high school memories


Partagez | 
 

 high school memories

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage

Tobias Bledsoe

avatar

CRÉDITS : freesia

INSCRIT LE : 02/06/2016
MESSAGES POSTÉS : 54


LOOK IN THE MIRROR
RELATIONS:
DISPONIBILITÉ RP: 1/3 (leandre, eugene)

MessageSujet: high school memories   Mar 8 Aoû 2017 - 20:14

Tobias filait à travers les rues de Mount Oak, le casque vissé aux oreilles, l’air ailleurs, quand il aperçut la chevelure rousse caractéristique d’Eugene Andrews au loin. Il venait de passer l’après-midi avec l’un de ses oncles, à essayer de lui expliquer les rudiments de la technologie de pointe qu’il venait d’acquérir mais le jeune homme soupçonnait le frère de sa mère d’avoir une fois de plus dépensé sans compter – et surtout sans réfléchir. Il y avait fort à parier que, impatient comme il l’était, son oncle n’allait pas tarder à amèrement regrette son achat impulsif et, soit il l’abandonnerait là, comme pas mal de ses lubies, aux bons soins de la poussière – ce qui aurait de quoi faire gémir intérieurement Tobias, pour qui ce genre de dispositif valait bien n’importe quel trésor – soit il trouverait un moyen de s’en débarrasser, en le revendant à perte à quelqu’un ou en rendant la marchandise aux magasins. S’il avait eu les moyens, Tobias aurait peut être pu envisager de se proposer comme potentiel acheteur lorsque son oncle baisserait les bras mais vu l’état lamentable de son compte en banque, il pouvait faire une croix dessus et s’estimer heureux d’avoir seulement pu approcher de machines aussi perfectionnées. Sa tante avait insisté pour qu’il reste goûter avec eux – elle faisait les meilleurs gâteaux au chocolat de la région, alors comment refuser ? – et il avait eu du mal à s’extraire de leurs attentions douces mais envahissantes. Dès qu’il avait pu trouver un prétexte pour s’éclipser, Tobias avait sauté dessus et avait filé sans demander son reste.
Enfin libre de ses mouvements, Tobias n’était pourtant pas pressé de rentrer chez lui. Il avait déjà passé la soirée précédente devant Netflix, au point qu’il avait eu les yeux explosés en se levant, ce qui était une très mauvaise idée, surtout lorsqu’on faisait un stage dans une boite d’informatique et que, par conséquent, on avait les yeux constamment scotchés à un écran durant trop d’heures consécutives. Mais Tobias ne se plaignait pas : il bâtissait son rêve, une pierre à la fois, et apprenait chaque jour énormément de choses. Il n’empêchait qu’un peu d’air frais ne pouvait lui faire que le plus grand bien, raison pour laquelle il erra pendant une bonne demi-heure en zigzaguant dans les rues. Il poussa même jusqu’à la ferme d’Owlfeather pour saluer le propriétaire de la parcelle. C’était lui qui avait fait naitre l’intérêt de Tobias pour les sciences, intérêt qui avait migré vers l’informatique à l’adolescence mais qui n’empêchait pas le jeune homme de consacrer pas mal de ses lectures à des ouvrages conseillés par le scientifique. Il n’y resta cependant pas longtemps et repartit au bout d’une demi-heure pour revenir vers le centre de Mount Oak. Le jeune homme fut tenté de faire un crochet par chez son frère et sa belle-sœur mais songea que son apparition soudaine, alors qu’il n’avait même pas pris la peine de les avertir, serait peut-être malpolie. Il en était à s’interroger sur une nouvelle destination lorsqu’il aperçut son ancien camarade de classe et si, pendant un bref instant, il hésita à le rejoindre, Tobias finit par céder à la pulsion. Après tout, ils n’étaient plus au lycée, il n’y avait plus de raison qu’Eugene le malmène comme il le faisait à l’époque. Surtout que les heures passées ensemble sur les cahiers scolaires avaient fini par calmer l’ardeur du rouquin à se moquer de Tobias et de sa tendance à être trop sérieux et trop studieux.
- Salut Andrews, l’apostropha-t-il en freinant à hauteur d’Eugene. Ça fait un bail que je ne t’ai plus vu, qu’est-ce que tu deviens ?
Il ne savait pas trop comment il allait être reçu. Après tout, Eugene et lui n’avaient jamais vraiment été potes et le temps avait la fâcheuse tendance de tout distordre : les souvenirs comme les relations. Eugene pouvait très bien ne se souvenir que vaguement de lui puisqu’il était plutôt transparent, quand il était adolescent, mais Tobias comptait sur son sourire teinté de connivence pour gommer les mois écoulés.
- Tu t’en sors à l’université ou tu t’es trouvé un nouveau souffre-douleur pour te faire réviser ? plaisanta-t-il, les lèvres légèrement arquées dans un rictus.
Si avec ça, il ne se souvenait pas, alors Tobias n’avait plus aucun espoir.

