i'm like a fine wine. i get better with age.


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Ned Abernathy

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MessageSujet: i'm like a fine wine. i get better with age.   Jeu 27 Juil 2017 - 19:40


Dès qu’il franchit la porte du Vertigo, Ned fut accueilli par un joyeux brouhaha qui émanait d’une table située à la droite de l’entrée. Un large sourire vint se ficher sur les lèvres du jeune homme tandis qu’il levait les bras, dans un signe victorieux. Ils étaient tous là, tous ses potes d’enfance, tous ses anciens camarades de l’université. Ils avaient beau ne plus s’être vus depuis des semaines, ils répondaient toujours présents dès que l’un d’eux faisait appel aux autres. Cette fois-ci n’y manquait pas et pour cause : Ned Abernathy fêtait ses trente-et-un printemps et quelle meilleure façon de célébrer un an supplémentaire qu’en compagnie des types et nanas avec qui il avait grandi ? Evidemment, l’élément essentiel de son paysage était absent, Elie étant écrasé par le boulot ces derniers temps, mais le groupe de jeunes fêtards hilares qui se levait à son approche avait au moins le don d’adoucir la légère amertume, à défaut de la faire oublier totalement.
- Je vois que vous avez commencé sans moi ! fit-il remarquer avec un sourire narquois en avisant la tournée qui occupait déjà une belle partie de la table.
- Quoi, ce n’est pas toi qui offres, ce soir ? Merde alors ! répliqua Octavio, son voisin de classe durant près d’une décennie.
Ned éclata de rire et accusa le coup de poing que son ami lui fila avant de l’étreindre.
- Qu’est-ce que tu prends, birthday boy ? s’enquit Octavio.
- Mmmmh, je vais commencer par une bière.
- Ah, ‘commencer’, j’aime déjà ton état d’esprit.
Octavio s’éloigna pour aller passer la commande et Ned s’installa à la place laissée vacante, se contorsionnant pour faire la bise aux unes et serrer les mains des autres. Les conversations allaient bon train et Ned se laissa immerger dans ce tohu-bohu qui, il le réalisa, lui manquait sensiblement. Toute sa jeunesse, il avait été habitué à se fondre dans des bandes de copains élastiques, à rejoindre des équipes, à être cerné par une famille soudée. Aujourd’hui, son quotidien lui semblait parfois solitaire, même si attendre Elie n’était pas un calvaire puisque retrouver les yeux hypnotiques et le sourire renversant de son mari était une récompense en elle-même. Il n’empêchait que ce genre de réunion plus ou moins improvisée lui rappelait qu’il était aussi un être de foule, un fêtard invétéré et infatigable.
- On attend encore quelqu’un ? lui lança une voix – celle de Lola, celle qui vivait juste en face de chez lui lorsqu’il louait un appartement minable, durant ses études. Elie nous rejoint-il plus tard ?
Le sourire que lui offrit Ned était éclatant, personne n’aurait pu déceler le léger frémissement de ses lèvres tandis qu’il haussait les épaules avec une moue incertaine.
- Seul l’avenir nous le dira.
Il ne comptait pas épiloguer, ni trouver des excuses qui auraient pu sembler bancales. Il n’avait aucune envie qu’on l’interroge, il voulait juste boire et profiter de l’agréable compagnie en attendant de pouvoir fêter ce cap avec l’homme de sa vie.
- J’espère que Lizzie pourra venir, je l’ai avertie du rendez-vous, ajouta Lola.
Ned fut dispensé de répondre, Octavio était revenu avec un plateau de bières qu’il posa avec agilité sur la table.
- À ta santé, vieille branche !
Et tous les verres se levèrent, bières et flûtes de champagne confondues, en un toast géant dont quelques gouttes atterrirent sur la table à cause des plus maladroits. Ned porta la bière fraiche à ses lèvres et en absorba plusieurs longues gorgées avant de reposer son verre avec un ‘ah !’ appréciateur. Les conversations ne s’étaient arrêtée qu’un instant, juste le temps d’unifier les voix pour souhaiter un joyeux anniversaire au jeune homme, puis elles reprirent bon train, comme si rien n’était venu les interrompre. Ned écouta distraitement les sujets aussi divers que les convives, certains évoquant des souvenirs lointains tandis que d’autres – toujours les mêmes, songea Ned – débattaient politique. Il se tourna vers Octavio et entreprit de lui poser toutes les questions possibles, surtout sur ce qu’il avait manqué dernièrement. Pendant un quart d’heure, son ami le mit au jus et il aurait sûrement continué si une silhouette féminine n’avait pas attiré son regard. Machinalement, Octavio se tut et Ned tourna la tête, espérant secrètement qu’Elie ait pu se libérer avant d’identifier sa cadette, ce qui lui fit rapidement oublier sa légère déception.
- Lizzie !
Ravi de voir sa sœur, Ned se leva d’un bond et se dirigea vers la jeune femme pour la serrer étroitement et lui déposer un baiser rapide sur le front. Il passa un bras autour de ses épaules et la guida vers la table surpeuplée où Octavio avait poussé les autres pour faire un peu de place à la nouvelle arrivante.
- Attendez, ne bougez pas, leur déclara Ned avant d’emprunter une chaise à une table voisine et de s’asseoir à côté de Lizzie, à qui il avait cédé sa place sur la banquette en cuir, près d’Octavio. Tu veux une bière ? Autre chose ?
Le tableau était désormais presque parfait. Il y avait ses amis, récents et plus anciens, sa sœur cadette, son petit soleil d’été, les souvenirs qui ricochaient sur la table, comme si c’était à celui qui trouverait l’anecdote la plus lointaine à rapporter (même si, sur ce coup-là, c’était Lizzie qui détenait la palme d’or). Il ne manquait plus qu’Elie pour compléter l’ensemble et Ned aurait été le plus heureux des hommes, même s’il était déjà ce qu’il y en avait de plus proche.

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Lizzie Abernathy

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MessageSujet: Re: i'm like a fine wine. i get better with age.   Dim 6 Aoû 2017 - 19:14

À force de tergiverser en long et en large, de se poser des questions sur le pourquoi du comment, Lizzie avait fini par abdiquer. Elle ne comprenait rien à ce qui l’entourait (même si tout était étrangement familier), et avait saisi qu’elle devait arrêter de harceler ses proches avec ses lubies au risque de les perdre définitivement. Tout ça était sans doute le fruit de son imagination ou une séquelle de l’accident. Une sorte de réalité alternative inventée de toute pièce par son esprit pour combler le drame qui la hantait en permanence. Mieux valait-il se perdre dans cette construction irréelle que dans ses sanglots répétés. Et visiblement tout le monde avait ajouté sa pièce à l’édifice pour parfaire la supercherie. Son père quelques semaines plus tôt avait eu l’air sincèrement surpris quand elle avait abordé la mort d’Abel, et la voiture cabossée. Il l’avait toisé d’un regard interrogatif nimbé d’inquiétude, et lui avait demandé de quoi elle parlait. Elle s’était confondue de mots et de phrases incompréhensibles, pour finalement abandonner, impuissante. Ca ne servait à rien, car ici, elle était normale : la Lizzie que tout le monde adorait, souriante, joviale, au rire communicatif, et surtout pleine de vie. Pas cette espèce de fantôme au regard pâle, rongé par l’anxiété. Une fois qu’elle avait accepté ça… et bien elle pouvait reprendre le cours normal de son existence. A une chose prête toutefois, elle était incapable d’aller travailler à l’école, et avait réussi à obtenir un congé sabbatique à coup de certificats médicaux attestant d’une fragilité mentale. La dessus au moins, elle n’avait pas eu besoin de trop forcer la main à son interlocuteur, pour qu’il saisisse que la jeune fille face à lui n’avait pas tous ses esprits.

