☑ there is never a time or place for true love


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Cherry Lofland
SANSA O'FAOLAIN

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MessageSujet: ☑ there is never a time or place for true love   Sam 10 Juin 2017 - 14:55

heath + sansa
there is never a time or place for true love.
it happens accidentally, in a heartbeat, in a single flashing, throbbing moment.

Le pincement des lèvres maternelles était éloquent. Ah, il était temps ! Voilà ce qu’il signifiait. Pourquoi as-tu tant tardé ? La question luisait dans le regard courroucé de la mère de Sansa et si la jeune femme soutint celui-ci, elle n’émit aucune réflexion. Elles étaient nombreuses, pourtant, les paroles qui se heurtaient à ses lèvres. Des actes de bravoure manqués, des confrontations inutiles. Au lieu de quoi, Sansa les ravala et elles retournèrent dans son estomac, plus aigries que jamais. Un jour, elle allait avoir un ulcère, se disait la jolie blonde en descendant les dernières marches du large escalier de la maison O’Faolain. À cet instant précis, elle aurait même souhaité avoir une crampe, une douleur aiguë qui l’empêche d’accompagner sa famille à cet événement où son père était supposé consacrer un jeune chercheur qui avait fait une trouvaille inédite, une découverte extraordinaire qui avait encore amélioré la technologie dans le domaine du clonage. Rien de tout cela n’intéressait Sansa mais puisque son père y allait, tout le monde devait l’accompagner, et de préférence armé de son plus beau sourire. Oh, pour ça, les O’Faolain étaient doués : les sourires forcés, les sourires caricaturés, les sourires mort-nés. Sansa était une experte en la matière, dissimuler son mal-être et son malheur était devenu un automatisme et quand ses dents venaient éclairer son visage d’un sourire radieux, personne ne pouvait voir au travers le trou noir qui creusait l’âme de la jeune héritière.  Toutefois, Sansa ne comptait pas offrir ce sourire avant d’y être obligée et si cela déplaisait à sa mère, c’était le même prix.
Enfin parvenue au bas de l’escalier, Sansa se laissa scruter par le regard expert de sa génitrice qui ne put résister au besoin de rehausser une bretelle, d’ajuster une mèche et de lâcher, la voix rêche :
- Vu le temps que tu as mis, je pensais que tu aurais un peu plus d’allure que ça.
Mais ça irait pour ce soir. Les mots ne s’étaient pas échappés mais ils étaient bien là, dansant dans la pièce. L’échange passa inaperçu auprès du père de Sansa qui, au téléphone, paraissait en grande conversation. Lorsqu’il avisa sa fille, il lui adressa un hochement de la tête qui n’avait aucune signification particulière et il ouvrit la porte en direction de la voiture qui les attendait. Sansa ne bougea pas immédiatement mais l’immobilité froide de sa mère lui fit comprendre qu’elle n’emboiterait pas le pas à son mari tant que Sansa ne se serait pas mise en route et, après un long soupir, Sansa passa la porte la première, le cœur lourd et vide, le regard porté au loin – bien plus loin que le véhicule sombre dont la porte était grande ouverte, tenue par un chauffeur à l’uniforme impeccable.
- Bonsoir, Miss O’Faolain, lui dit-il avec un sourire aimable et elle répondit d’un faible sourire avant de se glisser dans la voiture, aux côtés de son père.
Le parfum trop chargé de sa mère envahi l’habitacle et Sansa détourna la tête vers la fenêtre, incapable de retenir une grimace mais parée à subir le silence glacial qui allait suivre et qui ne serait interrompu que par les borborygmes paternels, toujours concentré sur son échange téléphonique.
Pendant tout le trajet, Sansa souhaita être retour dans sa chambre où sa préparation avait été repoussée le plus longtemps possible. Elle avait espéré qu’en restant invisible, on l’oublierait, on lui épargnerait cette soirée ennuyeuse au possible mais sa mère avait envoyé la jeune femme qui travaillait pour eux voir si elle avait besoin d’aide pour terminer de s’apprêter et Sansa avait bien été obligée de quitter sa léthargie – elle était restée assise plus d’une heure devant sa coiffeuse, à fixer son reflet sans vraiment le voir – pour enfiler une robe de soirée. Elle avait accepté la main secourable de l’employée pour remonter ses cheveux en un joli chignon qui dégageait sa nuque mais était suffisamment relâché pour ne pas lui donner un air complètement guindé. Elle avait opté pour des talons moyens, ne supportant plus de passer des soirées entières sur des échasses qui lui meurtrissaient les pieds et s’était contenté d’un maquillage basique, sans artifice, mais suffisamment voyant pour que sa mère n’y trouve rien à redire.  
Et maintenant elle devait se préparer à affronter la foule, à arborer son sourire le plus éclatant, à s’efforcer de tenir des discussions sans intérêt quand elle avait la gorge si nouée qu’elle peinait à parler. Elle devrait faire bonne figure mais ne s’en sentait ni la force ni l’envie. Elle ne savait même pas pourquoi elle se pliait encore à ces obligations mondaines. Il aurait été si simple de s’y soustraire si elle avait vécu ailleurs que sous la coupe de ses parents. Mais sans emploi, sans qualifications, Sansa ne savait que faire de son existence. On ne lui avait pas appris à être désœuvrée, on l’avait façonnée de sorte qu’elle suivrait élégamment les pas de son père mais rien dans la vie surchargée de son père ne lui donnait envie de suivre sa trace. Le problème, c’était que Sansa n’avait jamais réfléchi à ce qu’elle pourrait faire à la place et, maintenant qu’elle se sentait piégée dans le cycle infernal de la vie sociale des O’Faolain, elle ne voyait plus aucune issue, plus aucun moyen de s’échapper.
Même quand la porte s’ouvrit enfin, Sansa n’y vit en rien une sortie de secours. Devant elle, une large allée s’élançait vers un bâtiment immense et illuminé de milles feux vers lequel des dizaines de personnes se dirigeaient – toutes vêtues de tenues de parade et de sourires émerveillés. La plupart de ces gens n’était peut-être pas habituée à ce genre de décor mais Sansa avait évolué dedans et n’y voyait plus aucun charme. Tout n’était qu’artifices et mensonges et c’était précisément dans ce genre d’endroit que ses rêves de princesse de petite fille étaient enterrés et rongés par les vers.
- Allons, Sansa. Cesse de faire ta tête de martyre. Fais honneur à ton père, veux-tu ? s’exclama la voix nasillarde de sa mère, où perçait l’impatience.
Sans un mot, Sansa sortit du véhicule et accepta le bras offert de son père. Sa mère se plaça à la gauche de monsieur O’Faolain et celui-ci, paré des femmes de sa vie – ou des joyaux de sa couronne – s’avança fièrement sous les projecteurs et sous les quelques flashes qui trouèrent la nuit noire. Les paupières de Sansa papillonnèrent et les lumières aveuglantes lui rappelèrent le rôle qu’elle devait jouer, le sourire ostensible qu’elle devait offrir à tous. D’un effort surhumain, elle releva la tête et écarta les lèvres dans un sourire préfabriqué qu’elle dirigea vers les hommes qui les interpelaient, elle et son père. Elle déglutit avec peine mais garda le cap, probablement largement aidée par le fait qu’elle était accrochée au bras solide de son père. Ils grimpèrent les marches sur lesquelles un tapis avait été déroulé pour l’occasion et furent accueillis en grandes pompes, comme si c’était monsieur O’Faolain qui allait être récompensé. Un comble, songea Sansa tandis qu’elle relâchait doucement l’ancre solide pour jeter un œil à la salle de fête qui accueillait tous les invités. Des tables rondes étaient placées sur une bonne partie de l’espace et un écran géant jouxtait la scène où le micro attendait l’orateur. Certaines personnes étaient déjà installées, d’autres déambulaient entre les tables, se congratulant les unes les autres et Sansa se demanda quel degré de sincérité on pouvait espérer durant un tel événement. Pas grand-chose, sûrement, comme ils étaient le plus souvent rivaux qu’alliés, quand ils ne supportaient pas les réussites des autres mais attendaient qu’on fête les leurs comme s’ils étaient les nouveaux Albert Einstein.
La jeune femme fut tirée de sa contemplation en sentant la présence maternelle qui s’était rapprochée, comme si elle veillait au grain et attendait que sa fille faillisse à la tâche.
- Bon, je dois aller saluer cette pimbêche de Van Der Beek. Je compte sur toi pour faire bonne figure ?
La question était rhétorique, le sourire de sa mère était, lui, mielleux et Sansa la jaugea d’un air impassible avant d’acquiescer en silence. Madame O’Faolain eut un haussement de sourcils exaspéré et tourna les talons pour se diriger vers la magnifique femme aux longs cheveux noirs qui minaudait près de ce que Sansa devina être le futur lauréat que son père devait introduire et féliciter. Elle regarda le jeune homme d’un air las puis décida de partir en quête de la table qui leur était attribuée, incertaine que ses jambes lui permettent de tenir longtemps dans cette foule. Elle approcha d’une employée et annonça son nom, attendant qu’on lui désigne la chaise qui aurait tout le loisir de supporter son ennui durant cette trop longue cérémonie. Mais comme la dame relevait la tête après avoir vérifié le registre des invités, Sansa aperçut une silhouette qu’elle aurait reconnue entre mille – et qu’elle n’aurait jamais songé rencontrer dans un endroit pareil.
Et son cœur fit un bond. Un bond aussi long que l’absence de ce visage dans son paysage. Un bond terrible qui la ramena, pendant un bref instant, à l’amour furieux qu’elle ressentait à l’adolescence et qui brûlait vivement à chaque fois qu’elle voyait Heathcliff Walsingham. Un bond qui la fit légèrement vaciller, comme elle avait cru ne jamais le revoir.
- Mademoiselle ? Vous allez bien ? demanda l’employée d’un air inquiet.
- Oui, merci, souffla Sansa qui n’avait pas écouté un traitre mot de ce qu’avait dit la femme et qui n’avait donc aucune idée de la table qui possédait un petit carton portant son nom.
Lentement, fébrilement, Sansa s’efforça de prendre une direction, n’importe laquelle pourvu qu’elle ait l’air de savoir où elle allait, avec la désagréable impression d’avoir le cerveau grillé et le cœur dans la main. Elle traversa la salle avec la raideur qu’on lui avait inculquée et disparut dès que possible derrière un large rideau d’un rouge royal, en quête d’un endroit où disparaitre, où sa mère ne la trouverait pas, où elle ne s’offrirait plus en spectacle au regard du garçon qu’elle avait aimé de toute son âme et qu’elle n’avait pas su garder. Parce que Sansa ne se sentait pas prête à l’affronter – lui et tout ce qu’il évoquait – et elle avait tout à coup le sentiment d’être une bête traquée dont la vie dépendait de son talent à se dissimuler dans le décor. Mais le large bâtiment n’était qu’un labyrinthe de chandeliers, de vases débordants de fleurs et de gens en grande conversation. Sansa trouva finalement refuge près d’une immense fenêtre qui donnait sur un jardin magnifique et où elle pourrait faire croire qu’elle s’abimait dans la contemplation quand, en réalité, son esprit s’était figé dans sa bulle et ne parvenait plus à fonctionner comme il le fallait.

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Dernière édition par Cherry Lofland le Sam 27 Jan 2018 - 12:16, édité 1 fois
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Heathcliff Walsingham

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MessageSujet: Re: ☑ there is never a time or place for true love   Lun 19 Juin 2017 - 0:03

Heath n'avait pas sa place ici, et c'était là, indubitablement, la raison de sa mine réjouie. Ses boucles désordonnées et espiègles ne parvenaient pas à cacher l'expression frondeuse qu'il arborait comme un étendard rebelle, faisant un pied de nez à tous ces visages de cire qui ne cessaient de défiler depuis tout à l'heure. Il était arrivé tôt, en sa qualité de journaliste, et avait déjà eu le temps d'interviewer le jeune génie en l'honneur duquel la soirée était donnée ; c'était là sa seule mission, mandatée par un journal new-yorkais qui avait préféré payer un free-lance plutôt que de dépêcher un professionnel sur le terrain miné que représentait la petite ville de Mount Oak. Depuis que Heath était revenu, il ne faisait que s'étonner – continuellement – des transformations qui avaient modelé et démodelé les paysages de son enfance et de son adolescence. Les magnats du clonage semblaient avoir la main mise sur tous les rouages et personne, ou presque, ne s'en souciait. Au contraire, Mount Oak paraissait avoir accepté son statut de ville de notables, bouffie d'orgueil et de paraître, et cette réception en était le parfait exemple. Dans la salle sublimée de délicatesses clinquantes se déployaient des toiles d'araignée invisibles, s'articulaient des dynamiques de pouvoir que Heath considérait d'un œil sceptique et moqueur. N'était-il pas parti justement pour fuir tout ça ? Et qu'il était heureux de l'avoir fait, d'avoir ce grand pas en avant dans l'inconnu quand il avait encore eu le temps. A présent, il se sentait libre et ce même alors qu'il évoluait au coeur même du marasme doré de Mount Oak. Pourtant, il ne s'expliquait pas pourquoi il restait. Après tout, il avait son interview, enregistrée sur son téléphone portable. Il aurait pu filer à l'anglaise, aller prendre un verre et peut-être même envoyer un message à cette jolie brune incendiaire rencontrée il y a quelques nuits de cela. Peut-être aurait-elle envie de réitérer leurs conversations sans mot ? Un sourire naquit au creux de ses lèvres et y resta accroché, car malgré tout, il ne pouvait pas le nier, il s'amusait. Une sensation venue de l'enfance lui revenait et courait dans ses veines déjà un peu échauffées par les deux coupes de champagne qu'il avait sifflées en douce. La sensation d'être au mauvais endroit au bon moment, un peu comme s'il glissait un œil curieux derrière une porte entrouverte sur un endroit interdit. Il n'appartenait pas à ce monde fabriqué et pourtant, il s'y sentait comme un poisson dans l'eau. Son costume aux lignes classiques lui conférait une allure convenable, un peu ébouriffée par sa tignasse bouclée qu'il avait renoncé à dompter. Il passait presque inaperçu, et il en profitait pour déambuler sans véritable but, errance épicurienne, plaisir coupable de la transgression au nez et à la barbe de tous. Il se demandait si l'agence qui l'employait accepterait – au lieu de l'interview promise – une sorte de longue tirade à propos de cette soirée à l'apparat et à l'opulence absurde quand dans les ruelles de Mount Oak, clones et citoyens interlopes se croisaient à une cadence vertigineuse pour créer une dimension presque parallèle, condamnée à ne jamais croiser celle qui se déployait devant ses yeux. Une dimension où rien n'était laissé au hasard, du ballet élégant des serveurs pressés au nom sur les petits cartons des tables richement rehaussées, jusqu'aux regards et aux sourires. Regards et sourires, reflets des cœurs ? Dans ce cas-là, le sien venait soudainement de s'éteindre, comme une étoile morte. L'espace d'un instant, Heath devint l'un de ces visages de cire dont il riait si aisément. Toute couleur disparut de sa mine rebelle il y a un instant encore. Comme si la vie venait d'en être totalement aspirée. C'était toujours la sensation qu'elle avait fait naître chez lui, de toute façon. Sansa O'Faolain, princesse glacée, illusion divine. Elle était là, alanguie près d'une fenêtre, cou dégagé comme celui d'une jeune biche, robe chamarrée qui tranchait avec sa peau diaphane. Que faisait-elle là ? Puis il se rappela – le royaume déformé avait besoin de sa reine de pique, et elle devait sans doute avoir sa place sur le trône escarpé. Celui qu'elle avait toujours visé. Heath eut un sourire amer mais ça ne l'empêcha pas de saisir deux flûtes de champagne et d'avancer vers elle. Il ne ferait pas semblant d'avoir le choix, de se poser la question : comme si c'était possible de résister à l'attraction fatale, presque morbide, qu'elle exerçait sur lui. Non, il ne prétendrait pas, il n'ignorerait pas la braise qui mourrait au creux de son ventre. Avec aisance, il traversa la salle, évita des silhouettes sans forme. Attiré par elle comme le papillon de nuit par sa mort prochaine, il flottait dans l'entre-deux de la vie et de sa négation. Enfin, il entra dans sa bulle : il voyait le grain de sa peau, les minuscules mèches de cheveux qui s'échappaient de son chignon et venaient mousser sur sa nuque délicate. Elle était sculptée dans une autre matière que les autres, une matière faite pour la vénération et l'adoration, mais lui n'y parvenait plus. Il était persuadé que s'il la touchait, sa main se nécroserait, touché du froid de la mort. Comment pouvait-on à la fois être glacée et incandescente ? La complexité de Sansa lui échappait encore aujourd'hui, alors qu'il arrivait à sa hauteur, qu'il posait le regard sur elle pour la première fois après des années. L'eau avait coulé sous les ponts ; mais elle avait gelé, et avec elle les souvenirs étaient restés emprisonnés, immobiles, parfaitement conservés dans leur cercueil de glace. « Tiens. » Il lui tendit une coupe de champagne. Il ne dit rien d'autre, incapable de penser à quoi que ce soit, même pas un mot d'esprit qui les aurait sortis tous les deux de ce piège. Il aurait voulu pouvoir se montrer boute-en-train et détaché. Il aurait voulu – il était fou de formuler ce vœu insensé, il le savait – avoir une autre fille à son bras, une fille complètement différente, grande et brune et voluptueuse, et pouvoir agir avec inconséquence, avec désinvolture. Mais il ne possédait rien de tout ça. Il n'avait rencontré aucun génie qui puisse lui accorder ses vœux. Alors il devait se contenter du champagne et du silence, un couple aussi maudit que le leur avait pu l'être.