________________

And how do you tell them you feel so empty without making it sound so sad?
Revenir en haut Aller en bas

Eugene Andrews

avatar

CRÉDITS : .cranberry; tumblr; endless love

INSCRIT LE : 05/05/2017
MESSAGES POSTÉS : 136


MessageSujet: Re: high school memories   Mer 16 Aoû 2017 - 12:26

Petit à petit, Eugene se faisait à l’idée qu’il ne comprenait rien à la situation, et que toute recherche d’explications était vaine ; personne n’aurait de réponse à apporter à ses questions. Tout le monde semblait se préoccuper du fait que telle réaction ne lui ressemblait pas, qu’il mange maintenant du poisson, que sa consommation ait à ce point augmentée quand ses visites à la salle de sport, elles, avaient diminué. Sur certaines choses, le rouquin acceptait de faire un effort. Après tout, aller un peu plus souvent au sport lui ferait sûrement du bien, mais cela ne signifiait pas pour autant qu’il était prêt à réduire sa consommation de soda. Mais sur ces choses-là, encore, il parvenait toujours à se dépatouiller d’une manière ou d’une autre. Le plus compliqué, c’était pour les interactions humaines… Et pourtant, elles étaient loin de lui apporter que du négatif. Jamais Eugene n’aurait imaginé ses parents lui demander de s’asseoir avec eux, et exprimer leur inquiétude. Jamais il n’oublierait le regard inquiet de ses parents quand ils lui avaient demandé : « Est-ce que tout va bien, Eugene ? Est-ce que tu te sens… triste ? déprimé ? » Eugene était convaincu d’avoir des parents géniaux, mais ceux dont ils avaient hérité ici… ils étaient encore mieux – et le gamin n’aurait pas cru cela possible. Il avait tenté de les rassurer, réalisant alors que même si ses « vrais » parents lui avaient tenu le même discours, cela n’aurait probablement rien changé. Eugene ne voulait pas trop dévoiler la personne qu’il était. C’était plus fort que lui ; il n’avait jamais été doué pour exprimer ce qu’il ressentait. Il n’y avait guère qu’avec Wes qu’il arrivait quelque peu à s’exprimer. Avec lui, il n’avait pas besoin de faire semblant et c’était probablement ce qui rendait cette amitié aussi exaltante et rafraichissante. Quand il n’avait pas le moral, Eugene n’avait pas besoin de mentir. Il disait simplement que sa journée n’était pas terrible, puis Wes et lui allaient boire une bière, manger une pizza, ou simplement discuter un peu. Ils ne faisaient rien d’extraordinaire – et pourtant, Eugene se sentait toujours un peu mieux, après avoir passé du temps en sa compagnie.
Il venait d’ailleurs de quitter le jeune homme quand il décida de faire un détour par le centre-ville. Pour l’instant, il avait eu de la chance à son travail – tout le monde croulait sous la paperasse, et comme Eugene était l’employé avec le moins d’ancienneté, il était celui qui se retrouvait à la gérer. Par la suite, c’était la secrétaire, Connie, qui s’était portée souffrante, et une fois de plus, on avait désigné Eugene comme volontaire pour la remplacer. Le jeune homme en avait profité pour lire tout ce qu’il pouvait sur l’ébénisterie, et pour regarder des vidéos youtube (quand personne n’était là, le risque de se faire prendre était trop grand sinon) sur le sujet. Toutefois, cela ne valait absolument pas la pratique… Eugene avait donc décidé de louer un petit atelier où il s’entraînerait avant d’être confronté à la réalité du métier… Par chance, son homologue avait accumulé un sacré pécule sur son compte en banque, d’après les relevés qu’ils recevaient dans sa boîte mail, et cela ne