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Wes Byrnes

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MessageSujet: ☑ the truth runs wild like a tear down a cheek ○ sebastian.   Mer 21 Juin 2017 - 18:15

sebastian & wes.
this voice inside has been eating at me,
trying to replace the love that I fake.




- - - - - - - - - - - - - -

Il détestait cet endroit, il détestait ses amis, et il détestait cette musique criarde qui lui vrillait les tympans.

Si il avait pu se téléporter ailleurs ou bénéficier d’un quelconque don similaire, il se serait empressé de partir à l’autre bout du monde. De préférence dans un endroit calme, où personne ne viendrait le chercher ou l’embêter. Avec un peu de chance Justine en serait même ravie, elle qui prenait désormais un malin plaisir à le tourmenter afin de lui faire payer son absence, et plus particulièrement ce qu’elle qualifiait d’abandon. Alors oui, il était parti quelques années plus tôt afin d’aller étudier ailleurs, et l’avait laissé derrière lui avec une mère qui n’était pas la sienne.  Mais lui, leur père, objet de ses propres démons avait été là pour contrebalancer son départ physique. Tout ça avant qu’il ne s’évapore à son tour, forçant son fils à revenir à Mount Oak, qu’il avait pourtant mis des années à fuir. Il se sentait insignifiant et écrasé ici, pas à sa place, comme si tous ses démons s’étaient réunis au même endroit pour le faire souffrir. Et maintenant qu’il était de retour, sa sœur ne se privait pas de l’accabler de reproches futiles, sous couvert de ce personnage moribond et abject qu’elle était devenue. Il avait eu vent de son comportement tout récent et de ce qu’elle avait fait dans son dos : des actes qui ne collaient pas avec l’adolescente joyeuse qu’elle avait pu être. Il avait quitté une amie, pour retrouver un monstre sombre et retord qu’il faisait tout pour éviter. Les premiers mois avaient été compliqué, mais par indulgence il avait mis tout ça sur le compte d’un mal être personnel avant de réaliser que si lui était le même, elle, ne serait jamais plus pareil. Et à force d’essuyer des chapelets d’injures il avait abandonné. Il ne se fatiguait plus à comprendre ce qui la motivait, ni ses choix, elle était grande maintenant elle n’avait plus besoin de lui (phrase qu’il entendait une bonne  vingtaine de fois par jour).

C’est pourquoi il faisait de son mieux pour ne pas se retrouver à la maison coincé entre ces deux femmes devenues étrangères, et saisissait toute occasion pour s’échapper. Il allait tantôt dehors trainer seul dans les rues, et parfois  il allait trouver refuge chez sa tante, qui détenait le titre au combien prestigieux de véritable figure maternelle. Elle-même par ailleurs restait pantoise quant au destin tragique que son ainée empruntait suite à l’évanouissement de son mari, situation qui ne faisait qu’empirer à cause de ces groupes d’illuminés qu’elle fréquentait assidûment. Par pitié il s’était dévoué la semaine précédente à l’accompagner là-bas, et avait été consterné par le spectacle affligeant que ces gens offraient à l’œil inconnu. Une brochette de cinglés persuadés qu’il fallait voir dans ces disparitions successives de leurs proches, un quelconque signe de Dieu. La belle affaire, son père où qu’il fut pouvait prolonger ses vacances, il ne lui manquait pas. Ce soir cependant il s’était laissé embarquer par des vieilles connaissances du lycée, de celles qu’on voit ponctuellement pour parler du bon vieux temps et de toutes ces anecdotes stupides qui ne se perdent pas en dépit des années qui passent. Il appréciait leur compagnie à petite dose car il lui semblait que si lui avait la prétention d’avoir grandi un minimum, eux persistaient à végéter vers le bas. Et ses doutes avaient été rapidement confirmés, lorsqu’ils avaient décidé de venir à cet endroit en particulier. Comme si ses tracas n’avaient pas été suffisants, ils venaient en rajouter une autre couche par-dessus. Parmi tous les bars de la ville, ces imbéciles avaient décidé de se rendre au Glow, réputé pour être le QG des homosexuels de Mount Oak, autrement dit sa bête noire. Enfin…C’était compliqué pour dire vrai. Lui ne l’était pas et eux non plus d’ailleurs. Il se le répétait sans cesse quotidiennement tel un mantra ou une supplication qui, si on le disait avec suffisamment de conviction pouvait se réaliser. Ce qui s’était passé lorsqu’il était plus jeune était un bref moment d’égarement; il aimait les filles, il le savait c’était encré en lui, et pas autrement. Toutefois venir ici le mettait mal à l’aise, et il avait bien essayé de leur dire par d’autres moyens, mais on s’était évertué à lui rire au nez. « Ca te pose un problème Byrnes ? T’as peur de quoi ? T’es pas gay tfaçon, ils te toucheront pas, t’es pas leur genre. » Il avait mollement haussé les épaules, et aussi simplement que ça il les avait suivi une bouteille de bière à la main.

C’était le chaos tant à l’intérieur de la pièce étouffante, que dans son corps recroquevillé sur lui-même. Son visage était écarlate, et il retira sa  casquette qu’il fourra dans une des poches de son sweater ouvert. Autour de lui des garçons s’étaient mis à danser sur le son des basses assourdissantes, tandis que lui cherchait à ne pas fixer son regard trop longtemps sur tel ou tel corps à moitié dénudé qui passait devant lui. Il était mal, très mal. Il suffoquait là-dedans, et son rythme cardiaque avait accéléré, il craignait qu’on ne le surprenne là-bas sur sa chaise dans une position inconfortable. Mais qu’on le surprenne à quoi en définitive ? Qu’avait-il à se reprocher ? Il ne faisait rien de mal, il se contentait de prier intérieurement pour que les mecs décident de partir ailleurs. « T’as vu ce mec-là ? Regarde les ils s’embrassent !!! » Il fut tiré de sa réflexion momentanée par une remarque de haut niveau d’un de ses camarades. À quoi s’attendait-il ? Ils étaient dans un bar gay, pas dans un salon de thé. Celui-ci lui donna un coup sur l’épaule, et parti rejoindre les autres, l’abandonnant, ses pupilles claires perdues sur l’assemblée avec un sentiment de désespoir renouvelé face au merdier de son existence. Il soupira et décida qu’il en avait assez fait pour la nuit, il préférait encore affronter sa cadette plutôt que de s’éterniser davantage. Il se faufila dans l’assistance en titubant un peu sous l’effet de l’alcool, et évita de justesse de se retrouver au bras de quelqu’un qui le tirait maladroitement par le coude. La sortie lui paraissait à la fois loin et proche... Quand soudain, il LE remarqua. Il cligna des paupières. Impossible. Les lumières se réfléchissaient sur le sol, et LUI n’était plus le personnage encré dans sa mémoire, mais plutôt une apparition un peu brumeuse, d’une tendresse ineffable et aux cheveux ébouriffés. L’adorable et rebelle Sebastian qui se cachait régulièrement dans l’arrière-cour de ses rêves mélancoliques. Le temps qu’il réagisse, il était déjà trop tard, car il l’avait aperçu à son tour. Le destin était d’une cruauté parfaitement gratuite. Et tous ses mensonges dans lesquels il s’agglutinait depuis des lustres ne résisteraient pas à ça. Lorsqu’il le vit s’approcher, il paniqua. Wes était essoufflé, et des plaques rouges vif lui chauffaient les joues : il resta ahuri devant lui, clignant des yeux, le sang battant dans ses veines, oubliant tous ses plans soigneusement préparés en vue de retrouvailles imposées. « Hey. » Se contenta-t-il de dire en se tortillant sur lui-même, visiblement dérangé par cette apparition soudaine qu’il n’avait jamais envisagé revoir de sa vie. Il avait tout fait pour que ça n’arrive jamais, coupant les ponts drastiquement afin que nul ne revienne sur ce qui s’appelait désormais l’incident dans son vocabulaire à lui. Malgré tout le souvenir brûlant de ce qui s’était passé cet après-midi-là était gravé de façon indéniable sur son nerf optique.

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-when kids are walking 'round the hallway plagued by pain in their heart a world so hateful some would rather die than be who they are, no law is gonna change us strip away the fear underneath it's all the same love about time that we raised up, and I can't change even if I tried even if I wanted to; love is patient love is kind. | @ macklemore.
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Sebastian Bacigalupo

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MessageSujet: Re: ☑ the truth runs wild like a tear down a cheek ○ sebastian.   Dim 25 Juin 2017 - 16:11

Armé de son crayon et de son bloc-notes, Sebastian était occupé dans la réserve à remplir un petit chariot avec les alcools qui commençaient à manquer derrière le bar et qu’il fallait donc renflouer. Le ronflement de la musique, même à l’étage inférieur, lui parvenait mais, au moins, à la cave il faisait frais. Le jeune homme attrapa une bouteille qu’il glissa avec les autres et cocha la case adéquate avant de vérifier s’il avait bien tout ce qu’il fallait. Il nota sur la feuille qui jouxtait la large armoire que l’un ou l’autre stock approchait de sa fin et qu’il faudrait en commander un nouveau casier puis il rangea son matériel et attrapa le chariot par la barre métallique avant de le tirer vers le minuscule ascenseur qui servait à monter la marchandise au niveau du bar. Dès que les portes s’ouvrirent, les notes assaillirent le jeune serveur et il sentit les basses résonner dans sa cage thoracique. Il faudrait peut-être qu’il aille dire à Sam de baisser un peu la musique mais il poussa d’abord son chargement vers l’arrière salle et il entreprit de ranger les bouteilles avec les autres, afin que tout soit à portée de main si l’un des barmen arrivait à bout de l’une de ses bouteilles. Enfin, il émergea des coulisses pour rejoindre la salle – qui était comble, comme souvent les week-ends – et il salua ses collègues de poignées de main et de bourrades sur l’épaule.
- Tout se passe bien ? s’enquit-il, plus par habitude que parce qu’il éprouvait la moindre inquiétude.
Leur équipe roulait à la perfection. Ils travaillaient ensemble depuis de longs mois, voire quelques années, et chacun connaissait sa place, ce qui permettait au GLOW de fonctionner non stop sans que la qualité du service en pâtisse.
- Comme sur des roulettes, lui répondit-on. Les gens dansent, boivent, discutent, rigolent. Et puis il y a le groupe de crétins occasionnel qui ne semble être venu là que pour assister à un spectacle.
L’ironie du ton n’échappa pas à Sebastian qui haussa un sourcil perplexe. Il arrivait en effet que des bandes viennent dans l’unique but de s’amuser et des gens de même sexe qui s’embrassaient semblait être une distraction extraordinaire. Généralement, c’était assez inoffensif mais il y avait déjà eu quelques cas qui avaient failli mal finir. La réputation du bar n’était pourtant plus à faire et ceux qui en passaient le seuil savaient pertinemment qu’ils pénétraient dans un lieu où l’orientation sexuelle n’était pas un frein, où, au contraire, les gens qui se sentaient mal ailleurs venaient pour se retrouver dans une communauté qui les acceptait et les laissait être qui ils étaient. À quelle catégorie appartenait le groupe qui se faisait remarquer cette fois ?
- Lequel ? demanda Sebastian avant de jeter un œil dans la direction indiquée.
Un instant, le jeune homme fit la grimace en reconnaissant certains visages qui dataient de cette période ancestrale qu’était le lycée. Bien sûr, il fallait que ce soit une bande de types qui avaient fréquenté les mêmes bancs d’école que lui. Toutefois, cela n’ébranla pas Sebastian outre mesure. Depuis qu’il vivait parmi cette communauté, il avait appris à assumer qui il était et les gens qu’il aimait. Ça n’avait en soi pas été une épreuve insurmontable mais il avait pu découvrir, au contact de ces gens à l’aise avec leur couple, que les autres n’avaient que l’importance qu’on voulait bien leur donner. Or, depuis qu’il avait été jeté de chez lui par son père quand celui-ci avait été confronté à son homosexualité, Sebastian s’était juré qu’il ne laisserait personne le rendre misérable ou lui donner l’impression qu’il ne valait rien. Et il fallait dire qu’à vivre au quotidien avec son entourage actuel, il avait tendance à oublier que toutes les mentalités n’évoluaient pas à la même vitesse et qu’il restait toujours, dans la vie de tous les jours, des pauvres types comme ceux qui se croyaient présentement au zoo et qui, s’ils ne faisaient rien de mal fondamentalement, avaient tendance à raviver des peurs et des intolérances que le GLOW n’accueillait pas. Alors Sebastian tiendrait le groupe à l’œil, juste pour s’assurer que ça ne dérapait pas, et agirait si nécessaire. Qu’importe s’ils le reconnaissaient et se payaient sa tête, le jeune homme n’allait certainement pas baisser les yeux devant eux.
Du moins était-ce sa seule pensée jusqu’à ce qu’il remarque le dernier larron, celui dont le malaise évident transpirait dans chaque détail, de la pose embarrassée jusqu’au regard fuyant qui ne semblait pas savoir où trouver refuge. Sebastian fixa Wes avec l’horrible impression d’être ramené de force sept ans en arrière, ce qui était loin d’être agréable, mais ce qui ne semblait être rien du tout comparé à ce que devait ressentir son ancien coéquipier à cet instant précis. Oubliant instantanément le reste de la bande hilare et probablement bien imbibée, Sebastian se tourna vers le bar et tapota celui-ci pour attirer l’attention de son collègue.
- Tu me sers quelques shots ? Et une bière.
Le plateau fut rapidement garni de verres minuscules aux couleurs de l’arc-en-ciel et Sebastian darda un regard désabusé sur son compagnon, l’air de dire ‘vraiment ? L’autre se contenta d’un sourire et d’un haussement d’épaules, comme pour dire qu’il n’avait pas pu résister et Sebastian s’empara du plateau. Toutefois, le temps qu’il reporte son attention sur la chaise où était assis Wes un instant plus tôt, celui-ci s’était volatilisé. Le jeune serveur scanna la foule du regard et finit par localiser son ancien camarade qui se dirigeait vers la sortie. La tentation de le laisser échapper chatouilla Sebastian mais à ce moment-là, Wes leva le nez et croisa son regard et Sebastian sut qu’il ne pourrait plus échapper à la confrontation. Prenant une profonde inspiration, il serra les bords de son plateau et entreprit de combler la distance qui le séparait du jeune client. Sebastian ne le quitta pas des yeux, comme si Wes était le phare dans une tempête infernale, le reste de la clientèle se fondant dans une masse informe et indistincte donc le jeune Bacigalupo n’avait plus rien à faire. Aussi assista-t-il à la panique qui semblait tout à coup prendre Wes en tenaille et cela le conforta dans l’idée qu’il tenait à montrer qu’il vivait bien son exil, que ça avait peut-être été douloureux à l’époque mais qu’à présent, il était là où il était censé être et que rien ne l’aurait délogé du GLOW.
Sebastian ne s’arrêta que lorsqu’il fut à un mètre de Wes et il le considéra d’un air grave avant de lâcher, d’un ton qui se voulait neutre :
- Salut.
Il réalisa qu’il n’avait pas réfléchi une seule seconde à ce qu’il dirait au jeune homme. Il l’avait rangé depuis si longtemps dans un coin de sa tête que l'idée de le recroiser ne lui avait pas effleuré l’esprit. Mais ça ne signifiait pas pour autant qu’il l’avait oublié. La preuve : à peine avait-il entraperçu les traits familiers qui n’avaient finalement pas vraiment changé qu’il avait ressenti un besoin irrépressible d’approcher la source de son éviction. Wes n’y était pourtant pour rien. Si Sebastian s’était retrouvé à la rue c’était parce que son père n’avait pas toléré que son fils embrasse un garçon mais c’était surtout sa faute à lui. Jamais il n’aurait dû risquer que son père le découvre et amener Wes sous un faux prétexte chez lui n’avait fait que déclencher une situation qui était finalement qu’inévitable. Tôt ou tard, son père aurait découvert son homosexualité et la conclusion aurait été la même. La seule différence, c’est que ça aurait pu attendre qu’il ait vingt ou vingt-deux ans et non qu’il se retrouve sans toit à l’âge de dix sept ans, alors que sa dernière année de lycée n’était même pas terminée.
- Tiens. Tu m’as l’air d’avoir besoin d’un petit remontant, déclara-t-il enfin en tendant son plateau en direction de Wes.
Sebastian était incapable de déterminer si la vue de Wes lui faisait plaisir ou si, au contraire, elle faisait un trou dans sa poitrine mais il n’aurait pas pu rester à distance. Pas tant que le jeune homme restait à portée de main ou de voix, il aurait fallu qu’il se dissolve dans l’air pour lui échapper.
Comme il l’avait fait sept ans plus tôt.
- Ce sont les disparitions qui te ramènent en ville ?
A quoi bon tourner autour du pot ? Au fond, c’était tout ce que Sebastian voulait savoir : ce que faisait Wes à Mount Oak et s’il comptait rester longtemps. Et peu importe si ça ne le regardait pas vraiment. L’illusion de connexion qu’il avait eue avec son coéquipier le poussait à sortir de ses retranchements. Parce que ça n’avait été que ça, n’est-ce pas ? Une illusion. Une illusion amère qui avait mené à une désillusion brutale. Mais Sebastian ne reprocherait pas à Wes d’avoir eu peur. Ils étaient des gamins à ce moment-là.
Désormais, cependant, ils ne l’étaient plus.