Elle occupait donc ses journées à se promener dans le centre-ville, explorer les nouveaux quartiers - Mount Oak donnait la sensation d’avoir triplé de volume -, tout en essayant de maintenir le fragile équilibre sociable qui lui restait. Son double – enfin elle – avait pas mal d’amis, et recevait régulièrement des messages ou invitations diverses. D’une certaine façon, ça lui rappelait son passé (vie antérieure ?), celui précédent la collision, où elle était plus soucieuse de savoir si elle pourrait enchainer plusieurs fêtes à la suite sans paraitre fatiguée au conservatoire le lendemain. Très vite ces préoccupations futiles avaient été remplacées par la simple volonté de savoir si elle avait le courage de se lever, et tout simplement de vivre. Revenir trois ans en arrière était étrange. Un peu comme dans ces livres de science-fiction où le héros oscillait entre ce qu’il pensait être vrai et ce qui ne l’était pas. Et si elle avait accepté son sort – après une lutte acharnée -, elle avait tout de même tenu à coucher sur du papier ces images incessantes qui marquaient sa rétine. Leur précision était-elle qu’il était impossible d’envisager qu’elle les eut inventé, mais puisque personne ne pouvait confirmer leur véracité, elle était bien obligée de les laisser de côté. Elle était par conséquent devenue Lizzie Abernathy 2.0, enseignante auprès d’une classe de 30 gamins, amatrice de randonnée pédestre à ses heures perdues, championne de bowling, et fraichement célibataire. Dit comme ça, ça pouvait en faire rêver plus d’un. Elle décida cependant de ne pas trop se torturer la conscience avec ces choses aujourd’hui, car la date était importante, et semblable avec celle de l’univers parallèle d’où elle venait. Stop pensa-t-elle aussitôt pour se freiner en plein élan. Elle ne devait pas s’engager sur cette voie-là, elle se l’était promis intérieurement. Elle devait bien ça à Ned, qui fêtait son anniversaire un peu plus tard dans la soirée. Une certaine Lola, lui avait envoyé une note à cette attention pour l’inviter à rejoindre une fête préparée en l’honneur de son frère. Se retrouver parmi plusieurs personnes qu’elle ne connaissait pas était bizarrement moins effrayant que d’être en petit comité à la maison, avec pour seuls interlocuteurs leurs parents. Au moins, parmi les amis de son ainé, elle pourrait se fondre dans la masse. Elle regretta néanmoins de ne pas être seule avec lui, ça faisait des lustres qu’ils n’avaient pas partagé un moment rien qu’à eux. Et puis maintenant qu’il était marié… Ça aussi, elle le digérait difficilement. Ce n’était pas propre à son conjoint (mais elle avait été étonnée !), et plutôt au fait qu’elle ne se souvienne absolument de rien. Lizzie avait raté le plus beau jour de sa vie, et s’en voulait atrocement. Elle avait froncé les sourcils devant les photos qui trainaient à l’appartement, sans vif succès, c’était comme verrouillé là-haut,  sans espoir de retrouver la clef. Elle pria pour qu’il ne mentionne rien lié à cet évènement, tandis qu’elle marchait vers le Vertigo d’un pas rapide.

Elle n’avait pas trouvé de cadeau dans ses affaires, et s’était contentée de faire un détour dans plusieurs boutiques de la ville afin de trouver son bonheur. L’avenir lui dirait si elle avait eu tort ou non. De la musique s’échappait du bar quand elle rentra à l’intérieur sur le qui-vive, en époussetant ses vêtements. Elle le repéra toute suite et se fraya un chemin entre les tables et les clients pour rejoindre la troupe. « Lizzie ! » Ned avait bondit pour l’accueillir, et son cœur se gonfla à la joie de le revoir. Si apparemment ils se fréquentaient assidument ici, elle, au fond de sa poitrine avait la sensation que cela remontait à une éternité. Portland n’était pas vraiment la porte à côté, et…. Voilà que ça la reprenait. Elle secoua ses cheveux en pagaille comme pour écarter le mauvais sort, et se concentra sur l’instant présent. La brunette le serra contre elle, ça faisait du bien de l’avoir tout près d’elle. Il lui manquait tant, l’avoir au bout du fil n’était pas suffisant. Elle s’arracha à contrecœur de leur étreinte et le suivi vers l’assemblée qui les fixait avec intérêt. Savaient-ils ? Savaient ils qu’elle était devenue folle ?  « Attendez, ne bougez pas. » Son cœur tambourina, et elle serra les poings pour se calmer, tandis qu’elle prenait pl.ace à côté d’Octavio (ses fossettes lui rappelaient vaguement un truc).  « Tu veux une bière ? Autre chose ? » Elle hésita, l’alcool n’était pas tout à fait ce  dont elle raffolait (elle le tenait mal), mais avait le mérite de ralentir son système nerveux trop aux aguets. « Une bière ce sera parfait. Merci. » Elle esquissa un sourire poli, et tâcha de se décontracter, mais c’était compliqué, surtout quand  sa paranoïa était de retour. « Bon anniversaire Ned... » Elle posa une main sur son bras qu’elle serra affectueusement, dans de pareils situations de détresse, elle développait un côté tactile exacerbé. Son Ned à elle – Ned tout court pardon – le savait, et s’en était beaucoup amusé lorsqu’ils étaient enfants. À chaque fois les deux finissaient par se battre et se chamailler sous les remontrances de leur mère, fatiguée par leurs cris. « Alors, qu’est-ce que ça te fait de vieillir frérot ? » A ses yeux il restait le même malgré les années qui s’accumulaient, le temps semblait ne pas avoir d’emprise sur lui. Il gardait ses traits de gamin, et seules ses prunelles reflétaient son âge. Un peu comme leur père. Elle se demanda si de parfaits inconnus pouvaient encore les prendre pour des jumeaux… Dieu savait à quel point ils s'en étaient vantés plus jeunes. « Elie (elle redouta une seconde s’être trompée sur le nom), n’est pas là ? » Elle n’avait pas aperçu le visage de ce dernier dans la joyeuse ronde. Elle espéra que ce n’était qu’une histoire de délai et rien de plus grave. « C’est sympa ici je ne connaissais pas. » Constatant qu’elle avait peut-être gaffé (bien qu’il ne lui en aurait surement pas tenu rigueur), elle s’empressa de se rattraper. « Je veux dire. J’avais oublié l’importance du dress code. » Elle jeta un coup d’œil à sa robe d’une couleur triste, qui faisait pâle allure à côté des filles sur leur trente et un autour d’eux. Visiblement les vêtements n'étaient pas sa tasse de thé, ici ou.. là bas. Son voisin de table se pencha vers eux, d’un air complice. « Maintenant que tu es là Lizzie tu vas pouvoir nous dire comment était Ned quand il était gosse. J’aimerais toujours l’anecdote du… » Il n’eut pas l’occasion de finir, qu’il éclatait déjà de rire avec Lola (?) qui venait de tâcher la nappe malgré elle. Lizzie paniqua, elle était sauve, mais pour combien de minutes ?

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Ned Abernathy

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MessageSujet: Re: i'm like a fine wine. i get better with age.   Dim 13 Aoû 2017 - 11:48

