Tell us a story I know you're not boring ◇ Tobias


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Laerte de Beauremont
LEANDRE DE BEAUREMONT

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MessageSujet: Tell us a story I know you're not boring ◇ Tobias   Dim 30 Juil 2017 - 15:54

Laerte s'était d'abord imaginé être encore en train de rêver, et ne s'était pas affolé. Ça lui arrivait souvent de faire des rêves enchâssés les uns dans les autres, d'où ses réticences à crier au génie lorsque "Inception" était sorti quelques années plus tôt et à croire que quoi que ce soit de bien réel soit en train de lui arriver. Il se rappelait s'ennuyer dans sa boutique et trouvait très logique de s'y être endormi une nouvelle fois, malgré tous ses efforts pour agir en tant que bon professionnel. Être antiquaire n'avait jamais été une volonté particulière et il avait continué, faute de mieux. Maureen lui avait souvent suggéré de transformer les lieux en un autre type de commerce qui lui conviendrait davantage, voire même de vendre pour recommencer de zéro dans un autre domaine, mais il n'avait jamais cédé à la tentation de l'écouter. Laerte n'aurait pas su quoi faire d'autre, comme il le lui avait expliqué. Il n'avait jamais fait que ça de sa vie, vivre entre les différents rayonnages d'un passé qui n'était pas le sien et qui ne lui offrait aucun avenir. Plus jeune, il s'était persuadé qu'il en partirait à la première occasion venue. Il disparaîtrait de Mount Oak et de cette boutique poussiéreuse. Il disparaîtrait loin de sa mère et de l'absence de vie qu'elle lui avait tracé. Laerte s'en était si bien persuadé qu'il n'avait réalisé que bien trop tard qu'il était coincé. Seule Madame Anastasia semblait encore y croire, et peut être serait elle la seule à ne pas être prise au dépourvu lorsqu'il serait avéré que Laerte avait soudainement disparu, comme tous ces gens avec qui n'avait à priori aucun lien.

Il attendit que quelque chose se passe, surpris d'être coincé dans un rêve où rien ne se passait, puis se leva pour observer les lieux et jouer à en lister les différences. Cette pièce lui était inconnue, malgré cette sensation de familiarité qu'elle dégageait. Il ouvrit des portes et en ferma d'autres, absorbé par sa tâche au point de feuilleter un tas enveloppes près de l'entrée avec le même intérêt qu'il le fit ensuite pour des prospectus. Le nom auquel elles étaient adressées l'avait amusé, comme à chaque fois qu'il découvrait à quel point son prénom pouvait être malmené. Il savait qu'il devait être l'un des rares porteurs du patronyme "Laerte" encore en vie, d'où la difficulté de certaines personnes à le retenir du premier coup, et il préférait ne pas s'en soucier. Avec un sourire discret, il se contentait de reprendre ses interlocuteurs et de leur expliquer l'origine antique de ce prénom qu'il chérissait tant. Habitué à toutes sortes de variations plus ou moins logiques, il n'avait pas pris garde à cette adresse qui revenait pourtant sur chacune des enveloppes et qui ne le frappa qu'une fois absorbé par la contemplation de la rue en contrebas. Laerte n'avait jusqu'alors pas réalisé qu'il se trouvait juste au dessus de sa boutique. Il n'avait d'ailleurs jamais imaginé que les appartements de cette rue puissent être si sophistiqués, calquant leur aménagement sur la ruine qu'il s'entêtait à garder à flot. Le décor ne collait pas, le nom ne collait pas, mais, peut être qu'une fois réunis... Il s'amusa de cette idée d'avoir un double qui vivrait dans cet appartement et se pinça pour se convaincre que tout ça n'était bel et bien qu'un rêve. La douleur qui lui parcourut l'avant bras le glaça, et il recommença, encore et encore, jusqu'à se croire fou. Pour en avoir déjà fait l'expérience, il savait qu'on ne pouvait pas ressentir de douleur physique dans un rêve. On pouvait pleurer et se réveiller avec le cafard, mais pas tomber d'une falaise et se réveiller avec des bleus sur tout le corps. Il ne savait pas à quoi c'était dû mais, de fait, avoir réellement ressenti chacun de ces pincements lui confirma la véracité du phénomène. Le monde entier semblait avoir changé autour de lui, sans qu'il ne comprenne comment. Une à une, il ouvrit les enveloppes et lu en détail leur contenu, adressé à un certain "Leandre". Des factures pour la plupart, un magazine et une lettre d'un certain "Orphée" qui lui parlait de choses lui échappant complètement. Jusqu'alors très calme, Laerte commença à s'agiter. Ce qui lui avait semblé n'être qu'un rêve devenait trop concret, au risque de raviverle souvenir de la folie maternelle dans les dernières années de sa vie. Jamais elle n'avait prétendu à quoi que ce soit de ce genre mais il était difficile de croire qu'il puisse s'agir d'un simple malentendu.

A bout d'idées quant à l'étendu des possibilités à venir, Laerte eut besoin de prendre l'air. Il se saisit du trousseau de clés accroché à côté de l'entrée, puis revient sur ses pas pour également emporter avec lui ce portefeuille qu'il n'avait pas encore osé ouvrir mais qui risquait de lui être utile si ses doutes se confirmaient. Les mains tremblantes, il parvint tant bien que mal à fermer le verrou central puis s'élança vers la rue. Là où aurait dû se trouver se boutique, il tomba sur un réparateur informatique, qui plus est spécialisé dans la maintenance des clones.

Qu'est ce que c'est encore que ça ?

La question était purement rhétorique mais il remarqua le regard que lui lancèrent certaines personnes et il s'écarta avant d'attirer davantage l'attention. Il sortit le portefeuille de sa poche, ignora l'argent qui s'y trouvait pour se consacrer aux différents documents administratifs, tous au nom de "Leandre de Beauremont" bien qu'ils partagent la même date de naissance et, à priori le même visage. Dans un fol espoir, Laerte se dit que Maureen serait peut être toujours là elle aussi, et il chercha une quelconque confirmation dans des poches moins faciles d'accès, ne trouvant qu'une photo de Leandre avec un autre type, puis une seconde sur laquelle le type était entièrement nu. L'effet de surprise passé, Laerte referma le porte feuille et, complètement dépassé par la tounure que prenaient les événements, s'appuya contre le mur avant de sombrer davantage.

J'y comprends rien... J'y comprends rien du tout...