posait donc pas difficulté. Cependant, incapable de retrouver le mot de passe d’Eugene de Reflexion, il se retrouvait contraint de passer à la banque pour prouver son identité, récupérer son mot de passe, et déposer le RIB où serait versé le loyer, le temps qu’Eugene devienne ébéniste. Se demandant combien de temps cela lui prendrait, il mit un petit instant à réaliser qu’on venait de prononcer son nom de famille, l’une des rares choses qui n’avaient pas changé dans cette étrange aventure, et il dut revenir légèrement sur ses pas pour répondre à son interlocuteur. Cela ne l’enchantait pas ; il allait encore devoir avancer à tâtons, faire mine de se souvenir de tout quand il ne se souvenait de rien, pour la simple et excellente raison qu’il n’avait rien vécu de cette relation… Par chance, Eugene était devenu quelque peu habitué à ce jeu de dupes, et l’expérience n’était plus aussi douloureuse qu’elle aurait pu l’être il y avait quelques semaines de cela. « Hey, salut mec. » Son homologue avait apparemment l’habitude d’appeler tout le monde « mec », « vieux », « mon pote », ce qui simplifiait aux premiers abords en tout cas la vie d’Eugene. Réussir à trouver un moyen de faire dévoiler son prénom à la personne par la suite n’était malheureusement pas aussi aisé… Cela faisait donc trois semaines qu’Eugene conversait régulièrement avec « ses » meilleurs amis, sans connaître les prénoms de certains – quelle géniale idée de n’appeler les gens que par leurs noms de famille… Il s’apprêtait à répondre qu’il étudiait désormais la littérature, réflexe idiot dont il n’était toujours pas parvenu à se débarrasser, quand la remarque de son… ami ? le fit tiquer. Il réalisa premièrement qu’il n’était plus étudiant en littérature, puis (et surtout) que l’individu qui se trouvait devant lui était sûrement plus proche de ce qu’il était réellement que du rôle qu’il jouait depuis ce fameux 18 juin… Eugene lui offrit le sourire le plus sympathique qu’il avait en réserve, et répondit : « J’ai abandonné… Je travaille le bois, maintenant. Y avait moins de temps à passer dans les bouquins, comme ça ! » Son air était faussement enjoué, mais puisque les jeunes gens ne s’étaient apparemment pas vus depuis quelques temps, peut-être que cela passerait… Eugene n’en était pas pour autant moins gêné de se rendre compte que son homologue n’était probablement pas aussi sympathique que ses amis en donnaient l’air… Il était difficile d’évaluer à quel point les mots choisis par cet inconnu, pas si inconnu que ça, étaient une boutade ou simplement bien choisis, mais il émanait une certaine timidité du jeune homme qui fit pressentir à Eugene qu’il avait été exactement ce dont il avait souffert plus jeune. Il soupira, légèrement, se gratta la tête maladroitement, et regarda le jeune homme d’un air désolé : « J’étais vraiment pas très cool avec toi hein… » Il ne voyait pas vraiment d’autres manières de s’excuser, ne souhaitant pas non plus dévoiler l’imposteur qu’il était.

________________
"straightjacket feeling"

Days swiftly come and go. I'm dreaming of her, she's seeing other guys. Emotions they stir; the sun is gone. The nights are long and I am left while the tears fall. Did you think that I would cry on the phone ? Swing, Swing from the tangles of my heart is crushed by a former love.
Revenir en haut Aller en bas

Tobias Bledsoe

avatar

CRÉDITS : freesia

INSCRIT LE : 02/06/2016
MESSAGES POSTÉS : 54


LOOK IN THE MIRROR
RELATIONS:
DISPONIBILITÉ RP: 1/3 (leandre, eugene)

