beyond my darkness you're my light.


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Eliezer Kaplan

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MessageSujet: beyond my darkness you're my light.   Lun 29 Mai 2017 - 23:03

ned + elie
"true love can never be threatened"

Eliezer jeta un coup d'oeil à sa montre et accéléra le pas. Ces derniers temps, il partait trop tôt et rentrait trop tard. Ses journées semblaient s'étirer à l'infini, clone après clone après clone, réglages après réglages. La production avait gagné en cadence, même pour le service très privé et très onéreux qui avait besoin de ses services. Mais le scénariste qu'il était commençait à fatiguer de devoir toujours raconter les histoires des autres quand la sienne – la plus importante d'entre toutes – s'en retrouvait altérée. Un autre regard à sa montre lui annonça qu'il n'avançait pas assez vite. Pourtant, il ne vivait pas loin des immenses buildings d'AnthroX. Mais encore aujourd'hui, il avait dû procéder à une demande urgente pour un gros client – une histoire de souvenirs mal implantés par un producteur de clones peu regardants – et il avait dépassé ses horaires. Encore ? C'était le texto que lui avait envoyé Ned quand il l'avait prévenu, et Eliezer avait pu sentir la déception, la lassitude de son mari. Je suis désolé. Je me ferai pardonner. En remontant dans leur conversation, Elie avait réalisé que c'était là presque les seuls messages qu'ils s'étaient envoyés ces derniers jours. Ned avait-il fait la même chose ? Avait-il réalisé que même en vivant ensemble, ils peinaient à se voir ? L'estomac d'Eliezer se contracta. Il ne l'avait pas encore dit à Ned, mais s'il rentrait parfois si tard, c'était qu'il y avait une bonne raison. Et peut-être était-ce le bon moment pour en parler. Après tout, leur relation avait survécu à bien des épreuves ; elle pourrait encaisser le choc de ce qui se préparait lentement dans l'ombre, depuis quelques mois. Du moins, c'était ce qu'Eliezer espérait de tout son coeur alors qu'il pénétrait enfin dans le hall d'entrée épuré de son immeuble. Là aussi, la situation ne lui convenait pas franchement. Il aurait largement préféré vivre dans une maison, avec un jardin, avoir un grand espace qu'ils auraient pu remplir de bric-à-brac inutile. Oh, il aimait leur appartement mais il avait comme l'impression que parfois, ça ne leur convenait pas. Que tous les deux, ils avaient du mal à coller à ce monde trop lisse. Et que par-dessus tout, c'était sa faute s'ils y étaient entrés. Après tout, Ned aurait pu travailler partout mais l'industrie des clones se situait surtout à Mount Oak et Elie en avait fait sa spécialité. Et aujourd'hui était l'un des jours où il regrettait d'avoir choisi cette voie.
Il se jeta un coup d'oeil alors que la surface lustrée de l'ascenseur lui renvoyait son image. Il étouffait dans son costume et des cernes creusaient ses yeux clairs. Et bien entendu, ses cheveux étaient en bataille. Il tenta vainement de les recoiffer, sachant pertinemment que c'était impossible puis finit par se concentrer sur ce qui l'attendait derrière la porte de son appartement. La sonnette de l'ascenseur retentit, annonçant son étage et il quitta le petit habitacle doré pour marcher jusqu'à chez lui. La porte était identique aux autres, et pourtant, elle fit battre son coeur un peu plus vite. La délivrance, enfin. Il passa son badge sur la poignée et un petit clic lui confirma qu'il était enfin chez lui. Alors que la porte se refermait dans son dos, il tendit l'oreille : la télé du salon était éteinte et il n'entendait rien dans la cuisine ou la salle de bain. Ned devait probablement être dans leur chambre à travailler. Elie se débarrassa avec bonheur de sa veste et de ses chaussures, desserra sa cravate et se mit à avancer à pas de loups vers leur havre de paix. Doucement, il parvint jusqu'à la chambre et par la porte légèrement entrouverte, il sut qu'il avait visé juste. Ned lui tournait le dos, assis à son bureau, penché sur son écran. Elie prit quelques secondes pour l'observer. Il ne pouvait pas voir son visage, mais il devinait les sourcils froncés, le menton dans la main, le parfum léger. Là était son ancre, son bonheur et il ne put pas résister une seconde de plus. Il poussa la porte de la chambre et s'avança vers son mari, se pencha vers lui et glissa ses lèvres dans son cou alors qu'il l'enlaçait. « Bonjour, vous. » Eliezer inspira à fond, s'imprégna de l'odeur, de la chaleur, de tout ce qui faisait de l'instant un moment exceptionnel dans toute sa normalité. S'il ne devait qu'emporter une chose au Paradis, ce serait ça. La sensation de Ned contre lui, la sensation d'être chez lui. « Désolé de rentrer si tard. » murmura-t-il d'un air contrit. Il déposa un baiser dans le creux de l'épaule et remonta doucement le long du cou. « Tu me fais la tête ? » finit-il par souffler d'un ton un peu taquin. Un ton qui dissimulait sa véritable inquiétude.

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Ned Abernathy

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MessageSujet: Re: beyond my darkness you're my light.   Jeu 1 Juin 2017 - 11:08