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MessageSujet: Re: Tell us a story I know you're not boring ◇ Tobias   Sam 12 Aoû 2017 - 20:40

Tobias était perché sur un muret lorsqu’il remarqua l’homme et son étrange comportement. Comme souvent, il s’était installé là, s’isolant de ses collègues, non pas parce qu’il ne les appréciait pas – ils étaient tous plutôt cools, au contraire – mais parce qu’il aimait manger dans le calme. Les bavardages et rires qui accompagnaient les séances de repas avaient tendance à l’ennuyer parce que tout le monde parlait en même temps et qu’il y avait toujours une blague privée que seuls les employés de longue date pigeaient, ce qu’il n’était pas. Il avait bien tenté de s’insérer, au début, comme le lui avaient conseillé ses parents, histoire d’intégrer le groupe, de devenir un membre et de s’assurer un séjour plus agréable au sein de l’équipe informatique. Au bout de deux semaines à faire des efforts, cependant, Tobias avait abandonné et commencé à trouver des prétextes pour échapper aux réunions. Bien vite, on lui avait demandé, sur le ton de la plaisanterie, s’il cherchait à les éviter et le jeune homme avait bien saisi le sens profond de la question : derrière l’ironie, les mots étaient sincères, et il s’était senti obligé de leur expliquer qu’il aimait manger dans son coin, que ça avait toujours été ainsi et qu’il peinait à changer ses habitudes. Les regards qu’il avait reçus en réponse étaient perplexes mais son honnêteté avait payé : s’il n’était plus quotidiennement invité à se joindre aux autres, il savait aussi que si l’envie l’en prenait, il pourrait se joindre à eux sans risquer de subir des remarques désobligeantes. Depuis ce moment-là, les fois où il s’était installé à table avec les autres se comptaient sur les doigts d’une main et elles étaient toutes liées à un événement ou un autre – un anniversaire, une fête de départ ou quelque particularité du moment. Il se doutait bien que le mot autisme avait dû courir sur quelques lèvres, que des interrogations avaient dû pleuvoir mais il s’en fichait tant qu’il n’avait pas l’impression d’être un paria. Ce qui, heureusement, n’avait pas été le cas jusqu’à présent.
Il s’était donc isolé au moment de la pause, allant chercher son lunch – toujours la même chose : un sandwich au jambon ou au fromage, un petit paquet de cacahuètes, une barre chocolatée en guise de dessert et une boisson gazeuse pour accompagner tout cela – et sortant du bâtiment pour aller investir ce qu’il considérait maintenant comme son endroit : un muret assez haut pour qu’il s’y perche sans grande difficulté, une cour déserte la plupart du temps et une vue imprenable sur la rue voisine où il aimait observer les passants, essayant de se figurer leur mode de vie, prénom ou âge rien qu’en se fiant à leur démarche ou leurs vêtements. Celui qui avait attiré son attention aujourd’hui était un homme de haute taille, la quarantaine, selon son estimation, et qui paraissait assez agité, pour une raison que Tobias ne parvenait pas à identifier. Peut-être avait-il perdu ses clés ? Avait oublié l’adresse à laquelle il avait un rendez-vous pour un nouveau job ? Il semblait décontenancé par la vitrine du réparateur informatique et Tobias en conclut qu’il avait peut-être mal noté l’adresse. Ou qu’il revenait après une éternité pour découvrir que l’endroit qu’il avait connu avait changé de propriétaire ? Tobias en doutait un peu, il connaissait l’enseigne depuis toujours et n’avait aucune idée de ce qui avait pu l’y précéder. Après, vu leur différence d’âge, il se pouvait que sa dernière théorie soit la bonne mais qu’en savait-il ? Il n’avait jamais pu vérifier ses élucubrations de spectateur, sauf la fois où quelqu’un avait interpelé le sujet de son analyse pour lui apprendre son véritable prénom, qui n’avait rien à voir avec celui dont Tobias l’avait affublé dans ses rêveries.
Mordant dans son casse-croûte, Tobias mâchonna distraitement en fixant sa cible en se demandant s’il devait proposer son aide, même s’il doutait qu’il puisse faire quoi que ce soit pour l’inconnu. Surtout s’il s’agissait de le renseigner sur d’éventuels anciens propriétaires. L’hypothèse qu’il ait pu perdre ses clés ou ses papiers fut invalidée quand l’homme tira son portefeuille de sa poche pour commencer à le fouiller. Il en extirpa ce qui sembla être deux photos dont le contenu resta un mystère pour Tobias, comme il était perché du mauvais côté et ne pouvait donc pas jeter un œil par-dessus l’épaule de l’étranger. Celui-ci rangea d’ailleurs ses affaires en marmonnant des choses inintelligibles et s’appuya contre le mur qui prolongeait le muret sur lequel était installé Tobias. Toujours perdu dans sa contemplation, le jeune homme ne remarqua pas que la serviette qui entourait son sandwich avait commencé à se détacher et celle-ci s’envola tout à coup pour atterrir aux pieds de l’inconnu, non sans avoir effleuré sa joue au passage.
- Oups, désolé, lâcha Tobias en guise de molle excuse. Elle n’était pas sale, je vous  le promets.
Il ne manquerait plus qu’il ait mis de la mayonnaise sur les chaussures du type, tiens ! Il surplombait légèrement son futur interlocuteur et il lui accorda un sourire ennuyé avant de donner un coup de menton en direction de l’enseigne qui semblait tant déranger l’inconnu.
- Il ne faut pas se fier aux publicités affichées dans la vitrine, ils oublient tout le temps de les mettre à jour, dit-il, faute d’avoir quoi que ce soit d’autre à déballer. Je connais deux ou trois autres magasins qui offrent un meilleur résultat pour le même prix, voire moins cher, si vous voulez.
Tobias avait toujours été fasciné par les clones alors, tout ce qui y touchait, il en connaissait un bout. Par contre, ce qui rendait l’homme si fébrile, il n’en avait aucune idée et s’était contenté de se fier aux histoires qu’il s’inventait un instant plus tôt. S’il avait faux sur toute la ligne, l’autre n'hésiterait pas à le corriger et il en saurait dès lors un peu plus sur ce qui causait un tel désarroi.
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MessageSujet: Re: Tell us a story I know you're not boring ◇ Tobias   Dim 10 Sep 2017 - 0:10