MessageSujet: Re: high school memories   Dim 20 Aoû 2017 - 13:08

Tobias n’avait heureusement pas la rancune tenace. Il préférait l’entente, même lointaine, plutôt que de s’attirer des ennuis inutilement. Et s’il approcha Eugene avec tant de désinvolture, c’était parce qu’il se disait qu’il avait une chance de pouvoir être accueilli plus ou moins bien. S’il avait été sûr et certain dès le départ que le rouquin l’enverrait bouler comme un malpropre, il n’aurait même pas pensé une seule seconde à combler la distance qui les séparait. Il était sympa mais il ne fallait pas pousser, quand même. Se faire humilier ne faisait pas partie de sa liste de souhait immédiate. S’il eut envie d’approcher son ancien camarade de classe, c’était bien parce que malgré leurs différences évidentes à l’époque, et malgré la façon un peu rude qu’avait Eugene de le traiter parfois, le temps qu’ils passaient à deux sur les cours n’était pas désagréable et il avait toujours réussi, d’une manière ou d’une autre, à ouvrir une conversation un peu plus élargie. Et puis, n’avait-il pas aidé considérablement le jeune homme dans sa réussite ? N’aurait-il pas été recalé sans la patience infinie de Tobias pour lui expliquer les sciences et les mathématiques ? Alors, si Eugene se demandait tout à coup pourquoi le geek de service venait le saluer, Tobias espérait que les heures passées ensemble à résoudre des problèmes et des équations jouerait en sa faveur. C’est pour cela aussi qu’il opta pour un ton désinvolte, du genre qui laisserait croire qu’il ne se vexerait pas si l’autre feignait une amnésie ou lui déclarait qu’il n’avait pas de temps à lui consacrer.
Aussi fut-il quelque peu surpris par le sourire qu’il récolta. Il avait espéré un accueil favorable mais pas au point qu’Eugene lui paraisse si heureux de le voir alors qu’ils n’avaient dû s’adresser qu’une poignée de mots depuis qu’ils avaient quitté Mount Oak High School et qu’à l’époque, déjà, leurs échanges se bornaient au strict minimum. Toutefois, ça ne concernait pas qu’Eugene, dans ce cas là, puisque Tobias n’ayant pas été quelqu’un de particulièrement populaire – sans pour autant faire partie de ces pauvres gars qui mangeaient tout seul à une table parce qu’ils n’avaient intégré aucun groupe – et qu’il s’était contenté d’un groupe d’amis restreint mais solide. Du coup, l’idée qu’Eugene puisse ne pas le reconnaitre du tout lui traversa l’esprit, ce qui aurait pu expliquer ce sourire qui paraissait un peu incongru aux yeux du jeune cycliste. La réponse du jeune homme surprit Tobias qui ne chercha même pas à dissimuler son air interloqué :
- Le bois ? répéta-t-il, n’étant  pas certain d’avoir bien entendu.
À moins qu’il s’agisse d’une plaisanterie ? Tobias essaya de décoder l’expression de son ancien camarade d’infortune, sans succès. Ne sachant trop comment réagir, Tobias jugea bon de revenir à la tactique initiale, celle qui consistait à jouer la conversation sur le ton de l’humour.
- Tu veux dire que toutes ces heures passées avec toi pour que tu passes ton année n’ont servi à rien ? Si j’avais su….
Il laissa un rictus narquois arquer ses lèvres, pour bien faire comprendre qu’il plaisantait. Ce temps, il l’avait passé avec d’autres, c’était un argent de poche facilement gagné vu qu’il excellait dans la plupart des matières et que tout cela lui semblait d’une évidence enfantine. En plus de cela, il était plutôt doué pour expliquer aux élèves les matières dans lesquelles ils avaient des déficiences. Il était devenu tuteur par nécessité et par vocation, aussi, même si tout cela lui semblait loin derrière lui, maintenant. Toutefois, il ne s’était pas attendu à ce qu’Eugene opte pour un métier manuel, ce qui était complètement idiot car il ne le connaissait finalement que très peu. On ne pouvait pas dire que l’étude avait favorisé une quelconque amitié puisqu’ils avaient échangé sur des sujets banals qui n’ouvraient sur rien et qui n’impliquaient en tout cas aucun investissement.
S’il pensait que la surprise s’arrêtait là, Tobias se trompa sur toute la ligne, la suite le laissa perplexe et il jeta un coup d’œil au rouquin, une pointe de scepticisme brillant au fond de ses yeux. Qu’était-il donc arrivé à Eugene ? Son changement de voie pouvait-il avoir ouvert une nouvelle conscience au jeune homme ? Tobias aurait aimé que ça soit si simple mais il se dit qu’il devait surtout sûrement lui être arrivé quelque chose pour qu’il réalise qu’il n’avait pas toujours été des plus agréables avec ses condisciples. Alors Tobias haussa les épaules, les déboires scolaires lui semblant désormais bien lointains :
- Il me semble que c’est un rite de passage. Toutes les écoles ont les mêmes clichés. Tu en étais un, j’en étais un autre…
Son sourire persistait à lui coller aux lèvres, malgré le ton fataliste de sa remarque, qu’il espéra n’être pas trop poussée, sous peine de s’attirer les foudres d’Eugene parce qu’il avait trop facilement pris ses aises au lieu d’accepter humblement les excuses du jeune homme.
- Et puis, soyons honnête, tu n’étais pas le pire d’entre eux. La médaille d’or revenait quand même à Sean, tu ne crois pas ?
Il n’était pas vraiment certain de vouloir retourner sur l’avenue de la mémoire, surtout si c’était pour évoquer le connard qui s’en prenait à peu près à tout le monde – et qui devait sûrement croupir dans une prison à l’heure qu’il était. Mais il l’avait un peu cherché en approchant quelqu’un avec qui c’étaient là les seuls souvenirs communs, puisqu’ils ne se côtoyaient jamais en dehors du lycée.
- Qu’est-ce qui t’a fait changer de voie, alors ? Pourquoi le bois ? s’enquit-il en glissant de son vélo pour le pousser et marcher au rythme d’Eugene.
Il avait l’occasion de parler normalement avec Eugene Andrews, pourquoi ne pas en profiter ?

