you can never really know what goes on inside someone else’s heart


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Moira Reed

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MessageSujet: you can never really know what goes on inside someone else’s heart   Sam 1 Juil 2017 - 13:41

Moira se sent coupable de se sentir si légère. Elle n'a perdu personne, elle. Heureusement, n'ose-t-elle pas ajouter, même à la seule connaissance de ses pensées. Pourtant, elle n'est pas si légère et insouciante que ça – surtout lorsqu'insouciante, elle ne l'a jamais été. Elle a l'empathie au bord des paupières, rien qu'à l'idée de ce que d'autres peuvent traverser en cet instant même. Elle traverse ce parc, lieu de manifestations spontanées depuis que 2% de la population mondiale a disparu, et elle découvre nombre de pancartes éparpillées contre les buissons. Where are they gone ? We are owed some answers. What happened ? Elle songe au désespoir que cela doit être, d'avoir perdu un proche, et à l'incompréhension surtout. Peut-être est-ce le pire, que de ne pas savoir ce qu'il s'est passé ? Que cet évènement puisse les dépasser de si haut ? Elle entend même déjà certains émettre la possibilité que cela puisse recommencer... Sensible à tout et impressionnable pour un rien, Moira s'en inquiète beaucoup, de cette possibilité-là. Mais elle n'a pas besoin de ça pour d'ores et déjà être rongée d'inquiétudes, pour ceux qui ont disparu et pour leurs proches. Et puis la vétérinaire, elle est aussi celle qui ne peut s'empêcher de penser à tous ses amis à poils qui ont tristement perdu leur maître. Touchée, elle l'était peut-être encore davantage pour eux. Et si certains de ces animaux de compagnie étaient coincés dans l'appartement de leur maître ? Et si personne ne venait les chercher, n'allaient-ils pas mourir de soif ? Mo irait tous les récupérer un à un, si seulement elle le pouvait. Elle-même a un furet qu'elle a opéré une semaine plus tôt et que sa maîtresse n'est jamais revenu chercher. Depuis, elle a effectivement appris qu'elle avait disparue et voilà qu'elle se retrouvait avec ce malheureux furet dans cette clinique. Son patron voulait qu'elle le rende à la famille de la disparue, mais ceux-ci n'en voulaient pas. Elle n'allait tout de même pas l'abandonner ? Certainement pas. Comment son cœur si tendre pourrait le supporter ?
Moira réalisait que ses soucis pouvaient être bien dérisoires comparés à d'autres, ce qu'elle n'aurait aucune difficulté à admettre et ne prendrait surtout pas le risque de le discuter. Dans quel cas aurait-elle discuté quoi que ce soit ?

Un instant elle continue son avancée, et l'instant d'après elle s'immobilise abruptement. Il lui suffit d'un regard pour deviner la silhouette du géant Mendelsohn, même avachi de tout son long contre ce banc. Et aussitôt, c'est automatique, son cœur bat un peu plus irrégulièrement. Elle se mange un instant la lèvre en le détaillant d'un regard. Bien sûr, si elle pouvait être aperçue par lui, elle ne se serait jamais permis de l'observer ainsi, mais Nash semblait comme endormi. Et puisqu'il ne la voit pas, Moira peut aussi se permettre d'hésiter longuement sur place : ose-t-elle l'aborder ? Car l'aborder signifie le tirer de son sommeil, mais également se confronter à son regard. Et la jeune femme ne s'est jamais autant souciée d'un regard que lorsqu'il s'agit de celui de Nash. Il lui faudrait aussi faire la conversation, un art qui n'est pas particulièrement le sien, surtout lorsque son interlocuteur est cet homme. C'est qu'il ne serait pas improbable qu'elle perde ses moyens, Mo. Lui qu'elle a tant aimé, lui qu'elle a tant fantasmé, lui qu'elle aime et qu'elle fantasme encore aujourd'hui. Lui si nonchalant, et elle tant à fleur de peau. Comment ne pas perdre ses moyens face à autant d'assurance, elle qui n'en a pas même l'ombre ? Et puis tant pis, elle prend le risque. Cela fait bien trop longtemps qu'elle ne l'a pris, bien trop longtemps qu'elle ne lui a pas parlé. Elle prend néanmoins son temps pour parvenir à sa hauteur, tout en essayant de marcher sans trop faire de bruit à son approche – comme si elle ne s'apprêtait pas à le déranger. Enfin, elle se penche et l'interpelle de sa voix par la plus grande des banalités.
- Nash ? Tout va bien ? Il faut dire qu'elle est réellement inquiète pour lui. Les gens qui dorment généralement sur des bancs publics sont dans une mauvaise passe, non ? Du moins, c'est ce que la naïve Moira pense. Mais si elle est étonnée de le surprendre ici, pourquoi n'était-elle pas surprise de le voir tout court ? Comment savait-elle qu'il ne faisait partie de ces fameux 2% ? Parce qu'elle s'en était d'ores et déjà assurée à son insu. Une fois certaine que sa famille était au complet, elle n'avait pas manqué de vérifier que son crush d'adolescente était toujours parmi eux. Ce n'était pas la première fois qu'elle l'espionnait, et cela ne serait certainement pas la dernière. Oserait-elle le toucher pour mieux lui faire retrouver les affres de la réalité ? Un instant elle tend sa main hésitante, s'approche lentement de son épaule, pour mieux la rapatrier aussitôt près d'elle. Non, elle n'ose pas. Initier un contact physique avec Nash ? C'est qu'elle en serait dans tous ses états. Et puis elle ne voudrait pas profiter de son évidente inconscience. Par contre, elle se penche et s'approche toujours plus de lui jusqu'à initier une troublante proximité. Et puis elle insiste Moira, ce qui ne lui ressemble que trop peu.
- Nash ?

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MessageSujet: Re: you can never really know what goes on inside someone else’s heart   Jeu 13 Juil 2017 - 20:07

Il n’était pas rare qu’il se retrouve dans ce genre de situation, surtout lorsqu’il était pris d’une frénésie irrépressible. Alors, plus rien n’arrêtait Nash. Il n’était pas rationnel. Jamais. Il était prisonnier de ses impulsions et celles-ci pouvaient s’avérer une délivrance mais aussi, et plus souvent, un calvaire. Dans ces moments-là, Nash se remémorait avec aigreur les souvenirs qui l’assaillaient, il les considérait avec un rictus méprisant et feignait de ne plus rien se rappeler si par malheur quelqu’un essayait de faire remonter à la surface ses frasques. Quelles seraient celles de la veille ? Pour qu’il se retrouve comme ça, avachi sur un banc, il fallait que ça ait été une sacrée soirée et sacrée soirée rimait rarement avec fierté. Il savait pourtant comment il était, il avait parfaitement conscience de ses travers mais au lieu d’essayer d’y remédier, Nash les maudissait avec aigreur. Et il maudissait au centuple les faibles d’esprit qui se fatiguaient à tenter d’entrer dans la comédie, qui saupoudraient leurs conversations de ‘hein, Nash ? tu te souviens de la fois où ?’, le genre de poudre de perlimpinpin qui leur valait juste un regard meurtrier du principal intéressé et qui faisait décroitre leur remarque en un balbutiement pathétique. Le jeune homme ne savait pas pourquoi il s’entourait de types aussi cons et ignorants, insipides et qui ne lui inspiraient rien d’autre qu’une irritation aussi vive que palpable. Mais voilà, il avait visiblement dû retomber dans ces vices la veille, sinon comment expliquer que le grand échalas soit dans cet état-là, vautré comme n’importe quel alcoolique, qu’on pourrait méprendre pour un clochard s’il n’avait pas ce look des grands jours ou des grands soirs : une chemise bien ajustée, bien que froissée, à présent, et une veste plus habillée. Pour le moment, Nash ne pourrait pas se le demander, en tout cas, son esprit étant encore perdu dans les limbes d’un sommeil sans rêves, un brouillard épais qu’aucune lumière ne parvenait à découper et dans lequel il lui semblait errer depuis la nuit des temps. C’était ça, le pire : Nash ne trouvait jamais vraiment le repos, son cerveau ne parvenait jamais à s’éteindre, même un tout petit peu. Cela le rendait soit d’humeur massacrante soit à pulvériser les autres de son arrogance colorée. Il n’y avait pas de demi-teinte avec Nash Mendelsohn et tous ceux qui le connaissaient assez savaient qu’il valait mieux se méfier de ses silences ou de son regard trop pesant s’il s’arrêtait sur eux. Tous, ou presque. Parce qu’il fallait bien une exception pour confirmer la règle et celle-ci venait de l’apercevoir. N’importe quelle âme charitable aurait volontiers conseillé à la demoiselle de passer son chemin, de ne surtout pas approcher le tigre endormi dont le souffle soulevait et affaissait la poitrine et dont le visage était enfoui dans le pli du coude, vague tentative, sûrement, d’échapper à la clarté de l’aube. D’aucun lui aurait soufflé qu’il ne valait mieux pas le réveiller, sous peine de s’attirer ses foudres parce que, sans vouloir épiloguer… la veille au soir avait été terrible, Nash Mendelsohn avait été dans une forme terrible et nombreuses avaient été les victimes de ses mots, mitraillés par le dédain qu’il leur témoignait, avilis par le regard de pierre qui s’était accroché à eux, les faisant couler instantanément. Nash ne se souviendrait probablement pas du quart de ce qu’il avait pu dire mais, assurément, quelqu’un dans l’assistance serait assez bête pour l’évoquer. Quant à savoir ce que Moira pouvait trouver à l’ignoble jeune homme, cela restait un mystère entier.
Mais là où l’esprit embrumé de Nash ne laissait aucune chance à la lumière de percer, il permit à la voix douce et incertaine de s’enfoncer dans le brouillard léthargique. Elle caressa la conscience endormie du jeune homme et pénétra celle-ci, comme l’eau imbiberait l’éponge. Elle se faufila et vint souffler contre cette paroi invisible qui sépare le dormeur de l’éveillé et qui fit émerger Nash de sa torpeur sans pour autant l’en tirer d’un coup sec qui l’aurait fait sursauter. Par contre, c’est la douleur qui l’accueillit, comme si elle se réveillait en même temps que lui, lancinante, telle une lame qui s’enfoncerait dans son crâne en perçant les tempes. Elle lui vrilla le crâne et Nash n’aspira plus qu’à une chose : retourner dans ce trou béant où sa conscience se volatilisait, il préférait errer dans l’obscurité plutôt que de subir les symptômes d’une gueule de bois carabinée. Mais la voix prononça à nouveau son prénom, à peine murmuré et Nash émit un long soupir chargé de lassitude. Il revint lentement à lui et écarta prudemment son bras, plissant les paupières pour voir qui était son tortionnaire, qui osait le tirer vers la lumière plutôt que de le laisser cuver la vodka et dieu sait quel autre alcool dont il s’était imbibé la veille, bien décidé à l’envoyer paitre d’un ton bien senti. Mais son regard tomba sur un visage de petite souris inoffensive et il fronça douloureusement les sourcils avant de laisser retomber sa tête et son bras avec un nouveau soupir.
- Qu’est-ce que tu veux, Coccinelle ? marmonna-t-il, la bouche pâteuse en repliant ses jambes interminables, se doutant bien que le sommeil s’était envolé et ne reviendrait pas le cueillir de sitôt. Quelle heure est-il ?
Tard, sûrement. Il aurait déjà dû être rentré mais il doutait que sa chère et tendre s’inquiète de son absence. Surtout ces derniers temps, alors qu’ils se chamaillaient encore plus qu’à l’accoutumée, eux, les as du conflit et des engueulades. Sarah devait être ravie de ne pas l’avoir dans les pieds, peut-être espérait-elle-même qu’il ne revienne jamais ? Ça ne l’aurait pas surpris, en tout cas.
- Tu vois mon paquet de clopes, quelque part ? demanda-t-il en tendant le bras pour désigner le sol autour du banc, frôlant la jambe de Moira par inadvertance. Je ne sais pas ce que j’en ai foutu.
Mais il rêvait d’une cigarette, là, tout de suite, pour calmer la migraine qui creusait son nid dans sa cervelle et faire disparaitre ce goût atroce qu’il avait dans la bouche.

