☑ when we lie together, it's the truth.


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Brandon Rose

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MessageSujet: ☑ when we lie together, it's the truth.   Mar 11 Avr 2017 - 18:08

jax + bran
always been realer, that's so familiar
We're so peculiar, we like dopin' with the dealer
It's no ugly, you make the pain feel lovely

@terror jr, truth.

Il n'y avait que là qu'il se sentait bien. Qu'il se sentait parfaitement complet, en harmonie avec sa nature pourtant prompte au changement, à l'orage. Depuis longtemps, Bran avait accepté l'idée qu'il n'était pas de ceux qui pouvaient connaître la sérénité ou le silence. Il savait qu'il n'y avait aucun moyen d'éteindre le brasier qui flambait à l'intérieur. Tout ce qu'il pouvait tenter, c'était essayer de le canaliser, de transformer l'énergie potentiellement destructrice en quelque chose d'autre, quelque chose de beau, qui avait du sens. Sur scène, sous les projecteurs brûlants qui ne lui laissaient pas l'occasion d'apercevoir le public, sa rage pouvait se transformer en arabesques splendides, ses colères en mouvements presque impossibles, rapides, gracieux, mesurés, mais jamais sans se départir d'un accent sauvage et imprécis, comme si danser prenait un sens presque guerrier, féroce, sous ses pas exigeants. Ce soir ne faisait pas exception. Il était entré sur scène avec l'envie de dévorer le monde, peut-être parce qu'il savait qu'il jouait là ses derniers instants, qu'il atteignait l'âge où les danseurs devaient songer à bifurquer vers une autre carrière. Mais Bran n'arrivait pas à se résoudre. Il n'avait que ça, sa danse, son art, sa passion, sa damnation aussi, car pour en arriver là où il se tenait ce soir, il avait travaillé dur, il avait joué le jeu du show business, et il avait laissé derrière lui, dans son sillage impitoyable, des cœurs brisés et des rancœurs profondes – les siens, parfois. Mais il ne regrettait pas. Il ne regrettait rien, pas alors qu'il s'élançait sur la scène après s'être gorgé de la musique familière des applaudissements. Ce soir, il incarnait la moitié d'un couple sans nom, dont l'histoire se divisait en trois actes – rencontre, chute et fin – et lorsqu'il saisit la main de sa partenaire pour l'attirer contre lui et débuter leur ballet révolté, il oublia tout à nouveau, se laissa submerger par la musique et par les efforts qu'il demandait à son corps. De légers, presque aériens, les mouvements se faisaient de plus en plus insistants et leurs corps se rencontraient dans des pas de deux entrelacés, presque fusionnés. Sa partenaire et lui avaient répété pendant des heures pour atteindre l'osmose parfaite qui ferait croire à l'intensité sensuelle qui survenait entre les deux personnages. Des rumeurs dans la compagnie avaient même couru qu'ils prenaient l'entraînement d'ailleurs un peu trop à coeur… Mais Bran n'y prêtait pas attention. Il évoluait dans ce milieu depuis trop longtemps pour s'intéresser aux commérages, et savait par expérience que personne ne pouvait rester indifférent à force de travailler seize heures par jour dans l'intimité d'une salle de répétition.      Et puis, si ça leur permettait d'être meilleurs sur scène, pourquoi pas ? Sa partenaire et lui avaient dérapé deux ou trois fois, juste assez pour que leur alchimie se renforce : Bran se fichait du reste.   Les efforts n'avaient pas été vains. Il le sentait dans leurs mouvements, dans leurs échanges, ; il  le sentait quand il posait les mains sur elle et qu'elle se tendait légèrement. Il aurait pu continuer ainsi pendant des heures, laisser parler son corps pour lui, le laisser raconter des histoires qui n'étaient pas les siennes mais qui finissaient toujours par résonner en lui, d'une manière ou d'une autre.  Son coeur battait à tout rompre, menaçait d'éclater sous la pression et l'effort, mais il ne relâcha rien,  jusqu'à la dernière seconde, où la musique rompit d'elle-même au moment même où leurs corps s'écartaient pour de bon. C'était toujours un moment de suspension, la fin d'un spectacle, entre deux dimensions. Le rideau tomba pour mieux se relever, et le rituel des applaudissements recommença.  Il tourna la tête vers sa partenaire de scène, qui lui adressait un sourire éclatant et il lui rendit la pareille. Ils avaient bien dansé. Une petite révérence, et puis soudain, le rideau retomba. Le public, qui avait communié avec eux quelques minutes plus tôt, faisait désormais partie d'un autre monde. Derrière, en coulisses, c'était l'agitation habituelle, les félicitations, les plaisanteries, les techniciens qui s'affairaient pour débarrasser la scène. Mais Bran n'avait qu'une envie : retrouver la quiétude de sa loge – presque sa deuxième maison, tant il y passait du temps. Le reste des danseurs ne le dérangea pas : depuis le temps, tout le monde était habitué aux rituels de Brandon Rose. Il s'échappa donc à l'étage, profitant de l'ambiance si particulière du théâtre. Il en aimait l'agitation, les recoins, les détours. C'était là sa famille, sa maison. Il n'y avait pas un seul autre endroit où il aurait voulu être. Enfin, il parvint à la porte portant son nom et l'ouvrit pour tomber sur un décor familier. Sa loge était une pièce de taille moyenne, remarquablement bien rangée à la différence de ses nombreux collègues et dont la fenêtre donnait sur les gratte-ciels de New York. Un bureau surmonté d'un miroir éclairé, un fauteuil, une armoire, ça n'était pas grand-chose mais presque toute la vie de Bran était là. Il entrouvrit la fenêtre – il faisait bon dehors, un vrai soir de printemps – et échangea sa (minimale) tenue de scène pour des vêtements confortables qu'il n'aurait pas échangé contre le costume le plus cher du monde. Au moment où il allait se laisser tomber dans son fauteuil, cependant, on frappa à la porte et il leva les yeux au ciel. Bon sang, mais ne pouvait-on pas le laisser tranquille ? A tous les coups, c'était le chorégraphe qui venait lui faire des remarques. Il était pourtant certain d'avoir corrigé les erreurs d'avant… « Entrez, à vos risques et périls. » maugréa-t-il, prêt à en découdre, encouragé par l'adrénaline que son coeur pompait partout dans son corps.  Mais lorsqu'il se retourna pour accueillir le malotru, c'est un tout autre visage qu'il découvrit et il sentit son coeur faire un bond dans sa poitrine déjà au supplice. Bran sentit ses joues chauffer et il remercia l’essoufflement post-spectacle de faire passer ses rougeurs pour de l'effort, quand en réalité il rougissait comme une lycéenne prise en flagrant délit. Le lycée, oui, c'était bien à cette époque que le renvoyait l'intrus qui avait pénétré dans son sanctuaire. Et son improbable présence en ces lieux ne faisait que renforcer l'étonnement du danseur. « Jax ? » Bran resta interdit. Qu'est-ce qu'il faisait là ? Il n'avait pas vu le frère de Skylar depuis… quinze, seize ans ? Pourtant, quelque part, son cerveau avait fait la connexion. Il aurait reconnu ces yeux n'importe où. Indéfinissables, d'une clarté sombre qui avait maintes fois menacé de l'engloutir tout entier. Un sentiment lointain, longtemps oublié, naquit à nouveau dans les tripes de Bran. Comme si son corps tentait de l'avertir d'un danger mouvant, mais que son esprit était incapable d'analyser.  Au lieu de fuir, Bran restait là, bien planté sur ses jambes, haussait un sourcil et esquissait un sourire méfiant. « T'es bien la dernière personne que je m'attendais à voir ici. » Pas de comment ça va, pas de ça fait longtemps, non, rien de ces formules de politesse fanées qui de toute façon n'avaient pas lieu d'être dans leurs retrouvailles. Ils n'avaient jamais été amis. Leur relation, Bran aurait été incapable de la définir et de toute façon, il l'avait laissée derrière lui, comme tout ce qu'il avait décidé de sacrifier sans un regard en arrière dès qu'il avait su qu'il avait été accepté. Il ne pouvait pas prendre le risque de voir son passé entraver sa marche vers la gloire et le succès. Il ne pouvait pas prendre le temps de se poser des questions inutiles ou d'être sentimental. « Que me vaut le… plaisir ? » Brièvement, il se demanda si Jax était le message de mauvaises nouvelles. Mais il parlait régulièrement à Skylar, et tout semblait aller pour le mieux. Alors pourquoi donc celui qui avait hanté les tourments de son adolescence était-il ici ?

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Jax Beauchamp

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Ven 14 Avr 2017 - 16:37

Il n’avait pas vraiment remarqué cette affiche jusqu’à quelques heures auparavant. Des affiches de ce genre, après tout, il n’y en avait des milliers, placardées partout dans les rues et les sous-sols du métro new-yorkais alors, à force, on ne les voyait même plus. De toutes façons, Jax n’avait jamais été un fin observateur, son regard ne se baladait pas naturellement autour de lui lorsqu’il s’immisçait dans la foule. Au contraire, il semblait fixer un point stable devant lui, comme un point d’ancrage, un phare qui lui permettait de fendre la masse sans lui prêter attention. Ce n’était pas comme si son attitude invitait à la discussion mais par automatisme, comme une sorte de mécanisme de défense, Jax arborait cette armure invisible mais indestructible qui dissuadait quiconque de chercher à croiser son regard. Mêmes les pauvres gamins qui essayaient de vendre des appareils miracles ou voulaient vous faire signer une pétition ne prenaient pas le peine – ou le risque – de tenter de l’arrêter et préféraient faire un pas de côté pour laisser passer la silhouette imposante. New York, Jax n’y était que depuis quelques semaines, pour un travail, mais il était convaincu que jamais il ne s’habituerait à l’effervescence constante de la ville où il ne trouverait jamais le repos ou quoi que ce soit d’autres, d’ailleurs. Non pas qu’il soit en quête de quelque chose, il avait plutôt pris le pli de faire son boulot puis de disparaitre. Il lui arrivait bien sûr de sortir, d’aller fourrer le nez dans des bars dont il ne revenait jamais seul, mais ça restait assez épisodique, son taux de tolérance aux autres étant très limité. Skylar avait appelé, quelques jours plus tôt, pour demander comment il s’en sortait mais il avait répondu laconiquement qu’une ville était une ville et que, tôt ou tard, il serait envoyé ailleurs. Sa sœur avait souri, il n’avait peut-être pas pu le voir mais il l’avait senti à la façon dont elle se moquait gentiment de lui et elle lui avait demandé s’il voulait un numéro d’une personne ou l’autre à appeler, en cas de besoin soudain de sociabiliser et Jax avait décliné l’offre d’un grognement. Quand comprendrait-elle donc que tout le monde n’était pas comme elle ? Que tout le monde ne ressentait pas le besoin de nouer des liens avec les premiers venus ? Elle détestait la solitude, lui, l’avait apprivoisée depuis longtemps et se complaisait dedans. S’il avait envie de la briser momentanément, il savait parfaitement où aller et comment faire, il n’avait certainement pas besoin de Skylar Beauchamp pour cela. Elle n’avait qu’à continuer ses études et, comme il aimait bien à le lui dire pour lui clouer le bec : elle n’avait qu’à rattraper ses études, au lieu de les poursuivre. Lorsqu’il sortait cette remarque-là, Skylar semblait enfin comprendre qu’il avait eu sa dose de babillages inutiles et elle le laissait tranquille. Jusqu’à sa prochaine envie brûlante de lui raconter sa vie.
Les posters, dès lors, n’étaient qu’un détail dans ce paysage turbulent dont Jax se sentait quotidiennement agressé. Il ignorait les murs comme les gens et aurait probablement continué à ignorer la proximité du jeune homme de ses souvenirs s’il n’avait dû échapper à l’attention exagérée d’une jeune femme, de l’autre côté du quai. Il ne l’avait pas remarquée immédiatement, son regard étant, comme d’habitude, perdu dans un brouillard épais mais la façon qu’elle avait de se mouvoir, là-bas, de l’autre côté des rails avait fini par capter l’oeil de Jax. Son regard s’était focalisé sur elle et il avait découvert le sourire aguicheur qu’elle arborait, la tête légèrement penchée sur le côté, le sourcil un peu arqué, comme si elle évaluait la force que pouvait contenir cet homme à la carrure impressionnante. Loin d’être flatté par l’intérêt qu’elle lui portait, Jax se rembrunit et leva les yeux au ciel en se détournant ostensiblement, pour bien lui faire comprendre qu’il n’y avait aucune réciprocité. Et il tomba nez-à-nez avec l’affiche.
Un flash passa devant ses yeux. Ou plutôt des flashes. Toutes ces fois où il avait regardé Brandon Rose et sa sale petite manie d’être irrésistible. Plus ou moins loin, plus ou moins franchement. S’il y avait un souvenir qu’il associait à ces étés passés à Mount Oak, c’était bien celui du freluquet d’ami de Skylar. Ce même freluquet qui était maintenant en tête d’affiche d’un spectacle de danse et, invariablement, son esprit fit la connexion avec cet échange – cet éclat – qu’il y avait eu entre eux près du lac de Mount Oak, quand il avait découvert le secret de l’adolescent et s’était fichu de sa gueule, parce qu’il ne savait pas quoi faire d’autres à l’époque. Pas plus que maintenant, songea Jax avec un sourire un peu aigre alors qu’une bouffée d’air lui fouettait le visage, annonçant l’arrivée du métro. Le Louisianais ne réalisa qu’à ce moment-là que ses doigts s’étaient inconsciemment portés vers les lettres du nom de ce caprice de gamin. Ceux-ci avaient visiblement plus de volonté que son âme parce qu’il laissa retomber son bras et secoua la tête, se détournant du mur et du Brandon Rose de papier pour s’engouffrer dans la première voiture du métro. Instinctivement, il releva brièvement la tête et vit que la jeune femme avait attendu cet instant. Sa main fine s’éleva et elle esquissa un geste de salutation auquel il ne prit même pas la peine de répondre, laissant le véhicule l’emporter.
Mais l’image ne le quitta pas de l’après-midi et, sans qu’il ne sache trop pourquoi, ses pas le menèrent le soir même vers la salle qui accueillait la troupe et son spectacle. Apparemment, son esprit avait enregistré plus d’informations qu’il ne l’avait pensé et lorsqu’il s’approcha du guichet pour demander une entrée, il ne savait toujours pas ce qu’il fabriquait. Il faillit abandonner à plusieurs reprises, la première fois à l’annonce du prix de la place, qu’il trouva exorbitant et ne manqua pas de le faire remarquer à l’employé qui haussa simplement les épaules :
- C’est presque sold out, vous avez de la chance qu’il reste des places ce soir.
De la chance, de la chance. Jax lui aurait bien fait bouffer son billet pour voir si c’était de la chance mais il réduisit les grognements au strict minimum et pénétra dans la salle, suivant la jeune femme qui le guida jusqu’à sa place – heureusement située assez loin dans la salle, sa taille imposante aurait probablement été un problème s’il avait été assis plus près de la scène. Il se trouva ridicule d’être soulagé quand les lumières s’éteignirent, au bout de quelques minutes, comme si, parmi cette foule compacte et désormais aussi silencieuse qu’une église, il serait immédiatement repéré par la raison de sa venue. Mais il ne put ignorer les battements lourds de son cœur, tandis que son regard se portait sur le large rideau et que la musique envahissait les lieux, embarquant les spectateurs dans un univers parallèle, où la gravité n’avait plus de force et où les gestes semblaient aériens, irréels. Et l’ange de ses rêves inavoués apparut enfin, des années après que le regard de Jax se fut posé sur lui pour la dernière fois. Bien sûr, il n’avait pas complètement oublié l’existence du jeune homme, c’était impossible quand Skylar le mentionnait régulièrement, mais il l’avait occultée autant que possible, pour une sombre raison que même lui ignorait. Mais entre le gamin maigrichon qui avait attiré son attention, voilà quinze ans, et l’homme qui virevoltait avec la danseuse, sur cette scène, sous le regard hypnotisé de centaines de personnes, un siècle s’était écoulé et pendant un très bref instant, Jax voulut que tout cela s’arrête, que tous ces gens s’en aillent, qu’aucun d’eux ne puisse se gorger de cette vue féérique qu’il voulait pour lui seul. Un très bref instant, cependant, parce qu’il reprit rapidement ses esprit et secoua la tête pour se sortir de cette torpeur – cette malédiction – qui semblait l’avoir ensorcelé. Il tâcha de regarder le couple évoluer gracieusement sous les projecteurs encore quelques minutes puis finit par abandonner, laissant son siège vide au prix horripilant pour retrouver la fraicheur du soir tombant et il dut fermer les yeux un instant pour reprendre le contrôle de sa respiration et calmer les sensations folles qui envahissaient son corps. Et tuer les images, passées et imaginées, qui dansaient dans son esprit comme Brandon sur scène.
- Ça ne vous a pas plu ? s’enquit le guichetier qui l’avait visiblement reconnu. On ne rembourse pas, si c’est ce que vous espérez.
Jax lui décocha une œillade assassine et tourna les talons, bien décidé à rentrer chez lui. Mais plus tard, alors qu’il errait encore dans le quartier, il aperçut l’activité dans une ruelle adjacente où, s’il calculait bien, devait se trouver la porte des coulisses. Des gens remballaient du matériel et, sans même y réfléchir à deux fois, Jax s’approcha, vint en aide à deux petits gars aussi épais que des allumettes qui acceptèrent son secours avec un sourire reconnaissant. Il avait un nouveau billet d’entrée, plus intéressant, cette fois, puisqu’il pénétra dans les couloirs surpeuplés où les employés et la troupe se marchaient pratiquement les uns sur les autres. Jax transporta encore quelques caisses, dans l’unique but de justifier sa présence puis s’aventura plus loin. Il débarqua au cœur de l’animation avec la sensation d’être un éléphant dans un magasin de porcelaine ou, plus précisément, un gamin qui devait faire attention à ne pas marcher sur la colonne de fourmis qui bataillaient sous ses pieds. Personne ne lui demanda qui il était et ce qu’il fichait là, ils étaient tous bien trop préoccupés par l’après-spectacle pour se soucier de lui et quand, au milieu de ces corps agités, il repéra celui de ses tourments ancestraux, Jax retint sa respiration, craignant pendant quelques secondes que Brandon ne le voie à son tour. Mais le jeune homme fila par un escalier et disparut rapidement. De son pas pesant, Jax fendit la foule qui s’écarta inconsciemment, comme si c’était tout naturel de céder le passage, comme s’il était impossible que deux corps s’entrechoquent par inadvertance, dans cet univers dansant et aérien, et monta à la suite de Bran. Il parvint à un étage où le brouhaha ambiant était à moitié étouffé et ce calme relatif lui permit de respirer à nouveau un peu mieux. Du moins, juste le temps qu’il se trouve nez-à-nez avec la porte qui arborait fièrement le nom du danseur.
Que faisait-il là, cependant ? Jax réalisa toute la bêtise de son acte au moment même où il s’immobilisait devant la porte close. Que foutait-il ici ? Qu’allait-il dire au meilleur ami de sa sœur ? Quelle explication valable pourrait-il donner à sa présence ? Ça n’était pas un accident, ni un hasard, et il savait que Brandon Rose, avec son esprit vif de petite fouine, le saurait d’emblée. Mais d’un autre côté, faire demi-tour lui paraissait ridicule, maintenant qu’il était là… Se pinçant les lèvres, Jax prit une profonde inspiration et frappa trois coups secs. Si ça se trouvait, Bran n’allait même pas se souvenir de lui. Si ça se trouvait, ça n’était pas vraiment lui mais un homme qui y ressemblait – même s’il savait cette hypothèse complètement idiote, il avait vu le nom, il l’avait vu sur scène. Si ça se trouvait…
- Entrez, à vos risques et périls.
Un sourire vint arquer les lèvres de Jax. Si ça n’était pas Brandon Rose, cette voix, cette façon de parler. Et il eut envie de répliquer que c’était plutôt aux siens, de risques et périls, qu’il allait entrer. Lentement, comme s’il pouvait encore changer d’avis, il appuya sur la poignée et poussa la porte pour découvrir la loge du danseur. La stupeur qui ne tarda pas à se lire sur les traits du jeune homme élimina en tout cas l’hypothèse qu’il ne se rappelle pas de lui. Tout comme l’évocation de son prénom, toujours aussi délicieuse quand elle était énoncée par l’impudent personnage. Le Louisianais pénétra dans la pièce et referma doucement la porte, l’impression d’être un colosse dans une maison de poupées lui martelant toujours le crâne.
- Je passais dans le coin, répondit simplement Jax, sans chercher à dissimuler l’ironie qui dégoulinait de cette expression usée.
Il n’y avait pas plus faux que cette assertion. Après tout, il vivait dans un appartement miteux, à l’autre bout de la ville, la place achetée avait coûté le triple de ce qu’il aurait mis dans n’importe quel billet et il n’y avait qu’à calculer le nombre d’heures qu’il avait tenues avant de se présenter devant la loge du danseur à partir du moment où il avait découvert sa présence en ville. Une poignée, tout au plus.
Son regard balaya l’ensemble de la pièce et il s’approcha des produits avec lesquels Bran devait se tartiner la peau, puis il étudia silencieusement la décoration de la loge, guettant des réponses aux questions qu’il n’osait même pas s’avouer.
- C’est drôle. En voyant l’affiche, à l’entrée, je me suis rappelé ce jour près du lac, quand Skylar m’avait envoyé te porter un message. Tu avais déjà ton attirail de petit rat de l’opéra. Visiblement, t’es arrivé à tes fins ?
Pourquoi poser une question à laquelle il avait déjà réponse ? Parce qu’il n’avait rien d’autres à dire au jeune homme ? Parce que depuis le métro, il semblait habité par un autre ? Un autre qui se fichait des convenances et de comment pourrait être perçue sa présence blasphématoire au milieu du rêve devenu réalité de Brandon Rose ?
- Tu n’as pas l’air particulièrement content de me voir, déclara-t-il finalement en reportant son regard teinté d’ironie sur l’objet de ses fantasmes de jeunesse. Je voulais te féliciter mais peut-être que j’aurais dû envoyer des fleurs, à la place ? C’est comme ça qu’on fait, dans ce monde-ci ? Mais je n’ai rien apporté.
Et comme pour prouver ses dires, il écarta ses mains vides et lui décocha un sourire ambigu.
À quoi jouait-il ? Même lui ne le savait plus.

