcelaine qu’il pourrait reprendre le cours normal de sa vie (même s’il devrait clairement changer de carrière ; vendre des jeux vidéo sans pouvoir y jouer, ce n’était pas l’idéal…). « C’est tes parents qui ne te laissent pas sortir, ou tu as trop peur de mettre les pieds dehors ? » Aborder des sujets sérieux avec Chlapowski ne faisait pas partie de ses habitudes ; c’était justement là tout le charme de leur relation : rien n’était sérieux, ils n’étaient là que pour s’amuser. Pourtant, elle devait bien avouer que c’était tout aussi flatteur qu’étrange, qu’il se confie à elle. S’efforçant de sourire, elle pencha la tête : « Par contre, je suis d’humeur aventureuse. Si on sort, ce n’est pas par la porte, mais par ton balcon, mon chat. »

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MessageSujet: Re: darkest before the dawn   Lun 28 Aoû 2017 - 14:09

Il aurait peut-être dû se débattre davantage, tenter de leur faire entendre raison ou, en tout cas, de l’entendre lui. Mais Lewis n’avait jamais eu à se confronter à quoi que ce soit. Ses parents l’avaient toujours soutenu et aidé à intégrer la vie de tous les jours. Ils avaient refusé qu’il puisse être jugé handicapé par sa cécité quand il avait toutes les capacités de se débrouiller seul, même sans sa vue. Ne le leur avait-il pas prouvé, d’ailleurs ? Toutes ces années où il déambulait dans Mount Oak avec sa canne, sans l’aide de quiconque ? Alors, bien sûr, il y avait souvent Shiloh dans les parages mais elle ne le traitait pas comme un enfant, elle agissait avec lui comme avec les autres. Seule sa main s’égarait parfois sur son bras pour l’écarter d’un danger dont il n’avait pas conscience. Aussi était-il complètement perdu face à cette nouvelle façon qu’on avait de le considérer, comme s’il ne pouvait plus se déplacer sans être lourdement gardé, comme si, avec la vue, c’étaient toutes ses facultés qu’il avait perdues en une seule fois. Quand il avait essayé de dire à ses parents qu’il n’avait besoin que de sa canne pour se balader, il avait senti la panique dans la voix de sa mère et l’autorité dans celle de son père. Et il était hors de question – entendait-il ?! – qu’il aille risquer sa vie en errant tout seul. Pour l’entendre, Lewis l’avait entendu, mais la pilule n’en avait pas été moins douloureuse à avaler. À présent, quelles options lui restait-il ? Il avait envisagé de fuguer la journée, pendant qu’ils étaient au travail mais, étrangement, il y avait toujours quelqu’un pour proposer sa compagnie ou un prétexte pour l’enjoindre à rester à la maison – un colis qui allait être livré, à dieu sait quelle heure, un réparateur qui devait passer changer les tuyaux dans la cave. Il avait vite compris que ça n’était qu’une manœuvre maternelle pour le garder à la maison et il en avait été d’autant plus dépité. Non seulement on l’emprisonnait dans son handicap mais en plus on ne lui faisait plus la moindre confiance. Avec quoi était-il supposé occuper ses journées, maintenant ? Il n’y avait pas un seul livre en braille dans la maison et écouter la radio à longueur d’après-midis avait depuis longtemps usé les nerfs du jeune homme. Alors l’arrivée inopinée de l’inconnue était plus que bienvenue. Non seulement elle troublait son quotidien monotone mais il pressentait qu’elle pourrait être plus qu’une voix taquine qui s’infiltrait dans sa chambre.
Lewis se mordit l’intérieur de la joue, légèrement déçu par la réponse pourtant logique de la jeune femme. Que pouvait-elle lui dire, en effet, pour soulager son tourment ? Rien. La seule qui aurait pu trouver les mots refusait de lui adresser la parole – et même un regard, il en était persuadé, il l’avait senti à la façon dont elle s’était fichue de lui, un ton narquois dans la voix, un ton qui ne cherchait même pas à dissimuler le mépris qu’il lui inspirait. Tout cela était si soudain : la manière qu’avaient ses parents de le surprotéger, le dédain éloquent de Shiloh, l’intérêt qu’on lui portait sans qu’il en connaisse l’origine. Lewis ne savait pas comment affronter tout cela et absorbait les coups sans broncher, acceptant son sort en tentant de l’analyser avec les maigres éléments qu’il avait. À part avoir été propulsé dans un autre monde, il ne voyait pas trop quelle explication donner à ces métamorphoses aussi variées que perturbantes chez ses proches.