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I can understand how when the edges are rough and they cut you like the tiny slivers of glass and you feel too much and you don't know how long you're gonna last.

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Wes Byrnes

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MessageSujet: Re: ☑ the truth runs wild like a tear down a cheek ○ sebastian.   Mer 28 Juin 2017 - 21:10

Il coulait comme une pierre. Une drôle de sensation que celle de ne plus être maitre de son propre corps, et de l’observer de l’extérieur sans être capable d’agir ou de dire quoi que ce soit. Il lui semblait qu’on l’avait poussé la tête la première dans la mer et qu’il ne savait pas nager. Tient va la dedans et essaye de t’en sortir tout seul. Quiconque était là haut dans le ciel devait bien se marrer, et Wes aurait eu un mot à lui dire. Ou plutôt deux pour être exact : Merde, pourquoi ? Après toutes ces années passées à éviter Sebastian, il fallait qu’il tombe sur lui au Glow, et pire : qu’on les force à se parler. Tout ce travail sur lui à enfouir ce qu’il avait vécu à l’époque en sa compagnie lui retombait brutalement dessus, créant des nœuds inextricables dans son estomac, alors que son cœur s’affolait à tout azimut. Maudit traitre. Sans se rappeler du jour exact il se remémorait de l’instant avec une exactitude quasi clinique. Il se souvenait avoir couru le long d’une route menant à des serres pleines de fleurs. Il se souvenait de son sourire et de son rire lorsqu’il était au mieux, quand il le regardait, comme si ça ne pouvait pas faire mal et qu’il était entier. Il se souvenait qu’il le regardait de la même façon lorsque ce n’était pas le cas. Et plus que tout il se souvenait de sa main dans la sienne, de leurs lèvres qui se rencontrent et de ce sentiment que quelqu’un lui appartenait. Cette certitude que tout ça était naturel et qu’il ne fallait pas en avoir honte bien au contraire. Une poignée de minutes dans sa vie qui avait changé son destin pour la suite. Désormais adulte, cette parenthèse douloureuse le broyait, et il ne désirait pas revenir dessus, ça lui faisait l’effet d’un cauchemar dont on ne se réveille pas. Mais la vérité c’était qu’à force d’essayer de ne pas penser à une personne, on y pensait encore plus.

« Salut. » Tout les bruits du bar, les voix, le vrombissement de la machine à pression, le fracas des verres et des assiettes, la musique assourdissante, tout s’estompait et se réduisait au silence tandis qu’il le toisait, son plateau à la main. Il ferma les paupières tiraillé par l’émotion qui le submergeait d’une puissance redoutable, l’alcool sans doute. Lorsqu’il les rouvrit une seconde plus tard, il fut frustré de constater que Sebastian se trouvait devant lui, et qu’il était loin d’être le fruit de son imagination. Il s’attarda sur ses traits plus durs qu’il ne les avait connu autrefois, et se perdit dans ses yeux sombres, silencieux. Il ne l’avait pas admis à l’époque - et ne l’admettait toujours pas -, mais son coéquipier et lui avaient partagé un truc de fort. Le genre à transpercer de part en part, en laissant des cicatrices qu’on ne parvient pas à réparer complètement. La souffrance était d’autant plus désagréable car il était aussi beau que dans les images qu’il gardait dans un coin de son esprit bien à l’abri. « Tiens. Tu m’as l’air d’avoir besoin d’un petit remontant. » Wes acquiesça mollement du menton, et perçu en lui quelque chose d’énorme et d’aveuglant se pulvériser. Il était presque certain que ce fut son âme. Il s’empara d’un verre au liquide étonnamment coloré, et en vida le contenu d’un coup, avant de réitérer son geste avec un second. Il lui faudrait au moins ça pour ce qui allait se passer par la suite. Il était partagé entre la joie de se retrouver nez à nez avec le garçon qui persistait à apparaitre de façon régulière dans ses rêves, mais également prostré par le malaise que tout cela suscitait. Ce genre de rencontre fortuite lui remettait le nez dans ses turpitudes, et ce combat avec lui même qu’il menait quotidiennement. Être au Glow ne faisait rien pour arranger son cas, il n’était pas à sa place, et craignait de trébucher à chaque pas. Heureusement pour lui, ce qu’il venait d’ingurgiter commençait à annihiler ses peurs, en le plongeant dans un climat plus confiant et serein.

En un éclair, il entrevit à travers Sebastian, tout ce qu’il aurait pu être, et tout ce qu’il voulait être. Mais aussi ce qu’il n’était pas. Contrairement à son ancien coéquipier, Wes n’était pas bien dans ses baskets, et persistait à repousser ce qu’il savait pourtant dur comme fer. Il était … Différent. Voilà ce terme était assez adéquat pour ne pas employer le vrai, celui qu’il redoutait comme un monstre tapis dans l’ombre prêt à surgir au moindre faux pas. Embrasser un individu du même sexe ne faisait pas nécessairement de vous un homosexuel non ? Et puis toutes ces filles avec qui il était sorti, ça devait bien compter au tableau. Si il n’était pas porté par ces dernières (l’idée de contacts trop poussés avec elles, le rebutait) c’était qu’il n’avait pas trouvé la bonne. Et ce qu’il avait pu faire dans cette chambre à ses dix-sept ans n’était qu’une sorte de pari idiot comme en font d’autres adolescents de leur âge. Rasséréné par cette réalité fabriquée de toutes pièces par ses propres soins, il se sentait déjà mieux. Ce n’était pas normal lui avait dit une fois son père, avachis devant la télévision face à un film qui dépeignait une relation entre deux hommes. Contre nature avait il répété à voix haute, en faisant promettre à son fils qu’il ne terminerait pas comme ça, et qu’il avait intérêt à se trouver une ‘poulette’. Cet échange avait eu lieu une semaine après s’être fait mis à la porte par Bacigalupo, et il avait été mortifié que son géniteur ne soit pas convaincu par sa promesse prononcée d'un ton fluet. Depuis il continuait d’abonder en son sens, persuadé qu’à force de répétition, il finirait par devenir hétéro. Mais face à son camarde, il n’en menait pas large. « Ce sont les disparitions qui te ramènent en ville ? » Wes fourra ses mains dans les poches de son sweater en guise de défense, l’accalmie était terminée et la musique de retour dans ses oreilles. « Qu’est ce que ça peut te faire ? » S’entendit-il répondre d’un ton glacial, l’œil noir, et la mâchoire serrée. Ce n’était pas ce qu’il avait voulu dire, ça lui avait échappé. Il aurait souhaité lui demander comment ça allait, ce qu’il faisait, et si il avait eu plus de courage, savoir si il lui avait manqué. Rien de tout ça hélas ne franchirait le simple stade de la pensée les mots étaient coincés quelque part et ne trouveraient pas le chemin de la sortie. Quelle force mystérieuse le poussait à dire le contraire de ce que chaque cellule de son être criait ? Il se détestait. Wes fixa le sol comme si c’était le truc le plus fascinant qu’il eut jamais vu. Il mit du temps à reprendre le contrôle, s’interrogeant sur ce qu’il pouvait lui confier et s’empressa de rebondir sur ses paroles, plus docilement cette fois. « Mon père a disparu. » Il éprouvait une délivrance doucereuse à ce sujet, mêlée à une forme de culpabilité. Pas pour celui-ci non, mais à l’égard de sa mère et de sa sœur, devenues des fantômes qu’il côtoyait sans ne plus réellement les comprendre. La première se noyait dans les fonds de bouteilles en pleurant, quant à la deuxième… Elle faisait des crises à répétition, en cherchant n’importe quel prétexte pour attirer l’attention des autres, et la sienne à fortiori. « Tu heu travailles ici ? » Il détourna la conversation du mieux qu’il put, ne préférant pas s’attarder plus qu’il ne le fallait sur le cas de la mystérieuse évaporation paternelle, ce n’était ni le lieu ni le moment. Le garçon manqua de tituber lorsqu’un couple passa à côté de lui en sautillant de façon joyeuse sur la mélodie sonore. Comment faisaient-ils pour être à ce point insouciants ? Pour être si... libres ? Il en fut jaloux, et tenta de masquer son ressentiment face à ces gamins heureux torses nus. Son cœur le rappela soudain à l’ordre, tandis qu’au loin il voyait son groupe d’amis rire à gorge déployée de ceux qui les entourait. Sa vie serait-elle comme ça si il… Si il rien du tout lui souffla une petite voix autoritaire. Il paniqua aussitôt se demandant à quoi pouvait ressembler la situation dans laquelle il pataugeait pour quiconque les observait de loin. Il fallait qu’il s’éclipse à tout prix – mais ses jambes étaient collées -, et qu’il prenne l’air car ce qu’il venait de boire commençait à lui monter à la tête.

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Sebastian Bacigalupo

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MessageSujet: Re: ☑ the truth runs wild like a tear down a cheek ○ sebastian.   Ven 7 Juil 2017 - 22:22

Aurait-il dû éviter de se montrer si familier ? Sebastian n’était pas sûr qu’il en aurait été capable. Au fond, même si sept années séparaient leur dernier véritable échange de ces retrouvailles inopinées, il voyait toujours en Wes le garçon d’autrefois, celui dont la proximité ne lui avait pas fait peur, celui qui avait fait émerger l’idée, la conscience, de ce qui se tramait au fond de lui. Jusqu’alors, l’attrait de Sebastian pour les garçons n’était qu’un vague sentiment refoulé qu’il muselait avec plus ou moins de conviction parce qu’il décelait bien l’indifférence ou l’inconscience chez ses compagnons. Avec Wes, par contre, il avait senti le changement, il avait laissé l’émotion germer et enfoncer ses racines profondément en lui. Si profondément que même en était chassé de chez lui, le jeune serveur n’avait pas pu envisager une seule seconde de réprimer à nouveau les sensations qui l’envahissaient. Elles n’étaient pas malsaines, seulement incomprises. Elles n’étaient pas honteuses, elles n’étaient pas le symptôme avant-coureur d’une maladie incurable. Elles étaient naturelles et ne pourraient guérir son chagrin qu’en les laissant s’épanouir. Et puis, après des mois à cerner les changements notables dans sa façon d’aborder sa sexualité, après des semaines à s’aventurer toujours un peu plus loin et à expérimenter jusqu’où il pouvait aller, Sebastian ne se sentait pas la force de revenir à la case départ. Il avait vu grandir son affection pour Wes, au-delà de l’esprit d’équipe, au-delà de la camaraderie entre adolescents. C’était sûrement pour cela qu’à présent, il se sentait incapable d’ignorer son ancien ami, d’agir comme s’il ne l’avait pas repéré dans la foule. Il n’avait aucune idée de l’état d’esprit de Wes mais ne craignait pas de la découvrir. Alors, peut-être que son approche était maladroite mais Sebastian n’avait pas vraiment eu l’opportunité d’y réfléchir et il laissait donc la spontanéité guider ses gestes et sa tentative de renouer avec un passé trouble qui, malgré les années écoulées, persistait à perforer son cœur au moindre souvenir lié à sa jeunesse. Aussi, peut-être était-il trop évident dans sa façon d’agir, à observer le visage familier de cet être devenu étranger, à essayer de déchiffrer ses expressions, comme il l’avait fait avant, quand il cherchait à évaluer ses chances que son attirance pour Wes soit réciproque. Sebastian ne se souvenait que trop clairement des gestes flous, de la main qui restait un peu trop longtemps sur l’épaule de l’autre, pour voir combien de temps il allait mettre à s’écarter, pour constater qu’il n’y avait pas de mouvement de recul décontenancé, même si une lueur confuse brillait au fond des grands yeux clairs. Puis il y avait eu les allusions plus ou moins voilées, pour tester les réactions et enfin, après quelques frôlements fugitifs, il y avait le besoin de rayer cette distance, d’approcher le corps qui le déroutait, de poser les mains sur lui pour s’abreuver de ce qu’il parvenait à faire d’une simple caresse, d’une simple approche, d’un souffle dans le cou, d’un bras pressé faussement innocemment contre celui de son voisin. Sebastian dévisageait Wes et c’était tout ce bagage des premières fois qui refaisait surface. Sauf que cette fois, il était évident que Wes n’était pas sur la même longueur d’onde. Quelque chose le froissait et cela déstabilisa Sebastian. Assez pour lui rappeler la douloureuse vérité : à part ces moments volés, Wes et lui n’avaient pas partagé grand-chose et il était donc normal qu’aujourd’hui, sa façon d’aborder le jeune Byrnes puisse décontenancer ce dernier.  
Sebastian commença à regretter son audace mais il ne pouvait désormais plus faire marche arrière, aussi offrit-il les boissons comme s’il cherchait à rendre les retrouvailles moins gênantes. Brièvement, il se rappela ce qu’il s’était passé la dernière fois qu’il avait offert à boire à quelqu’un mais il chassa ce mauvais souvenir : cette fois, au moins, il savait parfaitement ce qu’il y avait dans les verres, plus personne ne pourrait venir faire dévier la trajectoire de ses conversations avec une drogue illicite. Et puis, Wes avait vraiment l’air d’avoir besoin de boire quelque chose et Sebastian ne put s’empêcher d’esquisser un sourire indéfinissable, entre pitié mal dissimulée et vestige d’une tendresse qui l’avait, il y a longtemps, étreint dès qu’il posait les yeux sur Wes Byrnes. Le jeune serveur assista à la purge de deux verres et ses yeux glissèrent un instant sur la pomme d’Adam qui montait et descendait comme sur une montagne russe avant de revenir se concentrer sur ces yeux clairs qui l’avaient condamné, des années en arrière. Wes se souvenait-il de ce fameux jour ou celui-ci s’était-il effacé avec les mois écoulés ? En gardait-il une sensation vivace, comme lui ? Sebastian n’aurait pu le dire, tant l’attitude de Wes le laissait perplexe, comme s’il n’était pas spécialement ravi de le voir mais, honnêtement, songea Sebastian, lequel des deux s’en était le plus mal sorti, au final ? Il ne lui vint pas à l’esprit, même une microseconde, que son ancien coéquipier puisse vivre un enfer personnel quotidien. Devant la résistance qu’il percevait, Sebastian opta pour un sujet, si pas plus trivial, au moins plus général : les disparitions survenues quelques jours plus tôt et qui avaient ébranlé la planète – mais pas le GLOW, au contraire, le bar semblait vouloir rappeler aux gens que l’important était de vivre et que s’apitoyer sur son sort ne résoudrait rien. Il ne s’attendait cependant pas à la réponse revêche de celui qui aurait pu être son premier petit ami si seulement leur histoire n’avait pas été massacrée avant d’éclore et il haussa les sourcils, ignorant comment accueillir ce genre de réaction.
- Rien, j’imagine. J’essayais juste de faire la conversation, lâcha-t-il, maitrisant sa voix pour ne pas dévoiler l’irritation qu’une telle attitude lui inspirait.
Il regretta d’autant plus d’avoir amorcé un pas vers Wes quand il était clair que ce dernier n’aspirait pas du tout à savoir comment il allait après tout ce temps. Si Sebastian fut un peu vexé, il s’efforça de ne rien en montrer et garda un masque neutre.
- Et puis, c’est un peu la question qui tourne en boucle, ces derniers temps, fit-il remarquer, d’une voix teintée d’ironie.
Si Wes persistait à lui répondre comme s’il n’était qu’un emmerdeur qui le saoulait, Sebastian tournerait les talons en le plantant là. Il n’avait pas vécu cette solitude pour être traité comme un nuisible – et par quelqu’un qu’il avait bien connu à une époque, qui plus est. Le jeune homme ne se montra patient que parce qu’il observait chaque geste de l’autre et son regard analysait l’attitude de Wes comme s’il espérait lire entre les lignes un message différent de celui que le jeune homme cherchait à lui faire passer.
Heureusement, Wes changea légèrement de comportement et avoua que son père faisait partie des missing. Sebastian considéra son ancien ami d’un air grave, se demandant si c’était là un drame ou une bonne nouvelle – après tout, il avait vu toutes sortes de réactions depuis ce dimanche fatidique, et le cynisme amusé était presque aussi répandu que les lamentations désespérées.
- Je suis désolé, finit-il cependant par dire, faute de trouver une formule moins bateau, et quand Wes l’interrogea à son tour, Sebastian hocha la tête avec un sourire en coin. Oui, je travaille ici.
Pourquoi ? Tu trouves ça choquant ? eut-il envie d’ajouter, s’en abstenant toutefois. Il aurait aussi pu préciser que son emploi au GLOW était presque aussi vieux que leur baiser mais il avait le sentiment que la remarque, même lâchée sur un ton de plaisanterie, ne passerait pas bien. À la place, il suivit le regard de Wes, se demandant ce qui le perturbait tant et il découvrit le groupe de jeunes qui se croyaient au cirque et pouvaient, s’ils exagéraient, créer un malaise autour d’eux. Sebastian les considéra un instant d’un air absent puis il demanda, un peu cynique :
- Ce sont des potes à toi ?
Le serveur reporta son attention sur Wes et constata que celui-ci n’avait pas l’air dans son assiette. Oubliant le début de rancœur qu’il ressentait, il posa machinalement la main sur l’épaule de son ex coéquipier, s’avançant d’un pas pour demander :
- Ça ne va pas ? Tu veux sortir un instant ?
Il aurait bien proposé d’aller sur la petite cour arrière pour s’aérer mais cet endroit était hanté par la panique d’Arnav et il ne tenait pas spécialement à revivre ce moment, ni à contaminer Wes s’il devait y avoir là-bas un sort maléfique qui rendait les garçons qu’il avait embrassé complètement fous.
C’était ridicule, bien sûr, mais Sebastian ne pouvait s’empêcher d’y songer, tandis qu’il donnait son plateau à des clients ravis d’avoir des boissons gratuites pour guider Wes vers le trottoir qui se trouvait devant le GLOW, là où des petits groupes buvaient et fumaient en riant mais où l’air frais pouvait circuler librement.