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Like the waves roll with the moon, did we rise and fall too soon? It’s been so long, I can't remember. If I could walk between the stars or be given one more chance, I know which I'd surrender just to build a bridge back to your heart.

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Brandon Rose

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Sam 15 Avr 2017 - 2:32

Jax Beauchamp était dangereux, parce qu'indéchiffrable. Sa seule présence ici, dans cette loge, demeurait un mystère pour Bran. Il aurait été moins surpris de recevoir une visite du président que de voir l'aîné des Beauchamp ici. Alors Bran restait sur ses gardes, guettant l'indice qui pourrait l'aider à déchiffrer cette étrange énigme. Quand à résoudre le mystère Jax Beauchamp en lui-même, il n'espérait pas le faire maintenant, ni jamais. Il avait tenté étant plus jeune, mais cela ne lui avait apporté que des désillusions et un sentiment de honte qu'il n'avait pas oublié, comme il s'en rendait compte aujourd'hui. Il avait pourtant voulu mettre Mount Oak et tout ce que représentait la petite ville derrière lui. Lorsqu'il était parti, l'été après sa dernière de lycée, il n'avait dit au revoir à personne. Il avait voulu faire table rase de ce passé encombrant pour mieux prendre son élan et s'envoler vers les gratte-ciels de New York. Les étoiles ne pouvaient pas être atteintes si l'on vivait avec un boulet accroché à la cheville. Bran avait scié la chaîne avec précision – la seule exception demeurait Skylar et elle n'avait jamais tenu compte de ses longs silences dans leur amitié cisaillée. Ses premières années à New-York se confondaient dans le bruit et la fureur. De la musique, des soirées, des journées de travail et des nuits interminables passées dans de nombreux lits, Bran ne gardait que la sensation d'avoir été intensément vivant. Il s'était donné corps et âme à cette ville, et n'en tirait aucun regret. Il avait parfois l'impression de ne pas avoir dormi du tout pendant ces premiers temps, comme s'il avait peur de manquer quelque chose, n'importe quoi. Il avait tout expérimenté ou presque, et il avait fait ses choix en conséquence. Il ne comptait plus les filles qu'il n'avait jamais rappelées, les directeurs de compagnie avec qui il s'était empoigné, les changements de dernière minute, les petits matins après une nuit folle où il récupérait ce qu'il pouvait de sommeil dans le métro avant d'entamer une journée de répétitions où il donnait son corps et ses tripes pour recommencer le cycle infernal qui faisait brûler un feu fou furieux dans ses veines. Et là-dedans, quelle place avait tenu Jax Beauchamp ? Il surgissait parfois, lorsqu'il parlait à Skylar, mais toujours en diagonale, toujours en retenue, comme si Skylar savait quelque chose qu'il ignorait et qu'elle se jouait gentiment de lui. Maintenant que l'aîné des Beauchamp était là devant lui, en chair et en os, Bran ne parvenait pas à évaluer. Vivait-il à New York ? Que faisait-il dans la vie ? Etait-il avec quelqu'un ? Cette dernière question poussa Bran à jeter un bref coup d'oeil aux mains de son invité surprise. Pas d'alliance. Ce qui ne voulait rien dire, et ne changeait rien au mystère de sa présence. Jax semblait prendre plaisir à rester vague, à jouer sur les mots. Il passait dans le coin ? Bran pencha légèrement la tête et esquissa le sourire narquois qui le suivait depuis qu'il en comprenait le pouvoir. Jax Beauchamp, décider sur un coup de tête de se rendre au théâtre pour voir un spectacle où il jouait ? Il était plus probable, encore une fois, que le président ne débarque sur le champ. « Je vois. » fit Bran qui ne voyait pas du tout. Mais Jax avait commencé, et il ne voulait pas être en reste. C'était étrange comme leur relation reprenait exactement là où elle avait été laissée. Et il ne manqua pas de tressaillir légèrement lorsque Jax mentionna leur dernière entrevue, celle qui avait scellé un silence de quinze ans. La scène ressurgit devant ses yeux, aussi claire que si elle s'était déroulée la veille. Le soleil écrasant, la fraîcheur du lac, leur confrontation aussi ambiguë que violente. Il se souvenait des derniers mots qu'il lui avait crachés au visage. Avec du recul, Bran réalisait qu'il n'aurait pas dû mais à l'époque, il était un gamin impétueux et ombrageux qui savait parfaitement où appuyer pour faire mal. Jax l'avait blessé, avait égratigné son orgueil et ses rêves : lui rendre la monnaie sa pièce en lui rappelant sa condition misérable lui avait semblé être la moindre des choses. Jax lui en tenait-il rigueur ? Visiblement pas, puisqu'il évoquait le souvenir avec une désinvolture presque déconcertante. Une ébauche de rire secoua Bran pour se tordre en un rictus désenchanté et frondeur. « Eh bien, comme tu vois, je suis monté en grade. Je ne suis plus ce gamin. » Mais était-ce si vrai ? Avait-il tant changé que ça ? Alors qu'il avait l'impression de se retrouver dans la même position qu'il y a près de quinze ans ? La configuration était la même, après tout. Dans un endroit qu'il pensait connaître parfaitement, dans un territoire qu'il maîtrisait sur le bout des doigts, Jax parvenait à le prendre par surprise et à faire vaciller les fondations de ses certitudes. Il détestait ce sentiment que Jax était capable d'insuffler à leur échange. Il détestait cette sensation primaire, animale, qui ronronnait au fond de ses tripes. Il n'avait rien à lui prouver. Il avait réussi, il avait travaillé dur, il était arrivé au sommet de son art. Il avait eu ce qu'il voulait et menait sa vie d'homme et d'artiste comme il l'entendait. Alors pourquoi la présence de Jax lui courait-elle sous la peau ? Pourquoi avait-il l'impression qu'on lui glissait une lame sous la gorge ? Pire, pourquoi avait-il d'appuyer sur cette même lame, pourquoi avait-il envie de goûter la souffrance ? Peut-être parce qu'il se surprenait à étudier ce visage et ce corps plus qu'il ne l'aurait voulu, alors qu'il retrouvait les réflexes de l'adolescent idiot et perdu qu'il pensait avoir mis derrière lui. Jax, de même, n'était désormais plus un gamin. Bran ne pouvait s'empêcher de superposer ses souvenirs à l'homme en face de lui, et les années ne s'étaient pas montrées cruelles envers Jax Beauchamp. Cependant, il avait beau avoir changé de costume pour se fondre dans la masse new-yorkaise, certains détails n'échappaient pas à l'oeil affûté de Bran. Il avait les mêmes yeux insondables qui invitaient à venir nager en eaux troubles, et le danseur se sentait prêt à plonger d'une seconde à l'autre. Même sa voix était dangereuse. Il y avait quelque chose dans cette voix rauque et ironique quelque chose qui donnait envie à Bran de réduire des choses en poussière. Pour s'occuper les mains, il attrapa une bouteille d'eau posée sur son bureau et l'ouvrit, tant pour se donner contenance que se désaltérer. Qui de Jax ou de l'effort post-spectacle asséchait le plus sa bouche, c'était encore à voir et il fixa d'un œil acéré le personnage sorti du passé se montrer toujours aussi abrasif. Et bien entendu, Bran tombait dans le panneau, ignorait les signaux qui criaient danger. Il reposa la bouteille d'eau et haussa un sourcil amusé. « C'est rafraîchissant de constater que tu as toujours aussi peu de manières. New-York doit t'aller comme un gant. » répliqua-t-il, caustique. Il se fichait bien des fleurs, en vérité. Il n'avait que faire de ces vaines récompenses. En revanche, une autre question le taraudait alors qu'il laissait le sourire de Jax marquer son empreinte dans son esprit, trop vite, trop fort. Mais il fallait qu'il cache, qu'il enrobe. « Pour tout t'avouer, ta présence vaut bien un bouquet. Jamais j'aurais cru que Jax Beauchamp viendrait voir mon spectacle. Je ne savais même pas que tu vivais ici. » ajouta-t-il, avec une nonchalance calculée. Puis il reprit une gorgée d'eau, sans cesser de fixer Jax et lorsqu'il reposa la bouteille, il croisa les bras et pencha légèrement la tête vers le côte, armé de son sourire aussi goguenard insaisissable. « Le spectacle. Ca t'a plu ? » La question à un million.

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But I'm weak, and what's wrong with that? Boy, oh boy I love ya when I fall for that, I'm weak, and what's wrong with that? Boy, oh boy I love ya when I fall for that.

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Jax Beauchamp

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Dim 23 Avr 2017 - 14:50

Il y avait quelque chose qui virevoltait dans son corps. Ça chatouillait, ça effleurait ses côtes, ça triturait ses intestins. Ça se mettait à sauter sur place dès qu’il amorçait ne serait-ce qu’un coup d’œil en direction du danseur. Ça avait quelque chose de traitre et de délicieux à la fois et Jax savait parfaitement que le mensonge ne tenait pas la route, même quand il essayait de faire croire qu’il ne s’était jamais douté de ce qui sommeillait en lui. Ça avait toujours été là, sous une forme ou une autre. Ça avait tendance à l’irriter et à le renvoyer à ce qu’il n’était pas. Ça gigotait dès qu’il y avait la perspective de croiser l’ami de sa sœur, quand bien même il était devenu un as pour grogner et prétendre que tout ce qu’il dirigeait vers le freluquet n’était que mépris et impatience quand, au fond des eaux troubles, un autre désir n’attendait que son heure pour prendre les commandes. Sauf que Jax Beauchamp n’avait jamais laissé à cet être double le loisir d’arriver à la surface, il l’avait noyé, résolument, impitoyablement, parce qu’il ne voulait pas être la proie d’un gamin imbu de lui-même et trop conscient de son charme. Il ne voulait pas être la marionnette de sentiments incontrôlables. D’ailleurs, il ne voulait être mené par aucun sentiment, juste des sensations. Des sensations délicieuses, qui montaient en puissance, explosaient dans tout son corps et repartaient dormir jusqu’à la prochaine rencontre dans les recoins sombres d’une ruelle. Jax Beauchamp ne voulait pas d’attache parce qu’il avait vu ce que cela faisait à ses parents, à sa sœur. Il n’avait jamais assisté à grand-chose de bienheureux quand on incluait une relation durable. Alors le Louisianais optait pour des rapports charnels, dépourvus d’attaches, de promesses. Il préférait le célibat et la liberté qu’il impliquait. Jamais il ne se sentait seul, jamais il ne regrettait ses choix. À part peut-être quand il était question de Brandon Rose dont il aurait aimé tordre le cou à bien des reprises. Jamais il n’avait envisagé de véritable relation avec le garnement, loin de là. Pour lui, il s’agissait plutôt de l’attrait du fruit défendu. Quant à savoir s’il n’était défendu que parce qu’il était lié à Skylar ou parce qu’il y avait une raison plus obscure derrière, Jax ne s’était pas penché sur la question suffisamment pour y apporter une réponse. Il ne voulait pas de réponse, d’ailleurs. Il aurait été plus simple qu’il prenne ce qu’il voulait, qu’il cède à la pulsion de serrer ce moineau contre lui, quitte à l’étouffer ou à lui briser les os, pour être délesté de cette envie irrépressible plus vite. Mais quelque chose avait toujours empêché le fantasme de se réaliser et Jax considérait ne pas s’en sortir plus mal comme ça. La peur ? Elle n’avait rien à voir là-dedans. Il ne craignait pas le petit merdeux, ni son regard perçant ni son sourire moqueur, ni ses mots   acérés. Jax était persuadé qu’ils lui coulaient tous sur la peau. Il n’était dès lors pas question de fuite, de regret ou d’aveuglement. Il s’agissait juste d’incompatibilité. Et la preuve n’était-elle pas là, devant leurs yeux, alors que le danseur évoluait avec grâce dans cette loge qu’il habitait alors que le monstre faisait grincer le parquet et menaçait de faire tomber les bibelots soigneusement alignés s’il faisait un mouvement trop brusque ?
Ils étaient des opposés complets, pas les deux faces d’une même pièce et Jax ne savait plus ce qu’il fichait là, ce soir ni pourquoi il avait cédé dès qu’il avait vu l’affiche. Il aurait pu continuer à vivre sa petite vie tranquille, inconscient de la proximité du jeune Mount Oakois si seulement la gonzesse du métro ne lui avait pas fait les yeux doux. Il aurait pu aussi poursuivre son bonhomme de chemin, rentrer chez lui, retourner au boulot le lendemain et ignorer sciemment et doublement les murs bardés de posters colorés. Il aurait pu se contenter d’un regard neutre et ranger l’information dans un coin inutilisé de son cerveau. Mais voilà, cela semblait impossible, dès que cela impliquait Brandon et c’était comme si le noyé de son âme avait repris vie, contre toute attente, une renaissance provoquée par la simple vue d’un nom, par la simple esquisse d’une silhouette à contre jour sur une affiche. Jamais Jax n’aurait dû se trouver là, trop conscient de ce qui se baladait dans son corps, de ce qui dessinait des arabesques sur sa peau, de ce qui empoisonnait ses veines et accélérait les battements lourds de son cœur. La seule chose qui soulageait Jax, c’est que sa large carcasse dissimulait la trois quarts de ce trouble inconvenant. Il n’avait qu’à s’en prendre à lui-même ce soir, toutefois, car rien de tout cela ne se produirait s’il ne se trouvait pas à moins de trois mètres du gamin devenu homme, du seul sur lequel il n’ait jamais osé – parce que c’était bien le mot : oser – poser la main, tout juste s’il s’était risqué à laisser son imagination vagabonder. Cette même imagination qui pouvait se montrer plus traitresse que jamais, sa pire ennemie, celle qui maniait les commandes et faisait de lui un pantin de son désir inavoué, de ses fantasmes enflammés. Mais il n’avait pas besoin d’elle ce soir, pas quand il pouvait se gorger de la vue de Bran dans sa tenue d’après-scène, pas quand il pouvait apprécier la teinte écarlate qui embrasait les joues du danseur et qu’il aimait à associer à son apparition soudaine quand, clairement, elle était simplement due à l’effort fourni durant le spectacle. Au final, à aucun moment le jeune homme n’avait vraiment donné de signes évidents d’éprouver ne serait qu’une infime attraction réciproque et peut-être était-ce ce qui avait toujours bloqué Jax, même quand il était un jeune adulte railleur et provocateur que les poings n’effrayaient pas mais que l’esquisse d’un geste en direction de Brandon Rose tétanisait. Même maintenant qu’il approchait de la quarantaine et qu’il avait l’impression de retomber dans ses travers de jeunesse, confronté à un jeune étalon fougueux dont il ne lisait que trop difficilement les pensées. Jax ne savait pas ce qu’il fichait là mais cela ne l’empêchait pas de savourer chaque seconde, conscient du mur dans lequel il fonçait et incapable de détourner sa course de cette trajectoire. Il était de toute façon trop tard, maintenant, pour faire machine arrière.
Jax ressentit un roulement familier sous sa peau en discernant le sourire de Bran et il en miroita une esquisse, son regard impénétrable ne quittant pas sa proie – car c’était bien de cela qu’il s’agissait, non ? Brandon Rose n’était-il pas devenu la proie d’un Jax Beauchamp affamé par les années de retenues dès que ce dernier avait passé le seuil de la loge ? Si le doute planait jusqu’à ce qu’il frappe à la porte, Jax avait l’impression qu’il s’était dissipé dès qu’il avait vu le jeune homme en chair et en os. Des années séparaient la dernière fois que Jax avait posé les yeux sur l’impertinent mais c’était comme si elles avaient été subitement aspirées dans un trou noir. Il ne restait qu’eux, eux et cette défiance toute naturelle dont l’origine était nébuleuse, du moins du côté de Bran. Alors, certes, Jax n’avait jamais rien fait pour se faire apprécier du meilleur ami de Skylar mais Bran avait été un interlocuteur retors dont les codes semblaient indéchiffrables à l’ainé des Beauchamp. Cela n’avait jamais eu l’air d’attrister Skylar et peut-être qu’elle lui en aurait voulu de venir importuner son ami sans raison particulière mais elle n’était pas là pour émettre un avis et Jax n’avait aucune intention de la laisser s’immiscer entre Bran et lui ce soir.
- Ouais, je vois ça…
Et comme pour se torturer davantage – ou déconcerter l’impudent ? – il pencha légèrement la tête et laissa son regard balayer lentement la silhouette élancée dont il devinait les muscles ciselés, les traits parfaitement dessinés, malgré la couche duveteuse qui la couvrait. Cherchait-il à être si évident que ça en devienne gênant ? Voulait-il faire fuir le garçon, faire renaitre les instants d’antan ? Ou testait-il la réaction, incapable de se terrer derrière les malentendus et les caractères illisibles de leurs échanges ? Désirait-il tout à coup comprendre le jeune homme, déceler ce qui se passait réellement derrière son sourire narquois et son regard bleu vif qui écorchait, même lorsqu’il ne faisait que l’effleurer d’un coup d’œil ?
- Qu’est-ce que tu veux, je tiens de mon père, répliqua-t-il, le ton lourd de sous-entendu.
Pour bien signifier qu’il n’avait pas oublié l’insulte, qu’elle était gravée dans son âme comme dans sa chair, mais qu’il avait appris à en rire. Après tout, son père était décédé d’une cirrhose un an plus tard et il y a longtemps que Jax n’y pensait plus. Jax ne comptait pas revenir sur le passé et déterrer des sujets pénibles et, d’ailleurs, s’il avait voulu le faire, Brandon Rose aurait été la dernière personne avec qui il aurait voulu le faire. Skylar peinait déjà à lui faire évoquer des incidents survenus dans l’intimité de leur demeure louisianaise alors qu’allait-il donc échanger avec un garçon qu’il ne connaissait finalement pas vraiment ? Mais c’était bien là le problème, selon Jax : il avait beau ne pas être un ami de Bran, il avait eu trop souvent l’impression qu’un lien ténu les reliait et que le jeune homme perçait plus profondément son épaisse carcasse que n’importe qui, sans qu’il sache pourquoi ni comment. C’était de la sorcellerie et c’était peut-être pour cela que, envoûté, Jax n’avait pu résister au besoin de venir voir le danseur de ses propres yeux et de ne pas se contenter de se fier à une affiche placardée mille fois dans les rues et souterrains new-yorkais.
Une lueur suspicieuse se glissa dans le regard clair de Jax tandis qu’il écoutait Bran et il émit un rire rauque, conscient de la question informulée. Les plis aux coins de ses yeux s’accentuèrent en même temps que son sourire et il haussa un sourcil :
- Je ne vis pas vraiment ici. Je suis là pour le boulot.
Ce qui aurait pu ressembler à un mensonge mais qui ne l’était pas. New York ne l’avait jamais attiré et il n’y aurait jamais mis les pieds s’il n’y avait pas été envoyé. À choisir, Jax préférait Chicago ou Philadelphie mais il ne voyait pas l’intérêt de le préciser au danseur. Qu’est-ce que ça pouvait lui faire, après tout ? Et puisqu’il en était aux demi-confidences, il haussa les épaules et répliqua :
- J’en ai pas vu grand-chose, ces sièges ne sont pas faits pour des types comme moi. J’avais les genoux dans le cou de la bonne femme devant moi et le fauteuil grinçait à chaque fois que j’avais le malheur de bouger.
À nouveau, il sonda la réaction de son interlocuteur, guettant le petit détail qui lui avait toujours échappé. Mais tout ce qui occupait son esprit, c’était ce truc qui s’échinait à rendre folle chaque partie de son corps, de ses doigts qui fourmillaient à ce feu ronronnant qui brûlait au creux de ses entrailles et qui ne semblait avoir cette ardeur qu’à la vue du gamin impudent d’autrefois et de l’homme irrésistible d’aujourd’hui.