Il était en pleine préparation lorsqu’il avait reçu le message d’Eliezer. Son sourire encore plaqué sur les lèvres – comme à chaque fois qu’il entendait la sonnerie associée à son mari – il avait attrapé son téléphone pour être presque aussitôt déçu en découvrant que, une fois de plus, Elie ne serait pas rentré à l’heure. Le sourire pourtant naturel chez Ned Abernathy s’était égratigné et avait pris une teinte amère tandis qu’un lourd soupir lui avait échappé. Pendant un instant, le jeune webdesigner avait été tenté de photographier la cuisine bordélique pour faire culpabiliser son amant mais il avait chassé l’idée aussi vite qu’elle était venue. À quoi bon charger Elie d’un poids supplémentaire ? Au lieu de quoi, Ned avait terminé sa préparation, beaucoup moins enthousiaste qu’une minute plus tôt, et n’avait pas pu résister au besoin de laisser entendre sa déception avec un pathétique et laconique ‘Encore ?’. Son voyage jusqu’à Owlfeather Acres n’avait au moins pas été vain puisqu’ils avaient fait le plein de produits frais et sains mais la dégustation de sa pizza de luxe serait nettement moins agréable une fois réchauffée, Ned en était convaincu. En même temps, il aurait peut-être dû s’assurer qu’Elie serait rentré à temps avant de se lancer dans pareille entreprise. Mais depuis qu’ils avaient emménagé sur le campus de Pairidaēza Valley, Ned avait parfois l’impression qu’il n’avait rien d’autre à faire : jouer les maris au foyer qui s’assure que la table est mise quand son époux revient du boulot. Quitter la vallée était une telle entreprise, avec le passage par Oracle Station, les fouilles surprises ou les files interminables, que Ned se décourageait généralement avant même de quitter l’appartement fonctionnel qu’ils louaient. Il n’y avait que pour les grosses commissions ou les visites chez des amis qu’il prenait plaisir à se plier à toutes ces règles, pour le reste, il demeurait chez eux. S’il n’avait pas un emploi qui lui permettait de travailler de chez lui, peut-être qu’il aurait été forcé de se bouger les fesses pour aller en ville mais comme rien ne l’y obligeait, il travaillait plus d’heures qu’il n’en fallait et passait le reste du temps à attendre Eliezer. Oh, Ned n’était pas envieux, il n’en voulait pas à Elie d’être si absorbé par son travail, mais il avait parfois l’impression qu’AnthroX lui volait l’homme de sa vie et il détestait cette lueur de rancune qui se nichait dans son cœur et dans son ventre.
Une fois la pizza enfournée, il alla se doucher pour se laver de cette lassitude et n’émergea de la salle de bain que lorsqu’il entendit la sonnerie du four qu’il alla couper, laissant le diner dans la chaleur de l’appareil, toute envie de manger l’ayant abandonné à partir du moment où ça n’incluait pas Elie. Parfois, il se disait qu’il exagérait, qu’il aurait dû s’estimer heureux, qu’il avait épousé l’homme qu’il aimait, ce qui avait été loin d’être une mince affaire. Il aurait dû se complaire dans sa situation, non ? Lorsqu’il n’était pas au boulot, Elie rentrait pour l’auréoler de sa présence. Mais était-ce suffisant ? Combien de temps pouvaient-ils espérer vivre dans un univers clos et ne pas avoir l’impression de se marcher sur la tête ? Elie n’allait-il pas en avoir marre de ne voir que lui quand il ne travaillait pas ? Dès qu’il était déçu, c’était ainsi : Ned voyait tout en noir, ses doutes passés revenaient l’assaillir et il n’arrivait plus à chasser ses vieux démons, ceux qui lui soufflaient à l’oreille qu’Eliezer Kaplan allait lui échapper, que ça lui plaise ou non, car il y aurait toujours quelque chose pour les tenir éloigner et ce n’était pas un serment devant une autorité qui allait empêcher cette dissolution.
Faisant un peu grise mine, Ned s’installa donc à son bureau pour se pencher sur son boulot. Il n’y avait que dans ces moments-là qu’il pouvait s’absorber à quelque chose et qu’il pouvait mettre de côté ses tourments concernant son mariage. Et il n’eut aucune idée du temps qui s’étira jusqu’à ce que, enfin, Elie se glisse dans leur foyer mais cela pouvait être une heure comme cinq. Le casque vissé sur les oreilles, il écoutait une symphonie quelconque en se concentrant sur un logo qu’il devait créer de toute pièce pour une petite startup qui s’était implantée à Jericho. Il devina le fin rai de lumière qui s’immisça dans la pièce – encore un grief qu’il avait contre cet appartement minuscule : il n’avait pas de bureau à proprement parler et avait donc l’impression de ne pas savoir dissocier sa vie privée de son travail, cette chambre était la leur, elle n’aurait pas dû contenir cet ordinateur et il n’aurait pas dû s’y trouver de si longues heures sans Elie – lorsque son mari passa la tête dans l’entrebâillement mais ne fit pas un geste pour faire remarquer sa conscience de la présence d’Elie. Toutefois, quand le jeune homme traversa la pièce pour venir l’embrasser, Ned ne put s’empêcher de fermer les yeux pour savourer cet instant d’intimité pur et simple. Il accepta la marque d’affection mais feignit de rester focalisé sur le logo informe et à moitié coloré qui envahissait son écran. Il ôta tout de même son casque et le posa sur le coin du bureau, penchant légèrement la tête pour déceler du coin de l’œil Elie, son cou s’offrant naturellement aux lèvres câlines de l’envahisseur, mais tout en restant silencieux. Tu me fais la tête ? Oh, comme il aurait aimé pouvoir répondre par l’affirmative mais Ned n’était pas d’un naturel grognon et même être délaissé par la seule personne qui compte ne suffisait pas à l’aigrir. Il ne put toutefois réprimer l’envie de punir un peu Elie, juste pour la forme et il déclara donc, sans faire mine de se détourner :
- Si tu as faim, il y a de la pizza au four.
C’était extrêmement puéril de sa part, il le savait, et aussi fort soit le désir d’éteindre le pc pour se consacrer entièrement à Elie, il y résista du mieux qu’il put. Il se rattraperait d’ici quelques minutes, à n’en pas douter.

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Eliezer Kaplan

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MessageSujet: Re: beyond my darkness you're my light.   Mar 20 Juin 2017 - 22:40

