mercy on me


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Sebastian Bacigalupo

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MessageSujet: mercy on me   Dim 19 Fév 2017 - 15:52

Lorsqu’il arriva au GLOW, en ce début d’après-midi, Sebastian avait la tête de celui qui a eu du mal à se réveiller. Ses cheveux étaient indisciplinés et avaient refusé de s’aplatir, quand bien même il avait passé une demi-heure à essayer de les maitriser. Il avait l’œil endormi, même s’il avait dormi largement son quota d’heures – et c’était peut-être là le souci, il n’était plus habitué à dormir comme un loir, son corps avait dû s’adapter à son rythme de vie  - et avait l’impression d’être sorti d’un long coma, même après deux tasses de café et le bol d’air frais qu’il avait pris pour venir jusqu’à son lieu de travail. Il lui faudrait probablement encore quelques heures avant d’être complètement sur pieds mais Sebastian ne doutait pas un instant qu’une fois la musique lancée, son énergie reviendrait, plus en forme que jamais, pour lui permettre de rattraper les heures qu’il n’avait pas prestées quelques jours plus tôt, quand il avait lâchement abandonné le bar à ses collègues pour aller danser contre un inconnu qui avait volé son attention dès le premier regard. Ce qu’il s’était passé ce soir-là lui paraissait maintenant plus vague, comme si les souvenirs s’effritaient avec les jours qui défilaient et il n’était plus certain de ce qui s’était vraiment produit de ce que son imagination avait désiré qu’il se produise. Le corps chaud contre le sien, au milieu de la foule, par contre, était indéniable. N’est-ce pas ? Plus il y pensait, plus il se disait qu’il avait peut-être trop espéré et que sa mémoire lui jouait maintenant des tours. Il faudrait qu’il se renseigne auprès de ses collègues, voir si l’un d’eux avait été témoin de quoi que ce soit, qui puisse lui confirmer ou contredire ce dont son esprit se jouait depuis, friand des petites décharges électriques que son cœur avait ressenties au contact du musicien.
Il arriva donc au GLOW la tête dans le cul, comme dirait Teddy, mais l'esprit dans les nuages et il fit le tour de la bâtisse pour entrer par la porte de service. Il s’infiltra dans les vestiaires et perçut clairement les exclamations joyeuses de ceux qui étaient déjà là. Il entendait les chaises racler le sol, le bruit d’un tonneau qu’on tire difficilement jusqu’à la pompe, derrière le bar, les jets d’eau dans l’évier où, certainement, quelqu’un était de corvée de vaisselle. Sebastian se débarrassa de son t-shirt et enfila l’uniforme propre du Glow, non sans laisser échapper un bâillement qui aurait pu lui faire décrocher la mâchoire. Il referma ensuite la porte de son casier d’un coup sec et découvrit le mot accroché à celle-ci, qu’il n’avait pas repérée en arrivant. Il fronça légèrement les sourcils, détacha le bout de papier plié et découvrit l’écriture familière de Valery, le gérant des lieux, qui lui demandait de passer le voir dès qu’il arriverait. Aïe, cela ne présageait rien de bon et Sebastian travaillait depuis assez longtemps dans le bar pour deviner la raison de cette entrevue : sans aucun doute, sa désertion de l’autre soir était parvenue aux oreilles du boss, d’une façon ou d’une autre et si Sebastian savait parfaitement que ce ne serait nullement dû à une plainte proférée par l’un de ses collègues, il savait aussi que ça ne se faisait pas, de lâcher la bande pour quelques heures de bon temps avec un inconnu, il aurait dû attendre une soirée libre pour donner libre cours à son attraction pour l’un des clients de l’enseigne. Tant pis, songea Sebastian, il n’aurait échangé cette infraction pour rien au monde, elle lui avait après tout permis de goûter aux lèvres délicieuses d’Arnav, ça n’était pas du temps perdu.
Sebastian vérifia que son casier était bien fermé puis sortit et traversa le couloir, il ne servait à rien d’éviter la confrontation, elle surviendrait tôt ou tard, de toute façon et Valery n’apprécierait sûrement pas qu’il fuie lâchement ses responsabilités. Approchant donc du bureau de son patron, Sebastian frappa quelques petits coups à la porte et la poussa pour trouver Valery concentré sur quelque tâche administrative.
- Salut, tu voulais me voir ? demanda Sebastian en feignant un air innocent, espérant que Valery ne soit pas d’humeur à l’engueuler, il n’était pas encore suffisamment sorti de sa léthargie pour subir des remontrances certes tout à fait justifiées mais qu’il n’arriverait pas à absorber comme il se devait.