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MessageSujet: Re: ☑ the truth runs wild like a tear down a cheek ○ sebastian.   Mer 12 Juil 2017 - 20:04

Le temps ne guérissait pas les blessures, il en était sur maintenant. Tout ça, c’était des stupidités pour des gamins à qui on voulait cacher la vérité. Mais il commençait tout juste à comprendre la peine profonde qui s’agrippait à lui : on ne choisissait pas son cœur. Il était impossible de se forcer à vouloir ce qui était bon pour soi ou pour les autres. On ne choisissait pas qui on était. Un vent glacé le transperça et il pressenti tout à coup que les prochaines minutes allaient être horribles.

Il se raccrocha à l’idée de son père afin de garder les pieds sur terre, c’était plus simple que le reste. Les événements auraient-ils mieux tournés si celui-ci avait disparu plus tôt que ce fameux dimanche ? Il le terrorisait depuis qu’il était enfant, et bien que tout ce qui était arrivé à Wes depuis, soit, de sa faute à lui seul, toujours était-il que désormais débarrassé de lui, il aurait dû voguer vers un endroit plus heureux, vers une vie moins solitaire ou plus agréable. Pourtant rien n’avait changé. Son absence était presque plus pesante que s’il eut été là en chair et en os. Tout était perdu, le garçon se sentait groggy, sonné, au bord des larmes à l’image d’un prisonnier subissant un interrogatoire et que l’on n’aurait pas autorisé à dormir des jours durant. Dans son esprit les mots ‘je dois rentrer à la maison’ ne cessaient pas de tourner en boucle, suivis pour la millionième fois de ‘je ne peux pas.’ Pour la simple et bonne raison qu’une partie de lui désirait rester aux côtés de Sebastian. Il revivait à l’infini ce lointain souvenir d’eux sur son lit. Son sweat-shirt noir tâché par la poussière. La chaleur de ses doigts qui picotait sa peau et ses joues. Leurs lèvres qui se touchent puis se découvrent. Ce qui s’était passé, il en était conscient, était irrévocable. Néanmoins il semblait également exister un moyen pour qu’il retourne dans cette chambre et fasse en sorte que tout soit différent. Le souhaitait-il seulement d’effacer tout ça de sa tête ? Bien sûr non. Qui était-il pour prétendre le contraire ? Un lâche. Un pauvre lâche malheureux bien déterminé à souffrir en secret au point de devenir hermétique à toute tentative de communication. C’était d’ailleurs une des raisons pour lesquelles il avait quitté Mount Oak, décidé à mettre tout ça derrière lui et pressé de recommencer à zéro. Ca n’avait pas fonctionné évidemment, ses vieux démons l’avaient vite rattrapé, et puis cet incident tombé du ciel avait coupé court à toute tentative d’évasion. À croire que quiconque présidait tout ça de là-haut avait pour objectif de le maintenir dans cette ville qu’il haïssait tant, en réécrivant à sa guise le livre de son destin. Et ce n’était pas très prometteur pour l’instant.

« Je suis désolé. » Sa voix le tira de sa réflexion passagère, et il le toisa avec intérêt, se contentant de hausser les épaules. Il n’y avait rien de plus à ajouter, il ne désirait même pas en parler. Il supportait déjà assez mal que sa mère le tanne en permanence sur le sujet et que Justine le blâme injustement, il était inutile d’en rajouter une couche supplémentaire. Il ignorait si il rentrerait un jour comme si de rien était - avec un nouveau bébé dans les bras (ce qu’il pouvait être rancunier) -, ou si il appartenait bien au groupe des missings comme on les appelait. Il se fichait bien de le savoir, et priait pour que son retour soit le plus tardif possible. Il n’était pas désolé de ressentir pareil sentiments à son égard, et cette absence de culpabilité ne le gênait pas, au contraire. « C’est rien. » Se contenta-t-il mollement de répondre, sa langue butant contre ses incisives et le gout amère de l’alcool qu’il venait d’ingurgiter. Les années qui avaient succédé à leur effusion maladroite, Wes avait appris à ses dépens que régulièrement il n’était pas capable de prendre les bonnes décisions. Tout comme il ne disait pas souvent ce qu’il fallait au bon moment. Parfois c’était trop compliqué de regarder certaines choses, alors il ne le faisait pas. Mais elles ne s’effaçaient pas pour autant, malheureusement. « Oui je travaille ici. » Avait-il dit d’un ton empreint de provocation, une lueur de défi dans ses prunelles sombres, qui ne fit qu’aggraver son incommodité. ‘Tient prends toi ça en pleine tronche Byrnes et mate à quel point t’as tout foiré.’ Il était certain que son ami d’adolescence avait clairement réussi là où lui galérait, incapable d’accepter cette sexualité qu’il jugeait comme sale et malsaine. Il le fixa avec des yeux écarquillés en se demandant quel effet cela pouvait faire d’être quelqu’un d’aussi cool, bien dans ses baskets, intrépide, passionné et tellement VIVANT comme lui. Il fut aussitôt jaloux. Sebastian savait parler aux gens, rigoler, etc. En d’autres termes : il s’aimait bien. Il l’envia. Peut-être y avait-il des gens plus doués pour le bonheur que les autres. Étrangement sa présence accentuait sa sensation de solitude. Le garçon s’avérait être partout à sa place, là où lui avait l’impression de ne jamais l’être. Wes n’était même pas à l’aise dans son propre corps. Il s’était transformé en une personne qu’il ne reconnaissait pas. Rien de ce qui se tramait là-dessous sous les multiples couches de vêtements n’avait de sens. Le rire guttural de Keith interrompit ses digressions mentales. Celui-ci était tellement bruyant qu’il couvrait le fond sonore déjà assourdissant. Il avait toujours été comme ça, imposant et grossier, mais néanmoins amusant il devait lui reconnaitre ça. Toutefois il ne se rappelait pas avec certitude de la dernière fois qu’il avait pris part à ses plaisanteries. Les autres à ses côtés appréciaient visiblement ce qu’il racontait et l’alcool aidant ils s’esclaffaient tous de concert, en jaugeant l’assemblée d’un air grivois (mesquin ?). Ca le déprimait de penser qu’en leur compagnie, il pouvait devenir comme l’un de ces connards. Un mec aussi intelligent qu’un bout de bois mort infesté de termites. « Ce sont des potes à toi ? » Il surprit Mike à lui faire un signe de la main et un geste des plus déplacés que par chance, Seb ne vit pas, mais ne répondit pas. Il avait mal au cœur, et ce qu’il avait bu n’arrangeait en rien sa condition déjà critique. « Non. Oui. Peut-être. » Il s’en fichait éperdument. Il s’était laissé embarquer dans cette soirée grotesque plus par besoin de fuir le domicile parental que par affection pour eux. Il ne les fréquentait presque plus, trop accaparé par ses corvées familiales et son boulot. De toute façon ce n’était pas comme si il était indispensable au bon fonctionnement de la troupe qui, suite à son départ précipité, l’avait complètement éradiqué de leur sphère sociale. Ce n’était que par hasard qu’ils avaient repris contact, un jour où il les avait croisés à la caisse de la supérette où il travaillait, des packs de bières sous les bras, et les visages rougis par la chaleur. Ils s’étaient moqués de son uniforme jaune poussin avant de partir à fond les turbines dans la voiture (dernier bolide de sport d’après les magasines) empruntée au père de Keith. Il s’était contenté de hausser les sourcils en prenant leurs numéros sans réelle conviction. Et à présent, Wes les haïssait pour tout un tas de raison, y compris celle d’avoir échouée au Glow. Bien évidemment, ils n’étaient pas au courant de l’affaire Sebastian, il n’en avait touché mot à quiconque mais il devenait paranoïaque et craignait que tout soit affiché sur son front avec de grands signaux lumineux clignotants. À l’époque, le fait qu’il eut quitté l’équipe de sport avait suscité tout un tas d’interrogations qu’il avait justifié par une pseudo blessure à la jambe, le privant pour l’avenir de tout espoir de revenir. Certains s’étaient essayés à lui poser des questions plus inquisitrices, et il s’était enfoncé dans son mutisme, pressé que l’année scolaire se termine pour ficher le camp une bonne fois pour toute.

Un peu à l’ouest il ne réalisa que plusieurs secondes plus tard que la main de son ami se trouvait sur son épaule. Son é-p-a-u-l-e. Il frissonna. Il n’avait pas perçu un tel contact humain depuis l’évaporation de son père – amical, stable au milieu d’évènements perturbants - et tel un chien errant affamé d’affection, il perçut un profond changement interne, une conviction brutale, humiliante presque, que cet endroit était bon, cette personne était sûre, il pouvait lui faire confiance, on ne lui ferait aucun mal. « Ça ne va pas ? Tu veux sortir un instant ? » Il acquiesça mollement du menton et le suivit vers le trottoir devant le bar, ravi de pouvoir s’échapper de ce lieu étouffant. L’air frais au travers de ses boucles blondes en pagaille et dans ses poumons le soulagea, tandis qu’il se réfugiait entre les plis de son sweater. Ils étaient plusieurs à avoir trouvé asile ici, certains pour fumer, d’autres pour s’embrasser en catimini, et puis il y avait eux perdus au milieu de tout ça. Des étrangers qui cherchaient à recoller les morceaux d’un passé compliqué. S’ils étaient nombreux à profiter de la fraicheur nocturne, Wes ne voyait que son interlocuteur qui éclipsait tout le reste tel un phare lumineux dans une mer noire et déchainée. Il l’étudia (d’une façon qui se voulait discrète mais ne l’était pas) à la pâleur de la lune et des étoiles. Il était comme nu, dépouillé de tous artifices, de faux semblants, une main sur la hanche, le regard ailleurs. Mon dieu pensa-t-il. Il n’arrivait plus à respirer. Quelqu’un cria au loin, mais il ne l’entendit pas, alors que son camarade se tournait vers lui un sourire mystérieux pendu aux lèvres. Il baissa les yeux, fixant le sol, et donna un léger coup dans un pauvre caillou qui n’avait pour unique tort que d’être au mauvais endroit. « Merci. » Pour tout ça. Mais la suite ne vint pas, restant coincée quelque part au fond de sa gorge. Il ignorait si cette sorte d’intimité retrouvée le perturbait ou le réchauffait. Un peu des deux sans doute. Immanquablement il ne put s’empêcher de scanner les environs à la recherche d’une silhouette familière susceptible de le surprendre à trainer dehors avec un garçon. Comme si le simple fait d’être seul avec lui suffisait à induire des théories les plus folles, et révéler ce qu’il cachait du mieux qu’il pouvait. Il ne remarqua rien cependant qui lui mette la puce à l’oreille. « J’ai jamais oublié… » Il ne prit pas la peine de poursuivre davantage, l’un comme l’autre étaient dans la confidence de cette révélation un peu abrupte et inopinée. Il l’avait observé puis apprécié, avant de l’aimer, pour finir par le détester. Et toutes ces choses ressortaient des lustres après avoir été dissimulées dans un coin de son esprit un peu trop longtemps. Le fait de s’être enfermé autour de cette frustration grandissante avait accru sa pénibilité à gérer ses émotions. Il avait en permanence dans le coin de l’œil cette ombre sournoise pleine de ressentiment qui le suivait sans le lâcher, lui rappelant qu’il était capable de mentir à tous mais pas à lui-même. Fréquenter des filles (plusieurs d’ailleurs) n’avait en rien redistribué les cartes, au mieux il se changeait les idées, au pire elles ne faisaient que lui confirmer cette peur troublante qui lui serrait l’estomac. Il était gay, point final. Et pourtant ce si petit mot le hantait nuit et jour. « Est-ce que tu aurais une cigarette ? » Il détestait ce silence de mort (un comble alors qu’il courait quotidiennement derrière la solitude et le calme) qui s’était immiscé entre eux, et faisait trembler ses muscles de nervosité. D’ordinaire il ne fumait guère, mais s’était surpris à en être amateur afin de taire son anxiété naturelle et sa proportion innée à voir le mal partout.

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MessageSujet: Re: ☑ the truth runs wild like a tear down a cheek ○ sebastian.   Mar 25 Juil 2017 - 20:32