C'était là son bonheur, son foyer, la seule chose dont il avait besoin pour se sentir parfaitement à l'abri. Avoir quelqu'un comme Ned lui permettait de ne jamais s'inquiéter du lendemain. Sa maison, c'était lui. Si Ned était à ses côtés, il pouvait tout surmonter. Jusqu'à cette rencontre, Elie avait traversé la vie un peu en absent, se contentant de faire ce à quoi il était bon, c'est-à-dire réussir dans son travail et échouer dans ses relations amoureuses. Avant Ned, il n'était sorti qu'avec des idiots, sûrement parce que qui se ressemble s'assemble. Mais pas avec Ned. Non, avec lui, il avait découvert pourquoi les opposés s'attiraient et il remerciait l'adage tous les jours de se révéler vrai. Ils ne se ressemblaient pas et c'était pourquoi il l'aimait tellement. Ils étaient la moitie d'un tout, leur tout. Une bulle où ils n'avaient besoin de personne d'autre pour être absolument, indubitablement, follement heureux. Leur amour était un bouclier contre toutes les agressions de l'extérieur et il les avait protégés de bien des choses. Mais lorsque l'attaque venait de l'intérieur, la protection serait-elle aussi efficace ? C'était qu'Eliezer craignait plus que tout. Que leur couple se délite, jour après jour, et qu'il ne soit pas là pour le voir. Il avait peur des silences chargés, des regards lourds, des soupirs agacés. Ce n'était pas les disputes qui l'effrayaient. Non, il craignait le poison insidieux des absences répétées et des non-dits. Il craignait que l'infection ne se propage comme une maladie vicieuse qui ne dit pas son nom, et qu'un jour, elle finisse par pourrir tout ce qu'il avait de cher en ce monde. C'est pourquoi il voulait cautériser la plaie immédiatement, ne pas la laisser s'infecter ce soir alors qu'il dispensait un baiser dans le cou de Ned – la seule médecine qu'il savait efficace contre ce genre de mal. Ça et l'humour, dont il n'était jamais à court quand son seul but dans la vie était de s'assurer de faire rire Ned au moins une fois par jour. Domestique ? Peut-être, mais Elie s'en fichait éperdument. Il embrassait pleinement son statut d'homme marié amoureux transi, parce que c'était ce qu'il avait toujours voulu être. Il avait eu la passion. Il avait eu – subi, plutôt – tout ce qu'elle impliquait : la souffrance, les nuits interminables, les querelles. La passion n'était pas l'amour ; elle était sa version salie, distordue, un miroir brisé. Mais Ned était apparu et avait conjuré les sept ans de malheur. Et avec lui, Elie avait appris à aimer sans peur. Tout ce qu'il faisait, c'était pour Ned. Pour eux. Pour leur famille, aussi réduite soit-elle.
Ce soir, cependant, il devait bien se rendre à l'évidence que ça ne fonctionnait pas et que Ned ne voyait pas les choses de cette façon. Si tu as faim, il y a de la pizza au four. Elie ne réagit pas tout de suite, sachant que c'était pour ce quoi il avait signé. Heureusement pour lui, être marié avec Ned Abernathy lui avait aussi appris qu'il était uni au plus délicieux des hommes… Quand on savait le caresser dans le sens du poil. « Oh non, Abernathy. Tu ne m'auras pas comme ça. » ronronna-t-il. Elie se redressa, attrapa le dossier de la chaise et la tira vers lui alors qu'il reculait vers le lit, sur lequel il se laissa tomber après avoir fait tourner la chaise en-face de lui. Les mains posés sur les accoudoirs, il tenait Ned prisonnier et ne le laisserait pas partir tant qu'il n'aurait pas eu droit à un pardon en bonne et due forme – ou en tout cas, un sourire. « C'est comme ça que tu accueilles ton époux tout droit revenu de la guerre ? » fit-il en haussant un sourcil faussement outré, l'oeil pétillant. Il savait qu'une stupidité du genre était le meilleur moyen de dérider Ned en temps normal, mais il savait également que ça faisait plusieurs jours qu'ils ne faisaient que se croiser et il n'était pas certain que son charme dévastateur soit suffisant dans ce cas-là. Elie poussa un léger soupir et leva la main pour venir caresser la joue de son amant. Le contact agit comme si on avait craqué une allumette sur sa peau. Instantanément, il ne se sentait plus aussi fourbu qu'en arrivant. Sa main vint encadrer la mâchoire et caresser le coin des lèvres. C'était tout ce qu'il voulait, ce semblant de normalité, d'évidence, quand tout le reste de sa vie semblait partir en vrille. Encore une fois, il avait la sensation que son travail allait se mettre en travers d'eux. Mais il fallait qu'il parle à Ned, tôt ou tard. Il ne pouvait pas garder le secret plus longtemps, le temps pressait et il était à court d'idées. Mais avant, il fallait s'assurer que le terrain soit dégagé. Et qu'entre eux, il ne subsistait aucune brouille. « Je suis désolé, mon amour. Si ça ne tenait qu'à moi, crois-moi, on ne quitterait jamais ce lit. Littéralement. » Dans ses mots, il y avait plus de lassitude qu'il aurait voulu laisser échapper mais il n'avait pas pu empêcher la vérité de transparaître. « Tu m'as manqué. » avoua-t-il, un sourire contrit aux lèvres. Aujourd'hui, hier, avant-hier et tous les autres jours. Mais pas demain. Du moins, l'espérait-il.

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Ned Abernathy

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MessageSujet: Re: beyond my darkness you're my light.   Sam 24 Juin 2017 - 20:50