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Cherry Lofland
SANSA O'FAOLAIN

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MessageSujet: Re: ☑ there is never a time or place for true love   Ven 23 Juin 2017 - 21:36

Le cœur de Sansa n’avait plus battu à cette cadence depuis une éternité. Tout ce temps, il semblait avoir été enfermé dans un sarcophage, embaumé par les souvenirs et prisonnier de ceux-ci, paradoxalement. C’était pire que cela, même. C’était comme si on avait ôté la vie à Sansa et qu’elle n’avait plus été qu’un automate qui se contentait d’obéir aux attentes, de sourire lorsque c’était requis et de se taire le reste du temps. Sa mère se rendait-elle seulement compte qu’elle n’avait plus jamais eu de véritable conversation avec sa fille ? Son père réalisait-il qu’il n’avait plus qu’une poupée bien apprêtée sous les yeux ? Sansa avait souvent la sensation que non, qu’ils étaient aveugles à la métamorphose, que l’adolescente impatiente et prétentieuse s’était envolée pour laisser place à une triste copie, insipide. Elle était toujours belle, évidemment. Elle attirait toujours le regard mais il n’y avait plus le même éclat effronté au fond des yeux clairs de Sansa O’Faolain. Il n’y avait plus rien, d’ailleurs, même pas un soupçon de rage ou de frustration. C’était comme si elle était morte, ce jour-là, ce jour où elle l’avait perdu. Revoir Heath l’avait instantanément ramenée à ce tournant décisif et funeste de son existence. Dix ans avaient pourtant passé mais pour la jeune femme, c’était un claquement de doigts. Tout le reste n’était qu’un cauchemar éveillé dans lequel elle évoluait depuis trop longtemps. Une décennie à voir les jours s’égrener sans la moindre lueur d’espoir, des années à mourir à petit feu sous le regard aveugle des siens mais elle n’en était pas surprise. Personne ne l’avait jamais vraiment vue. Pas pour qui elle était, en tout cas, et le seul qui avait vu à travers le voile distordant, elle l’avait poussé à partir, à la fuir, elle et son macabre besoin de plaire à tout le monde quand elle savait parfaitement que c’était là une tâche impossible. Mais c’était comme cela qu’on l’avait éduquée : dans le but de satisfaire tout le monde, dans le but d’être appréciée de tous, quand bien même cela sonnait forcément faux. On avait donné à Sansa des standards impossibles à atteindre et elle en avait perdu l’essentiel. Elle aurait dû haïr ses parents pour le mal, aussi inconscient soit-il, qu’ils lui avaient fait mais même pour cela, elle n’avait plus l’énergie. Et le courage qu’elle aurait dû avoir à dix-huit ans, elle ne l’avait certainement pas gagné avec le temps, raison pour laquelle la seule option qu’elle envisagea en apercevant Heath fut la fuite. Pas une fuite en avant, ni en arrière mais une fuite insensée, guidée par la peur de l’affronter, calibrée par la culpabilité qui la rongeait depuis le jour où elle lui avait piétiné le cœur et avait brisé le sien par la même occasion.
Alors c’était cette estrade qu’elle contemplait, image indélébile de la scène qui s’était déroulée des années plus tôt.  C’étaient les rires qui fusaient et la blessure qui s’ouvrait, béante, dans le regard de son petit ami secret. Ça n’était pas la haute fenêtre qui donnait sur le jardin, celle-là elle ne la voyait pas, hypnotisée qu’elle était par le passé, noyée qu’elle était dans le souvenir. Elle ne chercha pas à réfléchir davantage, son esprit embrumé était de toute façon trop mal en point pour faire le moindre calcul. Combien de temps devrait-elle rester cachée là ? Combien de temps lui restait-il jusqu’à ce que ses parents réalisent soudain son absence et partent à sa recherche ? Sansa n’essaya pas d’y songer. Elle attendrait, voilà tout, comme elle l’avait toujours fait, jusqu’à ce que quelqu’un vienne à sa rescousse. Et peut-être que d’ici là, Heath serait parti. Pas un instant elle ne s’était interrogée sur la raison de sa présence ni n’avait pensé qu’il était un élément incongru dans cette foule de marionnettistes où les faux-semblants étaient les maitres mots. Finalement, Heath n’avait jamais été le problème, il n’aurait eu aucun mal à s’adapter à n’importe quel décor. C’était elle, le souci, c’était elle qui était incapable de jouer les caméléons et de se fondre dans le paysage. Elle n’était qu’un pantin désarticulé qui n’avait jamais eu sa vie propre et qui, quand il aurait pu y goûter, s’était pris les pieds dans le tapis et avait vu sa chance d’échapper à son destin s’envoler avec le garçon qu’elle aimait.
Sansa ferma les paupières et inspira profondément. Il fallait qu’elle chasse Heath de son esprit. Ainsi, peut-être parviendrait-elle à apaiser les battements fous de son cœur et ignorer les cendres des millions de papillons qu’il avait laissés dans son ventre et qui semblaient voleter sous l’effet d’une brise inespérée. Mais Sansa en était convaincue : rien ne pourrait jamais redonner vie à ceux-ci et elle serra les mâchoires en rouvrant les yeux, se concentrant sur le jardin plongé dans la nuit. Chose qui s’avéra plus compliquée que prévu, comme les lumières qui brillaient intensément dans le large bâtiment en volaient la vedette et la forçait à contempler son visage de marbre avec son regard vide et ses lèvres figées. Puis elle se raidit lorsqu’elle devina la silhouette bien trop familière et si elle crut un instant que son cerveau ankylosé et meurtri lui jouait un sale tour, elle ne put que constater que même son esprit tourmenté était incapable de rendre une illusion aussi  vraie. Hypnotisée par le reflet d’Heath qui l’observait, elle sentit son cœur s’affoler et menacer de se court-circuiter. Qu’arriverait-il alors ? Tomberait-elle comme une poupée de chiffon à ses pieds ou se changerait-elle en statue diaphane, vouée à se tenir là à jamais, triste témoignage qu’une erreur de jeunesse pouvait ruiner votre existence entière ?
Tiens. Sansa tressaillit au son de cette voix qui l’avait tant fait vibrer et qui réveillait son âme endormie. Tourner la tête pour le regarder lui coûta un effort surhumain et après avoir brièvement posé les yeux sur son visage, elle les baissa sur le verre qu’il lui tendait. Elle ne fit pourtant rien pour l'accepter. Parce que cela faisait des années qu’elle n’avait pas touché à un verre d’alcool mais surtout parce qu’elle craignait qu’il décèle les tremblements incontrôlables de sa main si elle la tendait pour saisir la coupe offerte. Sansa battit légèrement des paupières puis répliqua, la voix rauque, comme si elle ne l’avait plus utilisée depuis un temps indéterminé :
- Non merci.
Elle baissa le regard sur ses mains jointes et tritura un anneau d’argent qu’elle portait depuis que sa grand-mère le lui avait offert. Elle était tétanisée par la proximité de Heath et ne savait comment se comporter. Elle aurait dû faire un effort, pourtant, parce que c’était elle la fautive, c’était elle qui avait ruiné leur relation et Heath aurait eu tous les droits de rester à distance et de l’ignorer royalement. Mais voilà. Heathcliff Walsingham n’avait jamais été du genre à se conformer aux attentes des autres et c’était ce qu’elle avait toujours tant admiré et redouté chez lui. Aspirant péniblement une petite goulée d’air, elle se força à ne pas laisser le silence s’imposer et redressa la tête pour plonger les yeux dans ceux de Heath. Son cœur eut un raté mais elle était la reine de la dissimulation avec les autres alors elle n’avait plus qu’à espérer que le jeune homme avait perdu de sa faculté à voir à travers elle.
- Je n’ai rien avalé de la journée et je n’ai pas envie de faire un malaise en plein milieu de la cérémonie, dit-elle finalement avec une esquisse de sourire pathétique. Qu’est-ce que tu fais là ?
Avait-elle seulement le droit de poser une telle question ? De la poser avec un tel sentiment d’intimité, surtout ? N’aurait-elle pas dû trouver un moyen détourné d’en savoir davantage ? Cela faisait des années qu’elle n’avait plus vu Heath et, pourtant, en le regardant, c’était comme si rien de tout cela ne s’était réellement déroulé. Comme si ça n’avait été qu’une parenthèse, une illusion interminable qui ne pouvait pourtant pas avoir duré plus de quelques heures.
Comme si tout ça n’avait été qu’un mauvais rêve.

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Heathcliff Walsingham

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MessageSujet: Re: ☑ there is never a time or place for true love   Sam 22 Juil 2017 - 21:31

Heath se tenait à une distance respectable, assez loin pour qu'un observateur curieux ne jette sur eux qu'un regard indifférent et pourtant, assez près pour discerner tout ce qui chez Sansa l'avait subjugué. Son grain de beauté, un peu au-dessus de la lèvre, conférait à la ligne impériale (et un peu trop sérieuse) de ses lèvres une inspiration espiègle, presque moqueuse. Plus jeune – ou aurait-il dû dire plus ignorant – il s'amusait à agacer l'altesse ombrageuse en déposant un baiser sur la petite trace presque invisible. Diaphane Sansa, presque translucide, aussi bleue qu'un jour de printemps balayé par les pluies qui lavaient le monde de son manteau gris. Il aurait pu tomber amoureux d'elle pour ça, comme tous les autres. Il aurait pu, comme tous les autres, être ébloui par l'astre ardent qui avait pris forme humaine et se promenait parmi les mortels. Il aurait pu l'observer de loin, rester à couvert, en sécurité. Seulement, il n'avait pas pu s'en empêcher, n'est-ce pas ? Il avait fallu qu'il sorte de sa cachette pour aller calciner ses rétines adoratrices. Et c'est là qu'il avait pris conscience que Sansa n'était pas qu'une étoile délicate. Elle était aussi terrible, sublime dans sa colère, dans la rébellion qu'il voyait naître comme un orage sous sa peau, veines bleues, vertes, violettes, éclairs bouillonnants sous un ciel épidermique, laiteux. Et c'était de cette sirène dont il était tombé irrémédiablement amoureux, créature aussi exquise que dangereuse. Il avait joué avec le feu, n'est-ce pas ? Il n'avait jamais mesuré, au final, le risque qu'il prenait lorsqu'il s'approchait d'elle. Il avait pensé, de façon un peu idiote, qu'il était différent. Que pour lui, la belle dame sans merci ferait une exception. Il y avait eu quelques mois où il avait pu se bercer de ce songe, s'imaginer de grandes choses ; il n'arrêtait pas d'expliquer à Sansa la manière dont ils s'enfuiraient de cette ville trop petite pour eux. Ils seraient loin de Mount Oak, loin et libres, et ils n'auraient plus qu'à se jeter à corps perdu dans la vie, la vraie, celle qu'ils attendaient désespérément tandis qu'ils broyaient leurs heures sur les bancs de l'école. Heath y avait vraiment cru, à cette chimère qui aujourd'hui lui apparaissait un peu ridicule, presque gênante. Alors qu'il se tenait là, face à Sansa, il était presque heureux que ce rêve lui ait échappé des mains. Autrement, comment aurait-il pu grandir ? Comment la vie aurait-elle pu lui faire mal ? Sansa l'avait quitté, et c'était tant mieux. Comme ultime cadeau, elle lui avait offert la liberté de faire ce que bon lui semblait. Un précieux présent qui semblait lui avoir échapper, car à en juger par sa tenue élégante et l'expression derrière laquelle elle se barricadait, l'ardente O'Faolain était toujours enchaînée à sa prison dorée. Prenait-elle un quelconque plaisir à se trouver ici ? Etait-il passé à côté de quelque chose, avait-il ignoré des signaux qui auraient pourtant dû lui sauter au visage ? Sansa haïssait cet endroit, ces gens, cette cage ; du moins, c'était ce qu'elle lui avait confié lorsqu'ils étaient ensemble. Alors, cet étrange choix de rester au milieu des hyènes, Heath ne le comprenait pas. Lui avait-elle menti ? L'avait-elle fait pour se rendre intéressante, pour avoir l'illusion de vivre une grande échappée romantique en compagnie d'un roturier dépenaillé dans son genre ? Il revenait toujours à la même conclusion : il avait été un jouet, une expérience. La princesse s'était amusée avec lui pour ensuite revenir à ses ballets chatoyants et ses courtisans dociles. C'était la seule explication qui lui était supportable, car cela signifiait qu'il n'avait pas à souffrir de quelque chose qui avait été un mensonge de bout en bout. Si ce qu'ils avaient vécu était faux, alors il n'avait plus besoin de regarder en arrière et de se poser les obsédantes questions, celles qui l'avaient tenu éveillé pendant des semaines après : pourquoi, et si, comment ? Et si ce qu'ils avaient vécu était faux, alors il n'y avait pas de raison pour que cette entrevue fortuite ne se passe mal. Ils étaient juste deux êtres qui avaient vécu un très beau mensonge ensemble. Rien de plus, rien de moins. Sansa déclina sa coupe et Heath la ramena simplement près de lui. Il n'attendait pas d'explication, mais il savait qu'avec Sansa, tout était justifié, tout avait une logique, une raison d'être. Ses yeux suivirent ceux de la jeune femme pour tomber sur un anneau qu'elle faisait glisser sur ses doigts nerveux. Juste deux êtres qui avaient vécu un mensonge ensemble… Sansa s'apprêtait-elle à faire tomber un autre malheureux dans ses filets ? Ou bien cet anneau était-il le symbole d'un amour véritable, un amour qui avait le bon nombre de zéros dans son compte en banque, un amour qui possédait une belle voiture, une maison de campagne, plusieurs chevaux ? Un sourire narquois vint éclore sur les lèvres de Heath mais il ne dit rien, peut-être parce qu'en même temps, il éprouvait une drôle d'amertume. Sa première coupe de champagne fut engloutie sans demander son reste et il la déposa sur le rebord d'une fenêtre, content d'en avoir une seconde au cas où. Finalement, leurs regards se croisèrent à nouveau et il fut soulagé de constater qu'il ne vacillait pas. Non, il parvenait à rester bien droit sur ses pieds, à lui faire face, comme s'ils ne partageaient rien de plus qu'un passé fait de couloirs de lycée, de cours en commun et de mots échangés à la va-vite, sans y penser. Il lui faisait face comme s'il n'avait jamais effleuré sa peau, comme s'il n'était jamais venu la chercher, tard le soir, en balançant des cailloux à sa fenêtre, comme s'il ne l'avait jamais faite danser sur des musiques d'un autre temps. « Je te conseille les petits fours, si tu as faim. Je ne sais pas qui paye pour ça mais je vais repartir les poches remplies, tu peux me croire. » répliqua-t-il, désinvolte comme d'habitude. Une moitié de la coupe de champagne disparut. Il lui parlait comme à une vieille connaissance, c'était ridicule, il aurait dû partir. Et pourtant, impossible de tourner les talons. Peut-être ne vacillait-il pas, mais il n'était pas sûr qu'être paralysé valait mieux. « J'aimerais pouvoir te dire que c'est à moi qu'on remet le prix, mais je suis juste là pour écrire un article. C'est moins glorieux, mais je ne suis pas mécontent. » ajouta-t-il. Des images d'une vie complètement différente défila devant ses yeux, mais il les chassa. C'était une vie dont il avait fait le deuil, et ce n'était parce que Sansa en était la principale actrice que cette existence fantôme devait reprendre vie. Il pencha légèrement la tête sur le côté et eut un léger sourire. « Et toi ? Est-ce que je dois te féliciter, au fait ? C'est un bel anneau. » Il désigna la bague que Sansa ne cessait de toucher d'un coup de menton. Peut-être qu'il se trompait complètement. Peut-être qu'il avait raison. Il devait savoir.