Si, pendant des années, Laerte avait parlé de disparaître, il avait toujours cru que ce serait de sa propre initiative et non de celle de quelqu'un ou quelque chose d'autre. Il se réveillerait un matin, mettrait une dernière fois un peu d'ordre dans ses affaires, puis quitterait cette ville à laquelle il n'avait jamais réussi à s'attacher pour se réinventer ailleurs. La destination n'avait que peu d'importance, le voyage non plus, tout ce qui importait était la perspective de pouvoir tout recommencer à zéro, là où il ne connaîtrait personne et où personne ne le connaîtrait. Là, il serait libre de s'inventer un autre passé et un autre avenir. Là, il n'aurait plus toutes ces contraintes qui le clouaient à Mount Oak, la boutique et toutes les affaires de sa mère dont il n'avait toujours pas réussi à se défaire. Elle était morte depuis des années mais sa chambre était restée dans le même état, bien qu'il n'y aille que pour enlever la poussière et remettre quelques fleurs sur la table de chevet. C'était idiot en plus d'être inutile, mais il n'arrivait pas à vider la pièce, comme il n'avait jamais réussi à trouver le courage de quitter cette ville une bonne fois pour toutes. Il avait commencé à envisagé sa disparition près de trente ans plus tôt, à un âge où on croit qu'il s'agit de la meilleure solution à tous les problèmes, et ne s'en était jamais séparé. C'était une idée un peu folle mais qu'il chérissait, de celles qui vous tiennent chaud les nuits où vous vous sentez un peu trop seul. Laerte s'imaginait ce que ça ferait de disparaître, d'atterrir dans une nouvelle ville et de tout recommencer, augmentant la portée du phantasme à mesure qu'il le voyait s'éloigner. Et voilà pourtant qu'il venait de se réaliser ! Pour une raison qui lui échappait totalement, il avait quitté son univers familier pour copie dont il ne savait pas quoi penser. Est-ce que les bâtiments étaient plus beaux que ceux qu'il connaissait ? Est-ce que les gens étaient différents ? Et qui était ce Leandre dont il semblait avoir pris la place ? Qu'est-ce qu'il devrait faire si quelqu'un le prenait pour ce Leandre ? Et s'il était tout simplement en train de devenir fou ?
Cette dernière pensée le terrassa. Il n'avait pas le droit de perdre pied, pas maintenant. Ce n'était pas parce qu'il ne trouvait pas d'explication logique à ce qui était en train de se passer qu'il n'y en avait pas pour autant. Appuyé contre un mur pour s'éviter de tomber et d'ainsi attirer l'attention sur lui, Laerte sursauta lorsque quelque chose lui éfleura le visage avant de glisser jusqu'au sol. Ce n'était qu'un papier, rien d'extraordinaire, mais il le ramassa comme s'il s'agissait d'un élément d'une importance capitale pour l'aider à comprendre ce qui était en train de se passer. Une voix sembla alors s'adresser à lui, et le jeune homme chercha sa provenance sans arriver à masquer la panique qui était en train de l'envahir. Da-d'accord. Que pouvait-il dire d'autre ? Celui qui l'avait apostrophé ne semblait pas avoir remarqué quoi que ce soit de louche et s'était excusé, ce n'était pas le moment de risquer quoi que ce soit en se montrant trop curieux. Bien sûr, les questions se bousculaient dans sa tête, mais Laerte préférait s'accorder un peu de réflexion, seul à seul, du moins pour commencer. C'était une résolution très sensée dont il aurait pu être fier, mais qui s'ébranla dès que l'on se ré-adressa à lui. Mais je ne connais rien aux clones, je... Il s'arrêta pour fixer ses mains, étudiant chaque phalange comme s'il ne l'avait jamais vue auparavant, imaginant toutes sortes de nouvelles explicitations pour ce réveil en ce monde qu'il avait cru ne pas connaître. Non, il ne pouvait pas être un clone, l'existence passée de Laerte ne pouvait pas être une illusion. Il était Laerte, et il fallait qu'il s'en souvienne. On est quel jour ? Vous connaissez la date ? C'était une nouvelle idée, peut être aussi folle que les précédentes, mais il avait besoin de savoir, et besoin de commencer par quelque chose...

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MessageSujet: Re: Tell us a story I know you're not boring ◇ Tobias   Sam 16 Sep 2017 - 20:18

En s’adressant à l’inconnu, il contredisait un peu ce qu’il avait dit aux autres. Pourquoi les éviter si c’était pour se mettre à discuter avec le premier venu ? D’ailleurs, il ne parlait jamais aux passants. Ils poursuivaient leur route sans même sembler le remarquer, comme s’il n’était qu’un fantôme qui hantait les lieux et dont ils n’avaient aucune conscience. Ça ne dérangeait pas Tobias d’être invisible, il l’avait toujours un peu été, après tout, que ça soit au lycée ou ailleurs. Il n’était pas de ceux que l’on invite aux soirées et il n’avait échoué à l’une d’entre elles que par une sorte de concours de circonstances dont il ne se rappelait plus vraiment. Mais ça, c’était une autre histoire. Habitué à être celui qui faisait résonner la question ‘qui ça ?’ quand on mentionnait son prénom, Tobias ne se formalisait plus du peu d’intérêt qu’il suscitait et se complaisait même à pouvoir se mouvoir sans être apostrophé ou ennuyé. Le fait qu’il se mette soudainement à parler à l’étranger n’avait donc rien de paradoxal. Contrairement à ce que l’on s’imaginait, il n’était pas timide, juste solitaire et indifférent à ce qui amusait ses paires. Il n’aurait même probablement pas dévoilé sa présence si sa serviette ne s’en était pas mêlée et il aurait considéré impoli de ne pas présenter ses excuses pour la maladresse. Le commentaire relatif à la boutique, lui, était toutefois gratuit et il ne sut même pas pourquoi il le laissa filer. C’était fait et puis c’était tout et puisque l’autre semblait particulièrement agité, Tobias se voyait mal prétendre qu’il ne le remarquait pas, même s’il ne pouvait décemment pas demander de but en blanc ce qui chamboulait tant l’inconnu. Le jeune homme esquissa un sourire courtois et reprit une bouchée de son sandwich. Il n’allait certainement pas importuner l’étranger si celui-ci ne désirait pas lui faire la conversation et il n’aurait pas été étonné de le voir tourner subitement les talons pour disparaitre au coin de la rue et échapper à l’attention de ce garçon esseulé qui cassait la croute sur un muret. La réponse de son interlocuteur ne le laissa pas perplexe. Combien étaient-ils à vraiment y connaitre quoi que ce soit, après tout ? La plupart des gens ne voyaient que l’utilité qu’ils pouvaient leur apporter – que ça soit comme employés ou pour combler un manque quelconque – sans se soucier de ce qu’il se passait à côté. La question de leur fabrication ne semblait jamais vraiment intéresser les gens, comme s’ils s’imaginaient qu’on les créait aussi facilement que dans une usine à la chaine et, en un sens, plus les années avançaient, plus ça devenait vrai. Lui, par contre, se fichait pas mal de leur but, c’était tout le mystère qui auréolait leur confection qui piquait sa curiosité. Jusqu’à quel point étaient-ils humains ? Pouvaient-ils souffrir de leur condition ? Ou mentir ? Pouvaient-ils tomber amoureux ? Tant d’interrogations auxquelles Tobias n’avait trouvé que des réponses assez vagues et contradictoires en fonction de la personne que l’on interviewait.
- Je ne crois pas qu’ils s’y connaissent beaucoup plus, plaisanta Tobias d’un ton pince-sans-rire laissant entendre que les employés de la boutique n’étaient bons qu’à répéter ce qu’on leur avait appris à réciter, comme tout bon monologue de marketing.
Le jeune homme n’eut pas l’impression que l’autre avait saisi sa note d’humour et il haussa les épaules avec un sourire en coin. La question de l’inconnu le surprit cependant et il arqua les sourcils, perplexe :
- On est précisément le lundi dix-neuf juin et il est midi trente…trois, déclara Tobias après un coup d’œil à sa montre. Quelque chose ne va pas ? Vous n’avez pas l’air très bien, finit-il par oser dire, sincèrement concerné par l’état d’anxiété évident de son interlocuteur.
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MessageSujet: Re: Tell us a story I know you're not boring ◇ Tobias   Ven 3 Nov 2017 - 23:47