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Mer 26 Avr 2017 - 16:56

Bran avait l'habitude d'être observé. Etre mis à nu, être décortiqué selon le moindre de ses gestes, tout cela faisait partie de son quotidien. Etre un danseur exigeait parfois de sacrifier son intimité et sa fierté afin de pouvoir commander à son corps la perfection exigée. Etre regardé sous toutes les coutures faisait partie de son quotidien, et il savait quand il était toisé de toutes parts. C'était un exercice routinier, basique, sans importance. Alors pourquoi se retrouver soudain la cible de Jax Beauchamp creusait un tel puits sans fond dans le creux de ses entrailles ? Pourquoi n'avait-il pas réussi à ignorer l'effet que ces yeux insondables avaient sur lui ? Avec les années, il aurait pourtant dû être capable de faire abstraction de ce pouvoir magnétique. Ouais, je vois ça. La voix rauque et profonde de Jax avait porté son coeur au bord des lèvres et lui avait fait tourner la tête. Qu'essayait-il de prouver à Jax, exactement ? Que leurs cinq ans de différence étaient bien dérisoires, désormais ? Qu'il était un homme, qu'il l'avait rattrapé, que l'ambiguïté n'avait plus lieu d'être ? Alors, c'était tout ce que ça prenait, cinq minutes dans une loge avec Jax Beauchamp, et voilà qu'il repartait dans ses délires d'adolescent perdu et confus. Il ne savait même pas ce qu'il voulait de Jax. Il n'était même pas sûr d'avoir un jour su. La remarque narquoise de Jax lui revint en plein visage et Bran perdit un peu de sa superbe, juste le temps que son sourire ne s'efface pour mieux revenir. Alors, il n'avait pas oublié non plus. La scène réapparut, toujours aussi cristalline, toujours aussi aveuglante, au sommet de la frustration qu'elle inspirait. Qu'avait-il attendu de Jax, ce jour-là, sous le soleil écrasant de Mount Oak, dans le silence du lac ? Il se revoyait plonger dans l'eau fraîche, nager jusqu'au ponton au milieu de l'étendue d'eau immobile. Pour échapper au monstre, s'était-il dit, à l'époque, la belle époque où ses mensonges pouvaient encore lui sauver la face. Mais n'avait-il pas voulu plutôt l'inviter, vaguement conscient du charme qu'il pouvait insuffler à ses mouvements, testant son pouvoir de séduction sur cette proie qui avait tout d'un chasseur ? Et quand bien même, si cela avait fonctionné, comment aurait-il réagi ? Hein, la belle affaire. Que se serait-il passé si Jax, au lieu de tourner les talons, l'avait rejoint ? Le ponton aurait-il légèrement vacillé sous la pression de ce corps bien plus imposant que le sien ? Leurs peaux se seraient-elles effleurées, sous l'effet d'un geste maladroit ou d'une glissade ? Jax l'aurait-il foutu à l'eau pour se venger, ou au contraire, aurait-il eu le courage d'accomplir ce que Bran n'avait jamais osé se formuler à lui-même ? Aurait-il eu le courage de s'approcher, d'étudier la possibilité de leurs lèvres scellées, de leurs mains tremblantes et curieuses ? Est-ce que, protégés du regard des autres, ils auraient mis fin à leur affrontement pour se retrouver ? Peut-être que tout aurait alors changé. Peut-être que leurs vies auraient pris une direction tout à fait différente si ce jour-là, dans le secret de Mount Oak, il s'était passé autre chose qu'une dispute. C'était là le point de divergence, le moment où l'univers avait séparé leurs lignes de temps et d'espace. Et peut-être que ce soir, ils étaient parvenus à leur point de convergence, le moment où l'univers leur donnait à nouveau la possibilité d'entremêler à nouveau leurs existences. Même pour Bran, qui faisait du cynisme une hygiène de vie et se jouait du destin et toutes ces balivernes, la présence de Jax à New York sonnait comme un signe – un signe qui aurait été envoyé par le diable en personne. Si Bran n'avait jamais vraiment compris ce qu'il attendait de l'aîné des Beauchamp, il savait en revanche pourquoi l'attraction qu'il éprouvait avait toujours été mêlée d'une défiance aiguë. Jax était le danger incarné, la tentation qui pouvait tout faire basculer. Il était imprévisible et dangereux, incontrôlable et ombrageux. Jax était un volcan que la moindre secousse pouvait faire exploser. Il était le désordre, le chaos, l'anarchie. Il était un magnifique désastre, un orage sublime, et Bran avait l'impression qu'il n'avait pas d'autre choix que de se laisser submerger par la tempête. Et pourtant, il avait couru si longtemps pour y échapper. Il s'était même persuadé d'avoir mis la tornade derrière lui, d'avoir tout oublié, il avait prétendu si fort ne plus y penser, il avait même cru à son propre mensonge, celui d'avoir tout oublié. Mais on n'oubliait pas Jax Beauchamp. C'était impossible de l'effacer de sa mémoire, de faire disparaître ce regard qui le transperçait de part en part, de faire semblant à propos de toutes les marques que chaque regard, même furtif ou surpris, avait laissé sur lui. Bran sentait sa propre peau réagir à cette mémoire tactile et invisible, il la sentait picoter, réclamer un contact qui aurait pu étancher sa soif. Mais Jax semblait prendre un malin plaisir à l'assoiffer. Ainsi, c'était tout ce qu'il avait à dire ? Bran en resta interdit. Tout ça… pour ça ? C'était tout ce que Jax avait à dire ? Une vieille colère se ranima en lui, une colère avec qui il pensait pourtant avoir fait la paix depuis longtemps. La scène du lac lui revint de nouveau en mémoire. Il se rappela la réaction de Jax, son insulte, le sentiment de se sentir risible. Par quel tour de passe-passe l'aîné des Beauchamp pouvait à nouveau convoquer ce sentiment ? Toutes ces années de travail, tous ces efforts, tous ces succès se retrouvaient donc réduites à un fauteuil grinçant et à un rictus narquois ? « T'es… T'es incroyable, tu le sais, ça ? » demanda-t-il, l'air de ne pas vraiment y croire. Les yeux orageux, le visage figé, Bran était de nouveau le gamin du lac, à l'orgueil égratigné et au cœur écorché. Sauf qu'il avait appris de ses erreurs et ne chercherait plus l'affrontement frontal. Il ne savait pas ce qui le décevait le plus, la réaction nonchalante de Jax ou d'avoir cru qu'il pourrait obtenir quelque chose d'autre que du mépris. Il secoua la tête, un sourire incrédule aux lèvres puis releva les yeux vers Jax, ce stupide, sublime imbécile. Allait-il donc tomber dans le panneau à chaque fois ? Etait-il pathétique à ce point ? « A chaque fois, c'est pareil. Tu débarques, tu fais ton numéro et tu saccages tout. » Pourquoi avait-il essayé ? Pourquoi avait-il espéré ? Jax Beauchamp était toujours le même. Magnifique et destructeur. Pourquoi ne parvenait-il pas à se le rentrer dans la tête ? « Et qu'est-ce qu'ils font, les mecs comme toi, Jax ? Eclaire-moi, je serai ravi d'apprendre. » ajouta-t-il, cinglant malgré le faux sourire qu'il affichait comme une armure. Sans s'en rendre compte, il avait fait quelques pas en direction de l'aîné des Beauchamp. Et il réalisa que c'était la première fois qu'ils se trouvaient aussi proches l'un de l'autre. Si proches qu'il aurait pu braver un interdit tacite qui durait depuis quinze ans.

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Lun 8 Mai 2017 - 20:05

Tentait-il le diable ou était-il le diable tenté ? À observer le danseur, Jax n’aurait su le dire. Il n’était même pas certain de l’issue de cette confrontation, il n’avait pas réfléchi. Comme trop souvent, dès qu’il était question de la fleur épineuse, songea-t-il. La douleur avait toujours été la bienvenue, elle lui rappelait ce gouffre qui le séparait de ce garçon trop sûr de lui et de son pouvoir de séduction. Elle le ramenait à la réalité. Il n’était qu’un monstre maladroit, bosselé par les aléas de la vie et qui ne laissait à personne l’opportunité de voir sous la carapace. Et là, face à lui, se trouvait un être plein de grâce au sourire frondeur, le genre qui appartenait à un autre monde, à une autre galaxie. Il aurait suffi d’une pression trop forte pour faire éclater les veines, d’un coup trop violent pour briser le pantin acrobate. Plus qu’avec quiconque, même sa propre sœur, Jax se sentait lourd et envahissant en présence de Brandon Rose et il aimait autant qu’il détestait cette sensation. C’était peut-être pour cela qu’ils n’avaient jamais pu s’entendre, parce que le jeune homme faisait naitre des sensations contradictoires, attisait un feu incandescent tout en menaçant de tout enflammer à la moindre remarque désobligeante. Car si Jax pensait pouvoir supporter les paroles acérées de Bran, il ne pouvait affronter un mépris qui pouvait naitre à tout moment dans son regard. Il ne savait même pas pourquoi il était si sensible à ce que pouvait penser son interlocuteur, c’était pour cela qu’il s’était toujours arrangé pour le tenir à distance, généralement plus brutalement que ce qu’il avait prévu mais c’était comme ça : en présence de ce fantasme de jeunesse, Jax ne se contrôlait plus et se voyait victime de ses pulsions malsaines de mâle dominant tout en souhaitant le contraire de ce qu’il se passait. Ce soir, si ça n’était pas la chance d’une vie – il ne voulait pas s’étiqueter cette image de grand niais – c’était en tout cas une occasion en or de faire renaitre quelque chose de soigneusement enterré. Le moment de tenter une approche différente, sans savoir quelle serait la bonne et si Brandon Rose se laisserait faire. Il n’était pas connu pour rendre la tâche facile au Louisianais et ce dernier ne pouvait pas vraiment le blâmer. Après tout, leur dernier échange avait été plutôt venimeux et en repensant au mot impardonnable qu’il avait employé à son égard, Jax sentit son cœur faiblir sous la pression de la culpabilité. Que lui, entre tous, ose s’en prendre à la sexualité – supposée, parce qu’après tout, il n’avait aucune preuve de ce qui n’était qu’un espoir de sa part – du danseur avait été un comble. Il savait pourtant pourquoi il avait ressenti le besoin de rabaisser le jeune homme : parce qu’il avait été à deux doigts de perdre pied, parce que son regard s’était gorgé du corps à demi-nu et que ses sens affamés s’étaient réveillés. Et parce qu’il n’avait pas osé faire un pas dans sa direction, rompre leur dynamique autodestructrice, de crainte de ramasser une baffe monumentale s’il s’était mépris sur l’onde qui vibrait entre eux à l’époque. La peur. Jax se croyait sans peur mais, pour l’essentiel, il était un lâche de première.
Mais pas ce soir. Ce soir, il jouerait, quitte à perdre la face, quitte à devoir se faire une raison. Et espérer, dans le pire des cas, ranger cette relation idiote dans un coin de sa mémoire et l’oublier.
Un profond soupir vint se loger dans le large torse avant qu’il ne l’expire avec un petit ronronnement railleur. Quel imbécile, il faisait, à se tenir dans ce lieu incongru, à imposer le malaise parce qu’il n’avait pas poussé la réflexion plus loin que l’achat d’une place pour assister à un spectacle. Il avait suivi son instinct mais à aucun moment il n’avait réfléchi à la meilleure manière d’opérer, à la stratégie à appliquer pour ne pas se faire larguer comme un mal propre. Or, en s’invitant ainsi, sans prévenir, avec une attitude pareille, à quoi s’attendait-il ? Il avait beau avoir perdu de vue Bran depuis des lustres, il avait quand même l’impression de deviner le trouble (ce trouble dont il se demandait s’il était réel ou s’il le fantasmait) et attendait le revers d’un moment à l’autre, en guettant chaque modulation dans la voix agréable de son interlocuteur, en analysant chaque tressaillement au coin des lèvres charnues, en se noyant dans le poison de ces yeux trop clairs. C’était une sorte de jeu d’échec et chacun avançait son pion, sans trop prendre de risques mais en essayant de gagner un peu de terrain. Du moins était-ce la manière d’opérer de Jax mais que savait-il de l’existence de Bran ? Qui ne lui disait pas qu’il n’y avait pas une demoiselle qui l’attendait chez eux ? Avec cette vie de bohème et braquée par les projecteurs, ce n’étaient pas les opportunités qui devaient manquer. Et par opportunité, Jax ne songeait pas à celles, comme les siennes, qui commençaient et se terminaient dans l’anonymat, de celles qui ne se répètent pas. Pendant un instant, il regretta presque son audace et sa bêtise mais il était là, il ne pouvait plus vraiment faire demi-tour et planter là le jeune homme. Il l’avait trop fait par le passé pour retomber dans ses mauvaises habitudes ce soir.
Il sembla cependant avoir touché une corde sensible, au vu du changement qui s’opéra chez le jeune danseur qui n’avait rien demandé. Ni sa visite, ni ses sarcasmes, ni sa présence imposante et inutile. Pourtant, d’un côté, Jax fut rassuré de voir qu’elle couvait toujours, cette colère, et qu’il était toujours aussi doué pour y foutre le feu. Si seulement il avait été doué pour faire comprendre à cet imp(r)udent que les répliques assassines n’étaient pas son but premier, qu’elles n’étaient qu’une résultante d’un handicap social dont il semblait avoir été le seul à hériter, là où Skylar s’immisçait sans peine dans n’importe quelle vie. Mais s’il avait dit quoi que ce soit du genre, il en était certain, c’est un rire tonitruant qui serait venu emplir la loge plutôt qu’un air excédé sur le visage du danseur. Il ne put toutefois s’empêcher de hausser les sourcils, confronté à la stupéfaction de Bran, ce qui le rendait encore plus attirant, si c’était possible et Jax dissimula les battements fous de son cœur sous un sourire imperturbable. L’émoi de Bran le touchait presque, qui aurait cru que ce petit coq trop fier se souciait de ce qu’il pouvait bien penser ? Il aurait bien été le premier à prendre ombrage des réflexions désastreuses du Louisianais et c’était peut-être ce qui avait toujours attiré Jax vers ce petit bandit des sentiers de Mount Oak : ce naturel qui n’avait pas besoin de revenir au galop, qui était toujours là, bien présent, et qui lui donnait le sentiment d’exister. Vraiment. D’être quelqu’un dont l’avis pouvait signifier quelque chose, d’être un point visible, pas le souffre-douleur d’un homme faible et alcoolique, pas le coussin réconfortant d’une femme douce et malheureuse, pas le garde du corps d’une petite effrontée qui lui avait volé toute sa liberté. Avec Brandon Rose, il était un être à part entière, tout en défauts et failles mais peu importe. Ce soir, il le lui prouvait encore, le tirant de l’anonymat d’une ville qui l’engloutissait, l’extirpant d’une solitude programmée qui pesait sur lui, même s’il refusait de (se) l’admettre. Et comme c’était bon. Si bon que Jax se demanda ce que ce serait de ne plus être ces étrangers l’un pour l’autre, de ne plus être en constante confrontation. Un paradis inouï ? Ou se faisait-il trop de films en s’imaginant qu’il puisse y avoir quoi que ce soit d’autre que cette bataille interminable ? Peut-être qu’ils étaient façonnés pour se hérisser le poil et rien d’autre, ce qui serait finalement une tragédie, du point de vue de l’ogre Beauchamp mais ce qui permettrait à Bran de s’en tirer indemne. Peut-être.
- Saccager quoi ? demanda-t-il, la voix plus rauque qu’il ne l’aurait voulu.
Qu’entendait Bran par faire son numéro ? Une lueur d’espoir s’alluma dans le cœur atrophié mais Jax refusa de laisser ses émotions interpréter ce qui n’était finalement que des mots. Ses sens, par contre, ne lui mentirent pas. Ils s’embrasèrent à l’approche inconsciente du danseur. Il battit à peine des paupières mais son souffle se figea, une poignée de secondes, et sa langue passa distraitement sur ses lèvres tandis qu’il dévorait du regard ce visage furieux.
Qu’est-ce qu’ils font, les mecs comme lui, en effet ? se demanda Jax en déglutissant difficilement, la poitrine oppressée par un sentiment d’urgence qui ne parvenait pourtant pas à le faire bouger d’un millimètre. Ils passent leur vie seul, à regarder le monde tourner autour d’eux, sans eux. Ils rêvent à des instants passés, volés, oubliés. Saccagés. Ils se contentent de peu, se nourrissent de micro-moments et continuent à s’en abreuver jusqu’à en ôter toute l’essence. Ils aspirent à autre chose sans avoir le courage de faire le nécessaire pour l’obtenir. Ils se gorgent de la vue d’un gamin en colère en souhaitant le faire taire. Ils se consument sans savoir que faire de ce qui les hante.
Mais pas ce soir.
La lueur qui flottait dans le regard du Louisianais, amusée, un peu moqueuse, mua en détermination. Toute trace d’ironie quitta le visage de Jax qui, sentant que c’était l’instant ou jamais, céda à cette pulsion infernale qui le tyrannisait depuis la première fois qu’il avait posé les yeux sur Brandon Rose. Il ne lui fallut qu’un pas pour combler cet espace ridicule qui lui semblait pourtant immense, infranchissable. D’une main un peu brutale, il attrapa le danseur par la nuque et attira les lèvres défendues aux siennes. Ses dents cognèrent contre celle de Bran mais Jax ignora la vive douleur, préférant embrasser son fantasme de jeunesse comme si c’était la seule minute qui lui était donnée, comme s’il savait que sa chance avait une date de péremption qui n’allait pas tarder à expirer. Comme s’il savait qu’il risquait gros. Qu’il risquait tout. Et il ne s’arrêta au bout d’un instant que parce que l’élan lui avait coupé le souffle et qu’il n’avait pas pris le temps de respirer. La main toujours calée dans la nuque, le front pressé contre celui de Bran, comme pour le coincer dans un étau, les yeux clos, Jax gronda :
- Ils en bavent depuis une éternité à cause de petits cons dans ton genre, voilà ce qu’ils font, les mecs comme moi.
Et aussi brutalement qu’il avait attrapé Bran pour l’embrasser à pleine bouche, Jax le repoussa, effrayé par le chaos qui sévissait partout en lui, auquel il s’était pourtant attendu mais qu’il n’aurait jamais pu anticiper.
- Tu vas appuyer sur un bouton d’alarme pour que des gorilles viennent extraire ce fou furieux de ta loge, maintenant, c’est ça ?
Son cynisme n’était pas parti bien loin mais dans son sourire, quelque chose s’était effiloché, comme si, avec ce moment de faiblesse, une part de son masque s’était fait la malle.