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MessageSujet: Re: ☑ there is never a time or place for true love   Jeu 27 Juil 2017 - 21:36

Elle aurait voulu lui dire qu’elle regrettait tant, qu’elle aurait tout donné pour changer cette minute fatidique. Elle aurait offert sa fortune pour pouvoir retourner dans le temps et sourire au lieu de rire, avouer plutôt que mentir, rejoindre Heath plutôt que de le regarder se ratatiner, victime de la bêtise adolescente. Ça n’aurait probablement rien changé et, si ça se trouvait, Heath était finalement bien content de la tournure qu’avaient pris les événements. Peut-être qu’en la contemplant, là, à cet instant, il réalisait le piège qu’il avait évité, le gouffre dans lequel il aurait pu tomber. Il s’était frotté au danger, pour une obscure raison, et avait été cruellement brûlé, marqué par la superficialité d’une fille qui ne vivait que pour l’image qu’elle donnait.  Tôt ou tard, Sansa en était certaine, Heath aurait fini par ouvrir les yeux, par comprendre qu’il perdait son temps avec elle, qu’il y avait mille fois mieux dans ce vaste monde qu’une princesse égocentrique et pathétique. Alors peut-être qu’ils en seraient au même stade, finalement. Peut-être que ça ne changeait rien, ou pas grand-chose, la façon dont leur histoire s’était conclue. Il était bien mieux sans elle quand, elle, n’était rien sans lui. Elle aurait voulu ouvrir la porte de ce donjon qu’était sa poitrine. Elle aurait voulu se délester de ce poids mort qui l’oppressait. Elle aurait voulu se réfugier dans ses bras et pleurer tout son saoul mais elle savait qu’elle en aurait été incapable, pour la bonne et simple raison qu’elle avait depuis longtemps épuisé son stock de larmes. Elle n’était plus qu’une coquille vide au cœur desséché. Sa peau de pêche n’était plus qu’un leurre pour tromper son entourage car si elle avait dû refléter la véritable Sansa, elle se serait flétrie et n’aurait plus intéressé personne. Mais, au moins, songea la jeune femme, on ne l’aurait plus forcée à s’offrir en spectacle, on l’aurait laissée dépérir dans sa chambre. Au lieu de quoi elle était là, forcée de se tenir droite et stable quand tout son corps et toute son âme tremblaient d’appréhension, tétanisés par l’attention de ce regard noir et envoûtant où elle s’était perdue, il y a trop longtemps. Ces yeux sombres qui l’avaient sondée comme si elle était un livre avec des images, simple et distrayant, pas une petite peste inutile et sans saveur. À présent, elle avait l’impression qu’il pouvait la condamner d’un seul coup d’œil. Elle ne supporterait pas de lire le mépris dans ces yeux qui l’avaient tant bercée. Elle ne le supporterait pas, venant de lui, quand elle se contrefichait de ce que pouvaient désormais penser les autres. Elle aurait voulu être forte de cette indifférence, voilà dix ans, mais peut-être était-ce impossible. Peut-être avait-il fallu qu’elle passe invariablement par cette mort cérébrale pour être enfin libérée de ce joug qui l’étouffait et l’emprisonnait depuis sa plus tendre enfance. Peut-être avait-il fallu qu’elle perde l’essentiel pour réaliser que tout le reste n’était qu’un fardeau qui ne lui apportait rien. Il était cependant trop tard pour y faire quoi que ce soit et cette impuissance lui rongea le ventre comme un virus foudroyant.
Elle aurait voulu qu’il s’en aille, qu’il ne réveille pas ce trouble qu’elle croyait enterré mais qui n’était visiblement qu’endormi. Il n’avait fallu qu’une seconde pour que son corps réagisse, comme une pile surchargée dont elle était désormais incapable de maitriser l’énergie. Autrefois, elle ne vivait que pour cet élan enivrant, elle refusait de l’admettre, évidemment, elle se mentait à elle-même en se persuadant que c’était de l’irritation à cause de l’attitude du jeune homme mais elle avait bien dû se rendre à l’évidence : elle n’aspirait qu’à être sous l’emprise de cette formidable excitation. À un tel point que les week-ends étaient devenus des calvaires parce qu’ils signifiaient qu’elle ne verrait pas le trouble-fête durant deux jours entiers. Et puis les barrières s’étaient effondrées, Heath avait pris les choses en main et elle n’avait pas pu résister plus longtemps. Des mois, elle avait été en proie à ce manque qu’il avait créé, des mois, elle avait mis à ne plus pleurer quotidiennement. C’en était à un point où ses parents, abasourdis par ce revirement d’attitude, avait cru à une dépression et l’avait envoyée chez un psychiatre qui l’avait bourrée de médicaments. Mais aucune des pilules qu’elle avait ingurgitées ne réparait un cœur brisé, aucune ne réduisait à néant les souvenirs. Elles engourdissaient simplement l’esprit et, à force, Sansa avait fini par se faire à cette léthargie, se noyant dans ce marasme qu’était son existence, cette même existence qu’elle avait projeté une centaine de fois de fuir en compagnie d’Heath. Elle aurait voulu lui dire qu’elle l’aurait suivi jusqu’au bout du monde, si seulement il avait encore eu la patience d’attendre, quelques petites semaines. Mais elle savait qu’elle n’avait eu aucun droit de lui demander cela. Finalement, elle n’avait eu que ce qu’elle méritait et elle en subissait toujours les conséquences.
Ce fut dès lors d’autant plus douloureux de constater qu’il semblait désormais imperméable à elle, qu’il pouvait agir comme si rien ne les avait unis quand elle était submergée par les souvenirs et les regrets. Déglutissant avec peine, Sansa détourna les yeux, incapable de contempler ce visage qui signifiait tant, incapable de soutenir plus de quelques secondes son regard. Elle ne pouvait le faire qu’à petites doses, comme si, à chaque fois qu’elle le regardait, elle restait en apnée. Et elle n’avait pas le souffle nécessaire pour tenir la distance, elle ne pouvait pas consacrer son énergie à soutenir son regard et à ne pas trembler de tous ses membres, il fallait qu’elle fasse un choix et le masque impassible fut victorieux.
La plaisanterie d’Heath tomba à plat et elle ne prit même pas la peine de réagir. Elle n’avait pas faim, il y avait longtemps qu’elle avait perdu l’appétit et quand bien même c’était un chef étoilé qui se cachait dans les cuisines de cet événement démesuré, cela ne donnait en rien envie à Sansa d’avaler quoi que ce soit. Son rapport à la nourriture avait de toutes façons toujours été faussé, elle n’avait jamais pu manger avec plaisir, convaincue que, même absente, sa mère surveillait ce qu’elle ingurgitait. Son mutisme ne sembla cependant pas décourager Heath et, au fond, Sansa lui fut reconnaissante d’essayer, de ne pas l’abandonner subitement parce qu’il avait trouvé mieux à faire. Elle aurait voulu lui dire qu’elle, elle n’était pas mécontente que ça ne soit pas lui à qui l’on décernait le prix mais, à nouveau, les mots restèrent coincés dans sa gorge et, d’un côté, elle ne savait pas comment sa remarque aurait été interprétée. Elle aurait voulu pouvoir lui offrir cette désinvolture qui caractérisait les vieux amants qui se retrouvaient après une longue séparation, elle aurait voulu pouvoir tenir son rôle à merveille. Au lieu de quoi, elle esquissa un sourire triste, sans le regarder, et baissa les yeux. Au même moment, Heath fit allusion à la bague fine qui ornait son doigt et le sous-entendu de sa question la fit légèrement frissonner.
- C’est un cadeau de ma grand-mère, pour mes dix-huit ans, répondit-elle d’un air absent.
Tu le saurais si tu avais attendu quelques semaines de plus, pensa-t-elle en se remémorant que c’était précisément parce qu’elle était au fond du gouffre que son aïeule lui avait offert cette bague. Pour la consoler d’un chagrin d’amour – ça, sa grand-mère l’avait clairement deviné – parce qu’il n’y avait rien qu’un joli bijou ne puisse réconforter, selon elle. Mais aussi belle la bague soit-elle, elle n’avait jamais eu l’effet attendu, elle n’avait jamais suturé le cœur lacéré de Sansa, elle n’avait jamais allégé sa solitude et son sentiment d’abandon.
À nouveau, le silence menaça de les envelopper et Sansa songea que c’était peut-être mieux ainsi. Que si Heath s’ennuyait mortellement, il la laisserait en paix, il la laisserait lécher les blessures purulentes qui ne s’étaient jamais refermées. Et, en même temps, son cœur se rebella, refusant de céder cette douce chaleur qui l’envahissait enfin, dépendant de cette sensation oubliée qui refaisait surface.
- Si tu veux interroger quelqu’un en particulier, je peux faire les présentations, dit-elle sans pousser la réflexion plus loin. J’imagine qu’en tant que journaliste, tu dois avoir l’habitude d’aborder du monde mais ces gens-là ne sont pas comme tout le monde. Ils se méfient de tout ce qu’ils ne connaissent pas…
Ne parlait-elle pas en connaissance de cause ? Elle craignait d’énoncer une réalité évidente et, dans un sursaut de courage, elle porta les yeux sur Heath pour étudier sa réaction. Et, presque aussitôt, elle eut le souffle coupé. Heath était et resterait à jamais le garçon qui avait volé son cœur. Ce qu’il en avait fait, depuis, elle l’ignorait. Peut-être l’avait-il jeté dans la première poubelle venue, peut-être avait-il fini par l’oublier quelque part. Mais peut-être qu’il battait encore faiblement dans sa main. C’est là que Sansa aurait voulu qu’il soit, en tout cas, en sécurité, entre les doigts recroquevillés d’Heathcliff Walsingham. Elle aurait voulu tant de choses mais elle n’avait pas eu le courage de prendre quoi que ce soit.
- Je suis désolée, lâcha-t-elle soudainement, sans même s’en rendre compte, comme si la vue d’Heath l’avait hypnotisée tout à coup et lui extorquait des aveux inconscients. Je ne te l’ai jamais dit mais je suis désolée de ce qui est arrivé. Je n’ai jamais voulu que ça se termine comme ça.
Elle n'avait même jamais voulu que ça se termine.
Voilà. Elle y croyait à peine mais les mots si longtemps enfermés à triple tours s’étaient échappés et il n’y avait rien qu’elle puisse faire pour les rattraper. Elle ne put que fuir à nouveau son regard pour mieux concentrer le sien sur ses doigts fins et sur la bague qui ornait son annulaire.

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MessageSujet: Re: ☑ there is never a time or place for true love   Jeu 17 Aoû 2017 - 20:11