Il ne pouvait pas s’empêcher de la toucher. C’était une pression sur le bras quand il s’apprêtait à l’enlacer, un léger massage quand il avait les mains posées sur ses épaules, une caresse furtive le long de ses cheveux doux comme de la soie, des doigts taquins qui venaient lui chatouiller les côtes dans le seul but de la voir s’agiter. Ce soir ne dérogeait pas à la règle comme il pinçait et relâchait doucement la peau tendre au creux de l’épaule. Lizzie avait l’air tendue, il pouvait le percevoir dans ses muscles noués mais aussi dans la mine qu’elle arborait, un peu inquiète, un brin méfiante. Ned était cependant trop heureux de la voir et d’être si bien entouré pour se pencher sur la question. Il associa la réticence au fait qu’elle devait se trouver au milieu d’une foule d’amis à lui. Elle en avait déjà rencontrés quelques-uns mais jamais tous en même temps, comme ce soir. Il y avait de quoi être impressionnée par cette bande bruyante et hilare qui prêtait peu attention aux réactions alentours. Il était évident que c’était un groupe à l’amitié solide et à la longévité saisissante. Aussi Ned était-il d’autant plus ravi de voir ses différents mondes entrer en collision pour former une cohésion parfaite. Extraverti, toujours le premier à rire d’une plaisanterie, il aimait s’insérer dans une groupe sans en être la vedette et, d’ailleurs, l’attention centrée sur lui ce soir le gênait un peu. Une chance pour lui que ses amis le connaissaient parfaitement et qu’ils se lancèrent dans un débat comme si l’anniversaire qui les réunissait était relégué en second plan. Cela lui permit de ne pas avoir à faire les présentations et de pouvoir se concentrer sur sa cadette. Il hocha la tête quand elle demanda une bière et se tourna à moitié vers le bar pour attirer l’attention de l’un des barmen qu’il connaissait assez bien – quand on était habitué des lieux, en même temps, on se liait forcément avec les employés. Il adressa un signe en apparence cryptique au serveur mais celui-ci ne sembla avoir aucun mal à le traduire : une bière à mettre sur son compte, noté ! Ned leva un pouce plein de gratitude et son attention fut ramenée à la table quand Lizzie posa une main sur son bras et lui souhaita un bon anniversaire.
- Merci, frangine, gloussa-t-il en glissant les doigts sur la joue de la jeune femme. Je suis heureux que tu aies pu venir.
À nouveau, l’air étrange de la demoiselle l’interpela et il chercha à sonder ses yeux doux en quête d’un indice sur ce qui pouvait provoquer un tel désarroi. Il était évident qu’elle cherchait à le dissimuler sous des faux semblants, avec un sourire craquelé et il se demanda si cela avait quelque chose à voir avec Arnav. Il était sur le point de le lui demander tout bas, pour ne pas attirer les regards de la troupe mais Lizzie le devança et il ne put qu’esquisser un sourire narquois avant de hausser les épaules :
- Tout ce que je peux te conseiller, c’est de profiter de la vingtaine parce que c’est la meilleure période de l’existence mais la trentaine n’est pas si mal, elle non plus.
Dans sa tête, il restait le gamin dissipé de toujours et il ne parvenait pas à se fourrer dans le crâne qu’il était censé être un adulte, à présent. Peut-être que son métier ne l’aidait pas non plus. Après tout, il passait son temps sur le net et quand il ne codait pas pour des sites, il jouait à la console, comme un éternel adolescent. Il était marié, pourtant. Il payait un loyer et ses factures, devait respecter des délais, avait des responsabilités, à sa manière. Mais la jeunesse n’était pas une question d’âge, n’était-ce pas ce que l’on disait ? Tout était dans la tête, un point c’est tout.
Lorsque Lizzie évoqua Elie, Ned inspira longuement et haussa les épaules, d’un air incertain.
- Il travaille beaucoup, ces derniers temps, se contenta-t-il de dire en guise de réponse énigmatique.
Il n’allait certainement pas étaler ses inquiétudes conjugales quand avouer qu’Elie commençait à travailler de plus en plus tôt et revenait de plus en plus tard aurait était plus honnête. Il aurait pu le confesser à Lizzie mais ça n’était pas vraiment le moment, avec les oreilles qui se baladaient, aussi inattentives et inoffensives soient-elles. On n’aimait jamais admettre que son couple avait des difficultés, même lui qui ne semblait jamais prendre les choses au sérieux. Y penser lui noua l’estomac et il fut reconnaissant au serveur d’arriver à ce moment-là pour servir la bière de Lizzie et noyer ainsi le poisson.
La remarque de Lizzie le surprit légèrement, comme ils étaient déjà venus à quelques reprises dans le passé mais il ne releva pas et se contenta d’un hochement de la tête.
- Oh, c’est juste parce qu’on est en semaine. Le week-end, ça se lâche un peu plus. Mais ça n’est rien comparé au GLOW, dit-il avec une teinte d’ironie dans la voix.
Une nouvelle ombre traversa les traits doux de Lizzie et Ned pencha la tête, commençant à redouter l’origine de ce malaise. L’ambiance générale n’arriverait certainement pas à lui ôter la sensation que quelque chose clochait chez sa sœur mais il n’eut pas le temps de dire quoi que ce soit qu’Octavio les interrompait, invitant la fratrie Abernathy à rejoindre la conversation qui, après tout, s’était centrée sur l’un d’eux. Ned se força à se détourner légèrement pour adresser à son ami un regard faussement menaçant.
- T’en as pas assez de cette histoire de Batman ? lança-t-il avant de lui donner un coup dans l’épaule, assez fort pour que l’autre masse l’endroit endolori en riant.
L’histoire des collants déchirés, du gamin de dix ans suspendu au bord de l’armoire, la cape rabattue sur la tête faisait toujours rire l’assemblée et Ned ne pouvait s’empêcher de sourire lui-même en repensant au ridicule de la situation.
- Et puis, elle ne peut pas te la raconter ou elle sera obligée de préciser que je l’avais habillée en Robin et que le pantalon trop grand lui tombait constamment sur les chevilles et qu’elle n’arrivait pas à suivre mes folles épopées, ajouta-t-il avant d’adresser un coup d’œil complice à Lizzie. Viens, laissons-les rire de mes mésaventures. Toi et moi avons à discuter !
Ned saisit la main de Lizzie et se leva sous les éclats de rire de la bande. Il lui fit signe d’attraper son verre et l’embarqua dans son sillage pour rejoindre la large baie vitrée le long de laquelle était disposée une banquette confortable. Ned s’y laissa tomber et incita Lizzie à l’imiter en tirant doucement sur sa main.
- Quelque chose ne va pas ? C’est à cause d’Arnav ? demanda-t-il à brûle-pourpoint. Et ne me dis pas que tout va bien, je vois bien que quelque chose te tracasse.
Il la regarda avec intérêt, pour bien lui faire comprendre que cela avait beau être son anniversaire, il pouvait écouter ses déboires, absorber ses malheurs, lui prouver qu’elle avait son soutien indéfectible. Toujours.

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Lizzie Abernathy

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MessageSujet: Re: i'm like a fine wine. i get better with age.   Dim 27 Aoû 2017 - 20:48

Le brouhaha, la foule, et les effluves d’alcool la mettaient mal à l’aise. Elle avait perdu l’habitude de fréquenter ce genre d’endroits, leur préférant le confort et l’étroitesse de son appartement silencieux. Pourtant, une partie d’elle se rappelait de toutes ces soirées étudiantes auxquelles elle avait activement participé, plus jeune. Ca lui paraissait si loin désormais… Presque un monde parallèle, en dépit des souvenirs qui hantaient sa mémoire. Rien n’avait été plus entrainant que de se préparer devant un miroir, choisir de jolis vêtements entre filles, et rigoler jusque pas d’heure, un verre à la main. Et danser, surtout danser au son des mélodies endiablées au point d’en avoir les muscles ankylosés. Cette innocence lui manquait, elle était proche, juste devant son nez, mais depuis l’accident elle s’interdisait tout amusement. C’était son sacerdoce qu’elle s’imposait avec une foi inébranlable. Ce soir était une exception pour la bonne cause, et parce qu’elle aurait fait n’importe quoi pour son grand frère. Leur séparation de ces dernières années pesait encore sur sa conscience abimée. Elle ne lui avait jamais dis, mais plusieurs fois elle s’était osée à retourner vers Mount Oak juste pour lui. Mais l’angoisse l’avait rattrapé à une poignée de kilomètres de la ville, et elle avait aussitôt fait demi tour, incapable de poursuivre sa route, même pour son frère. Et la distance avait fait le reste, creusant dans sa poitrine un trou béant, qui se refermait petit à petit maintenant qu’elle était ici. Peut importe ce qu’était cet endroit, il lui avait redonné la personne la plus chère à ses yeux. Elle observa ses doigts frôler le creux de son épaule et ne pu s’empêcher d’esquisser un sourire nostalgique à ce doux contact. C’était plus fort qu’eux, ils se touchaient sans arrêt, tantôt pour se taquiner, parfois par ennui, et principalement par réflexe. Une sorte de tic naturel qui revenait sans cesse à la charge lorsqu’ils se trouvaient côte à côte. Elle ne pouvait pas le lui dire sans briser l’harmonie naissante, mais elle aurait souhaité qu’il ne s’arrête pas. Qu’ils ne soient que tout les deux, et que l’instant s’étire à l’infini. Lizzie ignorait toujours si elle vivait un rêve éveillé, ou si le problème était différent. Pour un songe cependant, les détails étaient forts convaincants, mais présentement elle s’en fichait, tant qu’il était là. Une partie d’elle se remettait à fonctionner normalement, à respirer, en dépit de traits fatigués qui attestaient sa gêne persistante. « Merci, frangine. Je suis heureux que tu aies pu venir. » Elle hocha du menton pensivement, perturbée à l’idée de commettre l’irréparable à cause d’une phrase ou d’un mot mal placé. Elle marchait sur des charbons ardents en se jetant dans la gueule du loup, mais le risque était nécessaire. Au pire que lui arriverait-il ? Ned n’allait pas la juger et lui payer un aller simple vers un hôpital psychiatrique. Si il y avait quelqu’un à qui elle pouvait faire confiance c’était lui. « J’allais quand même pas rater ça. » Elle inspira profondément, histoire de taire son anxiété, et plongea son regard dans le sien. Il faisait tellement bon dans ses prunelles chaleureuses qui débordaient de bonté et de générosité. Elle l’aimait tellement, et regrettait de ne pas lui avoir assez dit par le passé. Plus tard peut être… Son dos se relâcha, et elle s’installa sur la banquette moelleuse. « Tout ce que je peux te conseiller, c’est de profiter de la vingtaine parce que c’est la meilleure période de l’existence mais la trentaine n’est pas si mal, elle non plus. » Savait-il ? Savait-il que sa vingtaine comme il le disait était la pire période de son existence ? Qu’elle avait cessé de vivre dans cette tranche d’âge à cause de l’homme qu’elle avait tué ? Irrémédiablement, elle se recroquevilla sur elle même, comme si ce simple geste eut suffit à la faire disparaitre au travers du velours rouge de son siège. Pourquoi tout la ramenait sans cesse à ça ? Ce point fixe dans la ligne de son destin. Immuable, tel une tâche d’encre sur un cahier abandonné par un écolier. « Je pense qu’elle sera meilleure… Grâce à la sagesse de l’âge. » S’empressa t-elle d’ajouter en feignant un rire maladroit pour cacher son malaise. Elle ne voulait pas tout gâcher et encore moins le mettre dans l’embarras alors que c’était son anniversaire. Elle était suffisamment à l’ouest, elle ne pouvait pas ajouter une couche à l’édifice branlant qu’elle était déjà.