________________

And how do you tell them you feel so empty without making it sound so sad?
Revenir en haut Aller en bas

Eugene Andrews

avatar

CRÉDITS : .cranberry; tumblr; endless love

INSCRIT LE : 05/05/2017
MESSAGES POSTÉS : 136


MessageSujet: Re: high school memories   Dim 10 Sep 2017 - 23:24

Eugene n'était pas très doué pour les relations sociales. Son homonyme, lui, semblait avoir une telle aisance en la matière, qu'Eugene regrettait n'avoir pas récupéré un peu de sa personnalité. Ou au moins avoir un guide pour savoir comment se comporter... Ce n'était pas évident d'être lui, mais encore moins dans un monde dans lequel il ne comprenait rien, et où tant de gens semblaient le connaître. Lui qui osait si peu s'adresser à des gens, devait maintenant faire mine de les connaître, d'être parfaitement à l'aise en société, et surtout ne rien dire qui puisse dévoiler sa véritable identité. A dire vrai, Eugene ne savait pas franchement pourquoi il dissimulait la vérité. Une part de lui avait peur de passer pour un fou, mais en réalité, sa vie serait bien plus simple s'il y avait au moins quelqu'un à qui il pourrait dévoiler qui il était vraiment. Cet individu était-il celui à qui il oserait enfin dire la vérité ? Eugene aurait adorer, mais en réalité, il savait pertinemment qu'il n'en aurait pas le courage. L'autre Eugene, lui, n'aurait sans doute pas hésité une seconde. Pourquoi ne pouvait-il pas être un peu plus comme lui ? Il n'était évidemment pas question de faire du mal aux gens comme il avait pu le faire par le passé, mais simplement avoir un peu plus confiance en lui. Lorsqu'il vit l'air interloqué de ce jeune homme, il se demanda s'il avait bien compris le travail de son acolyte. Etait-ce si surprenant que cela, qu'il ne se soit pas destiné à une autre carrière ? Avait-il des rêves qu'il n'avait pas suivi ? Avait-il une passion dont il n'osait pas vivre ? Eugene acquiesça, prudemment, s'inquiétant de la gaffe qu'il avait pu commettre. Par chance, son comparse ne semblait pas particulièrement proche de lui, et sa gaffe n'aurait peut-être aucune répercussion. Il nota mentalement de fouiller plus précisément à ce sujet dans ses affaires ce soir, pour avoir une réponse définitive sur la question. Par chance, le jeune homme en face de lui ne semblait pas avoir particulièrement remarqué son air désarçonné, et Eugene s'efforça de reprendre une contenance, si tant est qu'il en ait jamais eu une... Un sourire léger mais amusé se dessina sur les lèvres du rouquin quand il entendit le trait d'humour du jeune homme, jeune homme qu'il trouvait, au demeurant, de plus en plus sympathique. Se sentant d'humeur particulièrement téméraire, il décida de faire à son tour de tenter un trait d'humour : « T'es en train de me dire que ma compagnie n'en valait pas le coup ? » Il avait été établi qu'Eugene n'était pas l'être le plus sympathique qui était au lycée, mais s'il continuait de lui parler, c'était probablement qu'il n'avait pas été aussi affreux que cela. Ou, qu'il avait trouvé un moyen de se racheter d'une façon ou d'une autre. Une amitié était-elle née de ses nombreuses heures passées l'un en la compagnie de l'autre, à essayer de résoudre des problèmes mathématiques ou à apprendre à lire entre les lignes d'un poème ? Eugene se posait sincèrement la question, et plus que ça, l'espérait un peu. Il aurait détesté que l'on garde un souvenir de lui comme celui d'un tortionnaire, mais peut-être que l'Eugene qu'il était sensé être y aurait été indifférent...