Heathcliff avait attendu une réponse qu'il ne voulait pas entendre. Il ne voulait rien savoir de la vie de Sansa. Il ne voulait pas réaliser qu'elle avait avancé sans lui. Il ne voulait pas qu'elle lui explique qu'elle avait rencontré quelqu'un d'autre, qu'ils étaient très heureux ensemble et qu'ils allaient bientôt emménager dans l'un des plus beaux appartements de Pairidaeza, de ceux qui surplombaient toute la ville et permettaient à ceux qui y habitaient d'effleurer les dieux qu'ils tentaient d'imiter, dans les tréfonds de leurs laboratoires. Il ne voulait pas voir qu'elle était restée la même poupée glacée, que leur rupture n'avait servi à rien et que malgré tout ce qui avait pu se passer entre eux, elle n'avait pas appris la leçon. Malgré tout le mal qu'elle avait pu faire, il souhaitait la voir heureuse, car ça aurait été la plus belle revanche qu'elle aurait pu prendre sur eux, sur leur histoire maudite. L'était-elle ? Heath était incapable de le dire, car comme d'habitude, il ne parvenait pas à la cerner. Son visage de poupée n'exprimait aucune émotion, juste ce mystère indicible qui aujourd'hui lui apparaissait si froid. Même sa voix cristalline glaçait les entrailles d'Heath, qui ne sut pas quoi éprouver lorsqu'elle expliqua d'où venait la bague. Pour ses dix-huit ans. C'était loin, leurs dix-huit ans. Et pourtant, il revoyait l'uniforme des cheerleaders – jupes rouges, hauts striés de noir et de blanc – et respirait l'odeur de colle et de papier des couloirs du lycée, son ventre se nouait à l'idée de ce contrôle de maths qu'il n'avait pas révisé, il riait sous cape à l'idée d'avoir séché le cours de biologie et par-dessus tout, son coeur battait plus fort alors qu'il longeait le stade et qu'il la voyait, elle. La Sansa de ses dix-huit ans portait ses cheveux blonds en queue de cheval qui s'agitait comme des fils d'or dès qu'elle secouait la tête. Sur son uniforme rouge, elle avait passé un pull blanc un peu trop grand pour elle, un pull qu'Heath connaissait bien parce qu'il lui appartenait et qu'il lui avait prêté quelques jours plus tôt lorsqu'elle avait emprunté la fenêtre de sa chambre pour descendre. Il s'asseyait sur les gradins pour mieux l'observer mener la cadence avec autorité, rabrouer une fille pas assez appliquée et rire à une plaisanterie qu'avait faite l'un des joueurs de l'équipe de football. Tout cela se déroulait devant ses yeux comme un mauvais téléfilm dont il avait pourtant été le héros tragique et bien réel. Il se demandait pourquoi la plupart des gens était capable de se retourner sur leurs années de lycée en riant, balayant du revers de la main amitiés effritées et amourettes sans importance, quand il avait encore l'impression que toute sa vie, tout ce qu'il était, était encore lié à ces quatre années. N'arrivait-il donc pas à passer à autre chose ? Quelque chose clochait-il chez lui ? Pourquoi finissait-il toujours par revenir à ce point de sa vie, alors qu'il aurait tant voulu s'en détacher ? Il avait travaillé d'arrache-pied pour partir à l'autre bout du pays, il était parti, il avait vécu sa vie. En Californie, sous le soleil, un destin radieux l'attendait. Il avait laissé un job passionnant, une jolie petite amie, un appartement d'où il voyait la mer. N'aurait-il pas mieux fait d'être là-bas, d'incarner ce nouveau lui, plutôt que d'endosser à nouveau ce rôle qu'il détestait tant et qui lui avait coûté Sansa O'Faolain ? Certainement. Mais il était là et il devait faire avec, et c'en était de même pour Sansa. Puisqu'ils semblaient être condamnés, il fallait qu'ils combattent avec les armes qui leur avaient été données. Sansa avait pour elle son mystère et sa beauté ; il n'avait que ce détachement feint qui lui évitait de devoir révéler ce qu'il pensait réellement. C'était comme ça qu'il réussissait à sourire légèrement, vaguement, comme pour se donner une contenance alors que Sansa brodait une conversation sans but ni sens à propos de la réception. Il se contentait de l'observer, hypnotisé par cette facilité qu'elle avait à manier le néant abyssal qui les séparait pour en faire des mots. C'était elle qui aurait dû devenir journaliste ou écrivain, certainement pas lui. Les mots, Sansa les maniait avec la dextérité d'une guerrière amazone ; les derniers qu'elle lui avait adressé avant qu'ils ne se séparent étaient encore profondément fichés dans sa chair, comme si au lieu de paroles elle lui avait décoché des flèches d'acier. Il entendait encore son rire perçant, comme celui d'une louve prête à se repaître de sa proie. Il revoyait tout le zoo : les hyènes, le lion, et lui, une proie ensanglantée. Depuis, il avait le temps de guérir et d'apprendre à se cacher des prédateurs. Mais Sansa semblait pouvoir le débusquer aussi facilement que si elle avait été une véritable louve. Pris par surprise, Heath haussa les sourcils ; il n'aurait jamais pensé qu'elle aborderait le sujet de façon aussi brutale, aussi frontale. Ca n'était pas son genre. Se serait-elle endurcie avec les années ? Ou bien n'était-ce là qu'un autre signe de son indifférence ? Heath tentait de déceler un indice sur le visage de glace mais il ne voyait rien qui puisse l'aider. Elle était désolée ? Pas autant que lui, aurait-il voulu répliquer cruellement, avec une violence qui sortait de nulle part, comme si elle avait été convoquée par le sortilège ensorcelant que la jeune femme semblait lui jeter à chaque fois qu'ils se voyaient. « C'est un peu tard pour ça, tu ne penses pas ? » répondit-il à la place, d'une voix presque douce. A quoi bon les excuses, à quoi bon les apitoiements sur eux-mêmes ? Ils avaient fait leurs choix, ils avaient agi en conséquence. Heath attrapa une flûte de champagne sur le plateau d'un serveur qui passait par là et avala une gorgée avant de poser les yeux sur la foule chamarrée. « Tu aurais voulu que ça se termine comment ? » reprit-il sans la regarder, comme si poser les yeux sur elle relevait du blasphème. « Tu ne penses pas qu'on aurait fini par prendre des chemins, quoiqu'il arrive ? » souffla-t-il. Il connaissait la réponse, en vérité. Mais il ne voulait pas qu'elle croit qu'il espérait encore, des années après que leur destin se fut scellé.

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MessageSujet: Re: ☑ there is never a time or place for true love   Dim 20 Aoû 2017 - 18:39

Pourquoi avait-elle tant peiné à lui dire ce qu’elle avait sur le cœur quand il avait été le seul à avoir jamais su le percer et l’écouter. Elle n’avait jamais été plus heureuse que lorsqu’elle était avec Heath et elle avait regardé filer cet amour comme s’il était impossible de le repêcher. Mais, à l’époque, n’était-ce pas trop tard ? La brûlure de l’humiliation n’avait-elle pas terminé d’enfumer leur relation ? Aurait-elle seulement pu trouver les mots pour supplier qu’il lui pardonne ? Il la connaissait, il aurait su qu’elle se maudissait en même temps qu’elle riait, non ? Il aurait vu sa détresse, n’est-ce pas ? Mais comment aurait-il pu accepter que sa vanité la pousse à nier une évidence ? Comment aurait-il pu admettre qu’après tout ce temps passé ensemble, elle puisse encore le trahir de la sorte ? Même elle, elle n’arrivait pas à croire qu’elle avait pu être aussi stupide. Et pourtant, elle se revoyait, du haut de ses dix-huit ans, si fragile derrière sa prétendue férocité, tremblante sous l’uniforme coloré. Elle détestait cette gamine qui n’avait pas su apprécier sa chance, elle haïssait sa faiblesse qui l’avait poussée dans le néant quand la main d’Heath n’avait cherché qu’à l’en extraire. Et maintenant, elle était forcée de contempler ce qui n’avait pas pu éclore, elle devait regarder cet homme qui lui écorchait le cœur et l’âme. Elle aurait aimé souhaiter qu’il soit heureux, qu’il ait trouvé quelqu’un qui sache saisir son bonheur et se batte pour lui, l’exhibe pour ce qu’il était : l’homme dont n’importe quelle fille rêvait. N’importe quelle fille à part Sansa O’Faolain, visiblement. Mais en même temps, égoïstement, Sansa aurait voulu qu’il partage ne serait-ce qu’une once de son chagrin, qu’il repense à leurs mois à deux avec nostalgie et non mépris. Elle aurait voulu qu’il reste une trace d’elle dans ses souvenirs. Qu’elle vive au moins quelque part, à défaut de le faire vraiment.
Elle eut la mauvaise idée de se demander ce que serait son existence si elle avait pu achever les plans qu’elle avait échafaudés. Si elle avait pu quitter Mount Oak et étudier dans une université éloignée, n’importe laquelle, du moment qu’Heath s’y trouvait. Ils auraient suivi leur cursus, chacun de leur côté, se seraient retrouvés le soir, dans le petit appartement qu’ils louaient, dans un petit immeuble qui ne payait pas de mine mais qui n’avait pas d’importance, parce que ce qui comptait, c’était qu’en ouvrant la porte, elle retrouverait le confort d’avoir un lieu à Heath et à elle. Elle imaginait sans mal leurs fiançailles, une fois diplômés, même si ça n’était pas une obligation. Elle aurait pu vivre sans ce mariage, même si sa mère aurait fait de sa vie un enfer pour qu’elle passe le cap. Elle aurait été loin, elle aurait pu ignorer les injonctions maternelles. Elle lui aurait prouvé que, contrairement à elle, elle n’avait pas besoin de s’assurer d’être mariée à un homme pour être certaine d’être en sécurité. Mais ils auraient peut-être convolé, juste pour qu’elle ait le plaisir d’abandonner son nom pour prendre celui d’Heath. Oh, comme cela sonnait doux à son oreille, Sansa Walsingham, alors qu’elle fermait les yeux, perdue dans ses rêveries inutiles. Ou ils auraient pris une année sabbatique pour voyager, parcourir le monde, comme ils avaient rêvé de le faire. Quelle que soit la direction qu’aurait prise leur couple, Sansa aurait été heureuse de se lancer dans l’aventure. Au lieu de quoi, un frisson la ramena à Mount Oak, sous l’éclairage de lustres démodés et hors de prix, au son d’une musique de chambre ennuyeuse à mourir, presque macabre, sous le regard implacable du seul garçon qu’elle avait aimé.
Ces mots qu’elle avait gardés jalousement, sur lesquels elle avait versé toutes les larmes de son corps, elle les avait lâchés comme on libérerait un oiseau resté trop longtemps en cage. Un vague soulagement souffla le poids qui pesait sur son cœur mais ce ne fut que de trop courte durée. Elle aurait aimé que cela l’apaise davantage mais elle ne ressentit finalement qu’un bref salut, avant de retourner au désarroi qui était le sien depuis de trop nombreuses années.  
- C’est un peu tard pour ça, tu ne penses pas ?
Si, bien sûr que si, songea Sansa, qui ne savait pas vraiment à quoi elle s’attendait. Qu’il accepte ses excuses comme si elle avait simplement froissé ses sentiments lorsqu’elle les avait piétinés, non pas une fois mais constamment ? Il lui arrivait parfois d’oublier que son tort ne résidait pas uniquement en ce fameux jour où elle avait battu en retraite au lieu de partir au front. Elle avait été lâche tout au long de leur relation, refusant d’afficher son amour au vu et au su de tous. Il ne comprendrait probablement jamais qu’elle avait uniquement agi par instinct de préservation, qu’elle avait voulu protéger leur histoire de ceux qu’elle prétendait être ses amis. Ça n’était pas tant d’Heath qu’elle avait eu honte mais de ce personnage qu’elle jouait au quotidien. Sa crainte avait été qu’ils voient tous à quel point elle mentait, à quel point elle n’avait jamais été elle-même en leur compagnie. Une lâche, une menteuse, voilà ce qu’elle avait toujours été et ce qu’elle était encore, à ce jour, tandis qu’elle était tétanisée et incapable de se soustraire à cette conversation qui l’étouffait autant qu’elle la ranimait.
- Je sais, souffla-t-elle d’un haussement d’épaules peu convaincu. Mais mieux vaut tard que jamais, non ?
Elle esquissa un faible sourire qu’elle parvint difficilement à lui adresser. Peut-être qu’elle n’aurait même pas osé lever le nez s’il avait eu un autre ton mais sa voix était tellement douce qu’elle n’avait pu résister à l’envie de se perdre une dernière fois dans ses yeux noirs. Elle le regarda alors qu’il attrapait une nouvelle coupe de Champagne et fixait la foule, lui refusant ce regard impénétrable qui l’avait toujours tant hypnotisée. La question qu’il lui posa était naturelle et elle l’aurait effrayée si elle n’avait pas épuisé toute son énergie en faux semblants. Elle ne se rendit même pas compte que les larmes avaient commencé à rouler sur ses joues, ni que son cœur s’était encore davantage effrité, elle qui pensait qu’il n’existait plus depuis une éternité :
- Si ça n’avait tenu qu’à moi, ça ne se serait jamais terminé, répondit-elle, sa voix se brisant.
Elle ne pouvait plus maintenir le mensonge à flot. Le navire avait coulé avec tous ses rêves enfermés à l’intérieur. Tant pis si son chagrin ruinait tout sur son passage, son maquillage comme sa contenance. Elle n’en avait plus rien à faire puisque tout ce qui lui avait paru essentiel se tenait devant elle, à portée de main, et déjà si loin qu’elle ne pouvait plus le rattraper. Son sourire figé se craquela et elle ouvrit les lèvres pour extraire cette boule qui la faisait suffoquer.
- Peut-être. Je ne sais pas. Je ne me sentais bien qu’avec toi, je ne voyais pas mon avenir sans toi, confessa-t-elle douloureusement, priant pour qu’il daigne la regarder alors qu’elle vidait son âme à ses pieds et souhaitant qu’il ne le fasse pas, parce qu’elle offrait un spectacle pitoyable, les joues lézardées par les larmes, les yeux gonflés, la bouche tordue dans un simulacre de sourire. C’est comme si le temps s’était arrêté quand tu es parti. Je n’ai plus vraiment eu la sensation de vivre, après ça.
Que ferait-il de ces aveux ? Que pourrait-il en faire, de toute manière ? Le passé était ce qu’il était, il n’y avait rien qu’elle puisse faire pour effacer ses erreurs. Elle pouvait les offrir en pâture à l’homme qui avait ruiné son existence comme elle avait ruiné la sienne, mais avait-elle eu seulement le droit de faire cela ? Il était trop tard, à nouveau.
Et puis elle était la seule fautive, elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même. Mais comment se punir encore davantage lorsqu’on s’était déjà infligé toutes les tortures possibles ?
- Alors je sais qu'il est trop tard et que cela ne vaut peut-être plus grand chose mais... mais il fallait que je le dise.
Cela faisait dix ans qu'elle mourait à petit feu en nourrissant ces mots de son chagrin et du manque qu'il avait laissé dans son sillage. Dix ans qui auraient aussi bien pu être une éternité.

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MessageSujet: Re: ☑ there is never a time or place for true love   Mer 13 Sep 2017 - 20:51