« Il travaille beaucoup, ces derniers temps. »
Le serveur arriva avec sa commande qu’il plaça devant elle, en lui décrochant un clin d’œil complice. Elle le remercia d’un pincement des lèvres timide, et bu une rasade de la bière fraiche dont les goutes perlaient sur son index et son pouce. Le liquide ambré réchauffa sa bouche et sa gorge avant de descendre dans son estomac vide qui grogna. Elle n’avait rien mangé depuis la veille, voir plus. Les choses les plus élémentaires lui échappaient, elle perdait la notion du temps, à force de se perdre dans des recherches sans queue ni tête sur l’ordinateur. Elle reposa son verre sur la table, c’était trop dangereux. Un fantôme avait glissé entre eux à la mention d’Elie, et elle s’en voulu. Elle n’avait évidemment pas pensé qu’elle mettrait les pieds dans le plat, mais à la réponse de Ned elle comprit que ce n’était pas un sujet à aborder. Pas toute suite en tout cas. « Oh… D’accord. » Elle posa une main sur son bras, et le pressa gentiment pour signifier qu’elle était là si il voulait parler, ou chercher du réconfort. Elle n’était pas prête de repartir comme avant, même si il ne devait pas en être conscient. Pas qu’elle sache en tout cas, car rien dans son comportement indiquait une quelconque scission entre le frère et la sœur Abernathy, au contraire, ils donnaient l’impression de ne pas s’être quittés. Elle ne jugea pas bon d’insister sur son conjoint, et la conversation prit une autre tournure. « Oh, c’est juste parce qu’on est en semaine. Le week-end, ça se lâche un peu plus. Mais ça n’est rien comparé au GLOW. » Ah ! Ca au moins, elle connaissait de réputation et elle pouvait se vanter d’y avoir mis les pieds à diverses reprises. Le bar était un lieu très apprécié des fêtards du coin, et l’ambiance n’avait pas son pareil lors des soirées à thèmes. Elle avait d’ailleurs participé à une de ces dernières en venant déguisée en sirène, avec des bouts de papiers aluminium, et du crayola dans les cheveux. Il devait surement y avoir une photo quelque part dans son téléphone… « Ils ont tous l’air tellement coincés ici… La spontanéité du Glow me manque. » Si on lui avait laissé le loisir d’organiser cette petite beuverie (peut être l’avait-on fait?), elle n’aurait certainement pas pris le Vertigo, ça c’était sur. Elle s’apprêtait à renchérir, quand Octavio la coupa pour quémander une anecdote sur la fratrie Abernathy, la plongeant dans l’embarras le plus total. Qu’est ce qu’elle pouvait raconter ? Un truc bénin, du genre à arriver à n’importe qui, mais ce n’était pas ce qu’il désirait. Toutefois, leur confier un potin plus personnel équivalait à remettre sur le tapis sa santé. « T’en as pas assez de cette histoire de Batman ? » Son cœur qui s'était arrêté de battre, revint frapper à sa porte, et elle fut soulagée de voir Ned prendre sa rescousse. Elle le remercia d’un signe silencieux, et l’écouta narrer cette histoire méconnue, perdue dans ses pensées pour y trouver les images qui s’y rapportaient. En vain. « Et puis, elle ne peut pas te la raconter ou elle sera obligée de préciser que je l’avais habillée en Robin et que le pantalon trop grand lui tombait constamment sur les chevilles et qu’elle n’arrivait pas à suivre mes folles épopées. Viens, laissons-les rire de mes mésaventures. Toi et moi avons à discuter ! » Elle rigola par contagion, et pria pour que cela ne se remarque pas. Puis sa paume se glissa dans celle de son ainé, et ils se levèrent ensemble pour s’éclipser dehors, au calme. L’air frais lui cinglait les joues, mais c'était agréable. Lizzie s’assit, ses doigts crispés autour du récipient qu’elle serrait de toutes ses forces comme une bouée de sauvetage. Elle avait tant espéré se retrouver en tête à tête avec lui, mais désormais devant le fait accompli elle avait peur. Elle ne pourrait pas compter sur ses amis pour la sortir d’une parole fortuite. Elle était seule. Horriblement seule, malgré sa présence. « Quelque chose ne va pas ? C’est à cause d’Arnav ? Et ne me dis pas que tout va bien, je vois bien que quelque chose te tracasse. » Elle fixa leurs mains liées plutôt que ses yeux inquisiteurs. Ca lui rappelait à quel point leur lien était puissant et indéfectible. Vital même. Elle étouffa un long soupire, et se décida à le regarder, avant d’ouvrir la bouche pour la refermer aussitôt. Par où commencer ? Rien ne paraissait adéquat, pire encore elle ne voulait pas qu’il s’inquiète. Elle redoutait être un soucis pour lui, il avait suffisamment à gérer de son côté sans la trainer tel un poids mort derrière lui. « Arnav ? Non. Je crois qu’on est plus ensemble. » Cette piste s'était avérée être une impasse quand elle avait compris que le couple qu’ils formaient n’existait plus que sur les photographies et à travers les messages qu'ils s'étaient envoyés. Et quelque part ça l’avait soulagé. Comment pouvait-elle aimer quelqu’un, dont elle ignorait tout, mais qu’elle était supposée fréquenter depuis des lustres ? Qui plus est, il avait eu l’air d’être de ceux qui méritaient d’être aimés de façon inconditionnelle, ce que elle, Lizzie aurait été dans l’incapacité de lui offrir. Au moins, leur rupture lui avait facilité la tâche. « C’est fini. » Rajouta t-elle en réalisant que ses mots précédents étaient mal choisi. « Ce n’est pas ça.. Je pense, je ne sais pas.. Je crois que je suis malade. » Elle frissonna, et avala une gorgée de sa boisson pour se donner du courage. « Je ne reconnais plus rien, je ne sais pas qui sont tout ces gens qui m’appellent par mon prénom. Et ceux que je pense connaitre, font comme si ils étaient de parfaits inconnus. Cette vie, ce n’est pas moi, c’est quelqu'un d’autre. J’ai peur… Vraiment peur, je perds la tête Ned. Chaque jour j’ai peur de me lever, de ce que je vais voir… Tout le monde fait comme si c’était normal, mais ça l’est pas. Je crois que …  » Une larme perla au coin de sa paupière qu’elle essuya d'un revers de manche. Elle avait tellement honte de lui faire subir ça, précisément aujourd’hui, c'était égoïste de sa part. « Je suis désolée… Je.. Ca doit être la fatigue et la heu.. La rupture. Ca va aller, t’inquiète pas. Je veux pas qu’on parle de ça ce soir. Parle moi plutôt de toi, change moi les idées. » C’était sorti tout seul sans qu’elle ne le contrôle. Toute cette angoisse accumulée des derniers mois ressortait maintenant, mais il était l’unique personne en qui elle avait suffisamment la foi pour se permettre de divaguer de la sorte.