Un brin d’espoir lui chatouilla cependant le ventre lorsque la demoiselle reprit la parole, quelque peu hésitante. Il n’osa pas la presser mais sentit invariablement son cœur s’emballer, jusqu’à ce que la proposition, simple mais à l’allure magique, virevolte dans la pièce. Décelant le changement de position de Thea, Lewis l’imita et se redressa lentement pour s’asseoir sur son lit, une jambe pliée sur le couvre-lit tandis qu’il posait un pied à terre :
- Pourquoi ? Qu’est-ce qu'elle a, ma tenue ? s’étonna-t-il en passant furtivement les mains sur son corps, décelant le tissu du t-shirt et la texture caractéristique du jean qu’il portait.
Jamais on ne lui avait fait une telle remarque mais peut-être était-ce par habitude, parce qu’ils concluaient qu’il se souciait peu de sa tenue puisqu’il était aveugle, ce qui n’était pas totalement faux, même s’il avait toujours suivi les conseils de Shiloh lorsqu’ils allaient faire les magasins. Alors peut-être qu’il n’entendait jamais d’allusion moqueuse parce que son amie s’était chargée de lui éviter un tel désagrément.
- Peur ? s’exclama-t-il avec un rire incrédule. Je sais me débrouiller seul, je ne crains pas de sortir sans garde rapprochée. Ce sont mes parents qui refusent de me laisser une minute de répit.
C’était lamentable. Il avait vingt-cinq ans, non ? Pourquoi devait-il encore leur obéir alors qu’il était un homme adulte. Après, certes, il vivait encore chez eux et devait dès lors se plier à leurs règles mais tout de même. Jamais on n’avait tant cherché à le fixer à la maison, ne lui permettant de prendre l’air que pour aller chez un médecin incapable de donner un raison à sa cécité – ce que ses parents attendaient vivement, apparemment, ce qui ne cessait de désarçonner Lewis – ou pour aller rendre visite à des gens qu’il ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam et dont il devait s’efforcer de dépatouiller les voix dans un brouhaha sans nom.
La suggestion de la jeune femme le laissa quelques secondes dubitatif mais il ne tarda pas à répondre, s’essayant à un ton ferme qui ne s’accordait pas vraiment à ses mains moites :
- Je n’ai jamais eu à descendre par là mais si c’est ce qu’il faut pour sortir d’ici…
Il aurait sauté dans le vide si on lui avait dit qu’il atterrirait sans risques dans l’herbe humide de leur jardin.

