☑ when we lie together, it's the truth. - Page 2


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 ☑ when we lie together, it's the truth.

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Jax Beauchamp

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Sam 24 Juin 2017 - 17:19

C’était comme un feu d’artifice qui crépitait. Une sensation délicieuse qui l’envahissait, prenait les commandes et lui faisait tout oublier. Tout. Le reste. Le passé. La solitude. Les doutes. La crainte. Le quotidien. Il n’y avait plus que le moment présent, la découverte impatiente, les battements feutrés de son cœur qui menaçait d’exploser. Pourtant tout cela ressemblait à un rêve à moitié éveillé, comme si l’un des fantasmes de Jax, trop longtemps enfoui, perçait la surface fragile entre illusion et réalité pour malmener son corps et son âme. Était-il vautré quelque part dans un quartier mal famé, si saoul qu’il en perdait tout contact avec la réalité ? Les mains qui glissaient sur sa peau lésée appartenaient-elles bien au danseur ou étaient-elles rattachées aux bras d’un inconnu dont il se fichait complètement et dont il aurait oublié jusqu’au visage le lendemain ? Ça n’aurait pas été la première fois, songea Jax donc la poitrine se serrait. Ça n’aurait pas été la première fois qu’il s’éveillait, plus seul que jamais, après s’être momentanément égaré dans des bras étrangers. Mais le Louisianais voyait bien qu’il n’était pas dans une ruelle déserte, il était dans un sanctuaire, il avait été invité dans l’intimité de quelqu’un et cet environnement le cernait, lui donnant le sentiment d’être un intrus qui risquait, à tout moment, d’abimer quelque chose. Un vase qui glisserait d’un buffet et éclaterait en milles morceaux à leurs pieds, un tableau déstabilisé par un dos qui se heurte au mur, un meuble qui geint sous le poids de cette masse de muscles et de regrets. Et malgré cette crainte sourde qui persistait à se rappeler à lui, Jax se laissa bercer par les gestes de Bran, sa cage thoracique envahie par un son caverneux qui en devenait presque délicieux. Conscient des doigts qui parcouraient les vestiges de la violence paternelle, Jax se laissa pourtant faire, focalisé sur les caresses, sur sa peau qui réagissait au moindre contact, comme si les mains du jeune homme appliquaient un baume réparateur sur ces plaies refermées, en espérant qu’elles disparaissent un jour, à force de douceur et d’apaisement. Ça ne serait pas le cas, Jax le savait. Il serait voué à porter ce tableau sinueux et cicatrisé jusqu’à la fin de ses jours, perpétuel réminiscence de ce qu’avait été sa jeunesse, mais tout à coup, ce fardeau semblait bien moins lourd à porter et Jax n’avait plus aussi honte des marques d’un douloureux passé. Oubliées, les exclamations surprises de ses compagnons nocturnes lorsqu’ils découvraient l’épiderme couturé. Oubliés, aussi, les coups qui en étaient à l’origine. Tout ça n’était plus qu’un lointain souvenir que Brandon Rose faisait disparaitre du bout des doigts et des lèvres.
Le Louisianais ferma les yeux et laissa échapper un soupir lorsque la bouche de Bran couvrit le bouton de peau boursoufflée qu’il avait à la clavicule, comme s’il avait senti ou compris, Jax ignorait comment, qu’il s’agissait là de l’endroit qui avait failli coûter la vie à Jax Beauchamp le jour où son père, dans un accès de rage incontrôlé, avait saisi une bouteille vide de bière, l’avait brisée d’un coup violent sur le bord de la table et avait sauté sur son fils, pour lui faire passer l’envie de lui répondre. Le verre avait pénétré profondément la peau et le sang avait instantanément jaillit, si fort, si brusquement, que même le patriarche en avait été surpris et en avait oublié toute sa haine incandescente. Il y avait eu des hurlements – ceux de sa mère et de sa sœur – mais Jax n’avait à l’époque même pas réalisé la gravité de sa plaie. La douleur avait mis un temps fou à se manifester et il était trop abasourdi pour réagir. La violence du geste l’avait pris de court mais c’était la vue de toute cette hémoglobine, la sienne, qui l’avait subjugué et il s’était écroulé, stupéfait, hébété, en fixant le liquide qui persistait à couler. Sa mère avait eu le réflexe d’attraper un bout de tissu et avait pressé la plaie pendant que Skylar hurlait comme une possédée sur son père avant de se décider à appeler les secours. Heureusement pour lui, l’ambulance était arrivée rapidement, sinon il y aurait eu de fortes chances que Jax Beauchamp ne fasse plus partie de ce monde. C’était étrange, pourtant : il ne lui semblait pas y avoir pensé depuis des lustres et il avait fallu les lèvres de Brandon Rose pour réveiller les souvenirs et ce qu’ils impliquaient, sans pour autant que cela ravive une souffrance si pas oubliée en tout cas bien enfouie en lui.
La main de Jax vint doucement glisser dans la nuque de Bran tandis qu’il baissait les yeux sur la main du jeune homme et se laissait faire, obéissant au geste éloquent. Il eut un grognement qui tenait plus du ronronnement lorsqu’il retrouva la chaleur exquise des lèvres du danseur et il suivit le mouvement, ne portant pas la moindre attention au décor. Il aurait peut-être tout le loisir de le voir à la lumière du jour le lendemain mais en attendant, c’était bien le cadet de ses soucis. Jax préféra être embarqué par le jeune homme et n’opposa pas la moindre résistance. Pourquoi aurait-il cherché à freiner ce qui était en marche et ce qui le hantait depuis plus de quinze ans ? Il réalisait à quel point cela avait été con de se cacher derrière une attitude revêche, il prenait pleinement conscience du temps qu’il(s) avai(en)t perdu mais, justement, Jax ne voulait plus jamais perdre une minute avec Brandon Rose et il bascula donc complètement dans le moment… et sur le jeune homme lorsque le lit vint faire obstacle à leur avancée aveugle. Le Louisianais laissa échapper un rire mais n’interrompit pas les baisers, préférant glisser les lèvres dans le cou de Bran, puis sur ses épaules et son torse… avant d’être arrêté par la voix du danseur, dont l’halètement avait pourtant quelque chose d’extrêmement enivrant. Jax obtempéra néamoins, s’appuyant sur un coude et sur son bras pour se relever légèrement, se demandant tout à coup s’il n’écrasait pas le jeune homme sous ses assauts.
- Quoi ? lâcha-t-il avec un brin de frustration dans la voix.
A nouveau, la cicatrice de la clavicule fut brièvement le centre d’intérêt de Bran et Jax le contempla, le souffle court, un nœud dans le ventre et les muscles endoloris d’être brimés dans leur enthousiasme. Les yeux clairs du Louisianais détaillèrent le visage du jeune homme, à peine auréolé de lumière dans la semi-pénombre. Il le jaugea, les paupières légèrement plissées, appréhendant déjà un revirement de situation qui n’irait pas en sa faveur. Il réprima l’envie de lâcher un ‘c’est juste que ?’ qui démontrait qu’il s’impatientait, surtout parce qu’il redoutait la suite de la phrase. Mais ce que Bran livra à la moiteur de la chambre n’était rien de ce qu’il avait anticipé et qui désarçonna Jax. Un froncement de sourcils vint trahir sa perplexité et un silence relatif s’installa, entre leurs souffles entremêlés.
- Quoi ? répéta Jax avant de se forcer à se relever pour se retrouver agenouillé, surplombant toujours le danseur.
Il sonda le jeune homme comme s’il guettait le moindre soupçon de plaisanterie mais il ne vit qu’une attente un peu angoissée et Jax se mordit l’intérieur de la joue. Se redressant, il émit un raclement de gorge, ignorant comment réagir face à cette bombe qui avait au moins le don de le prendre par surprise.
- D’accord…, finit-il par lâcher, la voix rauque, avant de déglutir. Et qu’est-ce que ça signifie, au juste ? Tu attendais le prince charmant ? demanda-t-il, un brin narquois. Ou tu n’es pas certain que c’est ce que tu veux… ?
Voilà une question dont il n’était pas certain de vouloir entendre la réponse mais Jax ne voyait pas trop comment procéder autrement. À quoi bon essayer de trouver un chemin détourné quand c’était bien là l’essentiel du problème : était-ce ce que Bran voulait ou sa curiosité avait-elle été comblée et réalisait-il tout à coup que, finalement, ça n’était peut-être pas son truc, les hommes ?