C’était presque une torture que d’essayer de bouder Elie, il manquait beaucoup trop à Ned pour que celui-ci ait le luxe de l’ignorer bien longtemps. D’ailleurs, il avait suffi que la voix douce de son mari s’infiltre dans son oreille pour que Ned sente son cœur s’échauffer et un sourire taquiner ses lèvres. À quoi servait cette fausse concentration quand tous ses sens étaient dirigés vers Eliezer, franchement ? Pas à grand-chose, en tout cas. À part laisser entrevoir un message, quitte à en noyer le sens dès qu’il cesserait de fixer cet écran auquel il ne prêtait plus attention depuis que l’homme de sa vie s’était immiscé dans la pièce. Les gens qui prétendent que le bonheur s’érode après quelques temps, que l’effervescence des premiers mois s’efface au fil des jours et que l’excitation des premiers temps ne devient plus qu’un lointain souvenir ne doivent pas avoir vraiment rencontré leur moitié ! L’amour de Ned pour Eliezer Kaplan ne faiblissait pas, en tout cas. Ni le quotidien dans un appartement minuscule ni les absences répétées de son époux ne parvenaient à ébranler les sentiments du webdesigner. Alors, peut-être que son côté romantique avait tendance à être exacerbé, peut-être qu’il avait le pardon trop facile, peut-être qu’il ne pouvait tout simplement pas en vouloir bien longtemps à Elie mais Ned s’en fichait. Qu’on le traite de nigaud, qu’on le traite de rêveur ou d’irréaliste, le jeune homme connaissait parfaitement les recoins de son cœur et son instinct ne lui avait jamais fait faux bond. Il avait su, dès qu’il avait aperçu Elie, qu’il serait l’homme qui comblerait l’espace libre dans son existence, alors même qu’ils n’étaient que voisins, alors même que Ned l’observait de plus ou moins loin. C’était un peu comme si on s’était arrangé pour venir accoler la maison d’Elie à la sienne pour qu’il réalise que, voilà, on venait de le mettre en face de son âme sœur. Les gens s’étaient parfois un peu moqués de lui mais il leur avait prouvé qu’ils avaient tort, n’est-ce pas ? Aucun obstacle n’était insurmontable à partir du moment où Ned l’affrontait aux côtés d’Elie.  Il paraissait inconcevable que cela n’aille pas de soi pour Elie, pas après ce qu’ils avaient vécu pour en arriver à pouvoir vivre non plus dans deux maisons voisines mais dans un même foyer, quitte à ce que ce foyer mesure le quart de ce qu’ils avaient habité avant.
L’œil toujours faussement fixé sur l’écran, Ned attendit le retour de flamme. Sa remarque n’avait d’autre but que de rappeler à Elie que pendant qu’il bossait comme un forcené pour sa grande corporation, il y avait quelqu’un qui l’attendait, à la maison. Quelqu’un qui passait même son temps à mitonner de bons petits plats pour le soulager après une trop longue journée de travail. De plus, Ned en était convaincu, sa pizza devait être divine, alors si Elie ne lui faisait pas honneur, il passerait certainement à côté de quelque chose ! Le sourire qu’il tentait de contrôler depuis une bonne minute éclata cependant sur son visage lorsqu’il entendit la réplique de son mari et il dut pincer les lèvres pour l’emprisonner encore, ne serait-ce qu’une demi seconde. Son écran d’ordinateur s’éloigna subitement tandis que sa chaise était tirée en arrière et Ned se retrouva face à ce visage qui l’avait hypnotisé dès le premier instant. Les paupières plissées dans une moue menaçante factice, Ned plongea les yeux dans le regard azuré d’Elie et il croisa les bras.
- Je ne vais quand même pas plaindre cet époux qui a choisi sa voie en toute conscience. Quand on prend des décisions, il faut les assumer, répliqua Ned, parfaitement dans son droit, même s’il était celui qui avait choisi de suivre Elie jusqu’au bout du monde s’il le fallait.
Ned ne bougea pas d’un millimètre, même quand la main d’Elie vint effleurer sa peau. Il avait l’air d’un félin grognon qui ne daigne pas ronronner au retour de son maitre mais il n’en appréciait pas moins le contact. Il pouvait vivre une journée entière juste pour cet instant de simplicité. Ned Abernathy ne demandait pas la lune, juste un peu d’attention de la part de son amant et s’il comprenait que l’emploi de celui-ci soit d’une importance capitale, il ne pouvait concevoir que cela soit une priorité. Dans l’autre sens, en tout cas, ça n’était pas comme cela que ça marchait : Ned aurait laissé tout tomber s’il le fallait, l’essentiel étant qu’il puisse vivre aux côtés de son époux. Il perçut la lassitude dans la voix d’Elie et cela réduisit à néant tous les efforts que Ned mettait à ne pas céder à sa pulsion initiale. D’un mouvement souple, le webdesigner se leva, poussa la chaise du pied et fit basculer Eliezer sur le lit pour le surplomber, venant s’installer à quatre pattes au-dessus de celui qui faisait vibrer son cœur comme au premier jour.
- Alors peut-être que je devrais te garder prisonnier, t’empêcher de retourner au front. Tu ne pourrais plus jamais quitter ce lit sans mon aval. Littéralement.
Et comme pour illustrer ses propos, Ned attrapa les poignets d’Elie et les maintint contre les draps, l’empêchant ainsi de bouger.
- Je te gaverais de ces plats que tu ne manges pas et, en échange, tu satisferais mes plus bas instincts dès que je te l’ordonne, plaisanta-t-il en s’allongeant de tout son long sur Elie. Qu’est-ce que t’en dis ? Ne peuvent-ils donc pas te donner un peu de vacances ? Tu travailles beaucoup trop, ça va finir par affaiblir tes performances. Or ils ont besoin d’un homme en pleine forme pour offrir les meilleurs services, non ? Que feront-ils le jour où tu fais un burn-out ?
Ned sourit, de ce sourire taquin qui n’appartenait qu’à lui et il planta ses lèvres sur celles d’Elie au moment où il relâchait sa prise pour entourer la tête de son époux dans une alcôve formée par ses bras.
- Toi aussi, tu m’as manqué, lâcheur, murmura-t-il en frôlant le nez d’Eliezer avec le sien. Tu n’as vraiment pas faim ?
Il ne libéra pas le jeune homme de son étreinte mais savoura au contraire la douce chaleur qui émanait de son corps. Ces moments-là se raréfiaient avec les mois et Ned savait qu’il devait profiter de chaque instant, ignorant quand serait le prochain moment où il pourrait simplement respirer aux côtés d’Eliezer.

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Eliezer Kaplan

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MessageSujet: Re: beyond my darkness you're my light.   Jeu 17 Aoû 2017 - 11:23