Parfois, Sebastian se disait qu’il n’était pas fait pour ça : la compagnie, la compassion, le souci des autres. Et puis, parfois, il croisait un regard perdu, des yeux teintés de mélancolie et il était fichu. Il n’aurait jamais pu se détourner de Wes, il le savait. D’une façon ou d’une autre, il se serait approché, peu importe les signaux que lui envoyait son ancien camarade. Parce qu’il était peut-être comme ça : un peu masochiste ou tout simplement fou. Ils ne se devaient rien, pourtant. Leurs chemins s’étaient croisés à une époque où les troubles de l’adolescence prenaient les rênes, où l’identité se formait comme elle pouvait, dans un univers à la fois cruel et naïf. Ils s’étaient peut-être reconnus, d’une certaine façon, l’un dans l’autre, taquinés par cet instinct qui se réveillait bien malgré eux et qui les forçait à devoir se faire une raison : ils n’étaient pas formatés pour cette société. Avec le temps, bien sûr, Sebastian avait appris qu’il n’y avait pas de différence. Qu’aimer une fille ou un garçon, c’était aimer quelqu’un mais il fallait bien reconnaitre que se risquer à approcher quelqu’un du même sexe sans savoir si ce dernier partage le même attrait était bien plus risqué que d’oser une allusion ou l’autre en direction du sexe opposé. Et en même temps, Sebastian se rendait bien compte qu’il ne s’était pas mis subitement à baver sur tous les mecs en shorts qui se baladaient dans le vestiaire dès qu’il avait compris qu’il préférait garçons. Il avait juste pris conscience de son trouble et l’avait écouté plutôt que de le renier. Et ce que lui dictaient ses sens, c’était que l’un d’eux, en particulier, semblait répondre, même imperceptiblement, à la lente métamorphose qui s’était opéré en lui. En observant Wes à cet instant, Sebastian réalisa qu’ils n’avaient jamais vraiment ‘parlé’. Ils avaient vécu quelque chose. Un échange muet mais profond, une compréhension mutuelle de l’autre, un lien qui s’était rompu avec l’arrivée fracassante de la vision paternelle de l’homosexualité. Un lien ténu qui n’avait tout simplement pas résisté mais qui l’avait forcé à affronter une voie à deux issues : ignorer l’appel ou se rendre à lui. Qu’en avait-il été pour Wes ? Sebastian avait beau essayer de lire entre les lignes, comme toutes ces fois-là, durant cette ère révolue et qui lui semblait désormais hors d’atteinte, un vague souvenir qui l’écorchait encore un peu, mais bien moins qu’à époque, Wes lui semblait aujourd’hui indéchiffrable, même si son malaise était évident.
La réponse laconique du jeune homme lui tira un faible sourire et Sebastian hocha la tête. Finalement, de la vie de famille de son ex-coéquipier, il ne savait quasiment rien. Quand ils étaient adolescents, évoquer ses parents ou n’importe quel membre de son entourage n’était pas un réflexe naturel. Ils basaient leur amitié sur la cohésion du groupe, sur le soutien en période difficile – scolaire comme sportive – et s’offraient des sorties improvisées mais ça restait finalement assez superficiel. À la façon dont Wes réagit, cependant, Sebastian devina qu’ils avaient peut-être eu un parcours plus semblable qu’il n’y paraissait. Peut-être que Wes aussi, avait eu droit à un père intolérant, un homme rustre qui ne pouvait imaginer que son fils puisse préférer les garçons. Mais son père à lui, au moins, ne l’avait pas mis à la porte, le reniant sans jamais chercher à se repentir depuis.
Wes lui répliqua de façon indécise, comme s’il n’était pas certain de la réponse adéquate à offrir. Avait-il honte de son cercle d’amis, subitement ? Ou avait-il plutôt honte d’être vu en compagnie de Sebastian ? Le jeune serveur fut incapable de le déterminer et il se mordit l’intérieur de la joue avant de jeter un nouveau coup d’œil en direction du groupe qui troublait l’ambiance de GLOW.
- Charmants, se contenta-t-il de lâcher doucement, d’une voix à peine audible.
Loin de lui l’idée de vexer Wes mais il avait suffisamment vu de ces énergumènes pour savoir que leur bêtise pouvait se répandre comme un virus et qu’il suffisait d’une étincelle pour foutre le feu à tout. Pour l’instant, toutefois, le groupe ne faisait pas vraiment de mal et Sebastian ne pouvait donc faire quoi que ce soit pour prévenir toute gangrène. Ce qu’il pouvait faire, par contre, c’était s’assurer que Wes ne s’enfonce pas davantage dans son malaise. Quant au fait de deviner que c’était peut-être sa proximité qui était à l’origine de tout, Sebastian ne pouvait le nier mais il s’était un jour promis que jamais il n’aurait honte de ce qu’il était et c'était ce qu’il comptait bien prouver à Wes, à tort ou à raison, peu importe si, au final, cela ne lui apportait pas grand-chose.
Le geste spontané qu’il eut, il le remarqua aussitôt. Poser sa main sur l’épaule de Wes n’aurait pas dû être son premier réflexe mais dès que ses doigts serrèrent le t-shirt du jeune homme, Sebastian appréhenda la réaction de son ancien camarade. Après tout, vu l’attitude que Wes lui avait renvoyée depuis qu’il s’était approché, Sebastian redoutait un retour de bâton aussi brûlant que prévisible. À tout moment, il pouvait regretter amèrement son approche et il n’était pas sûr de vouloir offrir ce spectacle à tous ses collègues et aux clients du bar. Il avait déjà assez donné avec Arnav qui, si pour certains relevait déjà de l’histoire ancienne, restait pour lui une humiliation cuisante qu’il n’avait pas spécialement envie de répéter. Heureusement, Wes n’eut pas de mouvement brusque, il se contenta d’un hochement de tête peu convaincu et se laissa guider vers l’extérieur, où les clients s’étaient un peu dispersés et permettaient de bouger plus librement et de ne plus étouffer dans l’ambiance caractéristique du bar. Pour Sebastian, celle-ci n’était plus oppressante depuis longtemps, il s’y était fait mais il se rappelait sans mal ses premiers shifts, quand il devait louvoyer entre les danseurs, échapper aux mains flatteuses et ne pas avoir l’impression que son cœur allait exploser dans sa poitrine, sous l’effet des basses et de l’alcool.
Une fois arrivé dehors, Sebastian s’éloigna un peu de la porte principale, jusqu’à ce que la mélodie du tube du moment qui envahissait le bar soit légèrement étouffée par la sérénité de ce début de soirée. Le serveur s’appuya au mur de briques latéral et croisa les bras, ignorant sciemment le regard de Wes pendant quelques longues secondes avant de se décider à lui rendre son attention. Il n’avait pas réfléchi en suggérant à Wes de sortir mais ce tête-à-tête inopiné lui fila invariablement un petit coup au cœur. Non seulement parce que la dernière fois qu’ils s’étaient retrouvés seuls remontaient à un passé lointain et douloureux mais aussi parce qu’il ne put que constater à quel point, malgré son besoin de se persuader que tout était derrière lui, il restait des blessures qui n’attendaient qu’un coup de griffes pour se rouvrir. Des blessures intimement liées à Wes Byrnes et à ses grands yeux clairs teintés de confusion et d’une note que Sebastian ne parvenait pas à identifier clairement.
La gratitude de Wes le laissa perplexe mais il ne demanda pas d’explication. Si leurs rôles avaient été échangés, il n’aurait pas aimé qu’on le force à exprimer des choses qu’il ne tenait pas spécialement à partager. Un merci était amplement suffisant, qu’importe son origine et sa raison. Il persista à regarder son compagnon, toutefois, même si celui-ci paraissait chercher un autre point d’ancrage. Il s’imprégna de cette vision à la fois familière et parfaitement étrangère, conscient du mal qu’il se faisait, en un sens, à raviver des souvenirs liés à Wes, à essayer de juxtaposer les images qu’il avait de l’adolescent d’autrefois et du jeune homme qui se trouvait devant lui.
Et puis les mots percèrent l’air et Sebastian sentit son cœur couler au fond de sa poitrine et, pendant un instant, il se demanda s’il n’avait pas rêvé, s’il n’avait pas projeté un aveu sur les lèvres pincées de Wes et, qu’à la place, l’autre ne lui avait pas plutôt balancé une banalité affligeante. Pris de court, il ne réagit pas immédiatement et le moment lui échappa, balayé par la question de Wes.
- Euh… non. Attends, je vais en taxer une, dit-il avant de tourner les talons pour approcher un jeune homme, habitué du GLOW, à qui il demanda une cigarette.
La requête sembla amuser le client car il n’avait jamais vu Sebastian fumer quoi que ce soit, mais il ne posa pas de question et sorti un paquet et le tendit au serveur.
- Et… du feu ?
Deux secondes plus tard, il était de nouveau à deux pas de Wes, la main tendue, une cigarette entre deux doigts et il attendit que Wes ait glissé le cylindre de nicotine entre ses lèvres avant d’approcher encore d’un pas, appuyant sur la roulette du briquet pour libérer la flamme et allumer l’extrémité de la cigarette. Il la vit rougeoyer dans l’obscurité tombante, telle une luciole impatiente, et il retint son souffle encore un instant avant d’oser demander, la voix plus rauque qu’il ne l’attendait :
- Mmmh, tu disais quoi juste avant ?
Était-ce un piège ? N’aurait-il pas mieux valu, pour Wes comme pour lui, qu’il laisse ces mots sombrer dans la nuit ? Il était trop tard, désormais et, le cœur au bord des lèvres, Sebastian attendit comme si son sort en dépendait. Et il se maudit d’être aussi faible, lui qui avait brièvement espéré aveugler Wes avec son assurance ridicule se retrouvait comme le gamin d’autrefois, à vouloir percer le mystère de l’autre comme s’il s’agissait d’une énigme insoluble. Mais n’était-ce pas là le propre de l’être humain, à vouloir essayer de comprendre les autres avant de se comprendre soi-même ?

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MessageSujet: Re: ☑ the truth runs wild like a tear down a cheek ○ sebastian.   Jeu 27 Juil 2017 - 19:56

Le vent s’engouffrait dans ses vêtements froissés, mais il n’avait pas froid. Il était ici et ailleurs, habité par un feu nouveau qui lui tordait les intestins. Là-bas dehors, à la lueur diaphane de la lune, l’espoir l’étouffait, et il voulait croire que cette vie qu’il n’osait pas effleurer, était là tout près à portée de main. Ca semblait tellement facile…. Il lui manquait juste le courage nécessaire pour s’en emparer. Avec Sebastian, il comprenait que ses affabulations étaient inutiles : il était nu. Et ça lui faisait peur. Peur, de savoir que lui était dans la capacité de voir derrière le masque, et qu’ils partageaient l’horrible vérité ensemble. Un poids immense à porter sur ses épaules, et qui le tirait chaque jour un peu plus vers le fond. Il n’était même plus sur de discerner le vrai du faux, ni d’être capable de résorber cette angoisse qui le rongeait en permanence. Il craignait le regard des autres, de perdre ses proches, et surtout d’être montré du doigt en permanence. Avouer - rien que le terme en soit était associé à un crime - sa sexualité était synonyme de beaucoup désagréments futurs. Être gay c’était devenir une proie facile de propos haineux, de moqueries, sans compter ce que ses parents trouveraient à y redire. Il préférait ne pas y songer, ça le rendait malade. Il n’y avait qu’à voir le comportement de ses « amis » pour saisir que la transition serait compliquée. Et une partie de lui refusait d’accepter ça, et se révoltait. Ses préférences telles qu’elles fussent ne le visaient que lui, il n’était pas censé avoir de comptes à rendre. Est-ce que les hétéros devaient se justifier sans arrêt ? Pas à sa connaissance. C’était injuste, cette société était injuste et le dégoutait. Ça avait mis du temps à monter au cerveau, mais ce qu’il ressentait pour son ami d’enfance n’était pas un sentiment degueulasse comme on persistait à lui rappeler de façon pernicieuse, c’était beau et pur. Sincère, même si à l’époque leurs gestes étaient maladroits et gauches. Il les emmerdait tous avec leur morale à deux balles, et leurs discours préconçus, tout ça l’épuisait, il était las. Il avait attendu longtemps un je ne sais quoi pour sortir tranquillement du néant, de cette impasse sans fin, et il venait de le trouver. La nuit, l’alcool et l’adrénaline qui courrait dans ses veines lui donnaient la sensation d’être invincible (et au moins ses amis restés à l’intérieur, il pouvait respirer). Il fourra ses mains dans ses poches, et étouffa un long soupire en reportant son attention sur le jeune homme. Il n’arrivait pas à le fixer sans être gêné ni à se débarrasser de ce fourmillement familier qui hérissait les poils sur ses bras.

Son esprit comme ses yeux cherchaient des repères, il lisait des actes manqués sur les traits de son camarade. Dans une existence parallèle que serait-il advenu d’eux, si ils n’avaient pas été interrompu ? Si Wes ce parfait lâche ne s’était pas enfui en lui tournant le dos. Peut-être qu’ils auraient pu être heureux, à vivre dans l’insouciance et le simple bonheur de cette romance naissante. Ou au contraire, peut être que tout aurait dérapé à cause de leur lien fragile. Personne ne pouvait le savoir. C’était idiot et illusoire, car au fond il ne connaissait quasiment rien de Bacigalupo, à l’exception de cette attirance qui s’était tissée comme une toile d’araignée autour de son cœur, au fil des semaines à l’observer de loin. Il revoyait encore ce garçon paumé qu’il était à l’adolescence, assis au fond d’une classe trop bruyante à contempler le paysage par la fenêtre, ou les cheveux bruns en pagaille sur la nuque de Sebastian. Là où tous ses amis s’épanchaient sur leurs conquêtes amoureuses, et leurs performances sexuelles, il était resté à l’écart, se contenant de sourire bêtement en se mordant la joue. A une soirée un peu trop arrosée, ces imbéciles de Keith et Ronan avaient même émis l’hypothèse qu’il était homosexuel, ce qui avait suscité des rires gras. Et au lieu d’en être fier et de l’assumer, Wes s’était empressé d’étouffer leurs soupçons en embrassant la première fille qui passait. Mais lorsque ses lèvres avaient touché les siennes de façon mécanique et désinvolte, ce n’était pas à elle qu’il avait songé, mais à lui. A ce casse-cou intrépide qui faisait du sport avec lui, et qui régulièrement lui rendait ses œillades un peu trop appuyées. Sans s’en rendre compte l’idée s’était frayée un chemin, et ces séances de sport avaient pris malgré elles une tournure différente pour Byrnes. Le désir était venu remplacer la curiosité, et il s’était laissé aller tout doucement, sans précipitation. Il y avait eu une main posée sur une épaule, des doigts qui se frôlent, un souffle tiède dans le cou, et enfin un réel contact avant qu’il ne panique et que l’histoire prenne la tournure qu’on lui connaissait. Maintenant, il réalisait qu’il n’avait pas trop grandit, et continuait de suivre la même voie en dépit de tous ses efforts. Il était pathétique. Mais il n’était pas trop tard. Wes ne voulait plus se mentir à lui-même ni avoir besoin de trouver des excuses à ses troubles du sommeil.

Il fit un pas dans sa direction, tout petit et insignifiant pour quiconque, mais énorme pour lui. « Euh… non. Attends, je vais en taxer une. » Lorsqu’il s’échappa pour aller récupérer une cigarette, ses poumons se bloquèrent, comme si le fonctionnement normal de sa mécanique humaine était subsidiaire à la présence de Sebastian. Il craignit quelques secondes qu’il ne le planta là, et retourne à l’intérieur, mais il le vit revenir rapidement, probablement sonné par ses paroles murmurées d’un ton faiblard. Avait-il été stupide de glisser vers cette pente-là ? Il s’était toujours persuadé qu’il était la victime de tout cet embroglio, et ne s’était pas attardé sur ce que LUI avait pu ressentir ce soir-là. Il ne s’était même pas posé la question pour dire vrai… Et lorsqu’ils s’étaient croisés à la va vite dans les couloirs, il avait volontairement occulté l’air suppliant de son ami pour tourner les talons et partir à l’opposé. Il avait toutefois envisagé de lui envoyer un sms un peu plus tard, mais avait effacé toutes ses tentatives qu’il trouvait nulles en comparaison à ce qu’il vivait. Aucun mot n’avait été susceptible de rendre justice à cet amas de sentiments contradictoires qui bouillonnait sous sa peau. La fuite avait été sa sortie de secours, et la plus simple à choisir. Le fait qu’il puisse lui en vouloir le percuta subitement de plein fouet tel un train qui lui passerait dessus sans demander son reste. Il ignorait ce qui était le plus douloureux, sa propre souffrance ou celle qu’il avait pu causer chez lui. Il se perdit un instant dans ce calme intime qui les séparait, et toisa cette main tendue qui lui tenait une cigarette. Au loin il crut entendre le souffle de l’espérance balayer les cendres de ses échecs multiples. Il attrapa l’objet qu’il glissa dans sa bouche, et lui laissa le soin de l’allumer, notant au passage qu’il était plus proche que précédemment.