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Mar 9 Mai 2017 - 21:03

Ses mots devaient avoir bien peu de sens pour Jax, mais pour Bran, ils étaient l’ultime rempart d’une forteresse de frustration qui menaçait de s’écrouler d’une seconde à l’autre. Pourquoi revenir maintenant, après quinze ans d’un silence confortable et ouaté, si c’était pour rejouer la scène interminable de leurs différences ? Pourquoi répéter, encore et encore, une leçon déjà trop apprise ? Bran n’avait pas besoin que Jax vienne lui rappeler qu’ils étaient irrémédiablement voués à l’échec, condamnés à l’incompréhension. Il savait tout ça. Il s’y était résigné, et il était passé à autre chose – du moins, le croyait-il, parce que la présence de Jax dans sa loge semblait lui prouver le contraire. Poil hérissé, langue venimeuse, regard étincelant, Bran avait tout du chat échaudé qui craint l’eau froide. Pourtant, il avait été assez bête pour y croire de nouveau. Croire à cette chimère intangible et inexistante qui ne vivait que dans sa tête de gamin, croire au rêve que Jax incarnait, croire à un changement dans le sens du vent. Depuis combien de temps attendait-il cette bifurcation ? Peut-être depuis le tout premier jour, peut-être depuis la toute première seconde où il avait rencontré Jax Beauchamp, où il avait eu le malheur de tomber dans le piège délicieux de ces yeux insondables, et il n’osait alors pas faire le compte de ces années perdues. Ça aurait été avouer, confesser son espoir idiot, celui qui n’avait pas lieu d’être, celui qu’il conservait dans un coin de sa mémoire écorchée sans trop y penser, comme la photo d’un amour révolu qu’on ne peut pas se résoudre à jeter. Bran faisait le fier mais il n’était pas plus malin et surtout pas plus brave qu’un autre. Il trimballait derrière lui cette histoire même pas commencée et faisait semblant, depuis toujours, de ne pas entendre le bruit tonitruant qu’elle faisait. Et ça lui allait très bien comme ça, merci pour lui, bonsoir, au revoir. Jusqu’à ce que Jax, fidèle à lui-même, revienne tout chambouler dans sa tête – et dans son cœur, qui battait trop vite, de façon trop désordonnée, pour que ce soit un hasard. Saccager quoi ? Bran ferma brièvement les yeux, inspira cette voix de rocaille qui lui écornait le cœur. Ça, aurait-il voulu répondre, ces sensations indéfinissables qui se refermaient autour de son cœur comme des griffes. Il y avait cet espoir insensé qui lui donnait presque mal à la tête tant il était monté vite, presque trop puissant, trop enivrant dès que Jax était entré dans la pièce, sans même que Bran ne puisse le contrôler. Il y avait cette douleur délicieuse qui le poignardait au creux du ventre alors qu’il posait les yeux sur Jax, qu’il détaillait les lignes parfaitement imparfaites de ses épaules, de sa mâchoire. Des souvenirs aussi détaillés que des tableaux de maître venaient embrumer l’esprit du danseur, confrontaient le tout jeune adulte que Jax était alors et l’homme qu’il était maintenant : le temps avait agi comme un magicien facétieux et tout changé sans rien prendre. Qu’importe ce qui avait changé, ou pas, au final car le résultat était le même : Bran en avait le souffle coupé, et le manque d’air lui montait à la tête, le privait de sa réflexion. Il y avait ce regard insondable pour lequel il se serait damné, si cela lui avait permis de comprendre ce qui se passait derrière ces yeux orageux. Il y avait la peine et le plaisir, la joie et la souffrance, il y avait cet inextricable besoin d’être , avec lui. Et Bran chérissait cette folie, une folie douce qui n’appartenait qu’à lui. Ce qu’il ne pouvait pas supporter, c’était que Jax survienne sans crier gare, lui faisant espérer – stupidement – que cette divagation puisse devenir autre chose qu’une extravagance dont il n’avait pas fait le deuil. Il détestait le fait que Jax lui donne l’impression de pouvoir rendre ces choses réelles pour ensuite lui rappeler que ça n’était qu’une vaste blague, qu’il n’était aux yeux de l’aîné des Beauchamp un gamin arrogant aux choix de vie douteux. Il détestait l’espoir qu’il plaçait en Jax. Et par-dessus tout, il se détestait d’avoir raison, il se détestait de n’être au fond que l’instrument de ses faiblesses les plus profondes, d’être assujetti à cet homme quand il avait tout fait pour s’affranchir de la dévastation qui l’accompagnait inévitablement. Jax avait taillé dans son âme à grands coups de machette et lui avait retiré son cœur par intermittence, dès qu’il avait eu le malheur de poser les yeux sur lui, de lui sourire de cette façon vaguement narquoise, plus indéchiffrable qu’autre chose. Et puis une fois qu’il avait eu fini de jouer avec, il le lui avait rendu, couturé, bardé de balafres, incapable de fonctionner correctement. Brandon Rose, le salopard, le dilettante, le séducteur, mais jamais l’amant, jamais celui avec qui on construisait quoi que ce soit, jamais autre chose qu’un peu de sea, sex and fun, tout ça parce qu’un grand type bourru s’était amusé à jouer avec lui l’été de ses quinze ans. Tout ça lui revenait maintenant, tout ça lui éclatait au visage comme une bombe à retardement dont on aurait oublié de mettre en route le détonateur. D’aucuns auraient dit qu’il exagérait, qu’on ne pouvait pas cacher tout ça – mais il mettait au défi quiconque de croiser l’existence de Jax Beauchamp et de ne pas en être marqué au fer rouge. Il n’avait jamais oublié – c’était un mensonge, un blasphème proféré pour se protéger. Ni les regards en biais, ni ses rêves brûlants, ni l’impatience qui le gagnait au début de chaque été quand il savait que les Beauchamp allaient arriver en ville. Il avait juste fait mine de ne plus y penser, parce que c’était plus facile, parce qu’il y avait eu autre chose entretemps, parce qu’il y avait la danse et les mille et une vies qu’il avait dû vivre en attendant de revenir à ce point focal de son existence aussi tenue qu’un fil de funambule. Et ce soir, il n’avait pas le choix. Il fallait qu’il mette définitivement un point à cette histoire, un point final et irrévocable, pour qu’il puisse continuer à avancer comme il le faisait auparavant. C’était peut-être aussi pour ça qu’il s’était emporté, car il savait que dans une joute verbale, il l’emporterait avec gloire et triomphe. Alors il attendait, prêt à se battre, mais rien n’aurait pu le préparer à ce qui allait venir. Sans qu’il ne l’ait pressenti, trop occupé à cuver sa colère, Jax amorça sa propre stratégie, à l’opposé de ce qu’il avait préparé. Bran n’eut pas le temps de s’échapper. Soudain, son monde explosa. Le passé, en une seconde, fut annihilé. L’avenir n’était plus qu’un point d’interrogation. Mais il ne se concentrait que sur le présent, parce qu’il n’avait pas d’autre choix. Il n’y avait que ce baiser maladroit, fou, désespéré ; il n’y avait que la main de Jax dans sa nuque qui le brûlait. Et il y avait le corps de Jax, si proche, encore trop loin. Bran voulait rester là des heures, rattraper le temps perdu, il voulait plus que ça. Mais Jax s’arrêta, pour mieux lui faire perdre la tête, une fois de plus, pour mieux le perdre tout court. Pourquoi fallait-il qu’il soit toujours comme ça, deux pas en avant, un pas en arrière ? Et pourquoi fallait-il qu’il soit toujours aussi brutal, comme si la vie était un ring de boxe ? Repoussé, Bran resta incrédule et fronça les sourcils lorsque Jax évoqua la possibilité de se faire bouter hors de la loge. « Sois pas ridicule, c’est un théâtre ici, pas la Maison Blanche. » répliqua-t-il comme un automate, le cerveau branché en mode survie. Qu’est-ce qu’il s’imaginait, exactement ? Que c’était tout ce dont Bran allait se contenter après avoir attendu pendant quinze ans ? Qu’il allait abandonner, alors que la réalité des lèvres de Jax contre les siennes était encore plus surréaliste que tout ce qu’il avait pu imaginer, que tout ce qu’il avait pu nier ? « Tu perds rien pour attendre. » murmura-t-il. Et attendre, justement, il ne voulait pas. Avec une urgence désespérée, Bran revint à la charge, non, il ne pouvait pas attendre, il le voulait encore. Son corps entra en collision avec celui de Jax, mais ça n’avait aucune importance. Ses mains vinrent encadrer son visage, ses lèvres se mêlèrent à celles de son bourreau. Bourreau des cœurs et des corps. Il songea à son téléphone, la facilité avec laquelle il pouvait ramener Jax chez lui en pianotant sur son écran, comment tout pouvait basculer… Et soudain, le crash, la chute, d’une violence inouïe, au moins aussi puissante que l’émotion sans nom qui étreignait tout son être une seconde plus tôt. Tout pouvait basculer, tout allait basculer. « Non. Non, non, non. » Ses lèvres effleuraient encore celles de Jax mais cherchaient désormais à leur échapper, sans le pouvoir complètement. Au prix d’un effort titanesque, une main vint se poser sur le torse de Jax pour le repousser, juste assez pour que leurs bouches cessent leur danse folle, juste assez pour qu’ils reprennent leurs esprits mais pas trop. Bran déglutit, les yeux clos, essoufflé, éperdu. Et la sentence tomba, écorchée, rauque, presque hérétique. « Je peux pas faire ça. » Alors sa main restait-elle posée sur la joue rugueuse de Jax ? Pourquoi son front restait-il collé contre le sien ? Pourquoi pouvait-il toujours sentir le souffle chaud et enivrant de l’aîné des Beauchamp dans son cou ? Il voulait partir mais il ne pouvait pas, figé, frappé par la foudre. Alors il se contenta d’ouvrir les yeux et croiser ceux de Jax. Peut-être qu’il n’aurait pas dû. Il se sentait chavirer. « Je peux pas te laisser faire. Tu vas disparaître et me foutre en l’air. » C’était de Jax Beauchamp dont on parlait, grondant, imprévisible, sauvage. Un orage humain, une tempête à lui tout seul. Il avait déjà disparu, une première fois, pendant quinze ans. Et Bran l’avait laissé faire, parce qu’à l’époque, il était persuadé d’être seul dans ce qui était en vérité le plus difficile des pas de deux jamais dansé. Mais aujourd’hui changeait la donne. Et il n’était pas sûr de pouvoir encaisser un nouveau silence, une nouvelle disparition. Pas quand tout son corps était à feu et à sang, pas quand son cœur allait éclater. Il se passa nerveusement la langue sur les lèvres et de nouveau, des mots vinrent érafler l’intimité silencieuse de la loge. Des mots peut-être de trop, mais des mots nécessaires. Car Bran se battrait jusqu’au bout. Ce soir, d’une manière ou d’une autre, tout prenait fin. « Jax, me fous pas en l’air. » Mais le je t’en prie resta muet. Mêmes joueurs jouent encore.