Plus Laerte cherchait à trouver une explication logique à ce qui était en train de lui arriver, et plus il s'y perdait. Rien n'était logique et, les heures passant, il avait bien fallut se faire à l'idée qu'il était coincé pour de bon dans cet appartement et dans cet univers qu'il ne connaissait pas, ou pas complètement. C'était cette apparente familiarité avec les choses et les lieux qui était la plus perturbante, le fait que Laerte ait l'impression de connaître chaque détail de son environnement pour ensuite se rendre comptes des infirmes changements qui s'étaient produits. Le ciel lui même n'avait pas la peine couleur, il s'en était rendu compte en fixant la devanture de ce qui aurait dû être sa boutique et en découvrant le reflet qui s'y écrasait. Il n'aurait pas su expliquer en quoi ce bleu n'était pas normal mais il en avait l'intime conviction, comme si avait tout de suite senti que quelque chose n'allait pas en se réveillant dans cet appartement. C'était comme devenir fou, mais au ralenti. Les choses n'étaient pas assez différentes pour donner l'impression d'avoir réellement changé, mais elle n'étaient pas assez similaires à ce qu'il en connaissait pour se dire que tout allait bien. Entre l'un et l'autre, il se retrouvait pris au piège et complètement perdu. Et pourquoi était-il le seul à s'en être rendu compte ? A moins que les autres soient bien plus discrets, il semblait être le seul à avoir pris connaissance du changement qui s'était produit et à en s'inquiéter, ce qui était bien le pire. S'il était le seul victime de ce phénomène, s'il était le seul à qui c'était arrivé, alors il tenait peut être la preuve ultime de sa folie. Ah bon ? L'humour de son interlocuteur laissa Laerte de marbre, bien trop préoccupé par ce qui était en train de lui arriver pour arriver à l'écouter aussi attentivement qu'il l'aurait dû. Il n'avait jamais entendu parler de clones, à part dans des films de science fiction bien sûr, et voyait mal ce que la boutique en question pouvait proposer. Il était tenté d'y entrer pour trouver la réponse à cette question, ce serait déjà ça de moins à traiter, mais il n'arrivait pas à trouver la force de le faire. Et une fois à l'intérieur, que pourrait-il faire ? Il n'avait pas de clone à faire réparer, pas d'argent pour en acheter ni même la moindre idée de ce à quoi ils pouvaient ressembler, alors autant rester à l'extérieur le temps de trouver une meilleure idée, surtout que le jeune homme à ses côtés semblait du genre amical. Il hocha la tête à l'énoncé de la date, puis se tourna vers lui. Le dix-neuf juin de quelle année ? Le simple fait d'avoir à poser une question aussi stupide le mortifia mais elle lui était nécessaire, ne serait-ce que parce qu'il avait perdu toute notion de temps depuis son réveil. Il avait inspecté chaque recoin de l'appartement où il s'était trouvé sans s'imaginer qu'il y serait encore le lendemain, voire même plusieurs années plus tard. Toutes sortes d'hypothèses se mêlaient dans sa tête et, si la plupart d'entre elles lui paraissaient complètement absurdes, il n'arrivait pas à les éliminer pour autant. Laerte réalisa alors à quel point il pouvait être fatigué, et à quel point toute cette histoire était en réalité plus compliquée qu'il ne l'avait d'abord cru. Plus compliquée, et plus inquiétante aussi, sans parler de tout ce qu'elle impliquait et dont il n'avait pas encore conscience. Il avait besoin de s'allonger, là maintenant, et à la place se mit à faire les cent pas sans oser trop s'éloigner de ce qui aurait dû être sa boutique. J'y comprends rien, j'y comprends rien... Il s'arrêta brusquement de tourner et se tourna vers l'éternel jeune homme, en espérant qu'il se montrerait aussi bienveillant qu'il avait pu l'être jusqu'à là. Vous êtes là depuis combien de temps vous ? Ca fait longtemps ? Et vous... vous n'avez rien remarqué de bizarre récemment ? C'était compliqué de trouver des questions adaptées à la situation, surtout que Laerte n'arrivait pas à comprendre ce qu'était sa situation...