Les jours qui avaient précédé son mariage avec Ned, Elie avait tenté de rédiger ses vœux. Il ne l'avait pas dit à Ned, car ils n'en avaient jamais parlé ensemble et l'organisation de la cérémonie était déjà plus que chaotique – heureusement que Lizzie avait été là pour les aider à mettre un peu d'ordre. Il n'avait pas voulu rajouter une pression supplémentaire sur les épaules de son compagnon, d'autant plus que dans leur relation, Elie était souvent celui qui devait mettre des mots sur ce qu'il ressentait quand pour Ned, tout semblait couler de source. Il avait pris et repris le papier, l'avait usé jusqu'à la corde à force de plier et déplier la feuille blanche qui semblait le narguer. Il n'avait aucune idée de quoi écrire. Aimer Ned jusqu'à ce que mort s'ensuive ? Être avec lui dans la santé et la maladie ? Prendre soin de lui, veiller à ce qu'il ne manque de rien ? Tout ça lui paraissait être d'une banalité sans nom. Alors, au bout de quelques nuits blanches, il avait fini par écrire une simple ligne : essayer d'être une meilleure personne, chaque jour, pour celui qui allait partager sa vie pour le restant de ses jours. Et cela impliquait tout le reste : aimer Ned, prendre soin de lui, s'assurer qu'il menait la vie qu'il voulait. Il ne l'avait dit à personne et s'était contenté de plier le papier en quatre pour le glisser dans son portefeuille. C'était une promesse muette, tacite. Le papier était là pour lui rappeler qu'il s'était engagé, engagé à vie et que ce n'était pas le genre de choses pour lequel on prenait une pause. Mais ces derniers temps, Elie avait de plus en plus l'impression qu'il ne respectait pas son engagement. Pas seulement parce qu'il partait tôt et revenait tard, et qu'il échouait à être un mari présent. Mais parce qu'il avait l'impression que son travail entrait en contradiction directe avec ce qu'il essayait d'être. Travailler avec des clones était délicat, il l'avait toujours su. Lorsqu'il s'était intéressé à l'industrie, il y a dix ans, elle était encore balbutiante, et il était un étudiant désireux de faire ses preuves, ambitieux, doué. Il avait réussi à tracer son chemin, à implanter de nouveaux procédés et des techniques plus performantes, tant et si bien qu'il était aujourd'hui un exécutif haut placé d'AnthroX. Il était là pour insuffler une vie aux clones, les faire paraître plus humains qu'humains – le mot-clé étant ici paraître. Et depuis quelques temps, Elie en venait à se demander s'il n'était un peu trop bon dans ce qu'il faisait. S'il n'avait pas joué avec des instruments qui le dépassaient. Si de créateur, il n'était pas passé à bourreau.
Ce n'était pas ce qu'il voulait pour Ned. Pas alors que l'amour de sa vie lui souriait ainsi, inconscient du tourment qui se tramait chez lui. Comment il aurait voulu rester ainsi, avec Ned au-dessus de lui, son corps contre le sien, complètement abandonné à la volonté de son amant. Pendant quelques secondes, Elie fut tenté de s'assujettir. Il consentait à cet emprisonnement délicieux. « Littéralement ? Ca me plaît. » ronronna-t-il. Pendant quelques parfaites secondes, il se concentra uniquement sur Ned qui venait s'allonger sur lui, Ned qui le faisait rire, quoi qu'il arrive. « Mes performances… Ta sollicitude me touche, Abernathy, mais je sais exactement de quelles performances tu parles et je crois être plus que satisfaisant, merci bien. » rétorqua-t-il, faussement boudeur. En vérité, il appréciait les inquiétudes de son mari mais elles ne faisaient que renforcer son sentiment de malaise. Il y avait bien une raison à toute cette activité supplémentaire et Elie savait qu'il ne pouvait se taire plus longtemps. La culpabilité le submergea une fois de plus alors que Ned l'embrassait et le contact, d'habitude si réconfortant, le fit frissonner. Elie sentit quelque chose se nouer dans son estomac. S'il permettait à son travail de souiller ce qu'il partageait avec Ned, de tâcher ce qu'il possédait de plus pur et précieux, il savait qu'il devait faire un choix. Alors il profita encore quelques instants de la proximité de Ned, glissa ses mains sur les hanches de son amant et ferma les yeux, remuant légèrement la tête quand il proposa de manger. L'appréhension lui nouait tellement le ventre qu'il aurait été bien en peine d'avaler quoi que ce soit, et Elie rouvrit les yeux, conscient qu'il avait là une porte à peine entrouverte dans laquelle il lui fallait absolument s'engouffrer. Sans prévenir, il fit rouler Ned sur le côté et se redressa sur son coude pour mieux l'observer. Sa main vint se poser sur le coeur de Ned et les battements réguliers lui rappela qu'ils étaient plus chanceux que toute partie de la population de Mount Oak. Dans leurs veines coulaient un sang véritable, témoin de leur humanité. Ou l'était-ce vraiment ? Eliezer ne le savait plus. « En parlant de performances et de m'attacher à un lit... » Il se mordit la lèvre. A cet instant, il aurait volontiers troqué la conversation qui s'annonçait contre un échange sans mots mais bien plus agréable. Le corps de Ned contre le sien quelques minutes plus tôt était loin de l'avoir laissé indifférent et toute une partie de son esprit était ailleurs. Mais il se reprit, conscient qu'il avait  besoin de toute sa tête pour amener le sujet sur le tapis. Elie se racla la gorge et vint caresser la tempe de Ned. « Qu'est-ce que tu penses des… mmh, des enfants ? » Son coeur fit un bond, et il rajouta précipitamment : « Spécifiquement… Des enfants… Qu'on pourrait avoir, toi et moi, vu qu'on est un… tu sais, un couple ? » Un couple d'hommes, certes, mais en 2017 dans le monde d'Eron Delenikas, ce genre de problème n'était plus qu'un détail.

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Ned Abernathy

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MessageSujet: Re: beyond my darkness you're my light.   Dim 20 Aoû 2017 - 17:17