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Mar 16 Mai 2017 - 21:51

Finalement, il prenait le chemin le plus lâche. Il mettait le feu aux poudres puis s’éloignait d’un pas, comme pour avoir une meilleure vue d’ensemble sur le carnage qui risquait d’en résulter. Lui qui avait à la fois rêvé et redouté ce baiser un bon millier de fois s’était contenté de faire le premier pas, celui qu’il pensait être le plus dur, pour en fait réaliser que c’était mettre un sens, une intention, qui était le plus effrayant. Céder à une pulsion, c’était juste animal, assumer ses émotions, par contre, c’était une autre affaire et il n’était pas prêt, il ne savait pas s’il le serait jamais. Voilà pourquoi sa relation avec Bran avait toujours été tumultueuse, parce que peu importe l’intensité de son envie d’être en contact avec le freluquet, il n’arrivait pas à s’y résoudre. Il craignait bien trop le rire moqueur qui aurait pu s’échapper des lèvres du jeune homme, un rire qu’il se serait senti obligé de lui faire ravaler, de quelques bons coups de poings rageurs. Il avait bien trop peur du rejet, lui qui se croyait invincible, lui qui portait une armure épaisse, grâce aux mauvais traitements de son père. Mais le cuirassé menaçait toujours de s’émietter s’il regardait trop longtemps le meilleur ami de Skylar et, par conséquent, Jax avait pris l’habitude de nourrir son fantasme dans son coin, malmenant l’objet de ses désirs quand celui-ci s’approchait trop et risquait de découvrir la vulnérabilité qu’il était le seul à faire naitre chez l’ogre de Louisiane. Il avait muselé ce besoin irrépressible jusqu’à ce soir et ne savait même pas où il avait trouvé le courage – ou la bêtise – de ne plus freiner son envie de parcourir chaque parcelle du corps défendu. En fin de compte, ça n’était pas tant l’acte qu’il fallait craindre mais bien ce qui suivrait, la seule véritable inconnue dans cette équation : la réaction de Brandon Rose. S’était-il fourvoyé ? Avait-il été le seul à macérer dans ces émotions non assumées ? Ou pouvait-il espérer un brin de réciprocité ou de la simple curiosité ? Le danseur lui en voudrait-il de son comportement passé ou serait-il outré de le voir franchir un seuil d’intimité qu’il n’avait pas demandé ? Après tout, le seul à avoir initié cette rencontre, c’était bien Jax Beauchamp, non ? Serait-il isolé, humilié ou son interlocuteur lui pardonnerait-il son culot ? Car, de ces quelques secondes bancales dépendaient énormément de choses, la vie du Louisianais en premier lieu. Il avait désormais le cœur dans l’estomac, le regard perdu sur ce visage qu’il avait tant cherché à effacer, pour se libérer de son emprise, les lèvres pincées, comme pour capturer les dernières effluves de Bran, le souffle coincé dans la poitrine et grossissant comme un ballon prêt à exploser.
Il était lâche mais paré pour son destin, quel qu’il soit. Si ce devait être là la seule fois où il touchait Bran plus que du regard, tant pis, il avait au moins eu le loisir de goûter à cette bouche qui pouvait le caresser comme l’écorcher. Il s’était imprégné du parfum délicieux du jeune homme, un mélange de sueur après l’effort, particulièrement enivrant, et d’une impression de détente, de relâchement. Il avait pressé son front contre cette petite caboche indéchiffrable et si l’instant lui avait paru trop court, évidemment, il tâchait d’imprimer tous les détails possibles dans sa mémoire d’éléphant. Parce que lorsqu’il était question de Brandon Rose, chaque ridicule événement s’ancrait dans sa tête, s’y nichait joyeusement et le torturait à chaque fois qu’il avait le malheur de revenir sur ce qui avait façonné leur passé commun. Pas grand-chose, au final, quand on y songeait. Ils n’avaient été que des adversaires, jamais des alliés. Ils avaient toujours bataillé, même si Jax ignorait qui gagnait et comment. Mais il ne se lasserait jamais de cette friction qui les caractérisait et c’était peut-être cela qu’il était venu guetter ce soir : s’il lui faisait toujours ce même effet, quand bien même celui-ci était négatif. Qu’il pouvait hérisser le poil de ce garnement, qu’il pouvait se frotter à la colère ou à la rancune qui rendaient son regard plus vif et piquant encore, si c’était possible. C’était cela qu’il espérait voir, même si l’échange qui avait précédé lui avait laissé entendre que même le temps n’altérait en rien leur lien singulier et inimitable. Irremplaçable.
Le verdict – ou la sentence – n’était plus qu’à une poignée de secondes, il pouvait le lire sur les traits du danseur. Jax se demanda un instant s’il devait s’amuser ou s’inquiéter de cette incrédulité qui se peignait dans le regard clair du jeune homme. Mais que pouvait-il résulter d’autres, honnêtement ? Quand il faisait tout et son contraire, soufflait le chaud et le froid, se moquait ouvertement de la carrière étoilée de Bran pour ensuite l’embrasser avec la fièvre du désespoir ? Quand il aurait pu rester dans l’ombre, ne jamais venir ici ce soir ? Quand il aurait pu continuer à errer dans le marécage de son existence ? Quand rien de tout ceci n’aurait dû en principe arriver ? La vie ne lui avait-elle pas prouvé, à maintes reprises, qu’il ne servait à rien d’espérer quoi que ce soit de celle-ci ? Au fond, il ne récoltait que ce qu’il avait semé mais ça ne l’empêcha pas de camper sur ses positions, d’observer chaque mouvement, même imperceptible, sur ce visage ténébreux. C’était comme si on avait façonné ou taillé Bran pour qu’il soit la cause du malheur de Jax Beauchamp. Quant à savoir qui avait pris un malin plaisir à faire croiser la route d’un Louisianais taciturne et d’un petit rat de l’opéra new yorkais, c’était un mystère qui resterait probablement à jamais entier.
Mais la voix de trouble-fête de son cœur lui redonna un peu espoir quand il n’y décela aucun reproche, aucune parole pour le torpiller, juste le Brandon Rose qui avait toujours fait naitre un sourire au coin de ses lèvres, même s’il s’évertuait généralement à le dissimuler en se détournant nonchalamment du jeune homme. Et puis, sous cette remarque narquoise, Jax entrevit toute l’intimité qui aurait pu être la leur s’il n’avait pas été si buté et si terrifié. L’aisance avec laquelle ils communiquaient, même si c’était pour se quereller, elle était indéniable, inébranlable et il n’y avait qu’avec l’impudent qu’il ressentait cela, ce qui eut le don de passer un baume délicieux sur son cœur en déroute, sur ses plaies internes, sur sa solitude meurtrie. Le cuirassé se fendillait à chaque seconde mais cela ne poussa pas Jax à réitérer l’exploit. Il était bien trop hypnotisé par le danseur pour faire le moindre geste. Aux cinq petits mots salvateurs, cependant, Jax se fendit d’un sourire qui lui était propre, narquois, évidemment, mais surtout teinté d’un bonheur indicible et quand il vit le jeune homme s’approcher, Jax ne fit pas un mouvement pour s’écarter ou échapper à la chute mortelle. Son grand corps accusa le choc sans ciller et il accepta les lèvres enflammées avec le soulagement d’un assoiffé perdu dans le désert et qui rencontre enfin une oasis. Instinctivement, il se pencha légèrement en avant et, emporté par l’audace de Bran, finit par laisser ses mains glisser dans le dos du danseur, apprécier la force qui s’en dégageait, propre aux sportifs de haut niveau, juste au moment où Bran semblait reprendre ses esprits et regretter son impulsion. Le Louisianais ne le relâcha pas pour autant mais un grognement de frustration lui échappa, tandis qu’il sentait le jeune homme s’éloigner de lui, si pas physiquement, mentalement en tout cas. Les sourcils froncés, l’intrus ne poussa pas sa chance jusqu’à essayer de faire taire Bran mais ses doigts se resserrèrent autour de son t-shirt, comme s’il craignait qu’une fois lâché, Bran s’évaporerait dans l’air. Le danseur tenta bien de l’écarter d’une pression sur son torse mais Jax ne trouva pas l’essai assez convaincant pour abandonner complètement sa prise. Quand l’imprudent finit par objecter qu’il ne pouvait pas faire ça, il se rembrunit cependant, entrevoyant déjà la fin du délice.
- Qu’est-ce que tu racontes ? Qu’est-ce qui t’en empêche ?
Il faillit lui demander s’il y avait quelqu’un dans sa vie, si c’était là la raison de ce refus de céder à l’attraction. Mais il n’osa pas, de peur que la réponse soit positive. À la place, il déglutit et resserra son étreinte, juste pour le doux plaisir, qui n’était peut-être plus qu’éphémère, de sentir le corps du jeune homme, dans toute sa vigueur, pressé contre lui. Son cœur continua à battre lourdement dans sa cage thoracique, comme un tambour au grondement fatal qui annonçait le sort funeste qui l’attendait si Brandon Rose l’éconduisait. Il avait pourtant cru qu’ils étaient sur la même longueur d’onde, pour la première fois de leur vie. Se pouvait-il qu’il se soit leurré à ce point ? Qu’il ait projeté ses propres fantasmes au point d’être aveuglé par son besoin de réciprocité ? Les mots qui s’échappèrent des lèvres de Brandon le laissèrent cependant perplexe et il ne chercha même pas à dissimuler sa surprise.
- Tu ne peux pas te contenter de maintenant ? finit-il par soupirer Jax en penchant la tête pour venir mordiller la peau délicate au creux de l’épaule de Bran.
La détresse des mots du jeune homme le paralysait. Plus que leur sens profond, c’était la désillusion qu’il craignait, si Bran s’imaginait qu’il valait quoi que ce soit. Tôt ou tard, il se rendrait compte que le rustre de Beauchamp n’était pas fait pour lui et sa vie pailletée. Il réaliserait qu’à part l’instinct primaire qu’il faisait naitre, Jax ne lui apporterait pas grand-chose. L’idée même que Bran puisse se projeter plus loin que les minutes qui allaient suivre aurait dû le satisfaire, le rassurer, lui indiquer que, peut-être, il pouvait espérer plus. Mais le magma d’incertitude qui avait toujours enveloppé Jax avait laissé des traces profondes et c’était comme si le Louisianais ne pouvait imaginer une seule seconde qu’on veuille être avec lui. Vraiment avec lui.
D’un geste un peu trop brusque, peut-être, Jax laissa ses mains couler dans le dos de Bran, glisser sous ses cuisses et il le souleva jusqu’au miroir et tous les produits nécessaires à la préparation du danseur pour son spectacle s’éparpillèrent, roulant sur le côté ou en bas de la table. Ses mains désormais libres remontèrent pour venir emprisonner le visage de Bran. Du bout du pouce, il pressa la lèvre inférieure du jeune homme et la caressa doucement, fixant le gouffre sombre qui se cachait derrière tandis qu’il laissait échapper ses doutes et ses faiblesses :
- Tu t’imagines que je suis l’homme qu’il te faut, peut-être ? Un ours mal léché qui se terrera dans ta loge à chaque sortie de scène ? Sois réaliste, c’est ridicule.
Tu finiras par te lasser, par avoir honte, songea-t-il sans laisser les mots traitres s’envoler, même si son regard devait trahir son désarroi. Il avait très bien vécu sans lui pendant toute sa vie, qu’est-ce qu’une rencontre insolite, inopinée, pouvait y changer ? Et comme pour faire taire les protestations du jeune homme, Jax fondit à nouveau sur ses lèvres, cherchant à noyer le danger qui s’immisçait dans la loge et qui menaçait de faire voler en éclat cet instant de liberté totale, ce moment dont il avait rêvé presque la moitié de sa vie.

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Like the waves roll with the moon, did we rise and fall too soon? It’s been so long, I can't remember. If I could walk between the stars or be given one more chance, I know which I'd surrender just to build a bridge back to your heart.

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Mer 24 Mai 2017 - 20:09

Tout son être frémissait, fébrile, nerveux, le cœur au bord de ses lèvres mises au supplice par l'écart qu'il avait volontairement instauré entre elles et celles de Jax. Elles l'attiraient irrésistiblement, aimant invincible, trésor sacré, ultime récompense d'une quête semée d'embûches. Mais Bran savait qu'il devait leur résister, et Jax (il voulait répéter ce nom jusqu'à l'ivresse, le graver dans son esprit, Jax, Jax, Jax, comme une litanie folle) ne lui rendait pas la tâche facile. Il était là, partout, puissant, imposant. Son corps parlait une langue que Bran comprenait intimement, peut-être même encore plus que les mots. Et il n'avait qu'une envie, répondre avec le même langage, entamer ce dialogue sans que rien d'autre ne vienne entraver leurs retrouvailles. Si Bran avait écouté les murmures de son corps, il n'aurait jamais séparé leurs bouches. Au contraire, il aurait encouragé les mains de Jax pour qu'elles fassent fonctionner un peu leur magie, qu'elles explorent plus que ce qu'elles parcouraient à cet instant, qu'elles quittent son dos pour courir sur la peau fine de son ventre et tracer des arabesques interdites. Son corps se serait glissé contre les angles escarpés de l'aîné des Beauchamp pour prendre possession de ce territoire inconnu et pourtant, tellement, tellement désirable. Tout son corps parlait pour lui ; il n'avait pas besoin de faire fonctionner sa tête pour ce genre de conversation. Le langage secret et sacré se lisait sur ses mains avides et ses lèvres affamées. Et ce qu'il déchiffrait en filigrane sous les vêtements de Jax, dans l'échancrure dénudée de son tee-shirt, ce qu'il pouvait effleurer de sa peau, ce qu'il capturait de son odeur, tout lui donnait envie de brûler les étapes. Mais il ne pouvait pas, pas tout de suite, pas comme ça, pas alors que Jax pouvait le briser juste en serrant (son coeur, son corps ?) un peu trop fort. Il était pourtant la tentation incarnée, sans même essayer. Se contenter de maintenant. Bran en avait la tête qui tournait, de toutes les possibilités qui émanaient de ces mots en apparence si faciles, si innocents. Se contenter de maintenant, ne penser à rien, ni à ce soir, ni au lendemain. Juste exister dans l'instant, obéir à la pulsion qui remontait telle une lame de fond, se laisser submerger par le tourbillon fou. Briser les dernières barrières, ne plus se contenter que d'un contact entravé par du tissu, se trouver, se retrouver, et vivre au rythme éphémère de leur osmose temporaire. Le mirage était presque parfait, et Bran resserra sa prise autour du corps de Jax alors que ce dernier le soulevait comme s'il avait été un fétu de paille. Il imaginait cette force utilisée à d'autres fins qu'il ne pouvait pas formuler à voix haute et sa volonté fut à nouveau émoussée, même lorsque son dos heurta le miroir. Jax aurait pu faire ce qu'il voulait de lui. Il avait toujours pu, en vérité, et cette réalisation lui tira un sourire amer. Car si seulement l'aîné des Beauchamp avait fait preuve d'une telle audace il y a quinze ans, le danseur ne serait certainement pas en train de tergiverser en cet instant. Imbécile, songea Bran. L'image du lac lui revint furtivement en mémoire. Si seulement il avait pu convaincre Jax de le suivre sur le ponton, si seulement il avait eu le courage d'assumer ce qu'il ressentait réellement, si seulement leurs cinq ans de différence ne s'étaient pas dressés entre eux comme un mur infranchissable… Il ne voulait pas imaginer un scénario où leurs chemins se seraient séparés, mis à mal par les périls de la jeunesse. Il voulait rêver un peu et s'imaginer que tout ce qu'il n'avait jamais pu bâtir avec qui que ce soit, il l'aurait eu avec Jax. Et il réalisait que tout ça n'avait pas à s'arrêter au stade du peut-être, que tout ça, ils pouvaient l'avoir. Ce soir lui prouvait qu'il ne s'était pas totalement trompé de rêve… Sois réaliste, c'est ridicule. Touché, coulé. Atteint en plein coeur, Bran n'eut pas le temps de répondre. Les mains de Jax le brûlaient, le faisaient prisonnier presque volontaire et il ne put se dérober aux lèvres impies, celles qui lui donnaient vie et le mettaient à mort. Allait-il donc se laisser faire ? Depuis le début de la joute, Jax le tenait à sa merci mais Bran en avait plus qu'assez. Si Beauchamp voulait l'achever ce soir, soit, mais il ne tirerait pas sa révérence aussi facilement. Il se détacha brutalement de Jax et posa ses deux mains sur le torse de son aîné. Jax ne l'emporterait pas au paradis, pas avant de l'avoir entendu. « Parce que ce qui se passe là, c'est d'un réalisme saisissant ? » siffla-t-il, amer, les joues cramoisies et le regard brillant de la colère unique et féroce que seul Jax était capable de faire naître en lui, d'un simple mot. Il avait beau savoir qu'il s'emportait trop vite, qu'il aurait dû attendre, mais il n'avait jamais été du genre patient, Bran, jamais du genre à espérer pour les causes perdues. Être réaliste ? Comme si ce qui se passait entre eux appartenait au domaine de la réalité, songea-t-il, caustique mais le myocarde défaillant. Ça n'avait jamais été le cas, et Jax le savait parfaitement. Leur relation, ou plutôt son miroir en négatif, avait toujours appartenu au royaume du peut-être. Et puis leurs différences ne dataient pas d'hier. Ils le savaient, depuis le début, qu'ils n'étaient pas du même monde. Leurs trajectoires étaient une erreur de l'univers, mais elles s'étaient croisées pour mieux s'entremêler et Bran ne comprenait pas pourquoi Jax brandissait cette excuse comme un étendard alors qu'il était celui qui avait transgressé la frontière. Toujours la même chose. Toujours, l'aîne des Beauchamp semblait prendre plaisir à le voir se perdre. Bran accentua la pression sur le torse de Jax pour le repousser et lui faire face debout. Ses jambes ne lui avaient jamais fait défaut et elles lui permirent d'affronter Jax Beauchamp avec toute la fougue dont il était capable. « Pourquoi tu es là, Jax ? Pour cocher une case ? T'es venu remporter le trophée Brandon Rose ? » Sa voix vibrait d'une amertume incrédule qui trahissait une crainte jusque-là enfouie. Jax était-il là pour se prouver quelque chose ? Cette interaction n'était-elle que le fruit d'un pari lancé il y a longtemps entre l'ombrageux Beauchamp et quelque diable invisible dont Bran ressentait tout de même la présence, même après des années ? Ils étaient là, les démons. Ils avaient toujours été là, tapis dans l'ombre dans leurs peurs et de leurs incertitudes. Ils se repaissaient de leurs erreurs et faisaient de leurs incompréhensions un festin luciférien. Ils avaient posé des mains sur leurs bouches, les empêchant de se parler. Ils les avaient aveuglés en opposant à leurs yeux des miroirs déformés de leurs espoirs. Ils avaient bien réussi leur coup, en les égarant de doutes et de méfiances. Un rire sans joie, silencieux, secoua ses épaules et il se passa les mains dans les cheveux avant de laisser tomber ses bras le long de son corps, les yeux dans le vague. « Le pire, c'est que je serais presque capable de te donner ce que tu veux. Ici et maintenant, sans signification, sans attaches. Sans avenir. On se bousillerait pour quinze ans de plus et on serait capable d'aimer ça. » Il n'y avait qu'un pas à faire. Il n'avait qu'à l'attirer contre lui et s'offrir, se donner complètement. Et quelque part, il en avait envie : après tout, la récompense éphémère aurait peut-être combler le vide qui creusait sa poitrine et sa tête à l'instant. Ca aurait été facile, du plaisir vide et sans promesse. Mais présentée ainsi, la perspective lui inspirait une répulsion presque physique. « Mais je veux autre chose, Jax. Je veux plus que ça. » fit-il en relevant les yeux. Et toi aussi. Les mots silencieux vibrèrent dans l'air lourd et moite de la petite pièce. L'oeil brillant, Bran détaillait celui qui était venu semer la discorde et la zizanie dans sa vie parfaitement rangée. Autant terminer le travail commencé ; autant aller jusqu'au bout de cette folie qui n'avait que trop longtemps duré. S'il fallait tout détruire pour mieux recommencer alors Bran était prêt à prendre le risque. « Je ne m'imagine rien. Je sais ce qu'il me faut. » murmura-t-il en s'approchant. Il avait volontairement fait écho aux doutes de son compagnon pour mieux les consumer. Il allait les combattre, un par un, et qu'importe le temps que cela prendrait, il les ferait fuir. Doucement, Bran réduisit la distance entre eux et son front vint de nouveau se caler contre celui de Jax. Sans un mot, ses lèvres vinrent chercher timidement le creux du cou, remontèrent le long de la jugulaire là où la vie pulsait à toute vitesse, caressèrent la courbe de la mâchoire pour enfin trouver le trésor promis. Une onde parfaite traversa le corps de Bran, et il sut qu'il n'abandonnerait plus. Plus jamais. Leurs lèvres se séparèrent, à son grand regret. « Donne-moi une chance. Une vraie. » souffla-t-il alors, la voix pleine d'un espoir rauque.