Au fond, est-ce que cette confrontation n'était pas plutôt une bataille d'egos ? N'étaient-ils pas en train de se jauger prudemment, comme deux prédateurs jetés dans l'arène par des maîtres cruels, de chercher où se trouvait la jugulaire pour la trancher d'un coup de griffe acérée ? Heath en avait la désagréable impression, rendue d'autant plus inconfortable qu'il tendait la gorge pour que Sansa y plante ses crocs. Était-ce l'image qui définissait mieux leur relation ? Le cygne fragile, son long cou entre les crocs dantesques du crocodile qui choisissait d'appuyer délicatement, juste assez pour sentir les pulsations affolées de sa victime ? Oui, il semblait à Heath que seule la violence qu'on trouvait dans la nature, la violence à l'état pur, primitif, pouvait égaler la dévastation qui avait pulvérisé leur ascension. Sansa était l'apex predator, la créature au sommet de la chaîne alimentaire et elle n'avait finalement fait qu'une bouchée de lui alors qu'il avait cru, naïvement, pouvoir échapper à ses griffes, comme s'il avait pu la dompter. Comme s'il avait réussi à déjouer les enchevêtrements complexes qui se jouaient dans l'esprit de la belle panthère dressée qu'elle était, apprivoisée mais capable d'une sauvagerie sans pareille, infiniment plus dangereuse, infiniment plus redoutable car consciente des rouages et des carcans qu'on lui imposait. Elle avait vu en lui un danger et elle l'avait éliminé, sans arrière-pensée, sans états d'âmes. Du moins, c'était ce que Heath avait toujours cru jusqu'à présent, jusqu'à ce que Sansa ne décide de le torturer à nouveau en mettant son coeur sur la table. Pourquoi s'ouvrait-elle à lui de cette façon, alors qu'il aurait été tellement plus facile de prétendre, de continuer leur spectacle d'ombres chinoises ? Ce n'était pas juste. Elle ne pouvait pas le prendre et le jeter pour ensuite s'excuser de l'avoir piétiné sans merci. Elle ne pouvait pas tourner vers lui son visage de porcelaine pure et y faire ruisseler des larmes de cristal. Ces armes auraient dû lui être interdites, car elles étaient bien trop dévastatrices, armes de destruction massive quand Heath n'avait rien d'autre à proposer qu'un drapeau blanc, qu'une reddition résignée. Il n'était pas venu pour se battre et terminer à nouveau au sol, ensanglanté, la nuque frissonnant sous le couperet implacable de Sansa O'Faolain. Il en avait terminé avec ça, et il en avait terminé de lui trouver des excuses. Il lui avait fallu dix ans pour en arriver à cette conclusion, mais elle était impitoyable, inévitable : elle les avait brisés. C'était sa faute. Elle les avait saccagés, elle avait mis le feu à tout ce qu'il y avait eu de beau et vrai et pur, et elle l'avait regardé brûler. Sansa était la pyromane de leur histoire, et les larmes qui s'écoulaient sur ses joues nacrées ne pourraient jamais redonner vie à quoi que ce soit. Des cendres partout, partout, c'était tout ce qu'elle avait laissé derrière elle et Heath n'était pas parvenu à replanter quoi que ce soit depuis. Ce n'était pas seulement eux qu'elle avait tué, c'était aussi sa capacité à faire confiance, à se livrer aussi complètement qu'il s'était livré avec elle. C'était sa capacité à ressentir les premiers émois d'une relation, le coeur qui chavire, les pensées qui s'éparpillent sans qu'il ne puisse les empêcher, les petites attentions. Non, depuis, il enchaînait des relations vides de sens, des disputes et des incompréhensions. Depuis, il faisait mal, comme elle lui avait fait mal et il semblait incapable d'arrêter, incapable de se remettre dans les rails. Etait-ce que Sansa avait voulu ? Le briser assez fort pour le rendre fou ? Pour l'empêcher de passer à autre chose et jeter sur sa vie un goût d'échec ? Si c'était le cas, alors elle avait réussi. Amer, Heath la contempla. Il pouvait seulement prendre conscience de leur tragédie alors qu'il n'éprouvait, face à la détresse de la jeune femme, qu'une sorte de colère froide, teintée de ce sentiment qu'il détestait, cette compassion qu'elle convoquait tout de même, qui lui donnait envie de la prendre dans ses bras, de la soustraire à ce bal idiot et de l'emmener loin. Le voilà, notre avenir, Sansa, songeait-il alors que le reste du monde les oubliait. Ils s'étaient aimés trop fort et trop tôt, et maintenant il ne leur restait plus que leurs yeux – elle pour pleurer, lui pour observer le désastre. Ils auraient pu tout avoir, vraiment tout. Où en seraient-ils désormais, si elle n'avait pas décidé de tout ruiner ? Auraient-ils eu des enfants, des petits blonds bouclés aux yeux sombres ? Vivraient-ils quelque part, loin d'ici, au bord de la mer ou au milieu de nulle part, se contentant l'un de l'autre ? Seraient-ils les héros de ces poèmes inachevés, de ces lettres enflammées qui encombraient les étagères et les tiroirs de Heath ? A la place, ils étaient les protagonistes maudits d'une ode sans espoir. Le silence s'installa entre eux, seulement troublé par les sanglots silencieux de la jeune femme et Heath baissa les yeux, le coeur lourd, le regard encore plus sombre que d'habitude. Comprenait-elle seulement ? Était-ce seulement maintenant qu'elle prenait conscience de son erreur ? « Je ne sais même pas si je peux te croire. » murmura-t-il, sa voix vibrant d'une onde résignée, vaincue. Ce n'était pas ce qu'il aurait voulu dire, mais son âme trop lourde semblait vouloir prendre le contrôle, pour la pemière fois depuis longtemps. Tous ses regrets, toutes ses rancœurs se déchargeaient soudain. « Si je te crois, alors… alors ce sera trop dur de faire face au gâchis. Ce serait comme te perdre à nouveau. » Il avait envie qu'elle ne pleure que des larmes de crocodile, qu'elle lui mente. Ca aurait été plus simple de la haïr en paix, d'avoir le coeur enfin libéré de cette emprise féroce. « Et si tu mens, si c'est encore un de tes tours, alors tout ce qu'on a eu, tout ce qu'on a vécu… aura été un mensonge. » Et ça, il ne pouvait pas le supporter. Pas quand son âme, son coeur, son corps avaient été éveillés à la vie et à son sens le plus profond par cette histoire. Doucement, Heath, posa les mains sur les épaules de Sansa et passa ses doigts sur les joues humides de la jeune femme. La toucher, après si longtemps, était un tremblement de terre, une catastrophe naturelle à l'intérieur de lui. Avec patience, Heath essuya les larmes de la jeune femme et redressa doucement son menton pour qu'ils se regardent dans les yeux. « Dis-moi… Dis-moi juste pourquoi tu nous as fait ça, Sansa. Donne-moi une raison, une bonne raison. » supplia-t-il dans un murmure étranglé. Qu'elle s'explique enfin, qu'elle éclaircisse les raisons de son geste fou.

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A DREAM THAT'S DEAD.
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MessageSujet: Re: ☑ there is never a time or place for true love   Sam 30 Sep 2017 - 18:29

Qu’avait-elle à perdre, finalement ? Sa dignité ? En avait-elle seulement encore une, malgré sa parure, ce mensonge d’une vie qui avait mené au désastre ? Elle avait déjà perdu l’essentiel ce jour-là. Quant à l’espoir qu’elle avait longtemps nourri qu’Heath lui pardonne et lui revienne, il s’était figé dans sa mémoire, caillot douloureux sur lequel son esprit butait régulièrement, comme un disque rayé qui refusait de passer au morceau suivant. Quel morceau ? La musique ne pénétrait plus Sansa depuis une décennie. Elle la traversait, la frôlait à peine. Tout comme la vie. Serait-elle vouée à perpétuellement ressasser des souvenirs douloureux ? Ou ces retrouvailles étaient-elles l’unique chance qu’il lui restait de réparer ce qu’elle avait si maladroitement brisé ? Si seulement elle le pouvait. Parce que même si Heath acceptait de lui donner une dernière chance, l’ombre de ce qui s’était passé ne continuerait-elle pas à obscurcir leurs efforts ? Avaient-ils seulement une chance de s’en sortir ? Sansa ne pouvait en tout cas concéder le contraire. S’ils étaient maudits, Sansa ne voyait pas ce que l’avenir avait à lui réserver d’autre que le labyrinthe dans lequel elle errait depuis qu’il était parti. Et celui-là, elle ne pouvait plus le parcourir, elle ne le supporterait pas. Or, quel autre choix avait-elle ? Quoi qu’il arrive, ses chances d’arranger les choses avec Heath étaient maigres et donc, celles de le voir repartir, élevées. Elle ne pourrait pas le retenir. N’en avait pas le droit, ne l’avait jamais eu. Alors, aurait-elle souhaité ne pas le revoir pour autant ? Une telle pensée était incapable de se formuler dans son esprit torturé. Pas alors que les mots lui échappaient, incontrôlés. Il n’y avait pas eu d’après-Heath. Elle avait juste sombré dans une léthargie indéfinissable, errant dans un brouillard de souvenirs et de sensations dont elle ne voulait pas se défaire. Dont elle ne pouvait se défaire. Ils étaient devenus sa seule réalité et ils entraient en combustion maintenant qu’elle se trouvait face au seul garçon qui soit parvenu à s’infiltrer sous la carapace qu’elle s’était si soigneusement confectionnée et qui y était resté coincé, même s’il n’en avait pas conscience. Heath pouvait-il se douter de l’impact qu’il avait eu sur elle ? Pouvait-il croire qu’elle avait cessé d’exister à partir du moment où sa vie n’avait plus tourné autour de lui ? Était-ce pathétique de l’avouer ? La mépriserait-il encore davantage pour ça ? C’était le moment, c’était l’instant de lui offrir ce qu’elle n’avait jamais osé abandonner complètement : les morceaux épars de son cœur dysfonctionnel et atrophié. Tant pis s’il n’en voulait plus, au moins il saurait. Quant à savoir si cela le soulagerait ou l’anéantirait, Sansa n’en avait aucune idée. Elle, elle n’aurait plus qu’à ramasser les éclats dont il ne voulait pas et continuer à vivre avec ce qu’il lui restait de vestiges de son cœur, c’est-à-dire pas grand-chose. Parfois, elle peinait à croire que c’était ce même cœur qui avait battu follement, passionnément, amoureusement, pour Heath Walsingham. Ce même cœur qui était à présent agité de soubresauts maladifs à la simple vue du jeune homme. Ce même cœur qui refusait de se soigner, de passer à autre chose, éternellement piégé dans le passé.
Pour rien au monde elle n’aurait voulu se soustraire au regard implacable d’Heath, pourtant. S’il devait la pulvériser ce soir, lui rire au nez – même si elle doutait qu’il puisse faire preuve d’une telle cruauté, n’était-ce pas son don à elle, ça ? – la maudire, elle accepterait son sort car ce n’était rien à côté de ce qu’elle s’infligeait, à côté de ce qu’elle méritait de subir. Pourtant, même prête à assumer ses responsabilités, même prête à entendre le verdict, la sentence, Sansa ne put s’empêcher de ciller quand Heath daigna enfin la regarder et qu’elle décela l’émotion de son ancien petit ami. La colère. Une rancœur assumée, logique, qu’elle n’avait jamais eu à affronter, malgré leurs conflits, leurs disputes. Jamais elle n’avait lu un ressentiment pareil dans les yeux doux et déterminés d’Heath et l’idée qu’elle ait pu la provoquer, la faire naitre, lui donna la nausée. Elle fut incapable de détourner les yeux, engourdie par la douleur, ou simplement parce qu’elle avait tant rêvé de pouvoir à nouveau poser les yeux sur Heath ailleurs qu’à travers des clichés oubliés. Elle s’était promis que si l’occasion lui était donnée de le voir à nouveau, elle graverait chaque détail de son visage, pour ne pas les perdre, pour ne pas qu’ils sombrent dans un gouffre sans fond. La chance lui était maintenant offerte et elle se sentait impuissante, hypnotisée par ces choses qu’ils ne s’étaient pas dites à temps et qui avaient moisi. Quel crédit pouvait-il effectivement donner à ses aveux, désormais ? Comment pouvait-il la croire quand elle avait eu l’occasion de prendre ce qu’il lui offrait si volontiers et qu’elle l’avait rejeté ? Comment pouvait-il croire qu’après tout ce temps, elle soit encore coincée là-bas, dans ce lycée de Mount Oak, où son fantôme hantait encore sûrement les lieux, pleurant éternellement son amour perdu ?
Le silence dans lequel ils furent plongés, bien malgré eux, la tortura. Combien de temps pourrait-elle rester ainsi, à le dévisager ? Quelques minutes ? Des heures ? Jusqu’à ce qu’un élément extérieur ne vienne faire éclater la bulle dans laquelle ils étaient confinés ? Et les premiers mots qui le déchirèrent enfin, ils rompirent le charme hypnotique et Sansa baissa enfin les yeux, une vague de désespoir écrasant ses épaules et son cœur. Il n’avait pas tort, pourtant. Elle le savait mais ça n’en rendait pas la réalité moins douloureuse. Elle écouta les aveux d’Heath en fixant les boutons de sa chemise et sentit les palpitations, légères comme des ailes de papillons, résonner comme un écho caverneux dans un corps dont l’âme avait déserté le territoire. Une nouvelle vague de larmes partit à l’assaut de ses paupières figées et dévala ses joues blêmes pour être doucement recueillie par ces mains qui ne l’avaient plus touchée depuis une décennie. Le contact était si léger, si bienfaisant que Sansa ferma instinctivement les yeux pour se concentrer sur les sensations que les doigts d’Heath faisaient renaitre. Il l’avait marquée à jamais et, à nouveau, elle aurait souhaité que ça ne se termine jamais. Ce fut donc avec une certaine réticence qu’elle rouvrit les yeux pour plonger son regard dans celui d’Heath tandis qu’il la suppliait de lui donner une bonne raison de leur avoir infligé ça. Le menton de Sansa trembla contre ses doigts et elle ébaucha un sourire qui n’exprimait que son malheur et son désespoir :
- Y en a-t-il seulement une bonne ? souffla-t-elle, la voix rauque, torturée par les larmes qui noyaient sa gorge. J’étais une gamine pourrie gâtée, j’étais terrifiée, je ne te méritais pas et le savais parfaitement. J’avais peur d’avouer que je t’aimais, je ne voulais pas qu’ils te touchent. Je te voulais pour moi, je ne me sentais apaisée qu’avec toi, je n’avais pas besoin de me cacher derrière quoi que ce soit. Je rêvais de notre vie à deux tout en redoutant que tu réalises que tu te trompais, que tu perdais ton temps avec moi. Je rêvais qu’on s’échappe, loin, pour qu’enfin, je puisse être moi-même, pas cette marionnette ridicule qui cherchait à plaire à tout le monde alors qu’il n’y avait que toi qui comptais.
Elle renifla et glissa les mains sur celles d’Heath, juste pour qu’il ne s’écarte pas subitement, comme brûlé par la frénésie de ses aveux :
- Si je pouvais revenir en arrière, effacer ces mois à mentir et me cacher…
Mais à quoi bon évoquer une impossibilité ? Jamais elle ne pourrait effacer le passé, ni le modifier. Jamais elle ne pourrait réparer ce qu’elle avait fait. Sansa aurait abandonné ces gens qu’elle s’efforçait de considérer comme ses amis pour passer tout le temps perdu avec eux avec un être qui en valait la peine et qui la faisait rire, et qui lui ouvrait les yeux sur le monde et qui lui montrait qu’elle n’était pas condamnée à endosser un uniforme qui ne lui convenait pas. Qu’elle pouvait toujours être Sansa O’Faolain sans pour autant suivre le chemin qui avait été tracé pour elle.
- J’étais lâche, Heath. J’étais une idiote. Et ne le suis-je pas toujours ?
Elle jeta un coup d’œil à ce décor, cette cage dorée où il était venu la retrouver, et de laquelle elle n’avait jamais pu sortir.
- Que tu me croies ou non quand je te dis que je regrette, au final, je suis toujours perdante, n’est-ce pas ? Mais j’ai besoin—
Elle peinait à respirer, le souffle lui manquait, elle s’asphyxiait tant le temps lui manquait pour se défaire de tout ce qu’elle avait trop longtemps gardé pour elle.
- J’ai besoin que tu saches que je t’ai aimé. De tout mon pauvre cœur de sale gamine gâtée et superficielle. Je n’aimerai jamais quelqu’un d’autre comme je t’ai aimé toi.
Pourquoi s’obstinait-elle à parler au passé quand elle savait pertinemment qu’elle l’aimait toujours ? Parce que c’était ridicule. Comment pourrait-il la croire ? Comment pouvait-elle lui assurer qu’elle avait passé ces dix dernières années à nourrir un amour inconsolable ?
- Tu étais l’amour de ma vie, Heath Walsingham. Tu le seras toujours.
Quel constat accablant que de découvrir que ce qu’elle ressentait en épanchant son cœur n’était non pas de la honte ou de la peur mais un soulagement profond. Pourquoi ne l’avait-elle pas découvert plus tôt ? Pourquoi n’avait-elle pas su cela au moment où sa vie basculait ? Qu’il aurait suffi qu’elle sourie à ses amis et hoche la tête en disant simplement : Oui, c’est vrai. J’aime Heath Walsingham. Tout aurait été si différent.

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You call me up again just to break me like a promise, so casually cruel in the name of being honest. I'm a crumpled up piece of paper lying here 'cause I remember it all too well.

