there's none so blind as those who will not listen


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MessageSujet: there's none so blind as those who will not listen   Mar 20 Juin 2017 - 13:24

stella + lewis

Ses parents avaient beau se disputer en murmurant, les sifflements agacés de sa mère et les grognements excédés de son père parvenaient sans peine à l’oreille entrainée de Lewis. Cela durait depuis ‘l’incident’ comme tout le monde appelait cela, sauf que cela avait une signification différente : pour eux, c’était le coup qu’il avait dû recevoir à la tête en tombant, emporté par la masse d’un type deux fois plus baraqué que lui ; pour lui, c’était le simple fait d’avoir été sur un terrain de football. Une ineptie. Une rêve – ou cauchemar – dont il ne parvenait pas à s’extraire et qui durait bien trop longtemps à son goût. Lewis ne comprenait pas mais avait cessé, au bout d’innombrables tentatives, d’essayer de comprendre ce qu’il s’était passé. Incapable de se situer, il avait suivi les ordres et les mouvements, la visite à l’hôpital où on l’avait ausculté sous toutes les coutures pour en arriver au constat suivant : même la science n’expliquait pas cette anomalie, cette cécité brutale qui, selon les examens, laissait penser qu’elle n’était pas neuve. Lorsqu’il avait déclaré qu’en effet, il n’avait jamais porté le regard sur quoi que ce soit, ses parents avaient poussé des cris étouffés en s’exclamant qu’en plus d’avoir perdu la vue, il avait visiblement perdu la tête. Alors à défaut de savoir ce qu’il se tramait, Lewis s’était tu et, tel un pantin désarticulé, avait laissé les autres mener la danse pour lui, en songeant qu’il aurait tout donné pour pouvoir parler à Shiloh. Elle, elle pourrait l’éclairer, l’écouter, lui dire ce qui n’allait pas dans toute cette histoire. Mais vu la réaction qu’elle avait eue lorsqu’il l’avait interpelée, Lewis conclut que c’était peut-être peine perdue de ce côté-là aussi.
Assis sur le bord du canapé, le jeune homme resta encore quelques minutes immobile, l’oreille tendue vers la cuisine où les échanges se faisaient toujours plus nerveux puis, quand il n’y tint plus, il se leva prudemment et traversa le salon, la main droite soigneusement tendue devant lui jusqu’à ce qu’il atteigne la porte puis se glisse dans le couloir. Il sortit sous le porche puis descendit les quelques marches devant la maison pour rejoindre le muret sur lequel Shiloh et lui s’asseyaient depuis leur plus tendre enfance pour prolonger la journée après l’école. Au moins, ça, ça n’avait pas changé, pensa-t-il en caressant les pierres familières avant de s’y installer. Il ferma les paupières et soupira, soulagé d’échapper au conflit que son état avait provoqué. Sa mère accusait son père d’être responsable de l’accident (‘si tu ne l’avais pas poussé à intégrer cette équipe et ce sport de brutes !’) tandis qu’il rétorquait qu’il n’y avait pas mort d’homme et que le spécialiste qu’il avait contacté allait sûrement trouver une solution pour rendre la vue à Lewis.
Rendre la vue. L’idée semblait improbable au jeune homme. Il était né aveugle, avait grandi aveugle et était devenu un adulte aveugle et s’il était vrai qu’il aurait tout donné pour pouvoir avoir un aperçu du monde qui l’entourait, il ne se considérait pas non plus comme malchanceux. Il vivait même son handicap plutôt bien, non ? Avec une alliée comme Shiloh, en même temps, on ne pouvait rêver mieux. Mais même elle, il l’avait perdue. La jeune femme semblait lui en vouloir pour une raison qui lui échappait et il n’avait aucune idée du comportement à adopter. Cela ne faisait que deux jours mais cela lui paraissait une éternité. Sans son amie, le jeune homme se sentait complètement isolé et, pour la première fois, il regretta de ne pouvoir courir les rues pour la retrouver et se faire pardonner, quand bien même il ne se sentait fautif de rien.
Au bout d’un moment, il entendit qu’on ouvrait la fenêtre et sa mère lui demanda si tout allait bien. Lewis se tourna légèrement et adressa un vague signe de la main. Pour lui, cela allait, c’était le reste du monde qui semblait tout à coup perdre la tête sous prétexte que ses yeux ne fonctionnaient pas. Délaissé, isolé, il retourna à sa méditation. À cet instant précis, honnêtement, il préférait être seul que d’être le sujet de tensions entre ses parents. Du moins le croyait-il jusqu’à ce que son ouïe, affinée par le besoin de compenser sa cécité, décèle un timbre de voix familier, ou presque. Tout à coup particulièrement attentif à son environnement, Lewis guetta l’approche de la demoiselle et si quelque chose dans la façon de parler et dans le grain de voix le déstabilisait légèrement, il était sûr et certain qu’il s’agissait de Shiloh. Malgré la réaction à laquelle il avait eu droit précédemment, Lewis ne se découragea pas et lorsque la jeune femme passa à sa hauteur, il s’exclama, la voix plus rauque qu’anticipé :
- Shiloh, s’il te plait…
Ecoute-moi, arrête-toi, pardonne-moi, eut-il envie de la supplier mais sa gorge était sèche et il attendit donc qu’elle lui réponde – si elle daignait lui répondre.
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