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Moira Reed

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MessageSujet: Re: you can never really know what goes on inside someone else’s heart   Mer 25 Oct 2017 - 12:15

Moira n'en revient pas de sa chance : si c'est vrai que la jeune femme se contente de peu pour avoir le cœur léger, retrouver par hasard Nash sur son chemin n'a rien d'un peu duquel se contenter, mais tout d'une chance précieuse à ravir. Pourtant, son cœur n'a jamais rien de si léger en présence de Nicholas Mendelsohn, lorsqu'il tambourine irrégulièrement contre les parois de sa cage thoracique, comme pour demander à s'échapper pour mieux s'échouer aux pieds du jeune homme en guise d'offrande. Mais par peur de le voir piétiné, elle contient et réprime les folies de son muscle. Après tout, qu'en aurait-il à faire, de ce cœur ? Cela est déjà bien assez suffisant qu'il ait à se tordre le cou pour la regarder, là en bas, toutes les fois où leurs chemins se croisent. Car Mo n'a jamais demandé ou eu le réel espoir d'être un jour son amante ou sa petite-amie, elle n'en demanderait pas tant. A la place de ça, elle a toujours su se contenter et même se ravir de n'être qu'une connaissance qui gravite autour de lui comme une planète autour de son Soleil, cet astre précieux qui lui procure vie et chaleur. Ça, pour la chaleur, elle ne manque pas d'en avoir les joues qui rougissent à chaque fois. Mais si elle n'ose nourrir l'espoir d'être plus qu'une connaissance pour Nash, cela ne l'empêche pas, bien évidemment, d'oser le rêvasser de temps à autres. Ces songes ne sont connus que d'elle – et parfois aussi de son carnet intime – mais pourtant elle n'ose pas toujours le rêver, peut-être par manque de probabilité, mais aussi parce qu'il l'intimide. Moira pourrait s'imaginer courageuse dans ces rêves, mais pour ça, il faudrait qu'elle le soit, courageuse. Alors à défaut d'oser le demander, et parfois même de le rêver, elle s'en tient seulement à étudier le moindre de ses gestes, de ses traits mués par ses réactions, à retenir par cœur le moindre des mots qu'il lui adresse lors de leurs rencontres, mais aussi à se rappeler les rencontres passées généreusement détaillées entre les pages de son carnet. Seulement, oui, et pourtant c'est déjà bien assez. Car, toujours, elle n'en demande pas davantage, elle se contente de peu. Peu, c'est d'ores et déjà tout auprès de Nash.

Lorsqu'il écarte son bras pour tout signe d'avoir échappé à ceux de Morphée, elle sursaute, non sans se montrer prévisible. C'est qu'elle s'empresse de réinstaurer une proximité plus respectable, moins troublante, que celle à laquelle elle s'était risquée. Elle s'en serait presque excusée, d'avoir osé. Mais elle devrait plutôt s'excuser de l'avoir réveillé, de l'avoir dérangé, lorsque ses sourcils sont froncés et qu'il soupire à nouveau. Car Moira ne peut mettre ça sur le compte des affres du réveil, non, cela en va nécessairement de sa responsabilité. Qu'est-ce qui lui a pris au juste ? Elle se le demande bien, lorsqu'elle évite systématiquement toute situation qui l'amène à déranger quiconque de sa présence. C'est d'ailleurs pourquoi elle aborde quotidiennement si peu de monde, lorsque aborder revient à déranger dès lors qu'elle est concernée.
- Moi ? Oui, elle. Qui d'autre ? Oh, euh, rien. Je passais juste par là, et je t'ai aperçu. Et forcément, elle a voulu s'accaparer un peu de son temps, donc finalement elle veut bel et bien quelque chose. Est-elle la seule à se trouver d'un profond ennui ? Il est midi. Enfin, midi cinq. Doit-elle aussi lui préciser les secondes ? Et lorsqu'il vient à frôler sa jambe en s'enquérant de son paquet de cigarettes, la jeune femme ne peut s'empêcher d'avoir le réflexe instantané de s'écarter, non pas pour prendre du recul afin de trouver ses cigarettes, mais pour ne pas importuner les allées-et-venues de sa main par sa proximité. Et puis peut-être aussi parce que ce frôlement insignifiant pour d'autres, ne l'est pas tant pour elle et provoque un émoi qu'elle ne voudrait pas trahir. Comme toujours, il lui suffit de peu. Euh, oui, bien sûr. Moira s'accroupit alors, et ne tarde guère à trouver le paquet égaré. Là, il est là, dit-elle avant de se redresser et de le lui tendre. Une fois sa main libérée de sa trouvaille, elle vient à replacer une mèche de cheveux derrière son oreille et se demande si elle doit s'éterniser plus longtemps. Cependant, il aurait été étonnant de la voir partir si tôt. Il s'agit de Nash, après tout. Je ne voulais pas te réveiller, je croyais que... Tout va bien alors ? Bien sûr que tout va bien, Moira est seulement si insipide que la première hypothèse qui lui est venue à l'esprit n'était pas que la veille il avait fait la fête jusqu'à ne plus être capable de retourner chez lui, mais plutôt qu'il était nécessairement dans une mauvaise passe. Car c'est bien ce qu'il s'est passé ? C'est la raison de sa présence sur ce banc, non ? Moira tente alors de se saisir avec désinvolture de ce prétexte pour faire la conversation, comme une grande personne, mais la désinvolture et elle n'ont jamais fait qu'un. Alors, sacrée soirée hier soir ? Je connais ça ! Ou pas vraiment. Ou pas du tout. Comme si souvent, la vétérinaire essaye de se faire passer pour ce qu'elle n'est pas auprès de ceux qu'elle voudrait impressionner, mais qui pense-t-elle berner un seul instant ? Enfin, tu- netesenspasobligédem'enparlersituneveuxpas, qu'elle prononce à la vitesse de l'éclair. Comme s'il s'agissait d'un secret d'Etat. Comme s'il pouvait se sentir obligé envers elle. En tout cas, elle ne peut s'empêcher d'attarder un instant son attention sur son attitude : son assurance est si peu fragilisée qu'il n'est même pas ne serait-ce que troublé que quelqu'un l'ait trouvé dans cet état, avachi, sur ce banc public. A sa place, elle en aurait été mortifiée. Non pas que Nash devrait l'être, c'est elle le problème, pas lui. C'est qu'elle prend tout trop à cœur, surtout le regard des autres. Parfois, souvent, très souvent, elle se dit qu'elle devrait prendre exemple sur lui, parce qu'il a tout d'un modèle, mais en vérité elle se contenterait aisément de l'admirer plutôt que de s'inspirer de lui. Car pour être contemplative, Moira sait y faire, il s'agit même de sa spécialité. Ça, et le regarder avec avidité, ce dont elle ne se prive pas alors qu'il s'intéresse davantage à son paquet de cigarettes qu'à elle.

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MessageSujet: Re: you can never really know what goes on inside someone else’s heart   Mar 28 Nov 2017 - 20:10

Oh, il savait qu’il n’avait pas fière allure, avec sa chemise froissée et sa veste qui trahissait ses exploits nocturnes. Mais si Nash avait dû se soucier un jour de ce qu’on pouvait penser de lui, ça se saurait. Il prenait même un malin plaisir à démontrer à tous que leurs regards désapprobateurs et leurs moues dédaigneuses ne l’atteignaient pas pour un sou et se faisait plus démonstratif, encore, qu’il ne l’était d’accoutumée. Qu’ils osent lui faire la moindre réflexion, tiens, semblait dire son attitude, et ils verraient de quel bois il se chauffait. Pire encore, il les défiait du regard, n’attendant qu’une lueur aussi brève que factice pour sauter à la gorge du malheureux qui aurait eu la mauvaise idée de le chercher ce soir. Nash ne tenait pas à être apprécié et ne faisait rien pour non plus. S’il n’y avait clairement pas la même provocation à ce moment précis, c’était surtout parce qu’il n’en avait pas l’énergie, ayant usé celle qu’il avait la veille, pas parce qu’il aurait souhaité amadouer la demoiselle. Il ne l’appelait par de doux surnoms que parce qu’il oubliait à chaque fois son identité, quand bien même elle s’était imprimée, d’une manière ou d’une autre, dans un coin de son esprit. Oui, il reconnaissait la jeune femme mais ça se bornait à ça, elle était bien trop discrète pour s’être fait davantage de place dans la mémoire sélective de Nash. Mais après, c’était l’égoïsme qui le guidait, pourquoi aurait-il cherché à localiser sa première rencontre avec la coccinelle dans l’espace ou dans le temps ? Et, puisqu'il n'accordait son attention que brièvement et superficiellement, il ne se douta pas davantage de l'effet qu'il faisait à la jeune femme. Peut-être était-ce mieux ainsi car qui aurait pu prédire ce qu'aurait fait Nash de cette information? Imprévisible, le garçon pouvait être tout et son contraire, avec sa personnalité facétieuse qui déboussolait plus qu'elle ne charmait généralement. Alors, oui, la question était véritablement celle-ci: qu'est-ce que Moira Reed pouvait trouver à Nicholas Mendelsohn? Même lui aurait pu dire ces mots-là, d'un air goguenard et suffisant.
Il ne remarqua dès lors pas l'écart qu'elle instaura entre eux lorsqu'il l'effleura plus ou moins consciemment. Le cerveau martyrisé par la migraine foudroyante, il n'aspirait qu'à s'encrasser les poumons pour retrouver un semblant de vie, se doutant bien que les prochaines heures seraient un enfer sur Terre et qu'il n'avait qu'à s'en prendre à lui-même, comme toujours.
- Je vois, marmonna-t-il vaguement.
La jeune femme lui indiqua l'heure et un nouveau soupir vint gonfler la poitrine de Nash. Décidément, c'était pire que ce qu'il pensait. Enfin, pire, tout était relatif. Qu'il soit midi, huit heures du matin ou trois heures de l'après-midi n'y changeait pas grand-chose, finalement. Seule l'humeur de Sarah pourrait être plus ou moins massacrante, selon si elle s'était attendue à le voir apparaitre à un moment ou un autre ou si elle avait vaqué à ses occupations sans se soucier de son état et de l'endroit où il pouvait être. Quelle que soit la situation, cela terminerait en pugilat et il n'avait aucunement hâte de se faire bassiner les oreilles par sa petite amie.
Nash tendit la main lorsque la demoiselle annonça l'avoir trouvé et referma les doigts sur le paquet avant de se redresser péniblement sur un coude pour allumer une cigarette amochée - elle ressemblait à un os brisé en son milieu mais ne paraissait pas sur le point de rompre et c'était le principal.
- Merci, Papillon, lâcha-t-il avant d'insérer la cigarette entre ses lèvres et de tâter ses poches en quête de son briquet.
Il finit toutefois par s'asseoir et jeta un regard vide à la demoiselle qui avait repris la parole. L'extrémité de sa clope se mit à se consumer et il tira longuement dessus en dévisageant son interlocutrice, un air un peu moqueur clairement affiché sur ses traits:
- C'est quoi ton nom, encore? demanda-t-il en ignorant royalement sa question.
Maintenant qu'il était un peu plus réveillé, l'esprit si pas alerte, au moins dégagé des brumes de l'alcool, son intérêt pour la demoiselle se focalisa et il l'observa sans retenue. Ce n'était clairement pas le genre de filles qui l'abordait en temps normal et il avait surtout l'impression d'être le grand méchant loup face au petit chaperon rouge. Un sourire narquois arqua les lèvres du jeune Mendelsohn et il ne cacha pas sa moue dubitative et peu convaincue à l'entente d'une telle exclamation.
- Ouais, sacrée soirée, se contenta-t-il de répondre, sans la moindre intention d'épiloguer sur le sujet.
Il doutait qu'elle ait été présente, elle n'était sûrement pas du genre à fréquenter les endroits qu'il écumait au milieu de la nuit.
La bouche pâteuse, il expira longuement la fumée par les narines et émit un petit rire lorsque son interlocutrice déblatéra à une telle vitesse qu'il n'en comprit pas un traitre mot.
- Je peux avoir ton téléphone? demanda-t-il plutôt, sans préambule, avant d'ajouter, histoire qu'elle ne se méprenne pas. Je voudrais appeler le mien. Je ne sais pas où je l'ai foutu, il est peut-être tombé quelque part dans le coin.
Ah, il avait de la gueule, c'était certain. Froissé, ébouriffé, empestant probablement l'alcool à dix mètres et les yeux injectés de sang. Mais il n'avait jamais fait le moindre effort pour qui que ce soit et, de toutes façons, Moira ne semblait pas perturbée outre mesure par son état déplorable.