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MessageSujet: Re: ☑ there is never a time or place for true love   Sam 11 Nov 2017 - 20:58

C'est presque la fin de l'année. Il reste quelques semaines, tout au plus, et tout le lycée est en ébullition, bourdonne de toute cette activité : le comité du bal de promo – auquel Heath ne se rendra pas – fait de son mieux pour accrocher les ballons et les affiches ; les élèves de dernière année discutent de leur université tandis que les plus jeunes arborent l'air détaché et condescendant de ceux qui savent qu'ils vont accéder à un niveau supérieur, une échelle de plus gravie dans ce microcosme étouffant et scrutateur. Heath ne le montre pas, mais il a hâte que tout ça soit terminé. D'abord, parce qu'il a reçu plusieurs réponses positives de différentes universités partout dans le pays, ce qui signifie qu'il n'aura pas à rester dans cette petite ville étriquée. Et que cette vérité en annonce une autre : s'il part, Sansa viendra avec lui. Et ça, ça change tout dans la vie d'Heathcliff Walsingham. Car en attendant, Mount Oak et ses regards scrutateurs décident tout de leur relation cachée et il sent qu'il n'en peut plus, Heath, d'être celui qu'on cache, qu'on tait, il n'en peut plus de la voir flirter – innocemment, parce qu'elle doit jouer le jeu – avec d'autres, il n'en peut plus d'être loin d'elle alors qu'ils se croisent tous les jours dans les couloirs vieillissants de leur prison dorée. Bientôt, ils seront loin, tous les deux et ils pourront commencer leur vie. Heath a des idées, des tas d'idées ; il a des peurs aussi, celle de ne pas être à la hauteur, celle de ne pas réussir à tout mener de front, mais l'espoir qui gonfle son coeur depuis ces dernières semaines balaie tout ça, surtout lorsqu'il la voit, elle. Il regarde sa montre : c'est bientôt l'heure, et il se dirige dehors, vers le stade du lycée qui accueille les entraînements des sportifs et de celles qui les encouragent. Souvent – pas tout le temps, car ce serait trop suspect – il vient s'asseoir à l'une des tables qui bordent l'espace d'entraînement pour observer d'un œil celle qui fait battre son coeur tandis qu'il griffonne des poèmes et fait semblant de réviser ses cours de science. C'est un rituel sans l'être et il s’asseoit en bout de table, qu'un petit groupe a déjà investi – une bande qui appartient à cette élite intouchable, composée de joueurs de foot, de golden kids solaires et de demoiselles qui ont un air ennuyé très étudié. Heath sort son cahier et son crayon, commence à gratter le papier sans y penser quand il entend les premiers commentaires. Tu étais à la fête de Tina il y a deux jours ? Bien sûr, tu me prends pour qui ? Tout le monde était torché ! Il n'écoute que d'une oreille, ça ne l'intéresse pas, pas qu'il est trop bien pour ça mais vu qu'il n'y était pas, il n'en a à rien faire. Il y a deux soirs de ça, Sansa et lui étaient sur le toit de sa maison et observaient les étoiles, et parlaient de l'avenir. Et Sansa, elle n'était pas là ? Il tend l'oreille, curieux, presque amusé d'entendre ce qu'ils vont inventer. C'est un garçon, Andy, qui répond. Non, elle faisait autre chose. Avec moi. Heath sent son corps se pétrifier, son sang se glacer. Le garçon continue, crânement. Miss O'Faolain est bien moins sainte-nitouche qu'elle ne veut le montrer, vous pouvez me croire ! Des rires en cascade, et il n'en faut pas plus à Heath pour bondir. Ca suffit, il n'en peut plus, voilà un an qu'il se cache, qu'il encaisse, mais il ne supporte plus. « Ferme-la, crétin. » vitupère-t-il, la voix chargée d'une colère sourde, les poings serrés. La petite sauterie se tourne vers lui d'un même mouvement, paires d'yeux scrutateurs et vaguement surpris qu'un être tel que lui ose leur adresser la parole. Heath n'a pas peur. Il se sent investi d'un sentiment nouveau, d'une confiance qu'il ne possédait pas auparavant. Illusion ? Peut-être. De toute façon, il est trop tard pour reculer. Le visage de l'insolent se fait serpentin, venimeux, ne perd pas ce sourire satisfait que Heath aimerait écrabouiller d'un coup de poing. « Qu'est-ce que tu as dit, Walsingham ? » Heath répète comme s'il parlait à un enfant. « Ferme-la. Même pour toi, ça devrait pourtant être simple à comprendre, non ? » Il perçoit un bruissement de rires silencieux, sans savoir s'ils sont pour ou contre lui. Dans le doute, il préfère se préparer au pire. Mais tant pis. Cet imbécile l'aura cherché. « Qu'est-ce qu'il y a, Walsingham ? T'es jaloux ? Toi aussi, tu voudrais voir ce qui se cache sous la jupe de la reine des glaces ? » Ne te bats pas, Heath, lui a un jour dit Sansa, tu ne ferais pas le poids. Elle a raison, et Heath se fait violence pour l'écouter. « Ne parle pas d'elle comme ça. » siffle-t-il. Il voit les sourcils se hausser. Les plus malins d'entre eux ont sans doute déjà deviné ce qui se trame. Mais ils ne pourront jamais savoir, jamais comprendre ce que ça fait d'aimer Sansa O'Faolain et d'être aimé d'elle en retour. « Et pourquoi ça ? » siffle Andy en face. Heath a la gorge sèche, il sait qu'il ne devrait pas, mais c'est plus fort que lui, pour une fois dans sa vie, il veut être à la place de ce type, il veut briller, avoir l'ascendant. Stupide question d'ego, stupide fierté blessée. « Parce que tu ne fais que raconter n'importe quoi. Sansa n'était pas avec toi, elle était avec moi. On sort ensemble, champion, désolé de te l'apprendre. Je suppose que c'est le seul but que tu n'es pas parvenu à marquer, pas vrai ? » Il regrette instantanément la dernière partie de sa réplique, il se déteste d'être tombé aussi bas que le type d'en face mais ça a été plus fort que lui. Le groupe semble interloqué, mais bien vite, les premiers rires fusent, implacables. Quelque chose de dangereux passe sur le visage d'Andy et le voilà qui se tourne et fait un signe de la main à quelqu'un. Le coeur de Heath tombe dans son ventre. Non. Il réalise son erreur mais secrètement, il espère. Peut-être que le temps est venu. Peut-être qu'il est venu, ce coup d'éclat. Le petit groupe se scinde en deux et laisse apparaître Sansa O'Faolain dans sa tenue de cheerleader, ses cheveux blond pâle retenus en queue de cheval tombant délicatement sur ses épaules partiellement dénudées. Leurs regards se croisent une seconde, chacun y lit la peur, la peur de tout perdre. « Qu'est-ce qu'il y a ? » demande-t-elle. Seul Heath peut l'entendre, mais il est certain que sa voix tremble un peu. Sans s'y attendre, il reçoit une claque dans le dos et la voix d'Andy lui mord le ventre. « Ce cher Heath vient de nous raconter une histoire abracadabrante… » Il regarde Sansa, la supplie du regard. « Ah oui ? Laquelle ? » Je voulais juste qu'il arrête. Je voulais juste le dire au monde, à tout le monde. « Selon lui, vous formez un très joli couple. Tu ne nous avais pas dit, Sansa, c’est mal de cacher cela à ses amis… » La sentence est tombée, mais Heath ne quitte pas Sansa du regard. Il a foi en eux, en elle, en ce qu'ils ont que personne d'autre n'a. Ce qu'il ne sait pas, c'est que la vie va lui apprendre une leçon, là, maintenant. Sansa ne répond rien. Elle se met à rire, tout simplement. A rire avec les autres, elle rit d'eux, de leur amour auquel elle signe son arrêt de mort, elle rit de lui, de tout ce qu'il a mis dans cette folie pleine d'ivresse. Elle rit et Heathcliff fait de son mieux pour se rendre sourd. Elle rit et il pleure, sans bruit, à l'intérieur.

C'était ce souvenir qui l'envahissait alors que Sansa évoquait ses regrets, celle qu'elle avait été. Qu'elle était toujours ? Heath ne la croyait pas. C'était la tragédie de sa vie : il ne pouvait pas se résoudre à croire que Sansa était ce qu'elle avait toujours affirmé, ce qu'elle avait toujours porté comme un étendard. Il ne voulait pas croire ces mots blessants qu'elle utilisait pour se qualifier. Gamine pourrie gâtée, lâche, idiote, il ne pouvait pas y croire tout simplement parce qu'il refusait d'admettre qu'il aurait pu se tromper sur celle qui avait capturé son âme. Ca aurait été pire que tout, que de confronter cette idée insupportable. Tout ça pour rien, pour une fille qui n'existait pas ? Etait-il tombé amoureux de Sansa ou de l'idée qu'il se faisait d'elle ? Jamais il ne s'était posé la question auparavant et cette interrogation faisait silencieusement son chemin jusqu'à son cœur pour le glacer lentement. Sansa lui assénait une vérité qu'il avait demandé mais qu'il ne voulait pas entendre. En vérité, Heath n'était plus certain de rien. Il était venu pour passer une soirée agréable, peut-être même repartir au bras d'une jolie brune dont il aurait oublié le nom au lendemain, écrire un article. Mais pas ça. Il n'avait pas prévu que Sansa lui ouvrirait son coeur ainsi, il n'avait pas prévu qu'elle ferait de lui un pantin, à nouveau. Paralysé, il n'eut pas la réflexe de retirer ses mains alors que le contact avec elle le brûlait. Et pas de cette brûlure délicieuse qui lui ceinturait le ventre lorsqu'il était plus jeune, non, cette fois, elle brûlait vraiment. C'était cette douleur cinglante, comme lorsqu'on verse de l'eau bouillante sur une peau frigorifiée. C'était exactement ce qu'il ressentait alors qu'elle lui parlait de choses qui n'avaient pas de sens. Je n’aimerai jamais quelqu’un d’autre comme je t’ai aimé toi. Cette fois, il trouva la force de s'écarter et darda sur elle un regard qui s'abîmait, loin, dans un avenir incertain. « Tu ne peux pas dire ça. » souffla-t-il, sans qu'il ne soit sûr qu'elle l'entende. Tu étais l’amour de ma vie, Heath Walsingham. Tu le seras toujours. Et toi, le mien, répondit-il en pensée, instinctivement, parce qu'il n'y avait pas de raison pour qu'il combatte, encore et toujours, cette réticence à s'avouer l'inconcevable, l'incompréhensible. Ils n'auraient jamais dû être ensemble. Ils étaient désaccordés, comme un instrument de musique mal agencé. Ils ne s'étaient jamais intéressés aux mêmes choses, partagé les mêmes sujets de conversation. La seule chose qui les réunissait, c'était leurs rêves, identiques, dans lesquels chacun marchait. Heath et Sansa ne s'expliquaient pas, et c'était peut-être là la raison de tout. Pour Heath, c'était une force. Et pour Sansa, à l'époque, ça avait été une faiblesse, un grain de sable dans le rouage parfaitement huilé de sa vie parfaite. Heath n'avait pas sa place dans sa routine de parfaite all-american cheerleader et elle l'avait éjecté, conséquence naturelle des choses. Voilà, ça, ça s'expliquait, ça faisait du sens. Trop tard, cependant, pour Heath qui ne trouvait pas en lui la force de pardonner ou de balayer d'un revers de la main les erreurs d'une adolescente. Il était injuste, sans doute, mais il avait grandi et avec lui les blessures dans son coeur broyé. Il aurait dû être capable de saisir le visage de Sansa entre ses mains, effacer ses larmes et l'embrasser, lui dire qu'ils pouvaient tout recommencer, lui dire qu'ils étaient libres désormais. Ils auraient pu s'enfuir, main dans les main, encore en tenue de soirée, et partir pour voir le soleil se lever loin, très loin de Mount Oak. Ils auraient pu, mais Heath n'avait plus le coeur à se bercer de chimères. Sansa l'avait rendu froid. Elle avait fait de lui l'homme qu'il était aujourd'hui : destiné à flotter, à ne pas s'attacher, à ne jamais s'approcher trop près du feu. Jamais il n'aimait ouvertement, Heath, et il réalisait aujourd'hui à quel point cela lui manquait. Revoir Sansa réveillait en lui l'émerveillement des premiers temps mais… mais pas avec elle. Plus avec elle. « Il faut qu'on arrête de se gâcher la vie, toi et moi. » finit-il par dire en reprenant racine dans les yeux de Sansa, ces orbes cristallines qui avaient si souvent été sa damnation et sa caresse la plus douce. Il fit un pas en arrière, incertain de comment il voulait formuler ce dont il était pourtant certain ce soir. Vite, le dire, avant qu'il ne change d'avis et ne retombe dans ses travers, ceux qui le poursuivaient depuis ses dix-huit ans. « Il faut qu'on apprenne à aimer d'autres gens, qu'on… se laisse partir. On n'est plus ces enfants, Sansa, on a cessé de l'être ce jour-là. » Sa bouche était sèche et son coeur battait comme un tambour. Exactement comme ce jour-là. « Libère-toi de ce fardeau, Sansa. Libère-toi de moi, tombe amoureuse d'un autre, quelqu'un qui le mérite. Ou pas. Sois heureuse, fais-toi mal, je ne sais pas, juste... » Heath se passa la main dans les cheveux, conscient qu'il reproduisait exactement le même schéma qu'elle avait tracé il y a des années de ça. Lui aussi, il détruisait. Mais il aimait à penser que dans son cas, c'était pour mieux reconstruire quelque chose derrière. Sauf que Sansa n'en ferait pas partie. Elle ne le pourrait jamais. « Il faut que tu vives, Sansa. Pour toi-même. Sans eux, sans moi, pour te retenir. » Et pour cela, il fallait se dire adieu. Il le comprenait, désormais. Il fallait qu'il parte et que jamais il ne revienne, mais pas avant de s'être assuré que la femme de sa vie pourrait vivre la sienne, une bonne fois pour toutes. « Tu comprends ? Il faut… Il faut qu'on se dire adieu. Pour de bon. » finit-il par souffler alors qu'il posait ses mains sur les épaules dénudées de la jeune femme. Il avait failli dire se dire au revoir, et se retint au dernier moment.