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Brandon Rose

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Dim 25 Juin 2017 - 23:40

Bran n'avait pas l'habitude de se sentir embarrassé et encore moins celle de se sentir idiot. Pourtant, c'était bien ce qu'il éprouvait à l'instant, alors que sa confession s'était échappée d'une voix enrouée et fébrile. Et en même temps, il ne voulait pas avoir à mentir pour conserver son amour-propre, pas comme ça, pas à Jax. Leurs corps avaient peut-être l'air de parfaitement s'entendre l'un avec l'autre, il n'avait aucune idée de ce que lui réservait la suite des évènements et il ne pouvait s'empêcher d'être nerveux – une sensation qu'il n'avait pas éprouvé depuis une autre première fois, très lointaine, presque vague tant elle avait été effacée par d'autres contacts bien plus élaborés et bien plus réussis. Aujourd'hui, la sensation familière lui revenait, presque étrangère dans ce contexte qui n'avait rien à voir. C'était Jax dont on parlait, Jax après qui il courait depuis trop longtemps. Jax qui d'ailleurs n'en ratait pas une pour le torturer. Agacé, Bran lui lança un regard électrique, conscient qu'il était bien le seul à pouvoir le hérisser de cette façon. « Très drôle. Je suis le prince charmant, au cas où ça t'aurait échappé. » répliqua-t-il avec humeur, donnant un petit coup de jambe dans le vide comme si cela allait désarçonner Jax au-dessus de lui. Il avait bien envie de bouger pour faire tomber le colosse de son petit piédestal narquois, avant de réaliser qu'il n'avait aucune chance. Embarrassé, Bran détourna le regard quelques secondes. Dehors, les lumières de la ville clignotaient comme des lucioles, intangibles, irréelles, éclairant de manière sporadique la large carrure de Jax et son visage indéchiffrable. Jamais il n'aurait cru se retrouver dans cette position, celle de l'hésitant, de l'incertain. Rien, pourtant, ne diminuait son envie de continuer. Et c'était bien ça qui l'effrayait, ce désir qui transgressait toutes les règles. « Je voulais… juste que tu saches, au cas où, pour… la suite. » marmonna-t-il en revenant à Jax, ses mains pressant légèrement les cuisses qui l'encadraient de chaque côté. Il se sentait mis à nu, dépourvu de son habituelle armure et la seule arme qui lui restait face à Jax, c'était sa fierté de lionceau bougon. « Je te veux depuis que j'ai quinze ans. Si je n'étais pas certain, tu ne serais pas là en train de me broyer les os, crois-moi. » ajouta-t-il avec sarcasme, comme pour trouver la tension qui s'était installée – une fois encore – entre eux. En vérité, pouvoir observer Jax le surplomber de cette façon dépassait tous les rêves de l'adolescent énamouré et confus qu'il avait été. Jamais il n'aurait pu imaginer qu'il aurait un jour la chance de pouvoir être aussi proche de Jax, aussi proche que possible. Ses doigts agrippaient, presque désespérément, les cuisses de l'aîné des Beauchamp et il sentait son ventre se remplir d'une douleur délicieuse. C'était une souffrance particulière, une brûlure sourde et diffuse, dont il savait que seul Jax pouvait l'éteindre ou la raviver, du bout des doigts, d'un effleurement de ses lèvres. Et quelque part, Bran n'était pas certain de vouloir que ce tourment cesse. C'était l'effet que Jax lui avait toujours fait, à mi-chemin entre la peine et le plaisir, et aujourd'hui, alors qu'ils avaient tous les deux grandi, il avait l'impression que cette inclination s'était décuplée. C'était comme si l'absence et le silence avaient rendu tout son être encore plus sensible qu'il ne l'était déjà lorsqu'il se trouvait face à son fantasme de jeunesse. Mais pouvait-il réellement appeler Jax un fantasme ? N'avait-il été qu'un objet sur lesquels il projetait ses désirs confus et flous ? Non, il n'y avait pas eu que ça, il y avait toujours eu plus, il y avait toujours eu cette pointe aiguisée dans son ventre et ce poids qui entraînait son coeur vers une chute inéluctable. Il y avait eu ce désir de le connaître sans jamais avoir le courage d'aller demander plus, et la colère qui en résultait. Jax était plus qu'un fantasme ; il était ce premier battement de coeur, ces longues après-midis passées à se demander si aujourd'hui serait le jour où tout changerait, ces sourires incontrôlables qui mourraient aussitôt sur les lèvres. Il avait été ce maelström d'émotions contre lequel Bran avait tenté de lutter inlassablement. Mais il ne servait à rien de se battre. Sa peau appelait celle de Jax, sa bouche la sienne. Sans un mot, Bran fit glisser ses mains, les remonta doucement sur le bas du ventre, là où la frontière se faisait avec la ceinture et le tissu, là où la peau se faisait plus tendre, plus fine et qu'elle donnait à l'impression à Bran d'effleurer du sable chaud. La brûlure au fond de ses entrailles ne cessait de gagner en terrain et en profondeur ; bientôt, tout son corps fut la proie du feu réduisait sa volonté comme ses appréhensions en cendre. Sans un mot, ses doigts hésitants vinrent tracer les contours de la boucle de ceinture. « Tu sais très bien que c'est toi que je veux. » répéta-t-il tout bas, la voix dépourvue d'arrogance cette fois-ci, réduite à son plus simple appareil, écorchée, haletante, à peine capable de s'élever plus haut qu'un murmure. C'était Jax qu'il voulait. Pas seulement l'acte en lui-même, pas seulement des gestes. Tout ça, il aurait pu l'avoir sans se fouler. Il n'aurait même pas eu à se déplacer : derrière l'écran de son téléphone se cachaient des milliers de New-Yorkais anonymes à la recherche de la même chose, une nuit sans nom ni promesse ni engagement, une communion vide de sens si ce n'est celle de combler l'absence ou l'ennui, de remplir le vide des murs trop silencieux. Tout ça, Bran savait qu'il pouvait l'obtenir en l'espace de quelques minutes s'il le désirait. Mais ça ne l'intéressait pas. Il voulait Jax, complètement, entièrement. Son corps et tout ce qu'il pouvait dire avec, son corps avec sa force et ses imperfections, son corps et les traces qu'il portait. Ses doigts se firent alors un peu plus audacieux, et la boucle de la ceinture se retrouva défaite, suivie des boutons du jean, de la fermeture éclair.  À chaque étape, la respiration de Bran se raréfiait et son rythme cardiaque augmentait, lui donnant la sensation qu'un tambour remplissait son âme. Dans un geste souple, pour lequel il pouvait remercier ses longues heures d'entraînement, il se redressa, rétablissant un semblant d'égalité entre eux, donnant l'impression que c'était lui qui soutenait Jax désormais. Ce ne fut qu'éphémère, car Bran profita d'un baiser pour entamer un retournement de situation et en deux temps trois mouvements, Jax se retrouva prisonnier - de lui et sous lui, alors qu'il louvoyait habilement pour les défaire de leurs vêtements respectifs. Tout ça, il avait appris à le faire en coulisses, quand entre deux scènes il devait devenir un autre, quand il n'avait que quelques secondes pour créer un monde. Mais ce soir, point de personnages, point d'incarnation ; il n'y avait qu'eux et pour scène, que les draps chiffonnés du lit de Bran. Et le danseur se délectait d'être à la fois acteur et spectateur ; le corps de Jax ne cessait de le surprendre alors qu'il couvrait la peau de ses attentions avides, un peu gauches mais pas dénuées d'une douceur qu'il ne pouvait pas empêcher d'exister. Il retraçait des cicatrices et des blessures qui n'auraient jamais dû être là, il voulait en aspirer la peine, en extraire le venin qui empoisonnait l'existence de Jax. Et finalement, il glissa jusqu'à un rivage jusque-là inconnu. L'appréhension le disputait à quelque chose de primaire, une animalité qu'il ne retrouvait, d'habitude, que dans la danse. C'était comme monter sur scène pour la première fois, la boule au ventre, mourant d'impatience. Et ce soir, il n'y avait qu'un seul spectateur à satisfaire. « Ma première fois, okay ? » lança-t-il, fébrile, à l'attention de son amant, dont tout le corps s'étendait devant lui comme un sublime naufragé. Et doucement, sa bouche et sa langue se mirent à danser avec Jax, d'abord hésitantes, puis prenant peu à peu de l'assurance, entamant un ballet féroce, imprécis mais passionnel.

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'Cause we've been driving so long. I can't remember how we got here or how we survived so long. I'm tryna run from our pride, 'til you set fire to my atmosphere.