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Moira Reed

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MessageSujet: Re: you can never really know what goes on inside someone else’s heart   Sam 9 Déc 2017 - 12:04

- De rien ! La vétérinaire ne peut pas laisser ces deux mots implicites, il fallait qu'elle le lui assure, qu'il ne l'a pas embêté le moins du monde, et qu'elle serait bien prête à lui chercher n'importe quoi d'autre ou à lui rendre tout autre service – bien que ces deux mots seuls ne font pas de miracle et ne témoignent pas d'autant de détails pour autant. Mais c'est une pensée qu'elle oublie vite, lorsqu'elle se retrouve bientôt obnubilée par ses lèvres tenant en otage cette cigarette abîmée, et ce n'est que lorsqu'il retrouve sa personne maladroite d'un regard qu'elle peine à soutenir ce dernier alors que quelques secondes plus tôt encore, elle le dévorait pourtant des yeux comme un déshydraté s'abreuverait de quelques gouttes d'eau. Alors Nash peut bien être en piteux état pour bien d'autres, pour elle il reste l'homme dont elle a toujours été secrètement amoureuse, le seul qu'elle embrasse d'un regard gourmand lorsqu'il ne peut la voir.
Heureusement pour elle, elle est indifférente à la moue moqueuse qui est bientôt celle du jeune homme parce qu'elle n'a pas su la voir, lorsqu'elle serait bien incapable de prêter ce genre d'attitude à son Nash, celui qu'elle a fantasmé au lieu de s'être risqué à davantage le connaître. Son Nash à elle, est alors un mélange de réalité et de chimères, et elle a seule le privilège de son existence. Mais elle ne peut pas dire qu'elle existe pour lui de toute évidence, alors qu'il lui demande de lui rappeler son identité. Elle n'a jamais demandé à ce qu'il la connaisse par cœur, après tout qui serait-elle pour prétendre laisser une trace mémorable sur quiconque ? Pourtant elle n'en reste pas moins prise de court par ces quelques mots achevés d'un point d'interrogation, et si lui n'a pas pris la peine de répondre à sa question qu'elle a de toute façon déjà oublié, elle est pour autant bien incapable de faire de même.
- C'est Mo- Moira. Moira Reed. Euh- on habitait la même rue, nos... parents habitaient la même rue, et on... était souvent dans la même classe. Mais on a jamais vraiment été... amis. Nash ne lui a peut-être pas demandé ces précisions-là, mais elle devance cette éventualité et érige une barricade d'indices pour mieux se protéger de son éventuelle ignorance. Car qu'est-ce qui lui dit qu'il se souvient d'elle rien qu'un peu ? Rien de cet échange ne lui a assuré le contraire jusqu'à présent, et ça, elle préfère ne pas le savoir lorsque ça ne ferait que renforcer son sentiment de ridicule à aimer un homme qui ne se rappelle pas même qu'elle existe. Pourtant, ne se contente-t-elle pas de vivre avec ses rêveries et ses fantasmes pour seule compagnie ? Elle n'a jamais eu un jour l'ambition de le faire s'intéresser à elle, alors pourquoi se peinerait-elle de ne pas se trouver dans un seul souvenir du jeune homme ? Parce que même si son manque de confiance en elle l'a toujours empêché d'oser espérer s'attirer les faveurs de cet homme trop grand pour elle, elle se plaît par contre à penser qu'elle a un semblant de relation avec lui, qu'ils sont de vagues connaissances, et Moira peut vivre avec ça si seulement Nash ne le lui enlève pas en lui avouant qu'il ne se rappelle pas d'elle. Qu'est-ce que tu deviens alors ? Son malaise grandissant l'a poussé à ne pas laisser le silence s'installer et elle regrette aussitôt sa question hasardeuse lorsque ce n'est pas non plus comme s'ils ne s'étaient jamais revus depuis la fin des années lycéennes et qu'elle l'a même croisé pas plus tard que trois mois plus tôt, si bien que cette fois-ci elle a l'espoir qu'il ne s'en souvienne pas pour qu'ainsi il ne mesure pas la sottise de sa question.
Pendant ce temps-là, c'est à son tour d'être la proie d'une attention minutieuse de sa part, et elle ne sait plus que faire d'elle lorsqu'il la dévisage longuement ainsi. C'est qu'elle n'envisage pas un seul instant qu'il puisse apprécier ce qu'il voit, lorsque tout ce qu'elle a en tête ce sont ses défauts et ses petits complexes, si bien qu'elle s'efforce de se mordre les lèvres pour au moins cacher le bouton qu'elle a découvert au coin de celles-ci ce matin. Elle voudrait bien pouvoir se transformer en mannequin le temps de quelques secondes et gagner au moins vingt centimètres supplémentaires, mais à la place de ça elle se perd en gestes vains pour mieux trahir son malaise : un instant elle rive son regard au sol tout en replaçant une mèche de cheveux qu'elle a déjà dompté quelques secondes plus tôt derrière son oreille, l'instant d'après elle réfugie cette main dans sa poche et retrouve son regard qui lui fait l'effet d'une décharge électrique si bien qu'elle prête ensuite une attention étonnante au bout de ses chaussures, et sa main se libère déjà de sa poche afin de s'appuyer sur sa hanche, et tout ceci elle l'a fait en balançant son poids d'un pied sur l'autre tout le long durant.
Heureusement pour le bien de son palpitant et de ses joues qui menacent de rougir, Moira voit son vœu de quelques instants plus tôt s'exaucer alors qu'elle peut à nouveau lui être d'un moindre secours, et elle a déjà extirpé son portable de sa poche lorsqu'il vient à lui préciser pourquoi il en aurait le besoin et il lui confirme ainsi qu'il cherche seulement à joindre quelqu'un (ou en l'occurrence lui-même) lorsqu'il ne serait pas venu un seul instant à l'esprit de la demoiselle qu'il puisse avoir l'intention de vouloir plutôt lui donner son numéro de téléphone à elle.
- Oui bien sûr, tiens. Déjà, elle l'a débloqué pour le lui tendre volontiers, mais ses gestes vont plus vite que ses pensées, et elle réalise avec appréhension qu'il allait ainsi apercevoir son fond d'écran : la photo d'une feuille d'écolier où sa maîtresse de l'époque lui avait demandé d'écrire son plus grand souhait pour cette nouvelle année 1997, et bien évidemment cet écolier répondait au doux nom de Nicholas Mendelsohn. Elle n'a pas l'audace pour autant d'arracher le portable des mains du jeune homme pour faire disparaître ce fond d'écran incriminant, si bien qu'elle tente aussitôt de se rassurer, car comment serait-il possible qu'il se souvienne de ces mots comme étant les siens et qu'il reconnaisse son écriture dans ces pattes de mouche ? Elle-même ne se souvient pas de ce qu'elle a écrit à cette époque où la jeunesse nous ampute de la majorité de nos souvenirs, et si elle sait ce que lui a écrit, ce n'est que parce qu'elle a subtilisé le papier froissé dans la poubelle deux décennies plus tôt et qu'elle le relit occasionnellement depuis. Et puis il faudrait aussi qu'il porte son attention sur ce fond d'écran, et elle ne veut pas croire qu'il lui prête ce genre d'attention-là, non, tout ce qu'il veut c'est faire sonner son téléphone pour le retrouver, et elle se fait un grand soucis pour rien encore une fois. Elle sait qu'elle n'aurait pas dû prendre le risque d'un tel fond d'écran malgré tout, mais comment aurait-elle pu anticiper qu'aujourd'hui son téléphone portable se retrouverait entre les mains précieuses de Nash Mendelsohn ?
Moira adresse un dernier regard d'appréhension à ce portable dans ses mains, et elle se contraint à le quitter des yeux pour mieux s'accroupir et espérer voir son portable traîner dans le coin. Bientôt, elle finit par ne plus faire un geste dans l'espoir d'entendre cette sonnerie qui lui permettrait de récupérer aussitôt son propre portable.