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MessageSujet: Re: darkest before the dawn   Dim 17 Sep 2017 - 0:09

Thea n'était pas habituée à se retrouver dans ce genre de position. D'aussi loin qu'elle s'en souvienne, elle n'avait jamais eu à prendre soin de qui que ce soit. Il y a bien Poguy, son chien, mais cela ne comptait pas réellement comme une personne – il était bien mieux que la plupart des êtres humains – et ses besoins étaient bien plus faciles à contenter... De quoi avait besoin Lewis, d'ailleurs ? Ce n'était pas évident à déterminer. Il semblait étouffer dans cette nouvelle vie qu'il découvrait, et la demoiselle ne pouvait que le comprendre : perdre la vue ne pouvait être qu'oppressant. Cela devait limiter nettement le nombre de choses qu'il était capable de faire, et surtout de faire seul. Thea n'osait imaginer la façon dont elle aurait réagi à sa place, mais une chose était certaine : nettement moins bien. Peut-être était-ce pour ça qu'elle n'avait pas encore tourné les talons, ou n'avait pas essayé de lui sauter dessus. Une fois n'était pas coutume mais la demoiselle ressentait une compassion sincère pour le jeune homme. Son sort n'était pas enviable, mais surtout, il n'était pas mérité. Certes, Lewis (comme Thea d'ailleurs) n'était pas l'une de ses personnes que l'on qualifie de « belle » ; il n'avait pas une âme particulièrement charitable, mais même en croyant sincèrement au karma, le destin n'aurait jamais puni le jeune homme de la sorte. Et puis... qu'est-ce qui pouvait être pire que de perdre l'un de ces cinq sens à un âge si avancé ? A l'échelle de la vie, on était encore jeune à vingt-cinq ans, mais l'on était tout de même connaître toutes les choses élémentaires, pouvoir se déplacer librement et seul sans l'aide de personne. Et maintenant, Lewis se retrouvait à devoir tout apprendre de cela... Alors, elle lui proposa de sortir, presqu'à demi-mots, car elle n'était pas certaine de l'aventure dans laquelle elle se lançait. Thea n'était pas particulièrement effrayée – il lui suffirait de surveiller Lewis comme un enfant qui ne regardait pas où il marchait, non ? - mais elle espérait surtout que Lewis ne le serait pas. Elle n'avait aucune difficulté à trouver une solution pragmatique à ses problèmes, si tout ce dont il avait besoin été un peu d'air frais, mais s'il se mettait à paniquer, Thea ne savait pas franchement ce qu'elle pourrait faire pour lui. Elle était bien capable de lui tapoter sur l'épaule jusqu'à ce que ça aille mieux, mais elle doutait être capable de plus... Qu'à cela ne tienne : elle n'aurait qu'à appeler Odile si les choses dégénéraient – ils n'étaient pas ensemble (hormis leurs pauses) pour rien après tout.
Thea haussa les épaules à sa question et répondit simplement : « Rien, mais c'est ce que tu portes tous les jours. Pour ta première vraie sortie, ça mérite un p'tit effort vestimentaire, tu ne crois pas ? » alors qu'elle quittait le lit pour se diriger vers son armoire. Certes, il était sûrement déjà sorti de chez lui à maintes reprises mais de ce que la jeune femme comprenait, ses parents ne le laissaient pas vraiment le faire sans surveillance. Fouillant entre ses tee-shirts, et ses pantalons, la jeune femme finit par trouver une chemise à son goût qu'elle mit de coté avant de regarder le reste de ses affaires. Le pantalon qu'il portait ferait la faire, mais mieux valait trouver une veste ou un gilet – inutile qu'il attrape la grippe, Thea aurait besoin de ses services à un moment ou un autre. Elle finit par trouver une veste en jean à son goût, et retourna auprès du jeune homme. « Tiens, enfile ça. C'est une chemise et une veste. » lui précisa-t-elle, en posant les vêtements sur son bras. Elle ne savait pas réellement comment procéder, ni même s'il avait un moyen d'identifier les vêtements qu'il portait. Thea avait remarqué que certains étaient pliés différemment, sans pour autant être capable d'identifier si cela était lié à la cécité nouvelle du jeune homme ou simplement à une technique de pli aléatoire et insignifiante. « Ce n'est pas une mauvaise blague, je te rassure. » précisa-t-elle. Lewis la connaissait assez pour se méfier d'elle, mais la situation ne prêtait pas vraiment à ce genre de blagues. En d'autres circonstances, elle ne pouvait pourtant nier qu'elle l'aurait habillé comme un clown, avant de l'envoyer draguer des canons.