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MessageSujet: Re: mercy on me   Lun 1 Mai 2017 - 14:22

Valery n’était toujours pas certain de ce qu’il faisait. Il adorait son bar, mais il avait l’impression qu’il y avait tout un monde entre le statut de « barman » et celui de « gérant ». Il avait pourtant eu la chance d’avoir un patron qui avait toujours eu à cœur de le former, et lui avait appris tout ce qu’il savait. Mais la gérance, Valery ne s’y était jamais vraiment intéressé. Il avait écouté d’une oreille distraite tout ce que Ronald lui avait enseigné, et s’était concentré sur ce qui l’intéressait réellement : les cocktails. Aujourd’hui, Valery était fatigué. Il ne pouvait pas tout gérer seul. Mais la situation n’était pas catastrophique, et Valery apprenait de ses heures. La plus importante était qu’il ne pouvait pas travailler de 8h à 2h du matin tous les jours sans s’épuiser, ou risquer sa vie de famille. Il devait donc trouver une solution : nommer un manager suppléant qui serait en charge de tout lorsque Valery serait en congé, et qui pourrait travailler les soirs pour que Valery se repose. Clairement, il n’avait plus la force de ses vingt ans, ni Tehani la patience qu’elle avait à l’époque. Valery devait désormais se concentrer sur le travail qui avait besoin d’être fait la journée : le ménage, les réparations, les commandes, et l’organisation d’événements permettant d’assurer la promotion du Glow. Il lui aurait idéalement fallu quelqu’un avec de l’expérience pour l’aider dans cette tâche, mais Valery ne pouvait pas faire une telle dépense. Il n’eut pas besoin de réfléchir pendant des heures pour savoir à qui confier cette tâche : Sebastian était la personne idéale. Il était sérieux dans son travail, et surtout Valery le connaissait depuis des années. Le gamin s’était fait tout seul, et c’était exactement pour ça qu’il envisageait de le nommer manager. L’un et l’autre devraient apprendre ensemble, et se rendre compte de ce qui pourrait poser problème, et des ajustements à faire au cours des mois à venir. Avoir quelqu’un de confiance était donc primordial. En arrivant, Valery déposa alors une note dans le casier de Sebastian, lui demandant de passer le voir, puis s’installa dans son bureau afin de revoir les comptes de la veille. Ils étaient plutôt bons, et le bientôt quarantenaire sentit un poids s’échapper de sa poitrine. Il n’aurait imaginé que passer à l’étape supérieure de sa carrière le rendrait aussi nerveux. Pourtant, tout se passait pour le mieux – pour le moment. Les soirées n’étaient pas toujours pleines de succès mais le week-end compensait généralement pour la semaine. Valery ne se faisait pas encore personnellement beaucoup d’argent sur le Glow, mais il avait toujours assez pour rembourser l’intégralité de ses frais, salaires inclus, et c’était à ses yeux le principal. Le reste viendrait avec l’expérience. Il alla ensuite discuter avec son équipe quand ses gars arrivèrent afin de débriefer la soirée de la veille. La plus grande chance de Valery était sûrement la bonne entente entre eux, et un sourire amusé se dessina sur son visage lorsqu’il entendit ses gars raconter les événements de la soirée – certains d’entre eux ne se gênèrent d’ailleurs pas pour préciser que Sebastian avait particulièrement passé une bonne soirée. Valery ne posa pas plus de questions : tant qu’il n’y avait aucun incident, il n’avait rien contre le fait que ses gars s’amusent un peu. Il avait été barman bien avant eux, et savait très bien comme cela se passait. Il retourna à son bureau, et commença les commandes après avoir demandé à Teddy de faire l’inventaire pour lui confirmer ce qu’ils leur restaient. Niveau nourriture, ils devaient toujours à peu près commander la même chose, mais niveau alcool, c’était une autre histoire. Les alcools à commander étaient souvent les mêmes mais la quantité variait d’une manière impressionnante d’une soirée à l’autre. A terme, Valery souhaitait ne faire ce genre de commandes qu’une fois par semaine mais pour l’heure, ils n’avaient pas assez d’espace de stockage. Il était en train d’organiser un rendez-vous avec un représentant commercial en alcool lorsque l’on frappa à sa porte. Il lâcha à « entrez » alors qu’il concluait sa conversation. Il était en train de noter son rendez-vous sur son salepin (Valery était vieux jeu sur certains trucs et préférait noter ses rendez-vous sur un agenda plutôt que dans son téléphone). « Assieds-toi. » répondit-il à sa gestion, sans même relever la tête. Il avait quelques questions en tête pour le producteur et décida de lui noter avant de les oublier. Il se redressa ensuite et regarda Sebastian quelques instants : il avait l’air crevé. Arquant un sourcil, il lui lança d’un ton légèrement réprobateur : « Je vois que les gars disaient vrai. » Il étala ses jambes sous son bureau, avant de continuer. « Tu as vraiment l’air d’avoir passé une bonne soirée hier soir. » Il n’en dit pas plus, attendant que Sebastian réagisse. Le ton de Valery était ferme, mais en réalité, il était plus curieux qu’il n’était inquiet. Aucun des gars ne s’était plaint d’avoir dû gérer la soirée seul ou d’avoir eu plus de boulot parce que Sebastian les avait abandonnés. Qu’il ait récupéré plusieurs dizaines de numéros ou soit parti un peu plus tôt en charmante compagnie ne gênait pas Valery, tant qu’il ne laissait pas le chaos derrière lui – ou ne partait pas trois heures avant la fin de son service.
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Sebastian Bacigalupo

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MessageSujet: Re: mercy on me   Jeu 11 Mai 2017 - 20:37