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MessageSujet: Re: Tell us a story I know you're not boring ◇ Tobias   Sam 16 Déc 2017 - 15:18

N’ayant jamais rencontré une personne déséquilibrée de sa vie – au contraire, Tobias se disait parfois que son entourage était parfois trop équilibré pour ne rien cacher – le jeune homme ne savait si son interlocuteur était d’une quelconque façon un fou à lier. Il pouvait tout aussi bien avoir reçu un coup sur la tête qui l’avait désorienté. Ou il sortait d’une cuite carabinée qui semblait lui avoir dissout quelques neurones mais peut-être que cela allait passer, que la mémoire lui reviendrait avec le temps et que son trouble passager finirait par s’estomper. S’il avait eu l’imagination plus fertile, Tobias aurait certainement pu inventer tout un tas d’explications aussi irrationnelles que folles pour justifier l’attitude de l’homme à qui il s’adressait. Mais s’il était quelqu’un de pragmatique et très curieux, Tobias n’était en rien créatif, préférant s’appuyer sur la logique plutôt que de conjecturer pour des choses inutiles. Comme ce qui pouvait tourmenter son interlocuteur : soit ce dernier finissait par en parler ouvertement, soit cela resterait un mystère entier qui ne regardait pas Tobias mais quelle que soit la conclusion, le garçon s’en contenterait, malgré sa curiosité non étanchée. La seule chose de certaine, c’était que jamais, même avec l’imagination la plus fertile, Tobias ait pu mettre le doigt sur l’origine du problème. S’il avait eu les moindres soupçons, dignes d’une science-fiction éculée, il aurait dirigé ceux-ci vers un voyage dans le temps et cet étranger aurait émergé du passé ou du futur (et dans ce cas, pour quoi faire ? avertir l’humanité d’un danger imminent ?) Mais son allure n’aurait rien trahi d’un tel bond. Il n’aurait, par contre, pas pu se figurer qu’il existait une dimension parallèle où le monde n’avait pas évolué de la même façon, où les clones n’étaient qu’un concept scientifique encore lointain, confiné à la reproduction d’animaux, et non d’êtres humains. Mais s’il avait pu ne serait-ce que croire à une telle idée ? Aurait-il pu essayer d’aller encore plus loin ? De se demander si d’autres dimensions n’existaient pas, elles aussi, infinies ?
Au lieu de quoi, Tobias observa son interlocuteur d’un air dubitatif, se demandant s’il ne devait pas appeler les secours pour s’assurer que cet homme allait bien. Pour l’instant, toutefois, à part son attitude déroutée, il ne semblait pas présenter le moindre danger et Tobias ne chercha donc pas à appeler qui que ce soit, se contentant d’attendre la suite, pour mieux évaluer la situation.
- Deux mille dix-sept…, répondit Tobias, une légère incertitude dans le ton.
Quelle question bien étrange, songea-t-il. D’où sortait cet individu pour douter de l’année ? Il essaya toutefois de garder un visage neutre, pour ne pas laisser paraitre sa perplexité et accentuer celle de son interlocuteur. Il ne tenait pas à chambouler encore davantage l’homme, qui sait ce que ça pouvait donner comme résultat ? Peut-être qu’il deviendrait agressif en lui demandant s’il le prenait pour un fou, peut-être qu’il se mettrait à paniquer et, dans ce cas, Tobias n’avait aucune idée de ce qu’il devrait faire pour l’apaiser.
Pendant que l’autre commençait à faire les cent pas en marmonnant qu’il n’y comprenait rien, Tobias se remit à manger et resta silencieux, préférant attendre les questions plutôt que d’en poser qui risquaient de mettre l’étranger mal à l’aise.
- Là où ? s’étonna Tobias. Sur ce muret ? J’y mange tous les jours sur l’heure du midi. Qu’aurais-je dû remarquer de bizarre récemment ?
A part vous, pensa distraitement le garçon en essayant de garder un air tranquille, pour ne pas alarmer l’autre. Il y avait une quantité de choses bizarres, en fait. Il n’y avait qu’à voir les spots publicitaires d’Eron Delenikas pour se retrouver à étudier d’un air méfiant le discours de l’homme politique. Quand ça n’était pas les nouveaux shows télévisés plus ridicules les uns que les autres. Mais Tobias ne préférait émettre aucun avis à ce sujet : après tout, il n’avait jamais été populaire et c’était peut-être à cause de cet écart qu’il y avait entre lui et les autres de sa génération. Si ça marchait, c’est que ça devait fonctionner auprès d’un large public… non ? Mais Tobias doutait que l’inconnu en ait après les programmes télés ou les mesures décrétées par Delenikas.
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MessageSujet: Re: Tell us a story I know you're not boring ◇ Tobias   Sam 6 Jan 2018 - 0:24

Lui qui avait toujours voulu disparaître pour se retrouver dans une ville inconnue, il était servi. Son aspiration de toujours s'était réalisée, à la seule différence cependant qu'il n'était pas à l'origine de cette disparition mais seulement sa victime, du moins tant qu'il ne comprendrait pas mieux ce qui était en train de se passer. Il se rappelait précisément les dernières heures passées chez lui, son vrai chez lui, de la couleur du ciel lorsqu'il était sorti à l'odeur du pain perdu en train de brûler alors que Maureen leur préparait leur dernier petit déjeuner. S'il avait su qu'il allait partir et ne peut être pas la revoir dans l'immédiat, il aurait davantage ri de cette maladresse avec elle au lieu de se contenter d'attendre la fournée suivante. Si seulement il avait su ce qui allait lui arriver, alors il aurait organisé ses dernières heures différemment, mais personne n'avait jugé bon de l'en avertir ou de lui expliquer quoi que ce soit. Il s'était réveillé de ce qu'il avait cru être un mauvais rêve avant de comprendre qu'il était tombé dans plus mauvais rêve encore, et que tout ce qui était autour de lui n'était rien d'autre que la réalité. Tout lui semblait trop étrange pour être réel, et pourtant il lui avait fallu se faire à l'idée que c'était bien le cas. La fatigue, si elle était en train de le gagner de nouveau, l'avait laissé suffisamment tranquille pour lui laisser le soin de s'assurer que tout ce qui se trouvait autour de lui pouvait être considéré comme vrai, de l'appartement où il avait mystérieusement atterri à cette rue dont il n'arrivait pas à déterminer avec certitude le nombre de différence qui l'opposait à celle qu'il avait presque toujours connue.
- Deux mille dix-sept ? Alors c'est normal...
Laerte ne savait pas s'il devait se sentir rassuré ou non de savoir qu'il n'avait pas voyagé dans le temps, se contentant de se déplacer dans l'espace. Car ce qui se trouvait autour de lui ne pouvait pas être le Mount Oak qu'il connaissait, c'était là la seule certitude qu'il avait réussi à tirer des dernières heures. Il était toujours lui, le temps avait continué sa course habituelle, mais tout le reste avait changé, suffisamment subtilement pour ne pas lui donner l'impression d'être dans un monde à part. C'était nouveau, mais pas complètement. Du nouveau-ancien en quelque sorte, et à lui de se débrouiller pour dire si c'était ou non une bonne chose.
- Non, ici... Comment dire... Ici, dans cette ville... ce monde... ? Non oubliez la dernière question, c'est idiot.
Il balaya la question d'un geste de la main, ne sachant que trop à quoi il devait ressembler à demander ce genre de choses. Il n'y avait que les fous pour s'interroger sur le monde où ils pouvaient ou non se trouver, et il n'était pas fou. Sa mère l'avait mis en garde sur la folie qui pourrait le gagner s'il ne prenait pas la peine de prendre son traitement jour après jour, mais il avait suffisamment suivi ses prescriptions pour savoir que ce n'était pas ça le problème. S'il était devenu fou, c'était bien indépendamment de sa volonté, et il espérait que ce n'était pas le cas. S'il était devenu fou au point de s'imaginer passer d'un univers à l'autre au gré de ses éveils, alors il était fichu.
- J'ai l'air fou, à votre avis ? Non, ne répondez pas à ça non plus, je...
Laerte regarda pour la millième fois autour de lui pour trouver quelque chose à quoi se rattacher, n'importe quoi pour le convaincre que tout n'était pas perdu.
- N'appelez pas les forces de l'ordre, s'il vous plait. J'ai juste besoin d'un peu de temps pour refaire le point. Vous voulez bien ?
Il n'était pas sûre que l'autre en ait eu l'intention mais mieux valait prendre ses précautions et Laerte préférait éviter de se retrouver face à un public moins conciliant pour expliquer ce qui était en train de lui arriver.