Parfois, Ned craignait d’en faire trop. D’être trop. Trop dépendant, trop quémandeur. Sa plus grande peur restait la lassitude qui pourrait s’insinuer chez Elie, travestissant la vision qu’il pouvait avoir de lui pour le transformer en boulet éternellement fixé à sa cheville et dont il ne rêvait plus que de se débarrasser. Peut-être qu’il déclarerait un jour que Ned n’avait qu’à avoir une vie en dehors de leur couple, au lieu de passer son temps à l’attendre. Il en avait pourtant, une vie, Ned. Il avait des amis de longue date – qu’il connaissait depuis l’enfance, même – il avait sa sœur, sa famille, son emploi, même si ce dernier pouvait se faire n’importe où. Ce qui s’était avéré un atout non négligeable pour leur mariage, puisque le déménagement vers Pairidaeza avait pu se faire assez rapidement et sans encombre, pouvait tout à coup devenir un désavantage si Elie commençait à considérer cet emploi à domicile comme un fardeau. Peut-être qu’il aspirait parfois à avoir l’appartement pour lui seul, sans que Ned ne le suive partout et ne cherche à le gaver. Peut-être qu’il restait dehors dans l’unique but de ne pas devoir retrouver l’étroitesse de ces murs et l’être qui y était constamment. Ned savait qu’il n’aurait pas dû laisser ces doutes-là le gagner, lui pourrir l’esprit, mais vu leur passé, il ne pouvait pas tout à fait extraire ces sensations. Ce qui n’était qu’une lointaine inquiétude lorsqu’ils passaient des heures ensemble devenait un tourment constant quand l’absence d’Elie se faisait sentir. La seule chose qui permettait à Ned de ne pas être emporté par cette vague d’angoisse, c’était la confiance infaillible qu’il avait en Elie. À aucun moment, il ne put lui venir à l’esprit que ces retours tardifs puissent être liés à un autre homme. Ça n’était tout simplement pas envisageable pour l’esprit follement amoureux de Ned.  Le reste, par contre, pouvait sournoisement s’insinuer, surtout si ses amis demandaient des nouvelles d’Elie. Leurs questions étaient innocentes mais réveillaient invariablement l’anxiété de Ned. Il n’y pouvait rien. Derrière son sourire éclatant, il restait le garçon épris et incapable de croire à sa chance, incapable de se dire qu’il pouvait prendre pour acquis ce couple pour lequel il se battrait jusqu’à la mort.
En faisait-il trop, ce soir ? N’aurait-il pas dû laisser un peu de répit à Elie, le laisser respirer, se délasser, ôter ses vêtements et regarder la télévision s’il en avait envie ? N’aurait-il pas dû l’accueillir à bras ouverts sans émettre la moindre remarque, sans donner l’impression de geindre d’être laissé tout seul à la maison comme un petit chien ? Mais tout ce dont Ned rêvait, c’était de pouvoir sentir ce corps chaud, cette réalité, de pouvoir s’assurer qu’Elie était toujours là, qu’il n’allait pas filer en douce, disparaitre petit à petit jusqu’au jour où il ne passerait plus le seuil de l’appartement. C’était absurde, Ned le savait. Où aurait-il été ? Quand son emploi le liait à cet endroit en apparence si paisible, si magnifique ? Mais à force de grimper les échelons, n’allait-on pas l’envoyer ailleurs, le muter vers un poste encore plus haut placé ? À New York ou en Californie ? Ned s’en voulait d’imaginer le pire quand il suffisait de prendre les jours comme ils venaient, sans se soucier de demain. Quand il suffisait d’être heureux de voir son homme rentrer.
Un sourire vint écorner les lèvres du webdesigner. Un sourire où se disputaient le soulagement et le bonheur d’entendre cette voix qui le faisait vibrer de tout son être. Ned exerça une légère pression supplémentaire, comme s’il voulait se fondre dans le corps de son mari. Ses jambes et ses bras se resserrèrent légèrement autour d’Elie, juste un instant. Et quand Elie refusa l’offre de manger, Ned fit légèrement la moue mais n’émit aucun reproche. L’heure n’était pas à ça. Il ne servait à rien d’accabler Elie quand il était évident que son travail le faisait déjà suffisamment. Ned se laissa glisser sur le côté, même s’il serait bien resté couché contre Elie éternellement, si ça n’avait tenu qu’à lui. Au lieu de quoi, il s’allongea sur le dos, une main calée sous la nuque, et il dévisagea son époux, conscient que quelque chose se tramait dans l’esprit d’Elie. Et si, comme à chaque fois, une onde de terreur le traversa à l’idée qu’Elie puisse vouloir faire une pause – ou quel que que soit le terme que l’on utilise lorsqu’on est marié. Onde qu’il repoussa une fois de plus, forçant plutôt un sourire tandis qu’il posait la main sur celle d’Elie, massant le dos de celle-ci, comme pour l’encourager à s’épancher. Ned ne put réprimer un sourire en coin à l’entrée en matière d’Elie et il haussa les sourcils, taquin.
- Continue…
Le jeune homme observa chaque changement d’expression, chaque modulation dans la voix. S’il pressentait le danger de la suite, il s’efforçait de la nier, comme si, s’il feignait de ne pas s’en rendre compte, il allait disparaitre de lui-même. Il aurait pourtant dû savoir qu’Elie était le plus mature des deux et que, contrairement à lui, il n’hésiterait pas à poursuivre, même si le sujet devenait épineux. Toutefois, de tous les sujets auxquels son esprit tourmenté avait pu penser, celui des enfants n'avait même pas effleuré Ned. Il fut d’ailleurs tellement surpris qu’il ne parvint pas à dissimuler à quel point le revirement l’interloquait.
- Qu—quoi ? ne put-il s’empêcher de s’exclamer avant de se redresser sur un coude puis de s’asseoir.
Il aurait été incapable de rester allongé alors qu’Elie venait de lui lancer une bombe entre les mains. Si l’effet de surprise était celui attendu, c’était réussi. C’était à un tel point que Ned en resta muet quelques secondes. Déglutissant avec peine, le jeune homme secoua un instant la tête, incrédule, avant de tourner le regard vers Elie, les yeux légèrement écarquillés.
- Je—je ne sais pas, avoua-t-il, se sentant un peu pris de court. Je veux dire : bien sûr que j’en veux. Avec toi. De toi. Peu importe. Mais je n’y ai pas réfléchi plus que ça. Je me disais que ça n’était pas dans nos projets, vu l’endroit où on vit, dit-il en faisant un geste vague pour désigner l’appartement minuscule où ils résidaient. Et puis avec ton travail qui occupe tout ton temps…
Ned craignit que cela soit perçu comme une accusation, aussi ajouta-t-il rapidement, pour ne pas créer de malentendu:
- A moins que ça soit ta façon de dire que tu vas lever le pied, bien sûr. Parce qu’honnêtement, j’ai parfois du mal à me considérer moi-même comme un adulte, alors si c’est pour me retrouver toute la journée seul avec un gosse pendant que tu t’esquintes au boulot… Je ne suis pas certain de pouvoir le supporter.
Mais pourquoi voyait-il déjà les obstacles lointains ? N’aurait-il pas dû commencer par demander ce qu’Elie envisageait de son côté ? Comment le feraient-ils, déjà, cet enfant ? Feraient-ils appel à la procréation assistée ? Qui ferait le don pour ce premier enfant ? Le feraient-ils tous les deux et verraient bien ce qui en ressort ? Toutes ces interrogations se bousculaient dans l’esprit de Ned et il aurait voulu être préparé à cette discussion, au lieu de buter sur ses mots, au risque de ne pas faire passer le message essentiel : oui, il voulait un gosse, voire pleins de gosses, avec Elie. Il ne rêvait que de cette prochaine étape.

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Eliezer Kaplan

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MessageSujet: Re: beyond my darkness you're my light.   Dim 22 Oct 2017 - 22:48