Le problème était que Sebastian n’avait jamais pu faire l’innocent comme il n’avait jamais pu masquer la moindre de ses émotions. Qualité indéniable aux yeux de certains, le jeune homme qualifiait plutôt sa transparence de fardeau : quoi qu’il fasse, on devinait toujours le fond de sa pensée, qu’elle soit positive ou négative et il lui était arrivé quelques bricoles à cause de son regard trop limpide. Cela n’empêcha pas le jeune serveur de miser sur un haussement de sourcils faussement surpris pour essayer d’amadouer Valery et lui faire oublier ce qui lui avait été rapporté – quel que soit ce récit, il devait sûrement tanguer d’une manière ou d’une autre dans l’exagération. Si son visage incarnait l’innocence, son attitude, par contre, trahissait un certain malaise. Les bras pliés en arrière, les mains sur les avant-bras, il dansait légèrement d’un pied sur l’autre, impatient de déguerpir du bureau pour aller présenter ses excuses auprès de ses collègues. Valery ne lui laissa cependant pas ce loisir et Sebastian s’avança d’un air prudent pour obéir à son patron, tirant une chaise pour s’asseoir au bord, prêt à bondir dès que Valery lui aurait passé ce savon amplement mérité.
Parce qu’il n’en doutait plus, maintenant, le jeune serveur. Les souvenirs refaisaient surface, comme s’il les avait laissés au GLOW lorsqu’il était parti, l’autre soir. Comme s’il avait soigneusement évité de revenir sur la débâcle qui avait suivi le baiser. Un frisson parcourut l’échine de Sebastian au souvenir des sensations enivrantes mais ses épaules s’arrondirent légèrement quand il songea à ce qui avait succédé à ce moment de délice : la désillusion. Arnav avait paniqué, consciemment ou non. Il avait été question de drogues qui avaient pu être glissées dans son verre à son insu mais Sebastian n’en avait aucune preuve et son instinct, sa méfiance naturelle, lui avaient soufflé que, peut-être, ça n’avait été qu’un prétexte que le musicien avait invoqué pour lui échapper, lorsqu’il s’était rendu compte qu’il agissait non pas contre nature – Sebastian ne définissait évidemment pas l’homosexualité comme contre nature – mais contre sa conscience. Et peut-être que l’alcool ingurgité trop rapidement  y était aussi pour quelque chose. Ou peut-être qu’un petit malin s’était effectivement amusé à filer une pilule magique à Arnav, ce qui avait rendu ce dernier complètement paranoïaque. Le jeune homme ne voyait pas quel plaisir on pouvait retirer à droguer quelqu’un mais tout était possible, il ne pouvait rien écarter. Mais ça n’enlevait rien au malaise qu’il ressentait en se remémorant la suite de la soirée, l’air hagard de son coup de cœur, l’impuissance qu’il avait ressentie et ces réminiscences ne tardèrent pas à le faire déchanter et il se rembrunit assez visiblement. Quelle proportion de cette malheureuse histoire était-elle parvenue jusqu’aux oreilles du propriétaire des lieux ? Quel châtiment son patron allait-il lui infliger pour le rappeler à l’ordre, pour lui démontrer que quand il travaillait, il devait travailler, pas s’esquiver à la moindre opportunité, qu’il était puni, voilà tout, et ce, quand bien même cela ne lui était probablement arrivé que deux ou trois fois depuis qu’il avait commencé à travailler pour Valery. Aucune de ses expériences précédentes ne s’étaient concluent aussi lamentablement, cependant.
Le cœur gros et lourd de culpabilité, Sebastian attendit la sentence et se demanda si Valery ne faisait pas exprès de le faire attendre, rien que pour faire monter l’angoisse. Le maitre des lieux était concentré à sa tâche et le jeune serveur en venait presque à croire qu’il avait été complètement oublié quand Valery reporta son attention sur lui. Incapable de détourner les yeux, Sebastian le dévisagea et resta muet, prêt à assumer les conséquences de ses actes. De toute façon, il n’était pas près de réitérer l’expérience, pas après ce qu’il s’était passé mais est-ce que cela attendrirait seulement Valery ? Pas sûr. Et la remarque de ce dernier ne fit qu’accroitre son malheur tandis qu’il déglutissait avec peine et écartait les mains d’un air désolé :
- Ecoute, quoi qu’on t’ait dit, il y a sûrement un aspect qui a échappé à leur histoire. J’ai—
Coupé dans son élan par les mots suivants qui mirent quelques secondes à faire sens, Sebastian fronça les sourcils.
- Ouais, enfin, bonne, tout est relatif. Jusqu’à un certain point, c’était le pied et puis…
Il fit la moue, comme pour prouver que terminer sa phrase n’était pas utile, le silence en dirait suffisamment long, n’est-ce pas ? Ne sachant s’il devait exposer son point de vue ou présenter ses plus plates excuses, Sebastian haussa les épaules.
- Une chose est sûre, j’ai appris ma leçon. J’ai été un peu trop emballé pour réfléchir et ça m’est retombé dessus. Je nous ai peut-être fait perdre un bon client, pour le coup. Il jouait bien, il aurait pu devenir un régulier de nos soirées open mic mais je ne crois pas qu’il reviendra de sitôt.
Sebastian ne parvint pas à dissimuler sa déception. Son seul réconfort résidait dans l’assurance suivante : si Arnav avait paniqué après si peu de temps et un baiser où la langue du serveur avait peut-être été trop aventureuse, qu’en aurait-il été s’il avait été alpagué par Teddy ?
- A quel point tu m’en veux ? finit-il par demander, avec prudence et une grimace embarrassée. En tout cas, j’ai plutôt honte du résultat donc je suis déjà bien puni comme ça.
Il n’entendait pas là qu’il était dès lors inutile d’en rajouter une couche mais il espérait surtout que Valery le saurait sincère et le prendrait suffisamment en pitié pour ne pas appuyer là où ça faisait mal. L’orgueil du jeune homme était assez conséquent, c’était nécessaire quand on était pratiquement seul depuis son adolescence.