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Mar 4 Juil 2017 - 21:51

Jax n’osa plus toucher Brandon, pas tant qu’il n’aurait pas une réponse, en tout cas et ce même si sa peau brûlait encore, déjà affamée et en manque. Ses mains glissèrent sur le haut de ses cuisses et il s’assit sur ses talons. Quelques centimètres le séparaient à peine du danseur mais c’était comme si un gouffre sans fond s’était subitement creusé entre eux. Le doute n’avait pas pu aller bien loin, vivement rappelé par l’incertitude qui rongeait Jax. Son éternel masque grincheux s’était émietté au fil des dernières heures. Ce visage impassible qu’il se complaisait à offrir au jeune homme il y a des années n’avait plus la force de se composer et c’était la faute de Bran qui, d’un souffle esquissé, avait fait voler en éclat un comportement instinctif, un mécanisme de défense bancal qui ne tenait que lorsque Jax était persuadé que l’impudent ignorait tout du trouble qu’il provoquait. Mais les aveux lâchés maladroitement avaient réduit à néant des efforts vieux de presque deux décennies. Jax ne pourrait plus faire marche arrière, il ne pourrait plus faire croire que ce que pensait ou ressentait le jeune homme ne lui importait pas. En ouvrant son cœur fossilisé, en dévoilant les tourments qu’il avait subi depuis à peu près aussi longtemps qu’il connaissait Brandon Rose, Jax avait abandonné la partie et, par la même occasion, toute opportunité de retraite. Il ne pourrait jamais prétendre que tout cela n’était qu’une mascarade pour mettre le danseur dans son lit – ou, à l’inverse, se retrouver dans le lit de celui-ci – et son sort serait scellé, voué à fuir la fleur épineuse à vie pour ne pas revivre cette humiliation cuisante, forcé de s’assurer que Skylar ne viendrait pas remuer le couteau dans la plaie, condamné à survivre dans une solitude absolue. Voilà pourquoi il lui paraissait désormais inconcevable d’approcher à nouveau la main du corps du fruit défendu, sous peine de se voir brûlé vif, une sensation bien moins agréable que celle qui l’avait caressé quelques minutes plus tôt, lorsqu’il avait senti les mains et les lèvres de Bran sur lui.
La réplique du danseur aurait pu le faire sourire s’il n’avait pas été là, sur des charbons ardents, à attendre le verdict. Il aurait pu aussi rétorquer qu’il était du genre prince emmerdant, plutôt, mais les mots n’auraient même pas daigné sortir, il le savait, ils ne faisaient pas le poids et étaient prisonniers derrière cette boule qui obstruait la gorge du géant de Louisiane. Alors il se contenta d’un regard teinté d’appréhension, comme il secouait imperceptiblement la tête, l’air de dire ce n’est pas le moment, te fous pas de ma gueule, pas maintenant. Était-ce pathétique de sa part ? Peut-être. Probablement. Jax n’en avait plus grand-chose à faire, en réalité. Son destin était décidé, tout le reste dépendait de la réponse de Brandon Rose et là où il feignait de n’en avoir rien à faire de ce qu’il pensait ou disait autrefois, il était à présent suspendu aux lèvres de son tortionnaire. Son cœur sembla pris dans un étau puis la pression se relâcha et un bonheur indicible s’immisça dans chaque cellule de son corps. Il posa les mains, sans réfléchir, sur celles de Bran et les serra avant de les libérer quand il ne sut pas à quels os le danseur faisait allusion. Déglutissant avec peine, Jax avait parfaitement conscience des émois de son corps : de ce cœur qui pesait une tonne et ne semblait plus se souvenir comment battre de façon rationnelle, de son épiderme qui, tel un drogué en manque, suppliait le contact de la peau douce et immaculée du danseur, de ce liquide bouillonnant qui semblait couler goutte à goutte au creux de son ventre et irradiait dans chacun des ses membres, de ces doigts qui n’aspiraient qu’à caresser et explorer. Un long frisson remonta la colonne vertébrale du Louisianais en sentant les mains aventureuses de Bran et un soupir lui échappa. Pour la première fois de son existence, il pouvait s’abandonner complètement, confier son corps et son âme à quelqu’un. Il n’avait plus à imposer une certaine distance, à retenir une invasion malvenue. Au contraire, il voulait que Bran l’envahisse, le fasse succomber. Il ferma les yeux quelques secondes, bien trop conscient des doigts qui dansaient sur la frontière du non-retour. Mais, par-dessus tout, ce fut la voix trouble du danseur qui effaça les miettes d’appréhension qui auraient pu subsister. Jax rouvrit les paupières pour mieux se gorger de la vue de ce garçon qu’il avait passé tant de temps à écarter, sans raison valable sinon celle d’avoir peur d’être seul à ressentir un attrait inavoué. Bran n’était pas celui qui l’avait rejeté, il s’était exilé du bonheur de son plein gré, trop lâche pour assumer ses émotions. Mais c’était fini. Il ne voulait plus revivre ce passé torturé, ces souvenirs écartelés et amers. Il vivrait dorénavant pour le moment présent, sans se soucier du suivant.
- Je suis là, lâcha-t-il enfin, la voix enrouée quand il aurait voulu dire je suis à toi, j’ai toujours été à toi.
Lentement, tel un félin prudent, Jax se pencha à nouveau sur le danseur, le regard dardé sur le visage de son tourmenteur, comme s’il cherchait à en imprimer chaque détail sur sa rétine pour qu’il n’ait qu’à fermer les yeux pour se repasser la scène. Puis il vint presser sa tempe contre celle de Bran, les muscles légèrement tremblants, pour sentir le souffle chaud du danseur, focalisé sur les sensations qui glissaient en lui en percevant les efforts du jeune homme pour défaire sa ceinture. Si on lui avait un jour dit qu’il se tiendrait en équilibre précaire au-dessus du danseur, à attendre patiemment que celui-ci le déshabille, Jax aurait ri d’un rire jaune, n’y croyant pas une seule seconde. Puis il aurait abattu son poing sur le menton de l’imprudent qui lui mettait des images pareilles dans la tête. Et pourtant, le rêve se confondait désormais avec la réalité et Jax aurait souhaité que les secondes s’étirent indéfiniment, juste pour pouvoir ancrer ces perceptions dans sa mémoire sensorielle. Le picotement des phalanges contre son ventre, les doigts qui s’activaient, la pression qui se relâchait autour de ses hanches et l’impression de liberté qui en découlait. Puis lorsque le jeune homme se redressa, Jax suivit sans résister, comprenant que les années à mener la danse avaient fait de Brandon Rose un meneur naturel. Qu’importe si son expérience avec les hommes se résumait à pratiquement rien, il ne laissait rien entrevoir et Jax n’aurait pas imaginé une seule seconde son côté novice s’il ne le lui avait pas avoué. La main de Jax glissa naturellement sur la hanche de Bran et il accueillit ses lèvres avec un son qui ressemblait à un ronronnement. Emporté par l’ivresse du moment, il se laissa glisser sur le côté, guidé par les gestes assurés de Bran. Cette fois prisonnier, Jax sut pourtant qu’une prise précise pouvait radicalement lui redonner le pouvoir et empêcher le danseur de lui échapper mais il ne ressentait étrangement pas le besoin de dominer, lui qui avait pourtant l’habitude de mener les ébats pour être certains de ne pas laisser assez d’espace aux autres en laissait une infinité à Bran. Le regard trouble, hypnotisé par l’objet de ses rêves éveillés, Jax tâtonna, craignant de ne plus sentir la proximité du jeune homme et incapable de détourner les yeux. Pantin d’un désir trop longtemps refoulé et d’un amour qui avait bravé toutes ses tentatives pour l’étouffer, Jax n’aspirait qu’à retrouver les baisers enfiévrés et à emprisonner la silhouette svelte pour la serrer contre lui mais Bran, fidèle à lui-même, en petit serpent insaisissable, lui échappait. Véritable magicien, il avait réussi à faire disparaitre les vêtements en un tournemain et Jax dut inspirer longuement pour essayer de reprendre le contrôle de ses émotions. Un effort qui lui parut surhumain, tant les caresses et baisers avides du danseur l’étourdissaient.
- Reviens, souffla-t-il d’une voix hachée, tandis que tout son corps se tendait sous l’assaut d’une vague qui semblait vouloir le consumer tout entier.
Sa main droite chercha Bran et effleura sa peau délicieusement chaude et moite mais l’autre, à défaut de trouver une ancre, s’enfonça dans le matelas. Un grondement sourd traversa la carcasse du Louisianais qui avait l’impression de quitter la terre pour être aspiré par les cieux. Il pencha la tête en arrière, le souffle commençant à manquer et il lui fallut rassembler toute sa volonté pour qu’il parvienne à extraire une nouvelle supplique :
- Reviens.
Il y avait trop peu de Brandon Rose contre lui à son goût, quand bien même c’était ce même Brandon Rose qui jouait avec ses nerfs avec une perfection de petit diable. La main calleuse dessina les contours d’une épaule, d’un bras puis attrapa le poignet de son bourreau. Ses doigts s’entremêlèrent à ceux du danseur et il l’attira doucement vers lui pour retrouver la douceur de cette bouche impudente et son bras vint s’enrouler autour de la taille du jeune homme comme un boa constrictor. Et le bonheur de Jax Beauchamp fut total, à cet instant précis, alors que son large torse couturé se pressait contre celui de Bran, que leurs jambes s’emmêlaient et qu’il goûtait pleinement à la réalité de Brandon Rose. Tout était réel, il n’avait rien imaginé, pas ce soir et il peinait encore à y croire, même quand sa main vint se poser contre la gorge palpitante de son amant, même quand il eut l’impression que le feu qui le consumait traversait sa peau pour investir celle de l’impudent, même quand ses lèvres insatiables se repaissaient de tout ce qu’elles rencontraient.
- Je ne sais pas pourquoi j’ai attendu quinze ans pour céder à ta petite gueule d'ange, laissa-t-il inconsciemment échapper entre deux souffles entrecoupés.
Mais il ne voulait pas laisser à l’amertume le loisir de se creuser un nid maintenant. Au lieu de se lamenter au sujet de cette décennie à enterrer ses sentiments, Jax voulait les célébrer et rattraper ce temps envolé et s’il retint ses baisers quelques secondes, ce ne fut que pour mieux contempler Bran dans la semi-obscurité, alors que son pouce dessinait des lignes invisibles sur la mâchoire du danseur.
- Mais je crois que ma promesse sera plus facile à tenir que prévu, conclut-il, l’esquisse d’un sourire venant arquer ses lèvres pendant que son regard prenait une teinte amusée et se gorgeait du tableau magnifique que représentait Brandon Rose et sa silhouette parfaite.
Les yeux de Jax vinrent caresser les lèvres de cette bouche qui avait su l’écorcher comme l’envoûter. Puis il combla l’espace pour l’embrasser, oubliant toute retenue.