Elie n'était pas certain que c'était de cette façon qu'il aurait voulu aborder le sujet des enfants avec son compagnon. Non, en fait, il en était sûr. Pas dans cette chambre exiguë et sombre, pas alors qu'ils étouffaient entre ces quatre murs qui donnaient trop souvent l'impression de se refermer autour d'eux. Pas alors que sa gorge se nouait rien qu'à l'idée d'extraire les mots et de les présenter à Ned comme un couteau contre son cou. Il se détestait soudainement, de prendre son amant en otage, de le placer dans une telle position. Ned méritait tellement mieux. Elie aurait dû être capable de lui offrir plus que cette vie d'attente et de frustration. Il aurait dû lui offrir une grande maison avec une vue paradisiaque, loin d'ici, loin de tous ces fous du clonage et de leurs intrigues, une vie plus simple, plus douce, faite de choses plus colorées que le blanc cassé de ces murs qui les emprisonnaient. Et dans cette vie, dans cette vie seulement, il y aurait dû avoir des enfants. C'était une évidence. Ils étaient faits pour être des parents, ensemble. Leur couple avait tout le temps eu de vivre la passion, la douleur et le déchirement. Ils avaient suffisamment usé de la jeunesse et de ses temps pour être malheureux. A leur âge, la vie les attendait, et avec elle, toute sa routine tranquille, ses bonheurs simples. Avant de rencontrer Ned, Elie avait cru qu'il passerait le reste de son existence à ne pas pouvoir être heureux, à devoir toujours buter devant les obstacles, à s'esquinter devant des murs inamovibles. Mais avec lui, toutes ces craintes s'étaient évaporées. Désormais, il n'attendait qu'une chose : pouvoir vivre cette longue succession de babillages, de disputes idiotes, de matchs de foot le samedi après-midi et de joyeux bordel. Il était à ce point dans sa vie où il était prêt pour la sérénité. Où il était prêt à se dire qu'il passerait le reste de sa vie avec le compagnon idéal et qu'importe ce que la vie choisirait de leur faire subir, ils pourraient l'affronter, parce qu'ils étaient ensemble, parce qu'ils étaient une famille. Une famille qu'ils s'étaient choisis.
Elie était prêt pour tout ça, oui et pourtant, il savait qu'il ne pouvait pas encore effleurer ce rêve, tout juste l'ébaucher dans son esprit. Il savait que s'il proposait à Ned de partir, tout de suite, maintenant, et qu'il disait oui, il ne pourrait jamais se le pardonner. Il serait incapable d'assumer le regard de Ned dans le sien, incapable de jouer le rôle du bon père de famille s'il n'agissait pas, si au moins il n'essayait pas. Quitte à ce que son couple se retrouve, une fois de plus par sa faute, jeté dans la tourmente. Nerveux, il attendait de voir si son premier pavé dans la mare allait produire des vagues ou bien couler à pic. Les mots de Ned, chacun d'entre eux, pointaient les failles de son plan, ses imprécisions et ses dangers. Il aurait dû être heureux pourtant, d'entendre son amant répondre par l'affirmative mais Elie ne parvenait pas à s'en réjouir. Ca n'avait été que de la poudre aux yeux, une façon d'amener le véritable sujet qui lui pesait sur la poitrine. Honteux, il baissa les yeux alors que Ned ramenait une nouvelle fois le sujet de son travail sur le tapis. Son travail. C'était la source de tous leurs maux et il était impossible que Ned ne comprenne à quel point il avait raison. Elie releva humblement les yeux et écouta, les lèvres closes, les subtiles critiques que Ned formulait à son encontre. Il avait raison, raison sur toute la ligne et pourtant, Elie s'apprêtait à balayer tous ces arguments du revers de la main. Car ce qu'il allait proposer ne répondait en rien aux lois de la logique. Ou même aux lois tout court, en vérité. Elie poussa un soupir et se passa la main dans les cheveux, l'air soudain plus fatigué que jamais. Il releva les yeux vers Ned et lui adressa un terne sourire. « Tu as raison, tu as absolument raison... » Sa main vint trouver la joue de Ned, glissa contre la peau douce et chaude, et Elie se mordit la lèvre. Il aurait aimé continuer sa progression, se pencher vers Ned et rencontrer ses lèvres. Mais repousser le problème ne le ferait pas disparaître. Sa main tomba sur le lit, lourde et déterminée, et Elie se redressa. « Mais… Je ne pensais pas forcément à un bébé ou même un enfant. » lâcha-t-il, la voix enrouée, la gorge nouée, presque douloureuse. Ned saurait-il, avant même qu'il ne l'énonce, où il en voulait venir ? Comprendait-il instinctivement ? Après tout, il le connaissait si bien que ça n'aurait pas étonné Elie. « Ned, je ne sais pas comment te dire ça, je… Crois-moi, j'y pense depuis des semaines, j'essaye de retourner le problème dans tous les sens. » Peut-être même depuis des mois. Depuis combien de temps s'était-il perdu dans ce labyrinthe impossible ? Depuis combien de temps s'échinait-il contre les ronces ? Elie inspira à fond, tentant de rassembler ses esprits. La dernière chose qu'il désirait fut que Ned ne comprenne pas un mot de ce qu'il racontait. Sans s'en rendre compte, il s'était rassis sur le lit et se tordait nerveusement les mains. « Au bureau, je travaille sur… sur un clone de service. Il s'appelle Caliban. On nous l'a commandé pour qu'il paraisse jeune, dix-sept ou dix-huit ans, et je suis sensé le tester, voir ses réactions, lui apprendre à comment se comporter et... » Elie ne parvint pas à continuer et il se passa les deux mains dans les cheveux. Le visage de Caliban était imprimé dans son esprit. Le coeur lourd et battant, il releva les yeux vers son mari et lâcha des mots qu'il savait pourtant interdits. « Ned, je crois que j'ai été trop bon cette fois, je crois qu'il est… je crois qu'il est vivant. Humain. Comme toi et moi. » S'il avait espéré que la révélation ôte un peu du poids qui pesait sur ses épaules, Elie avait eu tout faux. Au contrairement, il se sentait plus affecté que jamais et jamais son coeur n'avait battu aussi vite (peut-être à part le jour où il avait demandé Ned en mariage) alors qu'il ouvrait à nouveau la bouche pour sceller son destin. « Ned, je ne peux pas le laisser là-bas… Je ne peux pas le voir partir être vendu à je ne sais qui. Je ne peux pas le voir être vendu tout court. Il est humain, tu comprends ? Il faut que je fasse quelque chose. » Il faut qu'on fasse quelque chose, voilà ce qu'il aurait dû dire. Mais il n'avait pas osé. Et pourtant, Elie savait parfaitement qu'il n'y avait aucune chance que son plan ne réussisse s'il n'avait pas Ned à ses côtés.

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I close my eyes and the flashback starts. I'm standing there on a balcony in summer air, see the lights; see the party, the ball gowns, see you make your way through the crowd and say hello, little did I know...
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MessageSujet: Re: beyond my darkness you're my light.   Dim 26 Nov 2017 - 15:19