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MessageSujet: Re: Tell us a story I know you're not boring ◇ Tobias   Sam 20 Jan 2018 - 23:55

L’autre avait beau avoir l’air de ne pas être dans un état normal, Sterling ne ressentit aucune forme d’inquiétude vis-à-vis de celui-ci. Il se sentait plutôt désolé de le voir dans un tel état, sans savoir ce qui l’avait causé ou ce qu’il pouvait faire pour l’apaiser. À part rester calme et répondre à ses questions étranges. À aucun moment, non plus, il ne le jugea pour ses propos incohérents et son visage, s’il trahit une once de trouble, ne reflétait en rien de la méfiance. Il songea qu’il devrait peut-être arrêter de manger, que ça ne se faisait pas de casser la croûte quand quelqu’un semblait dans une telle détresse psychologique. Mais le temps lui était compté, il devrait bientôt enfourcher son vélo et reprendre le chemin de Chez Stathakis pour récupérer les commandes de l’après-midi. Sa journée était loin d’être finie : après la tournée des plats chez les habitués, il lui faudrait rentrer pour occuper les enfants jusqu’à ce que les parents rentrent. Ce ne serait pas avant neuf heures ou dix heures du soir qu’il pourrait retrouver la quiétude – et la solitude à laquelle il aspirait tant – de sa chambre (celle qui ressemblait à s’y méprendre à la chambre d’un adolescent lambda, ce qu’il n’était en aucun cas et n’en était que trop bien conscient). Mais il se voyait mal abandonner là l’homme désorienté, il était évident qu’il avait besoin d’aide, même si Sterling ne savait pas laquelle. Quant à savoir ce qu’il devrait dire pour expliquer son retard s’il devait accompagner l’homme à l’hôpital ou au poste de police, il décida qu’il se bornerait à la vérité (quelqu’un avait eu besoin de lui) sans préciser le comportement de l’étranger. Cela ne regardait personne, après tout, à part ceux qui pouvaient taire ses tourments et lui faire retrouver sa sérénité.
Sterling finit tout de même par remballer son sandwich en entendant l’homme revenir sur terre en déclarant que c’était normal qu’ils soient en deux mille dix-sept. Si la réflexion avait de quoi laisser perplexe, Sterling n’émit aucun son pour appuyer celle-ci. Il se contenta d’attendre de voir ce dont avait besoin l’homme. Il rangea son lunch dans son sac puis glissa ses mains jointes entre ses genoux, observant patiemment la déroute de son interlocuteur, ses pieds se balançant doucement le long du mur.
- Non, je n’ai rien remarqué d’étrange, déclara le jeune clone d’un air presque désolé.
Peut-être que s’il avait vu quelque chose d’étrange, cela aurait pu rassurer l’inconnu mais Mount Oak restait ce bon vieux Mount Oak, avec son lot de clones, de publicités pour Eron Delenikas et les gens qui poursuivaient leur quotidien, chacun dans leur monde, presque aveugles à celui des autres. Sterling se dit que chaque personne avait le sien, son univers personnel, son intimité. À l’exception des clones comme lui, évidemment, qui n’avaient qu’une fonction et ne pouvaient s’en détourner. Mais il savait qu’il ne pouvait pas vraiment se plaindre : il était plutôt bien loti comparé à certains de ses compatriotes. Il jouissait d’une certaine liberté, les Stathakis étaient des propriétaires justes et bons et il était pratiquement considéré comme un grand frère par les enfants qu’il gardait.
Sterling ouvrit la bouche pour répondre à l’étranger quand celui-ci lui demanda s’il avait l’air fou mais l’autre lui en coupa la possibilité en chassant la question comme il l’avait fait avec la précédente. Il ne voulait probablement pas entendre ce que Sterling avait à dire et, d’ailleurs, le clone ne savait pas trop ce qu’il y avait à dire. Il pouvait difficilement répondre par l’affirmative mais il savait aussi qu’il ne considérait pas son interlocuteur comme un fou. Pas entièrement, en tout cas. Il devait forcément y avoir une explication à son comportement irrationnel, tout ce que pouvait faire Sterling, c’était essayé de l’aider à la trouver.
- Je n’appellerai personne, lui promit Sterling en levant les paumes pour lui montrer sa bonne foi. Sauf si vous voulez contacter quelqu’un en particulier. Un ami, peut-être ? Ou un membre de votre famille ? Vous seriez peut-être plus rassuré ? s’enquit le jeune clone. Quoi qu’il en soit, je ne ferai rien contre votre gré. Mais s’il y a quelque chose que je peux faire pour vous aider…
Bien conscient que ses capacités étaient franchement limitées dans ce cas précis, Sterling n’en oublia pas pour autant sa fonction première : être un clone au service du genre humain. Et si ses propriétaires avaient évidemment la priorité, il ne pouvait se détourner de quelqu’un qui avait si visiblement besoin d’aide.