La flamme brilla une seconde et s’éteignit aussitôt remplacée par un nuage de fumée blanche opaque. D’ordinaire il n’était pas forcément amateur de tabac, mais la nicotine permettait à son rythme cardiaque de se stabiliser, et de taire son anxiété. Le tremblement de ses muscles s’adouci légèrement, et il put enfin plonger ses prunelles claires dans les siennes sans crainte. Il était beau pensa-t-il, plus qu’il ne l’avait été lorsqu’ils étaient jeunes. « Mmmh, tu disais quoi juste avant ? » Sa voix tiède et rauque le fit frissonner, il ne voyait que lui. Par où commencer ? Comment se racheter lorsqu’on ne s’était jamais vendu ? Le temps qui passait n’effaçait pas les solutions et les fautes il l’avait appris à ses dépens mais vivre dans ses peurs n’était plus possible, autant mourir toute suite. Il soupira. Ces verres d’alcool lui donnaient l’air de vaincre, mais il perdait ses moyens face à lui. Wes souhaitait se perdre dans ce silence, mais une partie de lui était consciente que ça ne suffirait pas. Il fallait qu’il parle, qu’il mette à plat ce qui se tramait là-haut dans sa tête, et plus bas, dans son cœur. « Je.. » Trop de choses, beaucoup trop de souvenirs qui le blessaient en guise de rétribution à ses erreurs. « J’ai pas oublié. » Reprit-il en échos à ses propres paroles, avant de poursuivre. « Je n’ai t’ai jamais oublié. » Était plus exact. Le chemin qu’il s’apprêtait à prendre était dangereux, sinueux, et il n’y aurait pas de retour en arrière possible après ça. Mais ça faisait du bien de s’épancher. De lui dire tout ce qui était resté coincé dans un coin de son esprit depuis tant d’années. « Personne ne devait savoir. Ça aurait été la fin de tout… Ma bourse sportive, mes amis… La fin de tout ce qui me paraissait important à cette époque. » Désormais ça n’avait plus réellement d’importance, et les barrières qu’ils s’étaient mises à l’époque lui paraissaient ridicules et futiles. Au final, il était parti quand même de l’équipe, et s’était exilé dans une ville où il ne serait plus amené à croiser ce garçon qui le rendait fou. Et à défaut de s’écouter, il avait muselé son affection. Ils se regardèrent dans les yeux, le monde commençait à se dissoudre, le temps aussi, les mois s’enroulaient sur eux-mêmes jusqu’à ce que tout ce qui leur soit arrivé se défasse et s’annule. L’espace d’une seconde, il se retrouva exactement comme avant, lorsqu’ils ne faisaient presque plus qu’un à eux deux. Avant que sa couardise ne s’en mêle. « J’ai toujours pensé que j’étais… à part. Qu’un truc clochait chez moi, que j’étais une énigme, surtout pour moi-même. Pas normal en quelque sorte… » Mais qui l’était ? La normalité n’existait pas en tant que tel et plutôt à cause de ce que les bien-pensants imposaient à autrui. Les magazines, les conventions sociales, la télévision, avaient une influence sur les choix que l’on faisait et la façon dont on grandissait. Il n’y avait pas échappé, et sa perception de la sexualité n’y était pas étrangère. Son attitude défensive de prime abord s’était effacée pour laisser entrapercevoir le côté vulnérable. Plus doux, plus timide, et surtout effrayé. « J’ai…T’embrasser c’était comme être frappé par une météorite. Je l’ai fait parce que j’en avais vraiment envie. Tu étais la plus belle chose qui me soit arrivé. Ça ne pouvait pas bien finir, mais j’y pense souvent. À toi, à nous, à ce qu’on aurait pu être. J’étais amoureux, mais impuissant. » Les phrases glissaient et venaient d’elles-mêmes, il n’avait pas eu de plan particulier, ni même réfléchis à ce qu’il dirait le jour où il le retrouverait. Il se confiait parce qu’il se sentait de le faire. Quand il était affecté il ne se contrôlait pas réellement, tel un gosse pas tout à fait adulte. Sebastian l’écoutait, absorbé, probablement inconscient de l’effet qu’il produisait, capable de faire tomber les murs à l’intérieur de Wes, qui désirait lui parlait sans s’arrêter. Une première pour lui, tout sauf bavard, et éternel habitué des répliques courtes. Il tira une bouffée sur sa cigarette avant de la balancer sur le sol, en l’écrasant du bout de sa semelle usée. Il jeta un coup d’œil à ses doigts : il oscillait. Il ferma ses paupières, inapte à contenir l’émotion qui le submergeait. Il les rouvrit et constata que son ami n’avait pas bougé. Il avait mal partout. « Je ne suis pas…J’ai passé des mois ensuite à me persuader que j’étais pas gay, que c’était une lubie, qu’avec un peu de conviction je finirais par aimer les filles. Mais dans mon esprit j’y arrivais pas, je pensais à toi, à ton corps contre le mien, à ta bouche, à… Merde. »  Il s’interrompit, la voix enraillée par ses mots qu’ils ne stoppaient plus, trop ravis de sortir. Il tituba, sous l’effet des verres passés, et tâcha de respirer normalement. Il était paumé, littéralement largué. Son muscle cardiaque dansait dans sa cage thoracique, il crut que ses côtes allaient céder. « J’étais pas prêt, et j’ignore encore si je le suis aujourd’hui. » Pas prêt à assumer qui il était au fond de lui, son essence même : le drame de sa vie. Il se détourna, en s’enfonçant les ongles dans les paumes. Le choc de le revoir, et de l’agressivité mêlée à la rancune qui l’habitaient s’étaient évanouies. Il ne restait que le garçon un peu bancal et mal à l’aise dans ses chaussures.

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-when kids are walking 'round the hallway plagued by pain in their heart a world so hateful some would rather die than be who they are, no law is gonna change us strip away the fear underneath it's all the same love about time that we raised up, and I can't change even if I tried even if I wanted to; love is patient love is kind. | @ macklemore.


Dernière édition par Wes Byrnes le Jeu 10 Aoû 2017 - 20:25, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: ☑ the truth runs wild like a tear down a cheek ○ sebastian.   Jeu 10 Aoû 2017 - 20:19

Il dansait sur des charbons ardents, regrettait déjà sa bêtise. Qu’est-ce qu’il attendait, au juste ? Quelle réponse espérait-il, surtout ? Si c’était celle qu’il avait rêvée toutes ces années, serait-ce une délivrance ou un fardeau supplémentaire ? Et cela changeait-il quoi que ce soit, au final ? Non. Bien sûr que non. Cet événement, infime si l’on considérait la longévité que pouvait avoir une vie, l’avait pourtant forgé. Il avait fait de lui ce qu’il était, il l’avait mis sur cette voie. Où serait-il, en effet, si son père n’était jamais entré, s’il n’avait pas interrompu les tâtonnements intimidés de deux adolescents paumés et en pleine découverte ? Aurait-il un jour avoué à son géniteur ce qui le taraudait ? Aurait-il gueulé haut et fort qu’il aimait les garçons ? Aurait-il été confronté à la même situation, mais plus tard ? Sebastian ne le saurait jamais et ne tenait pas à s’appesantir sur la question. Il n’avait jamais été du genre à broyer du noir sur un événement passé, il avait vite compris que c’était inutile, que c’était un poids mort trop lourd à porter. Au lieu de cela, il s’était forcé à se faire une raison, quoi qu’il lui arrive, qu’il l’ait décidé ou non, qu’il l’ait provoqué ou non. Il s’adaptait, il était devenu ce caméléon qui se fond dans le décor et refuse de regarder par-dessus son épaule. Or, face à Wes, il était bien obligé de jeter un coup d’œil en arrière. Il était bien obligé d’analyser les méandres de son existence, chose qu’il avait brillamment évitée jusque-là pour la simple et bonne raison que les êtres liés à sa jeunesse avaient tous été écartés. Il avait formé de nouvelles amitiés, il avait remodelé son existence selon ses besoins et ses envies. Il n’avait pas eu à se morfondre, juste à avancer, déterminé à ne pas se laisser écraser par le rejet de son père, par l’abandon de sa mère, par la désertion de Wes. Il avait foncé droit devant sans réfléchir et cela l’avait sauvé, en quelques sortes, mais confronté aux souvenirs, Sebastian réalisait que pour réellement faire la paix avec lui-même, il devrait revisiter ces coins d’ombres qu’il reniait depuis des années. Il pensait sincèrement avoir relégué tout cela aux oubliettes, pourtant. Il s’était persuadé, en quelques sortes, que plus rien ne le touchait, qu’il était hors d’atteinte, insensible aux sentiments des autres mais il s’était leurré sur toute la ligne. Il n’y avait qu’à voir comme il absorbait le désarroi de Wes comme une éponge, comme il s’imbibait du malaise de son ancien camarade. Et comme il était suspendu à ses lèvres, comme si les prochaines paroles de Wes pouvaient changer le cours de sa vie. Mais il avait tort, il le savait. Quels que soient les mots du jeune homme, ils n’effaceraient pas la solitude, la détresse, le chagrin, le désespoir qui l’avaient étreint, à un moment ou un autre au cours des mois qui avaient suivi son éviction. Ils rendraient peut-être le tout moins amer mais ça ne gommerait pas la douleur qui avait été engendrée et cette constatation ébranla Sebastian plus qu’il ne l’avait anticipé. En plus de ça, il découvrit qu’il n’avait jamais songé à ce qu’il ressentait vis-à-vis de Wes mais il ne le blâmait pas, n’éprouvait aucun ressentiment à son égard. C’était comme s’il n’y avait pas eu assez de place dans sa vie pour qu’il inclue son ex-crush dans l’équation. Il avait été trop préoccupé par sa nouvelle vie, par la nouvelle identité qu’il devait se construire, celle d’un orphelin, presque, celle d’un gamin lâché dans la nature et sans soutien de quiconque. Il avait dû grandir subitement et trop durement pour se préoccuper de ce que pouvait expérimenter l’autre et il réalisa qu’il voulait savoir. Il voulait savoir par quoi était passé Wes, ce qu’il était devenu, pourquoi il avait disparu et où il était allé. Mais cela ne le regardait sûrement pas et il n’était même pas certain qu’il oserait aborder le sujet avec le jeune homme, surtout au vu de l’attitude qu’il avait, tendue, distante, presque méfiante. Comme s’il craignait que les choses ne se répètent, comme s’il avait peur du passé et ne voulait pas l’évoquer. Alors c’était peut-être une très mauvaise idée de l’inciter à approfondir sa pensée quand il était évident qu’il n’était pas prêt à se lancer et que Sebastian n’était pas certain d’être prêt à l’entendre. Mais sa stupide et naïve question était dans l’air, maintenant. Elle dansait devant leurs yeux, narquoise, les forçant à emprunter une voie cahoteuse. Ce ne fut que lorsque la voix de Wes fit à nouveau trembler l’air que Sebastian remarqua qu’il retenait son souffle et que son cœur battait plus lourdement que d’habitude. Et qu’il avait la gorge nouée, aussi, ou sèche, il n’aurait su le dire.
Les premiers mots qui parvinrent à s’extraire de la bouche de Wes n’avancèrent pas beaucoup Sebastian, ils étaient aussi mystérieux que la première fois et toutes les interprétations étaient possibles. Or, le jeune serveur ne voulait pas avoir à interpréter. Il voulait un sens clair et net, même si cela risquait de le décevoir. Il ne voulait pas avoir à nourrir le moindre espoir de rédemption, sans savoir si on pouvait réellement parler d’espoir. Puis Wes clarifia les choses et c’était comme si le cœur de Sebastian, tel un ballon baudruche, s’essoufflait, vidant sa cage thoracique de tout l’air qu’elle contenait. Tétanisé, Sebastian recula légèrement, non pas pour s’éloigner de Wes et de ses aveux écorchés mais parce qu’il voulait sentir une surface solide contre son dos, quelque chose qui le retiendrait au cas où ses jambes refuseraient de le soutenir plus longtemps. Les mains posées l’une sur l’autre contre la fraicheur des briques, Sebastian s’appuya au mur latéral du bar et perçut les vibrations de la musique. Le regard indéchiffrable, il détailla Wes, conscient qu’il pouvait ainsi accroitre le malaise de l’autre mais incapable de regarder ailleurs, comme s’il pouvait mieux absorber les mots s’il les voyait directement sortir des lèvres fines de son ancien coéquipier. Il battit légèrement des paupières, cillant sous le coup des mots qu’il ne comprenait que trop bien mais qui n’en étaient pas moins douloureux, comme si, par sa faute, l’avenir de Wes aurait été maudit. La confession lui extorqua un sourire qui n’esquissait pas la moindre chaleur mais il acquiesça, pour l’inciter à continuer, pour le pousser à vider son sac – et, accessoirement, à lui labourer le cœur. Ce que Wes avait ressenti – ressentait toujours ? – bon nombre de ses amis, ces mêmes types qui dansaient joyeusement sur la piste, ces mêmes mecs chaleureux qui couraient partout, derrière le bar et dans la salle, l’avaient vécu. Ils étaient pratiquement tous passé par cette étape douloureuse, à l’exception de l’un ou l’autre qui avait eu la chance de grandir dans un foyer tolérant et ouvert d’esprit. À croire que c’était un point indispensable à franchir avant d’avoir le courage d’assumer ce que l’on était. Wes avait-il seulement franchi cette limite ? Ou espérait-il toujours que l’acceptation viendrait des autres, alors qu’il n’avait peut-être pas commencé par lui-même ? Le visage de Sebastian s’était lentement défait, prenant des airs de marbre inaltérable. Son regard se perdit dans les limbes de l’imagination, tandis qu’il essayait de se figurer ce qu’avait été la vie de Wes pendant tout ce temps, sans y parvenir. Il était parti, voilà tout. Cela avait été sa solution : disparaitre plutôt que de respirer un bon coup avant d’entrer dans l’arène. Oh, Sebastian ne pouvait pas mentir : il l’avait envisagé et même rêvé, lui aussi, de partir, de se volatiliser, de recommencer ailleurs, où personne ne le connaissait, où son père n’était plus qu’une ombre funeste lointaine. Mais la différence, c’était qu’il ne l’avait pas fait. Quant à savoir si c’était par conviction ou manque de moyen, c’était une autre affaire. Le temps que Wes en arrive à déclarer ses sentiments de l’époque, Sebastian avait déjà battu en retraite dans un coin de son esprit où il était sauf, à l’abri des tourments qui l’avaient trop longtemps chamboulé. Il eut un léger frisson, rythmé par la voix de son compagnon d’infortune, mais il ne laissa rien entrevoir du trouble qui lui serrait le ventre et noircissait ses pensées. Les yeux sombres du jeune Bacigalupo suivirent la course fatale de la cigarette qui finit écrasée sous la semelle de Wes et il eut l’impression que c’était là l’illustration parfaite de ce qu’il avait vécu à l’époque, quand il avait décelé le dégoût de son père, quand il n’avait pas pu y échapper, en réalité, puisque son géniteur n’en cachait rien, crachant des invectives, exprimant sans vergogne sa honte d’avoir engendré une tapette. Il se rappelait les questions humiliantes auxquelles il n’avait même pas pris la peine de répondre. Il ressentait encore les mains qui le bousculaient, la voix qui crissait, lui ordonnant de déguerpir, le vent glacial qui l’avait chassé de chez lui pour ne plus jamais y revenir. Sebastian ferma les yeux à la mention de leurs corps respectifs et poussa un soupir. Sa tête bascula légèrement en avant et il se balança doucement contre le mur, la rugosité des pierres offrant un massage curieusement apaisant à son dos courbé. Il l’avait provoquée, n’est-ce pas ? Cette avalanche de souvenirs ? Il aurait pu y échapper si seulement il avait fait comme si les mots de Wes ne lui étaient pas parvenus, s’il avait feint d’ignorer le sous-entendu. Mais non. Sebastian Bacigalupo était prudent et réservé mais quand il crevait de se faire du mal, il n’y allait pas par quatre chemins. Il fallut quelques secondes après que Wes se soit tu pour que le jeune serveur comprenne que Wes lui avait livré tout ce qu’il avait à offrir et il rouvrit les paupières pour poser les yeux sur les épaules qui s’étaient détournées de lui.
Que pouvait-il répondre, maintenant ? Que pouvait-il dire qui apaise les tourments de son premier coup au cœur ? Y avait-il seulement quoi que ce soit qui puisse agir comme un baume réconfortant sur les plaies ouvertes ? Ou fallait-il que Wes trouve sa voie tout seul, comme lui avait été contraint de le faire ? Puis il décida de laisser son cœur parler, comme Wes venait de le faire. Même si c’était maladroit, même si ça n’était pas ce qu’il espérait entendre :
- Tu ne pourras pas vivre éternellement dans l’ombre, Wes. Un jour ou l’autre, il faudra choisir. Te laisser bouffer par les autres ou par toi-même. Tout ce que je peux te dire, c’est qu’ils seront toujours plus indulgents que toi, même si tu ne le crois pas au début. Ils seront peut-être bêtes et méchants mais ils finiront par s’y faire, ils oublieront. Ou ils partiront. Et s’ils t’abandonnent, c’est qu’ils n’en valaient pas la peine en premier lieu. Je sais que ce n’est pas le genre de situation au devant de laquelle on va de son plein gré mais c’est malheureusement nécessaire. Ça l’a en tout cas été pour beaucoup de mecs comme toi et moi…
Il se tut un instant, fixant la nuque de Wes, la peau délicate à la base de ses cheveux de blé, les boucles soyeuses qui l’avaient tant fait rêver quand ils étaient encore jeunes et innocents, quand la vie ne s’était pas encore chargée de les accabler de maux injustes.
- Mais si tu persistes à te cacher, à refuser de vivre comme tu l’entends, tu vas être particulièrement malheureux.
Il préféra ne pas insister, ne pas parler de ces garçons souriants et tendres qui s’étaient pendus ou empoisonnés parce qu’ils n’arrivaient pas à s’accepter. Wes n’avait pas besoin d’entendre les histoires de ces jeunes partis trop tôt et à qui le monde n’avait pas donné la moindre chance de s’en sortir. Finalement, il avait peut-être été plus chanceux qu’il n’y paraissait, ironiquement.
- Laisse tomber ces connards, trouve-toi d’autres amis. Il y a des dizaines de personnes dans ce bar, qui en valent bien plus la peine et qui te montreront qu’il n’y a pas de quoi avoir honte.
Il parlait d’expérience. Il ne serait pas là sans eux, après tout.

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I can understand how when the edges are rough and they cut you like the tiny slivers of glass and you feel too much and you don't know how long you're gonna last.