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Ned Abernathy

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MessageSujet: Re: i'm like a fine wine. i get better with age.   Mer 30 Aoû 2017 - 21:06

Il avait beau sembler dissipé, à rire souvent un peu trop fort, à parler sans arrêt (il était le convive parfait pour mettre l’ambiance, pour s’adapter au public, pour apporter une lueur malicieuse à une conversation) mais Ned pouvait se montrer sérieux, aussi, quand cela semblait nécessaire. Il avait beau avoir l’air de s’amuser comme un gamin au milieu de sa bande de copains, il avait rapidement vu que Lizzie n’était pas dans son assiette. Peut-être n’arrivait-elle pas à le cacher, non plus, ou peut-être que c’était lié à leur lien fraternel. Ils auraient presque pu être jumeaux, du moins c’est ce que songeait parfois le webdesigner avec un petit sourire en coin. Cinq années les séparaient, pourtant, mais leur complicité était si vivement ancrée en eux qu’il n’avait pas besoin de grand-chose pour comprendre que sa sœur n’allait pas bien. Alors, qu’importe que cela soit son anniversaire, qu’ils soient tous rassemblés pour fête ses trente-et-un ans, il était plus touché par le malaise de sa cadette que par l’hilarité qui ponctuait les discussions de la petite bande. Il savait, aussi, qu’ils ne lui tiendraient pas rigueur de cet éloignement stratégique. Pour cela, il pouvait aussi s’estimer heureux : il avait des amis insouciants sur lesquels il pouvait compter, des gens à qui il n’avait pas besoin de tout expliquer pour qu’ils comprennent. Il pouvait donc s’exiler quelques temps avec Lizzie sans que cela soit mal perçu par Octavio et la petite compagnie.
- J’allais quand même pas rater ça, lui déclara sa sœur.
Ce à quoi il répondit avec un sourire légèrement amer. Il aurait aimé qu’un autre lui sorte ces mots-là, ces mots simples, mais il se maudit immédiatement de se laisser aller à bouder pour une chose sur laquelle il n’avait aucune prise – et Elie non plus. Il avait toujours assuré – ou prétendu – comprendre son mari et l’implication qu’il devait offrir à son entreprise, alors il ne pouvait pas tout à coup lâcher que cela le lassait, qu’il aurait voulu qu’il revienne à l’heure, qu’ils fassent davantage de choses ensemble. Il aurait ressemblé à un enfant quémandeur et Elie n’avait certainement pas besoin de cela en rentrant. Et puis, il avait trente-et-un ans, bon sang ! Il était temps qu’il murisse et cesse d’espérer que tout tourne comme lui le voulait. De plus, Lizzie était là, et s’il devait avouer être ravi d’avoir ses amis attablés au Vertigo, c’était sa présence à elle qui signifiait le plus pour le jeune homme. Un côté sentimental pour Ned qui était très attaché à la famille et la valeur qu’il lui accordait. Sans Lizzie, ça n’aurait pas été pareil. Même si sans Elie, ça ne l’était pas non plus.
Comment aurait-il pu se douter une seule seconde de ce qui se tramait dans l’esprit de Lizzie ? Comment aurait-il pu s’imaginer un instant que celle qu’il caressait distraitement n’était pas exactement la même que celle avec qui il avait grandi, bien qu’elle en ait les traits, le timbre ? Il n’y avait que cette ombre dans son regard qu’il ne lui connaissait pas et qui faisait palpiter son cœur d’une inquiétude que même l’ambiance festive n’arrivait pas à dissoudre.
- Ah, la sagesse, ça s’écrit comment ? plaisanta Ned avec un sourire taquin éloquent.
Il attrapa sa bière et but une longue gorgée, jetant un œil à ses amis, avant de reporter son attention sur Lizzie, se demandant si, réciproquement, elle sentait qu’il ne lui disait pas tout. Elle connaissait pratiquement tout de sa vie conjugale avec Elie, elle avait été d’une aide précieuse quand il avait fallu organiser le mariage – qui aurait été affreusement chaotique si ça n’avait tenu qu’à leur façon de planifier les choses – elle avait été la première à qui il avait parlé d’Elie, avant même que quoi que ce soit ne se soit passé. Comme un adolescent étourdi par l’amour du coup de foudre. Il s’était senti stupide, à l’époque, mais, comme toujours, sa sœur avait réussi à lui faire oublier son embarras et, au contraire, l’avait écouté, l’avait incité à rêvasser à voix haute puis, finalement, à œuvrer pour rencontrer cet homme qui lui faisait chavirer le cœur à chaque fois qu’il le voyait. Elle avait vu chaque étape, chaque marche qu’il avait grimpée. Alors pourquoi lui cachait-il son malaise vis-à-vis de la tournure de leur couple ? Pourquoi n’osait-il pas lui avouer, à elle entre tous, qu’il craignait de ne pas agir comme il fallait avec Elie ? Il aurait pu lui demander conseil, Lizzie était plus avisée, elle lui aurait indiqué la conduite pour reconsolider leur mariage. Mais quelque chose le retenait. Comme si, tant qu’il ne l’évoquait pas ouvertement, le problème n’était qu’un trouble paranoïaque de sa part, irréel, sans prise sur leur quotidien, qui disparaitrait au bout d’un moment s’il l’ignorait assez longtemps. La réponse de Lizzie laissa cependant sous-entendre qu’elle avait décelé l’incertitude et il afficha un sourire d’autant plus grand qu’il était supposé effacer les dernières secondes, comme si elles n’importaient pas. Toutefois, Ned posa la main sur celle de Lizzie lorsqu’elle lui pressa le bras et pressa ses doigts à son tour, en guise de gratitude. Il lui était reconnaissant de ne pas insister, de le laisser venir à elle quand il serait prêt, même s’il devait y songer plus sérieusement maintenant que le doute planait.
Ned émit un petit rire à la remarque de Lizzie et hocha la tête :
- On sortira là-bas, la prochaine fois, si tu veux.
Ça n’était certainement pas à lui que ça allait déplaire, cette ambiance folklorique, colorée, débridée et innocente à la fois. On y buvait aussi bien qu’ailleurs, après tout, et la musique était plus entrainante – combien de fois ne s’était-il pas saoulé sur des tubes des Backstreet Boys lors des soirées boybands ? A ce souvenir, le jeune homme sourit rêveusement et soupira, presque déçu qu’il n’ait pas incité la bande à se rejoindre là-bas. Toutefois, la soirée ne faisait que commencer, rien ne disait qu’ils la finiraient au même endroit. Tiré de ses pensées par ses amis qui continuaient à jacasser et quémandaient maintenant une histoire drôle sur laquelle inventer toutes sortes de jeux de mots idiots ou de parallèles insensés, Ned vit là l’excuse idéale pour fuir leur compagnie pendant quelques minutes. Il balança l’affaire Batman parce qu’il savait qu’elle avait provoqué bien des rires par le passé puis embarqua Lizzie dans son sillage, laissant les autres à leurs boissons et leurs blagues foireuses.
La terrasse n’était pas déserte mais les quelques personnes qui prenaient l’air étaient installées à une distance respectueuse, laissant aux Abernathy toute l’intimité dont ils avaient besoin. Ned ne chercha même pas à enrober son discours et alla droit au but. Il ne supportait pas de voir Lizzie éteinte quand elle aurait dû répliquer aux plaisanteries d’Octavio ou le taquiner en complotant avec Lola. Il ne chercha même pas à se composer un visage faussement serein et darda plutôt les yeux sur sa cadette, étudiant chaque changement dans son expression, incapable d’anticiper ce qui pouvait la tourmenter de cette façon. Il sentit son cœur se serrer en voyant qu’elle n’osait même pas le regarder. Que pouvait-il s’être passé pour qu’elle soit si accablée ? Quand elle se décida enfin à le regarder, il haussa les sourcils, comme pour l’inciter à lâcher ce qui pesait sur son âme. Il pouvait tout entendre venant d’elle, elle le savait, n’est-ce pas ? Elle repoussa l’idée qu’Arnav puisse être à l’origine de sa détresse et Ned acquiesça. Il pressa doucement les doigts de Lizzie, ignorant si elle était triste ou hébétée par le sort de sa relation.
- D’accord…
Était-ce une bonne ou une mauvaise chose ? Était-il censé le lui demander ou était-ce indélicat ? Il savait par expérience qu’admettre l’échec d’une relation était terrifiant et peut-être humiliant, même si elle devait se douter qu’elle n’avait pas à se sentir humiliée de le lui avouer, tout comme il n’avait pas à être mal à l’aise à l’idée de confier ses angoisses. Mais il n’était pas question de son mariage mais de ce qui déchirait Lizzie. Puis, enfin, elle lui livra ses maux et il l’écouta attentivement, absorbant chacun de ses mots, même si ceux-ci ne lui paraissaient pas avoir beaucoup de sens. Et quand elle chercha à recentrer le sujet sur lui, Ned secoua la tête, clignant des paupières comme s’il cherchait à remettre dans l’ordre les données qu’elle lui avait livrées :
- N-non, non, attends. Explique-moi, je ne comprends pas. Tu te sens déprimée ? C’est ça ? Tu te sens seule à cause de ce qu’il s’est passé avec Arnav ? Tu es certaine vous ne pouvez pas vous réconcilier, d’une manière ou d’une autre ? Ou est-ce que tu as des trous de mémoire ? C’est ça qui t’inquiète ? Tu as été faire des tests à l’hôpital ? C’est peut-être dû au stress. On peut prendre rendez-vous avec un spécialiste si ça peut te rassurer. Tu as peut-être simplement besoin de te reposer.
Bien sûr, le mot Alzheimer lui était venu à l’esprit mais il y avait des médicaments pour ça, non ? Et puis, Lizzie était beaucoup trop jeune pour souffrir d’une maladie pareille. Toutefois, entendre le mot ‘malade’ dans sa bouche le tétanisait. Il ne pouvait pas concevoir que sa petite sœur puisse être malade.
- Quoi qu’il t’arrive, je suis là, Liz. Si tu as besoin de vacances, on peut prendre un billet pour les plages et aller s’enfiler les coups de soleil jusqu’à ressembler à des homards carbonisés, dit-il avec un sourire effiloché, impuissant. Depuis combien de temps est-ce que cela dure ?
Il lui passa un bras autour des épaules et l’attira à lui, ne supportant pas de la voir pleurer. Pas sa Lizzie, pas comme ça, alors qu’il ignorait tout du mal qui la rongeait et ne savait pas comment y remédier.