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Mer 19 Juil 2017 - 17:38

Bran n'avait pas pour habitude de se sentir perdu. Sa principale caractéristique était de tout réussir, du premier coup, et une vie passée à tout transformer en or sous ses doigts ne lui avait pas appris à faire face à l'adversité. Mais il possédait cette confiance propre à ceux qui traversent l'existence sans  même effleurer le sol, et c'était cette aura incandescente qui lui avait permis de se retrouver dans cette étrange situation, aussi déconcertante que délicieuse. Le corps de Jax lui répondait avec une fébrilité enivrante, lui murmurait des secrets qui ne pouvaient être dits à voix haute. Ils couraient sur sa peau déjà submergée de mots inconnus et de sensations inédites. Être avec Jax, c'était être ailleurs, loin de tout. C'était le passé, le présent et l'avenir oblitérés, c'était l'instant explosif, c'était renaître chaque seconde, c'était avoir conscience que chaque minute était moins intense que la suivante et pourtant, s'assujettir à la force de chacune d'elle. Bran apparaissait peut-être en position de force, mais il était tout autant l'esclave de ses émotions que Jax pouvait l'être à cet instant, surtout quand il sentait sur lui le regard de son amant, qui appliquait contre sa nuque une chaleur de braise. La voix rocailleuse éclata contre sa tempe, la main avide qui effleura son épaule lacéra son désir déjà à vif et Bran releva les yeux quelques secondes, juste à temps pour tomber sur le spectacle saisissant de la gorge offerte de Jax, du son délicieux qui s'échappa de ses lèvres. Une vibration traversa le corps de Bran et ses doigts s'enfoncèrent dans la peau moite. Il aurait voulu dire à Jax qu'il l'aimait, qu'il l'avait toujours aimé, que c'était aussi simple et aussi bête et évident que ça, qu'il n'avait jamais pu l'empêcher. Il aurait voulu lui dire qu'avoir échoué à tuer cet amour bancal mais implacable était bien le seul échec dont il se réjouissait. Il aurait voulu lui dire, aussi, qu'il était magnifique comme ça, à s'abandonner de cette façon et que l'image le hantait déjà. Il aurait voulu le lui dire tout de suite, maintenant, dans l'urgence et la folie du moment mais ce qui lui restait de lucidité l'empêcha de se compromettre trop tôt. A tous les coups, Jax prendrait la fuite s'il entendait une absurdité pareille et Bran voulait le garder près de lui le plus longtemps possible. Juste pour entendre sa voix rouillée lui murmurer de revenir. Oh, Bran lui reviendrait toujours, c'était ce qu'il avait toujours fait de toute façon, malgré lui. Jax était une île maudite et Bran était le capitaine d'un bateau condamné à venir s'échouer sur ses plages désertes. Mais le trésor abrité au cœur de l'archipel écartelé valait tous les méandres empruntés et Bran se jetait à l'eau sans regret, même s'il respirait à peine, même si à chaque fois, il frôlait l'engloutissement. Doucement, sans broncher, il remonta le long du corps de Jax, sa peau cherchant à glisser contre la sienne sans perdre une seconde de contact. Et pendant ces minutes suspendues entre ciel et terre, il cherchait à absorber tout ce qu'il pouvait de Jax, la force qui émanait de lui, la chaleur de ses mains, son odeur dont Bran ne voulait plus jamais oublier les notes. Sublime, il était absolument sublime, et Bran se fit la promesse de ne jamais laisser personne d'autre en profiter. Maintenant qu'il avait pu poser les mains sur Jax, un intense sentiment de possession s'emparait de lui. Il savait, pourtant, que ce corps ne lui appartenait pas, que Jax était libre d'en disposer comme il le désirait et qu'il pourrait un jour disparaître du jour au lendemain, sans prévenir, mais Bran ne pouvait pas se le figurer. Tout ce qu'il avait réprimé pendant ces années de silence lui revenait par vagues, y compris l'envie de marquer Jax comme sien. Et l'envie d'être marqué par lui, de lui appartenir complètement, jusqu'au dernier centimètre de peau. En cet instant, Bran voulait que Jax lui fasse oublier jusqu'à son propre nom  et il y parvint presque lorsque sa confession s'échappa. La voix rocailleuse vint percuter quelque chose dans les entrailles de Bran, et à nouveau, il eut envie de murmurer des choses interdites, trop  fortes.  « On est deux, Beauchamp. » rétorqua le danseur, alors que l'air venait à manquer, conscient de sa mauvaise foi qui ne servait qu'à le protéger d'aveux inopportuns. Les quinze ans de silence n'étaient que le résultat de leurs fiertés combinées, instruments de leur solitude choisie. Mais jamais ils n'avaient été plus éloignés, aujourd'hui, de leur abandon mutuel. Et Bran ne voulait plus perdre son temps.  Il se jetait à corps perdu dans chaque baiser, chaque regard, chaque caresse, tant pis pour le reste, tant pis pour le lendemain matin, tant pis pour l'incertitude, il avait passé l'âge des questions sans fin. Quinze ans le séparaient de ce gamin perdu. Désormais, il savait parfaitement ce qu'il voulait et il le voulait maintenant. « Voyez-vous ça. Tu m'en vois ravi. » feula-t-il, lorsque Jax lui confia que sa promesse ne poserait finalement pas problème. Alors comme ça, il fallait que Jax le voit dans son plus simple appareil pour en venir à la conclusion la plus évidente ? Bran était peut-être dompté mais rien ne protégeait Jax d'un coup de griffes et il allait répliquer mais l'aîné des Beauchamp vint le couper d'un baiser qui lui fit oublier ce qu'il allait dire. Leurs corps se mirent à parler cet étrange dialecte connus d'eux seuls et Bran fut réduit au plus sublime des silences. Il n'avait aucune idée d'où était son corps, il laissait faire, lui qui avait pourtant l'habitude de contrôler jusqu'au plus infime des mouvements. Etre avec Jax l'affranchissait de toute obligation. Une main glissa sur la nuque de Jax, l'autre vint griffer légèrement son dos. Tout son être bouillonnait, il le voulait, il le voulait tellement qu'il en avait mal. L'attente parvenait à son ultime fin et Bran n'était pas sûr de pouvoir attendre plus longtemps. Comme l'avait dit Jax, quinze ans, c'était long, trop long lorsqu'au bout de ses doigts, il pouvait dessiner les contours d'un rêve. Alors, il imposa une trêve à leurs bouches impétueuses, comme pour prendre un peu de recul quand sa seule envie était de replonger, encore et encore.  « Jax. Moins de réflexion, plus d'action. » souffla-t-il avant de mordiller la lèvre inférieure de Jax. Au cas où il aurait besoin d'un encouragement supplémentaire pour tenir sa promesse.

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'Cause we've been driving so long. I can't remember how we got here or how we survived so long. I'm tryna run from our pride, 'til you set fire to my atmosphere.