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Jax Beauchamp

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Dim 28 Mai 2017 - 23:26

Plus il l’embrassait, plus Jax se demandait comment il avait fait pour vivre toutes ces années sans expérimenter de telles sensations. Le mal était fait, désormais. Il savait enfin ce que cela signifiait, de poser les lèvres sur cette petite bouche moqueuse, de serrer le corps de l’impudent, de s’imprégner de lui, de toutes les façons possibles. Et voilà qu’à peine étanchée, sa soif menaçait de le rendre encore plus fou s’il devait retourner à sa vie morose, à son quotidien terne. Pourquoi était-il venu ? Pourquoi avait-il fallu qu’il tente le diable alors qu’il vivait si bien dans l’ignorance ? Mais c’était faux, il ne pourrait plus jamais se leurrer. Le mensonge tenait tant qu’il ne savait pas ce qu’il ratait mais maintenant que tout son corps était en ébullition, maintenant que son cœur battait à l’unisson avec celui de Brandon Rose, pouvait-il vraiment arriver à oublier ? Pouvait-il vraiment faire comme si rien de tout cela ne s’était passé ? Jax ne voulait même pas y songer, raison pour laquelle il s’accrochait avec sa force brute au danseur, l’emprisonnant de ses attentions, l’empêchant de rompre le charme, même si sa première tentative avait déjà égratigné leurs retrouvailles. Il ne voulait pas qu’il incorpore une quelconque réflexion à leur échange, il voulait que ça en reste au strict minimum, ce qu’il y avait de plus humain et de plus animal. Laisser ses sens parler pour lui, voilà ce que voulait Jax, puisqu’il était incapable de se livrer autrement mais il doutait que l’autre le laisse faire. Cela aurait été trop simple, évidemment. Ça aurait été trop beau. Comme toujours, il fallait que l’énergumène contrecarre ses plans et quand ça n’était pas le bouleverser alors qu’il essayait de l’ignorer, comme il avait tenté de le faire durant chaque été qu’il avait passé à Mount Oak, c’était pour se soustraire à ses lèvres, pour échapper à une étreinte presque irréelle. Pendant un instant, le Louisianais eut pourtant l’illusion d’être parvenu à ses fins, d’être arrivé à écarter les réticences, les doutes pour savourer le temps qui leur était déjà compté. Il décelait l’abandon auquel il invitait le danseur, il pouvait presque égrener les secondes qui le séparaient de cette capitulation. À moins qu’il ait tant espéré celle-ci qu’il s’était mépris sur les signes ? Pouvait-il s’y être mal pris, avoir mal lu le langage unique du corps ? Lui qui maniait ce code à la perfection, l’ayant essayé sur bien des hommes, voilà qu’il se retrouvait presque analphabète au contact de celui qui avait happé son attention dès le premier regard. L’image tordait parfois sa bouche d’un sourire aigre tant il la trouvait ridicule, surtout s’il essayait de la mettre dans la bouche de quelqu’un d’autre. Mais n’y avait-il pas plus vrai quand il se remémorait exactement l’endroit où il avait vu Brandon Rose la première fois ? Non, en un sens, il mentait, puisqu’il connaissait le gamin depuis plus longtemps, sa mère les ayant emmenés, Skylar et lui, dans sa ville natale dès qu’il avait eu douze ans et qu’à l’époque, le danseur ne devait pas en avoir plus de sept. Non, ce dont il se souvenait avec exactitude, c’était l’été de ses vingt-ans, quand le garçon qu’il avait laissé l’année précédente s’était étoffé. Du haut de ses quinze ans, Brandon avait ébloui la bête monstrueuse qu’il était. Il l’avait alpagué dès le jour où les Beauchamp étaient arrivés en ville, quand il était venu chercher Skylar dès qu’elle l’avait averti de leur présence en ville. Un sourire étincelant digne d’une star de cinéma et un regard en coin avaient suffi à attraper Jax dans ses filets et l’adolescent avait semblé tellement inconscient de son charme que Jax s’en était senti ridicule – et avait amorcé ce virage brutal qui le poussait à se montrer narquois et condescendant avec l’ami de sa sœur. Tout ça pour ça, songea Jax tandis qu’il dévorait les lèvres de Bran. Que se serait-il passé si, plutôt que d’éviter et repousser le jeune homme, Jax avait cherché sa compagnie ? Le Louisianais ne laissa pas le temps à l’interrogation de s’immiscer dans son esprit, elle serait encore plus douloureuse qu’en temps normal, quand il n’avait pas encore expérimenté le contact rapproché avec Brandon. Et puis à quoi bon parler en et si ? Cela n’avait jamais changé les choses, cela les aurait juste rendues plus intolérables.
Aussi intolérable que la pression soudaine des mains du danseur qui cherchait à nouveau à l’écarter. La douce chaleur des lèvres abandonna les siennes et Jax rouvrit les yeux, une lueur d’impatience brûlant au fond de son regard clair. Les mains appuyées sur la table, il lança un regard vif au jeune homme mais ne chercha pas à s’écarter.
- Qu’est-ce que t’espères comme réponse, là ? demanda-t-il, le ton grinçant, conscient qu’il ne pouvait pas attendre quoi que ce soit d’autre de son interlocuteur.
N’était-ce pas ce qui avait toujours été défaillant, entre eux ? Cette incapacité à s’ajuster, à se parler comme des êtres normalement constitués ? Jax savait pertinemment qu’il en était le premier fautif, à toujours réagir comme un ours mal léché en sa présence, à toujours le rabrouer et le ridiculiser comme si chaque mot qui sortait de ses lèvres ne méritait pas de véritable réponse. Comme s’il était un perroquet infatigable qu’on laisse bavasser, faute de savoir comment le faire taire. Mais Jax avait finalement toujours apprécié se piquer aux paroles acérées, elles avaient beau l’écorcher, le percer, elles étaient au moins dirigées vers lui et ne se contentaient pas de le frôler. C’était peut-être une simple forme de masochisme, qui sait, mais Jax n’en attendait pas moins du danseur et s’il s’était montré conciliant et prêt à se contenter d’une nuit enfiévrée pour l’oublier aussitôt, il était probable que ça n’aurait pas plu non plus au Louisianais. Quant à savoir ce qu’il voulait exactement, Jax l’ignorait. Ou n’osait pas se le demander. Ce qui n’était pas le cas de Bran, visiblement, puisque celui-ci était bien décidé à appuyer sur le point qui faisait mal, sur ce que Jax aurait souhaité mettre de côté à tout prix.
Cette fois, Bran semblait plus déterminé à freiner des quatre fers et Jax se redressa à contrecœur, reculant d’un pas, puis d’un autre. Il serra les mâchoires tout en dévisageant l’imprudent.
- Contrairement à ce que tu as l’air de t’imaginer, je ne fonctionne pas avec un tableau de chasse et non, tu ne figures pas sur le podium de tête des mecs que je veux absolument me taper, grogna-t-il avec aigreur.
Il était, par contre, le seul auquel il n’avait pas osé toucher jusqu’à ce soir où sa raison semblait s’être fait la malle pour une contrée ensoleillée, le laissant seul avec ses déboires et les conséquences de ses décisions ridicules. Qu’était-il venu chercher dans cette loge ? Quel destin essayait-il de perturber, au juste ? Au lieu de quoi, il n’argumenta pas, se contentant d’observer l’amertume qui se glissait, traitresse, sur les traits de Bran. Il contempla l’incrédulité et sentit la rancune s’insinuer dans ses veines. Une rancune qu’il nourrissait depuis toujours, non pas à l’encontre du jeune homme qui lui faisait face mais contre ses parents et leur mode dysfonctionnel qui l’avait rendu incapable de s’attacher normalement à qui que ce soit. Et il ne fallait pas croire que Skylar s’en sortait mieux, si sa réaction était bien différente de celle de son ainé, elle n’en restait pas moins handicapée dès qu’il s’agissait de construire une relation durable et saine. Bran n’avait-il donc pas compris que les Beauchamp étaient maudits et incapables d’aimer qui que ce soit comme il le fallait ?
Et il ne comprenait pas ce que Bran lui disait. Comment pouvait-il vouloir plus après un silence radio de quinze ans ? Comment pouvait-il espérer que quelque chose de viable puisse naitre entre eux après tout ce qu’il lui avait fait subir ? Comment, surtout, pouvait-il vouloir quoi que ce soit avec lui ? Mais le message était clair, pourtant. Comme si, mieux que lui-même, Bran savait exactement ce qu’il voulait. Le Louisianais déglutit avec peine mais ne chercha pas à échapper au regard perçant de Bran. Il l’affronta au contraire, les sourcils légèrement froncés, la bouche hermétiquement close.
- Tu ne sais rien, idiot, marmonna Jax d’un air buté en regardant Bran approcher si près que leurs fronts se pressèrent l’un contre l’autre, comme dans une sorte d’affrontement muet.
Il ferma les yeux en sentant les lèvres du danseur s’aventurer contre sa peau et il eut l’impression que sous celle-ci, son cœur martelait comme s’il était abandonné sur une ile déserte et cherchait désespérément à attirer l’attention d’un navire qui passait non loin de là. Il ferma les yeux et se força à rester de marbre, même quand il perçut le souffle chaud contre ses lèvres, ultime tentative – ou torture – pour abattre ses dernières barrières.
D’un geste lent mais déterminé, Jax emprisonna la mâchoire de Brandon entre ses doigts et s’écarta juste assez pour plonger le regard dans celui du danseur :
- Pourquoi tu me parles de te donner une chance ? Ce n’est pas toi qui es venu à moi, c’est moi qui n’ai pas pu résister après être tombé sur l’affiche de ton foutu spectacle. Mais je ne veux pas de plans sur la comète, je ne veux pas de promesses que tu regretteras d’avoir faites. Alors c’est à moi de te demander une chance : une chance de voir où ça mène, de se contenter de maintenant.  Est-ce que tu crois que c’est dans tes cordes ?
Son seul but était de se prémunir d’une quelconque déception - ou d’une déception qu’il se mettrait à redouter jour après jour, il le savait, mais qu’il ne pouvait plus éviter. Les dés étaient jetés, ils l’avaient probablement été dès qu’il avait posé les yeux sur le poster en essayant d’échapper à la passante du quai d’en face et peut-être qu’il devrait un jour la remercier d’avoir été là, inconsciente d’être un petit caillou qui le faisait dévier de sa trajectoire, ou il la haïrait à vie de lui avoir ôté toute illusion. Mais quelle était la pire situation : continuer à espérer inutilement ou savoir à quoi s’en tenir pour mieux tourner la page ? Jax relâcha la pression autour de la mâchoire de Bran et laissa retomber son bras en émettant un rire un peu étrange :
- J’ai toujours su que tu aurais ma peau, un jour ou l’autre, avec ton sale petit sourire de fouine et ta langue trop pendue.
Brandon n’avait plus rien à voir avec le gamin qu’il était à quinze ans, mais à aucun moment il n’avait semblé avoir quitté sa place dans le creux de la poitrine de l’ogre de Louisiane.

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Like the waves roll with the moon, did we rise and fall too soon? It’s been so long, I can't remember. If I could walk between the stars or be given one more chance, I know which I'd surrender just to build a bridge back to your heart.

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Jeu 1 Juin 2017 - 17:06

Pendant l'espace de quelques secondes, Bran crut qu'il avait réussi. Il s'était mis à nu pour panser les plaies à vif de Jax, celles qui ne semblaient avoir cessé de grandir depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vus. Le temps ne pouvait pas tout guérir, visiblement, et Bran était le témoin désemparé    - et à la patience amenuisée – des effets dévastateurs des morsures de l'ombre sur une âme esseulée.  Naïvement, il avait espéré que son plaidoyer serait suffisant. Que lui-même serait assez pour contourner les sombres méandres de Jax, pour survoler les ronces qui l'égratignaient à chaque fois qu'il essayait d'avancer et qui le maintenaient au même point depuis des années. Leur dynamique était restée la même : dès qu'il tentait de voir ce qu'il y avait sous la surface, dès qu'il menaçait de percer à jour ce qui se dissimulait sous la carapace de l'entêté, ce dernier fuyait comme un animal sauvage acculé. Et Bran devait se rendre à l'évidence : ils étaient bien plus proies que chasseurs, proies d'eux-même, victimes de leurs propres vies, de leurs circonstances. Du moins, jusqu'à aujourd'hui. Bran s'était contenté de cette explication tant qu'il n'avait pas à négocier ses effets sur sa vie. Il s'en était contenté et il avait rempli les trous que ça avait laissé avec d'autres erreurs et d'autres souffrances. Mais plus maintenant. Il voulait prendre le problème à bras le corps – littéralement – et cautériser la plaie une bonne fois pour toutes. Il ne laisserait plus des blessures consommées lui servir d'excuse. Ou servir d'excuse à Jax, qui le repoussait une fois encore. Combien de temps cette mascarade allait-elle durer ? Les yeux de Bran brûlaient d'une colère flamboyante alors que Jax lui opposait sa défense. Pas de plans sur la comète ? Bran aurait voulu répliquer qu'il en était une lui-même, mais il n'était pas sûre que sa verve arrogante ne lui serve à cet instant précis et il se retint, peu désireux que Jax lui casse la mâchoire. En d'autres circonstances, cette main aussi puissante que délicate ne lui aurait pas posé de problème mais Bran tenait à sortir intact – au moins physiquement – de cette entrevue qui gagnait en tension à chaque seconde. Et même quand Jax consentit à le lâcher, elle ne redescendit pas, semblant même atteindre un nouveau pic. « Ta capacité à simultanément m'insulter et me flatter est véritablement stupéfiante. » répliqua le danseur, acide. S'il avait toujours su, pourquoi mettait-il tant d'efforts à combattre ce qui semblait pourtant être le plus naturel ? S'il était incapable de résister, comme il le disait si bien, alors pourquoi Jax s'obstinait-il à freiner leur folie déjà si bien entamée ? La frustration de Bran n'avait d'égale que son incapacité à exprimer clairement ce qu'il voulait faire voir à Jax. Et pourtant, il sentait, il savait que l'objet de ses confusions adolescentes  marchait, quelque part, sur le fil du rasoir qui se tendait entre eux depuis trop longtemps. Si ça n'avait pas été le cas, s'il n'était là que pour une nuit vide de sens, il serait déjà parti. Il aurait disparu, englouti par la ville, et quelque part il aurait trouvé ce qu'il était venu chercher. Ça ne devait pas être difficile pour lui, songea Bran avec une amertume renouvelée. Stupide, sublime crétin à la caboche aussi dure que du béton. Certaines choses ne changeaient décidément pas. « C'est toi qui ne sais rien. C'est toi qui débarque avec tes gros sabots, qui me retourne la tête et fiche le bazar dans ma vie. Et dans ma loge aussi. Je ne suppose pas que tu vas ranger ? » persifla Bran en s'écartant d'un pas. Il n'aurait pas dû permettre à Jax d'entrer dans sa tête ainsi. Il n'aurait pas dû lui permettre de posséder son corps et même son coeur, pour le moment emprisonné dans un étau, mais au moment même où il avait franchi le seuil de la porte, le poison s'était propagé dans ses veines. Le virus avait peut-être toujours été là, n'attendant qu'un contact pour se réactiver en Bran. Quelle était la cause de cette étrange maladie ?  Le syndrome Jax n'avait pourtant aucune raison d'être. Et pourtant, il embrasait tout son être, le poussant à révéler des vérités trop longtemps tues. « A t'entendre, on dirait que j'ouvre tous les jours ma porte à des types et que je les laisse m'embrasser. Alors, Jax, ça va peut-être t'étonner, mais je fais surtout ça avec ceux qui me plaisent. Et étrangement, les heureux élus coïncident très souvent avec ta description. Tu sais, grand, belle gueule, aussi agréable qu'une porte de prison, aimant particulièrement me torturer quand j'étais ado ? » demanda-t-il, l'ironie suintant de chacun de ses mots. La torture, ça avait été surtout l'indifférence dont Jax avait fait preuve à son égard la plupart du temps. Bran en était presque venu à chérir les moments où Jax prenait plaisir à la tourmenter parce qu'au moins, dans ces moments-là, les yeux du frondeur étaient posés sur lui et là, enfin, il existait. Il n'était plus un ado parmi d'autres. Jax l'avait remarqué, même si c'était pour irriter chaque parcelle de sa peau dès qu'il ouvrait la bouche. Il avait appris à accepter ces marques d'intérêt pour ce qu'elles étaient et l'avait laissé faire, dans l'espoir flou et confus que cela puisse mener à autre chose. Un sourire, un mot, un baiser, n'importe quoi qui ne soit pas une insulte. « J'ai tellement attendu. Je ne peux pas te laisser filer à l'anglaise, pas cette fois. » lâcha-t-il, presque à contrecoeur. Il haïssait devoir se montrer si vulnérable. Il avait l'impression que les mots n'étaient pas assez adéquats pour exprimer la détresse qu'il éprouvait à l'idée de voir Jax disparaître une fois qu'il aurait obtenu ce qu'il voulait. Si seulement il avait pu danser ses émotions… Là, Jax aurait forcément compris. Il aurait vu toute la tension, les torsions de l'esprit et du coeur. Il aurait peut-être assoupli son inflexible position. Mais dans l'espace restreint de la loge, Bran n'était pas sûr d'avoir assez d'espace et il faudrait se contenter de ces tentatives maladroites. Le danseur releva les yeux vers Jax et le dévisagea intensément. Il le voulait tellement, c'était physique, animal, évident. Tout son corps appelait au contact avec celui de Jax. Il voulait savoir ce que c'était que d'être proche, vraiment proche de lui. Il ne voulait plus se contenter de piques et de regards en coin, de ces non-dits étouffants, de ces gamineries. Il se fichait complètement de la difficulté, des embûches, des combats qu'il aurait à mener pour remporter l'éclat de ces yeux clairs. Il n'avait pas peur de l'ombre. S'il le fallait, il plongerait en elle, se laisserait happer pour mieux rallumer la lumière. Si Jax estimait qu'il était cassé, il irait le réparer. Ou il essayerait, encore et encore, jusqu'à ce qu'il le laisse approcher. Inspirant à fond, il déclara d'une voix ferme : « Tu sais quoi ? Comme tu veux. Je ne te fais aucune promesse. Mais c'est toi qui dois m'en faire une. » Puisque Jax ne voulait pas l'écouter, il y avait peut-être un autre moyen. Bran savait qu'il risquait gros, mais il ne pouvait pas non plus parier sur du vent. Juste une promesse, une toute petite. C'était tout ce qu'il demandait à cet entêté qui faisait tressauter son myocarde au supplice. Il s'approcha d'un pas, restant à une distance respectueuse. Il avait envie de le toucher, comme si avec eux les idées passaient mieux par le langage de la peau, mais il s'en abstint. Il se contenta de se mordiller la lèvre puis se jeta à l'eau. Comme autrefois au lac, sauf que cette fois, il comptait sur Jax pour le sauver de la noyade. « Ne t'enfuis pas au premier obstacle. Ne détale pas à la première angoisse irrationnelle. Ou même, soyons fous, à la première émotion positive. Personnellement, je ne vais nulle part. Tu crois que c'est dans tes cordes ? » Sans pouvoir y résister, l'esquisse d'un sourire narquois naquit à l'angle de ses lèvres et il pencha légèrement la tête sur le côté, comme pour jauger un adversaire avant le round final. Puis, comme il n'avait jamais été très bon pour les moments solennels, son visage prit une expression décidément chafouine : « Décide-toi vite. J'ai passé deux heures sur scène, je meurs de faim et toute cette tension sexuelle irrésolue me tue. » Et comme pour faire comprendre à son compagnon qu'il ne plaisantait absolument pas, il croisa les bras et haussa un sourcil impatient.