Pourtant, Eugene ne put se taire, et formula des excuses qui, il l'espéra en tout cas, ne sonnaient pas trop fausses. Il ne voulait pas avoir l'air de demander pardon parce qu'il s'y sentait obligé ; ce n'était pas le cas. Eugene était sincèrement désolé que Tobias ait pu être un soufre-douleur : lui-même ne savait que trop combien cela pouvait briser quelqu'un. Inconsciemment, il passa sa main sur son cou, là-même où la corde l'avait serré avant qu'il n’atterrisse dans ce monde. Son tuteur semblait bien plus équilibré que lui, mais comment être certain pour autant qu'il n'avait pas traversé une période aussi noire que celle qu'Eugene était en train de traverser ? Ce changement de vie lui offrait certes une distraction salvatrice, mais au lieu de la nuit, ses vieux démons revenaient parfois le hanter... En tout cas, une chose était certaine : son tuteur faisait preuve d'une maturité épatante. Il semblait ne pas avoir réellement de rancune quant à ce qu'il s'était déroulé. Eugene aurait aimé pouvoir être aussi philosophe, mais chaque petit mot blessant était profondément ancré dans son organisme, comme gravé sur son cœur, et il ne parvenait jamais réellement à s'en détacher. Quel homme... « Ce n'est pas une raison... » souffla-t-il, tandis que le jeune homme continuait sur sa lancée. Le prénom qu'il utilisa, réveilla cependant quelque chose chez Eugene ; il était impossible que la personne concernée soit la même, puisque « son » Sean était anglais, mais lui aussi avait eu un tortionnaire du même nom... Préférant ne pas se lancer sur cette pente dangereuse, Eugene se contenta de hausser les épaules, et réitéra ses excuses, espérant que son tuteur ne comptait pas insister sur le sujet. « Vraiment désolé, quand même. C'était pas cool. Je te paye une bière ? Ce n'est pas grand chose mais...» Poussant un soupir, il se demanda pourquoi il s'était laissé aller à cette proposition. Il ne devrait en réalité passer du temps qu'avec des gens qui ne connaissaient pas... Mais avoir des amis, des connaissances, et une vraie famille (des parents dont il était proche, et des frères et sœurs) était si agréable...
Contrairement à ce qu'Eugene avait espéré, la question suivante n'était pas nécessairement mieux... Pourquoi avait-il choisi le bois ? Le jeune homme voulait bien expliquer l'attrait qu'il y trouvait, maintenant qu'il s'y essayait mais... A dire vrai, il ne pouvait qu'inventer sa réponse... « Par hasard... Il fallait choisir quelque chose alors... » Il soupira, et haussa les épaules. Réfléchissant au jeu de fléchettes accroché sur la porte de son homonyme, il inventa une histoire sans queue ni tête. « J'ai placé des noms de métiers pas trop compliqués niveau étude sur mon jeu de fléchettes, j'me suis déplacé les yeux fermés et j'ai lancé une fléchette... » Mais, puisqu'il n'avait pas encore retourné la question à son nouveau... copain, il décida de profiter de l'occasion pour que l'attention de la conversation ne soit plus tournée vers lui. « Et toi, que fais-tu maintenant ? »