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MessageSujet: Re: mercy on me   Mer 7 Juin 2017 - 23:49

Valery se rendait bien compte que commencer l’entretien par cette question pouvait donner l’impression que Sebastian avait été convoqué pour se prendre le savon du siècle. Mais cela lui était égal. Ce n’était pas le cas, et une fois cette conversation terminée, Sebastian s’en rendrait compte. Valery avait attaqué cette conversation par ce sujet parce qu’il jugeait la vie personnelle du jeune homme plus importante que n’importe quel job. Oui, son attitude n’avait pas été des plus professionnelles. Oui, elle était même critiquable. Pour toute profession, mais lorsque l’on était barman, cela faisait partie du jeu. Valery le savait pour avoir vu nombre de ses amis le faire – et parce que lui-même le faisait parfois en tant que pâtissier, tant Tehani était irrésistible. Même quand ils étaient en couple, nombreuses étaient les fois où il n’avait pas su résister à son appel et avait fini par la rejoindre. Il tairait cette partie de l’histoire, principalement d’ailleurs parce que l’idée de la raconter ne lui traversait pas l’esprit. Mais il comprenait Sebastian. Et si abandonner son poste quelques minutes un service de temps en temps le faisait se sentir vivant, Valery serait le dernier à le lui reprocher. Valery fronça d’ailleurs les sourcils en concluant sa phrase. Son ami ne semblait pas absolument pas du même avis que les gars sur le reste de la soirée. Il se demandait ce qui avait pu causer un tel retournement de situation. Le petit-ami du gars qu’il draguait était-il intervenu ? ou sa petite-amie ? En tout cas, Valery connaissait assez Sebastian pour voir que cette situation le touchait, voire le blessait. Curieux, il osa un « Et puis ? » alors que le jeune homme commençait à s’expliquer sur son attitude et expliquer qu’il ne recommencerait pas. La tendresse paternelle qu’il avait toujours ressenti à l’égard de Sebastian ne mit pas longtemps à agir : il se sentait désormais presque mal pour celui qui restait pourtant un employé qui lui avait faux bond. Silencieux, Valery chercha à recoller les morceaux. Rien de ce qu’on lui avait dit n’avait laissé penser que la soirée s’était mal terminée pour Sebastian et pourtant, celui-ci donnait l’impression d’avoir retrouvé un amour de jeunesse pas tout à fait oublié. Un rire amusé sortit de la bouche de Valery lorsque Sebastian précisa qu’il était déjà assez puni comme ça. Espérait-il sincèrement ne pas être réprimandé parce qu’il n’avait finalement pas obtenu ce qu’il souhaitait de cette soirée ? C’était bien mal connaître le gérant. Il n’était pas particulièrement difficile avec ces gars mais il n’était pas non plus du genre à les déresponsabiliser. Il pouvait faire preuve d’une certaine tolérance si un problème personnel important survenait mais ce n’était certainement pas un crush peu concluant qui le pousserait à se montrer indulgent. Une chance pour le jeune Bacigalupo que Valery ne lui en ait jamais voulu. Il ne put s’empêcher cependant de jouer un petit peu avec le jeune homme – selon sa réaction, il serait conforté ou non dans son choix. « Tu as honte parce que ça ne s’est pas fini comme tu le voulais, parce que tu nous as fait perdre un client ou parce que ton attitude était tout sauf professionnelle ? » l’interrogea-t-il, impassible. La question était franche, directe, mais prononcer sans animosité. Il tenait pas non plus particulièrement à remuer le couteau dans la plaie. Ainsi, dès qu’il eut obtenu une réponse de Sebastian, il enchaina pour lui montrer qu’il était parfaitement inutile de se faire du mouron : « Des clients, on en perdra d’autres. Et surement des meilleurs. » C’était le jeu. Il n’avait aucune idée de la probabilité que ce chanteur en herbe ne revienne pas, mais les open mic avaient aussi pour intérêt d’amener de nouvelles personnes qui venaient soutenir leurs amis, puis finissaient par apprécier le bar pour ce qu’il était, et vouloir y retourner. Certains y voyaient là l’occasion de laisser leur liberté d’expression à chacun, de donner à tous une chance sur le devant de la scène mais le propriétaire du GLOW était en réalité bien plus pragmatique : c’était un bon moyen de se faire de l’argent facilement. Les gens venaient pour voir s’ils n’étaient pas si mauvais finalement, ou parce qu’ils étaient poussés par leurs amis, ils finissaient par boire, et parfois revenir – et consommer à nouveau. Parfois, ils ne revenaient plus, quand bien même ils auraient pu contribuer au succès du bar. « Tu lui as fait peur, ou il avait une gonzesse ? » Toujours plein de tact, Valery n’y passait jamais par quatre chemins – et ne manquait jamais de défendre les siens. « Il sait pas ce qu’il perd, en tout cas, c’est certain. Mais ne perds pas espoir, tu auras peut-être l’occasion de lui montrer prochainement. » Valery n'était pas très doué pour ces choses-là mais il tenait à ce que Sebastian sache qu'il était là pour lui, qu'il ne l'abandonnerait pas pour si peu comme son père l'avait fait. Toute histoire n’était pas déterminée par la conclusion de la première soirée. Nombreuses étaient d’ailleurs les histoires où plusieurs ratés étaient nécessairement pour pouvoir vraiment naître. Comme s’il fallait évacuer toute la merde avant de vraiment pouvoir s’aimer comme il fallait. Preuve en était qu’entre Valery et Tehani, tout avait toujours été très facile. Et qu’il avait été voir ailleurs avant de s’en mordre les doigts plus que jamais. Dans tous les cas, la promotion de Sebastian était désormais bien loin de l’esprit du trentenaire. Il voulait avant tout s’assurer que le moral du jeune homme était un peu plus haut que ses chaussettes.