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Wes Byrnes

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MessageSujet: Re: ☑ the truth runs wild like a tear down a cheek ○ sebastian.   Dim 13 Aoû 2017 - 20:28

Cette histoire avait commencé par une chance et une rencontre créant une nouvelle routine à laquelle il s’était habitué un peu trop vite. IL avait été une présence qu’il guettait à l’autre bout du terrain, une main qu’il désirait toucher, et enfin un prénom, le sien. À la fois beau et douloureux, une sorte de mantra qui brulerait ses lèvres à chaque fois qu’il le prononcerait. Longtemps, Sebastian avait été une étoile qui scintillait dans le fond de sa rétine, une souffrance brutale à l’estomac lui montrant qu’il était bien vivant. Puis, l’affection avait disparu entre deux larmes d’alcool, remplacée par une cruelle amertume qui avait séjourné à ses côtés pendant des années pour lui rappeler qui il était vraiment au fond de lui : un garçon qui aimait les garçons. Était-ce si grave ? Oui et non. Il avait longtemps pensé qu’il perdrait ses proches et ses amis s’ils venaient à l’apprendre. Que tout ça n’était qu’une vaste mascarade qu’il ne contrôlait pas, et que son corps, si, il parvenait à le dompter, arrêterait de s’émouvoir aux œillades discrètes des hommes qu’il trouvait beau. Ça aussi, c’était un souci : le fait qu’il apprécia la nudité masculine et ses courbes affutées plutôt que le galbe arrondi d’une hanche féminine. Malheureusement il n’avait pas choisi, il était né comme ça. Et pour faire face à ces regrets qu’il entassait tel le marchand de sable avec ses rêves, il avait fichu le camp en claquant la porte avec pour principale (et unique) ambition de ne pas remettre les pieds dans les parages. L’échappatoire par la fuite donc… Une solution de facilité qui n’avait pourtant pas permis à ses tracas de disparaitre dans un coup de vent comme escompté, pour qu’il redevienne normal. Un joli mirage auquel il s’était accroché en vain. Partir n’avait fait qu’accentuer son malaise. Il se revit là-bas, le premier jour, loin de tout et désolidarisé, arpentant les rues sans aucun but, si ce n’était de se changer les idées, d’oublier tout ça et de repartir à zéro. Il avait croisé un punk – ou peut être un clochard -, sur sa veste un patch ‘no religion’, et le temps d’un regard ils étaient devenus frères. Affaiblis, complices d’incompréhensions, leurs chaussures en cuir marchant à l’unisson vers une rivière où s’écoulaient les clichés les plus acerbes de la société. Ils avaient honte. Quand soudain la voix de l’inconnu s’était élevée dans les airs, dure et grave pour lui demander s’il croyait en Dieu. Il lui avait alors répondu qu’il ne savait pas, et d’un ton confus, l’étranger lui avait dit ‘si tu pensais être seul maintenant on est deux.’ Wes était resté silencieux percuté par cet échange. Plus jeune, il avait suivi des cours de catéchisme poussé par une mère pratiquante, et si quelques préceptes demeuraient dans un coin de sa tête, il s’en était détourné au fil des années. De toute façon, celui qui l’observait de là-haut ne voulait pas des gens comme lui. Il devait faire face à tout ça seul.

Ce soir cependant, la vérité éclatait enfin. Son camarade d’enfance n’avait pourtant rien demandé, Wes s’était laissé emporter par son propre chagrin, et toutes ces choses qui le grignotaient comme un cancer. Il faisait froid dehors, et il hésitait à rentrer chez lui, usé par ses mots, et sa bouche pleine de torts. Mais la vie c’était des choix, et l’espoir semblait être revenu aussi infime fut-il avec le gaz de ce briquet qu’il lui avait tendu juste avant. Il fallait le conserver à tout prix par crainte qu’il ne termine en cendres. « Tu ne pourras pas vivre éternellement dans l’ombre, Wes. Un jour ou l’autre, il faudra choisir. Te laisser bouffer par les autres ou par toi-même. Tout ce que je peux te dire, c’est qu’ils seront toujours plus indulgents que toi, même si tu ne le crois pas au début. Ils seront peut-être bêtes et méchants mais ils finiront par s’y faire, ils oublieront. Ou ils partiront. Et s’ils t’abandonnent, c’est qu’ils n’en valaient pas la peine en premier lieu. Je sais que ce n’est pas le genre de situation au-devant de laquelle on va de son plein gré mais c’est malheureusement nécessaire. Ça l’a en tout cas été pour beaucoup de mecs comme toi et moi… » Ses yeux clairs cherchèrent les siens dans l’obscurité pour s’y perdre dedans, tandis qu’il l’écoutait patiemment. Il avait raison. Bien sûr qu’il avait raison, chaque partie de son âme en était consciente, toutefois il n’arrivait pas à joindre le geste à la parole. Admettre (et accepter) sa sexualité l’effrayait depuis le début, comment pouvait-il en être autrement ? Il suffisait d’allumer sa télévision ou de lire la presse pour voir que les gars de son genre allaient au-delà de beaucoup de désagréments une fois qu’ils sautaient le pas. Tout était lié au courage, celui-là même qui lui faisait défaut. Il n’était pas pleutre pour autant, mais il se battait pour des combats qui n’étaient pas les siens plutôt que de s’attarder sur ses propres peurs. C’était plus facile. « Mais si tu persistes à te cacher, à refuser de vivre comme tu l’entends, tu vas être particulièrement malheureux. » Ca paraissait simple à l’entendre, un truc qu’on expédie à la va vite, comme une lettre à la poste. En pratique, l’affaire se corsait, ce n’était pas faute d’avoir essayé à plusieurs reprises. Il avait tenté d’en discuter avec son père un matin, et s’était heurté à tant de commentaires déplacés qu’il n’avait osé poursuivre sur sa lignée, et était parti directement à la fac. Quant à ses amis… Leur comportement était plutôt révélateur lorsqu’ils voyaient ce qu’ils appelaient en ricanant, des ‘pédales, tapettes, etc’ tandis que lui s’échappait en rabattant sa capuche sur ses boucles blondes en prétextant avoir un truc à faire. Voilà, un truc à faire, était désormais une excuse toute trouvée pour continuer à vivre dans le mensonge sans être secoué.

Et voilà qu’en LE croisant, il remettait tout en cause. Mais à quoi s’était-il attendu au juste ? N’était-ce pas pour ça qu’il avait décidé de le suivre dehors, afin de déblatérer tous ces remords qui le tiraillaient ? À quoi bon sinon ? Sebastian était une lueur dans la noirceur grandissante, et attiré tel un papillon vers le soleil, il était prêt à se brûler les ailes. « Laisse tomber ces connards, trouve-toi d’autres amis. Il y a des dizaines de personnes dans ce bar, qui en valent bien plus la peine et qui te montreront qu’il n’y a pas de quoi avoir honte. » En avait-il seulement envie ? Le combat était réel dans son esprit, oscillant entre ce qu’il jugeait être bon pour lui, et ce qu’il avait décidé d’être, ou du moins d’afficher à autrui. Il étouffa un long soupire, ce n’était clairement pas ce qu’il avait imaginé pour leurs retrouvailles car oui, il y avait songé plusieurs fois. Et dans chaque hypothèse formulée, ça se terminait mal, sans qu’il ne parvienne à l’expliquer. Quelque part le non aboutissement de cette relation, et les non-dits qui s’en étaient suivis restaient une barrière entre eux deux. Il songea à la veille, posé à sa fenêtre avec le vent qui frappait son torse nu alors qu’il fixait les étoiles. Il avait été serein mais Était-il heureux ? Non. L’avait-il été un jour ? Peut-être lorsqu’il était gamin, mais les souvenirs étaient flous, il était aisé de les re fabriquer à sa guise en omettant le pire. Son avenir serait-il toujours comme ça, complexe et faussé… ? Sans doute, mais il ne tenait qu’à lui de le changer. Pour l’heure il ne voulait pas s’y atteler, il avait besoin d’oxygène et de liberté. « Je sais. » S’entendit-il dire tout bas, en fourrant ses mains dans ses poches. C’était tout ce qu’il fut capable de prononcer, maintenant qu’il analysait la diatribe de son compagnon de fortune, le cœur battant. Une partie de lui était déçue. Il lui avait confessé tout ce qui le prenait en tenailles, et avait obtenu en échange une sorte de discours impersonnel. Comme si ses révélations n’avaient pas d’importance, et s’étaient déjà perdues dans les nimbes d’une conversation irréelle. Avait-il cru que son ami se jetterait à son cou après ce qu’il venait de déclamer tel un ivrogne imbibé d’alcool ? Le fourmillement qui picotait ses bras le laissait présager. Wes ne pouvait pas le blâmer néanmoins, il n’avait que ce qu’il méritait, mais son orgueil était froissé.  « A l’époque, c’est arrivé vite. J’ai rien compris à ce qui se passait. J’ai fait un choix, un choix stupide mais c’était mon choix. Je pensais que ce serait mieux, que j’avais besoin de personne. Je me suis noyé dans les verres et le désespoir, j’ai fait semblant. J’ai fait croire à tout le monde, que tout allait bien. » Il frotta sa semelle sur le reste de la cigarette éparpillée sur le bitume, à y regarder de plus près, ça faisait échos à son palpitant en miettes, dont les pièces ne se recollaient pas malgré ses maigres efforts.  « C’était idiot. Mais le pire là-dedans c’est que je me suis senti extrêmement seul. Ces gens là-bas ne sont pas amis. Mais j’ai appris à vivre avec la douleur, à l’apprivoiser. Et quand elle disparait, c’est presque comme si elle me manquait… » Il frissonna à cause de cette horrible brume d’automne qui s’infiltrait partout dans cette ville bien trop belle, où les cœurs étaient devenus borgnes. « Un jour je te raconterais comment j’ai su qu’on ne serait pas amis toi et moi, que je voulais plus. C’est la seule fois où j’ai été sincère avec moi-même dans ma vie. » C’était tristement vrai malheureusement, le reste n’était que supercherie sur supercherie. Même lorsqu’il avait affirmé que voir une petite sœur étrangère qu’il ne connaissait pas, débarquer à la maison, serait génial, il n’avait pas été honnête. Le temps s’était chargé de le détromper par la suite, mais son premier sentiment avait été à l’opposé. Et ce n’était qu’un détail parmi tant d’autres. « Je sais pas si j’arriverais à être comme toi. Je ne sais pas comment tu as fait, ni comment tu fais. Je voudrais savoir… Savoir si tu peux me pardonner et si tu seras là pour la suite, ou si on va disparaitre chacun de notre côté, en prétendant que rien n’est arrivé. » Un peu comme lui l’avait fait, quand ils étaient adolescents, sans jeter un coup d’œil derrière lui, gonflé par la tristesse et la colère de ne plus reconnaitre son reflet dans le miroir. Il avança vers Sebastian pour briser cette distance qui les séparait. Un jour il deviendrait surement un homme heureux et accompli, quelqu’un de bien dans ses baskets, mais c’était trop tôt, la route était longue et semée d’embuches. Il le contempla un instant, et se détourna aussitôt pour scruter un point invisible vers l’horizon. Il avait l’impression d’être idiot, que tout ça n’était que le fruit de son imagination, une énième réalité où il s’essayait à s’excuser gauchement, avant que les contours ne se dissipent et qu’il se réveille dans son lit. Il n’était même pas sûr que ses propos soient cohérents, tout se mélangeait dans son esprit sous l’effet des reflux de ce qu’il avait bu. Il ne considérait plus son corps comme lui appartenant, il avait cessé d’être à lui. Agitées, ses mains lui donnaient la sensation d’être séparées de lui, de flotter de leur propre chef, et quand il s’était approché, il l’avait fait comme une marionnette, en se dépliant et en se relevant de manière saccadée au bout de ficelles. La musique revint frapper à sa porte, et il réalisa que la situation n’avait rien d’un songe ou d’un cauchemar, c’était la vérité brute, celle qui faisait mal et qu’il redoutait d’affronter. La culpabilité était sa prison, mais les barreaux tombait un à un ; ses joues étaient brûlantes. « Peut-on vraiment réparer quelque chose qui est cassé ? » Lâcha-t-il finalement, désemparé, et fatigué. Il en avait vu des objets fragiles s’écraser sur le sol, brisé en plusieurs morceaux. Des morceaux, qu’il avait rassemblé pour reconstituer le malheureux récipient qui ne serait plus jamais identique, car des stries étaient apparues. Et bien c’était ça qu’il ressentait là toute suite avec Sebastian, il était un vase abimé, craquelé par ses traumas et d’une fragilité déconcertante.

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Sebastian Bacigalupo

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MessageSujet: Re: ☑ the truth runs wild like a tear down a cheek ○ sebastian.   Mar 15 Aoû 2017 - 13:26