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MessageSujet: Re: ☑ there is never a time or place for true love   Mar 19 Déc 2017 - 21:30

Elle ne repensait jamais à ce fameux jour. Chaque fois qu’une bribe frôlait sa mémoire, elle l’enterrait nette, vivante, pour ne pas avoir à revivre cet instant chaotique où elle avait perdu la raison, désorientée par cet acte qu’elle n’avait pas vu venir, qu’elle n’avait pu anticiper. Qu’aurait-elle fait si elle avait pu deviner qu’Heath craquerait, refuserait le secret qu’elle avait jalousement gardé, durant des mois entiers ? Aurait-elle fait en sorte de le dissuader, de l’amadouer grâce à des promesses vides et illusoires ? L’aurait-elle menacé de tout arrêter s’il agissait contre sa volonté ? Aurait-elle fui l’école, ce jour-là, juste pour ne pas avoir à être le centre de mire de tous ces regards ? N’avait-elle pas toujours vécu pour ces moments où le projecteur était braqué sur elle, où elle était la vedette, éclipsant toutes ses amies ? Et pourtant, si elle avait su combien elle se sentirait criblée par cette attention piquée de curiosité, elle n’aurait probablement pas osé mettre un pied en classe. A aucun moment il ne lui était venu à l’esprit qu’elle puisse braver ses complexes, ses terreurs si savamment dissimulées habituellement. À aucun moment elle n’imagina pouvoir assumer quoi que ce soit, incapable de savoir comment être elle-même face à Heath et ses amis simultanément. Elle s’était façonné un tel personnage qu’elle ne pouvait concevoir qu’elle puisse être la cheerleader populaire et la petite amie d’Heath Walsingham en même temps, comme s’il fallait qu’elle fasse un choix et qu’elle avait pu éviter cette torture grâce à ce manège qui avait rendu leur couple boiteux. Elle avait cru tout maitriser, garder son statut de princesse égérie et savourer le bonheur d’un amour soigneusement protégé de son double destructeur. Mais elle avait réalisé, trop tard, que tout ça n’était qu’un leurre, qu’elle n’échapperait jamais à ses propres travers et que tant qu’elle n’assumerait pas qui elle était, elle ne pourrait pas tout avoir. Quand elle avait finalement compris que le choix était évident, qu’il aurait dû l’être dès les premiers instants, dès qu’elle s’était sentie s’épanouir sous les lèvres d’Heath, il n’y avait plus qu’un gouffre sans fond dans le regard sombre de son petit ami et elle l’avait regardé se désagréger sous ses yeux, impuissante, muette d’horreur, transformée en statue de sel parce que, comme la femme de Loth, elle avait regardé derrière elle au lieu de ce qui s’offrait à elle. Le passé l’avait engloutie et elle y flottait depuis une décennie, incapable de se raccrocher à quoi que ce soit, incapable de respirer ou de réfléchir.
Alors Sansa avait occulté cet épisode, risible pour beaucoup, traumatisant pour elle. Elle n’avait jamais vraiment su ce qui avait provoqué cet éclat, ce qui avait poussé Heath à trahir leur accord plus ou moins tacite selon elle, probablement imposé selon lui. Il n’avait jamais mis la pression, n’avait pas ouvertement reproché son comportement égoïste mais elle ne pouvait pas prétendre qu’elle n’avait pas vu à quel point cette histoire le blessait. Mais comme pour tout le reste, Sansa avait enfilé ses œillères et fait la sourde oreille, espérant que ce ne serait que temporaire, qu’ils braveraient cette discrétion pour mieux savourer leur vie à deux ensuite. S’ils n’en parlaient pas, ça n’existait pas vraiment, songeait-elle parfois quand ils se quittaient ou quand elle l’ignorait volontairement parce qu’elle devait arborer son masque souriant, extraverti, solaire, maniéré, son mensonge usé. Elle n’avait jamais voulu se pencher sur ce qui n’allait pas, préférant se noyer dans l’illusion que tout était parfait, que tout le serait toujours. Il lui faudrait un mois de colère retenue vis-à-vis d’Heath (quand elle pensait encore que ça n’était qu’un écueil qu’ils effaceraient dès qu’ils se réconcilieraient, oubliant par la même occasion qu’ils ne s’étaient jamais quittés avant), deux de plus pour réaliser qu’elle avait tout gâché et que tout était de sa faute, un an à pleurer quelque chose qui lui avait échappé et qu’elle ne pouvait plus partager avec personne et dix à errer comme un fantôme. C’était ça, le résultat. Une journée ensoleillée qu’elle avait entamée avec l’énergie de sa jeunesse, son uniforme bicolore affinant sa silhouette, allongeant ses jambes, un rouge à lèvres carmin étirant sa bouche en un sourire charmeur, sa chevelure de blé rassemblée en une queue de cheval serrée, un maquillage discret mais efficace redessinant ses paupières pour lui donner des yeux de chat. Une journée ensoleillée qui s’était transformée en cauchemar, qu’elle avait terminée dans sa chambre après avoir lâché son groupe qui devait se rendre à une fête. L’uniforme froissé, débraillé, ses jambes endolories d’avoir couru pour échapper à sa peine et à sa terreur, son rouge à lèvres à moitié effacé, sa queue de cheval relâchée et pendant mollement sur son épaule et un maquillage qui était venu gondoler son visage d’un nuage noir dilué. Comment pouvait-elle sereinement replonger dans ce souvenir qui lui écrasait la poitrine ? C’était impossible, raison pour laquelle elle l’avait rangé dans une boite fermée à double tour pour ne laisser entrer que les souvenirs heureux et doux dont Heath occupait la place centrale. Quitte à ce que ça soit encore plus douloureux.
Pourtant c’était bel et bien gravé dans sa mémoire et cela brûlait comme au premier jour. Elle se revoyait, rire à une plaisanterie dont la teneur lui échappait désormais, tant elle était accessoire, insipide, à côté de ce qui devait se passer ensuite. Elle se revoyait tourner la tête lorsqu’elle avait été interpelée et découvrir Heath avant même d’avoir vu le reste de l’assemblée. Son cœur avait eu la naïveté, pendant une seconde, de faire un bond dans le vide et un sourire avait failli s’esquisser sur ses lèvres, avant d’être tué quand elle avait décelé la panique dans le regard d’Heath. Savait-elle ? Avait-elle pressenti ou deviné, avant même que la suite ne vienne occulter tout le reste ? Avec le recul, Sansa se disait que non, mais elle savait aussi qu’Heath et elle partageaient quelque chose de si profond qu’une onde l’avait traversée, comme si les émotions passaient de l’un à l’autre, invisibles aux yeux des autres. Seule sa faculté à s’adapter à son environnement – un talent inné qui, l’avait-elle cru, l’avait toujours sauvée de bien des situations mais qui, cette fois, la ferait foncer droit dans le mur – lui avait permis de garder un visage de marbre, même si sa voix la trahissait légèrement. La seule personne à l’avoir noté devait être Heath, parmi la quinzaine de personnes qui assistaient désormais à cet échange mal calculé. Elle avait dégluti quand Andy avait conclu l’anecdote avec un sourire carnassier, presque comme s’il devinait, à son tour, qu’il y avait peut-être une part de vrai dans ce qu’avait dit le garçon solitaire qui n’avait pas besoin de faire partie d’une meute pour exister, contrairement à sa petite amie. Un bourdonnement avait envahi son esprit tétanisé, de ça, elle se souvenait parfaitement. Elle se souvenait aussi du rire qui frôlait l’hystérie qui lui avait échappé et qu’elle n’avait pu réprimer, subjuguée par son incapacité à se contenter de hausser les épaules ou de simplement déclarer : oui, c’est vrai. Le reste, elle ne s’en souvenait plus, ça n’était plus qu’une brume opaque dans laquelle elle s’était perdue et dont elle n’avait plus jamais émergé.
Jusqu’à ce soir. Mais elle n’était plus certaine que ça soit une bonne chose, la lumière était aveuglante et faisait glisser en cascade des larmes sur ses joues de porcelaine. Plus rien ne retenait ce chagrin qu’elle avait contenu toutes ces années, ni les mots qu’elle aurait dû lâcher ce jour-là, quand elle aurait dû saisir la main d’Heath, quand elle aurait dû afficher celui qui faisait battre son cœur au lieu de le cacher, quand elle aurait dû abandonner un mode de vie qui ne lui convenait pas pour s’immerger dans celui qui l’inondait de bonheur. Mais il était trop tard, pour tout ça, et c’est cette notion qui écorchait Sansa vive tandis qu’elle parlait sans réfléchir, incendiant le filtre qu’elle s’était toujours imposé pour satisfaire les attentes des autres, au détriment des siennes.
- Tu ne peux pas dire ça.
Le regard bleu noyé de Sansa fixa Heath comme si elle peinait à comprendre et, en un sens, c’était la vérité. Pourquoi ne pouvait-elle pas le dire lorsque c’était précisément ce qu’elle ressentait ? Était-ce trop cruel de sa part ? Ou ne la croyait-il plus, hanté qu’il était par le mensonge qu’ils avaient vécu, incapable d’accepter qu’elle ait pu sincèrement l’aimer et lui rire au nez ensuite, dans un moment d’hébétude totale ? Ne la connaissait-il donc pas ? N’avait-il pas su, dès le départ, qu’elle n’était qu’une poupée grotesque qui dansait au gré des envies des autres et qui ne trouvait de repos que dans la sérénité de leurs tête-à-tête ? Déglutissant avec peine, Sansa baissa les yeux et se mordit la lèvre inférieure. Parler ou se taire, ça avait toujours été le dilemme et, apparemment, elle ne faisait jamais les bons choix aux bons moments. C’était ce qui avait ruiné son couple il y a dix ans, ça n’allait certainement pas sauver quelque chose qui s’était dissout aux abords d’un terrain de sport, sous les rires d’adolescents ingrats et imbus d’eux-mêmes, elle la première.
- Il faut qu’on arrête de se gâcher la vie, toi et moi.
Le trou creusé dans sa poitrine désertée, déjà béant, sembla s’ouvrir un peu plus, libérant une porte qui donnait droit sur les enfers, là où le désespoir naissait invariablement pour s’infiltrer dans ses veines et geler ses membres. Il avait beau faire une chaleur délicieuse dans ce lieu où convives et serveurs dansaient en rythme, derrière des sourires faussés, Sansa avait l’impression d’être tout à coup frigorifiée, comme si les dernières perles d’un amour jamais consolé s’était évaporées au contact des mots d’Heath. Et pourtant, sans qu’elle ne sache trop comment, elle s’était à nouveau perdue dans les yeux de son ancien petit ami, comme tant de fois auparavant et, en même temps, comme jamais auparavant. Elle cilla à peine en le voyant reculer, hypnotisée par la gravité de ses traits et de son ton, accablée avant même qu’il n’ait prononcé les mots qui la condamnait à une mort certaine ou, en tout cas, à une solitude éternelle.
- Il faut qu’on apprenne à aimer d’autres gens, qu’on… se laisse partir. On n’est plus ces enfants, Sansa, on a cessé de l’être ce jour-là.
Le reste lui sembla n’être qu’un amas de sons indistincts. Son regard se voila, sembla se perdre dans un lointain inaccessible, comme si elle était sous hypnose, mais les mots d’Heath n’avaient rien d’une formule magique et il n’y avait rien qu’il puisse dire qui puisse la sortir de cette léthargie qui était devenue son quotidien. Elle ne réagit même pas lorsqu’il posa les mains sur sa peau glacée.
- Je pensais déjà t’avoir dit adieu, Heath, souffla-t-elle au bout d’un instant, la voix rauque, avec la sensation que la peau de ses joues aux larmes taries tirait pour la forcer à esquisser un sourire dépourvu de la moindre émotion. Quand je suis venue sonner chez toi.
Elle s’écarta, libéra ses épaules des mains d’Heath et secoua la tête :
- Mais tu étais déjà parti. C’est ta sœur qui est venue ouvrir et elle m’a regardée comme si j’étais une extraterrestre mais je voyais aussi qu’elle savait parfaitement qui j’étais. Sansa O’Faolain, je veux dire, pas ton ex petite amie. Je lui ai demandé si tu étais là et elle n’a pas répondu immédiatement. Elle s’est contentée de me dévisager, avec ce froncement de sourcils qui ressemble tellement au tien. Et puis elle m’a dit que tu n’étais pas là. Je ne savais pas ce qu’elle voulait dire exactement, si tu étais absent pour le moment ou si tu ne vivais plus là. Mais j’ai réalisé que je ne t’avais jamais laissé assez de place et que je n’en avais eu aucune dans ta vie non plus. Tu étais mon secret le mieux gardé. Trop bien gardé… sans doute…
Sansa renifla doucement et une nouvelle onde de chagrin ravagea ses traits avant qu’elle ne retrouve un semblant de maitrise de ses émotions.
- Parfois je me dis que si nous avions tenus jusqu’au soir du bal, si rien de tout cela n’était arrivé, j’aurais peut-être enfin eu le courage d’aller vers toi. Je n’ai pas pu imaginer passer cette soirée sans toi, même après que tout ait été terminé… Et pourtant, je l’attendais depuis si longtemps, ce bal. C’était ça, mon rêve de gamine, mon tableau idyllique de princesse : passer la soirée au bras du garçon que j’aimais. Et je sais que tout est de ma faute mais je me dis souvent que ça n’aurait pas pu être un autre que toi et que si ça s’était produit, nous serions peut-être heureux, aujourd’hui.
Le soir du bal, elle s’était pourtant habillée, elle avait revêtu la robe de ses rêves, elle avait souffert sous les doigts experts d’une coiffeuse, elle avait glissé des bijoux précieux à ses doigts et autour de son cou. Et elle ne s’était jamais rendue au lycée.
- Alors nous pouvons nous dire adieu, Heath, souffla-t-elle finalement, esquissant bravement un sourire qui trahissait chacune de ses fêlures. Peut-être que maintenant que tout est dit…
Mais elle fut incapable de conclure sa phrase. Car comment pouvait-elle prétendre que tout était dit quand elle étouffait sous les non-dits ? Comment pouvait-elle feindre que cette ultime rencontre lui permettrait de tourner la page ? Et elle songea à une phrase qu’elle avait lue un jour et qui résumait à elle seule une décennie de tourments : pour toi, je n’étais qu’un chapitre alors que pour moi, tu étais tout le livre.

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You call me up again just to break me like a promise, so casually cruel in the name of being honest. I'm a crumpled up piece of paper lying here 'cause I remember it all too well.