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Sebastian Bacigalupo

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MessageSujet: Re: mercy on me   Dim 18 Juin 2017 - 16:52

Sebastian se tint à la merci de Valery, les épaules légèrement voûtées, en se frottant les paumes l’une contre l’autre. Il détestait être pris en défaut, il tenait à ne pas faire de remous, à ne pas se faire remarquer. Rester hors du radar, c’était ce qui lui avait permis de rester loin des soucis jusqu’ici. C’était presque devenu l’une de ses règles d’or. Rester loin des emmerdes, ça et ne pas se laisser séduire par le premier venu. Et voilà qu’il avait manqué aux deux et pour quel résultat, au final ? Ses collègues allaient assurément le charrier dès que l’occasion leur en serait donnée. Il allait pouvoir déceler leurs sourires entendus, leurs allusions à peine voilées, leurs plaisanteries sans méchancetés mais qui raviveraient l’humiliation à chaque fois. Car c’en était une belle, d’humiliation. À chaque fois qu’il aurait le malheur d’y songer, Sebastian revivrait la scène : le regard tétanisé d’Arnav, sa voix cassée qui lui intimait de le laisser, la détresse qui émanait de la silhouette alors qu’il le fuyait. Qu’il le fuyait ! Comme s’il était le diable ou la peste, comme s’il était atteint d’une maladie honteuse et transmissible par le simple contact de l’air. Peut-être était là la vision du musicien de l’homosexualité. Qu’en savait-il, au fond ? Ce n’était pas comme s’ils avaient vraiment eu le temps d’approfondir la question. Il ne savait finalement rien d’Arnav et c’était peut-être mieux ainsi, il l’oublierait plus vite… Et puis ? Et puis rien, eut-il envie de souffler. Le moment s’était envolé, le gars aussi et il était de retour dans son quotidien. Toujours célibataire. Si cela ne l’avait jamais pesé, il devait convenir que cet élan spontané avec le musicien avait été un délicieux intermède qui lui rappelait que la vie, elle, continuait sans s’arrêter, pour personne. Un peu de confort, un peu de complicité ne faisait pas de mal de temps en temps, songea Sebastian, lui qui avait jusque-là été ferme et s’était persuadé qu’il n’avait besoin de personne. Peut-être qu’il n’était plus si catégorique aujourd’hui. Toutefois, il ne voulait pas faire cet aveu à Valery, pas juste après une soirée ridicule, pas juste parce qu’il avait eu quelques déboires avec un parfait inconnu. Alors le jeune serveur se contenta d’un haussement d’épaules peu enjoué et il détourna les yeux avec une grimace. Honnêtement, s’il se sentait redevable à l’égard de Valery, il ne se sentait pas de lui déballer sa vie sentimentale – ou le néant de celle-ci – et n’aspirait qu’à se soustraire à cet interrogatoire.
La question à choix multiples de Valery le força à ramener son attention sur le gérant du GLOW et Sebastian l’observa un instant, ne sachant pas trop quelle réponse il attendait, au juste. Déglutissant avec peine, Sebastian fit la moue puis baissa la tête, comme un chiot qui se soumet à sa mère :
- Il te faut un ordre d’importance ? Je suis déçu que ça ne se soit pas terminé comme je l’espérais, j’ai honte de mon comportement qui n’avait rien de professionnel et je suis profondément désolé d’avoir pu nous faire perdre un client potentiel.
Il n’aimait pas être dans le collimateur de Valery – ni de quiconque, d’ailleurs. Il n’aimait pas être le fauteur de trouble. Son truc à lui, c’était jouer les caméléons, se fondre dans le décor, ne pas créer de problèmes. Mais il ne voyait pas trop ce qu’il pouvait dire pour sa défense, pour le coup. Alors il darda sur son patron un regard patient, attendant que celui-ci prenne une décision et le congédie. Par chance, Valery ne sembla pas lui tenir spécialement rigueur de son écart infortuné et Sebastian acquiesça, faute de savoir quoi faire d’autre. Oui, peut-être qu’ils en perdraient des autres, peut-être même des meilleurs mais aucun qui ne soit Arnav, aucun qui n’ait attiré à ce point l’œil de Sebastian Bacigalupo. Le jeune homme s’abstint cependant de tout commentaire. À quoi cela aurait servi d’appuyer là où cela faisait mal ? A quoi cela aurait servi d’insister sur le fait qu’il n’avait pas fait pour n’importe qui, qu’il avait eu un réel coup au cœur en voyant le jeune homme originaire de Miami. Valery n’en avait pas grand-chose à faire et ça n’excusait en rien son attitude.  
- Mmmh, il a été sous-entendu qu’il avait pu être drogué et cela l’a rendu complètement paranoïaque. Sam devait investiguer mais je n’ai pas encore eu l’occasion de voir avec lui si c’était le cas. En tout cas, si quelqu’un a drogué le verre d’Arnav, il faudrait qu’on soit vigilants…
Sebastian se tut et se pinça les lèvres. Ça n’était pas à lui de donner des conseils, on avait vu à quel point il pouvait être mal avisé quand il avait la tête dans les étoiles. Mais autant que Valery soit au courant, non ? Si cela s’avérait vrai, la réputation du bar pouvait en pâtir – et si ça l’innocentait un minimum, ça n’était qu’un bonus.
Le jeune homme eut un sourire peu convaincu mais fut reconnaissant de l’entendre essayer de lui apporter un peu de réconfort. Il doutait fort qu’il revoie un jour Arnav mais il ne préféra pas revenir sur le sujet. Plus vite il serait glissé sous le tapis, plus vite Sebastian pourrait lécher les blessures de son égo dans son coin et oublier l’incident. Il faudrait bien sûr que ses collègues le laissent tranquille mais il se dit que ça n’était que ce qu’il méritait et puis, en parallèle, il les connaissait aussi assez pour savoir que même s’ils le taquinaient, ils s’efforceraient de lui rendre le sourire – ou de lui trouver un nouveau centre d’intérêt. Il redoutait un peu les efforts combinés de la petite équipe mais assumerait sa bêtise, un point c’est tout.
- Donc voilà, désolé. Je vais aller m’arranger avec les autres pour me rattraper. Je vais proposer à Jonathan de le remplacer lors de ses prochains shifts, puisque c’est lui qui s’est dévoué pour moi.
Le jeune serveur désigna la porte du pouce, attendant que Valery le laisse rompre les rangs.
- Et si tu as quoi que ce soit en tête, tu peux le mettre sur le tableau, je m’acquitterai de mes tâches, c’est promis.
Sebastian conclut d’un sourire incertain et haussa les sourcils, ignorant si cela suffisait à pardonner ses maladresses de l’autre soir.