La prestance et l'assurance avec lequel Lewis affirma être capable de se débrouiller seule désarçonna quelque peu Thea. Si elle ne doutait pas qu'il soit plein de ressources, elle ne s'attendait pas non plus à ce qu'il soit déjà prêt à reprendre le cours normal de sa vie, comme si rien n'avait changé. « Ouais, c'est relou. Mais bon, tous les parents s'inquiètent. » tenta-t-elle de relativiser. Si Thea comprenait que ses parents ne souhaitent pas le voir vagabonder dans les rues comme il pouvait le faire auparavant, elle n'avait aucune difficulté à imaginer la frustration qui devait en découler pour son... ami/plan cul. Elle avait déjà du mal à supporter quand elle était privée de sortie deux jours adolescente, alors être privé de sortie pour une durée indéterminé en étant adulte... c'était insupportable et un comble, qui plus est ! « Ils finiront par s'y faire ; personne ne s'attendait à ce que tu aies envie de reprendre le cours normal de ta vie si rapidement, Lew. Honnêtement, tu m'en bouches un coin, mec ! » Et Dieu sait que Thea n'avait pas le compliment facile. Arquant un sourcil, Thea fut plutôt surprise de la réponse qu'il apporta à sa proposition. «  Tu rigoles, on est descendus par là des dizaines de fois. » répondit-elle, du tac au tac oubliant l'espace d'une seconde son handicap. «  Enfin, ne t'inquiète pas. Je descends devant, et je te guiderai. » le rassura-t-elle, rapidement, posant une main compatissante sur son épaule. «  Je te prendrai la jambe pour la placer au bon endroit, il suffit simplement que tu me fasses confiance. » Elle s'éloigna du lit pour lui laisser suffisamment d'espace pour se changer, et chercha, derrière le bureau du jeune homme, les bouteilles de bière qu'il y cachait toujours. «  T'en veux une ? » proposa-t-elle, alors que le bruit de l'ouverture de la capsule raisonnait dans la pièce.

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Lewis Chlapowski

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MessageSujet: Re: darkest before the dawn   Sam 30 Sep 2017 - 20:32

Avait-il tort de se fier à une parfaite inconnue sous prétexte qu’elle lui offrait l’occasion de s’évader de cette chambre devenue prison ? Peut-être. Mais à ce stade, Lewis aurait donné n’importe quoi pour être libre, même si ça n’était que quelques heures. Et puis, même s’il ne la connaissait pas, il aimait sa voix, la chaleur qui s’en dégageait et il s’était toujours fié à sa perception des voix. Jusqu’à présent, cela ne lui avait jamais fait défaut, même quand Shiloh, d’un air contrarié, lui reprochait de faire confiance aux gens bien trop vite. Lewis savait qu’il y avait une pointe de jalousie dans son ton mais la seule fois où il s’était risqué à le lui faire remarquer, Shiloh lui avait offert un silence vexé et buté pour le punir. Il avait passé l’heure suivante à la supplier de lui répondre, parfaitement conscient de sa proximité – jamais Shiloh ne l’aurait en effet laissé, même profondément en colère après lui, ce qui n’arrivait heureusement presque jamais. Et puisque, depuis quelques mois, Shiloh refusait obstinément d’avoir le moindre contact avec lui, quel autre choix lui restait-il que d’accepter la seule main tendue ? Alors, se fiant à son instinct et au fait qu’il n’avait pas vraiment beaucoup d’options, Lewis décida de suivre Thea, quoi qu’elle propose.
La réponse de la demoiselle le laissa perplexe et il caressa distraitement la couture du bas de son t-shirt avant de répondre :
- D’accord. C’est toi le chef.
Il tendit la main en guise de pacte, attendant qu’elle lui fourre les vêtements adéquats dans les mains, en espérant que ça ne faisait pas partie d’un jeu pour le ridiculiser. Il ne voyait pas plus pourquoi il devrait faire un effort quelconque mais partit du principe que ça ne lui coûterait rien d’obéir à sa sauveuse. Qu’il porte ce haut ou un autre, après tout, cela ne lui changeait pas la vie, à lui, et si ça pouvait amuser son ange gardien. Lewis l’écouta donc farfouiller dans sa garde-robe, légèrement intimidé qu’une étrangère puisse toucher à ses affaires, et attendit qu’elle revienne. Les doigts experts du jeune homme évaluèrent les étoffes reçues (une chemise et une veste, comme le lui indiqua Thea) et il se leva. Il n’osa pas lui suggérer de se détourner et le fit donc lui-même, sans savoir s’il le faisait vraiment. Il troqua son t-shirt contre la chemise, qu’il boutonna rapidement et tâta le lit où il avait laissé la veste avant de la localiser et de l’enfiler.