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MessageSujet: Re: i'm like a fine wine. i get better with age.   Ven 8 Sep 2017 - 19:01

La terrasse offrait un calme provisoire et une coupure avec le brouhaha qui régnait à l’intérieur. Elle était soulagée, tout ce monde, ce bruit et cette agitation la rendaient extrêmement mal à l’aise : ses orteils se recroquevillaient dans ses souliers, et ses ongles s’enfonçaient dans sa paume pour former des demies lunes. Elle était tellement inconfortable qu’il était difficile de croire, qu’avant tout ça, elle évoluait naturellement dans ce genre d’endroits, adepte des soirées étudiantes comme pas deux. Lizzie Abernathy, virtuose du violoncelle au cercle social développé, qui n’en ratait pas une occasion pour s’amuser avec ses amis, un sourire joyeux accroché à son visage en permanence. Le contraste était saisissant, et pourtant réel. Ca lui faisait peur d’imaginer que ces facettes opposées de sa personnalités coexistaient en elle, mais que la pire avait pris le dessus sur l’autre. Tout ça à cause d’angoisses et de doutes profonds liés à l’accident mais pas que. Au fil des jours, elle en avait déduit que le problème était bien plus grave, et qu’il tirait sa source de maux différents définitivement reliés à des troubles mentaux. Et d’après ce qu’elle avait pu en tirer d’internet (à tort, chacun savait qu’il ne fallait pas taper ses symptômes là bas), elle allait probablement mourir dans d’atroces souffrances dans les jours à venir. A moins qu’elle ne soit l’objet d’un enlèvement d’aliens, mais ça elle l’avait écarté sans trop de difficulté, et la chose l’avait même amusé (un miracle). Lizzie allait donc tâcher de se faire soigner, ou d’entreprendre des démarches dans ce sens, il fallait d’abord qu’elle se sorte de sa phase de dépression et ensuite qu’elle ose en parler à ceux qui comptaient pour elle. Et ça commençait ce soir, avec Ned, à qui il était dur de mentir car il lisait en elle comme dans un livre ouvert et réciproquement. Si ils n’étaient pas jumeaux, leur lien était si fort que c’était tout comme. Or l’avoir si proche d’elle lui faisait prendre conscience qu’elle n’aurait jamais du partir à Portland s’exiler, et qu’avec son aide elle eut été capable de surmonter tout ça - pour peu que ça ait existé, là dessus les interrogations persistaient -.

Le plus dur arrivait désormais alors qu’elle fixait leurs doigts entremêlés. Elle laissa d’abord passer des informations futiles à ses yeux, concernant cette relation de couple dont elle n’avait aucun souvenir tangible. A part les photos, et les dires de ses amis, le nom d’Arnav et tout ce qui y était relié la laissait de marbre. Il n’était pas désagréable, au contraire il lui faisait l’effet d’être un garçon gentil à la compagnie plaisante, mais impossible de leurs trouver des instants partagés. Toutefois le fait que les autres le mentionnaient avait été rassurant en soit : au moins il existait, et n’avait pas été le pur fruit de son imagination. Elle l’avait même rencontré le lundi précédent, un échec cuisant où elle s’était ridiculisée une énième fois. Un loupé à ajouter à la pile de tout ce qu’elle ratait dernièrement, qui accentuait son envie de rester cloitrée à la maison pour être sûre de ne pas commettre le moindre impair. L’anniversaire de son ainé était une exception, l’accalmie dans la succession de malheurs qui serraient son âme. « D’accord… » Elle étouffa un long soupire, et lâcha tout le reste. La partie compliquée en quelque sorte, celle qui fait mal et qui l’étouffait. Celle qu’elle ne parvenait pas à museler et taire dans un coin de son esprit. Les larmes vinrent d’elles mêmes ponctuer son discours, et elle les essuya timidement d’un bout de sa manche. Le silence s’installa subitement entre eux, et son cœur se mit à battre rapidement, elle craignait qu’il ne s’enfuit et l’abandonne. Ce n’était pas son genre, mais Lizzie était devenue paranoïaque, et envisageait le pire en permanence. Si il avait confiance en lui, sa foi lui faisait défaut. Maladroitement parce qu’elle n'assumait pas ses propos, elle voulu dévier la conversation, en vain. Le pavé était jeté dans la marre, elle n’allait pas s’en sortir facilement. « N-non, non, attends. Explique-moi, je ne comprends pas. Tu te sens déprimée ? C’est ça ? Tu te sens seule à cause de ce qu’il s’est passé avec Arnav ? Tu es certaine vous ne pouvez pas vous réconcilier, d’une manière ou d’une autre ? Ou est-ce que tu as des trous de mémoire ? C’est ça qui t’inquiète ? Tu as été faire des tests à l’hôpital ? C’est peut-être dû au stress. On peut prendre rendez-vous avec un spécialiste si ça peut te rassurer. Tu as peut-être simplement besoin de te reposer. » Toutes ces questions qui se bousculèrent à une vitesse prodigieuse la firent paniquer. « Quoi qu’il t’arrive, je suis là, Liz. Si tu as besoin de vacances, on peut prendre un billet pour les plages et aller s’enfiler les coups de soleil jusqu’à ressembler à des homards carbonisés. Depuis combien de temps est-ce que cela dure ? » Et elle flancha, éclatant en sanglots, tandis qu’il la prenait dans ses bras. Elle se raccrocha à leur étreinte, le souffle court, et les joues écarlates. Elle avait honte de ce qui se passait, de lui gâcher sa soirée, et de se donner en spectacle de la sorte. Il avait suffisamment de soucis comme ça de son coté pour ne pas qu’elle vienne y ajouter les siens de surcroit. Mais ça faisait tellement bien. De le sentir là tout contre elle, et de lui avoir dévoilé cette vérité qui la hantait quotidiennement un peu plus. Il lui avait atrocement manqué.

A contrecœur elle se détacha en reniflant, et glissa à nouveau sa main dans la sienne pour se donner du courage. « Je suis désolée de…. Te sortir tout ça comme ça… C’est…. J’aurais du attendre. » Un froissement de tissus attira son attention sur le côté et elle sursauta, mais ce n’était que le vent qui soulevait les coins d’une nappe. « Je ne sais pas ce que j’ai, c’est compliqué à expliquer… Ce n’est pas Arnav. Pas de sa faute je veux dire. C’est autre chose. » Elle aurait préféré que le jeune homme soit la cause de ses traumas, les peines de coeur au moins pouvaient guérir, pas comme cette maladie invisible qui l’accablait. « Ca fait deux mois je crois… J’ai… C’est comme si… Comme si cette vie n’était pas la mienne, c’est mon corps, ma voix, mais pas ma vie. Pas celle que je connais. Je n’ai jamais été prof, je suis violoncelliste… Arnav… Je sais même pas qui c’est… C’est un inconnu et pourtant on a été ensemble pendant si longtemps… Je ne sais plus ce qui est réel ou ce que j’ai imaginé. Tout se mélange, le vrai et le faux. » Comment lui expliquer correctement ce qui se tramait dans sa tête ? Elle même n’y arrivait pas, alors lui préciser ses ressentis…. « Depuis l’accident où je l’ai tué je crois que.. je pense que mon cerveau est parti en vrille. Je suis devenue folle. » Folle, cinglée, dingue, détraquée, tout ça à la fois voir pire, comment le savoir ? Elle n’était consciente que de certains symptômes auxquels s’ajoutaient l’insomnie et l’absence d’appétit, mais il y en avait potentiellement d’autres qui lui échappaient. Peut être même plus graves. « Je ne sais plus qui je suis. » Ajouta t-elle d’une voix vague qui se perdit dans les airs. « Est ce que… Tu pourras m’accompagner à l’hôpital ? Ou ailleurs ? » Ailleurs pour ne pas dire asile, c’était trop douloureux d’y songer, mais elle avait surement sa place là bas. Un court séjour lui ferait probablement du bien pour se remettre d’aplomb, tant sur le plan physique que émotionnel car Lizzie était usée. A coups de médicaments les spécialistes éradiqueraient certainement cette graine qui avait germé dans son cerveau pour lui souffler des mensonges d’une réalité accablante. « Je suis vraiment…. J’aurais pas du.. Je devrais… Tu me crois Ned ? » Ce qu’elle lui demandait énorme, un pas de géant en plein vide, mais il la connaissait bien, il devait savoir au fond de lui qu’elle était sincère et acculée dos au mur. Lizzie ne se plaignait pas, il était rare de la voir pleurer ou même s’épancher sur ses sentiments, c’était un trait de caractère qu’ils avaient d’ailleurs en commun. Elle attendait toujours que les choses se corsent pour enfin se mettre à parler, préférant largement encaisser avant de craquer. Mais maintenant plus que jamais elle avait besoin de son frère.