________________
"straightjacket feeling"

Days swiftly come and go. I'm dreaming of her, she's seeing other guys. Emotions they stir; the sun is gone. The nights are long and I am left while the tears fall. Did you think that I would cry on the phone ? Swing, Swing from the tangles of my heart is crushed by a former love.
Revenir en haut Aller en bas

Tobias Bledsoe

avatar

CRÉDITS : freesia

INSCRIT LE : 02/06/2016
MESSAGES POSTÉS : 54


LOOK IN THE MIRROR
RELATIONS:
DISPONIBILITÉ RP: 1/3 (leandre, eugene)

MessageSujet: Re: high school memories   Jeu 28 Sep 2017 - 20:28

L’intérêt de Tobias n’était même pas feint. Sincèrement amusé par l’échange improbable qu’il avait avec Eugene, il décida de saisir la chance d’apprendre à connaitre le jeune homme autrement qu’à travers des conversations centrées sur des matières qui paraissaient compliquées à l’un et presque rébarbatives à l’autre. Et puis, qui sait si cela allait durer ? Eugene allait peut-être se souvenir subitement de lui et il retrouverait sa marque légendaire, une sorte de dédain légèrement moqueur et de désinvolture naturelle. Ç’avait toujours interpelé Tobias qui, dès qu’il décelait un revirement dans l’attitude de son camarade, le contemplait d’un œil perplexe. La popularité d’Eugene ne l’avait jamais intimidé – il l’était d’ailleurs rarement, comme si rien ne l’impressionnait vraiment. Tobias était l’un de ces garçons calmes et étrangement émotionnellement stables. Rien ne paraissait vraiment le perturber et les sentiments forts ne l’effleuraient qu’à peine. Il n’avait jamais piqué de colère noire, il n’avait jamais sombré dans une léthargie proche de la dépression, il n’avait jamais été follement amoureux ni désespérément jaloux. Il était constamment d’humeur égale et cela n’était pas désagréable. Il avait suffisamment assisté aux éclats des autres pour savoir qu’il ne tenait pas spécialement à expérimenter la chose. C’était peut-être ce qui lui avait permis de côtoyer Eugene aussi longtemps, sans se vexer du peu d’intérêt que celui-ci lui portait, sans se soucier d’être apprécié ou non par ce dernier. Pourtant, il devait bien l’avouer, à cet instant précis, la conversation l’intriguait et il ne la laisserait pas se tarir facilement. D’où ses questions qu’il espérait ne pas être trop invasives, auquel cas elles risquaient de contrarier le rouquin qui ne se gênerait sûrement pas pour lui rappeler que tout ça, ça ne le regardait pas, en réalité. Et Tobias ne pourrait qu’abonder dans ce sens. Tobias ne connaissait de toute façon pas suffisamment Eugene pour se douter du trouble de celui-ci, ou peut-être était-il simplement trop emporté par la discussion pour vraiment le remarquer. Pourtant il aurait dû. Non seulement à cause de l’attitude du jeune homme, plus accueillante que celle à laquelle il s’était attendu, mais également à cause de ses propos surprenants. Mais pourquoi pas ? songea Tobias. Pourquoi Eugene n’aurait-il pas eu le droit d’opérer un virage à cent quatre-vingts degrés pour se tourner vers une carrière à laquelle Tobias ne l’aurait jamais associé ? Qui était-il pour savoir ce que le rouquin attendait de la vie ? Ce n’était certainement pas leur relation tuteur-élève qui lui aurait permis d’anticiper la chose, en tout cas.
L’estocade d’Eugene surgit de nulle part et Tobias laissa échapper un rire interloqué en lui décochant une œillade incertaine. Voilà qui était plus étrange encore : jamais ils n’avaient été sur la même longueur d’onde et il ne se serait donc jamais attendu à ce que le jeune homme lui réplique sur le même ton facétieux.
- Oh, elle en valait la peine, lui rétorqua Tobias, embarqué par un élan de taquinerie. Surtout que tu as été celui qui m’a rapporté le plus.