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Mer 26 Juil 2017 - 21:51

Même dans son imagination la plus folle et débridée, le corps à corps avec Bran n’atteignait pas le quart de la réalité. Ça n’était pas faute d’y avoir songé bien malgré lui, pourtant. Combien de fois n’avait-il pas été assailli par ces pensées inavouables et inavouées ? La réponse était pourtant simple : à chaque fois qu’il avait été confronté à Bran, à chaque fois que leurs rencontres s’étaient soldées sur une altercation qu’il n’avait même pas vraiment voulue mais qu’il ne pouvait empêcher, à chaque fois qu’il était reparti frustré, en gros. Et pour attiser cette irritation singulière, Brandon Rose était un as. À chaque fois que Jax avait vu le jeune homme lui tourner le dos, le laissant seul avec cette bile qui brouillait sa vue, le Louisianais n’avait rien tant désiré que décamper, quitter cette ville et sa source de chaos. Ne plus jamais revenir, ne plus jamais devoir expérimenter cette torture mentale et physique qu’était la proximité du meilleur ami de sa sœur. Et au final, n’y était-il pas parvenu ? N’avait-il pas exaucé son souhait en disparaissait de ce tableau trop paisible qu’était Mount Oak ? Il y était si bien arrivé qu’il n’y avait plus mis les pieds en quinze ans, trouvant toujours un prétexte pour éviter les réunions de famille quand, en vérité, son éloignement n’était guidé que par un instinct de survie qu’il semblait subitement avoir mis à mort ce soir. Pourquoi ? Pourquoi ce soir d’entre tous les soirs qui égrenaient sa vie, avait-il fallu que Jax jette près de vingt ans de retenue et de prudence ? Pourquoi avait-il fallu qu’il cède à cette pulsion ? Parce que c’était précisément une pulsion, une pulsion irrépressible qui l’avait projeté dans les bras d’un danseur au sommet de sa gloire. Une situation qui paraissait absurde au Louisianais, un rêve dont il allait forcément être cruellement tiré, à un moment ou un autre, n’est-ce pas ? Mais le délice durait et le bonheur ne semblait pas vouloir lui échapper. Où était  le piège ? Quand allait-il refermer sa gueule grinçante sur lui ? En d’autres circonstances, Jax aurait battu en retraite, préférant anticiper l’échec plutôt que d’y assister, quitte à manquer une occasion en or. C’était sa spécialité, de toute manière, passer à côté de la vie, rater le train du paradis pour sauter dans le suivant, qui l’emmenait droit en enfer. Il avait préféré noyer sa solitude dans des bras inconnus et bien fades – surtout maintenant qu’il avait un point de comparaison – plutôt que de prendre un risque. Il avait sombré dans des nuits sans étoiles, des draps froissés et désagréables, plutôt que d’écouter son cœur calcifié et son âme trouée. S’il avait laissé à ceux-ci les rênes, où seraient-ils, à présent ? Jax préférait ne pas y songer, ne pas essayer d’imaginer cette autre réalité qui ne le réconforterait pas. À la place, il préféra se persuader qu’ils n’avaient peut-être jamais été réellement prêts l’un pour l’autre et qu’il avait fallu tout ce temps pour comprendre qu’il n’y aurait jamais de substitut. C’était probablement lâche de sa part, de se figurer que toutes ces années passées à chercher un ersatz de Brandon Rose n’avaient que contribué à son besoin soudain de le serrer contre lui pour ne plus le lâcher. Parce qu’à cet instant précis, Jax avait la sensation que plus jamais il ne pourrait lâcher le fruit défendu, que sa vie serait vouée à suivre cet énergumène flamboyant, quelle que soit la route empruntée, quitte à s’écorcher encore davantage la peau aux épines invisibles du jeune homme.
Le regard flou, l’ogre de Louisiane absorba les quelques syllabes comme la plus belle des mélodies. Son nom, son maudit nom, qui lui rappelait les malheurs qui écrasaient sa famille depuis toujours, prenait soudainement un autre sens dans la bouche de l’impudent. Comme un espoir ténu, comme une incantation qui, à elle seule, éveillait les émotions les plus profondément enfouies et éclipsaient celles qui, depuis toujours, le hantaient. Le cœur prêt à exploser, le ventre comprimé, Jax ébaucha un sourire, hypnotisé par ce visage qu’il n’avait jamais vu si proche et dont il absorbait chaque détail pour l’imprimer dans sa mémoire vive et sensorielle. Et, à nouveau, au son de la voix du jeune homme, Jax sentit tout son corps répondre instinctivement, tandis que sa peau se hérissait, tandis que son muscle cardiaque semblait s’émietter dans ses veines pour envahir chacun de ses membres, jusqu’à chaque extrémité. À tel point que ses lèvres n’y tinrent plus et, comme mue par une volonté propre, elles se scellèrent à celles de Bran. Elles reprirent leur exploration, enflammées par la chaleur qui émanait du corps voisin, affolées par le goût de la peau du danseur. Son dos ondula sous la pression des doigts impétueux et il écrasa Bran contre lui, comme s’il cherchait à fusionner avec lui. Mais n’était-ce pas l’ultime supplique de son corps ? Ne faire qu’un avec l’autre ? Oublier cette solitude et cette lassitude qui étaient ses seules compagnes depuis tant d’années ? Les battements de son cœur semblèrent donner le ton, en tout cas, comme ils accéléraient, approchant d’un rythme infernal qui, en d’autres circonstances, lui auraient donné le sentiment que la mort était sur lui, qu’elle s’apprêtait à le faucher sans préavis, en un coup d’éclat salvateur, une geste clément pour le soustraire à cette esquisse de vie qu’il avait vécue jusqu’à présent. Mais ça n’était pas la mort qui frappait à la porte, c’était la vie, dans son plus simple appareil, dans sa plus belle expression. Jax aurait probablement pu continuer ainsi jusqu’à ce que son corps meure d’épuisement mais Bran, comme à son habitude, le ramena à la réalité et le Louisianais le contempla un instant, le regard impénétrable, avant d’émettre un rire rauque qui tenait plus du ronronnement que du grondement.
- Tu l’auras voulu, répliqua-t-il avant de basculer son corps avec une souplesse presque irréelle pour une carcasse comme la sienne.
Jax emprisonna Bran entre son corps massif et le lit aux draps entortillés et malmenés. Sa main vint doucement se refermer autour de la gorge de l’imprudent dont il sentit les pulsations galoper contre ses doigts. Une sensation délicieuse qu’il se força pourtant à rompre pour attraper les jambes de Bran. Une fois de plus, Jax fut subjugué par la force qui émanait de ce corps qu’il avait d’abord considéré comme délicat, prêt à rompre si sa poigne se faisait trop brutale. Mais le jeune homme n’avait rien de fragile, il regorgeait d’une force surnaturelle, due à son train de vie particulier mais aussi à l’assurance qu’il dégageait. Cette même assurance qui avait tant irrité l’ainé des Beauchamp, toutes ces années, et dont il s’abreuvait à présent avec un délice non dissimulé.
- J’ai vu ta souplesse, tout à l’heure, elle va bien nous être utile, maintenant, dit-il d’une voix rauque en faisant glisser les jambes de Bran contre ses épaules.
Parce qu’il était hors de question qu’il lui tourne le dos. Jax voulait plonger son âme dans celle de Bran, il voulait se noyer dans les yeux clairs, ces lagons tumultueux qui étaient bien trop expressifs pour le bien de leur propriétaire. Il se pencha lentement vers Bran et effleura traitreusement le ventre du danseur, testa sa fermeté naturelle, tortura un peu plus les sens de son amant puis entreprit de le caresser avec la connaissance de celui qui en a déjà expérimenté les limites. Tout ça sans détacher son regard de celui de Bran qu’il voulait voir sombrer en même temps que lui, qu’il voulait voir se troubler, quitter ce monde pour un paradis éphémère, dont il voulait voir la vulnérabilité nue et hypnotisante. Puis, quand il sentit qu’ils évoluaient au même rythme, Jax entama la dernière danse, remuant d’abord lentement, en un va-et-vient lancinant, puis en accélérant rapidement, sensible aux réactions de Bran. Il se mordit la lèvre inférieure, sentit son sang se liquéfier, leurs corps s’emboitèrent comme si le danseur était l’unique pièce de puzzle qui convienne au Louisianais et le monde s’effaça, tout simplement, pour éclater sous les yeux de Jax en une éruption de chair et de sensations, avant qu’une vague de bien-être et d’épuisement ne l’engloutisse tout entier.

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But just because you bury something, that doesn’t mean it stops existing. Those feelings, they’d been there all along. All that time.
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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Sam 29 Juil 2017 - 2:44