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MessageSujet: Re: Tell us a story I know you're not boring ◇ Tobias   Sam 10 Mar 2018 - 23:31

Même dans son état, Laerte se rendait compte de la chance qu'il avait d'être tombé sur quelqu'un d'aussi patient et compréhensif que le jeune homme qui lui avait adressé la parole. Peut être que tous les gens étaient comme ça ici, aussi serviables et gentils que lui, mais c'était une version que Laerte espérait ne pas avoir à vérifier en restant bloqué sur place trop longtemps. Il n'avait pas forcément grand chose de mieux à faire chez lui mais le fait de se retrouver dans cette autre ville sans savoir comment il y avait atterri faisait ressurgir des angoisses qu'il pensait avoir terrassées et qu'il ne voyait pas comment vaincre autrement qu'en retrouvant la triste réalité qui était la sienne. Il avait bien essayé de fermes les yeux et de compter jusqu'à cent, ce qu'il faisait enfant pour chasser les cauchemars qu'il faisait toutes les nuits ou presque, mais la technique, comme rayée, n'avait servi à rien. En rouvrant les yeux, Laerte avait découvert qu'il n'avait pas rebougé et que rien de ce qu'il aurait voulu voir disparaître ne l'avait effectivement fait. Il était toujours dans ce même appartement, si familier et pourtant si différent qu'il en avait fini par en avoir le tournis. Il ne comprenait pas. Plus il y réfléchissait et moins il comprenait, ce qui n'était pas normal. Il aurait aimé pouvoir interroger le jeune homme sur son muret mais, à chaque tentative, Laerte se trouvait trop bête pour oser aller jusqu'au bout de sa pensée.
- Ah, alors ça ne doit venir que de moi...
Mais ça, il s'en était déjà douté en voyant le calme olympien de l'autre. Si lui aussi avait été arraché de son univers habituel pour se retrouver ici, il n'aurait probablement pas fait le malin à manger son sandwich comme si de rien n'était. Laerte fut même un peu jaloux de voir comme il avait l'air bien sur son muret, à dominer la rue et le monde. Il eut envie de le rejoindre, ne serait-ce que pour gagner en hauteur et espérer avoir une meilleure vue sur la situation mais réalisa qu'il y serait probablement encore plus ridicule et risquerait en plus d'en tomber entre deux hypothèses malheureuses. A la place, il se calma et essaya de refaire le point sur ce qu'il savait déjà, de là où il se trouvait. La date était la même, le lieu avait l'air d'être le même, les gens avaient toujours l'air d'être des humains... C'était à en devenir fou et Laerte se serait bien cogné la tête contre le premier mur venu si Humpty Dumpty ne s'était pas montré si rassurant.
- C'est gentil...
Laerte lui sourit en preuve de bonne foi, l'aurait même pris dans ses bras pour le remercier si l'autre n'avait pas été si haut.
- Je... J'ai essayé d'appeler ma copine tout à l'heure mais on m'a dit que ce n'était pas le bon numéro alors que je suis sûr que ça l'était. Je ne sais pas qui appeler d'autre sinon...
Il essayait de toutes ses forces de trouver une idée, quelqu'un d'autre que Maureen qu'il pourrait contacter et qui pourrait l'aider à se sortir de ce trou dont il ne voyait aucune issue. Soit il était fou, soit il était mort et l'enfer était bien pire que ce à quoi il s'était attendu.
- Arthur Faraday ! Lui il pourra sûrement m'aider ! Vous le connaissez ? Il a l'entreprise de pompes funèbres qui est en centre ville, je ne sais plus le nom de la rue mais il y a un fleuriste juste à côté... Ca vous parle ? Arthur Faraday ?
Si lui aussi répondait absent, alors Laerte était perdu...

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MessageSujet: Re: Tell us a story I know you're not boring ◇ Tobias   Sam 31 Mar 2018 - 15:04

Peut-être Sterling aurait-il dû esquisser un geste en direction de son interlocuteur. Une main rassurante posée sur son épaule ? Mais il n’avait jamais trop aimé toucher les autres, les seules exceptions ne mesurant pas plus d’un mètre cinquante. Il ne savait pas trop pourquoi. Ça n’était juste pas instinctif. À moins que c’était son statut de clone qui avait à y voir et qui le poussait à croire qu’il ne pouvait pas porter la main vers un humain sans que celui-ci en ait exprimé la volonté. Comme si un choc électrique risquait de le parcourir s’il osait seulement effleurer un homme ou une femme. C’aurait sûrement dû être pareil pour les petits Stathakis mais Sterling les avait vus grandir, il s’en était occupé depuis qu’on langeait encore Dominic et il avait continué à chaque naissance, évoluant avec les garnements. Mais même là, il ne le faisait qu’avec parcimonie et prudence, préférant laisser aux autres le soin de briser cette frontière invisible que l’on appelait communément intimité et que Sterling percevait difficilement. Alors, plutôt que de risquer une remarque acide, Sterling gardait précautionneusement ses distances, comme il le ferait avec son interlocuteur.
Quand l’inconnu déclara que ça ne devait venir que de lui, Sterling eut une moue désolée, ne cachant pas la compassion que la détresse de l’autre lui inspirait. Peut-être qu’il était mal tombé en le rencontrant, peut-être qu’il aurait mieux valu pour lui qu’il croise la route de quelqu’un de plus déterminé, qui saurait quoi faire dans sa situation et n’hésiterait pas à prendre les choses en main. Mais Sterling n’était pas certain qu’il y ait seulement une bonne solution face à un comportement aussi déboussolé. Il ne servait à rien d’effrayer son interlocuteur, ni de le juger, ni de le guider, surtout qu’il ne savait strictement rien de sa vie. Peut-être était-ce son lot quotidien que d’être sujet à des pertes de mémoire qui le désorientaient ? Peut-être avait-il reçu un coup sur la tête, parce qu’il avait été agressé ou était tombé mais Sterling ne s’aventura pas sur ce terrain glissant qu’était l’émission d’hypothèses, surtout quand il était plus simple d’attendre la suite pour aviser. Peut-être que la réponse lui viendrait naturellement, alors, et qu’il saurait quoi faire pour apaiser l’étranger. Pour le moment, il se contenterait donc d’écouter pour essayer d’entrevoir une lumière dans l’obscurité qui cernait son interlocuteur.
- Peut-être que l’on vous a fait une mauvaise plaisanterie ? suggéra Sterling, peu convaincu lui-même par l’idée.
Mais il avait appris, depuis un moment, que les humains pouvaient être étranges entre eux, parfois. Ils pouvaient faire preuve d’une cruauté inhabituelle, insoupçonnée et indescriptible ou ouvrir leur cœur comme si c’était la seule chose qu’ils possédaient de vrai. Sterling avait toujours considéré ceux-ci comme des éléments indéchiffrables dont il se méfiait, dans une certaine mesure. Il n’avait en tout cas aucune envie de leur inspirer de sentiments trop forts, ni dans un sens ni dans l’autre, ignorant comment cela pourrait être interprété ou si cela pouvait se retourner contre lui. Les seuls êtres qui avaient sa confiance, à nouveau, étaient quatre bambins. Même avec les Stathakis, Sterling s’efforçait de ne pas trop se sentir à son aise, de peur qu’un faux pas le renvoie d’où il venait : la vaste plaine percée de trois tours effrayantes qu’était Pairidaeza Valley.
Soudain, l’autre sembla trouver une seconde personne vers laquelle se tourner, comme il lâchait le nom d’un homme. Il n’évoquait rien à Sterling mais, après tout, cela ne voulait rien dire puisqu’à part les clients des Stathakis, Sterling ne parlait pratiquement à personne. Parmi ceux-ci, cependant, il ne pensait pas avoir le souvenir d’avoir un jour livré un plat à un quelconque Arthur Faraday et il haussa donc les épaules en secouant la tête.
- Non, je ne le connais pas, ni son entreprise. Mais je peux chercher, si vous voulez ?
Et sans vraiment laisser à l’autre la possibilité de répondre, il sortit son téléphone et pianota le nom de l’homme qui pourrait venir en aide à son interlocuteur.
- Mmh. Je ne vois pas de pompes funèbres. Mais je vois un médecin légiste dont cela semble être le nom. Visiblement, il aime bien les morts…, plaisanta faiblement Sterling  avant de tourner l’écran de son téléphone vers l’homme. Vous voulez l’appeler ? Peut-être qu’il pourra vous donner son adresse. Je pourrai vous y emmener, si vous voulez ?