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Sam 3 Juin 2017 - 23:56

Jax était acculé et le seul espoir de fuite aurait été qu’il tourne brusquement les talons et s’éclipse par la même porte qui l’avait vu entrer. Il détestait cette sensation de piège qui se refermait sur lui, dont il pouvait presque voir les dents de fer acérées qui allaient l’écraser et le réduire en miettes d’une minute à l’autre. Mais il ne pouvait plus bouger. Il était hypnotisé par la détermination avec laquelle Bran s’esquintait à tenter de briser leur mécanisme habituel. Il pouvait déceler chaque tactique, chaque détour emprunté par le danseur et s’il avait pu, le Louisianais s’y serait soustrait mais il n’avait finalement que ce qu’il méritait, non ? N’était-il pas venu provoquer le destin ? N’avait-il pas poussé la boule de neige qui dévalait la pente et se muait en boulet glacé qui n’avait qu’une destination : son cœur de pierre ankylosé. Le choc allait être brutal mais il ne pouvait désormais plus y échapper. Il ne pouvait que carrer les épaules, serrer les poings, se camper sur ses positions pour ne pas être complètement assommé par l’assaut. Tous ses muscles étaient parés, bandés, solides comme la pierre et tout autre projectile l’aurait fait sourire, à défaut de ciller, parce qu’il n’aurait même pas redouté les conséquences. Mais c’était un Brandon Rose en pleine forme qui se jetait sur lui et Jax restait à sa merci, entre terreur de la suite de la conversation et impatience qu’ils en finissent avec cette danse infernale, ce duel buté et usé, sur un terrain qu’il avait volontairement rendu infertile, dans le seul but de se protéger. Il était si lâche et au fond, il ressemblait au minotaure enfermé dans un labyrinthe qui le rendait fou mais dont il n’avait ni la faculté ni la force de sortir. Alors, était-ce Thésée qui se tenait devant lui, venu l’achever une bonne fois pour toute ? C’était en tout cas ce à quoi cela ressemblait le plus, alors que Jax fixait la colère sourde qui embrasait les yeux de Bran. Il pouvait presque sentir la brûlure sur son corps, à chaque endroit où le jeune homme posait les yeux et la douleur était délicieuse. Oui, Jax Beauchamp était acculé au dernier rempart de son énorme carcasse et il s’était bêtement jeté dans la gueule du loup et cela lui faisait un bien fou. Qu’importe l’issue de l’affrontement, cela signerait la fin de ses tourments – et peut-être le début d’un nouvel enfer mais il était prêt. Tout plutôt que de continuer sa misérable existence sans savoir ce qu’il serait advenu s’il avait laissé son cœur prendre les commandes plutôt que son instinct servile et couard. Il était prêt à subir le feu des paroles du danseur, il accepterait la sentence, quelle qu’elle soit, parce que ce n’était tout simplement plus humainement possible de survivre à la lueur d’une chimère.
Le butor fut incapable de réprimer un sourire cynique en réponse à l’acidité des mots de Bran. Si seulement il avait su comment s’exprimer, en effet, en seraient-ils là ? S’il avait pu, dès le départ, offrir un autre moyen de communication, il n’y aurait pas eu ces presque vingt ans de conversation sourde et de gestes muets. Avaient-ils été façonnés pour s’entredéchirer et était-ce la raison pour laquelle le contact était si bon, si envoûtant ? Fallait-il contrebalancer leur incapacité à se comprendre par un langage unique qu’ils comprenaient sans peine dès qu’ils mettaient la parole de côté ? Au fond, Jax savait pertinemment qu’il était le seul véritable handicapé sentimental quand il s’agissait d’exprimer ce qui stagnait au fond de sa poitrine. Il aurait pourtant été si simple de déclarer à Bran qu’il lui plaisait depuis toujours, qu’il faisait naitre dans le creux de son ventre un feu incandescent qui n’avait jamais voulu complètement s’éteindre, même lorsqu’ils s’étaient perdus de vue. Il aurait été si soulagé de pouvoir avouer, purement et bêtement : tu me fais peur. Au lieu de quoi Jax avait agi à contresens, offrant l’exact opposé de ce qu’il désirait vraiment, comme s’il s’attendait, au fond, à ce que Brandon Rose puisse lire entre les lignes. Et la preuve n’était-elle pas là, probante, qu’il avait suffi qu’il entrouvre la porte pour que le jeune homme s’y glisse comme un serpent et fasse exactement cela ? Les dernières minutes étaient les plus éprouvantes de la vie de Jax mais elles étaient aussi les plus excitantes et il ne pouvait détacher son regard de Bran tandis qu’il voyait les fils barbelés se tordre et fondre sous la fougue du danseur. Rien ne résistait à Brandon Rose et certainement pas Jax Beauchamp.
L’ironie de la remarque ne fit pas bouger Jax qui se contenta de baisser les yeux sur les bibelots éparpillés avant de revenir à l’objet de leur intérêt. Il se fichait du bazar qu’il avait mis dans la vie – et la loge – du jeune homme. Ça n’était rien à côté du chaos créé par la petite personne de Brandon Rose.  Un chaos qu’il pensait à son paroxysme mais qui fut à nouveau ébranlé par la franchise envoûtante de son interlocuteur. Il resta muet, cependant, incapable d’extraire le moindre son de sa gorge et ce fut tout juste s’il parvint d’ailleurs à déglutir. À croire qu’on avait donné à l’impudent tous les moyens de balancer tout ce qu’il avait sur le cœur quand l’autre, en contre partie, se trouvait paralysé à chaque fois qu’il avait l’occasion de dire ce qu’il avait sur le cœur. Ça aurait dû être le moment d’émettre une plaisanterie sur un ton badin, du moins c’est ce qu’il aurait souhaité arriver à faire, pour désamorcer la bombe à retardement dont il voyait le décompte clignoter devant ses yeux. À la place, Jax battit légèrement des paupières et se trouva, pour la première fois de sa vie, incapable de ne pas vaciller. Ce n’étaient que des mots, pourtant, mais des mots qui l’atteignaient de plein fouet et tout ce qu’il pouvait espérer, c’est que Bran ne se méprenne pas sur la signification de ce silence. Il contemplait le danseur. Il absorbait sa détresse, sa lassitude et se baignait dans sa vulnérabilité. C’en était à un point tel que Jax avait presque le sentiment que ça n’était pas si effroyable d’ouvrir son cœur, de laisser la lumière entrer, de laisser quelqu’un le toucher. Mais encore fallait-il qu’il déverrouille ses lèvres et laisse échapper quelque chose.
- Je vais finir par croire que tu aimes souffrir, parvint-il finalement à extorquer d’une voix rauque, le corps tendu mais le regard résolument ancré dans celui de Bran.
Il ne refusa pas catégoriquement de lui faire une promesse, quand bien même son instinct lui dictait de fuir tout devoir, toute attente. Sa hantise était de décevoir les espoirs du danseur et s’il se menottait à une promesse, comment parviendrait-il à s’extraire de la douloureuse situation qui l’attendait au prochain tournant ? La méfiance se glissa instantanément dans les yeux clairs du Louisianais qui sonda le visage de Bran en essayant d’anticiper la demande – forcément extravagante, vu l’énergumène.
- Qu’est-ce que tu vas encore inventer, demanda-t-il prudemment, l’attitude toujours hostile, comme celle d’un loup dont la patte est prise au piège et qui voit le danger approcher et se sent sans défense.
Jax le vit avancer d’un pas et plissa les paupières, redoutant l’imagination fertile de l’artiste. À nouveau, l’option de la fuite lui parut terriblement tentante mais il savait qu’elle n’était pas envisageable. Le destin frappait à sa porte – ou plutôt, il était venu frapper à la porte du destin – et il fallait qu’il écoute jusqu’au bout. Peut-être que c’était cela qu’il avait réalisé en tombant nez-à-nez avec l’affiche : qu’il ne pouvait plus faire l’autruche, que nier ce qui tressautait à chaque mention ou pensée relative à Bran était un non sens et qu’il ne pouvait décemment pas passer toute son existence à se demander ce qui aurait pu se passer si… S’il n’avait pas craint le rejet, s’il n’avait pas été marqué au fer rouge par son père, s’il n’avait pas assisté au malheur de sa mère. S’il n’avait pas eu peur de Brandon Rose et du pouvoir qu’il avait sur lui. Un pouvoir aussi salvateur que destructeur. Au fond, tout reposait entre les mains de l’impudent, du moins c’est ce que Jax avait fini par conclure. Et là, même si le danseur ne le voyait pas, le cœur palpitant de l’ogre battait dans le creux de sa main. Une pression trop forte pouvait le réduire en cendres et pourtant… N’était-ce pas l’endroit le plus sûr où il avait jamais été placé ?
Le Louisianais écouta la doléance de Bran avec un visage de marbre mais le reste était une éponge qui absorbait chaque élément de cette promesse extorquée. Était-ce dans ses cordes ? Ne pas fuir à la moindre secousse ? Ne pas partir du principe que tout était voué à l’échec dès que quelque chose le contrariait ? Jax aurait été tenté de dire non, ça n’était pas dans ses cordes, mais au même instant, il songea que cela faisait plusieurs minutes que son instinct lui enjoignait de prendre la porte pour ne pas voir l’issue de cette conversation. Et il était toujours là, n’est-ce pas ? Jax fixa le sourire de son jeune adversaire et si sa dernière remarque aurait pu le dérider s’il n’avait pas été victime de cette tension, justement, Jax ne réagit pas, comme si elle n’avait jamais été prononcée.
Il continua à dévisager Bran pendant une bonne minute encore, se contrefichant de la pose impatiente de ce dernier. Il le fixait d’un regard absent comme si son esprit s’était absenté pour mieux réfléchir. Les yeux dans le vide, il fallut qu’il ferme les paupières un instant et les rouvre pour revenir dans le moment. La large cage thoracique se gonfla sous l’inspiration décisive et Jax lâcha des mots qu’il ne pensait jamais dire à haute voix, encore moins à Brandon Rose :
- D’accord, fit-il, l’air grave. D’accord, je ferai de mon mieux pour ne pas disparaitre au moindre changement de température.
Et il y en aurait, n’est-ce pas ? De ces hausses et baisses de températures ? Des moments où tout son corps était au supplice, comme à cet instant, de devoir se tenir à distance de Bran et des moments de froid glacial lorsqu’ils ne seraient pas sur la même longueur d’onde, comme ça avait toujours été le cas entre eux jusqu’à ce soir.
- Mais, ajouta-t-il, comme si céder ne pouvait pas se faire sans équilibre, sans condition supplémentaire. Mais, de ton côté, tu dois promettre que Skylar reste en dehors de tout ça (il eut un geste vague pour englober la pièce et eux-mêmes, surtout). Je ne veux pas qu’elle vienne jouer les fouineuses, elle ne doit rien savoir tant que…
Tant que quoi ? Tant qu’ils n’étaient pas sûrs ? Tant qu’ils n’étaient pas sérieux ? La suite mourut dans sa gorge avant même qu’il ait pu songer au sens réel de l’insinuation et il retint son souffle, conscient qu’ils venaient de faire un pas l’un vers l’autre – et un sacré – sans encore réaliser l’ampleur de cette avancée significative.

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Lun 5 Juin 2017 - 2:08

Il avait beau sourire, Bran n'en menait pas large. Derrière la façade espiègle se cachait une attente douloureuse tant elle lui tordait les entrailles. Il avait joué le tout pour le tout. Toute sa mise – son cœur, son orgueil, sa vie - était sur le tapis, et le destin tenait les dés, les faisait rebondir dans sa main facétieuse, dissimulant son rire feutré entre chaque battement de coeur défaillant. En face de lui, l'autre joueur affichait un visage impénétrable – cette fameuse poker face, qui habillait le visage de Jax d'un voile d'onyx translucide, faisant apparaître ses traits derrière un voile sombre. S'il avait eu des cartes entre les mains, Bran était certain qu'il n'aurait eu que les coeurs ; as, roi, reine, valet, une valse rouge carmin qu'il aurait abattu sans hésiter, même si en face, Jax n'avait eu que les piques qui seraient venues transpercer ses espoirs. Pouvait-il espérer que dans le même jeu puissent se trouver deux as de coeur ? Joueur impatient mais hardi, il avait tout misé sans réfléchir au prix qu'il devrait payer s'il s'avérait que Jax bluffait depuis le début. Quelque part, le sort avait les yeux rivés sur eux et fit cliqueter les dés dans sa main toute-puissante. Bran ne l'entendait pas, trop concentré qu'il était sur le visage du Jax, tâchant désespérément de lire quoi que ce soit sur les traits gravés dans la pierre. Y était-il allé trop fort ? Peut-être. Il avait lancé un ultimatum à Jax sachant que c'était le seul moyen en sa possession pour reprendre la partie à armes égales. Son compagnon ne lui avait pas laissé le choix ; c'était ainsi qu'il se rassurait, qu'il se persuadait qu'il obtiendrait au moins une réponse, n'importe quoi plutôt que le silence dans lequel ils se complaisaient depuis trop longtemps. Ainsi, lorsqu'il vit le visage de Jax s'animer, Bran sentit l'instinct du joueur le reprendre et il serra dans sa main les cartes invisibles. Et son coeur tressauta lorsque Jax annonça sa propre mise. Il fallait pourtant résister à la tentation de crier victoire, et Bran se mordit la lèvre, conscient qu'il n'avait obtenu là qu'une victoire relative. Les faux-fuyants de Jax étaient évidents. Mais il avait promis – ou presque. Et de presque à complètement, il n'y avait qu'un pas à faire. En revanche, ce à quoi il ne s'attendait pas, c'était que Skylar fasse irruption dans la discussion. Interdit, Bran écouta la requête de l'aîné des Beauchamp. Une vague amertume vint piquer le bout de sa langue. Jax serait-il jamais libéré de ce passé qui l'enchaînait comme un martyr ? La fracture était évidente, une blessure qui se rouvrait constamment malgré les efforts de Jax pour la dissimuler. « Je te le promets. Mais entre nous, elle ne peut rien savoir s'il ne se passe rien. » fit remarquer Bran avec impatience. C'était plus fort que lui. Ces dernières minutes avaient été une torture qui ne disait pas son nom, et les hésitations prudentes – presque sages – de Jax ne parvenaient pas à freiner ses ardeurs. Ça n'avait pas d'importance. Les doutes, la peur, il les chassait de la main, comme il l'avait toujours fait. De l'inconscience, il en avait pour cent, pour mille, alors pourquoi pas pour deux ? Il serait inconscient, irresponsable, irrésistible, il serait un ouragan nommé désir et Jax ne pourrait rien lui opposer, même pas sa force brute. Il panserait les plaies du blessé, ôterait le sel de ses blessures. En deux pas, Bran gomma la distance qui les séparait et du revers de la main, effleura la joue rugueuse de Jax. Son regard papillonna légèrement avant de venir plonger dans l'eau claire et calme qu'il voyait dans les yeux de l'aîné des Beauchamp. Skylar n'avait rien à faire ici, rien à faire entre eux. Il voulait laisser tout ça derrière eux, au moins pour un temps, juste quelques heures où ils seraient les deux seuls êtres sur terre, juste un temps ailleurs. « Laisse-toi exister en-dehors d'elle. En-dehors de tes parents. En-dehors de tout… de tout le reste. » souffla-t-il en se rapprochant, sa main glissant de la joue jusqu'à la clavicule pour finalement empoigner le tee-shirt. Sa présence était grisante, et Bran avait une envie soudaine d'être ivre. « De tout le reste. » répéta-t-il tout bas, presque pour lui, avant de combler l'ultime espace. Retrouver les lèvres de Jax lui fit l'effet d'une décharge électrique, le genre de sensation qui rendait la vie. Comme mues de leur volonté propre, ses mains attirèrent Jax contre lui, une agrippant la nuque, et l'autre sur la hanche, jouant dangereusement avec le bas du tee-shirt, lui faisant miroiter les mystères de la peau de Jax. Tout son corps réagissait, affamé, assoiffé. Comme si ses cellules ne pouvaient plus se contenter d'un contact aussi frustrant, elles lui intimaient de réagir, de prendre l'initiative, même si cela signifiait devoir pour quelques minutes rompre leur ballet enivrant. Consentant à se séparer de Jax, Bran relâcha son étreinte et déglutit péniblement avant de se mordiller la lèvre. Nerveux ? Tout à coup, l'appréhension rejoignait le tourbillon des émotions qui vrombissaient en lui. Une appréhension presque agréable, langoureuse, qui faisait battre le sang à ses tempes et faisaient trembler ses mains. « Viens. » intima-t-il d'une écorchée. Une voix qui n'admettrait pas de réplique, celle du feu qui brûlait sous la glace et qu'il essayait sans cesse de contenir. Mais pas ce soir. Ce soir, le brasier pouvait brûler sans crainte de se consumer, car il serait constamment ravivé par la présence de Jax, par sa peau contre la sienne, par ses baisers aussi dangereux qu'addictifs. Sans attendre, sa main vint s'entremêler à celle de Jax et il le tira hors de la loge. Tant pis pour le désordre, il verrait ça plus tard. Les notions de temps et d'espace lui échappaient tout à coup, et il aurait été bien incapable de décrire comment ils avaient rejoint son appartement. De brèves images apparaissaient, celles d'un taxi commandé entre deux baisers qui ressemblaient plus à des combats qu'autre chose. Le chauffeur de taxi avait peut-être pensé embarquer un couple comme un autre, mais dans les bras de Jax, Bran avait l'impression de tout redécouvrir. Chaque étreinte était un affrontement qui se terminait invariablement par leur reddition commune. Comment ils avaient fait pour monter jusqu'au vingt-quatrième étage de l'immeuble, ce qu'il s'était passé dans l'ascenseur, dans le couloir, Bran n'en avait aucune idée non plus et à vrai dire, il ne se posait aucune question superflue. Il lui semblait que ses mains étaient constamment attirées par le corps de Jax et que les garder pour lui était la chose la plus difficile qu'il ait jamais eu à faire. Quelque part, la poignée d'une porte d'entrée céda derrière lui et Bran laissa tomber son sac sur le sol. Qu'avait-il dit, déjà, un peu plus tôt dans la soirée ? Se laisser exister. Se laisser vivre. A cet instant précis, dans la pénombre relative de son appartement éclairé par les lumières extérieures de la ville, c'était tout ce qu'il voulait faire. Juste oublier le monde autour d'eux et laisser son coeur battre seulement pour Jax, laisser son corps parler pour lui. Il avait tellement de choses à lui dire. Des sérénades, oui, pas seulement. Il y avait aussi des frustrations, des regrets, des cris. Bran avait comme la sensation qu'il y aurait toujours des choses qu'ils seraient incapables de se dire à voix haute mais que leurs corps prenaient volontiers le relais de leurs dialogues de sourds. Une nouvelle fois, sa main se mêla à celle de Jax et il l'attira à l'intérieur, comme pour lui donner confiance, alors que la porte se refermait derrière eux. Ils se retrouvèrent face à face, la lumière projetant sur eux des tâches colorées comme celles d'un kaléidoscope, leur permettant de s'entrevoir comme dans un songe chamarré. « E-entre. » Soudain, sa propre voix lui parut moins assurée. Peut-être parce que la réalité de Jax Beauchamp dans son appartement semblait encore trop ténue, trop irréelle ? Pourtant, c'était bien sa peau qu'il touchait, son visage qu'il explorait presque timidement, ses lèvres qu'il effleurait. Rien n'était plus réel, plus intime que cet instant. Et pourtant, il n'esquissait aucun geste, si ce n'est celui de faire glisser ses mains sur le torse de Jax, n'osant pas transgresser la barrière de tissu. Les yeux fermés, Bran sentait son visage effleurer celui de Jax. Plus bas, ses mains continuaient d'hésiter, comme si tout à coup elles n'étaient plus aussi certaines de ce qui était censé se passer. Au bout d'une minute ou deux, Bran finit par se lancer, la voix enrouée. « Jax, est-ce que je peux…? » Car au final, demander restait ce qu'il y avait de plus simple. Est-ce que je peux ? Est-ce que j'ai le droit ?