Etait-il prêt, vraiment ? Oh, pas pour l'acte en lui-même, mais pour tout ce que ça impliquait, tout ce qui en découlait par la suite ? Bran n'en avait aucune idée ; de toute façon, il avait plongé la tête la première dans ce délice sans réfléchir et il était trop tard pour reculer, pour prétendre que même s'il mettait fin à cette folie tout de suite, cela changerait quoi que ce soit. Alors autant aller jusqu'au bout, autant se rendre fou jusqu'à la fin, autant consommer ce vin jusqu'à la lie et se rendre ivres, ivres de baisers, de caresses, ivres d'eux, de tout ce qu'ils avaient manqué et qu'ils rattrapaient comme des adolescents pressés d'expérimenter leurs corps l'un avec l'autre. Chaque fois que Jax posait les mains sur lui, chaque fois qu'il traçait des lignes invisibles sur son corps, chaque fois que sa bouche l'effleurait ou mordait, il prenait feu, il prenait vie, et la rose qui vivait en lui prenait de plus en plus de place, comme si Jax était le seul capable de le faire fleurir. Incapable de résister, Bran le laissait faire et se laissait guider comme un novice. Jax le fit rouler, faisant de lui un prisonnier consentant, trop heureux d'être coincé entre le matelas et le corps de son amant, corps qui semblait lui ôter toute capacité de réflexion lucide. Et quand la main puissante vint se refermer autour de sa gorge, Bran arrêta de respirer, subjugué par la force de Jax, par sa douceur aussi, car pas une seule fois il n'étouffa, pas une seule fois il ne dut chercher de l'air – si ce n'est par sa propre faute. Et Bran sut qu'il s'abandonnerait sans retenue, il remettait tout entre les mains de Jax. Tout ce que Jax voulait de lui, de son être, il le lui donnerait, sans hésiter une seule seconde : il voulait être à lui, seulement à lui, il voulait être marqué, être possédé, être sien, corps et âme. Il voulait que les autres les voient et jalousent ce qu'ils avaient. Il voulait que le monde entier sache le secret qu'il gardait pour lui depuis trop longtemps : qu'il appartenait à Jax Beauchamp, depuis toujours. Et que Jax Beauchamp lui appartenait en retour, que le premier qui s'approcherait devrait passer par lui, qu'il ne cesserait jamais de se battre – pour Jax et contre lui, s'il le fallait. Mais l'heure n'était pas au combat. Le souffle court, les yeux grands ouverts, Bran observait Jax manipuler son corps avec des gestes experts qui enflammaient tout son corps. Il en aurait presque rougi, tant le moment était intimide, réel, cru. Mais il ne craignait rien, ne regrettait rien : au contraire, il aurait presque voulu que Jax accélère, les lie enfin. Doucement, il déroula ses jambes, les verrouilla derrière la nuque de Jax alors que ce dernier faisait sa magie, l'emmenait à l'extrême bord de l'univers connu, jouait avec ses sens et sa patience. Bran avait envie de fermer les yeux, de se laisser partir en arrière mais il se força à résister et au contraire, porta sur Jax un regard fébrile. Leurs regards se croisèrent et Bran fut une nouvelle fois subjugué. Il aurait voulu soulever une main, effleurer la joue rugueuse de Jax, lui dire qu'il était sien, mais il s'accrochait déjà désespérément aux draps à défaut de pouvoir le toucher, de trouver un point d'ancrage. Et puis, soudain, tout fut effacé et quelque chsoe d'autre commença, une existence où ils étaient désormais liés par leurs corps, leurs chairs qui s'attiraient comme des aimants. Cette fois, Bran ne résista pas. Il se laissa partir en arrière et tout son corps s'arqua, traversé d'une tension comme jamais il n'en avait ressenti auparavant – et dans la vie d'un danseur, c'était un fait particulièrement notable. C'était comme si son esprit ne savait plus comment fonctionner – peine, plaisir, tout se mélangeait et il ne savait plus où donner de la tête. Perdu dans le déluge, sa seule ancre était le rythme que Jax donnait à leur union, et il s'y accrochait désespérément, le rythme, la cadence, c'était ce qu'il connaissait, c'était un langage que son corps pouvait comprendre dans n'importe quelle situation et ses hanches se mirent à rouler, à onduler, imitant la lenteur serpentine, intenable que Jax imprimait contre lui. A l'aveugle, les mains de Bran vinrent le chercher, trouvèrent les épaules, ses doigts s'enfoncèrent dans la peau innocente du dos. Sentir Jax contre lui, en lui causait à Bran l'impression de ne plus être sur terre. Non, il était ailleurs, en-dehors de toute galaxie, de tout système connu. Il ne pouvait plus exister comme avant, comme quand il ne savait pas ce que le corps de Jax Beauchamp pouvait convoquer en lui. Non, il ne pouvait plus être le même et il ne voulait plus. Il acceptait d'être changé pour toujours. Et la cadence accéléra, comme si Jax avait lu en lui, comme s'il voulait les amener encore plus rapidement au point de non-retour. Et Bran était perdu. Voulait-il vraiment que ça se termine ? Il voulait que ce moment dure des heures, et son corps murmurait autre chose, une langue primaire, animale, qui résonnait comme un tambour, une mélodie à laquelle il ne pouvait pas résister. Le rythme devint infernal, et Bran sentit son corps se charger d'une matière semblable à de l'électricité. Et quand il ouvrit les yeux, et qu'au-dessus de lui, il découvrit Jax tendu par l'effort, la lèvre mordue, Bran sut qu'il était inutile de résister. Il laissa l'orage en lui éclater et un éclair blanc passa devant ses yeux alors qu'il cherchait les lèvres de Jax pour les sceller contre les siennes. Le monde disparut, plus rien n'avait d'importance. Ils étaient un, pour une seconde suspendue, une seconde qui avait attendu près de quinze ans avant de pouvoir exploser entre eux. Une seconde qui en avait valu toutes les peines. Une seconde que Bran voulait revivre, encore et encore, quand bien même son corps protestait, épuisé, à bout.
Un frisson le parcourut et il fut tenté de fermer les yeux mais il chercha dans ses dernières forces la volonté de se lever. « Viens. » murmura-t-il d'une voix cassée, entremêlant ses doigts à ceux de Jax. Le reste se brouilla dans son esprit. Bran se souvint qu'une eau brûlante avait glissé sur eux, et qu'ils étaient incapables de garder leurs bouches séparées l'une de l'autre. Puis le lit les accueillit de nouveau, et lorsque Bran se réveilla – cinq heures et demie du matin, à force, il n'avait plus besoin d'horloge – il était lové dans les bras de Jax et il n'avait pas la moindre envie de se lever, pas la moindre envie de sortir et d'affronter New York, pas la moindre envie de forcer son corps à répéter quand la seule chose qu'il voulait faire, c'était rester pelotonné dans les bras de son amant, qui dormait à poings fermés. Pendant quelques secondes, Bran l'observa, comme pour s'assurer qu'il n'avait pas rêvé toute la scène, de sa loge jusqu'à l'acte final qui avait pris place dans ce lit même. Mais non, Jax était bien là, dans toute sa gloire nue et parfaite, il était là, avec lui, dans son lit, et toutes les images, toutes les sensations étaient réelles. Bran dut faire appel à toute son self-control pour s'arracher au cocon délicieux que formaient les bras de Jax autour de lui et il s'habilla en silence, chaque pas, chaque geste encore parcouru de l'électricité qui semblait courir partout encore dans son corps. Il sortit de sa chambre, s'étira pendant une vingtaine de minutes, avala un petit-déjeuner minimaliste et réalisa avec quelle rapidité Jax venait de s'insérer dans son quotidien. Tout semblait naturel, évident, et ce même lorsqu'il revint sur ses pas pour entrer à nouveau dans la chambre, baignée de la lumière du petit matin. A pas de loup, Bran s'approcha et s'assit sur le bord du lit. Il se pencha au-dessus de Jax et déposa un baiser prudent sur sa joue. « Hey. » souffla-t-il. Il observa son amant ouvrir les yeux et il dut faire appel à toute sa volonté pour résister à l'envie de revenir dans le lit. Jax Beauchamp aurait sa peau. « Je dois aller répéter. Sept heures – treize heures. » annonça-t-il d'une voix basse. Bran se mordit la lèvre, puis il fronça les sourcils. « Tu as intérêt à être là quand je rentre, c'est clair ? Tu as promis, Beauchamp. » Sans attendre de réponse, Bran déposa un baiser sur les lèvres de Jax et se leva. Il enfila son manteau, attrapa son sac d'entraînement et jeta un regard narquois – bien que teinté d'affection - à son amant. S'il voulait – et dieu, qu'il le voulait, il le voulait tellement - ce que ce soit là leur nouvelle normalité, alors autant commencer tout de suite. Ils n'avaient plus de temps à perdre avec les faux-semblants. « A tout à l'heure, Beauchamp ! Sois nu quand je reviens ! » claironna-t-il dans le couloir de l'entrée. Ravi de l'avoir crié assez fort pour que tous les voisins l'entendent, il franchit le seuil et sautilla – plus qu'il ne marcha – jusqu'à son arrêt de métro. Il ne remarqua pas la jeune femme à côté de lui. Pas plus qu'il ne remarqua l'affiche de son propre spectacle sous laquelle l'inconnue se trouvait. Si Bran avait su le lien qui existait entre cette anonyme, ce bout de panier et le bonheur idiot qu'il éprouvait à cet instant, il aurait sans doute pris le temps d'exprimer sa gratitude. Mais il préférait incomber le fol espoir qui germait dans son coeur au destin qui se déliait enfin, et il se laissa emporter par la foule, comme pour danser avec elle.