Ned avait toujours aimé les enfants. Il adorait leur innocence, leur énergie. Il ne voyait évidemment pas son existence sans un rejeton ou deux, idéalement deux, un de chacun d’eux pour qu’il retrouve Elie dans l’un et lui-même dans l’autre. C’était un peu dommage qu’il n’y ait pas moyen d’y en avoir un qui partage leurs gènes à tous les deux mais qu’en savait-il, après tout ? Ces jours-ci, avec la technologie et le clonage, la science arrivait à faire des miracles. Mais même si ce devait relever du domaine de l’impossible, Ned se contenterait de ce que la nature pouvait leur offrir et il imaginait sans mal un gamin (ou une petite fille, même, pourquoi pas ?) avec les boucles indisciplinées d’Elie et ce sourire en coin qui le faisait fondre à chaque fois. Indéniablement, si leur enfant devait hériter du sourire de son époux, Ned savait qu’il ne lui résisterait jamais et il deviendrait un papa gâteux dont le gosse devient mal élevé, syndrome d’enfant-roi oblige. Il savait que cet enfant grandirait dans un foyer solide, équilibré, qu’il pourrait faire tourner en bourrique l’un et que l’autre aurait l’autorité nécessaire pour remettre tout ce petit monde dans le droit chemin. Mais à la fin de la journée, ils se retrouveraient tous affalés dans le canapé, heureux d’être ensemble et inséparables. C’était un peu étrange qu’ils n’aient jamais vraiment abordé le sujet jusqu’à présent, Ned s’en rendait compte, mais il avait mis cela sur le compte de leurs changements de vie initiés par l’emploi d’Elie, par la nécessité de s’adapter à un nouvel environnement. Quant à savoir pourquoi, tout à coup, c’était quelque chose qui travaillait son mari, Ned l’ignorait mais il n’allait certainement pas s’en étonner : cela n’était-il pas la preuve que leur couple était fait pour durer, qu’Elie envisageait un avenir, une famille ? Qu’il n’était pas uniquement obnubilé par sa carrière, comme son attitude le laissait parfois penser ? Et puis, pourquoi pas maintenant, d’ailleurs ? C’était un moment aussi propice qu’un autre, songea Ned.
Pourquoi aurait-il dû se méfier ? Pourquoi aurait-il dû chercher l’ombre derrière l’interrogation et tout ce qu’elle impliquait ? Pourquoi aurait-il dû entrevoir le danger quand il n’y avait de place que pour la félicité ? Ned considérait qu’il était suffisamment rongé par le doute de lui-même pour le laisser commencer à déborder sur tout le reste. Il tâchait de maintenir ses craintes dans une petite boite qu’il calait dans un coin de sa tête dans l’espoir de l’oublier une bonne fois pour toutes. À Elie, il ne voulait offrir que son sourire, que ses bras, que ses lèvres avides et son amour inépuisable. Il voulait que ce lieu soit un havre de paix où ils se retrouvaient, où ils fusionnaient, où ils s’apaisaient. Il n’avait dès lors aucune envie d’émettre des suppositions ou de laisser penser qu’il devait y réfléchir à deux fois quand il était question d’agrandir leur famille. Mais il fallait tout de même qu’Elie sache qu’il ne se sentait à la hauteur de la tâche que s’ils étaient impliqués de manière égale. Était-ce injuste ou égoïste de sa part ? Ned se le demanda alors qu’il se mordait l’intérieur de la joue en contemplant Elie, cherchant à deviner le fil de ses pensées, à contrecarrer tout soupçon qui pourrait naitre chez son mari. Que fallait-il qu’il fasse pour prouver qu’il était prêt pour n’importe quelle aventure, dès qu’il s’agissait de la poursuivre avec Elie ?
La réponse d’Elie le laissa cependant entre la perplexité et l’incertitude. Qu’entendait-il par là ? Sur quel point, précisément, avait-il absolument raison ? Il n’avait aucune envie que ses tentatives de prudence ne chassent aussi vite cette discussion essentielle. Il ne voulait pas qu’Elie s’imagine qu’il n’était pas cent pour cent pour l’idée d’avoir un gosse avec lui. Le cœur pris dans un étau, Ned ne fit aucun geste pour se soustraire à la main d’Elie mais il redoutait la signification de cette approche. Déception ? Désillusion ? Abandon ? Que devait-il faire pour effacer sa maladresse et revenir au nœud de leur échange ? Quand Elie reprit la parole, cependant, ce ne fut que pour accentuer le désarroi de Ned qui fronça légèrement les sourcils, dubitatif. Pas un bébé ? Ni un enfant ? Il n’en avait pourtant pas eu après l’adoption d’un animal de compagnie, quand même ? Ned ne pouvait pas avoir projeté ses désirs les plus fous sur les mots d’Elie pour distordre leur sens… si ? Muet d’incompréhension, l’angoisse s’insinuait insidieusement dans ses veines, Ned sentit son corps se raidir et dévisagea Elie, cherchant à anticiper la suite de la conversation. Sans succès. Le ton employé par son époux l’intriguait autant qu’il l’inquiétait et quand, finalement, Elie livra ce qu’il avait précisément en tête, ce fut comme si on avait abattu une massue sur le crâne de Ned.
Non. Décidément, il n’avait pas vu venir la chute de l’histoire et il détourna les yeux, incapable de regarder Elie, incapable d’arriver à comprendre ce qu’il ressentait, là, tout de suite. Il était abasourdi, assommé, déboussolé. L’image du bambin qui courait à quatre pattes s’était volatilisée pour laisser entrevoir une silhouette floue, sans visage. Mais pas n’importe quelle silhouette : celle d’un clone. Une chose sur laquelle Elie travaillait depuis des années, une chose que Ned peinait à comprendre ou même à identifier. Mais peut-être était-ce sa faute, pour le coup, à ne jamais poser plus de questions, à ne jamais essayer d’en savoir plus sur ce que fabriquait Elie chaque jour de la semaine où il l’abandonnait pour l’un de ces hautes tours qui hantaient le paysage. Peut-être que s’il avait axé davantage leurs échanges sur les activités d’Elie, il aurait pu pressentir le changement de ton, le changement de perspective. Au lieu de quoi, il fixait un point sur le mur, l’esprit paralysé, incapable de déterminer ce qu’il ressentait, exactement.
- Pourquoi ? demanda-t-il au bout de quelques secondes, la voix rendue rauque par sa gorge nouée. Qu’est-ce qui le rend plus humain que ces autres créatures sur lesquelles tu bosses ?
Il n’avait pas eu envie de sonner accusateur ou aigri mais qu’avait-il fait de différent pour que ce clone adolescent lui paraisse différent des autres ? Pourquoi s’était-il attaché à lui ? Ned refusait d’admettre qu’il était jaloux mais c’était bien cela qui sourdait de son cœur. Ridicule ? Parfaitement, et il en avait tout à fait conscience. Mais ça n’amortissait en rien le coup qui lui avait coupé le souffle.
Quand il retrouva le courage de porter son attention sur Elie, Ned plongea son regard dans celui de son époux :
- Pourquoi est-ce que tu abordes le sujet des enfants si c’est pour suggérer autre chose ? Tu crois que cela revient au même ? Adopter un clone bientôt adulte pour ne pas avoir à le vendre et élever des gosses à nous ?
Ça n’était pas de la jalousie, finalement. C’était de la déception, pure et simple. Elie lui avait fait entrevoir quelque chose mais ce miroitement n’était qu’un leurre. Mais destiné à quoi ? Le rendre assez enthousiaste pour qu’il accepte n’importe quoi ? Déguiser la vérité pour lui faire avaler des couleuvres ? Il s’en voulait de réagir ainsi mais il se sentait, si pas trahi, manipulé. Il aurait préféré qu’Elie mette les pieds dans le plat directement, sans fioritures, plutôt que d’avoir soulevé un sujet qui devait leur tenir à cœur pour le réduire en poussières la seconde d’après.

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