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MessageSujet: Re: ☑ there is never a time or place for true love   Sam 13 Jan 2018 - 22:29

S'il avait su, Heath aurait-il agi avec la même détermination ? S'il avait su que dans quelques semaines, il laisserait la place à un autre, un autre lui, un autre Heath, aux cheveux plus courts et plus ébouriffés, au visage semblable au sien mais balafré d'une petite cicatrice à la tempe, un Heath que Sansa n'avait jamais effleuré du bout de ses doigts gracieux et qu'elle n'avait jamais embrassé ? S'il avait su que dans quelques semaines, il serait assis à son bureau en début d'après-midi, penché sur un article alors que le soleil de juin perçait à travers les volets et que son esprit s'échappait par la fenêtre entrouverte et se diluait dans l'air tiède, et que la dernière pensée qu'il aurait avant de disparaître dans l'inconnu serait tiens, quelqu'un porte son parfum ? S'il avait su qu'il ne reverrait jamais Sansa après ce soir-là, aurait-il été aussi catégorique dans ses propos et ses décisions ? Ou bien était-ce une décision qui transcendait toutes les hypothèses et les possibilités que leur réservait ce monde sans queue ni tête ? S'il avait pu rencontrer son double, lui aurait-il laissé la responsabilité de réparer son histoire avec Sansa ? Peut-être que ce Heath là aurait plus de chance, peut-être saurait-il mieux comprendre et écouter les battements d'un coeur qui n'avait pas encore été anéanti ? Peut-être. Une formule qui avait fait de la vie de Heath une longue incertitude. Mais plus maintenant. Il ne pouvait pas savoir tout ça, il ne pouvait pas comprendre que c'était la dernière fois qu'il posait les yeux sur l'amour de sa vie et que c'était peut-être pour le mieux. Tout avait été dit. Tout avait été fait, le meilleur comme le pire et cette rencontre fortuite était le point final qu'ils devaient mettre à leur histoire maudite. Une autre débuterait bientôt, toute aussi sinueuse, toute aussi parsemée d'embûches, mais la leur était parvenue à la fin de son cours. Il en était certain, alors qu'il déposait sur le visage de Sansa un regard sombre mais dénué de tristesse. Au contraire, n'aurait-il pas dû être heureux de enfin trouver la force de ce nouveau départ, celui qu'ils auraient tous deux prendre il y a bien longtemps désormais ? Ils étaient délivrés, enfin, de ce terrible châtiment qu'était le souvenir. Ils se libéraient de leurs souvenirs pour en créer de nouveaux ; n'auraient-ils dû pas se sourire à travers les larmes qui menaçaient de perler malgré tout ? Heath savait qu'il prenait la bonne décision ; pourquoi pesait-elle si lourd alors sur sa poitrine ? Pourquoi le visage dévasté de Sansa le ravageait-il de cette façon, pourquoi avait-il envie, malgré tout, de faire glisser ses mains des épaules délicates jusqu'aux joues humides et de les sécher d'un baiser ? Aurait-elle donc toujours ce pouvoir sur lui, quoi qu'il advienne, quoi qu'il fasse pour se dépêtrer de cette emprise qui lui parasitait sa vie et son coeur ? Non, il devait couper net, une bonne fois pour toutes et commencer à vivre sa vie à lui, pas celle d'un adolescent qui avait grandi et n'avait pas su faire cicatriser les blessures de son coeur orageux. Et il devait être fort, même quand Sansa lui confessait les abysses de son propre myocarde qui avait toujours fonctionné si étrangement, si mystérieusement. Pris de court, Heath releva les yeux qui retrouvèrent bien malgré eux ceux de la jeune femme. Elle était venue sonner ? Chez lui ? Elle avait donc osé se montrer en plein jour à sa porte ? Pendant leur idylle, elle avait pourtant toujours insisté : personne ne devait les voir, personne ne devait pouvoir établir de lien entre eux, quoi qu'il arrive. C'était toujours des entrées par des portes dérobées, des escapades cachées, presque des entrées par effractions. Saisi, il l'écouta sans mot dire, se figurant sans mal la scène, la replaçant dans sa propre chronologie. Ces moments avaient longtemps été flous dans son propre esprit. Les semaines après la rupture, il les avait passées terré chez lui, refusant de se rendre au lycée – ses parents avaient prétexté une maladie, désemparés de voir leur fils d'habitude si facile à vivre se grimer le visage d'un tel orage – comptant les jours qui le séparaient de son départ pour l'université. Au dernier moment, il avait changé d'avis et avait décidé de se rendre très loin, en Californie, plutôt que dans celle où Sansa et lui avaient prévu de se rendre. Il ne voulait plus la voir, plus jamais, il voulait l'oublier et force était de constater qu'il n'avait jamais vraiment réussi, puisqu'il se tenait devant elle aujourd'hui, pendu à ses lèvres, comme si chacun de ses mots menaçait de faire s'écrouler le château de cartes qu'il s'évertuait à dresser entre eux, comme un rempart contre leur propre fin. Elle était venue le voir et il n'en avait jamais rien su. Etait-il dans la maison au moment où elle avait sonné à la porte, la tête enfouie dans la musique qu'il écoutait trop fort et en boucle ? Ou s'était-il déjà échappé, éperdu, pressé de se jeter dans une fuite en avant qui ne signifiait rien mais qui avait au moins le mérite de le détourner d'elle ? Il aurait voulu savoir tout en sachant pertinemment que ça n'aurait rien changé et que le passé était le passé – adage qu'il ne savait que trop être vrai. Alors il continua de l'écouter, d'absorber la peine qu'il entendait. Lorsqu'il regardait Sansa, il ne voyait plus la jeune femme parée de ses plus beaux atours mais l'adolescente qu'il avait aimé passionnément. Le visage à double-face se superposait, presque identique, à la différence que celui de la jeune Sansa n'était pas encore hanté par cette peine qui drapait sa beauté d'un voile vaporeux, plus saisissant que n'importe quel parfum. Elle évoquait des fantasmes, des embardées que leurs vies n'avaient jamais prises. Le coeur de Heath se calcinait à chaque mot, chaque espérance brisée et il remercia le ciel lorsque Sansa termina, conscient qu'il n'aurait pas pu en supporter plus. C'était comme si l'air lui manquait. Il ne pouvait plus se tenir devant elle, prétendre qu'ils pouvaient se parler comme si de rien n'était. « Je suis désolé que tu aies tant souffert, Sansa. » murmura-t-il d'une voix douce. Et il était sincère, il pesait chacun de ces mots, réellement. Il ne supportait pas l'idée qu'elle ait pu s'enfermer dans un tel tourment pendant tant d'années. Il ne souhaitait qu'une chose : la libérer. Il voulait la quitter et savoir qu'elle allait vivre, qu'elle allait rencontrer un homme dont elle tomberait amoureuse – et peut-être ne serait-ce pas exactement comme eux, mais ce serait un début – et qu'elle serait heureuse, à sa façon à elle. Il ne pouvait pas lui tourner le dos aussi brutalement. Son sourire cassé lui brisa le coeur – une nouvelle fois – et il eut soudain envie de la serrer contre lui, comme avant. C'était une habitude qu'il avait, parfois, de rompre une conversation et juste de l'attirer à lui, juste pour sentir son coeur battre contre le sien. Il en avait envie, et il ne se retint pas. Sans explication, il l'enlaça et la serra contre son torse, se fichant bien de se froisser sa jolie robe. Elle était toujours aussi délicate et florale, une orchidée hypnotisante qui le faisait frissonner. Bientôt, Heath repéra le bruit qu'il recherchait par-dessus tout et qui éclipsait tout le reste : son coeur à elle, se joignant au sien, presque au même rythme. C'était ça, leur grande tragédie, ce « presque ». Presque ensemble. Presque un couple. Presque heureux. Combien de temps la tint-il ainsi contre lui ? Cinq minutes ? Plus ? Il n'en avait aucune idée : tout ce que Heath savait, c'est que lorsqu'il la relâcha, il avait les yeux humides et il ressentait un grand froid tout autour de lui. « Tout n'était pas tout dit. » murmura-t-il, la voix serrée. Il caressa sa joue et se pencha pour y déposer un baiser léger comme une plume. La douceur de sa peau était toujours aussi enivrante. « Prends soin de toi, d'accord ? Sois heureuse. Laisse-toi vivre. C'est tout ce que je te demande. Pour une fois, écoute-moi. » dit-il, un sourire forcé épinglé aux lèvres. Il s'écarta, laissa une main s'égarer sur l'épaule de la jeune femme pour la presser légèrement et dans un effort surhumain, s'arracha à l'orbite de Sansa O'Faolain. Cela lui avait pris presque dix ans, mais il y était parvenu, avec plus ou moins de succès. Il bouscula quelques mondains sur le chemin, mais lorsqu'il sortit de l'élégante demeure qui accueillait les festivités, il eut la sensation d'avoir bravé tous les obstacles.
Si seulement il avait su à quel point il se trompait.

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MessageSujet: Re: ☑ there is never a time or place for true love   Sam 27 Jan 2018 - 12:15

Elle ne savait plus quoi dire, quoi faire d’elle-même. Elle pensait s’être éteinte il y a bien longtemps, qu’elle ne pouvait pas se sentir plus mal que son état général et quotidien mais Heath venait de lui prouver, une fois de plus, qu’elle se leurrait, qu’elle vivait dans un monde à part, qui n’était pas tout à fait connecté à la réalité. Comment avait-elle pu être naïve, comment avait-elle pu évoluer toute sa vie dans une bulle qui la tenait à l’écart, qui lui donnait le sentiment d’être hors d’atteinte ? Il avait pourtant suffi qu’Heath Walsingham pose le doigt sur la surface brillante, déformante, pour que la sphère éclate et laisse apparaitre la gamine effrayée qui se cachait derrière les reflets éblouissants. Elle avait tremblé sous le regard d’Heath, d’abord, s’était sentie percée à jour, nue dans toute sa fragilité, incapable de se cacher, puis elle avait frémi sous les doigts du jeune homme, s’était abandonnée à cet amour inconnu, auquel elle n’était pas préparée. Peut-être était-ce là tout le tort de leur relation : Sansa n’avait pas été prête à accueillir Heath parce qu’elle ne se sentait pas à la hauteur, un paradoxe qui pouvait paraitre assez incroyable lorsqu’elle passait ses journées à se faire passer pour une princesse céleste, que le commun des mortels ne pouvait pas toucher. Heath l’intimidait et la subjuguait. Il avait l’air si serein, si confiant, il n’avait pas besoin de plaire au monde entier pour se sentir bien. Il émanait de lui une telle stabilité que le papillon coloré qu’était Sansa O’Faolain avait été attiré vers lui, hypnotisée, incapable de croire que tout cela puisse être réel. Et en même temps, dès qu’il posait les yeux sur elle, elle s’était sentie désirée et, mieux encore, aimée. Pour ce qu’elle était vraiment, pas pour ce qu’elle croyait devoir offrir au monde. Heath n’attendait pas d’elle la perfection, il semblait même apprécier tous ces petits détails qui faisaient qu’elle se sentait parfois idiote, parfois maladroite, parfois spontanée. Elle n’arrivait pas à calculer ses réactions lorsqu’elle était seule avec lui et elle n’avait jamais été aussi heureuse que lorsqu’elle pouvait se contenter d’être avec lui, sans maquillage, sans tenue recherchée, les cheveux lâchés, la peau libérée de tout ce qui l’étouffait habituellement. Son ex petit ami avait ce pouvoir incongru qui consistait à la déshabiller de toutes ses prétentions, de lui permettre de laisser les incertitudes craqueler la surface lisse et parfaite qu’elle donnait à voir au reste du monde. Et ce soir ne faisait pas exception.
Pourtant, quel bien cela faisait-il d’évoquer son ultime tentative, ce jour lointain où elle avait cru qu’en prenant enfin son courage à deux mains pour avouer qu’elle avait fait une erreur, elle pourrait encore réparer leur relation éclatée en milles morceaux, alors qu’il était déjà trop tard ? Que cherchait-elle à prouver à Heath en lui ajoutant ce fardeau-là, de savoir qu’elle n’avait pas voulu lâcher prise et que, finalement, elle n’y était jamais parvenue ? Quel espoir avait-elle en avouant qu’elle avait tant de fois rêvé de refaire l’histoire, qu’elle s’était perdue dans les méandres d’un labyrinthe où les ‘et si ?’ étaient légions et où chacune de ces hypothèses menaient à une issue favorable pour leur couple déchiré ? Aucun. Sansa le savait. Mais c’était peut-être un dernier sursaut de désespoir qui la poussait à vouloir prouver à Heath qu’elle l’avait aimé, réellement, de tout son cœur, même s’il peinait à y croire. Pourquoi cherchait-elle encore à le convaincre quand il était désormais évident que cela ne changerait rien à l’avenir, qu’elle ne pourrait jamais revivre ces instants de félicité puisque Heath ne pourrait jamais lui pardonner l’affront et l’humiliation, pas plus qu’elle ne pourrait plâtrer son cœur brisé ? Peut-être que, tout au fond, elle ne parvenait pas à accepter la défaite, la mort de leur couple, qu’elle ne voulait ou ne pouvait faire le deuil de ce qu’ils avaient été.
Elle ne voulait pas qu’il soit désolé et, en même temps, qu’avait-elle espéré comme réaction face à ces aveux tardifs, qui venaient au mauvais moment, qui rendaient d’autant plus bancales leurs retrouvailles. Sansa pinça les lèvres, regrettant à moitié sa confession. À moitié, seulement, parce qu’elle savait que même s’ils n’étaient plus les bienvenus, ces mots avaient besoin d’être dits, d’éclater dans l’air, comme des petites bulles de savon, quitte à ce que ça soit pour retomber en gouttelettes sur le sol à leurs pieds. Heath ne savait sûrement pas quoi en faire, Sansa non plus. Ils étaient juste restés trop longtemps emprisonnés dans la cage dorée de son cœur atrophié. Ils y avaient pourris et ne seraient pas le remède attendu mais tant pis. Sansa n’en était plus à une désillusion près. Elle ne s’attendait cependant pas à ce qu’il amorce un mouvement pour l’étreindre, invoquant un geste familier et douloureux et avant même qu’elle ait pu réagir, Sansa se retrouva dans la chaleur qui lui avait tant manqué, imprégnée du parfum unique de son ancien petit ami, ce parfum qu’elle avait tant rêvé de retrouver. Elle sentit son pauvre muscle s’emballer et elle aurait voulu le sommer d’arrêter, de ne pas se bercer d’illusions, mais son cœur l’ignora, tous comme ses doigts qui, instinctivement, se recroquevillèrent en un poing serré sur la chemise d’Heath, cachés sous la veste. Tous ses muscles se contractèrent et elle pressa son visage contre la peau brûlante du cou du jeune homme, pour sentir les pulsations cardiaque qui faisaient vibrer la carotide, qui lui rappelaient qu’elle avait été vivante, un jour, grâce à ce garçon et qu’il aurait probablement mieux valu pour lui qu’elle ne le touche jamais. Elle serait restée dans ce cocon réconfortant éternellement si Heath n’avait pas mis fin à l’étreinte aussi subitement qu’il l’avait initiée.
Elle ne le regarda pas lorsqu’il reprit la parole, pas plus quand il caressa sa joue désolée et y posa un baiser léger mais lourd d’un adieu que Sansa avait cru avoir déjà vécu. Apparemment, là aussi, elle s’était trompée. Elle resta muette face à ses conseils inutiles, qu’elle jugea stériles. Elle n’était plus qu’une poupée désarticulée, privée de son âme. Elle ne le regarda pas non plus lorsqu’il s’écarta et ne trouva le courage de relever la tête qu’au bout de longues secondes, quand elle fut certaine qu’il serait assez loin d’elle. Elle trouva sans peine son dos qui se faufilait parmi les invités, sa silhouette parfaitement ancrée dans sa rétine, et elle serait probablement restée éternellement dans cet état de prostration épuisé si Sansa n’avait pas, à ce moment-là, alors qu’Heath disparaissait de son champ de vision, découvert le visage tétanisé de sa mère. Sa mère qui, à l’évidence, avait dû assister à une partie de cet échange douloureux, même si elle était trop loin pour avoir capté le moindre de leurs mots. Depuis combien de temps était-elle là ? Depuis combien de temps la regardait-elle se décomposer, le visage lézardé de larmes inconsolables, sa silhouette écrasée par un poids innommable ? Assez, visiblement, pour découvrir sa fille sous un autre jour, comme si, en voyant le chagrin émerger enfin, en identifiant la cause de celui-ci, elle redécouvrait son enfant et quand Sansa décela ce changement notable chez sa mère, lorsqu’elle vit le cœur de celle-ci se briser à travers son regard écarquillé d’effarement, Sansa s’effondra. Son visage se tordit en une grimace douloureuse et elle porta les mains à celui-ci pour cacher le torrent qui se déversa sur ses joues blêmes.
La seconde d’après, les mains maternelles remplaçaient celles d’Heath, se posaient avec une gaucherie évidente sur les parcelles de peau que le jeune homme avait effleurées quelques minutes plus tôt et Sansa ne chercha pas à se dérober aux caresses maladroites, s’y abandonnant au contraire, comme une enfant, tandis que le parfum capiteux de sa mère effaçait celui du seul homme qu’elle pensait pouvoir aimer de toute son existence.
Et qui venait de lui dire adieu.

THE END.

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You call me up again just to break me like a promise, so casually cruel in the name of being honest. I'm a crumpled up piece of paper lying here 'cause I remember it all too well.

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