(5 ans plus tard – archipel de santorin, grèce)
Malgré l'heure matinale, il faisait déjà chaud dans les ruelles du petit village grec. Les murs blancs se gorgeaient de la lumière reflétée par la mer d'un bleu céruléen, presque irréel. Les bateaux du petit port endormi semblaient flotter au-dessus de l'eau et le clapotis tranquille de la mer annonçait les bruits à venir : pas sur les pavés qui chauffaient paresseusement, vitrines en train d'être nettoyées, terrasses des petites tavernes se remplissant progressivement au fur et à mesure que le village se réveillait.
Bran attendait devant l'une de ces petites tavernes, appuyé sur le mur blanc, ses lunettes de soleil hors de prix perchées sur le bout de son nez. Les bras croisés, il observait le paysage qui s'étendait devant lui, derrière les mâts des petits voiliers. Les îles de l'archipel de Santorin se découpaient dans le ciel immaculé. Pas un nuage, même le plus effiloché, ne venait ruiner la pureté du paysage et Bran resta absorbé dans sa contemplation jusqu'à ce la clochette familière ne retentisse, annonçant l'ouverture de l'échoppe. Une odeur délicieuse s'en échappait et Bran sentit son ventre gargouiller. Sans attendre, il entra pour se retrouver dans une petite taverne aux murs de pierre blanche. Derrière le comptoir, il pouvait voir les cuisiniers s'activer aux fourneaux tandis qu'une jeune femme préparait la caisse et lorsqu'elle leva les yeux vers lui, elle lui offrit un sourire amusé : cela faisait plusieurs jours que Bran était son premier client. « Kaliméra. » lança-t-il, dans un grec encore un peu hésitant, les lunettes relevées sur son front. Il s'approcha du comptoir et ajouta, cherchant un peu ses mots : « Tha íthela dýo... frantzóles me eliés, méli... kai dýo kafeneía. » Deux pains aux olives, du miel et deux cafés à emporter – le menu standard depuis une semaine. Mais à sa grande surprise, la jeune femme avait déjà commença à rassembler sa commande et elle glissa le tout dans un sac à papier qu'elle poussa vers lui avec un air espiègle. Visiblement, les habitudes se prenaient vite ici. « Sas efcharistó. » murmura-t-il avec un sourire, et il déposa ce qu'il devait sur le bois poli du comptoir. Mais alors qu'il se retournait pour repartir avec le précieux butin, la jeune vendeuse l'interpella, son air toujours malicieux au visage, dans un anglais tout aussi haché que son grec était hésitant : « Votre ami. Il aime ? » Elle désigna le sac du menton. Surpris, Bran haussa un sourcil, se demandant de quoi elle parlait avant de réaliser qu'ils ne devait pas passer inaperçus dans les rues du petit village. S'il avait spécifiquement choisi cette île, c'était parce qu'elle était loin d'être envahie de touristes comme les autres et ils étaient probablement les seuls étrangers qui résidaient entre les murs blancs de la minuscule bourgade perchée sur les pentes escarpées de l'îlot. Son ami… Bran esquissa un sourire entendu. « Il adore. Mais ce n'est pas mon ami. » Et il s'échappa de l'échoppe après un dernier signe de la main.
Une fois sorti, la chaleur le happa et il se mit à grimper vers le haut du village, là où la villa qu'ils occupaient surplombait la petite île pour leur offrir la vue sublime de la pierre et de la mer. Il y fut en une dizaine de minutes et retrouva avec bonheur la fraîcheur des murs blancs et des volets bleus, et se dirigea vers la chambre, ouvrant précautionneusement la porte pour ne pas réveiller le dormeur. Jax était encore assoupi – la nuit dernière avait été mouvementée, Bran sentit sa nuque le picoter, comme si les mains de son amant étaient encore là – et son corps disparaissait à moitié sous les draps blancs. Son torse couvert de tatouages semblait être une peinture étrange au milieu d'une toile vierge et Bran stoppa son avancée vers le lit pour le contempler, le coeur soudain pris dans un étau. Cela faisait cinq ans et pourtant, il y avait encore des jours où il avait du mal à y croire, du mal à s'y faire. Jax était là, avec lui, dans sa vie. Ils étaient ensemble et il voulait que ça ne cesse jamais. Il voulait capturer l'instant, ne jamais l'oublier, pour toujours. Il voulait que leurs vies entières soient à l'image de cette seconde : libres, inconscientes et à l'abri de tout, des gens, du monde.
Une brise s'engouffra dans la chambre – les porte-fenêtres étaient grandes ouvertes et les rideaux diaphanes s'agitaient légèrement, les rayons du soleil matinal jouant à travers le tissu. Dans le lit, Jax s'agita légèrement et Bran s'arracha sa contemplation. Il posa le petit-déjeuner sur sa table de chevet et se glissa dans le lit, inspirant l'odeur qu'ils y laissaient, un parfum dont il ne pouvait pas se lasser. Ses lèvres vinrent mordiller légèrement l'épaule de Jax et parsemer sa peau de baisers-papillons. Un ronronnement lui répondit et Bran sut qu'il avait touché un point sensible. Il aimait particulièrement ce Jax, paresseux, sensuel sans même le vouloir, ce Jax insouciant qu'il avait mis tant de temps à découvrir et qu'il avait encore parfois du mal à entrevoir. Cinq ans n'avaient pas encore réussi à défaire tout le mal qu'ils s'étaient infligés et le passé ressurgissait quelques fois, vicieux, inattendu. Mais pas aujourd'hui. Doucement, Bran escalada le corps de Jax et se retrouva à califourchon sur lui tandis que son amant consentait à ouvrir un œil, puis deux. « Hey. » Bran se mordit la lèvre et vint l'embrasser, sans pouvoir attendre plus longtemps. Il fixait ce visage et son coeur explosait dans sa poitrine avec la force du Big Bang. Avant Jax, il n'avait aucune idée que toutes les chansons d'amour pouvaient faire du sens. Ce regard clair le transperçait. Il l'aimait tellement qu'il ne savait même pas comment lui dire. Il avait l'impression qu'un simple je t'aime ne pouvait pas rendre compte du maelstrom qui s'emparait de lui lorsqu'il essayait de comprendre ce qu'il ressentait. Je t'aime, c'était trop peu pour Jax Beauchamp. Il repensait à ce matin, il y a cinq ans de cela, lorsqu'il avait ouvert les yeux sur ce même visage et qu'il s'était promis de ne jamais le laisser s'échapper. Chaque difficulté, chaque obstacle insurmontable, en avait valu la chandelle. « Tu as tapé dans l'oeil de la boulangère. Elle pense qu'on est juste amis. » murmura-t-il, narquois, en se redressant. A nouveau, il se mordit la lèvre et pencha légèrement la tête, alors que ses doigts courraient le long du torse de Jax pour tracer des arabesques sur son ventre. « Je pense que mon territoire n'est pas assez marqué. » souffla-t-il, la respiration soudain un peu plus rapide. Dans un geste souple, il se débarrassa de son t-shirt et la brise le fit frissonner – à moins que ce ne soit le corps de Jax qui se réveillait sous le sien, tranquille, puissant, tiède. Son territoire, son royaume. Le seul endroit où il désirait véritablement être. Depuis cinq ans il l'arpentait et pourtant, il était toujours surpris, toujours pris de court face à la beauté et la force qui s'en dégageaient. « Il faut remédier à ça tout de suite. Santorin peut attendre. » ajouta-t-il d'une voix rauque avant de plonger soudainement. Ses lèvres rencontrèrent la peau douce du ventre et il remonta lentement, appréciant chaque parcelle d'épiderme qui se réveillait sous le contact de sa bouche. L'ascension fut délicieuse – Jax sentait la nuit, le sommeil, et ce mélange délicieux qui n'appartenait qu'à lui, et lorsque leurs bouches se scellèrent, Bran ressentit à nouveau cette déflagration, comme si une étoile naissait en lui. Comme si une étoile naissant en lui à chaque fois. Dans une valse fébrile, leurs corps se trouvèrent, s'épousèrent dans une osmose totale qui se passait de mots. Et alors que Bran sentait tous ses sens s'éveiller, il sut – une fois encore – que c'était tout ce qu'il voulait de la vie, l'odeur du café qui se mêlait à celle des draps, le soleil qui venait caresser leurs peaux, la musique de la brise, la sensation d'être seuls au monde. C'était Jax contre lui, sa bouche sur sa peau, son regard insondable, son sourire. Jax et ses colères, ses souffrances, les obstacles qui se dressaient entre eux. Bran prenait tout, sans conditions.
Tant qu'il pouvait avoir Jax à ses côtés, pour tous les matins du monde.

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'Cause we've been driving so long. I can't remember how we got here or how we survived so long. I'm tryna run from our pride, 'til you set fire to my atmosphere.