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MessageSujet: Re: you can never really know what goes on inside someone else’s heart   Ven 29 Déc 2017 - 11:48

Pendant une fraction de seconde, il traversa bien l’esprit de Nash que, si la jeune femme était encore là, c’était uniquement par bonté d’âme. Ou qu’elle avait pitié de lui, en gros. L’idée, saugrenue, s’échappa aussi vite qu’elle était venue pour la bonne et simple raison que, même si c’avait été le cas, il s’en contrefoutait. La pitié, le mépris, c’était du pareil au même. Ce que pensaient les autres ne l’intéressait pas et ne l’effleurait même pas. Il aurait pu, par contre, se douter que sa présence avait peut-être un but, qu’elle pouvait trouver un avantage à lui tenir compagnie. Lequel, cependant, il ne chercha pas à le deviner. Parce qu’il n’en avait de nouveau rien à faire et, surtout, parce qu’il n’était pas en état de le faire et si la première bouffée de nicotine lui fut d’un certain réconfort, elle ne le soulagea pourtant en rien. Il avait dû sacrément abuser pour avoir le crâne dans un étau pareil et si, en plus, il avait paumé son téléphone, ce serait le pompon. On aurait pu croire qu’il s’assagirait, un jour, qu’il se dirait que c’était bien la dernière cuite qu’il prenait mais jamais ces mots-là ne s’étaient échappés des lèvres moqueuses du jeune Mendelsohn et ce n’était pas aujourd’hui que cela allait commencer. Il était même capable de recommencer le soir même, en fonction de comment la journée se passerait. Si Sarah lui tapait sur le système, il ne réfléchirait en tout cas pas à deux fois et attraperait ses clés pour disparaitre dans la nuit sans lui indiquer où il allait – non pas qu’elle le lui ait un jour demandé, d’ailleurs.
Parfois, il se demandait ce qu’il fichait avec elle, leur couple étant loin d’être un modèle de stabilité, encore moins d’amour, même vache. Ils étaient plutôt comme deux adversaires qui s’affrontaient pour tout et n’importe quoi – mais surtout n’importe quoi. Lui, il y trouvait tout de même son compte, sinon il l’aurait larguée depuis belle lurette, mais elle ? Ce qu’elle fabriquait avec lui, Nash l’ignorait et ne lui posait que rarement la question, généralement, quand ils s’engueulaient âprement et, qu’excédé, il lui balançait qu’elle n’avait qu’à se barrer si ça ne lui plaisait pas. Etrangement, elle ne l’avait jamais fait. Elle devait sacrément être désespérée, se disait-il parfois. Ou bien elle était dérangée. Qui sait ce que ça pouvait lui avoir fait, cette histoire qui lui était arrivée lorsqu’elle était au lycée. De ça non plus, ils ne parlaient jamais et ça n’était pas Nash qui allait l’y pousser.  
Nash plissa les paupières en l’écoutant se présenter et poser les bases de leur passé commun. Il tenta bien de fendre le brouillard de sa gueule de bois pour se rappeler la rue où il avait vécu et où ils étaient censés s’être connus mais sa jeunesse était une période à laquelle il n’aimait pas particulièrement penser et il abandonna donc vite l’effort.
- Ah, le lycée, lâcha-t-il d’un ton cynique. Je détestais ça. Désolé, j’étais stone la plupart du temps pour traverser cet enfer.
Pas étonnant, donc, qu’il n’ait aucune réminiscence de la demoiselle, bien qu’il doute qu’il en aurait eu, même sans l’état brumeux dans lequel il avait constamment été quand il était adolescent. Ça l’aidait à supporter ses parents et ses notes catastrophiques, en plus de sa santé mentale qui se détériorait déjà à l’époque. Ça, forcément, il ne l’évoqua pas. Il se contenta de fumer sa cigarette mal en point en se laissant aller contre le dossier du banc.
- Qu’est-ce que tu deviens, alors ?
La question lui extorqua un ricanement et il haussa les sourcils, comme s’il se le demandait lui-même et soupira en tapotant sa cigarette pour en débarrasser l’excédent de cendres. Qu’est-ce qu’il devenait, en effet ? Qu’avait-il fait depuis sa sortie du lycée ? Pas grand-chose. Rien de glorieux, en tout cas. Il enchainait les boulots dont il se faisait rapidement virer, il vivait avec sa copine avec laquelle il ne s’entendait pas, quatre-vingt pourcents du temps, il zonait, se droguait, buvait à outrance, finissait complètement torché sur un banc, dans un parc. Quel tableau idyllique, songea-t-il avec un haussement d’épaules :
- Je cherche ma voie, ironisa-t-il avant de reporter la cigarette à ses lèvres. Et toi ?
Non pas que la réponse l’intéressait vraiment mais puisqu’elle restait, probablement pour jouer la Mère Theresa, autant faire un effort. Il ne put s’empêcher de se délecter un peu du malaise qu’il créait en la dévisageant. Elle était apparemment aussi timide qu’elle le laissait paraitre et il ne s’étonna donc pas de n’avoir aucun souvenir d’elle de l’époque du lycée. Il doutait qu’elle aurait pu marquer son esprit, même si celui-ci n’avait pas été anesthésié par les joints qu’il fumait constamment à ce moment-là. Mais il apprécia sa serviabilité actuelle, le fait qu’elle ne témoigne aucun dédain à son égard (après tout, il ne s’en serait pas étonné, surtout si elle le connaissait de si longue date, elle devait savoir, depuis le temps, qu’il n’était qu’un bon à rien) et l’empressement avec lequel elle lui prêta son téléphone.
- Merci, lâcha-t-il distraitement en acceptant l’appareil.
Il encoda rapidement son numéro, prêtant qu’une attention fugace au fond d’écran – une feuille d’écolier noircie d’une écriture enfantine et qu’il associa, par réflexe, à un trésor qu’elle avait peut-être reçu de son neveu ou de son petit frère, voire de son gosse, si elle en avait un. Le lien évident au microcosme scolaire le poussa à ne pas s’éterniser sur ce détail et il appuya sur la touche appel avant de porter le téléphone à son oreille.
- Ah, ça sonne, c’est bon signe, dit-il avec un demi-sourire.
Au moins la batterie n’était-elle pas décédée au cours de la nuit, ce qui aurait rendu la quête de son bien impossible. Au bout de quelques secondes, la sonnerie caractéristique brisa le silence et Nash se leva, le téléphone de Moira toujours à la main, laissant la musique le guider jusqu’à ce qu’il trouve, à trois mètres de là, son iPhone miraculeusement sain et sauf. Coupant la communication, le jeune homme se pencha et ramassa son téléphone. Il le brandit ensuite comme s’il s’agissait d’une trouvaille victorieuse et revint vers la demoiselle.
- Pour une fois que je récupère toutes mes affaires. Je dis que ça se fête.
Nash semblait avoir momentanément oublié son état déplorable et la gueule de bois qui le faisait chanceler. À moins qu’il ait opté pour un remède efficace. Il rendit le téléphone à sa propriétaire et rangea le sien dans la poche de sa veste.
- Bon, j’imagine que t’as déjà pris ton petit déj’ mais ça te dit d’aller manger un truc ? dit-il en sortant son portefeuille pour compter l’argent qu’il lui restait et, découvrant qu’il avait bien assez pour nourrir une petite souris comme Moira, qui ne devait pas manger grand-chose, il ajouta : C’est moi qui offre. Pour te remercier.
De quoi ? De sa patience ? De son aide ? De sa douceur ? De ne pas l’avoir traité avec une once de mépris quand il avait l’air d’un saoulard ? Tout à la fois, peut-être. Ou alors il voulait juste de la compagnie. Ou alors il avait une faim de loup.
- Je connais un chouette endroit, pas loin. Allez, viens, je n’accepterai pas de refus à moins que t’aies une bonne excuse.
Il enroula son bras démesuré autour des épaules de la frêle demoiselle, comme pour ne pas lui laisser le choix, et il l’embarqua vers la sortie du parc.

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MessageSujet: Re: you can never really know what goes on inside someone else’s heart   Mer 10 Jan 2018 - 19:09