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MessageSujet: Re: i'm like a fine wine. i get better with age.   Mer 20 Sep 2017 - 21:38

Il n’avait jamais eu à s’inquiéter de la sorte. Pas pour Lizzie. Il avait eu ses angoisses de grand frère, évidemment, il avait eu peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas pouvoir la protéger comme il le fallait. Mais, au fond, il avait parfaitement conscience qu’elle se débrouillait bien mieux toute seule que lui. Il avait toujours regardé Lizzie évoluer avec une lueur fascinée et admirative, si bien qu’au final, elle n’avait pas de besoin de sa protection, même illusoire. Cela le déstabilisait donc d’autant plus de découvrir sa détresse et d’avoir le sentiment qu’il avait été aveugle à son malaise, trop centré qu’il était sur lui-même et ses problèmes. Le jeune homme se sentit coupable de n’avoir pas été sensible au changement chez sa cadette. Où avait-il eu la tête ? Comment avait-il pu laisser une chose pareille se produire ? Leur lien indéchiffrable commençait-il à s’effilocher ? Tant d’interrogations, essentiellement suscitées par la sensation d’impuissance qui l’envahissait au fil des secondes, tandis qu’il observait le désarroi de sa sœur sans savoir comment y remédier, comment y répondre. Il aurait voulu avoir les mots justes, les gestes adéquats. Il aurait voulu pouvoir saisir le fond du problème et y apporter une solution immédiate et salvatrice. Mais Ned Abernathy, quoi qu’il s’imagine, n’était pas le super héros en collant qui restait suspendu au coin d’une armoire. Il était peut-être toujours ce gamin insouciant mais tout le reste s’était évaporé avec le temps. Depuis quand avait-il perdu la faculté de voir à travers Lizzie ? C’était la question qui lui retournait l’esprit tandis qu’il tentait de consoler la jeune femme. Le seul avantage qu’eut cette révélation inquiétante, c’était que le manque créé par l’absence d’Elie s’était un peu effacé. Une bien maigre compensation face au trou béant qui lui donnait des vertiges.
Qu’arrivait-il à sa petite sœur ? Pendant une fraction de seconde, le webdesigner songea qu’il pourrait peut-être évoquer le problème avec Elie. Peut-être que lui, avec ses entrées dans l’une des plus grandes institutions du clonage, pourrait trouver une solution au mal-être de Lizzie. Ça n’était peut-être pas si grave que ça. Pourtant, quelque chose – Ned ne savait pas s’il devait appeler cela l’instinct ou simplement la terreur du grand frère acculé – lui disait que l’aveu n’était pas anodin. Lizzie n’aurait jamais exprimé une telle détresse si c’était un mal aisément curable. Lizzie n’aurait jamais lâché prise à ce point si elle n’était pas réellement angoissée par ce qui lui arrivait, et cela suffisait à décupler les peurs qui assaillaient son ainé. À cette nervosité qui lui grignotait le cœur et le ventre, Ned opposa le seul comportement qu’il connaissait : il tâcha de réconforter Lizzie en caresses furtives et en étreintes étroites. Il observa chacun des changements qui s’affichaient sur son joli visage décomposé, il nota chaque geste qui trahissait sa détresse. Il les absorba comme s’il voulait les imprimer dans sa mémoire et ne plus se laisser distraire par les éléments futiles qui les entouraient. Il ne pensa plus à ses amis qui continuaient à bavarder gaiement à l’intérieur. Il ne s’inquiéta plus pour son mariage, même si celui-ci n’avait rien de secondaire. Tous ses sens étaient dirigés vers Lizzie. Et son esprit aussi. Il voulait comprendre, il voulait saisir l’ampleur du problème, il voulait avoir tous les éléments pour envisager des pistes, des solutions, pour faire briller l’espoir et ne pas céder à la panique. Mais celle-ci lui tournait autour comme si elle n’attendait qu’une chose : qu’il soit déconcentré une demi-seconde, pour lui sauter au visage. Il ne la laisserait pas faire, pourtant. Lizzie avait besoin de lui, elle n’avait pas besoin d’un ainé immature qui ne savait comment aborder son mal-être et restait bêtement à contempler l’obscurité qu’elle révélait derrière ses larmes.
Il se sentit encore plus mal quand sa tentative de plaisanterie tomba à plat et provoqua, au contraire, encore plus de sanglots.
- Oh, non, Lizzie, ne pleure pas, je plaisantais. On fera ce que tu veux, ce dont tu as besoin. C’était idiot de suggérer que des vacances suffiraient à te remettre sur pieds.
Il n’y avait que lui et son insouciance pour suggérer une ineptie pareille. Se mordant la lèvre, se maudissant de sa bêtise, Ned resserra encore son étreinte autour de sa sœur en pleurs et pria pour qu’elle oublie rapidement sa maladresse. Le cœur battant à tout rompre, Ned ferma les yeux et pressa les lèvres contre la tempe de Lizzie, initiant un léger balancement destiné à bercer Lizzie, à calmer son chagrin, à apaiser la crise sur laquelle il n’avait aucun contrôle et ce fut avec une légère réticence qu’il la libéra, redoutant déjà la suite et appréhendant l’idée qu’il puisse n’être d’aucun secours à sa cadette.
- Attendre quoi ? lui souffla-t-il, la voix rauque, en serrant ses doigts.
Il décela le sursaut et réalisa à quel point sa sœur souffrait, à quel point elle était isolée. Comment avait-il fait pour ne rien remarquer de tout cela ? Il la crut lorsqu’elle lui assura que ça n’avait rien à voir avec Arnav, même si, en un sens, ça aurait peut-être été plus simple si le souci avait été lié au jeune homme. Au moins aurait-il eu un point sur lequel concentrer ses émotions chamboulées. Au lieu de quoi, il devait observer le désarroi de sa sœur sans en connaitre l’origine. Retenant son souffle, il essaya de retenir tout ce que Lizzie lui dévoilait, d’ordonner ses idées, de découvrir un fil conducteur ou des symptômes pour les guider. Mais rien de ce qu’elle lui avouait ne faisait sens. Il songea bien à la schizophrénie mais n’aurait-ce pas été décelé beaucoup plus tôt ? S’agissait-il de dépression, dans ce cas ? Qu’est-ce qui avait pu initier cette métamorphose ? Qu’est-ce qui avait pu faire basculer la joyeuse Lizzie en fantôme apeuré ? Ned ne put toutefois retenir un léger froncement de sourcils lorsqu’elle déclara être violoncelliste et non professeur, il les haussa d’hébétude lorsqu’elle déclara ne pas savoir qui était Arnav, l’homme qui partageait sa vie depuis de mois – voire des années ? le temps passait si vite, Ned n’arrivait plus à démêler les fils de ses pensées. Et puis, qu’était-il censé répliquer à tout cela sans paraitre alarmiste ou sceptique ? Pourtant, sceptique, il ne l’était pas. Il croyait Lizzie sur toute la ligne. Il la croyait, du moins, lorsqu’elle lui disait qu’elle ne savait plus ce qui était réel ou imaginé. Puis son cœur plongea au fond de son estomac à l’évocation de l’accident qui avait tué… qui avait tué qui, d’ailleurs ? Ned ouvrit la bouche pour interrompre Lizzie mais elle était lancée et il n’osa pas intervenir, se contentant de la détailler d’un air concentré. Lentement, il leva la main et effleura les mèches sombres de sa cadette, les écarta de son visage, les glissa derrière son oreille et essuya au passage les vestiges de ses sanglots. La gorge nouée, il acquiesça lorsqu’elle lui demanda s’il pourrait l’accompagner à l’hôpital ou ailleurs. Avait-elle vraiment besoin de le lui demander lorsqu’il l’aurait suivie au bout du monde si c’était là que se trouvait le remède miracle à son malaise ?
- Je te crois, souffla-t-il en guise de réponse en esquissant un sourire d’une faiblesse évidente.
Comment aurait-il pu ne pas la croire ? La voir dans cet état lui arrachait le cœur. Il déglutit avec peine, hésitant à poser la question qui ricochait dans sa tête. Mais il ne pouvait l’ignorer plus longtemps ou feindre de ne pas avoir perçu l’allusion. Si cela faisait partie du délire qui la faisait chanceler, il devait la préserver, il devait la rassurer.
- Liz… De quel accident parles-tu ? Qui crois-tu avoir tué ?
Si elle avait en effet eu cet accident qui avait été fatal à quelqu’un, n’en aurait-il pas entendu parler ? Le lui avait-elle caché délibérément ? Était-ce sa détresse qui lui faisait lâcher des choses qu’ils n’avaient jamais évoquées ? Ou bien cela faisait-il partie de sa ‘maladie’ ? Il pouvait admettre qu’il avait été trop obnubilé, ces derniers mois, par les absences d’Elie, pour se rendre compte que sa cadette sombrait dans une étrange mélancolie. Mais un accident mortel ? Pouvait-il vraiment avoir manqué cela ?