Sebastian aurait aimé lui offrir un manuel ou un philtre magique qui résoudrait tous ses problèmes. Sincèrement, il aurait préféré que son ancien camarade n’ait pas à traverser ce désert de doutes et d’incertitudes. Qu’il puisse vivre pleinement sa vie, qu’il soit heureux. Il ne souhaitait à personne la solitude qu’il avait expérimentée durant de longues semaines et qui l’accablait encore parfois. Même à son pire ennemi, ce qu’il n’avait par bonheur pas. Cela lui fit cependant réaliser qu’il n’avait pas non plus de personne à qui il tenait véritablement. Certes, il avait un groupe de collègues génial, sur lequel il pouvait compter et avec lequel il se sentait parfaitement bien et à sa place. Mais ils avaient leur propre vie, leurs propres amis et le fait qu’ils se côtoient si souvent et si longtemps dans une ambiance festive ne les incitait pas à suggérer d’aller s’amuser ailleurs. Leur lieu de travail était également l’endroit où ils se divertissaient. Un avantage qui pouvait aussi s’avérer un inconvénient, comme leur vie en dehors du GLOW se résumait dès lors au néant. Jamais ils ne prenaient un repas ensemble ailleurs, quand bien même il y avait des dizaines de petits snacks et restaurants dans le quartier. Ils mangeaient sur place, installés à une table de la salle désertée et cela n’allait pas plus loin. De leurs problèmes personnels, ils parlaient aussi, évidemment, mais davantage comme l’on évoque un lointain cousin que comme un réel soutien. C’était un moyen de parler de quelque chose, point final. Sebastian pouvait citer les noms des frères des uns, les métiers des mères des autres, il pouvait se remémorer l’essentiel des histoires tumultueuses de certains mais ça n’allait pas beaucoup plus loin. Et le contraire était valable. Lui-même ne partageait jamais véritablement ses tourments. C’était à peine s’il mentionnait encore ce qui l’avait conduit à venir travailler dans le célèbre bar gay. Et comme ses aventures sentimentales ne duraient jamais bien longtemps… Sebastian songea qu’il n’avait jamais parlé de Wes à quiconque et le seul qui était au courant aurait préféré se faire arracher les yeux plutôt que de repenser à ce fameux jour. Le jeune homme se demanda si son père voyait encore l’image de son fils embrassant un autre garçon danser devant ses yeux ou s’il avait rayé tout souvenir en même temps qu’il avait l’évincé lui. Il ne savait pas pourquoi il avait gardé ce pan de son existence secret, comme s’il avait honte de ce qui était arrivé. Mais peut-être était-ce précisément ce sentiment de rejet, de ne pas en valoir la peine, qui l’avait empêché de se délester de ce fardeau qui continuait à obscurcir une partie de son cœur ? C’est ce que se dit le jeune serveur, en tout cas, en suivant des yeux la silhouette de son ancien coéquipier.
Quel gâchis, pourtant. Tant d’années glissées sous le tapis parce qu’il avait trop peur d’y revenir. Tant d’années à prétendre que ça n’était pas arrivé ou que ça l’était, au contraire, pour une raison précise. Mais laquelle ? Le délivrer du joug de son père ? Le pousser à assumer son attirance pour le même sexe ? Le guider vers cette nouvelle vie qu’il n’avait aucunement envisagée avant d’y être obligé ? À présent, le jeune Bacigalupo était forcé de faire le chemin inverse, de se souvenir, de faire un saut dans le temps pour se rappeler ce qu’avait été son adolescence et ses tâtonnements. Et c’était comme ouvrir une porte lourdement scellée mais qui, une fois ouverte, donnait sur une pièce dont chaque détail lui revenait vivement, comme s’il ne l’avait jamais quittée. Il se rappelait sans mal les bourdonnements de son cœur quand ils étaient seuls, ses doigts qui n’osaient pas franchir cette limite délicate entre l’amitié et l’intimité, ses sens éveillés et entièrement tournés vers son acolyte, comme si un radar se mettait en route dès que Wes pénétrait un certain périmètre. Les entrainements devenaient une attente cruelle alors qu’il ne s’était inscrit que plus ou moins contraint et forcé par son père. Il en était venu à avoir hâte d’enfiler son maillot coloré, lui qui n’avait rien d’un grand sportif à l’époque et qui n’avait plus mis un pied sur un terrain depuis ce moment-là. Il se remémorait le nœud vivant qui se contractait dans son estomac, comme un boa affamé. Il n’avait qu’à fermer les yeux pour revenir dans sa chambre, assis sur le bord de son lit, trop proche de Wes et n’osant pas réitérer un geste qui avait pourtant reçu un accueil plutôt positif quelques jours plus tôt. Il n’avait qu’à inspirer pour se souvenir de cette brève inspiration qu’il avait prise, ce fameux jour, avant de glisser la main sur celle de Wes, la serrant d’abord maladroitement et incapable de regarder autre chose que leurs mains jointes. Il lui avait fallu un nouvel accès de courage pour qu’il ose lever les yeux et détailler Wes, redoutant encore de s’être mépris sur les signaux alors qu’il savait que ça n’était pas possible. Il ne pouvait pas s’être trompé à ce point… n’est-ce pas ? Il avait encore le souvenir de sa gorge nouée quand il avait enfin réussi à soutenir le regard du jeune homme et quand il avait esquissé un sourire, sans savoir quoi dire pour les délivrer de ce silence gênant. Oh non, il ne voulait plus penser à tout cela. C’était lointain. C’étaient les avances timides d’un adolescent sans la moindre expérience et il n’était plus ce gamin, il n’avait plus à s’émouvoir pour si peu. Alors il rouvrit les yeux et s’efforça de noyer sa mémoire en fixant la nuit noire et les quelques fêtards qui discutaient à quelques mètres de là, inconscients du drame lointain qui unissait ces deux garçons un peu isolés, aux épaules voûtées, comme écrasées par un poids invisible, et des visages graves qu’ils arboraient quand il aurait été si simple de retourner à l’intérieur et de se saouler pour oublier les malheurs du passé, ces malheurs qui persistaient à les hanter, contre leur gré.
Wes lui répondit qu’il savait et Sebastian fut tenté de lui demander vraiment ? Il comprenait que cela paraisse une utopie ou un discours prémâché qu’il était si facile d’offrir à quelqu’un qui se battait encore contre lui-même. Mais ça n’était pas simple pour Sebastian d’essayer d’offrir le moindre réconfort, il savait quel coût cela pouvait représenter, il savait que ça ne signifiait rien quand cela venait d’un autre, qu’il fallait que ça vienne de soi. Il ne voyait pas comment guider Wes vers cette acceptation de soi, il n’avait pas le recul nécessaire, ni la patience, ni la maturité qu’avait eu son propre mentor, celui qui lui avait permis de faire le deuil de sa propre famille et l’avait épaulé dans les moments difficiles. Il fallait que Wes rencontre quelqu’un de semblable. Ou celui qui le pousserait à vouloir assumer son bonheur, un garçon qui aie assez de poids pour le faire sortir de sa coquille, qui lui donne ce pouvoir, celui de se dire je préfère affronter les regards des autres et être heureux avec toi que de continuer à mentir. C’était peut-être utopique de croire à un tel dénouement. Après tout, lui-même n’y avait pas eu droit mais peut-être que Wes rencontrerait cette perle rare. Sebastian voulait en tout cas croire que la lumière se trouvait au bout du chemin et que Wes allait bientôt l’apercevoir, même s’il était pour l’instant perdu dans un tunnel interminable.
Ce fut au tour du serveur d’écouter en silence son compagnon et il se mordit l’intérieur de la joue en hochant distraitement de la tête, comprenant entièrement le parcours de Wes. Il rougit légèrement aux paroles du jeune homme mais s’efforça de le cacher, gardant un masque sérieux, impénétrable. Seuls ses yeux sombres suivaient les mouvements de Wes. Il aurait aimé réagir mais une peur ancestrale le tenaillait toujours et il craignait qu’en répondant aux aveux de son ex-camarade, il s’embourbe dans un marécage de sentiments qu’il n’avait pas encore eu le temps de démêler.
- Il n’y a rien à pardonner, Wes. Rien de ce qui est arrivé n’était ta faute, souffla Sebastian d’une voix rauque. C’est le sort qui a joué contre nous mais… je ne sais pas si je suis la personne adéquate pour t’aider. Je serai toujours là pour t’écouter si tu en as besoin mais je—je ne vois pas ce que je peux faire de plus.
C’est un voyage que tu dois malheureusement faire seul, eut-il envie d’ajouter avant de se raviser. Il ne pouvait pas dire à ce garçon triste et seul que les semaines ou mois – voire années – à venir risquaient d’être solitaires s’il ne laissait à personne la possibilité d’entrer. Mais d’un autre côté, qui était-il pour le conseiller quand il était lui-même incapable d’appliquer ses propres théories ?
Le jeune homme se raidit légèrement lorsque Wes amorça un pas dans sa direction mais il ne se déroba pas. Où aurait-il pu aller, de toute manière, adossé comme il l’était au mur vibrant sous les basses de la musique qui persistait à jouer à l’intérieur ? Et le voulait-il d’ailleurs vraiment, échapper à ce garçon qui avait fait naitre des sensations nouvelles, qui lui avait permis de découvrir qui il était, bien malgré lui ? Paradoxalement, alors qu’une seconde plus tôt, il redoutait cette approche, Sebastian ressentit une pointe de déception en voyant Wes s’écarter à nouveau. Qu’espérait-il d’autre venant d’un jeune homme qui refusait d’admettre l’évidence ? Qui refusait de laisser ses pulsions émerger ? Qui refoulait tout ce qu’il était ? La question de Wes lui extorqua un sourire triste et Sebastian haussa les épaules avant de soupirer :
- Je l’espère, Wes… qu’est-ce qu’on peut attendre de l’avenir, sinon ?
Il se força à se redresser et à se détacher du mur et jeta un coup d’œil à sa montre.
- Je devrais retourner à l’intérieur, je suis de service et j’ai déjà merdé l’autre soir, je ne peux pas me permettre de recommencer. Mais on peut encore discuter à l’intérieur si tu veux… même si j’imagine que tu préférerais éviter, avec ta bande de copains dans le coin…
À moins qu’ils se soient déjà lassés du spectacle et soient partis ? Mais même sans eux pour exercer une pression inconsciente sur Wes, Sebastian n’était pas sûr que le GLOW soit l’endroit pour lui en ce moment. Tous ces hommes qui s’amusaient et s’embrassaient parfois, cela avait de quoi mettre mal à l’aise quelqu’un qui n’acceptait pas sa sexualité. Pourtant Sebastian ne voulait pas le voir partir. Il avait la sensation qu’il ne pouvait pas laisser un Wes aussi désemparé seul ce soir.
- Je peux encore t’offrir un verre, si tu veux, proposa-t-il avant d’ajouter, maladroitement. Je t’assure que ça ira mieux un jour, Wes. Ça n’est peut-être pas évident ce soir mais tu ne seras pas éternellement malheureux. Je ne peux pas concevoir que tu restes dans l’ombre longtemps. Ça te travaille, c’est la preuve que tu as besoin de changement, non ? Et ça viendra. Mais chaque chose en son temps, d’accord ?
Et comme pour offrir un pacte tacite dont il ne connaissait pas les conditions lui-même, Sebastian tendit la main au jeune homme, accompagnant son geste d’un sourire qui se voulait engageant et plein d’espoir en cet avenir qu’il n’aspirait qu’à faire découvrir à Wes.

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MessageSujet: Re: ☑ the truth runs wild like a tear down a cheek ○ sebastian.   Mar 29 Aoû 2017 - 20:53

Il venait de se mettre à nu, entièrement sans conditions aucune. Se sentait-il mieux ? Pas vraiment, pas encore en tout cas. Peut-être que ça mettrait du temps, mais il était impatient, un vilain défaut qu’il héritait de ce père qu’il haïssait tant. Il était du genre à vouloir que tout se résolve rapidement, il n’aimait pas poireauter sur une chaise en attendant que les minutes s’épuisent dans le vide. Et quelque part ça compliquait son processus de guérison. Il lui était impensable de s’imaginer qu’il lui faudrait des mois, voire des années pour se remettre un jour de toute cette histoire, et surtout pour accepter ce qu’il était. Ce qu’il était… Comme si il eut été un loup garou, un vampire ou une créature mystique, tandis que le problème - qui était loin d’en être un - était diamétralement différent et ne le regardait que lui. Sa sexualité n’aurait pas dû faire l’objet de tabou quelconque, c’était intime, personnel et privé. Pourtant on en faisait tout une affaire de l’orientation sexuelle, comme si il fallait tenir un registre dans lequel chacun consignerait ses préférences. Enfin... pas tous. Uniquement les homosexuels comme lui, dont les mœurs obsédaient les hautes sphères de leur société. Allez savoir pourquoi… Ils n’avaient cependant rien demandé, et auraient été heureux de vivre leur existence dans leur coin, sans qu’on ne les dérange. Mais comme rien n’était jamais simple, certains en avaient décidé autrement. Dieu par exemple, et tous ceux qui prêchaient en son nom avaient proclamé que toute union entre deux sexes n’était pas naturelle. Et alors ? De quel droit se permettait-on ce type de commentaire, au nom de quoi et de qui ? Il était agacé, et tout ça remuait son esprit qui avait été influencé à son tour par ce ramassis de bêtises qu’il avait vu ou lu. Puisqu’on lui avait enseigné que c’était mal, il s’était cru sale et répugnant. Il comprenait désormais que c’était les autres qui étaient dégoutants, pas lui. Ses sentiments étaient et avaient été aussi purs et sincère sinon plus que ceux que pouvaient éprouver un couple lambda. Il n’avait pas à rougir de ses pensées, ni de ses préférences telles qu’elles fussent. Il était bien décidé à les accueillir et à ne plus museler la bête tapie au fond de son ventre. Dans tous les cas il souffrirait, mais il le ferait selon ses conditions, et comme la fuite n’avait pas donné de résultat satisfaisant, il était l’heure de passer au plan b. Il rongeait déjà son frein mais c’était pour la bonne cause. Il voulait croire que si son ancien comparse avait réussi, il le pouvait également, à condition de ne pas flancher au moindre grain de sable qui viendrait enrayer la mécanique. Peut-être même que ça commençait ce soir au coin de cette ruelle, dans la pénombre, au milieu de ces gens joyeux et libres. Il étouffa un soupire qui en disait long, et jeta un coup d’œil vers le ciel. Sans lui adresser de prière, il le prenait pour témoin de cette promesse qu’il se faisait à lui-même. L’alcool lui donnait la fougue et la rage de se battre pour ses convictions, il espéra que ça ne s’évanouirait pas avec le retour du soleil à l’aube. A lui de se bouger et d’attraper le train en marche.

Pour l’instant, il était occupé à renouer avec un fantôme du passé, qui avait eu un impact décisif sur les dernières années qui s’accumulaient sur ses épaules chétives. Sebastian était le point central de tout ça, si ce n’était l’origine de ses doutes et de ses craintes. Mais au moins, il lui avait fait comprendre qu’il valait mieux que ça. Il lui en était reconnaissant, et se blâmait d’avoir été injuste à son égard. Il avait la sensation de voir enfin le bout du tunnel, et cette lumière autrefois si lointaine était à nouveau à portée de main. Si présente qu’elle lui brulait presque les doigts. « Il n’y a rien à pardonner, Wes. Rien de ce qui est arrivé n’était ta faute. C’est le sort qui a joué contre nous mais… je ne sais pas si je suis la personne adéquate pour t’aider. Je serai toujours là pour t’écouter si tu en as besoin mais je—je ne vois pas ce que je peux faire de plus. » Un poids immense s’envola dans les airs au son de ces paroles. C’était tout ce qu’il désirait entendre pour être en paix avec lui. Avec eux. Le simple fait qu’il accepta d’être là pour l’écouter à l’avenir, et l’aider à traverser tout ça était extrêmement précieux. Un cadeau qu’il ne méritait pas, après ses excès de couardises, et ses mots blessants. Il le revoyait encore dans ce couloir du lycée à le fixer avec intensité... Il avait eu si peur qu’il ne l’embrasse devant tous leurs amis qu’il s’était empressé de partir d’un pas rapide à l’opposé. Il avait cru percevoir son prénom chatouiller son oreille - il n’était plus sur désormais que ce ne fut pas un mirage - et l’avait enfoui profondément dans son cœur, en ne se retournant pas. Jamais. La suite on la connaissait, il avait raccroché son maillot de l’équipe de sport, et deux mois après il quittait Mount Oak sans billet de retour. L’ironie du sort avait voulu qu’il revienne pour faire face à ses vieux démons. « Merci. Je n’en mérite pas autant. » Il ne se considérait pas comme un martyre, mais était pertinemment conscient de ses fautes. Il aurait dû appeler Sebastian, prendre de ses nouvelles, savoir ce qui s’était passé quand son père avait débarqué en les surprenant. Il se doutait plus ou moins de la suite des événements, mais il n’avait pas été là pour lui. Il s’en voudrait éternellement. Il avait certes obtenu son pardon, mais les torts restaient encrés sous sa peau comme un tatouage indélébile. Il avait failli à tous ses principes et il en payait le prix lourd. La culpabilité avait rongé ses os et son cerveau abimé. Où qu’il allait, où qu’il fut, il y avait ses remords qui le suivaient dans l’ombre, prêts à planter leurs griffes dans son dos. Et dire que gamin il avait cru à toutes ces bêtises de lutins maléfiques cachés sous son lit ou dans son placard, s’obligeant à vérifier quinze fois si tout était bien vide. Pas une seule nuit il n’avait éteint la lumière, et même lorsque sa mère venait le rassurer en caressant ses boucles blondes emmêlées, la crainte que le croque mitaine ne s’empare de lui dans son sommeil, subsistait. Si seulement il avait su à l’époque que les vrais monstres étaient loin de se terrer dans sa chambre, et étaient véhiculés par les humains eux-mêmes, à travers leurs angoisses contagieuses. Il donna un coup de pied dans un caillou qui trainait là par hasard.  « Je l’espère, Wes… qu’est-ce qu’on peut attendre de l’avenir, sinon ? » Le sien d’avenir n’était pas très prometteur comme tout le reste. En échec scolaire, il avait tout lâché faute d’envie et de concentration, préférant aux études, un exil forcé. Il avait fini par cumuler les emplois saisonniers, pour atterrir à un poste merdique dans un supermarché de sa ville de naissance. Plus jeune, il s’était vu devenir pilote de course ou aviateur, ce genre de truc qui font rêver les gosses, et qui s’avèrent être difficilement atteignables. Tôt ou tard néanmoins il reprendrait surement le chemin des bancs de la fac afin de mettre un diplôme dans sa poche pour se donner toutes les chances possibles. Mais la vérité, c’était qu’il ignorait où il pouvait se rendre vraiment utile. Il était aussi paumé dans ce domaine que dans celui qu’il refoulait avec la rage d’un mercenaire. « C’est vrai… On a plus que ça, l’espoir. » Un si petit mot gonflé de tant d’expectatives. Il en attendait beaucoup et peu à la fois, il avait baissé les bras depuis si longtemps, qu’il avançait comme un aveugle dans les méandres de son existence. Il se sentit soudainement épuisé par tout ça alors que le combat débutait seulement. Avait-il seulement la force ? La force d’aller au-delà de ses  aprioris, la force d’assumer, et la force de ne plus se poser trop de questions… C’était un oui timide qui ricochait dans son crâne. L’avenir comme ils l’avaient si bien mentionné tous les deux, se chargerait de la suite.

Perdus dans leurs bavardages expiés sur un ton confessionnel, il avait perdu la notion du temps et de l’espace, occultant complètement tout ce qui était dans la périphérie de sa vision. Il ne voyait que Sebastian. Sebastian et sa veste qui tombait négligemment sur son épaule, Sebastian et sa mèche rebelle, Sebastian et ses lèvres pincées en une moue mystérieuse. Sebastian. Lui, lui, et encore lui. À l’infini. Mais son rapide coup d’œil à sa montre ne lui avait pas échappé, et la tristesse s’empara de lui. Quoi de plus normal ? Il n’était pas là pour bavarder et éponger ses pensées noires, il travaillait. Ses tergiversations n’avaient que trop duré. « Je devrais retourner à l’intérieur, je suis de service et j’ai déjà merdé l’autre soir, je ne peux pas me permettre de recommencer. Mais on peut encore discuter à l’intérieur si tu veux… même si j’imagine que tu préférerais éviter, avec ta bande de copains dans le coin… » Il observa l’entrée du Glow, flot incessant de marée humaine, et de musique assourdissante. Il était passé à multiples reprises sur le trottoir qui bornait le club, la curiosité et le dégout formant une ride sur son front barré par la réflexion. Il s’était dit qu’il ne rentrerait pas là-dedans, sous aucun prétexte, et finalement il l’avait fait. Pas par choix mais car on l’avait incité. Il se fourvoyait… Il en avait toujours crevé d’envie. Par jalousie d’être comme eux, de gouter à son tour à l’inaccessible, ou ce qu’il imaginait être inaccessible. Voulait-il y retourner ? Se perdre dans la foule, et se faire surprendre par ses « amis » en sa compagnie. N’était ce déjà pas trop tard ? Ils avaient dû s’inquiéter de son absence, et le voir s’éclipser dehors. Il suffisait de faire l’addition, ça coulait de source. « Je peux encore t’offrir un verre, si tu veux. Je t’assure que ça ira mieux un jour, Wes. Ça n’est peut-être pas évident ce soir mais tu ne seras pas éternellement malheureux. Je ne peux pas concevoir que tu restes dans l’ombre longtemps. Ça te travaille, c’est la preuve que tu as besoin de changement, non ? Et ça viendra. Mais chaque chose en son temps, d’accord ? » Il jaugea cette main tendue qui s’offrait à lui, et son cœur bondit dans sa poitrine.