- Je te fais confiance, lui assura-t-il, quelque peu gêné que son expression ait pu, peut-être, trahir les soupçons qui l’avaient furtivement traversé. Ça vous va, comme ça, Madame ? ajouta-t-il en tendant les bras comme pour jouer les mannequins devant un juge impitoyable.
Toutefois, il ne put, à nouveau, pas dissimuler sa perplexité lorsque la jeune femme reprit la parole. Comment ça reprendre le cours normal de sa vie si rapidement ? Certes, il avait été violemment heurté lors d’un événement inexplicable – comment il s’était retrouvé sur ce terrain restait un mystère non élucidé – et il en gardait sûrement quelques fameux hématomes violacés sur la cage thoracique mais il ne voyait pas en quoi cela l’aurait empêché de continuer à vivre sa vie. Il jugea cependant qu’il ne valait mieux pas relancer le débat : après tout, il avait déjà pu constater qu’à chaque fois qu’il cherchait à mettre en évidence des détails comme ceux-là, les gens réagissaient bizarrement. À force (très rapidement, en tout cas), il avait préféré passer outre ces moments gênants où personne ne semblait plus se comprendre et suivre le courant. Il avait vite compris que cela lui évitait bien des désagréments et conversations stériles. Comme lorsqu’elle s’exclama, avec une stupéfaction notable, qu’ils avaient fait le mur à bien des reprises. Il ne servait à rien de dire qu’il ne s’en souvenait plus, la cécité paraissait suffisamment perturber son entourage sans qu’il aille ajouter des pertes de mémoire sélectives et inopinées. Mais il ne voyait sincèrement pas quand il aurait pu faire ça à partir du moment où il n’avait jamais eu à le faire, déjà, mais surtout qu’il n’avait aucune idée de qui elle était, même si sa voix ne lui était pas étrangère.
- Oui, bon, mais ce ne sera pas la même chose, lâcha-t-il pour se dépêtrer de cette situation rocambolesque.
Suivre le courant, voilà ce qu’était devenue sa règle numéro une. Ne pas contredire, essayer de ravaler au mieux son égarement et s’accommoder de ces changements incompréhensibles. Il décela clairement le son caractéristique d’une bière décapsulée et fronça les sourcils lorsque Thea lui en proposa une. Il ne demanda pas d’où elle sortait ça. À la place, il avança :
- Mmmh. Peut-être après être descendu, si ça ne te dérange pas. Je préfère avoir toutes mes facultés pour aborder cette descente à l’aveugle…
Le jeune homme esquissa un sourire tendu. Il n’était déjà pas vraiment dans ses habitudes de boire mais s’il fallait qu’il sirote une bière pour se fondre dans le décor, pourquoi pas. Mais il avait hâte de quitter la chambre, maintenant que la perspective était là. Aussi se dirigea-t-il vers la porte fenêtre qu’il ouvrit d’un geste sûr avant de s’avancer sur le balcon pour aller s’appuyer contre celui-ci. Savoir qu’il devrait se glisser par-là eut l’étrange effet de lui donner la sensation que la gravité le tirait davantage vers le sol quand il se penchait par-dessus le muret. Il n’avait aucune idée de ce qu’était le vertige mais se dit que ce devait être quelque chose comme ça.
- C’est haut ? s’enquit-il en se tournant vers sa chambre pour interroger Thea. J’espère que je ne vais pas me casser une jambe. Sinon ça sera encore pire après.
Après. Il appréhendait déjà la surprotection dont il serait la victime, conscient que s’il se sentait piégé maintenant, ça ne serait sûrement rien comparé à ce qui pourrait arriver en cas d’accident impliquant une chute de son balcon.
- Et on est bien d’accord. Si tu m’aides à descendre, ça veut dire que tu m’aideras à remonter tout à l’heure, n’est-ce pas ?
Il aurait l’air fin s’il devait aller sonner à la porte et expliquer qu’il se soit télétransporté de sa chambre au jardin.

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