La jeune femme aimerait pouvoir lui répondre qu'elle aussi a détesté l'époque lycéenne comme tant d'entre eux, seulement pour être d'accord avec celui dont elle se languit secrètement, et aussi pour se donner de la personnalité, mais en vérité elle a toujours été bien incapable d'avoir l'aplomb nécessaire pour détester quoi que ce soit : Moira a le don de s'accommoder de tout ce qui lui sera imposé sans même se plaindre, pas seulement parce que c'est une éternelle optimiste, mais aussi parce qu'elle n'a pas spontanément cette force de caractère. C'est d'ailleurs sur ce dernier point qu'elle ne croit pas que c'est un trait de caractère (qui brille par son absence en l'occurrence) qu'elle doit mettre en valeur lorsque cela pourrait aisément faire naître l'ennui et l'exaspération, mais pour autant elle bien incapable de mentir et de prétendre se joindre à lui dans son aversion. Elle, avoir le cran de se faire bien voir d'anciens camarades de classe quitte à enjoliver la réalité ? Si elle peut parfois oser, ce n'est qu'avec maladresse et des résultats peu probants, si bien qu'elle ne tient pas à prendre ce risque avec quelqu'un d'aussi important que Nash Mendelsohn.
- Oui, que- qui n'a pas détesté cette époque ? C'est ce que Moira finit péniblement par répondre pour se donner coûte que coûte l'allure d'être capable de faire la conversation, mais elle aurait pu tout aussi bien s'abstenir d'une telle banalité sans saveur. Il faut toujours qu'elle parle trop, ou qu'en l'occurrence elle parle pour ne rien dire afin d'espérer camoufler son manque évident d'éloquence. Elle voit l'objet de ses désirs adolescents conforter son appui contre le banc tandis qu'elle ne peut que renforcer l'inconfort de son malaise dès qu'elle ouvre la bouche. D'ailleurs sa question, stupide elle n'en doute pas, provoque aussitôt un ricanement du jeune homme, et son cœur s'affole un peu plus de son incapacité à échapper autre chose que des idioties. Son sottise semble même avoir gagné le gros lot, lorsque c'est bientôt un haussement de sourcils, puis un soupir, qui accompagnent sa ricanerie. La jeune femme tente alors tant bien que mal de dissimuler son trouble, comme toujours en présence de Nash, mais décidément elle se dit qu'elle aurait mieux fait de se refuser à la tentation Mendelsohn et ainsi passer son chemin si c'est pour s'illustrer de la sorte.
- Je... je suis vétérinaire. Moira aimerait avoir plus de choses à dire à son sujet, non pas qu'elle voudrait se risquer à ennuyer l'attention que lui prête un instant Nash en lui détaillant les moindres facettes de son quotidien, mais elle souhaiterait tellement avoir de la matière pour espérer se rendre plus intéressante... seulement la vérité demeure qu'il n'y a bien que ça à préciser sur ce qu'elle a fait de sa vie : elle est devenue vétérinaire, oui, mais n'est ni mariée ou fiancée, ni mère, et elle vit toujours en colocation avec son frère. Sa bouche cherche pourtant à énoncer d'autres faits intéressants à son sujet, mais elle finit par rendre les armes et se refermer sur son silence éloquent. Le géant Mendelsohn doit à présent trouver la lilliputienne sans intérêt et de bien piètre compagnie, si ce n'était pas déjà le cas avant. Mo n'est, en effet, pas de celles à se consoler de l'énonciation de son quotidien peu palpitant en se disant qu'au moins, elle, elle a trouvé sa voie, contrairement à ce que dit le jeune homme de sa personne. Bien au contraire, celui-ci aura toujours sa place sur ce piédestal vertigineux quoiqu'il dise ou quoiqu'il fasse, et ce sans même qu'elle ait choisi de lui passer tout éventuel faux pas – ce n'est pas qu'elle a choisi d'avoir des étoiles plein les yeux à la vue de Nash, mais elle n'a jamais repoussé cette évidence une seule fois non plus, alors qu'elle a tant le goût d'être amoureuse de lui. La demoiselle ne serait pas capable d'autre chose, que d'aimer, excepté que celui qui lui fait face, elle l'aime beaucoup plus et moins innocemment que tous les autres.
L'objet de toute son attention lui dit ensuite merci pour ce portable qu'elle lui cède plus que volontiers, et elle se retient de justesse de ne pas se montrer redondante en échappant à nouveau un de rien, alors que pourtant il n'a effectivement aucune raison de la remercier lorsque c'est elle qui lui est si reconnaissante de lui donner l'opportunité de lui être d'un quelconque secours. Mais elle se tait cette fois-ci, ses lèvres se contentent de retenir ce surplus verbal, et bientôt elles esquissent un léger sourire alors qu'il a la bonne fortune d'entendre une sonnerie qui signifie que la batterie de son portable n'a pas rendu l'âme dans la nuit. Et ce sourire prend davantage ses aises quand il ne tarde pas à retrouver son téléphone, car si Moira serait incapable de vouloir la mésaventure de cette perte à qui que ce soit, elle le veut encore moins pour Nash. Elle se redresse alors lorsqu'il la rejoint en trois pas de géant, et les traits de son visage trahissent même bien trop d'entrain face à l'apparente satisfaction du jeune homme, et elle se rappelle bientôt qu'elle ne doit pas rendre si évident son intérêt pour sa personne. Encore une fois, elle anticipe avec trop de prudence d'éventuelles conséquences qui sont trop tirées par les cheveux pour être plausibles, mais il en reste qu'elle mord bientôt ses lèvres l'une contre l'autre pour tuer dans l'œuf son ravissement à une issue si favorable pour celui à qui elle ne souhaite que le meilleur. Ce n'est qu'un portable après tout, et la vétérinaire s'occupe bientôt à ranger elle aussi le sien dans sa poche après qu'il le ait rendu – et voici encore une fois la démonstration qu'elle craint trop aisément la pire des éventualités, lorsque Nash ne s'est effectivement pas troublé un seul instant de son fond d'écran comme l'aurait anticipé tout bon sens normalement constitué.
Pour la suite, Moira n'aurait pas su dire à quoi elle se serait attendue exactement, certainement à ce qu'il s'embarrasse de quelque forme pour se débarrasser de sa compagnie encombrante, si bien que pendant une demi-seconde elle trahit deux yeux ronds alors que ses oreilles l'entendent l'inviter à manger. Ceux-ci, comme le reste de son corps et de son esprit, sont effectivement incrédules quand elle voit ses mains prendre son portefeuille et compter son argent, et elle s'efforce de recomposer une expression faciale nonchalante (qu'elle n'a jamais eu et qu'elle n'aura jamais) au cas où ses yeux retrouveraient sa personne hébétée, mais c'est bientôt son bras qui lui offre le privilège de s'enrouler autour de ses épaules et l'entrainer dans son sillon. La candide met alors bien quelques instants à tenter de détendre la rigidité d'un corps et d'une démarche qui suivent sans rechigner le mouvement, mais qui restent figés par ce qui serait presque de l'ahurissement.
Peut-être devrait-elle clore ses paupières et les rouvrir sur une version plus probable de ce qu'est la réalité, ou même se pincer. Comment être certaine qu'il ne s'agit pas d'une énième de ses rêveries ? Ses fantasmes n'ont pourtant jamais été aussi délicieux que ce que le présent contact fait naître en elle – surtout qu'elle a rarement l'audace du toucher, même dans ses fantasmes. Elle réalise alors qu'elle n'a jamais été physiquement aussi proche de l'objet de toutes ses aspirations adolescentes, et elle n'a à présent que trop conscience que cela n'arriverait pas à nouveau, si bien qu'elle s'évertue à chérir chaque seconde du privilège de sa proximité.
Mais cet extatisme ne l'empêche pas déjà de redouter les silences qui en disent longs sur son incapacité à tenir une conversation digne d'intérêt, et elle s'efforce de se creuser vite les idées pour trouver une réponse digne de l'intérêt de Nash. C'est alors avec de grands yeux ravis qu'elle lève la tête pour le regarder, là-haut, tandis qu'elle essaye de se faire aussi minuscule que possible entre son bras pour ne pas l'importuner.
- Non je- je ne mange jamais beaucoup le matin. C'est faux, Moira s'offre chaque matin l'opulence d'un petit-déjeuner complet en compagnie de son frère, mais à cet instant elle dirait bien tout et n'importe quoi pour ne pas contrarier son invitation. Merci c'est gentil, mais tu n'as pas à... me remercier, tu n'es pas obligé... enfin c'est gentil, merci. Je... mange oui, ça m'arrive, avec plaisir. La demoiselle balbutie sa phrase autant qu'elle lui donne les allures de texte à trou, et elle pense enfin à arrêter de buter inutilement sur les mots pour reprendre plus posément. Ce- ça me fait penser, je ne sais pas si tu as vu, mais Nadia, Nadia Comer, el-elle était souvent dans notre classe aussi, et elle organise une soirée retrouvailles des anciens élèves le mois prochain. Tu... penses venir ? Car si le lycée c'était l'enfer, peut-être qu'il serait plus curieux de retrouver ses ex-compagnons de geôle ? Mais Moira redoute déjà d'avoir tout faux et d'avoir encore manqué une occasion de se taire.

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MessageSujet: Re: you can never really know what goes on inside someone else’s heart   Sam 27 Jan 2018 - 9:57

Le problème, Nash le savait, même s’il ne considérait pas que cela en était un : c’était son attitude désinvolte, indifférente. Il pouvait passer une soirée avec un type, agir avec lui comme si c’était son nouveau meilleur ami et s’amuser sincèrement puis l’oublier complètement le lendemain, et pas seulement parce que la gueule de bois s’était estompée. Nash ne s’investissait dans rien, ni dans son travail, ni dans sa famille, ni dans ce qui s’apparentait plus ou moins à de l’amitié. A vrai dire, sa relation la plus profonde se trouvait être celle avec Sarah et quand on voyait l’inconstance de celle-ci, il y avait de quoi secouer la tête d’un air accablé. Quel beau tableau il offrait là. Il ne fallait donc pas s’étonner s’il embarquait tout à coup un petit bout de femme sous son bras, petit bout de femme dont il n’avait par ailleurs aucun souvenir, un petit bout de femme qui n’était pas sa copine, pour l’emmener à un petit-déjeuner tardif ou un lunch un peu avancé. Il oublierait sûrement la chose dans quelques heures, lorsque l’alcool envahirait peut-être à nouveau ses veines, ou le lendemain, quand il aurait trouvé une nouvelle victime pour le subir. Ça ne voulait pas dire qu’il en appréciait moins le moment présent mais peut-être qu’il aurait mieux valu pour Moira qu’elle passe son chemin, ce matin-là, et n’éveille pas le grand échalas. Quelqu’un serait peut-être parti avec son téléphone ou un duo de flics l’aurait un peu bousculé pour lui dire de vider les lieux, qu’il y avait des familles qui souhaitaient passer un moment agréable sans voir une silhouette alanguie sur un banc, à l’évidence victime d’une déchéance de longue date. Au lieu de quoi, la demoiselle se retrouva prisonnière du bras nonchalant et des effluves d’alcool et de cigarette qui émanaient du grand corps qui s’appuyait un peu trop sur elle.
Nash écoutait à peine la petite voix qui lui répondait, parce qu’il n’avait pas la concentration suffisante en temps normal, déjà, mais surtout parce qu’il était dans un état déplorable. Une barre de fer s’enfonçait inlassablement dans son crâne, vrillant ses tempes, paralysant son esprit malade. Il aurait bien voulu prendre une bonne douche et se changer, ça n’aurait pas desserré l’étau mais il se serait au moins senti un peu mieux dans sa peau. Mais pour ça, il aurait fallu qu’il rentre, qu’il prenne le risque de croiser Sarah qui lui ferait des reproches ou, pire, qui ne dirait rien mais n’en laisserait pas moins le fil de sa pensée traverser ses beaux yeux bleus accusateurs. Nash ne savait pas ce qu’il détestait le plus : ses mots graves et piquants ou ses silences butés et pleins de jugements. Il ne voulait toutefois pas y penser, la douche attendrait, il avait une faim de loup et, par miracle, une compagnie qui ne lui cassait pas les couilles à essayer de lui prouver que son mode de vie dissolu devait prendre fin, qui ne laissait pas penser qu’il n’était qu’une épave irrécupérable et rien que pour ça, il avait envie de traiter le petit bout de femme comme une princesse.
Lorsque Moira lui avait dit qu’elle était vétérinaire, Nash avait laissé un flash furtif lui éclater devant les yeux : une chambre rose de gamine, une fillette de la taille d’une petite souris, cernée par des peluches, un stéthoscope à la main qu’elle appliquait sur leurs bustes poilus et auxquelles elle administrait des remèdes enfantins. Une image parfaitement ridicule que Nash chassa aussitôt, son cerveau anesthésié avait l’art de lui jouer de drôles de tours, parfois. La profession de son ancienne camarade de classe ne le surprit pas, toutefois, même s’il ne pouvait pas prétendre la connaitre pour pouvoir affirmer quoi que ce soit à sujet. Après tout, jusqu’à il y a quelques minutes, il ignorait encore jusqu’à son prénom et où ils avaient pu déjà se rencontrer. Il avait fallu que la demoiselle l’éclaire et il ne pouvait en réalité que se fier à ce qu’elle disait. Elle aurait pu inventer tout ce qu’elle voulait, Nash n’aurait pas été capable de mettre sa parole en doute. Mais il songea que le métier de vétérinaire allait bien à la jeune femme. Ça ou pédiatre ou n’importe quelle profession qui implique de prendre soin des autres avec douceur. Était-ce pour cette raison qu’elle prenait à cœur de s’assurer qu’il allait bien ? Evaluait-elle son état de santé en lui posant des questions anodines, pour s’assurer qu’elle ne devait pas l’emmener chez un médecin ? Mais il n’avait aucunement besoin de soins, il allait très bien, il avait simplement atrocement faim, là tout de suite et, comme toujours, Nash agit sur un coup de tête, sans se demander s’il n’y avait pas mieux à faire qu’aller dépenser ses derniers dollars et si Moira n’aspirait pas à retrouver quelqu’un d’autre, quelqu’un qui n’envahisse pas son périmètre direct, quelqu’un qui ne pue pas l’alcool et la nicotine.
Le jeune homme baissa un regard amusé, les lèvres arquées en un léger rictus, en entendant les balbutiements de sa compagne infortunée. Il tira une nouvelle bouffée à sa cigarette et émit un petit rire. Il se demanda une fraction de seconde quelle réaction elle aurait s’il se penchait subitement et plaquait ses lèvres sur les siennes, juste pour la faire taire ou pour la déstabiliser plus qu’elle ne semblait déjà l’être. Mais la pauvre se montrait si gentille avec lui qu’il ne voulait pas aggraver le malaise qu’il percevait déjà chez elle, peut-être parce qu’elle était timide, ou peut-être parce qu’elle connaissait son côté imprévisible. Le temps que la pensée fugace le traverse, Moira passa à un autre sujet et il mit quelques secondes à calibrer son attention embrumée sur le sens de ce qu’elle disait.
- Nadia Comer, répéta Nash d’un air dubitatif en portant sa cigarette à ses lèvres, essayant de mettre un visage sur ce nom, en vain. Non, je n’ai pas vu et je ne vois pas qui c’est, lâcha-t-il avec un haussement d’épaules avant d’ajouter sur un ton un peu cynique : J’ai pas reçu d’invitation, je crois que ça veut bien dire ce que ça veut dire.
Il n’était certainement pas le genre de mecs qu’on souhaitait convier à un petit rassemblement nostalgique. Quelles anecdotes aurait-il à évoquer ? Il n’avait gardé aucune amitié de l’époque et ne se rappelait pas avoir eu un groupe de camarades bien déterminé. Il réalisa, peut-être à cet instant-là, à quel point il avait finalement toujours été assez solitaire, même s’il avait un talent inné pour avoir l’air populaire en soirée. En réalité, il ne l’était pas, la preuve, il n’avait pas reçu de carton d’invitation.
- T'as hâte d'y aller, toi ? demanda-t-il, sur un ton équivoque, un peu railleur. Y a qui d’autre qui y va ?
Pourquoi posait-il la question quand il était fort probable que les noms mentionnés risquaient de lui être parfaitement inconnus ?
- Oh, non, laisse-moi deviner : ça n’est pas vraiment pour voir qui viendra mais qui ne viendra pas ? Pour voir qui fait partie des disparus ? Un nouveau moyen de pleurnicher, comme s’il n’y avait pas déjà assez de groupes de prières et autres associations d’entraide.
Était-il affreux en évoquant the departure avec autant de désinvolture ? A n’en pas douter, la pauvre Moira allait prendre un air effaré en entendant des paroles aussi grossières mais Nash imaginait sans mal la tournure que prendrait la soirée quand l’un ou l’autre demanderait si untel ou unetelle faisait partie de ceux que l’on appelait maintenant les missings. À n’en pas douter, s’il avait dû faire partie du lot, il n’aurait manqué à personne.
- De toute façon, je n’aime pas m’attarder sur le passé, encore moins sur le lycée, dit-il avec une moue dégoûtée avant d’ajouter, davantage dans un marmonnement à peine audible, pour lui-même : Et si c’est pour les voir tous exhiber leurs réussites, leurs gosses insupportables et leurs jobs de rêve, non merci.
Le pire, c’était que Nash n’était même pas jaloux mais il pressentait les jugements, les regards curieux, l’escalade des discussions pour prouver qui serait celui qui avait le mieux réussi, celui qui avait la plus belle femme ou regarder d’un œil méprisant les ratés comme Nash Mendelsohn. Non pas que le jeune homme en avait quoi que ce soit à foutre mais pourquoi irait-il volontairement se frotter à la lentille grossissante des regards scrutateurs ?
- T’aurais envie que je vienne, toi ? l’interrogea-t-il avec un sourire en coin, comme si c’était une question piège, alors qu’il tirait une dernière fois sur sa cigarette avant de jeter le mégot sur le trottoir au moment où ils sortaient du parc.