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Jax Beauchamp

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Jeu 10 Aoû 2017 - 22:07

Il avait l’impression de sentir chaque parcelle de sa peau, chaque cellule de son corps, comme si tout s’était éveillé en même temps dans un concert assourdissant. Jamais sa grande carcasse n’avait expérimenté pareille volupté. Même la moiteur de la peau qui se colle à celle de l’autre était d’un délice inexprimable, lui qui ne supportait pas ça longtemps en temps normal. Avec Bran, il serait bien resté ainsi éternellement, jusqu’à ce que son épiderme fusionne avec celui du danseur pour que jamais – jamais ! – ils ne se séparent à nouveau. Il avait pourtant bien fallu se forcer à se détacher de son amant, à un moment. Jax avait dû avoir recours à toute sa volonté pour déverrouiller ses bras et ses jambes, pour libérer son prisonnier. Mais c’était pour la bonne cause, c’était pour le suivre dans une pièce voisine et laver leurs corps épuisés, offrir leur peau nue à un jet d’eau salvateur et délicieux. À aucun moment Jax n’avait rompu le contact, cependant. Ça n’était parfois qu’un bras pressé contre un bras, qu’une main calée dans le creux de l’épaule, que les lèvres contre la nuque mais ça suffisait. Pour l’instant. Tel un homme victime d’une hypnose carabinée, Jax suivait Bran comme s’il était la lumière au bout du tunnel. Mais n’était-ce pas précisément ce qu’il était ? Cette lumière fulgurante et aveuglante qui le guidait dans l’obscurité ? Leurs corps fourbus débarrassés des vestiges de leur première étreinte, ils avaient retrouvé la chaleur des draps et Jax s’était à nouveau imprégné du parfum singulier de Bran, une odeur qui s’était imprimée voilà une éternité dans sa mémoire sensorielle mais qui semblait accrue, ravivée par la découverte de l’intimité du jeune homme. Il y avait une sacrée différence entre la fragrance qu’il laissait dans son sillage, propre et frais, lointain et inaccessible et celle qui hantait le tissu et imprimait son identité partout. Jax ne voulait plus jamais oublier cette sensation. Puis le sommeil les avait emporté, sans prévenir et peut-être que la chaleur réconfortante de ce corps contre le sien avait été le parfait somnifère pour le Louisianais au sommeil d’habitude agité. Pour la première fois de son existence, semblait-il, Jax Beauchamp avait dormi d’un sommeil réparateur, profond et paisible. Si profond qu’il n’eut pas le réflexe de retenir Bran qui, telle une anguille, se faufila hors de ses bras. Si la chaleur du corps du jeune homme se dissipa rapidement, l’odeur de ses draps, elle, continua à bercer le Louisianais, l’enveloppant dans sa douce torpeur, lui permettant de rester quelques minutes de plus dans les limbes de l’inconscience. Ça n’était pas un rêve, ça n’était pas une chimère et quand la voix sucrée vint chatouiller son oreille, Jax inspira longuement, comme si émerger était une épreuve insurmontable ou qu’il ne se sentait pas la force d’essayer, en tout cas. Ses yeux finirent pourtant par retrouver la vue – et quelle vue ! – tandis qu’il fixait un regard trouble sur le visage de l’objet de ses tourments et, désormais, de ses rêveries éveillées. Le visage de Jax n’exprima rien, même s’il enregistrait les données. Jusqu’à treize heures, autant dire une éternité. L’ours des marais se contenta d’un hochement de tête et quand Bran se pencha, il accueillit le baiser avec une légère surprise. Tout cela semblait si naturel, si aisé, que cela le laissait presque perplexe. Si perplexe qu’il ne fut pas assez rapide et ne parvint pas à attraper le poignet de son amant, qu’il aurait pourtant voulu ramener à lui, presser à nouveau contre lui, se contrefichant complètement de froisser la tenue parfaite du jeune homme. Au lieu de quoi, il observa les gestes fluides et gracieux de Bran tandis que celui-ci s’esquivait. Il ne dit pas un mot (il n’était pas sûr de pouvoir extorquer le moindre son à sa gorge nouée, de toutes façons) mais eut un rire rocailleux à l’entente de l’ordre du danseur. Oh, qu’il ne s’inquiète pas, il serait nu, au même endroit, ou peut-être juste derrière la porte, pour le cueillir dès qu’il franchirait le seuil de l’appartement. Et il lui dévorerait la peau, comme cette nuit. Et la perspective d’avoir un avenir comme celui-là, à attendre le prochain retour de Bran fut beaucoup plus aisé à intégrer qu’il ne l’avait cru initialement. Il s’en doutait mais il subsistait un brin de crainte que tout ceci ne soit qu’une chimère, qu’un bonheur éphémère. Il s’en doutait, au fond, que si ça ne tenait qu'à lui, il passerait le restant de son existence à côtoyer cette douce félicité.
Et que jamais il ne se lasserait de l’impudent qui avait volé son cœur.

(5 ans plus tard – archipel de Santorin, Grèce)
La scène paraissait presque identique, à quelques détails près. Il y avait toujours un grand corps tatoué, perdu au milieu des draps entortillés. Il y avait toujours cet homme à la large silhouette qui dormait du sommeil du juste. Il y avait toujours cet amant qui attendait l’autre et se gorgeait de ce que ce dernier avait laissé dans son sillage jusqu’à son retour. Le reste n’avait rien de comparable. Les sons caractéristiques de la ville avaient mué pour devenir un chant enchanteur : celui de la mer paisible. L’atmosphère polluée et surpeuplée de New York avait plié bagages pour laisser place à un air marin et vif qui emportait les délicieuses odeurs du marché qui se tenait non loin de la chambre. Le ciel plombé de la grande pomme s’était paré d’un bleu lumineux, comme s’il reflétait la couleur des châssis et volets, aveuglé par le blanc des bâtisses. Et puis, surtout, cette paix qui s’était depuis lors confortablement installée, nichée au creux de la poitrine de Jax, qui avait gommé tous les maux passés, qui avait pansé les plaies, qui avait embaumé l’âme écorchée. Il n’y avait plus de place pour autre chose que la vie au jour le jour, à apprécier chaque menu détail, tout en sachant que la moindre banalité revêtait pourtant quelque chose d’extraordinaire parce qu’elle était partagée avec Brandon Rose. Il y avait longtemps que l’angoisse s’était diluée dans les veines du Louisianais et l’absence du jeune homme n’était plus une source d’impatience. Il revenait toujours, généralement accompagné de ce sourire envoûtant et de ce parfum délicat et masculin qui rendait fous les sens de Jax. Raison pour laquelle la torpeur du dormeur ne fut pas ébranlée par le retour de son amant. L’odeur du repas s’infiltra dans la pièce et se faufila jusqu’aux narines de Jax et ce fut comme s’il était doucement tiré de ses songes pour être ramené à la lumière apaisante de cette Grèce où ils avaient trouvé refuge. La présence voisine fit frissonner la peau dénudée du monstre allongé mais ce sont les lèvres et les baisers déposés contre son épaule et son dos qui terminèrent d’éveiller complètement le Louisianais. Un grondement sourd sembla résonner dans la lourde carcasse tandis que Jax roulait lentement sur le dos et que, simultanément, l’impudent se glissait sur ses hanches, vil tentateur à la légèreté surprenante. Non, pas léger. Bran ne l’était pas. Mais plein de grâce, oui, comme un félin qui se perche sur un point en hauteur pour mieux profiter de son ascendance. Les mains de Jax vinrent naturellement glisser sur les cuisses du danseur, les caressant distraitement tandis qu’il s’abreuvait de cette vue dont il ne se lasserait décidément jamais. Un rire grinçant ricocha dans la poitrine de Jax tandis que ses mains remontaient vers les hanches puis venaient malicieusement presser les fesses de Bran.
- Ah oui ? demanda-t-il, un sourire légèrement narquois aux lèvres alors que ses mains accentuaient leur prise puis s’insinuaient sous le tissu.
Il absorba chaque modulation dans la voix, observa chaque changement, notable comme sensible, sur le visage du jeune homme, et s’amusa de cet air effronté qui se dessinait sur les traits de l’imprudent. Instinctivement, les mains rugueuses de Jax suivirent le mouvement de Bran et remontèrent les hanches puis les côtes, caressant chaque parcelle du torse offert à sa vue. De ça non plus, il ne se lasserait jamais. Ce corps parfait, ferme, ciselé et qui semblait fait juste pour lui. Même après cinq ans, les sens du Louisianais s’enflammèrent comme au premier jour, comme si Bran leur chantait une berceuse muette qui les faisait valser, alors qu’une minute plus tôt, ils étaient profondément endormis.
- Je pourrais dire que tu n’as pas besoin de pisser dans tous les coins pour marquer ton territoire mais je ne vais certainement pas laisser passer une chance pareille, lâcha Jax, le ton moqueur, l’œil taquin, la moue ironique.
Et quelle bonne idée, ce fut. Comme un bleu, Jax sentit tout son corps vibrer sous les assauts de la bouche experte du danseur. Il accueillit les lèvres de l’impudent avec un sourire et l’embrassa avec une énergie renouvelée, toute promesse de sommeil envolée, sans regret. Les draps furent repoussés, les vêtements rejetés et la douce brise de ce matin grec les enveloppa et Jax aurait presque pu entendre son gloussement appréciateur tandis qu’ils s’unissaient sous les rayons diffus.
Et faisaient disparaitre le moindre doute, si seulement il y en avait encore un, que Jax et Bran puissent n’être que des amis.

THE END.

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But just because you bury something, that doesn’t mean it stops existing. Those feelings, they’d been there all along. All that time.
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