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Lizzie Abernathy

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MessageSujet: Re: i'm like a fine wine. i get better with age.   Dim 12 Nov 2017 - 18:39

L’angoisse serrait son estomac et son cœur meurtri par les derniers évènements. Elle détestait être dans cet état, et plus que tout, elle haïssait montrer ce côté-là de sa personnalité à Ned. Une fragilité à fleur de peau, qu’elle masquait savamment derrière des sourires et des yeux pétillants qui lui donnaient l’impression d’être invincible. Elle n’avait pas honte d’être sensible, mais elle craignait en permanence causer des soucis à son grand frère, ce qui en soit, était complètement stupide puisqu’il l’acceptait tel quel, défauts y compris. Toutefois c’était sa façon de faire, et elle s’était appliquée toute sa vie à vouloir se débrouiller par elle-même et ne pas dépendre de lui. Il était son ainé et instinctivement on avait attendu de lui, qu’il veille sur elle, et la protège, mais très vite Lizzie s’était montrée indépendante pour ces affaires-là. Ce qui n’avait en rien entaché leur lien, elle le savait présent si besoin, et vice versa. Seulement pour tout le reste elle s’auto gérait avec plus ou moins de succès, comme le démontrait son départ précipité pour Portland. Un véritable coup de tête qu’elle avait jugé efficace à l’époque mais qui par la suite s’était avéré être un véritable fiasco. Être loin de tout le monde n’avait pas été le meilleur des remèdes pour assurer la transition, et les coups de fils échangés avec lui, n’avaient fait qu’accentuer ce vide intérieur qui semblait avoir remplacé tous ses organes au fil des jours. Mais maintenant qu’il était là si proche d’elle, Lizzie ne pouvait plus feindre l’indifférence et la joie face à ce qui lui arrivait. Elle avait besoin de lui, qu’il lui remonte le moral, qu’il l’écoute et qu’il soit là tout simplement, à ses côtés. Juste ça, suffirait à apaiser ses maux. Indubitablement les larmes glissèrent sur ses joues rougies par le froid et l’émotion. « Oh, non, Lizzie, ne pleure pas, je plaisantais. On fera ce que tu veux, ce dont tu as besoin. C’était idiot de suggérer que des vacances suffiraient à te remettre sur pieds. » Perdue dans son étreinte, elle s’attacha davantage à lui, comme lorsqu’ils étaient de simples enfants, et qu’ils se réfugiaient ensemble dans son lit les soirs d’orage. Il faisait bon dans ses bras, ça lui rappelait la maison, l’odeur familière de sucre mêlée à la pluie. La senteur des gâteaux que leur mère mettait sur le bord de la fenêtre pour les faire refroidir, tandis qu’ils en piquaient les miettes, trop pressés d’en manger. Une belle époque hélas révolue, où tout était d’une simplicité déconcertante et que ses seules préoccupations étaient de savoir ce qu’il y aurait au diner quand elle rentrerait de l’école. « Attendre quoi ? » Elle s’était écartée à regret, et fixait désormais leurs doigts unis, et la chaleur réconfortante qui s’en dégageait. Ça lui faisait bizarre, à elle qui n’avait pas touché qui que ce soit depuis des mois voire des années. Renfermée dans sa bulle, elle s’était laissé mourir à son tour en guise de rétribution au décès d’Abel refusant vindicativement toute aide extérieure. S’amuser, jouer de la musique, sortir, exister, tout ça lui avait paru injuste alors que lui ne pourrait plus en profiter. Son cerveau s’était par conséquent retranché dans un mode de culpabilité poussé à l’extrême. « Je te crois. » Trois petits mots insignifiants, banals, anecdotiques pour quiconque les écoutait. Mais trois petits mots qui représentaient le monde à ses yeux, surtout dans sa bouche à lui. Ned  n’était pas uniquement son ainé, il était davantage. Sa moitié pour bien des choses, il était certes plus âgé, mais elle le considérait comme son jumeau. Il détenait en lui une partie d’elle qui retrouvait son unicité quand ils se retrouvaient. « Merci. » Un murmure à peine audible dans le silence environnant, troublé par les sifflements du vent à travers les immeubles et une poignée de rires étouffés qui lui parvenaient en échos, comme pour lui rappeler que si elle s’est contenté de survivre tout ce temps, les autres eux, avaient continué de vivre normalement. « Liz… De quel accident parles-tu ? Qui crois-tu avoir tué ? » À nouveau son corps se mit à trembler, et ses iris se teintèrent d’une lueur fantomatique. Le spectre d’Abel dansa devant elle avant de disparaitre. Des images qu’elles ne connaissaient que trop bien et qui la hantaient régulièrement. Comment Ned pouvait-il ne pas être au courant ? Avait-il oublié ? Était-ce seulement possible d’occulter ça ? Elle perdait pied, et redoutait l’incompréhension qu’elle lisait sur son visage inquiet. « Je ne crois pas je… suis sure. Je l’ai tué. » Elle revit les sirènes des gyrophares, ses vêtements mouillés, et ses mains pleines de sangs. Ils l’avaient interrogé longtemps pour analyser ce qui s’était passé, avant de conclure a un accident. Banal était le terme qu’ils avaient utilisé injustement. Ses muscles se crispèrent, et elle essuya les sillons humides. « J’ai tué Abel Anderson. Je roulais, il faisait nuit il pleuvait beaucoup, c’était le retour d’une soirée. Je ne l’ai pas vu je l’ai renversé.. Il est… Était… Mort contre moi. » La même diatribe, des phrases qui s’entremêlaient, et un souffle court. Erratique. « Tu étais là, tu es venu avec papa et maman me chercher au commissariat. J’avais tellement peur… Tu m’as pris contre toi, et tu m’as dit que j’allais m’en sortir, que tu serais là, que tu m’aiderais. Tu n’as pas quitté ma chambre pendant une semaine. Et je suis partie. » Le plus loin possible du cœur de l’ouragan, là où elle ne penserait plus à lui, à eux, à ce qu’elle avait fait. Se rappelait-il enfin ? « Depuis, rien ne va, je ne sais plus qui je suis. J’ai besoin d’aide Ned. » Les médicaments qu’elle s’était vu prescrire, ne faisaient plus d’effet, elle les avait perdu de toute façon. Comme son sens de la réalité qui chavirait quotidiennement, entre la folie, l’illusion et le rêve. Quel aspect était vrai ? Et a contrario lequel ne l’était pas ? Elle resserra l’emprise sur leur poigne, ça au moins c’était tangible. Trop concret pour être inventé. Il avait affirmé qu’il la croyait mais jusqu’à quel point ? Elle plaçait en lui toute sa confiance, mais avait-elle raison ? Aurait-elle réagit pareil dans la situation inverse ? Elle tâcha de dérouler la scène étape par étape. Devant un tel discours, elle aurait d’abord tenté d’être rationnelle, puis essayée d’apporter tout son soutien avant de voir le pire se profiler à l’horizon. Avaient-ils des antécédents de ce type dans la famille ? Peut-être. Si oui faire des recherches, si non idem. Elle demeurait toutefois convaincue que si c’était le cas ils l’auraient su non ? Ce n’était pas essentiel à la problématique cependant, mais elle était démunie. Ce n’était pas comme une blessure au genou de gamin sur laquelle on faisait un bisou magique en guise de remède. Non, le mal était plus profond, encré ailleurs, et dur à déloger. Par déduction il devait donc ressentir ça à chaque seconde qui s’écoulait. Lizzie se pinça les lèvres, prostrée. C’était l’anniversaire de son frère et elle gâchait tout avec ses histoires.

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