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MessageSujet: Re: you can never really know what goes on inside someone else’s heart   Mer 14 Fév 2018 - 13:56

Ce n'est pas moins qu'une douce euphorie qui menace et se joue de Moira Reed, elle qui est habituellement aussi paisible que prévisible. Mais incapable de seulement accepter la réalité pour ce qu'elle est (c'est-à-dire l'extrême privilège d'un contact physique qui s'éternise plus d'une demi-seconde avec Nash), elle ne peut que laisser son attention revenir sans cesse à l'être cher si proche : un instant elle se veut la détermination de ne pas constamment le dévorer des yeux, et l'instant d'après elle s'oublie dans sa chance et relève la tête pour retrouver d'un regard celui qui l'a toujours irrémédiablement attiré comme un papillon de nuit bat sans cesse des ailes autour d'une source de lumière. Elle a conscience que par bien des aspects elle n'est encore qu'une adolescente à l'imagination fertile, comme si elle était restée coincée à un âge pourtant ingrat pour beaucoup. Est-ce là l'impression qu'elle renvoie trop aisément à la moindre attention qui s'attarde sur sa personne ? Est-ce ainsi ce que peut penser Nash à cet instant même ? C'est un terrain bien trop glissant pour qu'elle s'y risque de quelques pensées, que de se demander ce que l'homme qui a toutes ses faveurs peut bien penser d'elle – surtout qu'en l'occurrence, elle voudrait qu'il ne pense rien d'elle, quand elle ne demande pas davantage que de pouvoir continuer à s'éprendre et rêvasser en silence.
Pourtant, à cet instant, le silence est loin d'être de mise alors qu'elle a même osé lancer de sa propre initiative un nouveau sujet de conversation, seulement motivé comme toujours par sa cruelle appréhension d'ennuyer quelqu'un de si important par son insignifiance.
- Nadia, el- elle avait toujours un mot gentil (que la naïveté de Mo n'a jamais su voir comme étant de l'hypocrisie travaillée), elle organisait souvent... tout genre d'évènements, et beaucoup de soirées chez ses parents surtout, les samedis soir. Non pas qu'elle y était nécessairement invitée – encore heureux pour son pauvre palpitant trop sensible à la moindre effervescence – bien qu'elle en avait à chaque fois eu ouïe, et sans son amitié avec Tess elle n'y aurait certainement jamais été invitée du tout. Mais plutôt que de s'appesantir sur des détails dont elle n'est pas certaine qu'il se soucie vraiment, elle a plutôt à cœur de lui donner aussitôt l'assurance qu'il n'est pas sciemment écarté de la soirée à venir lorsqu'elle ne voudrait surtout pas laisser qui que ce soit avec un éventuel sentiment de laissé-pour-compte, d'autant plus s'il est question de Nash qui lui tient plus à cœur encore. Il n'y a pas vraiment eu d'invitations, d'envoyées je veux dire, tout s'est fait sur facebook. Il y a un groupe, un évènement qui a été créé... Je ne crois pas que tu y sois, sur facebook je veux dire, c'est peut-être pour ça ? La vétérinaire ose un instant se rassurer de ne pas s'en être trop mal sorti pour expliquer sa mise à l'écart, elle espère toujours qu'il n'y verra aucun mal surtout alors qu'il lui demande si elle a hâte d'y aller, elle. Et en l'occurrence, elle est loin de percevoir le ton corrosif de son interrogation et la prend seulement pour ce qu'elle est : une question.
- Je- Elle ne saurait vraiment dire, si elle a hâte. Moira a tant le don de se laisser porter par l'initiative générale et suivre le mouvement qu'elle en oublie souvent de porter son attention sur ce dont elle aurait envie. Tout ce dont elle a constamment conscience, c'est ce qu'elle redoute, et elle ne veut pas être un frein aux envies des autres, bien au contraire elle aspire à les aider à les assouvir. Mais au-delà de ça, il en reste qu'en soi elle appréhende toute sortie en public de peur d'être mal vu ou de se faire remarquer : dès lors non, certainement que si elle était fidèle à elle-même avant tout, elle n'aurait pas vraiment envie d'y aller non plus. Si la jeune femme s'écoutait, elle en resterait à son trait casanier, un penchant qu'elle ose partager seule avec son frère, et elle ne sortirait pas hors des sentiers battus et confortables que sont son appartement, la demeure familiale, et son lieu de travail, car c'est seulement là, entourée de sa famille ou habillée de son métier de vétérinaire, qu'elle sait comment agir et ce qui est attendu d'elle, qui elle est. Oui, mais... Je n'en meurs p- pas d'envie non, mais je crois que je préfère regretter d'y être allé, plutôt que regretter de ne pas y être allé. Elle le croit, oui, parce qu'elle n'ose pas être sûre d'elle comme toujours. Pourtant, il est vrai qu'elle est plutôt connue pour sa passivité – bien que connue, elle ne l'est pas vraiment – et pour le coup elle s'étonne de son aveu, rien qu'une seconde seulement, alors que Nash provoque malgré lui une déferlante de pensées au détour d'une nouvelle question. Euh... si elle sait qui y va, oui bien sûr, elle pourrait même bien tous les citer tant Moira est de celles qui prêtent cette attention-là, mais elle n'est pas certaine qu'à l'inverse le jeune homme est de ceux qui se soucie vraiment d'avoir une liste complète et détaillée de ceux qui viennent pour plutôt s'en lasser sans tarder, et elle veut tout sauf le lasser. Attends... Une idée lui vient et elle opte aussitôt pour cette option où il est libre de la quantité d'identités dont il veut s'enquérir : elle ressort ainsi déjà son portable de sa poche, s'engage sur facebook et affiche la liste groupée de l'évènement, et enfin elle propose une nouvelle fois son téléphone aux mains de Nash pour lui laisser le soin de la faire défiler à la recherche de têtes connues.
Quand, ensuite, il émet une hypothèse qui n'a jamais traversé l'esprit de la demoiselle, celle-ci fait l'erreur d'ouvrir la bouche dans l'idée (toujours) de ne pas laisser un silence équivoque sur son manque de conversation s'installer mais, prise au dépourvu par une telle idée, elle a l'air bien idiote de sa bouche ronde qui peine à échapper un mot avant de, enfin, articuler le fond de sa pensée.
- Tu crois ? C'est que la vétérinaire ne saurait penser à mal, elle n'a jamais le réflexe de soupçonner de telles intentions, mais si Nash le dit, c'est que ce n'est pas nécessairement faux alors que ses grands yeux s'accrochent au géant dont elle ne saurait mettre en doute un seul instant les dires tant elle l'estime et le respecte. Tant et si bien qu'il pourrait bien lui raconter là, maintenant, que l'Australie a abandonné sa souveraineté nationale pour devenir le cinquante-et-unième État des États-Unis, et son premier réflexe ne serait pas aussitôt de penser à une énormité, dès lors que c'est lui qui la prononce. Je- je n'ai pas entendu parler de disparus jusqu'à présent en tout cas. Elle l'écoute ensuite, toujours, avec la plus grande attention, lorsqu'il évoque son désamour de l'époque lycéenne, et la petite souris ne manque pas même d'avoir l'ouïe assez fine – ou, plutôt, surtout une attention trop vorace des moindres mots ou réactions de Nicholas Mendelsohn – qu'elle entend même sa remarque sur une perspective qu'elle aussi a envisagé cette fois-ci, et qu'elle appréhende même avec férocité. Elle déglutit alors, et c'est certainement une nouvelle fois son irrépressible besoin d'entretenir la conversation qui lui donne le cran (bien qu'hésitant) à confesser son insécurité.
- Ça fait un peu peur oui. Je- suis juste vétérinaire et je n'ai rien de tout ça, que vont-ils penser... Mais pour autant, comment se résoudre à ne pas y aller ? Trop docile, trop conformiste, elle ferait trop aisément ce que l'on attend d'elle si seulement elle peut s'octroyer l'ombre d'une place au milieu des grands qui l'entourent. Présentement, c'est même un géant qui se trouve à ses côtés et auprès duquel elle voudrait plus que volontiers disparaître dans son ombre. Un géant, qui ne manque pas de la prendre une nouvelle fois au dépourvu et qui contraint toujours plus son palpitant à l'éréthisme à lui demander si elle aurait l'envie qu'il vienne. Cette fois-ci, la jeune femme ne manque pas de deviner la question piège, non pas qu'elle prête cette intention à Nash, mais plutôt qu'elle la sait piège en ayant conscience des réels sentiments qui la lie au jeune homme, et qu'elle ne voudrait surtout pas trahir une telle vérité : que c'est en tout temps, qu'elle le veut. Que répondre alors ? Et puis aussi, en quoi cela peut avoir de l'importance ce qu'elle peut vouloir, elle ?
- N- non, enfin pas si tu ne veux pas. C'est pareil pour les autres, si tu penses que tu n'y es pas invité – pour ne pas dire le bienvenu – qu'importe tu n'as pas à t'en inquiéter, si tu veux y aller t'y vas, si non... non. Voilà un conseil qu'elle ferait bien de suivre elle-même, à se soucier toujours trop de ce que les autres pensent ou attendent d'elle, mais elle n'a pas le temps de s'attarder sur de telles pensées : son pied bute bientôt dans un caillou pourtant aussi menu qu'elle l'est entre son bras, et si elle rattrape son équilibre du pas suivant, elle ne regrette pas moins sa maladresse. Elle cache alors un instant une grimace, laisse ses joues rosir, et tente surtout de continuer comme si de rien n'était. Car, comme toujours, c'est elle qui prend trop à cœur la moindre chose, que ce soit une petite attention ou de l'embarras, n'est-ce-pas ? Peut-être est-ce de là dont lui vient encore une fois l'aplomb d'hasarder une question qu'elle estime habituellement d'ordre privé, pudique et précautionneuse pour un rien comme elle est, mais elle veut bien faire là aussi. Mais il ne faudrait pas que ça t'arrête, au-delà de tous ce...ux-là et des mauvais souvenirs, peut-être qu'il y a quand même quelqu'un que tu voudrais retrouver malgré tout, un ami ou un professeur même ? Il y en a quelques uns qui viennent aussi.

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MessageSujet: Re: you can never really know what goes on inside someone else’s heart   Mar 6 Mar 2018 - 11:21

C’était drôle comme les années lycées semblaient si lointaines et si proches à la fois. A certains moments, cela relevait d’une autre ère, un temps révolu que Nash était bien content d’avoir laissé derrière lui. A d’autres, c’était comme si c’était hier qu’il arpentait les couloirs de Mount Oak High School comme si c’était le bagne, sa haute silhouette ne lui permettant pas vraiment de passer inaperçu. Nash, il avait grandi vite et beaucoup, si bien qu’à quatorze ans, il était toujours relégué derrière, sur les photos, ce qui n’était pas plus mal puisqu’il glissait toujours un geste déplacé que personne ne remarquait avant qu’il ne soit trop tard. Il savait qu’on le surnommait le Suédois, une appellation qu’il trouvait pathétique et manquant cruellement d’imagination. S’ils lui avaient demandé, Nash aurait pu leur offrir une dizaine de petits noms bien plus drôles et narquois. Mais déjà à l’époque, il n’était pas très populaire auprès de ses pairs, le temps n’avait fait qu’aggraver le fossé qui les séparait. Aussi, qu’une demoiselle aussi discrète et minuscule que Moira puisse perdre son temps à discuter avec lui lui paraissait saugrenu mais il n’était pas du genre à se poser mille questions et prenait les choses comme elles venaient.
Un rictus ne tarda pas à venir arquer les lèvres de Nash alors que Moira essayait d’éclaircir la brume de l’esprit du jeune homme et à la mention des événements souvent organisés par ladite Nadia, Nash se souvent de cette gosse de riche qui tentait d’acheter sa popularité en invitant un maximum de personnes (ce qui résultait généralement en un chaos total puisque, une chose en entrainant une autre, il y avait toujours des invités surprises – comme lui – qui se pointaient). Pour ce qu’il s’en rappelait, la jeune fille était grotesque et mendiait une attention que personne n’avait envie de lui donner, lui le dernier. Quant au mot toujours gentil qu’elle avait pour chacun, comme le prétendait Moira, Nash avait plutôt le souvenir de remarques aigres-douces qui pouvaient être librement interprétées.
- Ah… celle-là, répliqua Nash sans atténuer le sarcasme.
Elle n’avait, selon son souvenir, jamais été prise très au sérieux mais il ne vit pas l’intérêt de s’attarder davantage sur cette fille insipide dont il ne se serait jamais rappelé si sa compagne actuelle n’avait pas fait allusion aux soirées qu’elle organisait. Elle n’était décidément bonne qu’à ça. Il oublia cependant bien vite Nadia alors que Moira lui assurait qu’il n’y avait pas vraiment eu d’invitations, que tout s’était fait via Facebook. Il était donc lointain, le temps où les adolescentes s’amusaient à distribuer des cartons d’invitations personnalisés pour se sentir importantes en invitant certains camarades (et en excluant les indésirables). Tout se faisait désormais sur Facebook qui, à sa façon, montrait à quel point un événement était populaire ou non au nombre de personnes qui prétendaient répondre présents à la fête quand, à n’en pas douter, ce chiffre ne reflétait en rien la réalité.
- Ouais, peut-être, répliqua Nash en haussant une épaule.
Il n’était en effet pas sur le réseau social – ni sur celui-là ni sur aucun autre, d’ailleurs – et n’aspirait pas à l’être. Il ne voyait pas l’intérêt d’exposer sa vie sur Internet et comme celle des autres ne l’intéressait pas plus… Chaque fois que quelqu’un faisait allusion à un mélodrame, l’origine était neuf fois sur dix à imputer à un commentaire mal interprété sur Facebook ou sur Instagram. Et quand Nash voyait des gens arranger leur table pour photographier leur plat, il les jaugeait d’un air narquois – et volontairement méprisant. Il était réfractaire à cette exposition – ou toute forme d’exposition, en réalité – mais détestait plus que tout l’hypocrisie qui dégoulinait de ces comportements. Il était peut-être aussi cliché, en se montrant aussi fermé à l’idée, que les autres l’étaient à plonger dans la vague mais il s’en fichait. Qu’aurait-il pu poster sur les réseaux, de toute manière ? Et puis, à n’en pas douter, sa tronche devait bien flotter sur une photo postée par l’un ou l’autre de ses comparses de soirées. La différence, c’est que personne ne pouvait officiellement le tagger et c’était tant mieux. Nash savait pertinemment que sa vie dissolue n’avait rien qui fasse rêver et n’aspirait pas à ce qu’on le lui rappelle en recevant sans cesse des notifications pour lui annoncer qu’il apparaissait sur telle ou telle photo chez tel ou telle paumé.
Nash émit un petit rire à la réponse de son interlocutrice, qu’il trouva trop alambiquée pour son esprit embrumé.
- Je préfère regretter d’y être allé plutôt que regretter de ne pas y être allé…, répéta-t-il pensivement, comme s’il devait traduire ces mots en pensée sensée. J’imagine que c’est tout à ton honneur, c’est une philosophie comme une autre. Mais comment pourrais-tu regretter de ne pas y être allée ? Tu ne saurais pas forcément ce que tu as manqué. Tandis que si tu y vas et que tu te fais chier ou que la soirée vire au cauchemar…
Mais il se doutait qu’il suffirait qu’elle voit les photos prises ce soir-là et postées sur les réseaux sociaux pour croire qu’elle avait manqué quelque chose d’incontournable. N’était-ce pas un don, après tout, de pousser le monde à vous envier ? Lui, en tout cas, ne voulait pas tomber dans cette spirale et, à côté, il savait que rien de son existence ne ferait rêver quiconque. Mais quand Moira lui tendit son téléphone dont l’écran affichait la page de l’événement, le jeune homme ne put résister et accepta l’appareil pour faire défiler les noms et les têtes des invités – ceux ayant déjà répondu ainsi que ceux qui n’avaient pas encore décidé s’ils allaient s’y rendre ou non.
- Alors alors, voyons voir… Ce cher Rose est invité. Que serait une soirée sans lui, hein ? demanda Nash, sans cacher le dédain que la star du lycée lui avait toujours inspiré. Abernathy, connais pas. Oh, Nielsen. Celle-là, c’était une bombe. Je sais pas ce qu’elle trouvait à l’autre crétin. Smith. Garber. Donovan…
Déjà lassé, Nash rendit le téléphone à sa propriétaire qui s’étonnait de son hypothèse – bien pessimiste, il devait en convenir, mais il n’avait jamais été connu comme quelqu’un de très positif. Il n’avait pas spécialement entendu parler de disparus non plus, en vérité, mais il devait certainement y avoir quelqu’un, dans son entourage, qui s’était volatilisé. Ça ne signifiait pas qu’il allait lui manquer mais si c’étaient réellement deux pourcents de la population qui avaient disparu, il devait bien y avoir quelqu’un qu’il connaissait dans le lot. Même s’il n’arrivait pas à citer cent personnes différentes, il pouvait aisément en mentionner cinquante et, dès lors, dans le lot, il devait y avoir au moins un qui manquerait à l’appel. Non pas que ça change quoi que ce soit à son existence. Quant au pourquoi de ce kidnapping aléatoire, Nash n’y avait jamais réfléchi, il n’avait d’ailleurs pas beaucoup consacré ses pensées au drame du dix-huit juin.
- Ouah, Moira, c’est ce que j’appelle de la conviction, ça, se moqua-t-il lorsqu’elle lui dit que s’il voulait venir, il était libre de le faire. Hé, qui de nous deux a bu ? ajouta-t-il en resserrant son bras autour des épaules, plus par réflexe que par réel souci de soutenir la demoiselle qui trébuchait.
Ils arrivaient cependant à destination et le géant relâcha son étreinte pour ouvrir la porte, en parfait faux gentleman, et il émit un rire rauque et narquois lorsqu’elle avança l’idée qu’il puisse vouloir retrouver quelqu’un dans l’assemblée. Peut-être un ami ou un professeur ? Mais quel professeur voudrait donc revoir sa gueule de cancre ?
- Crois-moi, Coccinelle, même si j’étais le seul mec que personne ne veut voir à cette réunion d’hypocrites, ce qui pourrait tout aussi bien être le cas, ce n’est certainement pas ce qui m’empêcherait de venir. Être l’indésirable, je connais, je crains pas les regards et les messes basses.
Ne l’était-il pas un peu partout, après tout, même dans sa propre famille ? A moins que ça soient eux les indésirables, les seuls qu’il ne voulait pas voir. Chaque fois qu’il voyait ses parents, Nash sentait une vague de haine l’envahir et, plus que tout, il détestait être la proie de ce dégoût, surtout pour sa mère. Alors il se contentait de leur faire faux bond, ne se présentant jamais aux fêtes de famille. Aussi, à côté de ces perspectives peu enthousiasmantes, la réunion d’anciens du lycée lui semblait être une broutille.
- Une table pour deux, dit-il à la jeune femme qui s’approchaient d’eux et qui les conduisit immédiatement en bout de salle, à une table ronde dont la banquette faisait un tiers d’arc de cercle.
Nash s’y laissa tomber avec un soupir et croisa les jambes. Il s’empara de la carte et la parcourut rapidement de ses yeux explosés de fatigue avant de porter son attention sur la pauvre jeune femme qui avait écopé de sa compagnie cynique et peu avenante.
- Alors, qu’est-ce qui te tente ? J’ai une faim de loup.
La table n’était pas bien grande et, avec ses longues jambes (et son genou, surtout), il frôlait sans s’en rendre compte la cuisse de Moira. Et quand il se pencha vers elle, comme pour lui parler sur un ton conspirateur, son épaule vint s’appuyer contre la sienne et il ajouta, avec un sourire digne d’un prédateur :
- Je pourrais même te bouffer toute crue !
Le pire étant qu’il ne se doutait pas une seule seconde de la portée des sentiments que la demoiselle nourrissait à son égard. Un fait qu’il valait mieux qu’elle garde secret, les réactions de Nash Mendelsohn pouvant être imprévisibles, qui sait ce qu’il aurait fait de cette information ?

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MessageSujet: Re: you can never really know what goes on inside someone else’s heart   Sam 7 Avr 2018 - 14:59

A-t-elle seulement bien fait de mettre cette histoire de réunion des anciens camarades de classe sur le tapis ? Lorsqu'elle a sans cesse le sentiment d'essayer de s'en dépatouiller depuis – mais n'a-t-elle pas l'impression d'emmêler ses mots en tout temps ? Là encore, elle n'a abordé ce sujet-là que pour tenter de donner l'illusion qu'elle peut tenir une conversation et l'attiser de quelque intérêt, mais qui pense-t-elle berner ? Elle ne trompe pas un seul instant son palpitant en tout cas, qui tambourine toujours de malaise contre les parois de sa cage thoracique (comme si de se retrouver en compagnie de Nash Mendelsohn, à son contact qui plus est, ne suffisait pas à éprouver bien assez son rythme cardiaque).
La naïve trentenaire ne saurait être interpellée par le sens de son celle-là en tout cas, dès lors qu'elle attribue instantanément ces quelques mots à l'expression d'un souvenir qui retrouve sa place dans sa mémoire. Pourquoi devrait-il en être autrement ? Puisqu'elle n'a pas la pertinence des sous-entendus, elle qui pense si peu à mal et qui ne saurait supposer des mauvaises intentions de la part d'autrui. Après tout, pourquoi Nadia se serait-elle essoufflée à dire tout un tas de choses qu'elle ne pensait pas ? Cela aurait été relativement épuisant et autodestructeur, de l'humble point de vue de Moira. C'est qu'elle, c'est ainsi qu'elle vivrait toutes mauvaises intentions et le mal causé par celles-ci, alors qu'elle n'a jamais su ne pas tout prendre trop à cœur. Si bien que le sarcasme du jeune homme, il ne l'effleure pas et s'envole loin de sa compréhension, là entre cette trentaine de centimètres qui les sépare. Et lorsqu'ensuite son rire retentit – douce mélodie qu'elle pourrait chérir en d'autres temps, si seulement il ne résultait pas de ce qu'elle vient de lui répondre – un frisson ne manque pas de mordre à pleine dents son échine, alors même qu'il va jusqu'à reprendre mot pour mot la sottise qu'elle a pu dire. Car cela ne peut être qu'une sottise, c'est bien ça ? Elle ne saurait en douter un seul instant, elle qui est si prompte à se mettre la faute sur le dos dès l'instant où elle est constamment mal-à-l'aise et a le sentiment de tâtonner dans un quelconque échange verbal. C'est en tout cas le cœur battant qu'elle attend ses prochains mots, comme si une sentence s'apprêtait à s'abattre sur elle, et contre toute attente elle ne s'en alerte finalement pas davantage (à défaut d'oser s'en soulager) quand il a la gentillesse de considérer avec clémence sa maladresse verbale. Qu'est-ce que cela pourrait être d'autre, si ce n'est de la clémence ? Alors qu'elle ne saurait penser que quoi que ce soit à son sujet puisse être tout à son honneur, si bien qu'elle y voit davantage de la gentillesse de la part du jeune homme. Elle ne voudrait ainsi surtout pas le contredire de quelque façon que ce soit en retour, et c'est donc avec précaution, aussi bien que toute en retenue, que la timorée tente de se faire entendre.
- Et bien, comme j'en revoie certains, je me dis qu'ils en parleront forcément... Généralement ça se passe comme ça, lorsqu'on retrouve des connaissances ? J'ai vu un tel, il s'est passé ceci, elle m'a dit cela... Mais pas avec Nash, il n'est pas comme ça, lui, à rapporter les dires d'autrui non sans un besoin de porter un jugement au passage (du moins jusqu'à présent) et elle ne peut que l'en estimer davantage pour ça. Et ils finissent toujours par demander pourquoi je n'y étais pas, moi, telle une accusation sous-jacente, comme si c'était une tare de ne pas s'être rendue à LA soirée de la semaine ou du mois... mais Moira est si influençable par la moindre négation émise dans son entourage, qu'elle le prend là aussi trop à cœur. Et puis si j'y vais et que je m'ennuie, je peux toujours partir ? Je ne sais pas... Est-ce que cela fait seulement à peu près sens ? Elle s'en excuse en silence si jamais ce n'est pas le cas, et elle l'écoute presque avec soulagement s'intéresser à la liste des invités. Rose, oui, et Abernathy, si ! Edward, la sœur d'Elizabeth... mais elle ne précise rien de tout ça, bien sûr. Et Nielsen ? Serena, bien sûr ! Évidemment qu'elle est belle, et à l'entente de son commentaire, elle ne doute pas un seul instant que le jeune homme aurait tout à fait sa place aux côtés d'une Serena, aussi somptueuse soit-elle. C'est cette pensée que Nash interrompt alors qu'il lui rend son téléphone, et comme toujours la vétérinaire obtempère aussitôt à le reprendre et le ranger dans sa poche.
Elle s'en tient ensuite à un sourire prétendument complice à l'intervention de sa précieuse compagnie, dès lors qu'elle n'est pas certaine de bien comprendre ce qu'il veut dire et qu'elle ne voudrait pas le trahir – bien que quelque trace de crispation dans l'arc de ses lèvres pourrait le faire. En l'occurrence, elle aurait très bien pu commettre le faux pas de lui répondre, au premier degré, qu'elle ne boit quasiment jamais (pas si elle peut l'éviter en tout cas, tout dépend donc de la pression environnante pour se fondre dans la masse), mais heureusement elle s'est abstenue et s'en tient à un silence gêné quand ils arrivent supposément devant le lieu que Nash avait en tête, là où Moira ose un sourire un peu plus détendu alors qu'il la laisse entrer la première. Puis, elle s'embarrasse à nouveau de silence à défaut d'être certaine de savoir quoi dire à sa nouvelle intervention, quand bien même ses pensées s'accrochent malgré elles à quelques mots de celle-ci : indésirable, lui ? Mais comment serait-ce possible ? C'est perdue sur cette hypothèse qu'elle ne sait comment envisager possible, qu'elle se contente de suivre le mouvement et de s'installer à cette table, à ses côtés. Ce n'est alors que lorsqu'il s'enquiert de ce qui attise son appétit, que la rêveuse redescend sur terre et porte une attention véritable à ce menu sous ses yeux. Doit-elle prendre une salade, pour se faire bien voir ? Même si cela reviendrait à supposer qu'il porte un quelconque intérêt à ce qu'elle pourrait bien manger... mais elle se souvient qu'une amie a pu lui conseiller de s'en tenir à des repas légers en galante compagnie, une fois.
- Il paraît qu'ils font de bonnes salades ici... Vient-elle donc d'oser mentir ? Elle, celle qui ose tout juste l'affront de respirer ? C'est qu'elle n'a jamais eu un seul retour des mets qu'il peuvent bien servir dans ce lieu, et elle a encore moins pu y mettre les pieds auparavant – mais sous le malaise d'avoir à entretenir la conversation toujours, elle en vient à meubler quitte à mentir, oui. C'est vrai que c'est un chouette endroit ! Et elle ment encore, lorsqu'elle ne sait toujours pas de quoi elle parle... Jusqu'où va-t-elle s'arrêter seulement ? Elle pense à reprendre sa respiration déjà, et c'est toujours ça de pris, d'autant plus qu'elle n'a ainsi aucun mal à laisser libre court au rire que lui inspire sa plaisanterie qui n'est nullement faussé, lui, dès lors qu'elle est si bon public en tout temps. En l'occurrence, elle doute d'être d'une quelconque saveur en tout temps sous la dent de l'homme tant désiré. Mais bien sûr, Moira étant Moira, bien au-delà des mots, c'est le rapprochement physique, voire la proximité même, qui la trouble bien davantage et s'accroche à son esprit. Tant bien que mal, elle s'efforce d'ailleurs à ne pas l'importuner trop longtemps d'un quelconque contact, même involontaire dans cet espace rendu exigu par la taille du géant Mendelsohn. (Mal)heureusement, une autre appréhension (hantise, même) vient distraire quelque peu son esprit, alors qu'elle s'alarme toujours plus du silence qui s'éternise, si bien que son cruel embarras de ne pas trouver, elle aussi, quelque chose de drôle à répondre la contraint à improviser un nouveau sujet de conversation : tout, tant qu'elle ne l'ennuie pas (trop) !
- Comment vont tes parents sinon ? Elle ose le demander, pour les avoir aperçu et salué nombre de fois au détour de cette rue qu'ils partageaient pour même adresse (sans pour autant réellement les connaître). Je pense que c'est ta mère que j'ai revu y'a pas longtemps d'ailleurs ! A Elsson ? La ferme urbaine sur New Town ? Elle est toujours très jolie ! Et même si elle le pense vraiment, la sotte regrette aussitôt ses derniers mots – mais quand ne regrette-t-elle pas tout ce qu'elle peut bien trouver à lui répondre ? Car rien ne saurait jamais être à la hauteur de Nicholas Mendelsohn.

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