Il ne pouvait pas refuser l’invitation, pas une seconde fois. Pas après tout ça. Ironiquement, ça se terminait comme ça avait commencé, avec leurs doigts entremêlés. Il abdiqua, et la prit dans la sienne : elle était douce et tiède comme dans ses souvenirs. Il frissonna, c’était électrique, il ne pouvait choisir si il était heureux ou déprimé. Les deux à la fois. Il acquiesça silencieusement, et ils retournèrent vers le club, éclatant cette bulle intime qui les avait maintenu à l’écart l’espace d’un moment. La musique vint le heurter de plein fouet, ainsi que les garçons qui s’enlaçaient joyeusement au milieu des verres d’alcool qui défilaient sur des plateaux. Le stress le gagna légèrement, tandis qu’il les cherchait inconsciemment au bout de la salle, sans les trouver. Peut-être que si il les avait croisés, il n’aurait pas fait ce qu’il s’apprêtait à faire. Peut-être aurait-il fait marche arrière en rentrant chez lui décuver et réfléchir à son sort. Mais il était resté là, avec lui. Wes s’empara d’une bouteille qui trainait là, et en bu une gorgée pour se donner du courage. Il percevait les battements de son rythme cardiaque résonner dans ses tempes, et son estomac se tordait. On étouffait là-dedans, l’atmosphère était moite et humide. Il exerça une légère pression sur la paume de Sebastian pour le ramener à lui. Contre lui. Si proches. Ses yeux étaient dorés et lumineux comme un rayon de soleil sur du miel. Il le dévisagea pendant ce qui semblait être une éternité, il n’y avait plus qu’eux. Il le lâcha, et prit son visage entre ses mains, il avança lentement, avec détermination mais sans forcer le baiser pour donner à son ami la possibilité de se reculer. Il n’en fit rien. Il sentit la chaleur du corps du garçon à travers son teeshirt. Il glissa une main sur sa nuque, et s’inclina pour en réclamer un peu plus. Un appétit dévorant le saisit. Il avait voulu l’embrasser dès leur première rencontre, quand il l’avait vu retirer son maillot dans les vestiaires de l’école, ses cheveux bruns trempés de sueur, sa peau rougie par l’effort, et si délicate qu’on risquait de l’abîmer rien qu’en l’effleurant. Et lorsqu’ils s’étaient revus ensuite au lycée, il avait été partagé entre l’envie de le toucher et le désir de le coincer dans un coin juste pour voir ce qu’il se passerait. Pourtant avec l’âge et particulièrement là, suite à leur discussion, cette curiosité avait changé. Il était habité par un autre élan. Le courage inattendu de son camarade, sa générosité à toute épreuve, et son regard sur autrui avaient réveillé en lui autre chose. Celle-là même qui l’avait poussé à agir à l’instant. Il se recula, et baissa les bras, le souffle court, et les sentiments en pagaille. « Je…… » Les mots lui manquaient, il n’y avait rien qu’il puisse dire pour exprimer clairement ce qui se tramait dans sa tête, ni même expliquer cette montée d’adrénaline, cette excitation incontrôlable qui s’était emparée de lui. Mais il ne regrettait pas ; pas du tout même.

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Sebastian Bacigalupo

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MessageSujet: Re: ☑ the truth runs wild like a tear down a cheek ○ sebastian.   Jeu 31 Aoû 2017 - 20:00

Une main tendue. Un gage de paix en prévision de ce qui attendait Wes : des jours d’incertitudes, des semaines de solitude, des mois de questionnements. Et peut-être, au bout, une nouvelle vision du monde. Un monde où il pourrait être lui-même, sans se soucier ou craindre ce que pourraient dire ou penser les gens. Un monde où il s’épanouirait et offrirait son charmant sourire à tous. C’était peut-être idéaliste de la part du jeune Bacigalupo. Après tout, qui pouvait se targuer d’avoir une vie toute belle et toute rose ? Des menteurs, sûrement. Mais ça ne pouvait de toute façon pas être pire que le calvaire qu’il vivait actuellement. C’était maigre, comme consolation, mais c’en était une. Viendrait un jour où ils pourraient sourire de ce qui leur était arrivé, où ils auraient assez de recul que pour ne pas souffrir à chaque fois qu’ils y songeaient. En attendant, les images persistaient à prendre la forme de brûlures humiliantes et les sensations associées ne provoquaient que malaise et tristesse. Sebastian aurait tellement souhaité que tout tourne autrement, qu’ils ne soient pas obligés de choisir d’être vrais avec eux-mêmes quand ce qu’ils faisaient de leur corps ne regardaient qu’eux. La frustration perçait, de temps à autre, mais le jeune homme avait appris à la repousser, avec le temps. Le GLOW lui avait offert cette sorte de remède mais était-ce une réalité ou un leurre ? Pouvait-il assurer que tout ce qu’il disait ce soir était vrai dans le monde actuel, hors des murs du bar, ou était-il aveuglé par l’ambiance générale qui régnait en ces lieux ? L’acceptation n’allait pas de soi, dehors, quand elle était innée, naturelle, dès qu’on passait le seuil du GLOW. Comment le monde pouvait-il être si divisé ? pensa Sebastian avec amertume. Comment pouvait-on croire au rêve éveillé quand on savait qu’un pas dans les rues de Mount Oak pouvait le faire descendre de son nuage ? Alors, dans l’autre sens, Sebastian espérait que Wes pourrait entrevoir la vie qui pouvait lui être offerte s’il se mêlait aux gens qui le prenaient comme il était, sans se soucier de la personne avec qui il désirait coucher. Ce n’était en tout cas pas en fréquentant la bande d’idiots que Sebastian avait aperçue plus tôt qu’il allait pouvoir assumer ses envies et ses besoins. Sous leur joug, même inconscient, il serait à jamais la marionnette de tous ces regards qui observaient chaque fait et geste. Et peut-être même qu’à force de craindre la réaction de ses amis, Wes projetait sur eux sa honte. Le jeune Bacigalupo se doutait bien qu’il devait y avoir un fond de vérité mais s’il n’éduquait pas son entourage, qui le ferait ? Bien sûr qu’ils persisteraient à s’amuser des mœurs qu’ils ne comprenaient pas. Bien sûr qu’ils se complairaient à observer les autres en riant comme des imbéciles. Ils avaient l’avantage du groupe, ils pouvaient consolider leurs croyances, aussi fausses soient-elles. Mais le GLOW pouvait l’avoir aussi, cette efficacité à convertir : il suffisait de voir le bonheur rayonner sur les visages pour donner envie d’en faire partie. Et peut-être que si ces garçons côtoyaient davantage de gens différents, ils ne se sentiraient pas le besoin de rire, ni de se sentir en supériorité. Ils verraient qu’ils n’étaient en rien majoritaires, que tout un univers vivait en parallèle, un peuple qui ne cherchait aucunement leur approbation. Une population qui ne demandait qu’une chose : vivre librement. Était-ce si difficile de les laisser faire ?
Sebastian n’était pas naïf. Il savait qu’il était encore prisonnier de certains préjugés, terrassé par des craintes vives qui lui brûlaient les entrailles s’il y pensait trop, mais ça n’était rien à côté de l’enfer que devait vivre Wes. Comment faisait-il pour se cacher de tous ? Ou se cachait-il de lui-même ? Pensait-il souvent à ce qui se tramait dans son corps en voyant des hommes s’embrasser et se toucher ou était-il devenu un expert pour ignorer les éléments évidents ? Il fallait autant de force pour s’enterrer de la sorte que pour s’assumer, c’était ce que Sebastian aurait voulu lui souffler mais il doutait que ça fasse le moindre bien à son ancien coéquipier. Alors il garda l’information pour lui. Chaque chose en son temps, devait-il se rappeler constamment. Il ne pouvait pas attendre de Wes qu’il parcoure un chemin que lui-même avait mis des mois à suivre. Ils étaient jeunes, ils n’avaient pas à se presser. La seule chose qui jouait contre eux, c’était la société mais même elle évoluait, non ? Sebastian offrit un sourire compatissant à son comparse et secoua la tête. Il n’était pas question de mériter ou non, il était question d’accepter la main tendue ou de la rejeter. Le jeune serveur n’oubliait pas pour autant la déception qu’avait été son éviction de tous les côtés – de son père, d’abord, mais il ne s’était pas attendu à autre chose de sa part, de Wes, ensuite, quand il avait agi avec lui comme s’il était un pestiféré et craignait d’être contaminé par dieu sait quelle parasite – mais il savait par quoi était passé Wes et ce qu’il devrait encore traverser. L’heure n’était pas à la rancune ou aux regrets, même si ceux-ci étaient bien plus difficiles à museler que l’amertume. Ce qu’ils avaient vécu adolescents était vraiment à reléguer au passé car se morfondre à ce sujet ne changerait rien au présent. Ils pouvaient juste faire la paix avec leur jeunesse, dans l’espoir de mieux appréhender l’âge adulte et tout ce qu’il comportait de choix et décisions.
- Tu te trompes, Wes. Il n’y a pas que l’espoir. Il y aussi la vie et ce qu’on en fait, le contredit Sebastian avec un faible sourire.
Était-ce l’alcool qui le rendait si morose ? Était-ce l’alcool qui avait initié ces aveux ? Sebastian se le demanda un instant puis conclut que, d’une manière ou d’une autre, même si l’alcool avait quelque à y voir, c’était qu’une part de vérité sommeillait dans ces mots. Mieux, il avait peut-être permis à Wes d’extérioriser des choses qu’il aurait, en d’autres circonstances, soigneusement gardées pour lui. N’était-ce pas mieux dehors qu’à l’intérieur ? eut-il envie de demander, se contentant cependant d’un soupir las.
Cela lui faisait du bien, pourtant, de discuter avec Wes, d’entrevoir la lueur d’espoir qui naissait. Ne se sentirait-il après tout pas mieux s’il savait son ancien coéquipier dans un meilleur état d’esprit ? Ne gagnerait-il pas un peu plus de foi en l’humanité s’il voyait que, peu à peu, le jeune homme arrivait à s’accepter pour qui il était et non pour ce qu’on voulait qu’il soit ? Cette constatation lui fit presque regretter de devoir retourner bosser mais il ne voulait pas mettre son emploi en péril pour une conversation, pas quand il sentait qu’ils pourraient en avoir d’autres à l’avenir si Wes le souhaitait. Ça ne tiendrait qu’à lui de revenir et s’il disparaissait comme la dernière fois, Sebastian se dit qu’il serait déçu mais qu’il aurait au moins la satisfaction de ne pas avoir des sentiments piétinés et écorchés, contrairement à la dernière fois. Cela ne l’empêcha pas de tendre une main, un geste paisible, pour signer un pacte tacite, celui où il renouvelait sa promesse d’être là si Wes en avait besoin et seulement si Wes le voulait. Il n’irait pas le chercher, il ne l’accablerait pas pour le forcer parce que cela ne résoudrait pas les tourments du jeune homme. Il avait tendu la main en gage de paix, une poignée de main pour sceller la nouvelle base de leur potentielle amitié – la vraie, celle-là, puisqu’on ne pouvait pas vraiment dire qu’ils l’avaient été par le passé – mais leurs doigts ne se séparèrent pas et Sebastian ne put retenir un sourire désabusé en observant la réaction de Wes. Il haussa les sourcils, comme pour s’assurer que l’autre était prêt à retourner à l’intérieur puis prit les devants, se dirigeant vers le GLOW, avec une épine en moins pour malmener son cœur solitaire.
La chaleur qui régnait dans le bar leur sauta dessus comme une vague colorée et Sebastian se fraya un chemin dans la foule agrandie, les fêtards étant plus nombreux que quelques minutes plus tôt. Son habitude à devoir se mouvoir dans une telle masse lui permit de ne pas se sentir submergé par cette proximité, par ces corps qui le frôlaient de tous côtés, se trémoussant au rythme du tube du moment qui leur perçait les oreilles. Cette même habitude qui lui permit de ne pas être dégoûté par la moiteur des vêtements de certains et les relents de sueur qui émanaient des danseurs. Il n’avait qu’un objectif en tête : rejoindre le bar. Mais la main de Wes le tira dans le sens inverse et Sebastian se tourna, s’attendant à le voir peiner à le suivre.
- Ça ne va pas ? demanda-t-il en élevant la voix, revenant sur ses pas, s’imaginant que le jeune homme avait de nouveau trop chaud ou se sentait mal à cause de la température malsaine qui régnait dans la salle.
Il n’anticipa pas le rapprochement et fut dès lors surpris lorsqu’il sentit le corps de Wes se presser contre le sien. La pensée furtive qu’il puisse encore s’agir d’un accident, que cette soudaine proximité puisse être due aux gens qui les pressaient de partout, traversa Sebastian mais cela ne dura qu’une seconde parce que le regard de Wes était éloquent. Il avait initié ce mouvement, il avait recherché le contact, probablement enfiévré par l’alcool et l’attitude de ceux qui les cernaient.  
- Wes, souffla Sebastian.
Un simple murmure dont il ignorait lui-même le sens. Mettait-il l’autre en garde ? Le suppliait-il d’arrêter ? Ou de continuer ? Son trouble était évident et il sentit son cœur lui brûler le torse. Même s’il avait eu envie de bouger, le jeune Bacigalupo n’était pas certain qu’il aurait pu y parvenir, happé comme il l’était par la promiscuité, hypnotisé par ce qu’il lisait dans le regard de Wes. Déglutissant avec peine, Sebastian se demandait comment rompre le charme, ignorant combien de temps ils pourraient rester ainsi dans cette foule, augmentant le risque que les amis de Wes les surprennent et enveniment les choses. Mais les mains du jeune homme court-circuitèrent ses tentatives de raisonner et il ferma les yeux au moment où les lèvres de Wes effleuraient les siennes. Il cessa instantanément de respirer et empoigna instinctivement le t-shirt du jeune Byrnes. Il ne pouvait clairement pas blâmer l’alcool, de son côté, puisqu’il n’avait pratiquement rien bu de la soirée. Mais Wes ? Agissait-il de son propre gré ou allait-il paniquer en réalisant son geste ? Même s’il l’avait voulu, pourtant, Sebastian n’aurait pas pu le repousser. Le contact était si doux qu’il se laissa aller à l’apprécier, se contraignant seulement à ne pas l’accentuer. Il n’était pas question qu’il profite de la faiblesse de son ancien coéquipier sous prétexte qu’un lourd passé le liait encore à lui et que son corps, invariable animal, ne demandait qu’à expérimenter ce genre d’intimité. Aussi, quand Wes s’écarta, semblant reprendre ses esprits, Sebastian ne chercha pas à le retenir. Il relâcha son t-shirt et le considéra d’un œil hagard, sourd au tumulte qui les oppressait.
- Je—je  crois qu’il vaut mieux que tu rentres, Wes, lâcha-t-il d’une voix mal assurée. Chaque chose en son temps, tu te rappelles ?
Il esquissa un faux sourire, le regard flou, hocha la tête comme s’il faisait les questions et les réponses et tourna les talons, incapable de rester plus longtemps à contempler ce passé trouble et cet avenir incertain. Il creusa son chemin dans la foule, rejoignit le comptoir et ignora sciemment la remarque de l’un de ses collègues qui avait visiblement assisté au baiser.
Ce n’est qu’une fois dans la réserve, à l’abri des regards, libéré du joug de la musique tapageuse qu’il parvint enfin à respirer et que Sebastian se laissa glisser le long du mur pour finir accroupi, la tête enfouie entre ses bras croisés. Quelques minutes de répit. Il lui fallait juste cela avant de retourner en salle, prétendre que son cœur ne venait pas de faire de la haute voltige. En espérant que Wes soit parti. Il ne pensait plus pouvoir l’affronter à nouveau ce soir.
- Ça va, Baz ? s’enquit Teddy qui émergeait de l’arrière-cour.
Pour simple réponse, Sebastian leva un pouce sans redresser la tête.
Pouvait-il seulement offrir une autre réponse ?

THE END

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I can understand how when the edges are rough and they cut you like the tiny slivers of glass and you feel too much and you don't know how long you're gonna last.

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