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MessageSujet: Re: mercy on me   Dim 25 Juin 2017 - 23:19

Peut-être qu'en tant que patron, Valery aurait dû être agacé par l'honnêteté de Sebastian qui ne se cachait pas d'être avant tout déçu que son histoire soit terminée avant même d'avoir commencé. Mais l'ami qu'il était, était rassuré. Ce n'était pas des sujets qu'ils abordaient souvent, probablement à cause de leur différence d'âge et Valery s'interrogeait parfois sur la façon dont Sebastian vivait son célibat. Ce n'était pas une mauvaise chose, ni même une tare, bien au contraire mais en entendant ses amis discuter, et en voyant les neveux de Tehani, il avait pu constater que beaucoup de gens ne le vivaient pas aussi bien et voyaient cela comme un véritable calvaire. Certains se noyaient dans le travail, d'autres se contentaient de mal le vivre. Son jeune ami, lui, avait au moins le mérite de ne pas cacher sa déception. Il ne cherchait pas à s'enfermer dans le travail pour oublier sa solitude, ce qui rassura Valery. Il ne commenta pas l'ordre dans lequel Sebastian avait énoncé ses priorités. Peut-être qu'un autre patron lui aurait dit de revoir ses objectifs s'il tenait à évoluer correctement dans cette boîte, ou garder son travail mais l'écossais n'était pas un vieux bougre. Au contraire, d'ailleurs. Il se considérait comme un patron sympa et les quelques liens qu'il avait pu lier avec ses apprentis (comme Daniel, par exemple) au cours des différentes tapisseries qu'il avait ouvertes suffisait à le convaincre qu'il n'avait pas tout à fait tort. Pour lui, l'essentiel était que ses équipes se plaisent dans leur travail, et il ne pouvait qu'imaginer que dans un métier où le contact avec les autres était si important, cela était d'autant plus important. « Très bien. » répondit-il, sans jugement aucun dans le ton de sa voix. A quoi cela aurait-il servi ? Et puis, une part de lui ne voulait pas que Sebastian se sente brimé. Il pouvait être honnête avec Valery, surtout dans leurs relations hors professionnelles. Il enchaîna donc pour en savoir un peu plus sur la soirée, bien plus intéressé par l'impact que cela pourrait avoir sur la vie de son petit protégé que dans celle de son bar. Peut-être y avait-il un moyen de rattraper le coup d'une manière ou d'une autre ? La conversation prit cependant une tournure étrange lorsque Sebastian parla de la possibilité que sa cible d'un soir ait pu être drogué. Valery se redressa sur son siège ; il avait conscience qu'il s'agissait du genre de risques qu'il aurait à rencontrer en gérant un bar mais le GLOW n'ayant aucun historique en la matière à sa connaissance, il ne s'était pas imaginé une seule seconde que cela puisse arriver maintenant. « Attends, attends. » l'arrêta-t-il, sincèrement inquiet. « Il s'est déjà passé des trucs comme ça, ici ? » En tout cas, il faudrait immédiatement qu'il prévienne ses avocats et enquête plus précisément sur le sujet. « Tiens-moi vite au courant, oui. Mais la prochaine fois qu'il se passe un truc comme ça, appelez-moi directement, peu importe l'heure. » Le pâtissier avait voulu acquérir un bar car il souhaitait un nouveau défi dans sa vie mais également parce qu'il désirait avoir un endroit un peu plus festif et convivial qu'un salon de thé. Les gens adoraient généralement les salons de thé, et pouvaient même y passer des heures mais les gens échangeaient rarement avec d'autres personnes que celles avec qui ils étaient venus. C'était délicieux, mais différent... S'il avait su, il se serait peut-être contenté de salons de thé... Il n'avait encore jamais entendu parler de drogues du violeur dans les pâtisseries. Passant une main désabusée sur son visage, il se demanda dans quel bourbier il s'était foutu mais puisque Sebastian ne semblait pas non plus terriblement inquiet et que personne n'avait pensé à le prévenir avant... c'est que cela ne devait pas être si inquiétant que cela. En tout cas, cela ne lui plaisait pas du tout. Il était en train de réfléchir quand Sebastian s'excusa à nouveau et fit preuve pour la première fois d'une légère impatience : il semblait avoir pour seule hâte que de partir de ce bureau et de vaquer de nouveau à ses occupations. « Non, Jonathan garde ses shifts, Sebastian. Tu ne t'es pas absenté si longtemps que ça de ce que j'ai entendu, inutile dete punir pour avoir pris un peu de bon temps. » S'il souhaitait aider son collègue, c'était très bien mais ils n'allaient pas échanger des shifts pour si peu. « Tu auras sûrement bien des occasions de lui rendre service pour le remercier. Mais si je t'ai convoqué ici tout à l'heure, ce n'était pas pour cette histoire. » Il se leva pour contourner son bureau et s'appuya contre celui-ci, un sourire fier sur le visage. « Tu es la personne que je connais le plus ici, et en qui j'ai le plus confiance. Le GLOW, c'est très sympa mais c'est surtout beaucoup trop de travail pour un seul homme. J'ai besoin de quelqu'un pour m'aider à gérer le tout, passer les commandes, s'occuper des plannings des gars, etc. » Il planta plus intensément son regard dans celui de Sebastian et éclaircit la situation : « J'ai donc pensé que tu pouvais devenir manager. Si ça te dit bien sur. » Valery ne voulait pas que Sebastian se sente forcé d'accepter quoi que ce soit. Il n'était redevable de rien envers Valery, et il pourrait toujours démissionner si cela ne lui allait pas de toute façon... Le quasi quadagrénaire était convaincu que Teddy, James ou même Nick serait ravi d'avoir cette promotion.
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Sebastian Bacigalupo