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Sam 17 Juin 2017 - 21:41

Jax s’était toujours efforcé de ne pas trop penser, dès qu’il était question de Brandon. S’il laissait son esprit divaguer, il se rabrouait, convaincu d’être ridicule. Bien sûr que l’adolescent se fichait de lui et sa grande gueule. C’était un sale gamin impudent qui éprouvait un plaisir non dissimulé à le provoquer pour rien. C’était une étoile montante qui craignait que le monstre ne lui fasse de l’ombre. C’était un homme en pleine gloire qui avait la vie devant lui et les gens à ses pieds. Pourquoi aurait-il voulu une seule seconde qu’un ours mal léché intègre son monde ? Pourquoi se serait-il ennuyé avec un pauvre type qui n’ouvrait la bouche que pour grogner et grinçait des dents à longueur de journée ? Jax ne voyait pas ce que Bran lui trouvait ou, s’il essayait d’y trouver un sens, il se persuadait que ça ne pouvait être qu’un attrait physique inexplicable. Peut-être une curiosité innocente ou un simple besoin de séduire tout ce qui se trouvait sur sa route. Jax ne prétendait pas avoir la sagesse ou l’intelligence suffisante pour pouvoir saisir tous les aspects du comportement de Brandon Rose, il savait juste ce qu’il se passait en lui, ce cafouillage indescriptible, cette tache indélébile, ces remous dans le creux de son ventre, ces frissons qui lui parcouraient le corps comme des adeptes de quad. Il cernait parfaitement les dérapages incontrôlés de son cœur, les mots qui se transformaient mécaniquement, trouvant une signification opposée à celle qu’il aurait souhaité livrer. Les gestes qui instillaient un mépris invariable et les empêchaient de se comprendre. C’était comme s’ils parlaient une langue étrangère chacun et qu’aucun des deux ne parlait celle de l’autre. Ils pouvaient se voir, essayer de faire sens de l’autre mais, pour le reste, tout était laissé à l’interprétation. La plus noire, évidemment, pour ce qui était du côté de Beauchamp. Jamais il n’aurait osé avoir la présomption que l’intérêt puisse être mutuel. Jamais il n’aurait même pu rêver une seconde que Brandon Rose puisse lui accorder cette importance. Pour Jax, il s’agissait avant tout d’une rivalité de jeunesse, d’un lien qui n’existait que parce qu’il y avait un dénominateur commun : Skylar Beauchamp. Et rien d’autre. Mais voilà qu’en l’espace d’une demi-heure, et à cause d’un coup de tête improbable, tout ce qu’il avait pu assumer de leurs interactions passées se trouvait sens dessus dessous et que la seule chose qui persistait était cette douleur effroyable de réaliser que toutes ces années avaient été perdues pour des broutilles, pour une mésentente idiote. Parce qu’il était trop buté, trop fier, trop peureux, parce que Bran était trop sûr de lui, trop bavard, trop vif. Parce qu’ils formaient un duo mal accordé mais qui fonctionnait, par le plus grand des mystères.
Mais ça ne poussait pas davantage Jax à faire des plans sur la comète. Il n’arrivait pas à envisager le lendemain, il ne pouvait se fourrer dans le crâne que Brandon Rose veuille construire quelque chose, quoi que ce soit, avec lui. Et dès qu’il avait la faiblesse d’y songer, même une seconde, il faisait marche arrière parce que les images d’un quotidien banal aux côtés de ce garçon lui semblaient hors d’atteinte. Il ne pouvait se figurer se réveiller tous les jours dans le même lit, partager la même table pour le petit-déjeuner, se quitter pour la journée, se retrouver au soir, partager les événements marquants de la journée de chacun et revenir entre les draps. À cette image, Jax pouvait clairement sentir son cœur s’emballer et, invariablement, son esprit pessimiste se chargeait de tout réduire en miettes. Parce que ça n’était tout simplement pas possible… n’est-ce pas ? Aussi, tandis que Jax fixait Bran d’un œil vide, c’était ce fantasme éveillé qui défilait devant son regard éteint. Tout ce qu’il pouvait associer à un tel tableau, c’était le sourire conquérant et moqueur du danseur. Son manque de confiance en lui l’obligeait à ne croire en rien et à refuser toute lueur d’espoir à l’horizon. Pourtant, il était là, non ? Était-il si convaincu de sa défaite, finalement ? Ne fallait-il pas un minimum d’espérance pour se jeter dans la gueule du loup de cette façon ?
Un sourire imperceptible vint chatouiller les lèvres de Louisianais en entendant la réplique du jeune homme. Si elle était tout ce qu’il y a de plus pertinent, il savait aussi que Skylar était la reine lorsqu’il s’agissait d’extorquer des aveux et que, pour ne rien faciliter, elle semblait avoir un flair infaillible pour déceler le moindre changement chez les autres lorsqu’elle pouvait cacher à tous ses propres secrets. Un pas dans la même pièce qu’elle et Jax était persuadé qu’elle sentirait la présence de Bran sur tout son corps. Le danseur devait le savoir, ça, non ? Que même au téléphone, elle pourrait arriver à lui tirer les vers du nez ? Elle poserait une question en apparence innocente puis abattrait son épée en plein cœur pour récolter les moindres détails ? C’était cela que Jax voulait à tout prix éviter. Parce que si Skylar fourrait son nez dans leur affaire, il pouvait déjà sentir la pression supplémentaire qu’elle y imprimerait et s’il voulait tenir sa promesse à Bran, Jax ne voulait pas être sous le microscope de Miss Beauchamp. Plus précisément, il voulait savourer chaque instant sans avoir à le partager avec quiconque à part le danseur et si c’était parfaitement égoïste, Jax s’en fichait comme de sa première chemise.
Le Louisianais observa le jeune homme tandis que celui-ci lui soufflait de se laisser exister, de laisser tous ces autres et tout le reste et Jax inspira à nouveau, gonflant sa cage thoracique comme s’il allait manquer d’air les deux prochaines minutes. Mais c’était comme si, chaque fois qu’il était en présence du jeune homme, Jax perdait toutes ses capacités. Même respirer, cet acte basique et inné, devenait une épreuve qu’il n’était pas sûr de surmonter. Et quand les lèvres impétueuses glissèrent sur les siennes, Jax ferma les yeux, prêt à mourir d’une seconde à l’autre, incapable de réaliser que tout cela était réel, que Brandon Rose le voulait lui et personne d’autres, que l’étoile montante aux milliers d’admirateurs veuille partager son temps libre avec un monstre taciturne et solitaire. Ils n’avaient rien en commun, raison principale de la réticence et du déni de Jax dès le départ. Et pourtant… pourtant. C’était comme si toutes les pièces s’assemblaient parfaitement, comme si le temps perdu n’avait plus aucune valeur, seul celui qui était à venir importait. Alors Jax abandonna ses dernières réserves et répondit avec ce qui sembla être toute l’énergie refoulée ces dernières (quinze ? vingt ?) années et ses bras, tels des étaux, emprisonnèrent l’objet et son affection et de son affliction. Il se laissa emporter par son instinct, ne permettant plus à sa tête d’avoir la moindre influence sur ses actes, et quand Bran rompit à nouveau leur étreinte, Jax faillit lâcher un grondement de frustration, redoutant déjà le nouvel écueil, les nouvelles interrogations, les nouvelles conditions que Bran allait leur imposer. Au lieu de quoi, le jeune homme l’invita à le suivre et Jax le dévisagea un instant, ne sachant s’il était sensé de croire à une telle chimère, si tout cela n’allait pas subitement voler en fumée et s’il n’allait pas se réveiller, en sueur, le cœur battant à une cadence folle, seul dans son lit, dans son appartement minable. L’illusion ne sembla pas se volatiliser, pourtant, alors Jax laissa ses muscles se détendre et accepta la main de Brandon Rose avec la sensation que tout cela était irréel. Et le rêve éveillé ne se dissipa pas non plus lorsqu’ils traversèrent les couloirs sous les regards de certains collègues de Bran, ni quand ils retrouvèrent l’air frais – une bénédiction après les minutes d’affrontement qu’ils venaient de passer – ni quand ils s’engouffrèrent dans un taxi pour une destination inconnue – enfin, inconnue de Jax, en tout cas. Tout ce temps-là, le Louisianais le passa à s’assurer que le danseur ne lui échappait pas, la main calée dans la nuque de Bran, les lèvres aimantées à celles de celui qui avait été une torture mentale pendant tant d’années. Personne ne vint faire éclater la bulle dans laquelle ils évoluaient, même lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrirent, même lorsqu’ils s’envolèrent vers le vingt-quatrième ciel. Jax se contenta de suivre Bran et il aurait fait le tour du monde si c’était ce qui était requis pour rester avec le jeune homme. Mais leur destination n’était pas si lointaine et quand la porte s’ouvrit sur l’appartement plongé dans la pénombre, Jax prit un instant pour considérer le pas qui n’allait certes plus rien changer mais qui ne lui semblait pas moins décisif. Une main toujours logée dans le dos de Bran, il fixa l’obscurité et donna à son cœur un peu de répit en prenant quelques inspirations bienvenues. Il suivit le danseur dans son palais doré et apprécia le silence singulier qui les enveloppa tandis que les lumières new yorkaises leur donnaient juste de quoi se dévisager. Alors c’était cela être en tête-à-tête avec Brandon Rose ? Ce délice de calme et de sérénité ? Cette douce chaleur qui l’enveloppait et lui échauffait les entrailles ? Ce bonheur feutré qui irradiait dans chaque cellule de son corps ? Cette caresse bienfaisante qui lui faisait oublier sa carcasse couturée et son cœur ancré dans la solitude ? Telle une statue de marbre étrangement sensible à son environnement, Jax ne bougea plus, se laissa toucher par les mains soudainement moins impétueuses de Bran et sa main vint naturellement se refermer sur le poignet du danseur, comme s’il y avait la moindre hésitation, comme s’il doutait de vouloir continuer et craignait de voir tout ce qu’il avait pu imaginer rencontrer la réalité. Il déglutit avec peine lorsque Bran lui demanda la permission et si elle lui parut absurde, tant chaque parcelle de sa peau ne demandait qu’à rencontrer celle de Bran, il eut un léger sourire. Ses doigts serrèrent brièvement le poignet du jeune homme puis le relâchèrent, donnant par la même occasion la réponse muette à la question murmurée.
Jamais il n’aurait cru se sentir aussi intimidé par la perspective de passer à l’acte mais c’était bien cela qui vibrait en lui. Une intimidation telle que son cœur pompait comme un forcené et que ses muscles tendus en devenaient impatients. Il facilita les choses en levant les bras et frissonna lorsque sa peau fut à découvert, même si c’était dans une obscurité plus que relative. Il observa le visage de Bran, guettant la moindre émotion, sans savoir laquelle il redoutait vraiment et, à son tour, il passa les mains sous le t-shirt de Bran pour le lui ôter. La douceur de la peau du jeune homme lui parut presque extraterrestre au passage et il osa à peine la toucher tout en ne parvenant pas à y résister. Sa main glissa sur le torse de Bran puis s’aventura sur le ventre et les épaules et un petit rire lui échappa, subjugué par la fraicheur de la jeunesse et la fermeté d’une vie faite d’entrainements surhumains.
- Merde, dit-il avec un léger ronronnement dans la voix. Tu es encore plus parfait que ce que j’imaginais…
Il s’agissait davantage d’un moyen de désamorcer la tension qui régnait en lui qu’autre chose et il releva un regard légèrement amusé vers celui du danseur, se demandant si l’autre n’allait pas subitement regretter cet élan animal. Mais il décida de chasser ses doutes et ses réticences et jugea que si Brandon changeait d’avis en cours de route, il serait assez grand pour le lui faire savoir. Alors Jax rendit complètement et définitivement les armes et se pencha pour capturer les lèvres du fruit défendu tandis que son bras attirait la silhouette svelte à lui. Sa bouche avide partit à la découverte de la peau du danseur et il couvrit chaque parcelle de celle-ci de baisers enfiévrés en songeant qu’il était resté bien trop longtemps aux portes du paradis.

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MessageSujet: Re: ☑ when we lie together, it's the truth.   Lun 19 Juin 2017 - 21:49

Il demandait la permission, Bran, parce qu'il avait peur que tout ça ne soit qu'un rêve. Il craignait que ses songes ne l'emportent trop loin, trop fort, alors il ralentissait la cadence, volontairement, malgré l'agonie que cela causait à son corps et à son esprit qui n'en finissaient plus de languir. Jax pouvait fuir son étreinte à tout moment, lui exploser entre les mains, déguerpir comme un animal sauvage au moindre écueil. Et Bran ne voulait plus à avoir à le poursuivre. C'était pour ça qu'il marquait l'arrêt, guettant un mouvement, un tressaillement. Jax était chez lui mais rien ne l'empêchait de prendre la porte s'il le désirait. C'était ça qu'il craignait, Bran. La fuite en avant, au moindre problème, au mot plus haut que l'autre, au regard mal interprété. Les voies de Jax, à défaut d'être impénétrables, lui étaient complètement étrangères mais il se promettait de les apprendre, une par une. Il naviguerait dans les eaux les plus troubles si cela signifiait qu'il pouvait rattacher, une à une, les ancres perdues de Jax à son propre rivage. Alors, il attendait, en suspens, que l'aîné des Beauchamp lui donne l'autorisation de continuer à louvoyer. La pression sur son poignet lui indiqua qu'il avait l'aval, et son coeur fut une nouvelle fois submergé par l'appel des sirènes. Sauf que cette fois, il les suivait de plein gré. Alors, lentement, ses mains suivirent les lignes puissantes du corps de Jax, ôtant leur prison de tissu pour enfin effleurer ce qu'il cherchait vraiment : le contact, vrai et irremplaçable, d'une peau contre une autre. Il n'avait même pas besoin de ses yeux pour l'apprécier, quand bien même la pénombre en demi-teinte lui permettaient d'entrevoir les larges épaules et le reste du torse. Ses mains faisaient le travail pour lui, et il commençait à comprendre pourquoi, ce jour-là, Jax ne l'avait pas rejoint sur le ponton. Parce que Bran ressentait plus qu'il ne les touchait les marques, les lignes qui formaient des arabesques douloureuses sur la peau. Il en effleura une sous la clavicule ; une autre surgit sur le flanc, trop longue, trop profonde, et il avait soudain envie d'embrasser Jax plus fort, encore plus fort, de laisser son corps épouser parfaitement le sien jusqu'à ce que toutes les blessures soient couvertes et protégées. Et c'était d'ailleurs presque incompréhensible que leurs anatomies se complètent si bien lorsqu'elles étaient si différentes. Qu'éprouvait Jax à cet instant, alors qu'il parcourait sa peau ? Bran se mordit la lèvre lorsqu'il entendit la remarque et ses joues se colorèrent une nouvelle fois. Il le savait, qu'il était beau, alors pourquoi se mettait-il soudainement à rougir ? Peut-être parce que Jax sous-entendait qu'il l'avait souvent imaginé ? Ses joues s'enflammèrent alors qu'il tâchait d'imaginer sa place dans les fantasmes de l'aîné des Beauchamp et il détourna les yeux alors qu'il se trouvait sans mots, sans rien à répondre si ce n'est un regard en biais. Il se retrouva bien vite happé de nouveau par l'instant, et ses pensées lui échappèrent, aspirées par les baisers que Jax plantait sur sa peau comme des fleurs. Au contact de Jax, Bran devenait un véritable jardin et s'épanouissait comme sa fleur éponyme, une rose qui se serait dénuée de toutes ses épines pour se laisser cueillir sans aucune écorchure. Les blessures, elles étaient plutôt sur le corps de Jax et Bran ne cessait d'y revenir, comme si ses caresses avaient pu effacer le mal qu'elles avaient fait, comme s'il avait pu défaire les blessures – visibles et invisibles – qui s'étalaient sur le corps de Jax. Sa bouche glissa dans le cou pour descendre le long de la clavicule et effleurer la cicatrice qui se trouvait non loin de là. Etait-ce à cause d'elles que Jax refusait de se laisser approcher ? A cause de ce qu'elles disaient sur lui, sur sa vie ? Bran ne comprenait pas. S'il ne pouvait pas les effacer, alors il les vénérerait, comme pour lui montrer qu'il acceptait tout sans concession, sans réflexion. Il n'avait plus le temps ni la volonté. Doucement, ses mains se glissèrent jusqu'à la ceinture et il attrapa la boucle pour attirer Jax contre lui, l'autre main calée sur sa nuque délicieusement chaude. Il connaissait le chemin par coeur mais au contact des lèvres de Jax, il s'égara plus d'une fois et ce ne fut qu'au bout de quelques minutes qu'il poussa la porte de sa chambre, elle aussi plongée dans une semi-clarté que laissait passer une large baie vitrée. Quelque part, les jambes de Bran heurtèrent le bord de son lit et il tomba en arrière, entraînant Jax dans sa chute. Ses mains parcourent le dos de Jax et la force qui en émanait lui donnait des envies complètement folles. Toute la puissance de Jax le surplombait, glissait contre son corps et Bran dut une nouvelle fois se contrôler et appuyer sur le frein. « Attends. Attends cinq secondes. » haleta-t-il, le coeur sur le point d'éclater, la bouche sèche, les tempes et le corps douloureux à force de devoir maîtriser le désir dévorant qui lui brûlait les entrailles. Il se redressa légèrement sur les coudes, glissa une main sur le torse de Jax et s'arrêta volontairement sur la petite cicatrice sous la clavicule. Il avait une furieuse envie de l'embrasser mais il se retint, et tourna plutôt son regard vers celui de Jax. « Tu es… Tout ce que je voulais et même plus, tu n'as pas idée, tu es… sublime, c'est juste que... » Juste qu'il avait oublié de mentionner un détail qui avait peut-être son importance, mais qu'il ne pouvait plus éviter d'avouer, désormais. « C'est juste que je... Avec un garçon, je ne suis jamais allé plus loin qu'un baiser. » Si l'on pouvait appeler l'expérience maladroite et inattendue un véritable baiser. Tout fraîchement débarqué de sa petite ville du fin fond de l’État alors que New York bouillait sous la chaleur écrasante de l'été de ses dix-huit ans, il venait à peine d'emménager dans sa petite chambre de dortoir qu'il avait été invité à une fête avec les nouveaux arrivants. Sûrement un moyen pour les étudiants plus âgés d'établir de façon claire la hiérarchie - à laquelle il avait participé avec un plaisir non-dissimulé les années suivantes - mais aussi de repérer les proies éventuelles. Bran n'avait pas compris tout de suite, trop occupé à s'enivrer de cette nouvelle vie, cette nouvelle liberté qui lui était offerte. Toujours est-il qu'un étudiant plus âgé avait entamé la conversation avec lui, lui offrant un verre, puis deux, puis trois et ses lèvres avaient laissé sur celles de Bran le goût de l'alcool peu onéreux et de la surprise. Interloqué, il avait lancé un regard surpris et l'autre avait dû comprendre car il avait disparu en quelques secondes. Mais ce contact, éphémère et maladroit, n'avait rien à voir avec les lèvres de Jax sur les siennes. Beauchamp le laissait sonné, affamé. Elles brûlaient, ces lèvres, incandescentes, stellaires, lueurs d'un autre monde auquel il lui semblait avoir toujours appartenu en secret. Bran avait effleuré bien des bouches mais aucune ne lui avait coupé le souffle comme celle de Jax le faisait à cet instant. Et il voulait manquer d'air, il voulait être asphyxié, il voulait lui donner sa dernière respiration si c'était ce qu'il fallait pour qu'elle continue à le parcourir comme elle le faisait à cet instant. Alors il se mordit la lèvre et attendit, nerveux, fébrile, plus vulnérable que jamais.

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But I'm weak, and what's wrong with that? Boy, oh boy I love ya when I fall for that, I'm weak, and what's wrong with that? Boy, oh boy I love ya when I fall for that.

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