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MessageSujet: Re: Tell us a story I know you're not boring ◇ Tobias   Mar 24 Avr 2018 - 22:25

Quelle que soit l'hypothèse que Laerte pouvait avancer pour expliquer sa présence dans ce monde, elle se retrouvait à chaque fois balayée par davantage de questions vouées à rester sans réponses. Il avait essayé d'être logique et rationnel, de ne pas paniquer trop vite, mais sans arriver au moindre résultat. Il était toujours là, dans cet endroit qu'il ne connaissait pas, et surtout sans savoir comment il s'y était retrouvé. L'aspect familier des lieux le perturbait probablement plus que s'il ne s'était réveillé dans une ville inconnue, auquel cas il n'aurait eu aucun doute sur la manifestation de cette folie familiale dont il avait toujours redouté l'expression. Là, il ne savait pas. Il pouvait être en train d'halluciner comme il pouvait avoir perdu la tête, à moins bien sûr qu'il n'y ait une explication plus raisonnable. Il l'avait cherchée cette explication, il y avait consacré l'essentiel de son temps depuis son réveil, mais en vain. L'appartement de Leandre, aussi agréable soit-il, ne lui avait été d'aucun secours, pas plus que la rue en contrebas. C'était là qu'il avait subit les nouveaux assauts de cette anxiété si familière et qu'il essayait de combattre en discutant avec le jeune homme sur le muret. Laerte n'osait pas trop en dire, encore moins trop demander, mais aurait eu des milliers de questions à lui poser s'il n'avait pas craint de finir la journée au service psychiatrique le plus proche. Il se retenait alors que toutes ses pensées étaient en ébullition et qu'il se sentait plus dépassé par les événements que jamais.
- Une plaisanterie ? Non... Je ne connais personne qui aurait eu l'idée d'un truc pareil...
Maureen n'aurait jamais osé, quant aux autres... Son entourage était trop limité pour qu'il imagine un ami quelconque organiser pareille mauvaise plaisanterie à son encontre, encore moins un ennemie ou concurrent. Dans le vide de son quotidien, il aurait été bien en peine pour citer qui aurait pu avoir une idée pareille, sans parler du travail qu'aurait demandé sa réalisation. Non, ce devait être autre chose, mais quoi ? Il se raccrocha à la perspective de pouvoir contacter Arthur et lui raconter ce qui lui était arrivé, convaincu que son ami aurait une idée pour l'en tirer. Laerte attendit avec fébrilité que le jeune homme du muret lui dise s'il le connaissait ou non, se laissant ensuite porter par l'espoir qu'il trouverait son numéro et pourrait le laisser le contacter. Bêtement, Laerte n'avait pas encore pensé à lui depuis son réveil, seule Maureen avait été au coeur de toutes ses attentions lorsqu'il s'était agit de trouver qui appeler au secours. Tout espoir s'envola cependant en apprenant qu'il n'y avait aucun croque mort du nom d'Arthur Faraday et Laerte recula, un réflexe imposé par le mouvement de panique qui ne demandait qu'à éclater de nouveau. Ce n'était pas possible, même s'il l'avait vu venir. Il aurait voulu croire que tout se délierait d'un seul coup mais, au regard des dernières heures, il commençait à comprendre qu'il était piégé. Il ignorait pourquoi et comment, mais c'était le mot. Piégé. Laerte prit alors sur lui pour s'approcher de l'écran du portable et cru y reconnaître Arthur. Il s'apprêtait à accepter la proposition du jeune homme du muret quand il réalisa que ce n'était pas son ami sur la photo, pas vraiment. Le visage semblait être le même mais l'expression de cette homme lui était des plus étrangères, et jamais Arthur n'aurait pu la porter pour une photo de profil.
- Ce n'est pas lui. J'avais cru le reconnaître mais ça doit juste être une coïncidence.
Et voilà son dernier espoir envolé. Laerte baissa la tête et fixa ses pieds, incapable de déterminer ce qu'il pourrait faire maintenant qu'il savait être seul et sans personne d'autre à appeler au secours. Une idée lui vint alors, une idée à peu près aussi folle que tout ce qui lui était arrivé au cours des dernières heures. Il leva la tête et se lança, une boule lui nouant le ventre.
- Vous m'aviez déjà vu dans le quartier ? J'habite en face mais j'ai une très mauvaise mémoire des visages. Je- Je m'appelle Leandre.
Il sentit sa voix hésiter au moment de donner ce prénom qui n'était pas le sien mais qu'il s'apprêtait à adopter le temps d'y voir plus clair. Avec un peu de chance ça ne durerait pas trop longtemps, sinon...

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MessageSujet: Re: Tell us a story I know you're not boring ◇ Tobias   

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