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MessageSujet: Re: mercy on me   Lun 3 Juil 2017 - 22:09

Sebastian détestait cette sensation. Celle d’être un gamin pris en faute qui attendait de voir quel châtiment on allait lui imposer pour lui remettre les idées en place. Il n’était pourtant pas à plaindre : Valery avait toujours été là pour lui. Dès les premiers jours, quand il avait été chassé de chez lui. C’était un homme bien, tout à fait l’opposé de son bon à rien de père qui n’avait pas supporté la simple vue de son fils les lèvres scellées à celles d’un autre garçon. Si ça avait été une fille qu’il avait ramenée dans sa chambre, son père n’aurait pas fait un tel esclandre et si Sebastian ne s’était jamais senti effrayé par son patriarche, il avait eu peur de lui, pour la première fois, cette après-midi si lointaine, quand l’adolescence touchait à peine à sa fin et sa vie de jeune adulte s’apprêtait à débuter. Sebastian avait cru qu’à l’automne suivant il serait sur les bancs universitaires ou occupé à une formation quelconque qu’il aurait choisie avec, peut-être, Wes à ses côtés. Au lieu de quoi, il s’était retrouvé à la rue, tétanisé à l’idée qu’on puisse le renier pour ce qu’il était, à cause de la personne dont il était amoureux. Il avait cru à la fin du monde, persuadé que son chemin s’arrêtait là ou, en tout cas, incapable de se figurer ce qu’il devait faire de lui-même. Son désœuvrement n’avait pas duré longtemps, heureusement, puisqu’il avait eu la chance de rencontrer quelqu’un qui lui avait présenté quelqu’un d’autre et ainsi de suite pour qu’au bout du compte, on l’introduise à Valery. Si ses ennuis ne s’étaient pas subitement envolés avec sa rencontre avec Valery, Sebastian pouvait en tout cas affirmer qu’ils lui avaient paru moins affreux. On lui avait montré qu’il n’avait pas à avoir honte de quoi que ce soit et que si son père était trop stupide pour réaliser sa bêtise, d’autres seraient ravis de l’accueillir jusqu’à ce qu’il retombe sur ses pieds. Sebastian avait découvert une communauté ouverte, des gens bons et intègres, et il ne l’avait plus jamais quittée. Aussi était-ce pour cette raison qu’il était d’autant plus ennuyé à l’idée de décevoir Valery à cause de son comportement puéril et irréfléchi et raison pour laquelle le jeune Bacigalupo était prêt à se couper en dix pour parvenir à faire oublier ce fiasco autant personnel que professionnel. La débandade deviendrait tôt ou tard une anecdote que l’on évoque pour plaisanter, pour se chambrer, comme d’autres avaient leurs propres humiliations mais une confiance écorchée dans le travail, c’était beaucoup plus compliqué à réparer et Sebastian espérait que sa bêtise n’allait pas lui faire perdre des points. Après tout, c’était la première fois qu’il agissait de façon aussi irréfléchie, c’était la première fois qu’il désertait son poste. Par contre, ça n’était pas la première fois qu’il se sentait mal suite à un événement sur lequel il n’avait aucun contrôle et n’aspirait pas à vérifier la réflexion habituelle : jamais deux sans trois. Il n’y aurait pas de troisième fois, Sebastian était bien décidé à ne plus se laisser entrainer par ce cœur idiot qui craquait pour les premiers grands yeux de biche qu’il croisait. Plus jamais. Et pas seulement parce qu’il ne voulait plus se retrouver dans cette position de faiblesse face à Valery mais aussi parce qu’il ne voulait plus jamais ressentir cette émotion qui le paralysait à l’idée d’être un indésirable, un type dont on avait honte et qu’on préférait rejeter. Ça n’était pas seulement la conscience professionnelle du jeune serveur qui en avait pris un sacré coup mais également son égo déjà fragile et rafistolé de tous côtés. Tout ce qu’il avait à faire, pour commencer, c’était convaincre Valery que la situation ne se reproduirait pas et le reste, il en ferait son affaire.