Pour le reste, Eugene pouvait en déduire ce qu’il voulait mais ils savaient tous les deux que ça n’était pas la complicité qui avait régné entre eux. Tobias avait dû faire preuve d’une patience d’ange pour reprendre ses explications quand l’autre ne comprenait pas ou était trop obnubilé par autre chose pour lui prêter la moindre attention. Combien de fois n’avait-il pas observé les traits de son interlocuteur pendant que celui-ci avait son attention happée par quelque chose de plus passionnant que des triangles et des diamètres ? Aujourd’hui, pourtant, Tobias semblait avoir toute la concentration d’Eugene et la sensation avait de quoi l’intriguer. D’autant plus que la tentative de rédemption avait tout l’air d’être sincère. Pourquoi ? se demanda Tobias. Pourquoi ce revirement ? Pourquoi, alors qu’il ne lui demandait rien de tel ? Il n’avait rien à se faire pardonner, Tobias ne lui tenait aucunement rancune de ce qu’ils avaient été quelques années plus tôt. Encore quelque chose qui lui était propre : comme toute émotion négative, elle n’atteignait pas réellement Tobias. Pas profondément, en tout cas. Elle l’effleurait à peine, le chatouillait, le laissait un peu hébété, puis elle s’envolait. À quoi bon ressasser des moments désagréables quand il y en avait plein d’autres ? Tobias faillit lui répondre que, vraiment, il n’avait pas à se montrer si désolé mais jugea inutile de le faire. Cela ne ferait que les embourber dans une spirale infernale. Il n’avait qu’à accepter ses excuses et clore ce chapitre pour, peut-être, en ouvrir un nouveau.
- Une bière ? répéta Tobias pensivement. C’est une bonne idée. J’ai tendance à oublier qu’on a l’âge de boire sans se cacher, dit-il avec un rictus narquois.
Ça lui allait bien, de dire ça, lui qui n’avait jamais été ivre de sa vie, qui grimaçait lorsqu’il trempait les lèvres dans un verre de punch et qui observait ses congénères d’un œil scientifique, éberlué par les états dans lesquels ils pouvaient se mettre et oublier toute décence. Mais qu’est-ce qu’une bière pourrait bien lui faire ? Il n’avait de toute manière rien de mieux à faire et si ça lui permettait de découvrir la nouvelle facette de la personnalité de son ancien compagnon d’infortune, pourquoi ne pas accepter l’offre en gage de paix ? Reportant son attention sur Eugene, Tobias analysa l’expression de ses traits tandis qu’il répondait avec une franchise singulière et presque désarmante à sa question. Ce qui avait démarré comme une conversation banale basculait tout doucement dans quelque chose de plus sérieux. L’incertitude du garçon laissa Tobias dubitatif mais ça n’était rien comparé à la stupéfaction qu’il afficha clairement en découvrant la vérité derrière le nouveau choix de vie d’Eugene. Il ne savait pas s’il était sérieux ou s’il se payait sa tête mais si c’était la première option, elle avait de quoi méduser Tobias.
- Tu as laissé ton avenir à un jeu de hasard ? conclut-il sans pouvoir cacher son hébétude. Tu m’épates, pour le coup, Andrews. C’est à peine si je te reconnais.
Il adressa un clin d’œil au jeune homme pour lui assurer qu’il plaisantait puis haussa les épaules quand Eugene lui retourna la question.
- Je fais un stage dans une boite d’informatique. Mon but ultime, ce serait de décrocher un poste pour travailler à Pairidaeza Valley mais je crois que j’ai de la marge. Il faudrait pour cela que j’obtienne une place à Mount Oak College et elles sont chères.
Pour la première fois, Tobias, laissa entrevoir une légère déception sous la forme d’un sourire en coin un peu amer. Pour l’instant, il avait surtout l’impression d’être le serviteur de tout un service. En quelques mois de stage, il avait servi plus de café que codé quoi que ce soit. Mais il ne se démonterait pas si facilement. Ça aussi, c’était l’un de ses traits de caractère : sa détermination farouche. Avec un calme olympien, Tobias comptait bien gravir les échelons. Même si cela devait lui prendre une décennie.

________________

And how do you tell them you feel so empty without making it sound so sad?
Revenir en haut Aller en bas
 
high school memories
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
BROKEN MIRROR :: THE GRAVEYARD :: TURNING INTO DUST :: A Walk Down Memory Lane-
Sauter vers: