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Eugene Andrews

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MessageSujet: you say you don't know me   Jeu 22 Juin 2017 - 21:47

you say you don't know me.


Etait-ce dont ça le purgatoire ? Ou était-ce les limbes ? En tout état de cause, l'endroit où il se trouvait ne pouvait pas être le paradis. Ils ne pouvaient pas y avoir que des américains au paradis ! Et personne ne semblait s'étonner de sa présence ou se demander qui était ce nouvel arrivant. Eugene en avait déduit qu'il s'agissait d'une sorte de test à passer avant de découvrir la vie dans l'au-delà. Il l'avait même sincèrement espéré – le paradis ressemblait bien trop à la vie de tous les jours, sinon... D'un autre coté, il avait commencé cette étrange aventure dans les bras d'une charmante demoiselle, et il ne pouvait nier que cela avait été particulièrement agréable... Les heures étaient passées et Eugene n'avait alors pas eu d'autres choix que se commencer à collecter les morceaux de ce puzzle auquel il ne comprenait rien... Pourquoi les gens se moquaient-ils de lui lorsqu'il parlait avec l'accent anglais ? Comment souhaitait-il qu'il parle ? Il avait fini par comprendre que l'accent américain était de rigueur, mais Eugene avait préféré jouer les jeunes aux lubies inexplicables et dire qu'il souhaitait se donner un style plutôt que d'essayer de changer son accent. Il avait toujours été particulièrement naze pour ce genre de choses... Les photos sur le mur lui avaient fait découvrir que ce rôle qu'il était sensé incarner – comment le définir autrement ? - était quelqu'un de très social, et bien plus populaire qu'il ne l'était... Il avait même des frères et sœurs dans cet étrange... il ne savait même pas comment le qualifier ! Eugene avait l'impression d'avancer encore plus à tâtons qu'ils ne le faisaient quand il était chez lui. Mais il ne pouvait pas se trahir... Peut-être que la corde autour de son cou lui avait donné une deuxième chance et qui était-il pour la gâcher ? Même si des milliers de milliards de question faisait vriller son esprit, il tâchait de ne pas se montrer ingrat. A l'heure actuelle, il n'était guère plus heureux mais peut-être qu'il y trouverait une réponse à toutes ses questions qui n'avaient censé de l'enfoncer, l'esseuler, le briser quand il n'était qu'Eugene Andrews, un enfant unique d'origine anglaise plus triste qu'autre chose. Peut-être était-il dans le coma. Doué comme il était, il avait du se louper et se retrouvait désormais dans un combat entre la vie et la mort qu'il devait livrer. Mais dans cet étrange jeu de rôle, quel personnage devait-il incarner ? Devait-il être ce qu'il aurait voulu être ou ce qu'il était vraiment ? Devait-il vaincre ses peurs ? Trouver la porte de sortie ? Se foutre en l'air une nouvelle fois ? Même ici, cela ne devait pas être si compliqué de trouver une corde...
Résolu à prendre un peu de recul face à tout cela – une pause, vraiment -, Eugene décida d'aller explorer la ville pour la découvrir. Elle lui était étrangement familière et pourtant si différente que dans ses souvenirs... Il se souvenait avoir déjà été à Mount Oak lors d'un échange scolaire mais honnêtement, il avait presque l'impression que c'était dans une autre vie... C'était fou ce que l'imaginait pouvait faire. Son subconscient l'épatait. Cette promenade lui fit du bien et le jeune homme réussit même à retrouver le campus universitaire sans avoir à regarder sur sa carte plus de trois fois : un vrai miracle pour lui qui n'avait aucun sens de l'orientation ! Manque de peau pour lui, il n'était plus étudiant... Mais ça, il ne le savait pas, étant tombé par chance pendant les vacances de l'Eugene qu'il ne savait pas repenser... Lorsqu'il aperçut une tête familière sur le campus, Eugene en oublia tous ses tracas des derniers temps. Wes se souviendrait forcément de lui – ils s'étaient écrits il n'y a pas si longtemps de ça! Rassuré, mais pas tout à fait confiant pour autant, Eugene l'observa quelques instants afin d'essayer de voir s'il ressemblait au pote qu'il avait connu... Son subconscient avait tellement envie de lui jouer des tours... Si c'était bien lui qui se jouait d'Eugene. « Hey Wes ! » finit-il par l'appeler, prenant son courage à deux mains. Il essaierait que le jeune homme n'y verrait pas là une sorte de guet-apens : Eugene était sensé arriver à Mount Oak bien plus tard que la date qui était affichée sur son téléphone le jour de son arrivée... Il n'avait d'ailleurs pas trouvé son numéro dans ce qui lui faisait office de téléphone (et d'un tas d'autres choses qu'il n'avait pas encore tout à fait compris...)

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Wes Byrnes

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MessageSujet: Re: you say you don't know me   Lun 26 Juin 2017 - 22:10

eugene & wes.
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Hadley la bavarde au blouson orné de lettres découpées qui était sa voisine de pupitre attitrée au cours d’histoire américaine avait plissé le nez en scrutant l’écran de son ordinateur d’un air inquisiteur. « Tu fais quoi ? » Rien s’était-il entendu répondre avant de refermer l’onglet dans un coin à l’abri de son regard indiscret. « Ils vont t’arrêter » Avait-elle dit en poursuivant comme elle aurait pu dire « tu as un cancer », ou bien « on vient de marcher sur une mine ». Ou « c’est normal qu’il manque l’arrière de l’avion? ». La peur, le vertige, la sensation de se tenir au bord de l’abime l’avaient soudainement envahi. Une sensation affreuse, de celle que devait éprouver le dernier marin vivant à bord d’un navire qui coule rapidement. Il passa le reste de son heure à prendre vaguement des notes, l’esprit ailleurs, et quelque peu secoué par la réflexion de sa camarade qui, d’une certaine façon n’avait pas tort. Pourtant n’envisageait pas une seconde d’arrêter ses investigations, car maintenant qu’il avait commencé, sa curiosité avait besoin d’être satisfaite. Les regrets seraient pour plus tard. Alors au lieu de se concentrer sur ce que babillait son professeur tel un perroquet, il s’interrogea sur la signification de toutes ces données qu’il avait intercepté la veille, ainsi que ce message émanant d’un mystérieux correspondant. Y avait-il un lien entre les deux ? Il n’avait pas encore eu l’occasion de tout déchiffrer mais la coïncidence était trop flagrante pour qu’il l'évince.

Ce loisir un peu spécial avait commencé sur un site de discussion dont il tairait le nom, et des réseaux sociaux bien connus de tous. Il y avait posté des commentaires sous un pseudo idiot qu’il avait gardé depuis et participé à plusieurs débats. Il n’était pas stupide au point de penser que tout allait bien dans le meilleur des mondes, mais confronté aux expériences de certains, il s’était rendu compte que les inégalités étaient bien plus présentes qu’il ne l’avait pensé au début. Il avait donc décidé d’agir et de mettre à contribution ses modestes talents, en l’associant à sa curiosité naturelle de journaliste en herbe. Wes avait toujours été doué avec une machine sous les doigts, parfois il se plaisait à croire qu’il tenait ça de ce père qu’il n’avait jamais connu. A force de tâtonner sur le web pour créer des sites, les codes, le chiffrage et tout ce qui s’y referait n’avait plus de secret pour lui, et il avait décidé d’en faire profiter les autres. Ses activités connexes étaient dangereuses il le savait, mais il détestait être impassible. Ce qui se tramait à l’extérieur était un spectacle des plus tristes à observer pour celui qui allait au delà des simples apparences et ne s’attachait pas à l’image parfaite qu’on tentait de leur renvoyer par la publicité, ou autres discours mensongers. Grâce à son boulot en alternance au journal, il avait pu apercevoir une autre facette de Mount Oak, et malheureusement elle ne lui plaisait pas. Et pour cela il pouvait remercier Heathcliff de lui faire découvrir davantage l’envers du décors. Drôle de bonhomme celui là, un maitre de stage comme on en voit rarement, mais si il était un peu barjo sur les bords, il appréciait que celui-ci ne recule devant rien pour aller au bout de ses idées. On pouvait lui reprocher un paquet de choses mais pas de taire ses convictions.

La sonnerie stridente le fit sursauter sur sa chaise, et arracha un ricanement sonore à Hadley, qui, s’échappait déjà, avec ses livres sous le bras. Il regroupa ses affaires qu’il fourra dans un sac à dos à moitié défoncé par l’usure, et remonta la fermeture de son sweater. En dépit de la saison, les températures étaient anormalement froides (pour lui), et de surcroit, lui donnaient faim à en juger par le bruit sonore qu’émettait son estomac. Il scruta l’heure sur son portable, ses cours terminés, il lui restait une bonne marge d’avance avant de passer voir sa mère à qui il avait promis de donner un coup de main. Il quitta les lieux sans s’attarder pour se diriger vers les grandes portes menant à la sortie. Il n’était pas motivé à l’idée de manger ici, déjà parce que la bouffe était immonde - voir d’une couleur douteuse -, et ensuite car tout ses potes étaient partis (ils suivaient des cursus différents). Ignorant les grognements répétitifs, il traversa le campus à grandes enjambées, il prendrait de quoi satisfaire son appétit au fast food sur la route qui menait en bas de chez lui. « Hey Wes ! » La tête dans ses pensées, il mit un plusieurs secondes avant de réaliser que quelqu’un avait crié son prénom. Il stoppa net et regarda autour de lui à la recherche de la voix mais à part un groupe de filles et un garçon d’à peu près son âge, il ne vit personne qu’il connaissait. Ce dernier s’approchant d’un air avenant dans sa direction, il en déduisit que c’était visiblement lui qui l’avait interpellé. Il farfouilla dans sa mémoire à la recherche de réponses, mais absolument rien ne lui venait…. Qui était-il ? Ou avait-il bien pu le croiser ? Il n’était pas dans sa classe, impossible, leur nombre était dérisoire au fur et à mesure qu’ils avançaient dans les échelons et avec ses cheveux flamboyants, il l’aurait forcément remarqué. Peut être à la bibliothèque ? Mais il n’y avait pas mis les pieds depuis des lustres… Il le considéra un bref instant comme si il venait de voir un extraterrestre, puis esquissa un sourire communicatif. « Salut. » Salut, tout court car l’identité de son interlocuteur était….. un mystère. Il se sentit instantanément gêné, car il lisait dans les yeux du jeune homme la sensation qu’il ne lui était pas étranger sans qu’il ne se l’explique. Il n’osait pas lui demander QUI il était, par soucis de le vexer, et se contenta de hausser les épaules mollement avant de poursuivre d’un ton amical. « Comment ça va ? Tu… Je vais manger tu veux venir ? » D’ici là, il l’aurait peut être retrouvé dans le flot de données qui l’assaillaient. C’était là juste sous son nez il le savait mais encore fallait-il qu’il se concentre un minimum.

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Eugene Andrews

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MessageSujet: Re: you say you don't know me   Lun 17 Juil 2017 - 22:12

Eugene eut l'impression que l'énorme ancre qui était accrochée à sa poitrine depuis... son arrivée aux US ? Sa mort ? Son expérience surréelle ? Lâchait enfin du leste, lui laissait l'opportunité de prendre quelques bouffées d'air. Wes l'avait reconnu – ou en tout cas, tout donnait l'impression qu'il l'avait reconnu. Il ne parut pas particulièrement surpris lorsque Eugene l'interpella. Etait-il bon acteur ? Savait-il bien caché ses sentiments ? A moins que cela ne soit que l'anglais n'ait jamais été très doué pour lire les autres ? Allez savoir. En tout cas, l'espace d'un instant, Eugene eut l'impression de revivre. Ou, en tout cas, que les choses avaient à nouveau un sens. Peut-être était-il en train de se réveiller de ce très mauvais cauchemar, qui durait depuis trop longtemps déjà. Wes le reconnaissait – la seule personne des Etats-Unis qui était sensé savoir qu'il arrivait. Malheureusement, le répit fut de courte durée. Eugene n'était peut-être pas doué pour lire les gens mais il n'était pas idiot : lorsque celui qu'il avait cru son ami lui avait proposé de déjeuner avec lui, il avait compris. Si cet individu portait bien le nom de Wes et lui ressemblait comme un véritable jumeau, il ne s'agissait pas du Wes qu'il connaissait et à qui il avait proposé de venir rendre visite. Aucun des deux n'était particulièrement expressif, mais tout de même : une proposition à déjeuner ne suffisait pas à mettre un terme à des mois de séparation. Retenant de justesse un soupir, Eugene fit de son mieux pour ne pas laisser le désarroi s'afficher sur son visage. Cela n'aurait de toute façon eut aucun intérêt : ce Wes ne pouvait pas comprendre ce qu'il traversait. En tout cas, Eugene ne devrait pas avoir à jouer un rôle en sa compagnie ; il ne semblait pas perturber une seule seconde qu'il ait l'accent anglais. Eugene décida de se concentrer sur ce coté positif et accepta la proposition à déjeuner de cet inconnu : « Yep, on va où ? » répondit-il, le cœur au bord des lèvres. Dans son ancienne vie, Eugene avait eu l'impression de se sentir seul. Il n'avait pas un seul ami, ces professeurs ne remarquaient que ses notes et ses parents... aussi. Ils n'avaient pas vu leur fils s'enfermer petit à petit dans son malheureux, réduire ses interactions sociales au minimum et ils ne l'avaient certainement pas vu acheter la corde qui lui servirait de dernier repos. Le jeune homme ne leur en voulait pas un seul instant : il avait tout fait pour le leur cacher. Il avait prétendu être obsédé par ses études, avait rejeté toutes les questions sur les filles qu'il pouvait apprécier, taisant les doutes sur sa sexualité (il n'avait jamais trouvé les femmes plus attirantes que les hommes, mais pas moins non plus), n'avait pas mentionné une seule fois qu'il ne sortait pas – il avait même été jusqu'à passer ses soirées à la bibliothèque et dire qu'il était sorti boire un verre à l'improviste avec ses amis pour ne pas qu'ils s'inquiètent. Mais la solitude qu'il ressentait en cet instant était tout autre : elle ne donnait pas envie à Eugene de se passer une nouvelle fois la corde au cou mais lui donnait l'impression qu'il était déjà mort. Il mordit l'intérieur de sa lèvre et acquiesça lorsque Wes lui précisa où il souhaitait aller. Cherchant rapidement une excuse pour expliquer qu'il connaisse son prénom, Eugene se demanda si Wes n'était pas ami avec son nouveau frère ou sa nouvelle sœur mais il n'en avait aucune idée. Par chance, si c'était le cas cependant, Wes n'avait apparemment jamais été présentée à Eugene. « Je m'appelle Eugene, au fait. Je ne sais plus si j'ai eu l'occasion de me présenter la dernière fois. On était un peu bourré quand même. » Puisque des photos d'Eugene étaient affichés sur le mur de sa chambre avec des verres rouges, il ne pensait pas trop se mouiller en disant que son homologue buvait également. Cette excuse lui semblait donc être la plus opportune – il n'avait pas besoin de se montrer précis. Il lui suffisait simplement d'espérer que Wes n'était pas l'un de ses jeunes américains qui ne buvaient pas d'alcool avant leur... vingt-et-un an, mais Eugene ne connaissait même pas l'âge de son comparse. « Tu étudies quoi ? » demanda-t-il, cherchant des points communs avec le Wes qu'il connaissait. C'est à peu près à cet instant qu'il réalisa qu'il ne connaissait pas grand chose de lui-même, ou en tout cas de la personne qu'il était sensée incarné dans ce monde qui n'était résolument pas le sien. Il n'avait pas encore pensé à fouiller dans le portable de son homologue et s'en voulut, il aurait peut-être un peu plus su quoi dire à Wes. Il attrapa son téléphone dans sa poche, et commença à fouiller ses messages tout en s'intéressant à ce que Wes lui disait. La tâche n'était pas évident, mais Eugene faisait au mieux pour s'en sortir : il devait s'habituer à ce nouveau jeu de rôle, ou fuir Mount Oak pour pouvoir recommencer à zéro dans une nouvelle ville. Mais pouvait-on appuyer sur le bouton « reset » une fois qu'on était mort ?

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Wes Byrnes

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MessageSujet: Re: you say you don't know me   Jeu 27 Juil 2017 - 19:13

Il avait une mémoire photogénique pour pas mal de bricoles mais pas pour les visages et encore moins les prénoms. Wes était capable de retenir des algorithmes complexes, des dialogues entiers de films, et bons nombres de détails inutiles, mais lorsqu’il fallait retrouver l’identité de quelqu’un perdu de vue, ce n’était pas une mince affaire. Or ce garçon aux cheveux roux (il commençait à véritablement tiquer la dessus), lui était tout bonnement inconnu. Et il s’en voulait parce qu’on associait souvent son manque de discernement à du mépris, alors que seul son cerveau était à blâmer. Il peinait à se concentrer sur ce genre de données secondaires chez autrui – mais bizarrement il savait reconnaitre telle ou telle particularité chez ceux à qui il adressait la parole -, et détestait qu’on puisse se sentir contrarié par sa maladresse. Il espéra à minima ne pas avoir vexé son camarade qui le toisait avec une lueur particulière dans le regard. Sans pouvoir mettre un mot sur le sentiment étrange qui gagnait son corps, il lui semblait que le rouquin attendait un signe ou geste de sa part. Mais quoi ? Il se pinça les lèvres en fronçant les sourcils, déterminé à trouver où ils s’étaient croisés auparavant afin de se rattraper. D’après ses menues déductions, ils n’étaient pas des amis de longue date auquel cas, ils se seraient surement comportés différemment. Un ex était à exclure aussi, il n’avait eu que deux relations sérieuses dans sa vie, et n’était pas du genre à trainasser à droite et à gauche pour combler sa solitude. De la famille ? Il ignorait tout sur son père biologique qui s’était enfuit à sa naissance, et à l’exception de bribes lâchées par sa mère plus jeune lorsqu’il la tannait trop, de ce qu’il savait il était probablement mort. De toute façon ses recherches avaient été infructueuses en la matière. Non, il y avait autre chose. Ca finirait bien par lui revenir sur le chemin au fil de la conversation, du moins il l’espérait, car l’incertitude l’agaçait. « Yep, on va où ? » Bonne question, il en avait presque oublié ce qu’il s’apprêtait à faire quelques secondes auparavant. Il avait en effet cette fâcheuse manie de trop se disperser et se heurtait régulièrement à une succession de pensées qui prenaient le dessus sur les précédentes, le stoppant en plein élan. Il secoua ses boucles blondes pour se remettre d’aplomb, effaçant au passage cette mine confuse perdue sur ses lèvres. « Un peu plus bas il y a un fast food sympa. » C’était là qu’il allait presque tous les midis quand il ne travaillait pas au journal. La nourriture sans être digne d’un chef étoilé était bonne, et avait le mérite de ne pas être trop chère. Certes on en revenait toujours à la trinité coca – hamburger – frites, mais tant qu’il ne grossissait pas il s’en fichait. Il avait suffisamment sa mère sur le dos qui lui cuisinait des légumes tous les weekends, pour pouvoir se faire plaisir en semaine. Et puis tous ceux de leur âge aimaient ce genre d’excès, son nouvel ami ne devait surement pas échapper à la règle. Il le souhaita intérieurement, c’était déjà suffisamment gênant de se trouver dans cette situation ambigüe, pour ne pas ajouter une énième couche à ses complications. Wes n’attendit pas sa réponse, et entreprit de lancer le pas, tout en s’agrippant aux lanières de son sac. Réflexe habituel pour lui, lorsqu’il était en position délicate.

Le silence s’installa malgré lui entre eux, plombant et épais comme du brouillard. Lui pataugeait dans ses souvenirs, quant au jeune homme il était littéralement ailleurs. Comme si tout ce monde ne lui était pas familier. Wes persistait à s’accrocher à cette conviction intime, qu’il lui manquait une pièce du puzzle. Sa curiosité naturelle de journaliste en herbe en fut aussitôt décuplée, si mystère il y avait, il le percerait.  « Je m'appelle Eugene, au fait. Je ne sais plus si j'ai eu l'occasion de me présenter la dernière fois. On était un peu bourré quand même. » Eugene…. Eugene ? Il avait beau le dire et le manier sous toutes les coutures dans sa tête, cela ne lui rappelait rien. Le néant absolu. Il était convaincu à 100% de ne pas avoir un tel nom dans son répertoire. Quant à l’idée d’une soirée où il aurait trop bu… et bien, c’était probable certes mais ça remontait à longtemps. Ce qui pouvait expliquer ce trou noir dont il souffrait, à cause de toute la bière et mélanges douteux qu’il avait pu boire tout au long de la nuit. Il se remémorait vaguement une fête d’il y a plusieurs mois, organisée par –ilnesavaitplussonnom – où il était resté avachi sur un canapé à raconter des idioties avec ses potes et peut être Eugene du coup. Quelque part, il en fut rassuré, mieux valait que ce soit une histoire de cet acabit plutôt qu’un truc plus dérangeant.  « Ha oui je vois. Je suis désolé j’avais complètement zappé, j’espère que j’ai pas été trop chiant. Parfois je parle un peu trop. » Il haussa mollement des épaules, c’était le soucis de l’alcool chez lui, soit il devenait extrêmement bavard soit il se taisait, il n’y avait guère de juste milieu. Il nota dans un coin de chercher des photos de cette fameuse nuit voir si il n’apercevait pas l’étudiant. Enfin… c’était stupide il lui faisait confiance, mais sa paranoïa subséquente à ses nouvelles activités revenait au grand galop à chaque fois qu’un fait inexplicable survenait. « Tu étudies quoi ? » Il jeta un coup d’œil discret à son comparse, occupé à se dépatouiller avec son portable, non sans mal. Il ne releva pas et  répondit à son interrogation, d’un ton amical. « Je suis en école de journalisme juste là-bas derrière. » Il désigna un point dans son dos, entre des bâtiments d’allure austère qui ne donnaient pas envie de s’attarder plus qu’il ne le fallait. Tout était vétuste là-dedans, du tableau, au mobilier, en passant par les tables toutes gribouillées de notes d’élèves ennuyés. « Il me reste qu’une année et j’aurais fini, il me tarde. Et toi ? T’étudie dans le coin aussi Eugene ? » Il fit exprès d’insister sur son patronyme, qui décidément n’arrivait pas à se faire un chemin dans son esprit malgré les déclarations faites précédemment. « Tu veux de l’aide avec ça ? » Il donna un coup de menton à l’attention du téléphone, dans la mesure où il était relativement doué avec les technologies, donner un coup de main apparaissait comme évident. Qui plus est, eu égard à la concentration de Eugene, il y avait nécessairement un truc important dans l’appareil qu’il tripatouillait. Peut-être une fille trop insistante, ou une ex qui l’avait surpris aux bras d’une autre, voire pire. « On est plus très loin maintenant, c’est juste en bas. » Il voyait déjà au loin des groupes de jeunes amassés sur la terrasse reconnaissable par ses chaises rouges en plastique.

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Dernière édition par Wes Byrnes le Mar 15 Aoû 2017 - 15:29, édité 2 fois
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Eugene Andrews

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MessageSujet: Re: you say you don't know me   Lun 14 Aoû 2017 - 23:05

Eugene était perplexe sur la situation. Wes et Eugene se connaissaient-ils vraiment avant ? Wes semblait prendre pour argent comptant ce que lui disait, Eugene. C'était rassurant, car cela voulait dire que le jeune homme n'avait pas à se montrer aussi vigilant qu'il devait le faire avec sa nouvelle famille. C'était étrange de ne pas pouvoir se confier à sa mère, et lui dire combien tout ça était nouveau pour lui. Dans sa vraie vie, il n'avait jamais été particulièrement proche de cette dernière mais cela ne signifiait pas qu'il l'aimait pas, ou qu'il ne lui demandait jamais conseil. Au contraire, elle était probablement la personne en qui il avait le plus confiance sur cette planète (enfin, sur la planète sur laquelle il vivait auparavant, en tout cas). Eugene n'était simplement pas du genre à s'ouvrir sur beaucoup de choses, ou beaucoup de personnes. Il était comme il était, mais regrettait désormais de ne pas avoir profité un peu plus de ce que la vie lui offrait. Elle n'était pas tout rose, bien au contraire. Ce n'était pas pour rien si l'adolescent avait passé cette corde autour de son cou ; ce n'était même pas sur un coup de tête. Eugene avait réfléchi pendant des semaines et des semaines, des mois même avant de passer à l'acte. Il avait conscience que si l'après la mort existait, il regretterait certaines choses. Et ce qu'il vivait en ce moment, que ce soit l'au-delà ou une toute autre expérience, ne faisait que le lui confirmer. Il était tout aussi étrange de voir ce père qui se comportait plus comme un copain, comme s'il voulait à tout prix qu'ils soient amis. Et puis, il y avait ses frères et sœurs qu'ils ne connaissaient ni d'Eve ni d'Adam. Pourtant, il y avait tout ce vide qu'il devait combler, il devait faire comme si tout lui semblait naturel. La relation que son acolyte avait avec Wes, qu'elle soit réelle ou uniquement basée sur le mensonge qu'il venait de proférer, lui paraissait nettement plus saine. Parce qu'il y avait moins de choses sur lesquels mentir. Cette soirée alcoolisée avait peut-être eu lieu – et si Eugene était tombé sur la tête, que son inconscient lui avait dicté toute une histoire qui n'était pas la sienne, sauf certains détails, comme cette soit-disant rencontre avec Wes ? « Niquel. » répondit-il quand Wes mentionna le fastfood. Ce qu'il aurait donné pour un bon fish & chips... Juste pour avoir l'impression d'être un peu à la maison.
Il avait conscience de se bercer d'illusions, mais puisque Wes ne semblait pas protester, Eugene décida de profiter de la situation. Il avait désespérément besoin d'un ami, ou tout du moins, d'un allié. Quelqu'un avec qui il pouvait être à peu près lui-même. Cela ne signifiait pas pour autant qu'il ne devait pas se montrer prudent, bien au contraire. Le jeune homme devait veiller à ne pas se contredire, à mémoriser toutes les informations qu'il pouvait récupérer sur la personne qu'il était sensée être, tout en insufflant d'une certaine façon un peu de sa personnalité. « J'ai pas remarqué mais j'étais pas très frais, tu sais... » précisa-t-il, bottant en touche. Il n'aurait probablement pas tant l'occasion de le faire, alors autant battre le fer tant qu'il était chaud. Il enchaîna rapidement, sur le premier sujet qui lui vint à l'esprit. Dès que la question fut sortie de sa bouche, il la regretta aussitôt. Lui n'avait aucune idée de la réponse à offrir à Wes ; que faisait Eugene ? Etudiait-il la littérature lui aussi ? Il acquiesça d'un signe de tête, et jeta un regard rapide à l'école de journalisme à laquelle le jeune homme faisait référence. Ils devaient avoir quelques points communs ; les journalistes aimaient généralement écrire. Qu'il souhaite être reporter, journaliste de presse papier, ou de presse télévisée, il devait connaître l'importance des mots. Il avait sûrement un petit coté Hercule Poirot en plus... « La classe, ça dis donc ! » répondit-il du tac au tac, cherchant désespérément dans son téléphone un indice sur sa vocation. Par chance, au moment même où Wes lui expliquait que c'était sa dernière année, il tomba sur un téléphone de celui qui semblait être son patron. Une commande de bois ? Eugene arqua un sourcil ; il n'avait jamais été manuel. « Euh, oui, je suis... enfin, non je... comment dire ? » Il se concentra un peu plus sur son téléphone, comme pour s'assurer qu'il n'avait pas mal lu le sms, et reprit, d'un ton à peine plus assuré : « Je suis ébéniste, en fait. » Il n'avait pas hâte de devoir se rendre au boulot... Ce serait sans aucun doute une catastrophe totale. Il tâcha de se concentrer à nouveau sur son compagnon, quand celui-ci pointa du doigt son téléphone. Terriblement gêné, l'anglais sentit ses joues s'empourprer et en voulant rapidement le ranger dans sa poche, il laissa tomber son téléphone sur le sol. Une grimace déchira son visage, toujours aussi rouge, et il se baissa rapidement pour le ramasser. « Non, non. Désolée, ma mère me prenait la tête sur un truc. » précisa-t-il. Règle numéro un : toujours blâmer les parents quand on voulait faire passer un mensonge. En tout cas,  cela avait toujours fonctionné pour lui, alors... « Top. J'commence à crever la dalle. » dit-il se concentrant pour ne pas utiliser les mots anglais mais bien ceux américains. « T'es sur que ça t'gêne pas hein ? Si tu d'vais rejoindre des potes, j'comprends... » Il ne voulait pas l'embêter, bien au contraire. Il aurait peut-être d'autres occasions de croiser Wes, et cela rendrait les choses plus faciles. Mais là... il avait tellement peur de tout gâcher. Wes était probablement la personne avec qui il avait le plus de chance d'entretenir une relation à peu près similaire à celle qu'il avait... « chez lui ». Mais s'il continuait à faire preuve d'autant de maladresse, il finirait par le faire fuir... Il était tellement nerveux quand son cœur battait la chamade. Il aurait aimé que Wes le libère de cette situation grotesque et lui permette de retourner errer dans les rues et c'était pour bien la dernière chose qu'il souhaitait...

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MessageSujet: Re: you say you don't know me   Mar 29 Aoû 2017 - 20:48

Il était là sans être là, son cerveau turbinait à trois mille à l’heure à la quête d’une réponse sur le garçon qui marchait à côté de lui. Ça le gênait. Il était perturbé à cette idée de ne pas le connaitre alors que lui, savait son nom, et attendait visiblement quelque chose de sa part. Wes était mal à l’aise mais tâchait de ne pas le montrer. Pour autant, l’affaire tournait comme un programme en arrière plan sur un ordinateur, de ceux qu’on ne remarque pas à moins qu’il ne s’affiche sur l’écran pour signaler une erreur. Et si il avait décidé d’accorder le bénéfice du doute à l’étranger, IL restait toujours cette potentielle piste qu’il fut un espion en charge de démasquer ses activités non lucratives qu’il exerçait en dehors de la fac. Il était certes jeunes et loin d’avoir le même physique que le cher espion britannique mais… Il venait de mettre le doigt sur ce qui le perturbait malgré lui depuis une poignée de secondes. C’était l’accent de Eugene, propre, net avec des mots glissant sur sa langue, pas comme son anglais à lui, plus primitif où on mordait chaque consonne et syllabe par soucis de rapidité et de flemmardise. Il était anglais. Ce qui amenait de nouvelles questions sur le tapis, à commencer par celle de savoir ce qu’il faisait ici si loin de chez lui ? Un échange scolaire ? Peu probable. Une visite familiale ? Idem, ce n’était pas les vacances. Et puis il y avait cette histoire de soirée, pour peu qu’elle fusse vraie. Honnêtement il n’était pas capable de démêler le faux du vrai sur ce détail en particulier, car ça lui arrivait de sortir s’amuser comme tout ceux de leur âge. Mais il manquait une pièce au puzzle, c’était certain. Décidément, son acolyte était plein de surprises, mais après tout pourquoi insister ? Il n’avait pas l’air spécialement menaçant, et il se sentait bien en sa compagnie, comme une sensation de déjà vu sans qu’il ne sache l’expliquer. Ses cachotteries pouvaient bien attendre, il était content de croiser un nouveau visage et de sortir des sentiers battus. « Niquel. » Wes approuva du menton, et ils avancèrent d’un front commun vers le fast food, joyeux ilot coloré parmi tout les bâtiments gris et sombres du quartier universitaire. En hiver les lieux faisaient froid dans le dos, il y avait un brouillard épais dans les rues accentué par le gaz des pots d’échappement, et les élèves emmitouflés sous des couches épaisses de vêtements progressaient en groupe tels des cosmonautes en tenue de vol. Il avait hâte de quitter cet endroit, il préférait le réconfort et la chaleur du centre ville, bien plus agréable et surtout plus lumineux. Aujourd’hui cependant, son camarade à la tignasse rousse offrait un jolie contraste au paysage, une étoile en pleine collision avec la planète terre. « J'ai pas remarqué mais j'étais pas très frais, tu sais... » Il étouffa un petit rire, il était soulagé. Il était parfois une véritable plaie lorsqu’on le lançait sur des sujets qui lui tenaient à cœur et se lançait dans des diatribes interminables. Les mélanges d’alcool pouvaient être assez redoutables sur son métabolisme de brindille. « Je vois… Ca va tellement vite. » Les étudiants avaient tendance à enchainer les verres qui passaient sous leur nez sans les compter. Il y avait souvent un tel qui payait sa tournée, puis bidule qui renchérissait par dessus, et ensuite le gosier sec réclamait un peu de liquide pour étancher sa soif. Ça ne finissait que lorsque le maitre de maison décidait de mettre tout le monde dehors en coupant la musique, à moins que les flics n’aient débarqué entre temps. Il se revit plusieurs années en arrière, quand il s’était fait coursé à travers les jardins de la résidence d’un de ses amis, il avait juré de ne plus jamais recommencer. Promesse qui n’avait pas fait long feu. Il n’était pas spécialement fêtard, mais aimait les rassemblements joyeux qui comblaient son statut d’enfant unique. Avoir un frère ou une sœur était un de ses regrets, il aurait aimé avoir une personne sur qui veiller, ou le contraire. Alors il compensait à sortant régulièrement avec ses amis, ou en flânant sur son blog. « La classe, ça dis donc ! » Une lueur de fierté brilla dans ses yeux clairs, il était touché par son compliment, qu'il le pensa ou non était une autre affaire. Mais il n'avait pas spécialement de mérite, l’écriture était un truc inné chez lui, il s’était montré très curieux pour la littérature enfant, et avait décidé de mettre à profit ses lectures. Gamin il avait même tenté d'écrire un roman, une sorte d’épopée avec des chevaliers, des dragons, une pâle copie du seigneur des anneaux. Son œuvre était maintenant dans une boite en carton sous son lit avec des dessins, et peluches de sa jeunesse. Il avait donc été tout naturel pour lui de se tourner vers la voie du journalisme, à défaut de devenir enseignant, ou écrivain de renom. Il était d’avantage doué pour relater des faits plutôt que de créer de la pure fiction. Il était certes imaginatif, mais la plupart de ses créations s’apparentaient à des univers qui ne lui appartenaient pas. « Tu trouves ? On verra quand j’aurais validé tout ça. Je bosse au journal du coin en attendant. » Il avait peur pour l’avenir, la branche qu'il avait choisit n'était pas nécessairement la plus évidente. Plus les jours passaient plus il redoutait de devoir quitter Mount Oak pour se faire une place ailleurs, et ça l’effrayait. Il était trop attaché à ces vieilles pierres qui l'avaient vu grandir. « Euh, oui, je suis... enfin, non je... comment dire ? » Il haussa un sourcil confus, et rigola gentiment, il avait mis les pieds dans le plat avec sa demande. « Je suis ébéniste, en fait. » Pour être original, ça l’était. La plupart de ceux qui fréquentaient le campus s’adonnaient à des études très théoriques, là où lui avait à fortiori choisi le pratique. Il trouvait ça fascinant, d'autant plus que le bois était un élément complexe. Il fixa ses mains malgré lui, sans y déceler la moindre anicroche. Bizarre… Mais il était peut être qu’apprenti, et préservait ses instruments de travail pour plus tard. « C’est génial ça !! On a un vieux meuble à la maison qu'il faudrait réparer, si jamais… Non je plaisante rassure toi. Enfin la commode est bien abimée, mais… Tu dois avoir mieux à faire. En tout cas je suis admiratif. » Il esquissa un sourire poli, et sursauta lorsque le téléphone d’Eugene chuta devant eux. Il s'apprêtait à le ramasser, mais les joues écarlates de son camarade le stoppèrent en plein élan. « Non, non. Désolée, ma mère me prenait la tête sur un truc. » Plus ou moins ce qu'il avait déduit de lui même, en le voyant cligner des paupières sur l’écran. « Pas de soucis. » Il haussa les épaules, et reporta son attention sur le restaurant juste en bas. Il avait hâte de déjeuner, son estomac criait famine car il avait zappé de manger en partant à la va vite ce matin là. En retard, il s'était précipité pour prendre son sac, et avait couru jusque l'arrêt de bus à moitié endimanché dans un teeshirt mal repassé et son sempiternel sweat. « Top. J'commence à crever la dalle. » Ils étaient deux, tant mieux. « T'es sur que ça t'gêne pas hein ? Si tu d'vais rejoindre des potes, j'comprends... » Wes secoua ses boucles blondes d'un signe négatif, il n’avait pas de plan particulier pour le reste de la journée. Il avait promis d'aller faire des courses plus tard, et de ranger ses affaires entassées sur son lit, mais rien d’extraordinaire. Il était tellement absorbé par ces histoires de clones, et compagnie qu’il ne pensait plus vraiment au reste. « Non t’inquiète, ça me gêne pas. Allez vient. » Il passa entre les chaises, et remarqua son groupe habituel, en pleine conversation sur les examens qui approchaient. « HEY WES ! » Il leur adressa un signe de la main, et avança vers eux, en donnant une tape sur le dos de Wally qui s'amusait à retirer les feuilles de salade de son hamburger. « Salut les mecs. Ca va ? » Il obtint un rot de la part d'un des membres de la bande, à qui son voisin donna une claque sur les genoux. « Tu viens réviser avec nous tout à l’heure ? C’est qui lui ? » Il se poussa légèrement pour qu'ils puissent voir Eugene. « Je sais pas je vais voir. C'est Eugene. Eugene je te présente, Wally, Bill, et là bas c’est Lukas. » Il y eut un échange silencieux chez les garçons qui devaient déjà élaborer des théories sur celui qui se tenait à ses côtés, aussi préféra t-il couper court à toute discussion. « On va manger à tout à l’heure. » Il relâcha la pression qu'il exerçait sur son ami, et alla commander de quoi satisfaire son appétit, le rouquin sur ses talons. « Désolé ils sont un peu lourds. » Lâcha t-il pour excuser leur comportement (et encore il n'avait rien vu), puis une fois son hamburgers et ses frites prêtes, il leur dénicha une table dans la cours pour profiter du rare soleil. « Bon app’. » Il grignota un peu, et s'appuya sur le dossier, rasséréné, tout en poussant la casquette dans ses cheveux. « C’est pas les meilleurs mais ils font l’affaire. » Il désigna la nourriture grasse sur les plateaux, et poursuivit. « Qu'est ce que tu faisais sur le campus tout à l'heure ? Me dit pas que tu me cherchais quand même. » Il rigola, et le scruta avec intérêt, s'attardant sur ses traits fatigués, et tiré par l’anxiété. Ce garçon avait des problèmes, ou de trop secrets à porter. « T’as un truc de prévu cet aprem ? J'ai l’impression que t'as besoin de te changer les idées. » Il n'arrivait pas à se détacher de l’attraction qu’Eugene exerçait sur lui, il ressentait l'envie irrépressible de l'aider coute que coute.

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Eugene Andrews

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MessageSujet: Re: you say you don't know me   Dim 17 Sep 2017 - 22:33

Depuis la première fois depuis qu’il… qu’il, quoi d’ailleurs ?, qu’il avait posé les pieds sur le sol américain, dirons-nous, Eugene se sentait simplement paniqué. Et si cela pouvait paraître atroce, cela n’était rien comparé à ce qu’il avait pu vivre ces derniers jours (quatre jours, cela ne faisait que quatre jours que sa vie était devenu un cauchemar encore plus terrifiant que ce qu’il vivait auparavant…). Il faut dire que son arrivée à Mount Oak s’était faite avec perte et fracas – il avait, littéralement, perdu sa virginité, et avait apparemment blessé la demoiselle en réagissant à cette situation qu’il ne comprenait pas. Et puis, ensuite… il avait découvert qu’il était sensé être américain, avoir des frères et sœurs et surtout… faire partie des gars populaires. Epuisé de cette situation qu’il détestait, Eugene cherchait désespérément une réponse à toutes ses interrogations, sans en trouver une seule satisfaisante. L’hypothèse la plus probable lui avait semblé être qu’il était au purgatoire, condamné à expier ses pêchés (son suicide arrivant sans aucun doute en tête de liste), jusqu’à ce que les instances divines décident qu’il avait essayé payer pour ses erreurs… Et c’est donc avec une volonté inégalable qu’il s’était efforcée de faire sourire ses étrangers qui le traitaient comme l’un des leurs. Même ses parents : ils avaient les mêmes noms, les mêmes prénoms mais s’attendaient clairement à avoir une relation différente de celle qu’avait Eugene avec eux. C’était touchant, flatteur même mais résultat, Eugene avait encore plus l’impression de devoir marcher sur des œufs, pour ne pas briser ce que ce Dieu, dont il ne connaissait rien en réalité, avait construit, pour qu’il obtienne rédemption. Complètement paniqué, il ne vivait que sur des minutes de sommeil volées à droite à gauche. Il faut dire qu’en plus d’œuvre à sa rédemption, Eugene avait également cherché à retourner d’où il venait. Les premières douze heures de cette nouvelle vie, il avait envisagé de prendre tout simplement un avion pour l’Angleterre, et de retourner chez lui, là où sa vraie vie l’attendait – vie qu’il chérissait étrangement plus qu’au moment où la corde s’était resserrée autour de son cou. Mais, rapidement, ils s’étaient rendus compte que son compte bancaire n’était plus reconnu, pas plus que son compte facebook… Son adresse email, elle, semblait identique mais malheureusement, son contenu différait, et Eugene avait fini par capituler : la personne qu’il était (ou pensait être) et celle qui existait étaient deux personnes distinctes. Coincé dans ce rôle pour lequel il n’avait jamais passé aucun casting, Eugene se sentait un peu plus détendu en compagnie de Wes. Cela ne se voyait certainement pas, mais l’ébéniste (puisqu’il était apparemment manuel dans cette vie…) arrivait un peu mieux à respirer. Chaque question n’en était pas moins potentiellement un piège qui le ferait repartir de zéro (du moins, il imaginait que c’était une possibilité, puisque plus rien ne semblait dépasser les limites de l’entendement – il se retrouvait tout de même à vivre dans un univers où il existait sans vraiment être lui-même…), et il se devait de faire attention. Eugene ne savait pas vraiment pourquoi il se sentait un peu mieux. Certes, il connaissait Wes, mais une fois de plus, ce n’était pas ce Wes là qu’il connaissait. Cela aurait été bien trop simple… Etait-ce parce qu’il était la première personne avec qui il échangeait, qui ne le connaissait pas ? Ou y avait-il quelque chose d’autre ? En tout cas, c’était agréable. Si le courant passait entre eux, il y avait de fortes chances pour que Eugene cherche à multiplier les rencontres… Wes donnait l’illusion d’une familiarité qui manquait au jeune homme -  et sa compagnie semblait faire autant d’effet sur Eugene qu’un lexomil : un peu de répit, enfin. Le blondinet ne se rendait probablement pas compte de l’impact qu’il avait sur le rouquin, à quel point cette intermède dans sa vie bien trop compliquée, pourrait s’avérer salvateur.
Lorsqu’un rire, léger mais sincère, s’échappa des lèvres de son camarade, Eugene se détendit encore un peu plus. Son mensonge semblait vraiment tenir la route, et plaider l’ivresse lui permettait d’éviter de gaffer. Si le jeune homme s’avérait un peu trop curieux, il lui suffirait de prétendre avoir commencé la soirée chez des amis, et ne pas savoir où il avait atterri, ni même comment il y était allé. Eugene, qui n’avait jamais vraiment apprécié le goût de l’alcool, ne savait pourtant pas ce que c’était que de se prendre une cuite, mais par chance, les livres qu’il lisait, étaient suffisamment documentés sur la question pour qu’il soit capable d’en décrire certains symptômes. « Tu l’as dit », se contenta-t-il pourtant de répondre quand Wes souligna la vitesse à laquelle il était possible de s’enivrer. Il aurait aimé pouvoir discuter un peu plus avec son nouvel ami sur le sujet, pas parce qu’il estimait manquer d’expériences, de moments de jeunesse (bien que ce soit le cas), mais parce qu’il n’avait pas l’impression de jouer sa vie, ou celle de cette personne qu’il incarnait, à chaque réponse. Il aurait pu certes se tromper sur l’alcool préféré d’Eugene, mais ce n’était pas si grave, et encore moins avec un parfait inconnu. Pourtant, Eugene n’avait pas assez d’aplomb pour prétendre être incollable en la matière, quand il se contentait d’une bière aux repas de famille. Et encore, c’était plus pour faire plaisir à son père, que pour réel attrait pour cette substance houblonne. Mais rapidement, la conversation tourna et Eugene décida de l’interroger sur son sujet d’études, oubliant quelques secondes qu’il était vraiment… à moins que ce ne soit qui il devait être ? Sincèrement admiratif, il ne put que féliciter son comparse sur le sujet, et apprécia la mesure et la modestie dont il fit preuve. Au cours de ses études en Angleterre, le rouquin avait eu l’occasion de constater que bon nombre des étudiants en journalisme étaient imbus d’eux-même, et se dirigeait vers cette carrière car elle était prestigieuse, et pas nécessairement par réelle passion. Eugene avait toujours trouvé cela dommage ; c’était à cause de personnes comme eux qu’il était si compliqué de lire un bon journal ou de trouver un reportage engagé qui présentait pourtant les pour et les contre de son avis. Il y avait bien des avis critiques rédigés mais Eugene avait parfois l’impression qu’il ne passe par une forme de censure, à moins qu’ils n’aient été vitriolés. Et, sans qu’il ne se l’explique, il était persuadé que Wes ne faisait pas partie de cette catégorie-là. Peut-être ne faisait-il que projeter ce qu’il désirait, peut-être même qu’il serait déçu en apprenant à connaître l’étudiant, mais quelque chose en lui semblait lui crier d’être en confiance, qu’il n’avait rien à craindre. « C’est bien, tu as déjà un pied à l’étrier comme ça. Il parait que le plus compliqué, c’est de mettre un pied dans un journal, mais qu’après, en travaillant dur, et en s’acharnant, on finit toujours par obtenir une place quelque part… » Du moins, c’était ce que certains journalistes lui avaient dit, quand il les avait rencontré à un forum d’orientation. Eugene avait rapidement abandonné l’idée d’exercer cette profession : il n’aimait pas spécialement jouer les détectives, et s’il aimait être correctement renseigné sur les sujets sur lesquels il avait un avis, il préférait de loin laisser parler son imagination, que de vérifier dans ces différentes sources qu’il n’avait rien écrit d’erroné. A l’inverse, Eugene fut sincèrement étonné de l’enthousiasme dont fit preuve son camarade lorsqu’il parla de son nouveau métier. S’il avait appris l’information presqu’en même temps que Wes la découvrait, il s’était concentré sur sa déception de ne pas poursuivre des études plutôt que sur ce que cela signifiait. Eugene ne s’était jamais imaginé réussir dans quoique ce soit de manuel, mais si son homologue y arrivait, pourquoi pas, lui ? En tout cas, l’enthousiasme dont Wes faisait preuve, fit revoir sa copie à Eugene, qui avait probablement jugé ce métier un peu trop hâtivement. Et puis, sans qu’il ne sache pourquoi, la perspective d’aider Wes à réparer un de ses meubles rendait l’apprentissage de ce métier, bien plus attrayant… Peut-être pourrait-il lui réserver une surprise, d’ici quelques mois ? Une façon bien à lui de le remercier, de ce moment de répit qu’il lui accordait. Eugene espérait sincèrement qu’ils seraient nombreux, mais pour l’heure, celui-ci était terriblement précieux, et le rouquin savait pertinemment qu’il ne pourrait jamais rendre la pareille à Wes – et quelque part, il ne le souhaitait pas : cela signifierait qu’il traversait quelque chose d’aussi terrible… « C’est gentil. J’ai pas mal de boulot ces derniers temps, mais je te ferai signe quand mon emploi du temps se libère, si tu veux. Tu pourras même m’aider. » C’était idiot, de faire des plans sur la comète de la sorte. Eugene ne savait pas où il serait demain, et encore moins dans quelques mois – temps qu’il estimait nécessaire à l’apprentissage de son nouveau métier, s’il s’y donnait corps et âme. Peut-être aurait-il enfin posé les pieds au Paradis…
Ils ne tardèrent plus à arriver au fast food, et reprenant conscience de l’étrangeté de cette conversation, Eugene chercha à se dérober, mais surtout à s’assurer qu’il ne risquait pas d’importuner son nouveau camarade. Son sentiment de s’incruster ne fut qu’exacerber quand des amis de Wes les abordèrent, visiblement curieux de découvrir qui pouvait bien être Eugene. Ne comprenant pas vraiment l’attrait que son identité pouvait avoir pour eux, Eugene se contenta de leur offrir un sourire gêné, et un signe de main maladroit. Apparemment, la chance était de son coté, puisqu’aucun des amis de Wes ne semblait le reconnaître. Pourtant, d’une certaine façon, Eugene se sentait encore plus seul que ce n’était le cas une demi-heure plus tôt en voyant ce groupe de jeunes hommes occupés à dévorer des hamburgers et à faire les idiots. Lui n’avait jamais eu d’amis comme ça. Les amis qu’il avait eu se contentaient de discuter de sujets sérieux, et s’ils faisaient des blagues, elles étaient toujours drôles et subtiles. Ce groupe d’amis, qui se dessinait devant ses yeux, semblait plus… brut, et c’était exactement ce que Eugene enviait chez eux. Ils étaient eux-même, sans avoir à cacher ce qu’ils étaient d’une façon ou d’une autre. Peut-être que si Eugene avait osé formuler ses souffrances devant ses amis, il n’en serait pas là… Il lui fallut quelques secondes pour réagir quand Wes s’éloigna de la table, mais il ne tarda pas à le rejoindre, regrettant sincèrement qu’il n’y ait pas de fish & chips… « T’inquiète, ils sont marrants. » Il se serait damné pour un morceau de cabillaud pané et des frites bien grasses, comme seule sa grand-mère savait les faire. A défaut, il décida d’opter pour un hamburger au poisson, même si le choix était risqué : il ne connaissait pas l’établissement et savait son estomac fragile… Ravi d’avoir pensé à fouiller les tiroirs de cet Eugene dont il ne connaissait rien, il paya rapidement la caissière, laissant un pourboire de 20% comme il avait entendu dire qu’il était coutume de le faire, et rejoint Wes à sa table. « Toi aussi. » lança-t-il, avant de mordre dans son burger, qui était finalement meilleur qu’il ne se l’était imaginé. Par chance, il était en train de mâcher quand Wes lui demanda ce qu’il faisait sur le campus, et tenta une touche d’humour, lui demandant s’il était venu le chercher. « Non, non. J’me promenais juste, je sais pas vraiment comment je suis arrivé sur le campus. » Pour le coup, ce n’était pas la peine de mentir. Mais il était vrai qu’il avait été quelque peu idiot de ne pas penser plus tôt à chercher cette tête familière sur le campus… « En tout cas, c’était une agréable surprise. C’est cool qu’on s’soit croiser. » précisa-t-il, d’un air faussement détaché. Ce n’était pas « cool », mais « salvateur ». Rapidement, pourtant, le jeune homme changea de sujet, touchant Eugene plus qu’il ne l’imaginait. Quand il lui fit remarqué qu’il n’avait pas l’air en très grande forme, Eugene posa son sandwich, et s’essuya la bouche. Cela se voyait donc tant que ça ? Il observa Wes quelques secondes, scrutant son visage à la recherche d’une réponse à une question qu’il n’arrivait même pas à formuler, mais tout ce qu’il y trouva fut une sincère inquiétude, et il n’eut d’autres choix que de s’en contenter. Haussant les épaules, il se contenta d’un « Rien de prévu, non… » Il préféra ne rien dire sur la deuxième partie de la phrase du jeune homme, ne sachant pas vraiment quoi dire. S’il commençait à parler, il n’était pas certain de savoir déguiser la vérité… « Tu proposes quoi ? » reprit-il, ravi de voir que ce répit ne serait pas de courte durée.

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MessageSujet: Re: you say you don't know me   Mer 1 Nov 2017 - 13:35

Il aimait rencontrer de nouveaux visages, bousculer un peu son quotidien en lui tordant le cou, sortir des sentiers battus en quelque sorte. Ça faisait du bien de remettre les choses à plat pour les analyser une seconde fois, et découvrir au passage qu’on avait peut-être manqué un truc important. C’était l’effet que lui faisait la compagnie d’Eugene. Plaisante et intrigante. Il avait abandonné tout espoir de le resituer dans sa vie, et prenait au comptant ses mots. Qu’importe si ils étaient faux… Qu’est ce qui pouvait lui arriver de toute façon ? Il n’avait pas vraiment l’air de bosser pour une société de clones qu’il aurait attaqué via son écran, et encore moins l’allure d’un flic. Ce qui était certain, c’est qu’il était paumé, ça se ressentait à travers son air absent et désorienté quand il parlait, mais ça pouvait très bien s’apparenter à de la fatigue ou à des problèmes personnels. Il n’était pas là pour juger. Lui-même était souvent complètement à l’ouest, entre ses cours, son tutorat, et ses activités annexes, il enchainait les nuits blanches, et le manque de sommeil commençait à se faire ressentir. La veille, sa mère l’avait retrouvé endormi sur la table de la salle à manger, la bave au coin de la bouche, et une fourchette à la main. Penaud il était remonté dans sa chambre tel un zombie pour s’écrouler dans son lit, non sans subir une leçon de moral à travers la porte. Être enfant unique n’était pas de tout repos, il cumulait à lui seul les expectatives de sa famille (une personne ceci dit, il ne connaissait pas son père), et subissait par conséquent les remontrances si nécessaires. Celles-ci étaient cependant rares ou succinctes, il n’était pas un mauvais garçon, et avait toujours tout fait pour faciliter la vie de celle qui l’avait élevé toute seule. À part une poignée d’heures de colle à droite et à gauche, il n’y avait rien de particulier à signaler. Hormis bien sur ce qu’il trafiquait sur son ordinateur, mais ça c’était un secret qu’il gardait pour lui. Ébruiter ce genre d’occupations était synonyme de tracas, il suffisait de voir n’importe quel bouquin ou film pour le savoir. Moins il y avait d’intermédiaire, et mieux l’information était protégée. Même sa bande de potes qui mangeait juste devant lui n’était pas dans la confidence. Ce n’était pas l’envie qui lui manquait de tout leur déballer, précisément quand il devait jongler avec des affaires un peu retorses (et donc incroyables), mais il muselait autant que possible son côté bavard pour se protéger et les protéger. Les espions, commanditaires et sbires en tout genre de Eron Delenikas avaient des oreilles partout.  

Il étouffa un soupire et prit une bouchée de son hamburger, qui fit taire provisoirement les grognements persistants de son estomac. Il était définitivement trop tard pour commencer une alimentation saine, et purger son corps de toutes les saloperies qu’il grignotait à longueur de journées, mais il était un irréductible de la malbouffe. « Non, non. J’me promenais juste, je sais pas vraiment comment je suis arrivé sur le campus. » Il opina du menton par compassion, lui aussi se retrouvait régulièrement à l’autre bout de la ville sans réellement se rappeler ce qu’il était venu faire en premier lieu. Il suffisait qu’il se mette à réfléchir, ou qu’il écoute de la musique pour dévier de sa trajectoire initiale. Un défaut de l’attention sur lequel il travaillait, sans vif succès jusqu’à présent. « En général on adore souvent se torturer et revenir à l’endroit où on souffre le plus. » Il étouffa un sourire, et jeta un coup d’œil aux bâtiments sombres universitaires qui s’élevaient en amont. Vu comme ça  ils ne donnaient pas spécialement envie d’y rester, l’architecture lugubre renforçait la froideur des lieux dans lesquels des centaines de gamins venaient s’instruire quotidiennement. Ou plus pour certains d’entre eux qui aimaient braver les interdits. Lui-même n’avait pas d’avis tranché, il y avait les jours avec, et les jours sans. Tantôt la flemme était grande de quitter son lit pour venir ici, tantôt il était ravi à l’idée de retrouver sa bande de potes avec qui il s’asseyait en groupe tout au fond de l’amphithéâtre pour refaire le monde. Aujourd’hui il oscillait entre les deux. « En tout cas, c’était une agréable surprise. C’est cool qu’on s’soit croiser. » Il approuva gauchement, la bouche pleine à cause des frites. Il était clair que si leur dernière entrevue remontait à une quelconque soirée où ils n’avaient pas échangé leurs numéros, ni même leurs prénoms (enfin pas lui visiblement ?), la probabilité pour qu’ils se croisent à nouveau était clairement une surprise. Une bonne surprise toutefois, le rouquin était – avait l’air – de quelqu’un de sympa en dépit de son drôle d’accent anglais qui lui donnait l’allure d’un lord anglais coincé dans le corps d’un adolescent. « Ouaip. Ça me fait plaisir. » Il était sincère en disant ça, car même si ce n’était pas ce qu’il avait forcément prévu de faire, leur discussion lui permettait de remettre à plus tard ses obligations. Qui plus est, sa présence n’avait rien de désagréable, au contraire. Il avait un semblant de déjà vu, sur lequel il n’arrivait pas à mettre le doigt, mais qu’il savait néanmoins proche. Étrange. « Rien de prévu, non… Tu proposes quoi ? » Il haussa mollement des épaules, il n’avait pas songé à un truc en particulier quand il lui avait posé la question. Il avait juste trouvé ça naturel de lui proposer d’aller se détendre en centre-ville ou ailleurs, histoire de chasser cette ride d’anxiété qui barrait le front de son ami. Si il pouvait lui permettre de le divertir et lui faire momentanément oublier ses tracas, il le faisait volontiers. Il était passé par là à de nombreuses reprises, et avait été heureux de trouver ses proches pour souffler un peu. Même une seconde. « Je sais pas. Mmmh. On peut aller se promener un peu, aller vers les quais, ou trainer dans le centre. Ce que tu veux. » Parfois il suffisait de déambuler dans Mount Oak, flirter avec les vitrines des boutiques, et écouter le son des voitures et du brouhaha ambulant pour être dépaysé. « Faut juste que je rentre pas trop tard j’ai promis à ma mère de l’aider avec des vieux trucs. » Il s’était engagé à l’accompagner chez son grand père pour vider ses meubles et faire un peu le tri dans son fourbi. Ce dernier les quittait prochainement pour une maison de retraite, et il était nécessaire que tout soit bouclé avant son départ. Et Wes s’était trop décommandé auparavant pour ne pas louper cette ultime date butoir. Il avait mal au cœur de le voir partir et abandonner cette maison pleine de souvenirs, mais seul et âgé, il lui était devenu trop difficile de rester là-bas, en dépit de l’aide que lui et sa mère lui apportaient. C’était pour ça en partie qu’il avait attendu le dernier moment pour y aller. Il n’était pas prêt à dire au revoir. « Ça fait longtemps que t’es ici  sinon? A Mount Oak ? » Il y avait plusieurs explications logiques à son accent, des parents originaires de la grande Bretagne ou un élève en échange scolaire. L’un comme l’autre, il l’envia. Lui qui n’avait jamais mis les pieds hors de la ville, rêvait de partir à l’étranger, d’explorer le monde et voir des cultures différentes. Mais sans un sous en poche (ou presque), ses désirs restaient au statut de fantasmes. Provisoirement en tout cas.

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