Sebastian releva les yeux lorsqu’il décela l’attention soudaine de Valery pour l’allusion au verre trafiqué et Sebastian se mordit l’intérieur de la joue. Il était évident que Valery devait être tenu au courant mais il aurait préféré en savoir davantage avant d’aborder véritablement le sujet, afin de lui apporter le problème avec sa solution, et non juste un problème. Le serveur fronça cependant les sourcils à la question de son patron et il pencha la tête avant de la secouer vigoureusement.
- Non. Enfin, je ne crois pas. Pas à ma connaissance, en tout cas. On est prudents, généralement et la clientèle ne nous a jamais donné une raison de nous méfier. Mais je vais voir avec Sam, il est là depuis plus longtemps.
Et comme l’inquiétude de Valery était évidente et tout à fait logique, Sebastian s’empressa d’acquiescer :
- D’accord. Oui, bien sûr, je suis désolé, j’aurais dû y penser.
Mais j’était trop déstabilisé par le comportement d’Arnav, faillit-il ajouter avant de se raviser. Le chapitre Arnav était clos, du moins en partie, même si l’aspect de la drogue glissée dans le verre à l’insu d’un client le liait toujours à la discussion.
Lorsque Valery reprit la parole, avec un ton plus autoritaire, Sebastian le dévisagea sans savoir comment réagir. Il se sentait un peu mal à l’aise vis-à-vis de Jonathan, même s’il était à peu près sûr que son collègue ne lui en voudrait pas, mais il était surtout pris de court par le revirement de situation quand il pensait qu’il allait méchamment se faire taper sur les doigts.
- Tu es sûr ? instista-t-il, un peu abasourdi. Ça ne me dérange pas, ce n’est pas comme si c’était un calvaire de venir travailler, après tout, ajouta-t-il avec un sourire un peu penaud.
Et quand Valery lui assura que sa convocation n’était pas initialement provoquée par son dérapage, Sebastian en fut encore plus perplexe. Si l’incident n’était pas la cause de ce tête-à-tête improvisé, qu’est-ce que cela pouvait être ? Rapidement, Sebastian passa en revue les derniers jours et mêmes les dernières semaines en quête d’un élément qui aurait pu créer d’autres soucis mais rien ne lui vint à l’esprit. Si ce n’est, peut-être, les farces de Teddy et sa propension à se faire remarquer à toute heure de la soirée. Mais ça ne pouvait pas être ça puisque ça n’avait aucun lien avec lui. Perdu dans ses réflexions désordonnées, Sebastian ne remarqua pas immédiatement le changement d’attitude de Valery et quand celui-ci reprit la parole, le sens de ses mots mit quelques longues secondes à pénétrer l’esprit du jeune Bacigalupo. Sa première pensée fut qu’il avait dû se méprendre sur le signification de la déclaration de son patron et il le regarda donc d’un air incertain, ne sachant comment exprimer son désarroi. La dernière phrase fut pourtant éloquente et Sebastian resta interdit.
- M—mais… Je ne pige pas. Je merde et j’ai une promotion ? lâcha-t-il spontanément avant de réaliser que cela pouvait paraitre un peu grossier de remettre en cause la proposition de Valery.
Pourtant, Sebastian ne se sentait pas à la hauteur et il n’hésita qu’une seconde avant de le dire :
- Pourquoi pas Sam ? Il est plus ancien, il a l’autorité nécessaire. C’est lui qui a géré la situation de l’autre soir…
S’il avait conscience de se rabaisser quand il aurait dû être honoré, c’était parce qu’il n’arrivait pas à comprendre pourquoi Valery en était venu à une telle conclusion, que lui, Sebastian Bacigalupo, qui n’était parti de rien, puisse avoir les qualités nécessaires pour mener une équipe. Il se sentait plus maillon que locomotive et craignait surtout la perception qu’une telle avancée pourrait faire naitre chez ses collègues.
- Je ne crois pas être à l’aise avec l’idée. Je n’ai rien fait pour mériter une telle position, Valery, même si je te remercie d’avoir pensé à moi…
S’il pensait que sa réprimande le mettait dans une situation délicate, il n’avait pas imaginé qu’il pouvait y avoir pire et pourtant, voilà que l’impensable était apparu de nulle part.

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